Il pleuvait averse, toute la végétation autour d'elle semblait crouler sous le poids des flots incessants de gouttes de pluie.
L'odeur du pétrichor se répandait partout et calmait les battements frénétiques de son coeur d'inspirations en inspirations.
Au delà de la cacophonie naturelle provoquée par les torrents de pluie, il lui semblait que tout était silencieux.
Les arbres, les feuilles, les fleurs, tout dans ce paysage semblait figé.
Comme s'ils semblaient tous redouté l'arrivée de quelque chose.
Ou de quelqu'un.
Au milieu de ce paysage qui semblait presque féerique Ayame se serait presque sentie en sécurité si elle n'avait pas conscience qu'elle ne l'était pas.
Elle ressera ses bras autour de ses épaules, trempée jusqu'aux os, elle exhalait des bouffées d'airs froides et elle sentît ses muscles se contracter par la tremblote pour essayer de produire de la chaleur.
L'hypothermie la rongeait.
Pourtant elle craignait mieux.
Bientôt le ciel au dessus d'elle se mit à gronder, on aurait dit que lui aussi était en colère
Qu'il la cherchait.
Elle frissonna lorsque le grondement du tonnerre parvînt à ses oreilles.
Les éclairs se succédaient rendant successivement le paysage aussi clair que durant le soleil aux zéniths puis sombre et ombragé avec le temps de pluie.
Tout ça ne fesait qu'amplifier son appréhension.
Les muscles raides à cause du froid, Ayame bougea son pied droit afin de se déplacer quand un toucher effleura son épaule.
Elle se figea.
Elle le sentait faire courir ses doigts sur son cou.
Il était d'un silence agaçant.
Elle aurait voulu bouger, s'enfuir le plus loin possible de lui.
Mais elle était paralysée et elle savait par les battements frénétiques de son cœur que cette fois-ci ce n'était pas dû à l'hypothermie.
Lentement, très lentement il s'abaissa et aména ses lèvres jusqu'à son lobe d'oreille qu'il lécha d'une façon lascive.
Ayame était dégoûtée.
Ses yeux fuyaient le contact avec lui , bien qu'elle pouvait entrevoir dans sa vision périphérique une chevelure rousse hérissée.
Son souffle s'arrêta net lorsqu'il murmura d'une voix suave des mots qui lui ont glacé le sang.
-Je t'ai trouvé A-YA-ME.
Ayame se réveilla en sursaut.
Couverte de sueurs, l'estomac noué, le coeur palpitant et la gorge sèche.
Elle regarda autour d'elle , seulement pour réaliser qu'elle était toujours dans sa chambre.
"Ce n'était qu'un cauchemar " pensa t'elle.
La peur au ventre elle examina d'un regard suspicieux chaque coin de sa chambre.
Tout était normal.
Pourtant elle ne pouvait pas se débarrasser de cette frayeur qui la nouait les tripes.
Ses sens étaient toujours en alerte et elle pouvait toujours ressentir un froid dans son dos.
Qui était cet homme qu'elle redoutait avec autant de terreur ?
Elle n'était pourtant pas du genre particulièrement intimidable mais cette personne avait une présence tellement... étouffante.
Ayame n'avait jamais fait un cauchemar qui l'avait autant affecté physiquement.
L'irritation dans sa gorge lui rappela qu'elle avait besoin d'un verre d'eau , elle enfila donc des chaussons et se dirigea vers les cuisines du dortoir.
Cela fesait trois jours qu'elle avait emménagé dans le dortoir exclusivement féminin de Rakuzan et une fois sur les lieux Ayame eu tout le loisir de visiter le lycée si vanté et le constat était clair :
Rakuzan était clairement un lycée de riche.
L'architecture des bâtiments n'avait rien de typiquement nippon, on y distinguait clairement une touche occidentalisée , chose qui fût confirmé à ayame lorsque sa gardienne de dortoir expliqua entre deux-trois informations que l'architecte qui avait construit les plans dudit lycée s'était fortement inspiré du modèle architectural européen.
Les salles de classes étaient très spacieuses et possédaient même un système d'insonorisation.
Le lycée disposait d'un immense gymnase de basket d'ailleurs d'après ce qu'elle avait pu entendre, l'équipe de basket du lycée Rakuzan dominait largement les compétitions en inter-lycée et était la seule équipe à avoir remporté la Winter Cup depuis sa création il y'a 5 ans.
En outre, au delà du gymnase de basket, le lycée possédait 2 autres gymnase aux dimensions tout aussi impressionnantes , un grand terrain de foot, une aire aménagée spécifiquement pour l'athlétisme, une salle de sport , des vestiaires réservés à la gente sportive , une vaste piscine olympique , des laboratoires d'observation , une serre et surtout une grande bibliothèque.
Ayame savait déjà qu'elle y passerait beaucoup de son temps.
Puis à une distance d'environ 10 minutes à pieds du lycée siégeaient les dortoirs.
Bien évidemment conformes à l'éthique , ils étaient non-mixtes.
L'aménagement était tel que l'on apercevait les dortoirs masculins en premier puis ceux des filles.
Au sein des dortoirs les chambres étaient uniques, il n'y avait donc pas de colocations à envisager et hormis des pièces communes comme les cuisines où les laveries chacun possédait largement son intimité.
La mère d'ayame ne pouvait pas espérer mieux.
Ayame se servit un verre d'eau au robinet et but goulûment, sa gorge picota un peu au contact de l'eau mais une fois réhydratée , elle se sentit mieux.
Aucun bruit dans les couloirs, tout était silencieux.
Elle devait probablement être la seule étudiante débout à cette heure.
Quelle heure était-il même ?
L'horloge murale indiquait 4 h du matin.
Elle rangea son verre dans le lave-vaisselle et retourna dans sa chambre à pas légers.
Elle avait encore une bonne heure pour s'assoupir avant de débuter la journée.
Aujourd'hui était le premier jour de cours.
La grande cour du lycée Rakuzan était bondé de monde qui défilaient sous les pluie bénites de fleurs de cerisiers.
La plupart des élèves se dirigeaient déjà vers les tableaux d'affichage afin de connaître leur classes.
Ayame arriva quelque peu exténuée aux portes du lycée. En effet, une fois de retour dans sa chambre elle s'était endormie comme un loir et malgré les sonneries persistantes de son réveil , elle a tout simplement dormi.
Jusqu'à ce que son alarme d'urgence lui vrille les tympans.
Elle fit une préparation à la va vite et se hâta de rejoindre le lycée.
Sakura rirait sûrement d'elle si elle voyait ça.
Elle n'avait même pas eu le temps de coiffer correctement sa queue de cheval, quelques mèches ressortaient visiblement.
Pour l'esthétique c'était raté.
Elle leva les yeux sur l'enseigne qu'elle côtoierait pendant les trois prochaines années.
Elle se sentait particulièrement fière d'avoir obtenu cette bourse et travaillerait dure pour pouvoir la maintenir.
Réussir ici c'était déjà l'assurance d'entrer dans une bonne université quitte à rembourser un prêt étudiant faramineux compte tenu des moyens que demandait un lycée tel que Rakuzan mais la réussite espérée en vaudrait les efforts.
Sa mère aussi.
-pardon !
Avant qu'elle ne puisse comprendre quoique ce soit elle fut bousculé violemment, elle en tangua presque et il n'y avait pas besoin d'un miroir pour savoir que sa queue de cheval mal ajustée venait de lâcher complètement.
Elle leva alors un regard irrité sur le fauteur de trouble et se retrouva nez à nez avec un grand blond à la carrure assez esthétique et au regard espiègle.
Il sautillait sur place.
-«Désolé je suis un peu pressé, je t'ai pas fait mal ? Ça va ? Tu n'as rien de cassé ?
Elle aurait bien répondu mais à chaque question qu'il posait , il approchait sa tête encore plus près de son visage.
-Je vais bien ne t'inquiète pas... euh tu pourrais éloigner ton visage s'il te plaît... c'est gênant.
-Ah ! Il s'exclama aussitôt en se remettant dans une position plus au moins correcte.
-Kotaro Hayama enchanté ! Déclara-t-il en se pointant du doigt fièrement.
Son irritation s'évapora.
-Ayame Kirisawa enchanté Hayama-san.
La montre de Hayama bipa et il reprit un air pressé mais joyeux.
-Ah je dois y aller à la prochaine Kirisawa-san !
-Aurevoir Haya- »
Elle n'eut même pas le temps de répondre qu'il fonçait déjà.
Drôle de personnage.
Ayame le regarda disparaître dans le grand bâtiment.
Puis elle soupira en sentant sa queue de cheval pendre, elle allait devoir arranger ça.
Mais avant il y'avait la traditionnelle cérémonie d'accueil dans le grand gymnase ,elle s'y rendît.
Elle s'assît sur l'une des nombreuses chaises disposées à cet effet et observa la grande enceinte qui se remplissait à vue d'œil.
Ayame ne se considérait pas comme particulièrement timide mais disons qu'il lui arrivait d'observer plutôt que de parler.
Mais en tout cas les groupes avaient déjà commencé à être constitués. À quelques chaises d'elle quelques éclats étaient déjà échangés entre des filles qui devaient se connaître depuis à peine ce matin.
Elles parlaient du nouveau conseil étudiant et d'autres choses ayant trait à la vie scolaire.
Les membres du corps administratif firent leur entrées et tous les élèves prirent place en veillant d'abord à s'incliner pour saluer le corps administratif.
La cérémonie pouvait commencer.
La thématique tournait bien évidemment autour de la réussite du plus grand nombre et de la formation d'une élite, le proviseur ne manqua pas non plus de rappeler le type élitiste de lycée qu'était Rakuzan et l'objectif qu'ensembles ils devraient atteindre : exceller dans les études et le sport et au bout des trois années qui concluront le lycée former une élite qui constituera les hommes et les femmes de demain. Il insista d'ailleurs sur le fait que jusqu'à maintenant Rakuzan pouvait s'enorgueillir d'avoir atteint pleinement ces objectifs et qu'ils comptaient faire de même avec cette nouvelle promotion.
Des projets et des résolutions furent adoptés dans l'optique de garantir une année sans encombres ni mauvaises conditions.
Il conclut finalement en présentant aux étudiants le tout nouveau président du conseil des étudiants fraîchement élu de cette nouvelle année.
Celui qui arriva premier aux examens d'entrée et qui fût élu à la majorité à la tête du Conseil alors qu'il n'était qu'une première année, un kouhai, comme elle.
Elle en était intriguée, elle voulait le voir.
Le nom seijuro Akashi ne lui dît absolument rien.
Mais lorsqu'elle vit un jeune homme élégant, à l'allure noble , à la démarche digne et aux cheveux roux elle ne pût empêcher un frisson de courir le long de son échine.
C'était brève comme sensation, pourtant ça lui rappellait son angoisse de la nuit, celle qui l'a littéralement réveillée en sueurs et affolée.
« Quelle était le problème avec ce garçon ? »
Tandis qu'il entamait son discours, Ayame l'observa longuement pendant quelques minutes.
Elle ne se souvenait pas vraiment mais quelque chose en elle lui hurlait que ce visage n'était pas étranger.
Elle songea brièvement au garçon dans son rêve et se rappela qu'il avait les cheveux roux bien qu'elle n'ait pas vu son visage mais jeta l'idée aux oubliettes aussitôt.
Son rêve n'était qu'un rêve et quelque soit ce qu'elle a pu y voir ou sentir ça n'avait aucun rapport avec la réalité et encore moins son représentant des élèves.
Quelle idée même !
De retour à la réalité elle s'immobilisa immédiatement de manière involontaire lorsqu'elle le surprît en train de regarder dans sa direction.
Elle cligna rapidement des yeux seulement pour le trouver en train de s'adresser le regard sur la salle sans focalisation particulière.
Elle cru avoir rêvé.
Elle jeta un coup d'œil sur la salle histoire de se changer les idées.
Pour être quelque peu étonnée.
Le gymnase écoutait silencieusement.
Tout le monde semblait comme soumis / fasciné par le jeune président et ses mots.
« Comme des sujets écoutant le roi » résonnait une voix dans l'arrière fond de son esprit.
Ayame s'offusqua à la pensée.
Des applaudissements retentirent dans le grand gymnase et le représentant des élèves s'inclina devant le corps administratif et les étudiants, par politesse pour les premiers et en signe de remerciements pour les derniers.
Seconde B
C'était sa classe.
Après un passage dans les toilettes des filles pour remettre sa coiffe en état, Ayame était passé au tableau d'affichage pour prendre connaissance de sa classe et d'après son emploi du temps, son premier cours était les mathématiques.
À son arrivée, la majorité des places avaient déjà trouvé leurs propriétaires, elle ne fît donc pas un tri sélectif et se contenta de ce qu'elle trouva c'est à dire une place à la rangée du milieu à la quatrième table.
Elle n'avait pas l'accès visuel direct qu'elle aurait souhaité sur les nuages ou la cour mais ce n'était pas dramatique.
Elle prit place en jetant un coup d'œil sur ses nouveaux camarades.
« -Tu n'as pas l'air du genre bavarde.
Ayame se tourna vers la place à sa gauche, d'où son voisin de table la fixait.
-pardon ?
Il lui sourît joyeusement.
-Eh bien c'est que je t'observe depuis ton entrée en classe et je trouve que tu n'as pas l'air volubile.
Ayame soupira doucement , ce n'était pas la première fois qu'on lui fesait une remarque qui allait dans ce sens et elle n'aimait pas l'idée que certains commencent à la trouver asociale alors elle lui tendît la main.
-Ayame Kirisawa ravie de te rencontrer ?
Elle vit à son expression qu'il était un peu surpris par le geste mais ses traits s'égaillèrent rapidement.
-Keï Kasuga ! »
Et il lui prit la main.
