Chapitre 2- Vers Osgiliath
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Elle ouvrit lentement ses yeux, encore un peu dans les vapes. Elle se frotta le visage du revers de la main. Il faisait jour désormais et la lumière aveuglante du soleil la força à plisser les yeux. Cela lui prit quelques secondes avant de pouvoir les ouvrir complètement. Elle était couchée sur le sol et à première vue elle était toujours dans le même boisé. Elle se redressa légèrement en prenant appui sur ses coudes. Il faisait chaud et cela faisait quelques jours qu'elle ne s'était pas hydratée et qu'elle n'avait pas mangé. Le son de l'eau qui s'écoulait dans ce qui devait être un petit ruisseau attira son attention. Elle repéra rapidement le cours d'eau qui se trouvait tout près. Assoiffée, elle vint pour se lever.
- Asseyez-vous !
Lithariel sursauta et eut un hoquet de surprise. Elle retomba sur ses fesses et recula en se poussant avec ses jambes. Elle regarda en direction de celui qui venait de parler et elle vit l'elfe, assis sur un rocher non loin de l'endroit où elle s'était réveillée. Il tenait une dague entre ses mains. Hésitante, elle baissa les yeux vers l'arme sans bouger.
L'elfe suivit son regard puis il rangea sa dague dans son dos. Il se leva avec adresse et fit un pas vers elle.
- Je ne vous ferai pas de mal si vous obéissez, la prévient-il. Si vous osez vous transformer en loup je vous tue. Compris ?
L'elfe la regardait d'un air sévère. Lithariel fronça les sourcils, bien qu'elle trouvait son approche assez agressive elle n'eut d'autres choix que d'acquiescer d'un signe de tête.
- Qui êtes-vous ? Demanda-t-elle méfiante.
- Que faites-vous seule en Ithilien ? Demanda l'elfe en ignorant complètement sa question. D'où venez-vous ainsi ?
Elle le détailla du regard pendant de longues secondes. Il était évident qu'elle ne pouvait pas lui révéler qu'elle venait de s'échapper du Mordor, il la tuerait sur-le-champ. Elle le trouvait plutôt menaçant pour un elfe, c'était la première fois qu'elle en croisait un et elle espérant également que ce serait la dernière. Pourtant lorsque sa mère lui parlait des elfes elle les décrivait comme des êtres gentils et généreux.
- Je viens du Gondor, mentit la jeune femme. Je suis venue ici pour chasser.
Il tira une flèche de son carquois puis arma son arc d'un seul mouvement.
- Menteuse ! Je vous ai vu fuyant le Morannon ! Parlez maintenant ! Dit-il sur un ton impitoyable en la menaçant de son arme.
Elle eut comme réflexe de fermer les yeux quelques secondes, croyant que son heure était venu.
- D'accord je fuyais le Mordor je viens d'un village qui borde la mer de Núrnen.
- Vous êtes un serviteur du mal ?
- Non j'étais une esclave, je me suis enfui pour trouver de l'aide. Je dois me rendre à Fondcombe trouver le seigneur Elrond.
Il haussa les sourcils, détendit son bras et baissa son arc vers le sol.
- Fondcombe, répéta l'elfe, c'est à des lunes d'ici.
Lithariel resta muette. Toujours assise sur le sol elle tourna la tête en direction du petit ruisseau, se rappelant sa soif intense. Son attention revint vers l'elfe lorsqu'elle l'entendit bouger. Elle se raidit lorsqu'il avança dans sa direction.
Il mit sa main dans la poche de sa tunique, toujours en avançant vers Lithariel. Il en sortit un morceau de pain elfique qui était enveloppé soigneusement dans une feuille d'un vert émeraude. Il le lui tendit brusquement ainsi qu'une petite gourde qu'il décrocha de sa ceinture.
- Prenez-les, vous semblez en avoir grand besoin, dit-il.
Son ton s'était radouci, comme s'il venait de comprendre qu'elle n'était pas une menace. Elle eut un bref moment d'hésitation avant de prendre ce qu'il lui offrait. Elle dévora le morceau de lembas d'une seule bouchée puis elle but d'une traite le contenu de la gourde après l'avoir inspecté hâtivement. L'eau qu'elle but étancha sa soif en un rien de temps, et le pain calma les lamentations de son estomac qui duraient depuis plusieurs jours déjà. Elle s'essuya la bouche avec son avant-bras puis elle tendit la gourde à l'elfe qui se tenait toujours debout devant elle.
- Merci, lâcha-t-elle encore essoufflée d'avoir bu pendant de longues secondes sans avoir repris son souffle entre les gorgées.
Il resta de marbre puis reprit son bien avant de faire volte-face pour retourner près du rocher sur lequel il reposait peu de temps avant.
Lithariel baissa les yeux sur son pantalon taché de sang. Elle remarqua une substance verdâtre et visqueuse qui était étalée sur sa blessure. Cela semblait être un mélange d'herbes. Elle frotta doucement avec de dos de sa main pour enlever la substance puis elle constata que sa blessure était presque totalement refermée et que sa peau n'était presque plus noircie ce qui la laissa un peu troublée.
- N'y touchez pas, insista l'elfe, c'est de l'athelas. Cela permet à la blessure se cicatriser plus rapidement.
Elle releva la tête vers lui, lâchant sa blessure puis elle jeta un coup d'oeil rapide autour d'elle. Elle était toujours en Ithilien. Elle avait réussi à s'échapper du Mordor en un seul morceau même si elle avait failli y rester. N'ayant plus besoin de se rendre à Minas Tirith pour panser sa blessure elle devait maintenant simplement traverser l'Anduin en passant par Osgiliath pour ensuite longer le grand fleuve. Elle ne connaissait pas les intentions de son interlocuteur, allait-il la faire captive ou la laisser partir sans trop s'acharner ?
Toujours assise sur le sol, Lithariel se releva finalement. Elle frotta brièvement ses pantalons pour enlever la terre dessus puis elle observa l'elfe en gardant ses distances. Il ramassa sa cape avec détermination puis il la raccrocha autour de son cou.
Il se tourna vers elle, leurs regards se croisèrent pendant un instant. Il ne tarda pas à s'avancer vers le ruisseau puis il y plongea la petite gourde qu'elle avait vidée un peu plus tôt afin de la remplir.
- Vous faites partie des changeurs de peau, commença-t-il. J'en ai déjà croisé quelques-uns au fil des siècles.
Avant de tomber dans les vapes Lithariel était sous forme animale, cela signifiait qu'elle était redevenu humaine après son malaise et qu'il avait été témoin de la transition. Elle frissonna dans la simple idée qu'elle avait pu révéler sa vraie nature à cet inconnu. Marwen avait insisté toute sa vie pour que cette facette reste enfouit au plus profond d'elle, la convaincant que c'était la bonne chose à faire.
Elle ouvrit la bouche puis la referma aussitôt, ne sachant pas quoi répondre à cela. Il était un peu difficile de le nier était donné qu'il l'avait vu de ses propres yeux.
- Oui… Nous sommes peu nombreux, lui répondit-elle.
Il prit les devants et l'invita d'un simple signe de tête à le suivre.
- Je dois rentrer chez moi en Forêt-Noire. Vous pouvez m'accompagner jusqu'à la vieille route de la forêt. À partir de là vous irez à l'ouest vers les hauts cols pour rejoindre Fondcombe.
- Ça ira, dit-elle. Je me débrouillerai seule.
- Seule et sans arme ? Dans des bois qui grouillent d'orques dès la nuit tombée ? Fit-il remarquer.
C'était évident qu'il avait raison. Étant seule et pas armée elle risquait de mourrir même si elle faisait ses déplacements sous sa forme animale. Faire la route accompagnée de l'elfe était beaucoup plus sécuritaire même si elle n'avait pas vraiment envie de le suivre.
- Entendu, je vous accompagnerai, finit-elle par dire.
- Nous passerons par le Rohan, puis par la Lórien, dit-il. C'est le chemin le plus sur.
Elle acquiesça d'un signe de tête puis emboita le pas sans plus tarder.
- Puis-je savoir votre nom ? Demanda-t-elle sur un ton neutre.
- Legolas.
[…]
Cela faisait deux jours qu'ils traversaient l'Ithilien vers Osgiliath. La cité abandonnée n'était plus très loin maintenant mais il leur restait tout de même plusieurs heures de marche. Jusqu'à maintenant la route fut sans trop d'embuches, Legolas n'était pas très bavard mais cela lui convenait très bien. Elle avait pu observer les capacités de son compagnon au combat lorsqu'ils avaient croisé un petit groupe d'orques la nuit dernière. Legolas avait éliminé leurs ennemis en un rien de temps en se battant au corps-à-corps avec ses dagues. Il maniait ses armes avec finesse et précision et Lithariel avait été impressionné par son adresse au combat.
Malheureusement le maniement des armes n'était pas une discipline que l'on enseignait aux dames de la tribu de Núrn. Lithariel n'avait donc pas appris à se servir d'un arc, d'une épée ou bien d'une dague.
La nuit était tombée en Ithilien, il était temps de se poser pour la nuit. Bien que l'elfe ne démontrait pas le besoin de se reposer, Lithariel elle avait besoin de sommeil. Ils avaient déjà passé la nuit dernière sans pause mais Legolas voyait bien qu'elle ne tiendrait pas une autre nuit blanche.
- Arrêtons-nous ici pour la nuit. Je vais jeter un coup d'oeil aux alentours, dit-il avant de s'éloigner.
Lithariel s'installa sans perdre de temps. Afin de ne pas attirer l'attention ils évitaient de faire un feu dès qu'il commençait à faire sombre. Les nuits se refroidissaient de plus en plus indiquant que l'hiver approchait peu à peu.
Assise sur le sol elle fixait le vide en jouant avec ses doigts dans ses longs cheveux blonds. Elle pensait à sa mère qui était toujours en Mordor, se demandant si cette dernière était toujours en vie. Bien que Marwen était seulement sa mère adoptive elle ressentait beaucoup d'affection pour elle déteignant du fait qu'elle avait pris soin d'elle comme son propre enfant pendant bien des années.
Ses pensées laissèrent s'échapper une larme qui roula le long de sa joue. Elle avait mal en s'imaginant ce que Marwen pouvait être en train de subir à ce moment même. Entendant l'elfe revenir au campement elle essuya sa joue du bout de ses doigts.
- Tout est calme, dit-il. Dormez, je ferai le guet.
Lithariel acquiesça d'un léger signe de tête. Déjà assise à même le sol, elle se laissa glisser lentement vers l'arrière. Elle se tourna sur le côté en repliant ses genoux contre son ventre, les entourant d'un bras. Elle replia son autre bras sous sa tête pour se faire un appui et ainsi éviter d'être directement par terre.
Elle ferma finalement les yeux. Elle portait un chemisier long blanc très léger et par-dessus une tunique toute simple sans manches d'un bleu qui tirait vers le gris. Elle était sale et abîmée, à quelques endroits elle était même trouée. Son pantalon l'était également en plus d'être tâché de sang au niveau de l'une de ses cuisses. Le vent froid bien qu'il était léger la faisait frissonner. Elle serra son bras un peu plus contre ses jambes espérant y trouver un peu de chaleur.
Legolas qui était assis juste un peu plus loin l'observait en silence. Elle semblait si fragile de son point de vue, elle n'avait même pas de quoi se défendre. Il n'aurait pas donné cher de sa peau si elle avait tenté de se rendre en Imladris toute seule.
Il avait suivi la louve pendant un long moment avant de se montrer. Il l'avait vu fuir le Morannon orques aux trousses. Au départ il avait failli lâcher cette flèche qu'il pointait sur elle, la croyant dangereuse. Il grimaça en y repensant. La louve avait un regard si humain. C'était pour cette raison qu'il n'avait pas pu tirer.
Lorsqu'il vit son frisson, il ôta sa cape d'un seul geste puis il se leva. D'un pas léger il s'approcha doucement afin de ne pas la réveiller. Il couvrit la jeune femme avec le bout de tissu elfique puis s'en retourna s'asseoir un peu plus loin pour lui aussi reposer son esprit.
[…]
Elle émergeait à peine, les yeux encore fermés elle sentit tout de suite les rayons du soleil sur son visage. Cela s'annonçait pour être encore une belle journée. Elle ouvrit lentement les yeux en se redressant et la cape glissa sur ses genoux. Elle prit le tissu entre ses doigts et l'observa attentivement. C'était la cape de Legolas. Elle fronça les sourcils ne se souvenant pas qu'il lui ait donné la veille.
Elle se leva doucement, inspectant les alentours. L'elfe s'était absenté encore une fois apparement. Il avait pris soin de lui laisser du pain elfique. Lithariel, bien qu'elle n'allait pas se plaindre d'avoir à manger, commençait à se lasser du lembas. Un lièvre ou bien un simple écureuil lui faisaient envie. Cela faisait des semaines qu'elle n'avait pas goûté à de la viande fraîche. Sous forme de louve elle se trouvait à être une excellente chasseuse, ses instincts de prédateur lui donnaient de précieuses capacités.
Bien que ce n'était pas l'envie qui manquait, elle se retint tout de même d'aller chasser un petit animal.
Legolas n'était toujours pas de retour. Elle ne s'inquiétait pas pour lui bien qu'il était parti sans son arc. Elle s'approcha de son arme qui était posée contre le tronc d'un grand arbre. Il était magnifique. Elle n'avait jamais utilisé une telle arme se sa vie.
Elle posa la cape sur le sol pour se libérer et ne put s'empêcher de prendre l'arc dans ses mains. Elle fit glisser ses doigts sur les reliures gravés dans le bois. De sa main gauche elle le tint devant elle et de l'autre elle banda la corde vers elle. Par réflexe elle ferma un oeil comme pour viser. Elle regarda droit devant elle puis elle bougea lentement son bras à la recherche d'une cible et c'est finalement Legolas qu'elle vit apparaître dans son champ de vision.
Lithariel relâcha la tension sur le champ en voyant l'elfe. Elle sourit bêtement en reposant l'arc là où elle l'avait pris.
- Je suis désolé, dit-elle en reprenant la cape sur le sol. Je voulais simplement vous redonner ceci.
Elle lui tendit la cape, qu'il reprit sans dire un mot.
- Reprenons la route, il est déjà tard. Dit Legolas en accrochant sa cape à son cou.
- Bien sûr
Il prit son arc d'une main puis ils prirent la direction d'Osgiliath.
[…]
