Temari

Je poussais un soupire de femme comblée en m'affalant dans le canapé.

Mon regard dériva sur les murs de notre magnifique petite maison, dans laquelle nous avons emménagé, Shikamaru et moi, il y a de cela trois mois.
Après maintes et maintes discussions à ce sujet, nous avons passé ce cap : c'est bien plus simple de vivre tous les deux que de toujours faire les trajets de chez l'un à chez l'autre. Face à cet argument, mon flemmard de petit-ami ne pouvait qu'accepter.

Shikamaru et moi nous sommes rencontrés il y a deux ans, lorsque mes frères et moi-même nous sommes installés à Konoha dans le but d'y trouver un travail. Kankurô, le cadet, a commencé à travailler dans le restaurant de son copain, le meilleur ami de Shikamaru, Chôji Akimichi. Ce qui nous a permis de rencontrer le reste de la bande, dont Naruto Uzumaki, qui travaille comme barman dans ce même restaurant.
Quant à moi, je travaille à domicile pour l'entreprise Uchiha, en tant qu'illustratrice pour leur magasine. Shikamaru y travaille également en tant qu'assistant du grand patron, Sasuke, actuellement le fiancé de Naruto.

En constatant qu'il y avait pas mal de couples gays dans son entourage, couples contre lesquels je n'éprouve aucune vilaine pensée, je vous l'assure, j'avais pensé dans un premier temps que Shikamaru l'était aussi. D'autant plus qu'étant le plus grand macho du monde, je ne pensais pas qu'il pouvait avoir un quelconque intérêt pour les femmes.

Les premiers mots que je lui ai adressés étaient donc : "Et toi, tu as un mec ?". Il a explosé de rire, et je n'ai jamais été aussi gênée de ma vie. Mais bon, ça ne nous a pas empêché de devenir de bons amis.

A vrai dire, à l'époque, il était déjà en couple, mais son histoire s'est cruellement finie, et il a eu bien du mal à s'en remettre. Au moment de sa rupture, lui et moi étions déjà devenus proches, et c'est donc vers moi qu'il s'est tourné quand il allait mal.
Nooooooon, je n'ai pas profité de sa situation pour le draguer ! Des magazines people qui avaient entendu parler de cette difficile histoire me l'ont déjà reproché, mais le fait est qu'à ce moment-là, je n'étais pas encore amoureuse de lui, et il ne l'était pas de moi. Mais s'unir dans l'adversité nous a rapproché au point qu'on finisse par sortir ensemble.

J'ai déjà eu d'autres petits copains avant, mais rien d'aussi sérieux et profond. Je n'ai jamais aimé et été aimé autant que par lui, et notre relation me rend heureuse de plus en plus chaque jour qui passe. Mais malheureusement, ce n'est pas suffisant pour moi.

Je nourris le rêve secret de me marier avec Shikamaru. Je sais que c'est tôt, je sais que ce n'est pas un engagement à prendre à la légère, mais je n'ai jamais été aussi sûre d'avoir trouvé l'homme de mes rêves, et je n'ai pas du tout l'impression de faire une erreur.
Mais pour lui, c'est une autre histoire.

Je ne sais pas qui était cette fille, je ne l'ai jamais vu, et je ne connais même pas son nom. Je sais juste que Shikamaru l'aimait beaucoup, et elle l'a trahi. D'après Chôji, ce qu'il a vécu avec elle a causé sa peur de l'engagement, raison pour laquelle il évite de parler mariage avec qui que ce soit, même moi.

Il n'y a que la vie de parent qui semble l'intéresser pour le moment, mais comme nous pensons ne pas être prêts, on se contente d'imaginer notre future vie de parents : comment sera le bébé ? Quel sera son premier mot ? Ses jouets favoris ? Combien en aurons-nous ?
Ce ne sont que de petites questions, légères et amusantes, mais je pense qu'au fond de nous, c'est un vrai projet qui se prépare.

Shikamaru est quelqu'un de vraiment sensible, c'est mon pleurnichard adoré, et jamais je ne le brusquerai. Après tout, on peut prendre notre temps pour fonder notre famille à notre rythme, sans se presser.

Qu'est-ce qui pourrait bien nous tomber dessus ?

La sonnette de la porte d'entrée me sortit de mes pensées. Je me lève du canapé en râlant un peu (je venais quand même juste de m'y asseoir !) et me dirige vers l'entrée. Shikamaru travaille actuellement dans son bureau, et je n'ai pas envie de le déranger, alors autant que j'aille ouvrir moi-même, même si ça me soûle déjà rien que d'imaginer avec qui je pourrais avoir une looooongue discussion.

Pitié, faites que ce ne soit pas Ino venant se plaindre du tournage du nouveau film dans lequel elle joue ! Ça durerait des plombes !

J'ouvre la porte et constate avec surprise qu'il s'agit d'une parasite inconnue.
Elle porte un T-shirt bleu au décolleté trop provocant, une jupe en jean trop courte, une paire de talons trop haut, et des sous-vêtements trop osés. Comment je le sais ? Bah relisez la description de ses fringues et vous comprendrez qu'on voit tout.

Serait-ce mon voisin d'en face qui se rince l'œil, que je vois derrière elle ?

Je regarde la jeune femme de haut en bas, m'énervant intérieurement à cause de son sourire prétentieux, lorsque quelque chose attira mon attention. À côté d'elle, il y a une poussette, avec vous vous en doutez, un bébé dedans. Un nourrisson aux cheveux aussi noirs que la femme, et aux yeux chocolats qui me rappellent étrangement quelqu'un.

Je reporte mon attention sur elle. Elle a joint ses mains devant elle, ses yeux brillent d'impatience, et elle se dandine un peu comme une adolescente face à son premier béguin. Ce qui, j'espère, n'est pas le cas, vu que je suis en face d'elle.
Elle ne semble pas vraiment se soucier du petit à côté d'elle, qui paraît perdu et apeuré.

Commençant à trouver ce silence long et gênant, je me décide à prendre la parole.

-Vous désirez ?
-Je cherche Shikamaru Nara. Il habite bien ici, n'est-ce pas ?
-Oui, c'est ça. Vous êtes ?
-Sa meuf !

Eh bah celle-là, je m'y attendais pas.

-Sa...meuf ?
-Ah oui, j'oubliais que vous êtes d'une classe sociale élevée, vous aussi. Je suis sa petite-amie, quoi, sa nana.
-J'avais cru comprendre, oui.

Elle commençait à me taper sur le système, je ne saurais pas trop dire pourquoi. Je posais un instant les yeux sur le bébé et fronçais les sourcils.

Est-ce que Shikamaru avait une maîtresse à l'époque de sa rupture afin d'oublier sa douleur ? Ce gosse a l'air d'avoir tout juste un an, alors ça correspondrait.
Non, il n'est pas comme ça. Et même s'il en avait eu une, il se serait protégé, n'est-ce pas ?

-Mon cœur, appelais-je, tu peux venir ?
-Un problème, me répondit sa voix fatiguée.

Il s'approcha en baillant, et vit à qui je parlais. Il haussa un sourcil, l'air de dire : "Et merde, je sens que ça va être chiant", lorsque ses yeux se posèrent sur l'enfant. Il le toisa avec un regard froid que je ne lui connaissais pas : jamais il n'avait regardé un enfant de cet façon, même s'il s'agissait d'un gamin turbulent ou insolent. Il pourrait être le père de tous les enfants du monde, s'il le voulait, et ce regard m'effrayait étrangement.

Et puis, le plus naturellement du monde, il regarda à nouveau la jeune femme et déclara :

-T'étais pas stérile, toi ?

Là, je crois que j'aurais tout entendu. Alors quoi, c'est vraiment sa maîtresse et il s'est pas protégé parce qu'elle lui à dis qu'elle ne pouvait pas faire d'enfant ?! Mais qui demande ça à une meuf qu'il va baiser sur un coup de tête ?! PERSONNE !

-Mon amour, gémit l'inconnue qui va se retrouver dans le mur si elle redit ça, laisse-moi t'expliquer...
-Laisse-moi deviner...t'as trouvé un remède miracle chez le salaud qui te servait de plan cul ?
-Écoute, j'avais mes raisons...
-Quelles qu'elles soient, je m'en contrefous.

J'hésitais entre rire et partir en courant pour ne pas connaître la suite. Cette fille ne m'inspirait aucune sympathie, mais elle semblait seule, et avait un bébé sur les bras. Pouvais-je la laisser là, même si Shikamaru ne la portait visiblement pas dans son cœur ?

-Chéri, déclarais-je pour le calmer, on devrait parler.

L'inconnue eu une lueur d'espoir dans le regard que je pus apercevoir avant de lui claquer la porte au nez. Elle peut attendre dehors pendant qu'on discute, non ?

-Shikamaru, c'est qui cette nana ?
-Personne.
-Ha ha ha, c'est drôle. Tu veux dormir sur le canapé ?
-Noooon...
-Alors ?!

Il soupira, se gratta la nuque, soupira encore, croisa les bras, regarda partout, puis rouvrit la porte.

-Kin, dit-il froidement, entre et dépêche-toi.
-Oh merci, Shikamaru, je...
-J'ai pas encore décider de te donner ce que tu veux, alors rentre avant que je ne change d'avis !

Elle obtempéra et poussa la poussette jusqu'au salon. Shikamaru me jeta un regard désolé avant de la suivre.

Je ne savais pas dans quoi je m'engageais lorsque j'y allais à mon tour, et peut-être que j'y aurais réfléchi à deux fois si j'avais su que c'était bientôt ma vie entière qui allait se retrouver en péril à cause de cette Kin, et surtout, à cause de son rejeton.