Chapitre 2 : Start

Lyra fut réveillée par les rayons du soleil. Elle appréciait ce réveil naturel, qui lui évitait non seulement d'avoir à fermer ses volets, mais également d'avoir à programmer son portable. Certes, elle dépendait complètement du soleil, et se levait par conséquent très tôt. Elle avait prit l'habitude de se coucher en début de soirée. Une vraie mamie, lui avait dit Ethan. Une vraie battante, préférait-elle se dire.

-Tu as bien pris ton sac, mon poussin ?

Lyra lança à sa mère un regard chargé de reproches. Tout comme Ethan, elle n'avait pas de père. Ce devait être une mode chez les gens de Bourg Geon, les familles monoparentales.

-Est-ce que j'ai l'habitude d'oublier mon sac ? rétorqua-t-elle.

Sa mère lui lança un grand sourire. Comme d'habitude, la bave de Lyra n'atteignait pas sa blanche Maman.

-Et n'oublie pas le Bento du professeur aussi ! A tout les coups, il ne s'est pas préparé son repas, aujourd'hui non plus !

-Pourquoi tu n'irais pas le lui apporter toi-même ? elle secoua la tête, lui lançant un regard faussement exaspéré, comment tu veux finir par te marier avec le professeur si c'est toujours moi qui lui apporte son repas.

Sa mère secoua les mains, comme d'habitude.

-A-allons, ne dit pas de bêtises ! Tu devrais te dépêcher, d'ailleurs !

"Je serais déjà chez le professeur si tu ne m'avais pas interrompue dans ma routine" pensa Lyra. Mais elle se retint. On était toujours moins apte à se tenir en présence de ses parents, mais ce n'était pas pour autant qu'il fallait être désagréable. De plus, si elles commençaient à se crêper le chignon, ces quelques minutes de retard auraient tôt fait de se transformer en une bonne demie-heure.

Elle sortit, son sac en bandoulière sur son épaule. Ils allaient avoir du boulot, avec les nouveaux Pokemons. Elle pensait déjà à la multitude de tests qu'elle pourrait leur faire passer, afin de découvrir chaque petit détails de leur anatomie.

C'est la qu'elle vit un garçon.

Elle ne distingua d'abord que ses cheveux, car il était de dos. De plus, il était très difficile de ne pas voir le rouge vif de sa capillaire.

Néanmoins, ce ne fut pas ce qui amena Lyra à partir à sa rencontre. Elle fut plutôt intriguée par la proximité du garçon avec ce qui était devenu son lieu de travail durant ces dernières années.

-Je peux t'aider ?

Elle lui sourit machinalement. Engager une conversation avec le sourire avait 70% de chance de déboucher sur un échange cordial.

Le garçon sursauta. Il se tourna brusquement vers elle.

- Mêle-toi de ce qui te regarde !

Les yeux de Lyra s'agrandirent comme deux Pokeballs, dans le genre des anciennes versions : trop grosses pour tenir dans des poches.

-... … … je…

-T'as pas entendu ? Ca-sse-toi.

De petites veines parcoururent les yeux de la jeunes filles. ses sourcils se froncèrent.

-Pardon ? Tu vas descendre d'un étage, mon petit père ! Excuse-toi sur le champ ou je te mets la raclée de ta vie !

C'est ce qu'elle aurait voulu répondre.

-D'accord, m'sieur. Merci, m'sieur, bonne journée, répondit-elle réellement.

-Tu devrais sortir, Lyra, on a encore plein de choses à faire.

Lyra avisa le professeur, planquée qu'elle l'était sous son bureau, ses genoux repliés contre sa poitrine.

-Mnmnooon, marmonna-t-elle en fixant de nouveau le sol.

-Il va falloir que tu t'y fasses. Certaines personnes sont méchantes, un point c'est tout.

-Mnmveupa.

Elle repassait la scène en boucle dans sa tête, mais sans parvenir à comprendre. Elle avait tout bien fait : le salut poli, la distance de sécurité, le sourire. Ce garçon n'avait eut aucun intérêt à lui parler comme il l'avait fait. Et elle ? Elle aurait du lui dire d'aller se faire voir ! Histoire de se faire respecter Mais elle ne l'avait pas fait … Noooon. Elle, elle lui avait répondu "Bonne journée monsieur" ! Mais pourquoi elle ne s'était pas défendue ? Pourquoi ? Pourquoi ?

-Mnmpourquooooiii ? répéta-t-elle sans se rendre compte qu'elle parlait à voix haute.

Le professeur poussa un soupir exaspéré à l'intention du plafond.

-Lyraaaaa ! N'essaye pas de trouver du sens à ce qu'il vient de se passer ! Les humains sont souvent (trop souvent) illogiques, ce serait une perte de temps. Alors arrête de faire l'enfant et aide moi à nettoyer la couveuse !

Ce fut son ton plus que ses arguments qui incita Lyra à bouger. Mais tous les traits de son visage restaient figés en une moue très mécontante digne d'un enfant qui était forcé de manger ses épinards. Le professeur ne prit même pas la peine de faire une remarque à ce sujet : Il savait que cette tête ne disparaîtrait que d'elle-même, et ce au bout d'au moins une heure à se changer les idées.

Et effectivement, au bout d'une heure à se changer les idées, cette tête disparut.

-Vous croyez vraiment qu'Ethan va s'embêter à vous faire des rapports sur Caïminus ?

-Mais oui, Ethan est quelqu'un de sérieux ! Et puis au pire, je l'appellerais pour prendre des nouvelles.

Lyra lui lança un regard incrédule. D'abord, elle doutait sincèrement de la capacité d'Ethan à se rappeler de quelque chose. Ensuite, elle doutait sincèrement de la capacité du professeur pour rappeler à quelqu'un de se rappeler de quelque chose. Comme d'habitude, ce serait elle qui s'en chargerait.

Le professeur se tourna brusquement vers elle.

-Au fait Lyra ! J'ai complètement oublié…

Étonnant.

-On n'a plus de nourriture pour Pokemon ! Je pensais y aller mais ça m'est sorti de la tête, et je dois envoyer mes premiers rapports au Professeur Chen d'ici une heure. Je me suis dit…

Qu'elle pourrait peut-être y aller pour lui ?

-Que tu pourrais peut-être y aller pour moi ?

Un sourire moqueur étira les lèvres de Lyra. Elle le connaissait trop bien.

-Qu'est-ce qui te fait rire ?

-Rien, j'y vais tout de suite. Ce petit Germignon semble avoir faim.

-Germignon ! déclara l'intéressé, comme pour confirmer les dires de Lyra.

Elle lui adressa un sourire, puis sortit du laboratoire. Son vélo l'attendait bien sagement à la droite de la sortie. Lyra poussa un soupir à sa vue. L'on disait que quand on avait pas de tête, on avait des jambes. Ce principe ne s'appliquait pas du tout au professeur Orm. Quand le professeur n'avait pas de tête, il trouvait toujours des jambes pour faire le boulot à sa place.

En sept minutes à peu près, elle avait quitté Bourg Geon. En trente minutes, elle avait atteint ville Griotte. Et le plus important, c'était que la transaction se passa comme elle l'avait espéré : normalement. Cela paraissait peut-être idiot, mais il n'aurait pas été étonnant que le professeur ai oublié de mentionner que l'épicier avait pris des vacances. Ce n'aurait pas été la première fois.

Sur le chemin du retour, le paysage qu'elle connaissait maintenant par coeur lui défila devant les yeux sans qu'elle n'y prête attention. Elle réfléchissait plutôt à la méthode qu'elle allait employer pour étudier Germignon. Il semblait très réceptif, contrairement au Héricendre. En effet, ce dernier semblait timide. Elle ne savait pas trop quelle approche elle allait mettre en place pour le détendre. Peut-être en commençant par le nourrir ?

Elle aurait été complètement attentive à la route qu'elle n'aurait pu éviter la collision. Quand cet humain stupide (ce fut la première insulte qui lui vint durant la scène) surgit des champs, elle fut prise au dépourvu. Elle tenta bien de dévier sa trajectoire, mais elle percuta tout de même l'humain stupide sur le flanc gauche. Celui-ci fut projeté sur le sol. Elle fit quelques zigzag incontrôlés, mais finit sur ses deux jambes, tenant fermement son guidon. Elle bénit la barre horizontale de son vélo, qui était suffisamment basse pour qu'elle ne s'éclate pas l'entrejambe dessus. La vulve, c'était fragile, lui avait toujours dit sa mère.

-Merde, tu peux pas faire attention ?!

Tiens, tiens, tiens, Lyra connaissait très bien cette voix. Elle se tourna et ne fut nullement étonnée de découvrir que l'humain stupide était doté d'une chevelure rouge flamboyante et d'un air digne d'un Racaillou.

Cette fois, pensa-t-elle, je vais t'en mettre plein la tronche.

-Ah ça tombe bien, j'avais des trucs à te d…

-M'en fous. A jamais !

Et il partit en courant.

Et Lyra resta plantée là.

Puis Lyra descendit de son vélo.

Enfin, Lyra s'accroupit et se mit en boule, son visage exprimant une extrême amertume.

-Mbwacassetoisituveuuux..

Et elle attendit quelques minutes.

C'est là, alors que son visage était à une vingtaine de centimètres du sol, qu'elle vit un petit objet rectangulaire. Une carte. Intriguée (même si son visage montrait une lourde contrariété), elle s'en saisit et la porta au niveau de son nez.

-Silver…

Sur la carte, on distinguait la photo de l'humain stupide, avec ses coordonnées ainsi que ses points de dresseurs.

-Alors c'est comme ça que tu t'appelles…

Elle prit un malin plaisir à l'idée que ce type ait perdu un bien aussi précieux. Seulement elle fut immédiatement assaillie par un sentiment hautement plus puissant. Celui-ci lui prit tout le corps, avec la force d'une épée de Damocles.

-Uuuurgh… La culpabilité…

Elle posa deux doigts sur chacune de ses tempes et se les massa sans aucune douceur. L'étau qui lui prenait la tête était terrible.

-Non, Lyra, tu n'es pas responsable, tu n'es pas responsable, c'est sa faute, c'est sa f…

Durant toute sa piètre tentative de se raisonner, son cerveau lui balança des scénarios simples et efficaces. Ce garçon, aussi terrible soit-il, n'allait pas pouvoir participer à aucun combat. Il allait se faire arrêter en tant que clandestin. Il ne pourrait pas dormir à l'hôtel. Il ne pourrait même pas acheter du matériel de dresseur, ni soigner ses Pokemons. Et c'était sa faute à lui, certe. Mais maintenant qu'elle, Lyra de Bourg Geon, avait trouvé sa carte, se serait également sa faute à elle s'il ne la retrouvait pas.

Et Lyra de Bourg Geon ne supportait pas quand c'était de sa faute.

-Arh ! Ça me fait suer ! Il aurait juste fallu que j'aille bouder deux mètres plus loin, et la question ne se serait pas posée ! vociféra-t-elle.

Mais elle n'était pas allée bouder deux mètres plus loin et par conséquent, la question se posait.

Elle essaya de se convaincre qu'elle pouvait très bien laisser cette carte par terre et rentrer. Mais elle échoua, et lamentablement en plus. C'était comme si l'intégralité de son corps se pétrifiait à l'idée d'effectuer une autre action que prendre son vélo et aller rendre sa carte à ce type. Elle ne pouvait décidément pas lutter contre elle-même, et choisit donc la seule option que son subconscient lui laissait.

-T'as interêt à être un peu plus poli, cette fois, mon coco, marmonna-t-elle.

Et, sur ses mots, elle prit son vélo et rebroussa chemin, en direction de ville Griotte.

Trentes minutes plus tard, elle était revenue à son point de départ. Et étonnamment (ou pas), il n'avait pas montré une once de politesse.

Pour tout dire, voici ce qu'il lui avait répondu :

"... … … ..."

Rien. Pas merci. Pas "Casses-toi". Rien. C'était presque plus rageant que de se faire insulter ! Mais Lyra, en grande cartésienne, décréta qu'il était inutile de s'embarrasser de sentiments négatifs. A plus fort titre quand c'était une telle crevure qui en était l'origine. Elle se vida donc instantanément de sa mauvaise humeur, et ce en un temps record d'un peu moins de dix minutes. Puis, satisfaite de sa maîtrise émotionnelle, elle rentra chez elle.

Quelle ne fut pas sa surprise de rencontrer la police massée autour du labo. Elle aurait effectivement put s'en inquiéter. Mais là, avisant les motos des agents, ainsi que les calepins qu'ils tenaient dans leur mains, elle préféra se dire que le professeur avait accidentellement pirater la fréquence de la police en menant ses expériences. Oui, ce ne pouvait être que ça, aussi ne creusa-t-elle pas plus la question, satisfaite de son hypothèse. Plus tard, elle se dirait que ç'aurait été une solution bien préférable, et que c'était sûrement pour ça qu'elle n'avait pas voulu envisager autre chose. Le cerveau humain avait cette habitude de ne croire que ce qui l'arrangeait, au final.

-Alors, professeur ? On s'est trompé de fréq…

-Hériceeeeendre….

Lyra le fixa avec des yeux ronds, interloquée.

-Hein ?

-Il a pris héricendre!

La mâchoire de Lyra se contracta. Non seulement, elle commençait à ne pas apprécier la situation du tout, mais en plus, le manque de clarté du professeur lui donnait envie de lui balancer des cailloux au visage. Dans le genre très pointus, les cailloux.

-Professeur, QUI a pris héric…

-LE GARÇON AUX CHEVEUX ROUUUUGES, sanglota le professeur en s'accrochant à ses épaules.

Les yeux de Lyra s'écarquillèrent. Soudain, elle oublia les agents, la nuit qui tombait ainsi que le poids mort qui s'accrochait à sa salopette en larmoyant.

Le garçon aux cheveux rouges.

Celui qu'elle avait croisé.

Celui dont la carte d'identité s'était retrouvée en sa possession.

Celui à qui elle avait rendu ladite carte.

Lyra porta ses doigts à ses tempes

-Uuuurgh…