Et maintenant, je m'écroule.

L'enterrement de Maïa avait été un désastre.

Éléonora y avait pleuré, avait serré les poings, s'était écorchée la peau, encore et encore, se l'était littéralement arrachée, comme si la douleur physique allait, même seulement un peu, compenser le trou qui s'était formé dans son cœur, le vide qui y régnait désormais sans partage.

Ce n'est que quand Belle lui avait pris de force la main pour la serrer dans la sienne qu'elle avait arrêté, et avait regardé le sang qui en coulait avec un air hagard.

Elle saignait...

Ainsi donc, malgré les apparences, elle était encore vivante...

Elle ne l'aurait pas cru tiens...

« Éléonora... je suis désolée... je suis tellement, tellement désolée. »

Ce n'était pas ça qui allait lui rendre sa fille, mais Belle était tout sauf responsable, alors Éléonora accepta les paroles de réconfort que celle-ci tenta de lui prodiguer.

Quand elle la serra dans ses bras, tout ce qu'elle sentit, ce fut du froid.

À croire que Peter Pan lui avait arraché le cœur en même temps que celui de Maïa.

§§§§

Des cinq étapes du deuil, Éléonora avait sauté directement la phase déni pour rester bloquée à celle de la colère.

Et elle n'était pas prête d'en sortir.

§§§§

Personne ne comprenait pourquoi, même six mois après, la jeune femme était encore déterminée à faire payer Pan pour ce qu'il avait fait à Maïa, ce n'était pas comme si elle pouvait le tuer, pas maintenant, pas alors qu'il était tout puissant et invincible.

(Killian aurait compris, lui.

Après tout, n'avait-il pas défié le Ténébreux en personne, alors qu'il savait sa tâche insensée et probablement perdue d'avance ?

Son projet était au moins tout aussi fou que le sien.

Et maintenant, c'était elle qui comprenait pourquoi il avait fait tout ce qu'il avait fait dans le passé.)

Gold, afin de les protéger de Pan, avait jeté un sortilège autour de la ville, pour que personne de Neverland ne puisse y venir, et inversement, et sa fille avait ressenti une profonde amertume en apprenant cela.

(Alors comme ça, tu es assez puissant pour empêcher ton père de venir ici, mais tu ne l'as pas été suffisamment pour sauver ta petite-fille de la mort ? Avait-elle voulu lui dire, par pure cruauté méchante.

Ça aurait été injuste, alors elle s'était tue, comme toujours, ne pouvant faire disparaître la colère sombre qui la dévorait actuellement, dirigée contre son père.

Ce n'était pas contre lui qu'elle était en colère, en vérité, mais plutôt contre elle-même, la culpabilité la brûlant comme un poison, elle avait besoin de désigner un responsable à son malheur, aussi arbitraire cela soit-il, pour ne pas exploser, ne pas se reprocher chaque jour la mort de Maïa...

Pour ne pas hurler, pour réussir à respirer.

Rumplestiltskin avait de la magie, il aurait la sauver.

Et elle aurait dû empêcher l'ombre de l'emporter, c'était elle sa mère après tout, elle aurait savoir qu'avec Peter Pan encore en vie, elle ne serait jamais en sécurité, et sa famille non plus.

Elle avait échoué, au moins tout autant que lui...

C'était plus facile de le blâmer lui que de se blâmer elle-même cependant.

Dieux, quand donc était-elle devenue aussi lâche ?)

Ça faisait déjà six mois, et sa peine était toujours là, de même que sa colère.

Elle avait fini par accepter que sa fille ne reviendrait jamais.

Pas que son meurtrier resterait impuni.

Son père et les fées ne voulaient pas l'aider, Regina et Emma (elle les haïssait toutes les deux, en un sens, d'arriver à être heureuses ensemble et avec Henry, elle les enviait tant d'avoir réussi à se construire une famille, là où elle n'arrivait pas à ramasser les morceaux de son être brisé, et la part d'elle-même qui était la moins égoïste leur souhaitait quant même d'être heureuses) non plus ?

Soit...

Elle s'en sortirait seule.

Tout le monde connaissait sa haine de la magie de toute façon, personne n'allait la soupçonner d'essayer de trouver un sortilège capable de réduire Pan en poussière.

Et pourtant...

Il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis, comme on dit.

Elle n'avait pas trouvé, évidemment, ça aurait été trop simple, et ce, même si elle avait fouillé dans tout les grimoires qu'elle avait pu dénicher, mais sans succès.

En revanche, elle était tombée sur une histoire intéressante.

§§§§

Il était une fois une fée toute vêtue de jaune, qui vivait dans la Forêt Enchantée.

Elle était forte, puissante, douce, bonne et brave, désireuse d'aider ceux dans le besoin, comme toute fée se doit de le faire.

Un jour, alors qu'elle vagabondait dans les bois, elle était tombée sur un berceau, contenant un bébé en train de pleurer, qui avait été vraisemblablement abandonné depuis peu.

Touchée par sa détresse, la fée jaune décida alors d'adopter l'enfant et d'en prendre soin.

C'était une petite fille, et la fée la nomma Cassandra.

Plusieurs années s'écoulèrent, et la fée en vint à considérer l'enfant comme sa propre fille, continuant à jouer son rôle de marraine la bonne fée pour d'autres enfants ou jeunes adultes, apprenant également la magie à sa fille qui se révéla être très puissante.

Mais, un jour où la fée était absente, cette tranquillité fut brisé lorsque Cassandra fut brutalement assassinée, par un sorcier surnommé le Ténébreux, afin qu'il puisse s'approprier ses pouvoirs.

Alors, suite à cette perte, le cœur de la fée commença à se noircir.

Peu à peu, alors que les années et les siècles passaient, incapable qu'elle était de se venger, elle laissa les ténébres l'envahir, et même la mort de ce Ténébreux, tué à son tour par quelqu'un d'autre, ne fut pas suffisant pour apaiser sa peine.

Elle apprit la magie noire, pour devenir plus puissante, et fut chassée par les autres fées dans la dimension noire une fois qu'elles apprirent ce qu'elle était en train de devenir, et à dater de ce jour, tout le monde la renomma la fée noire.

Depuis, elle est toujours enfermée dans son sombre monde.

Mais on dit que, si un parent en deuil et en quête de vengeance essaie de faire appel à elle, elle y répondra et l'aidera à venger la mort de son enfant.

§§§§

Éléonora sentit ses mains trembler alors qu'elle terminait sa lecture.

Ainsi donc, il lui restait peut-être un espoir.

Elle n'était pas seule.

Elle ne l'était plus.

Quelqu'un allait, peut-être, pouvoir l'aider à mettre son plan à exécution.

Elle était prête à aller jusqu'au bout de toute façon.

Peter Pan avait tué sa fille.

Et pour cela, pour ce crime, elle allait le tuer.

Dans chaque version de l'histoire s'il le fallait.

Il y avait une formule pour l'invoquer, à la fin du livre, et sans attendre une seule seconde, sans penser aux conséquences, elle la lut à voix haute.

Et disparut de son appartement la seconde d'après...

Il était impossible pour la fée noire de sortir de la prison de son monde, il est vrai, mais ça ne voulait pas dire que d'autres ne pouvaient pas y entrer.

§§§§

Il faisait sombre et froid, et Éléonora eut presque la sensation d'être retourné à Neverland, avant de réaliser rapidement qu'il n'en était rien, c'était seulement un endroit obscur, on ne l'appelait définitivement pas la « dimension sombre » pour rien.

Une voix de femme déchira l'air.

« Pourquoi êtes-vous ici ? Et qui êtes vous ?

Éléonora sursauta, et vit enfin son interlocutrice quelques secondes plus tard.

C'était une femme d'apparence plutôt jeune, ne semblant pas être plus âgée qu'Éléonora, aux longs cheveux noirs et aux yeux bleus, et vêtue de noire.

Éléonora n'était pas vraiment surprise quand à la dernière partie, son nouveau nom était la fée noire après tout.

- Mon nom est Éléonora Cassidy... Et je suis là parce que ma fille a été tuée par Peter Pan, et que je veux la venger.

La fée noire la regarda avec attention.

- Est-ce là votre seule motivation ?

- Ce salopard est dangereux, il a passé plusieurs siècles à enlever des enfants innocents, il risque de recommencer, et maintenant qu'il a pris le cœur de ma fille pour remplacer le sien, il est définitivement immortel...

- Ça signifie que vous ne pourrez pas le tuer...

Éléonora lui sourit avec une lueur sombre dans le regard.

- Non... Mais je peux toujours essayer. Et vous, vous n'avez rien à perdre.

- Et qu'ais-je à y gagner ?

- Je n'en sais rien, qu'est-ce que vous voulez ? La liberté ? Je ne peux pas faire ça pour vous, désolée... avoua-t-elle, honnête. Mais j'ai lu que vous aidiez les parents en deuil...

- C'est exact... Et je n'ai rien à faire ici de toute façon. Que voulez-vous de moi dans ce cas ?

- Apprenez moi la magie, je vous en prie... C'est le seul moyen et tout ce que je veux c'est... je veux juste que la douleur s'arrête ! Hurla-t-elle.

La fée noire la regarda avec indulgence.

- Vous savez que la vengeance ne vous apportera pas cela.

- Oui. Mais je ne peux pas vivre en sachant que le meurtrier de ma fille court toujours. Je veux seulement le détruire, vous pouvez comprendre ça !

Son regard s'adoucit.

- Exact, je vous comprends mieux que quiconque pourra jamais le faire... Mais je vous avertis seulement, le chemin que vous vous apprêtez à prendre est bien sombre... et il y aura un prix à payer. »

Quel prix, le prix de son innocence ?

Ah !

Cela faisait bien longtemps qu'elle l'avait perdue.

« Le prix, je suis prêt à le payer. »

La fée hocha alors la tête.

« Très bien... je vais vous entraîner, pour... comment s'appelait-elle ?

Pour la première fois depuis longtemps, Éléonora Cassidy s'autorisa à réellement sourire.

- Maïa... Elle s'appelait Maïa. »

§§§§

Une boucle temporelle.

Ce monde était une putain de boucle temporelle, où le temps ne passait pas non plus, où les choses se répétaient encore et encore, et dans d'autres circonstances, elle aurait détesté ça, mais la situation présente faisait que ça lui convenait parfaitement.

Elle allait devoir s'entraîner, à l'aide de sa rage et de sa colère, parce que c'était tout ce qu'il lui restait, encore et encore et encore pour finalement réussir à devenir suffisamment puissante pour réduire en cendres le monstre de ses cauchemars.

Des jours, des semaines, des mois, des années, combien de temps exactement s'était-il passé, elle n'en savait rien.

Toujours est-il, qu'à la fin, elle avait réussit à apprendre suffisamment de choses de la part de son professeur pour être prête à affronter son grand-père.

Elle laissa la magie sombre l'envahir, répéta la formule pour quitter le monde de la fée noire, et retourna dans son monde.

Elle était rentrée avant même que qui que ce soit ait pu remarquer son absence.

Puis, d'un seul geste, à l'aide d'un seul sortilège, elle brisa en mille morceaux le sort de protection jeté par son père, et s'élança vers le monde qu'elle avait autrefois tout fait pour fuir.

Le Ténébreux sentit immédiatement ce qu'il se passait, et sut instinctivement qui était en train de le faire.

Oh, Éléonora, avait-il pensé en la voyant s'envoler en direction de Neverland, n'ayant pas le temps de l'arrêter, qu'est-ce que tu es en train de faire ?

Je vais la venger papa... Aurait-elle sans doute répondu.

Je vais nous venger.