Bonsoir
Comme le premier chapitre était vraiment très court, j'ai décidé de ne pas vous faire attendre une semaine avant de publier le second. Avec un peu de chance, vous n'aurez pas à attendre trop longtemps pour avoir le troisième.
Le ton est définitivement moins angsty et c'était plutôt ce genre de texte que j'avais en tête quand j'ai commencé, mais vous savez comment sont nos personnages ? Ils n'en font qu'à leur tête. Surtout Ed.
Un grand merci à tous ceux d'entre vous qui ont lu et mis des favs et un super méga merci à Ariane pour sa review. Vous êtes les meilleurs.
Bonne lecture
L'année qui s'était écoulée avait été physiquement éprouvante, mais Edward n'avait rien lâché. La douleur de l'opération n'était plus qu'un lointain souvenir et il avait enfin un contrôle parfait sur ses deux nouveaux membres.
Winry était indéniablement douée et elle n'avait pas compté ses heures afin de lui fournir les meilleurs automails possible. Bien entendu, ce n'était pas comme son bras et sa jambe de chair, rien ne pouvait approcher toutes les sensations que transmettaient la peau, les muscles et les tendons, mais les plaques de métal diffusaient à son cerveau les changements de pression. Il avait fallu plusieurs mois à Edward avant de réussir à apprivoiser cette nouvelle forme de toucher, mais il pouvait maintenant marcher et courir et se battre tout comme avant. Il parvenait même écrire sans aucune difficulté ce qui, à lui seul, démontrait la maîtrise que son amie d'enfance avait sur son art.
En plus de cette rééducation, Ed avait étudié pour devenir alchimiste d'état. Il avait passé des nuits blanches à lire, à expérimenter, jusqu'à ce qu'il se sente enfin prêt pour l'examen d'entrée. C'était cette décision qui l'avait amené à Central, en ce jour ensoleillé, Alphonse juste derrière lui. L'examen théorique devait avoir lieu aujourd'hui et il représentait la première étape à franchir dans leur quête.
Ils n'étaient jamais venus à la capitale et durant tout le trajet jusqu'à leur hôtel, Edward observa ce nouvel environnement. Les rues étaient toutes pavées et les trottoirs étaient plein de monde. Les passants avançaient, seuls ou en petits groupes, dans des tenues beaucoup plus élaborées que celles dont il avait l'habitude. Même les habitants de la ville de leur maître n'avaient pas cette petite touche qui semblait être caractéristique de Central.
Les robes des femmes étaient plus vives, leurs chapeaux plus colorés et décorés de plumes ou de fleurs et les hommes portaient pour la plupart des pantalons parfaitement coupés, rehaussés de chemises d'un blanc immaculé. Rien ne restait aussi propre bien longtemps à Resembool, le travail dans les champs où tout simplement les chemins de terre avaient tôt fait de laisser des traces de poussière un peu partout, même pour les quelques chanceux qui travaillaient en intérieur.
Le colonel, lorsqu'il était venu lui annoncer sa proposition un peu plus d'un an auparavant, n'y avait pas non plus échappé. Sa tenue impeccable, sa voix professionnelle et sa posture droite n'avaient pas pu empêcher la poussière du chemin qui menait à la maison de Mamie Pinako de s'accrocher au bas de son pantalon et sur les flancs de ses bottes cirées.
Mais il n'y avait rien de tout ça ici et l'esprit d'Edward, tellement habitué à la vie à la campagne, ne put s'empêcher de remarquer que quelque chose sonnait faux. Ces gens se maquillaient et se déguisaient, cachant leurs intentions et leur véritable personnalité derrière ces tenues. Le concierge qui leur fournit les clés de leur chambre était habillé d'un costume en tissu épais, bien trop cher pour son salaire, comme si sa valeur se mesurait à sa seule apparence extérieure.
Leur chambre était du même acabit, clinquante et fausse, et lorsqu'ils y entrèrent la première action d'Al fut de se laisser tomber lourdement sur le lit avant d'annoncer :
"C'est dommage que je n'aie pas besoin de dormir. Je crois que ce matelas est le meilleur que j'aie jamais vu."
"Normal ! Nous avons plus souvent dormi à même le sol que dans un lit."
"Mais même avec ça. Tout a l'air si propre, si confortable."
Edward ne put s'empêcher de répondre :
"Si faux."
"Tu vois toujours le mauvais côté des choses, Ed."
"Et toi uniquement le bon."
Alphonse poussa un profond soupir et réussit, malgré le fait qu'il était une armure, à transmettre toute sa frustration à son frère. Ils parlèrent peu suite à cette discussion, se contentant de manger à l'hôtel et de faire des vérifications de dernière minute. Le trajet avait été long et éreintant et très rapidement, Edward se coucha et s'endormit.
Un gant de cuir sur son épaule le réveilla le lendemain matin. La lumière filtrait à travers les rideaux, mais il était encore tôt. Il se redressa et salua Alphonse. Ed était convoqué à dix heures, ce qui lui laissait largement le temps de prendre un petit déjeuner et de se rendre au quartier général de l'armée où se devait se dérouler l'examen.
Même s'il n'en avait pas besoin, Al l'y accompagna et ils discutèrent tous deux du genre de questions qui lui seraient posées. Même sans toutes les connaissances que Vérité avait martelées dans son cerveau, Edward n'avait aucun doute sur le fait qu'il parviendrait à passer haut la main. Cet examen n'était qu'une simple formalité, mais il se faisait un point d'honneur à obtenir la meilleure note possible. Il allait montrer au monde de quoi les frères Elric étaient capables et ça commençait ici. Il deviendrait le plus jeune alchimiste d'état de tous les temps et il pourrait ensuite utiliser les innombrables bibliothèques et les ressources de l'armée afin de réparer son erreur.
Ils étaient enfin arrivés au QG et Edward fut autorisé à rentrer dans la cour d'honneur alors qu'Alphonse attendait à l'extérieur. L'aîné de la fratrie Elric s'installa contre un mur, à l'écart des autres candidats, et les observa caché derrière ses mèches blondes.
Ils étaient tous bien plus vieux que lui, encore qu'une jeune femme, plongée dans un livre sur l'alchimie botanique, ne devait pas avoir beaucoup plus que vingt ans. Trois hommes, dans la trentaine, étaient en train de discuter à côté d'elle, théorisant sur l'utilisation de fer minéral dans le soin des plaies et des hémorragies.
Leurs idées n'étaient pas mauvaises sur le papier, mais la pratique était une autre histoire. Il faudrait avant tout transformer le fer en son sel, puis éliminer les impuretés, ce qui, en l'absence d'une transmutation secondaire afin d'alimenter la principale, demanderait une grande quantité d'énergie. Et tout ça pour un résultat se limitant à une augmentation de trois pourcents de la production de globules rouges, pas vraiment utile quand quelqu'un se vidait de son sang. Il allait leur expliquer tout ça lorsque les trois hommes se turent et se retournèrent tous dans la même direction.
Des murmures d'admiration traversèrent l'ensemble des candidats et Edward réussit à entendre quelques mots : c'est lui, le héro d'Ishval, il a l'air si jeune. Même la femme qui avait le nez dans son bouquin leva les yeux et mit son grain de sel : il est encore plus beau que ce que l'on dit, ce à quoi ajouta une autre candidate, un peu plus âgée : j'aimerais tant être assignée à son équipe.
De son emplacement contre le mur, Edward ne voyait pas de qui ils parlaient. Mais il était curieux. Il quitta donc sa place et s'avança vers le petit groupe d'hommes et de femmes jusqu'à apercevoir qui avait attiré ainsi tous les regards.
C'était ce bâtard de colonel. Celui qui était venu lui rendre visite à Resembool. La femme blonde qui l'avait accompagné ce jour là était toujours avec lui, un dossier entre les mains et ils étaient suivis par deux autres soldats qu'Edward n'avait jamais vus.
Ed avait fait quelques recherches sur lui, avant de le contacter et de lui dire qu'il acceptait son offre. Mustang était le plus jeune alchimiste d'état, un génie, qui s'était spécialisé dans l'alchimie de feu. Et un bourreau des cœurs, un dragueur patenté que l'on retrouvait souvent au bras des plus belles femmes du pays. Son nom apparaissait à intervalles réguliers dans les pages mondaines des journaux qu'Alphonse faisait venir de la capitale chaque semaine.
Alors que les murmures d'admiration prenaient de l'ampleur et que le poids des regards tournés vers lui devait être insoutenable, le colonel ne semblait pas y prêter attention. Il continuait à avancer, le pas rapide et sûr, la tête haute et les bras dans le dos. La femme qui le suivait semblait lui parler et il l'écoutait tout en marchant.
"Il paraît qu'il a tué des centaines de personnes à Ishval, seul."
"Et qu'il a sauvé plusieurs dizaines de nos soldats."
"Vous croyez que l'on aura le droit à une démonstration ?"
"Vous pensez qu'il va être un des nos examinateurs? "
Une des femmes poussa un soupir :
"Je n'espère pas, je n'arriverai jamais à me concentrer s'il est dans la même pièce que moi."
Le petit groupe de soldats était assez proche pour entendre parfaitement chacune des ces remarques et le colonel tourna légèrement la tête, un sourire absolument insupportable aux lèvres. Il offrit à la jeune femme qui venait de parler un léger hochement de tête et elle répondit par un couinement totalement honteux et inutile. Il n'avait pas besoin de ça, ce prétentieux !
Et pourtant, lorsque le regard du colonel se posa sur Edward et que ses pas changèrent de direction, ce dernier sentit sa gorge se serrer. Il déglutit bruyamment. Bon ok, il était sexy et peut-être qu'Ed n'était pas aussi immunisé contre ses charmes qu'il l'aurait souhaité.
"Edward Elric. C'est un plaisir de vous voir ici, debout et prêt à en découdre."
Ed plissa les yeux lorsqu'il enregistra les mots choisis par le colonel. Il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle l'état dans lequel il était lors de leur première rencontre. Sa réaction ne fit qu'élargir le sourire suffisant de son interlocuteur et Edward se retint difficilement de lui arranger le portrait. Seule l'idée d'abîmer une telle œuvre d'art le stoppa, de justesse. Mais alors qu'il cherchait encore une réponse cinglante à cette entrée en matière, la femme blonde annonça d'une voix interdisant toute discussion :
"Nous sommes attendus, colonel. Vous allez finir par être en retard à votre réunion."
Sans quitter son interlocuteur des yeux, Mustang répondit :
"Merci de me le rappeler, lieutenant Hawkeye. Je suis à vous tout de suite."
Puis il ajouta, en se penchant vers Edward de manière à ce que personne d'autre ne puisse l'entendre :
"Montre nous ce soi-disant génie."
Dieu que ce connard sentait bon. Y avait-il la plus petite chose chez lui qui ne soit pas désirable ? Afin de cacher la réaction que la proximité du colonel avait provoquée, Edward répondit avec son sourire le plus arrogant :
"Aucun d'entre vous ne sait ce qu'il va lui arriver. Préparez-vous à la surprise de votre vie."
Mustang se contenta de pencher la tête et de tourner des talons, le mouvement net et rapide. Edward le regarda s'éloigner, perdu dans une étrange bulle de confusion, incapable de définir de ce qu'il était censé ressentir. Puis il enregistra la présence d'une douce chaleur au fond de son ventre et la bulle éclata. Sa conscience remarqua de nouveau l'endroit où il se trouvait, ainsi que les conversations qui allaient bon train autour de lui.
"Qui est-ce ? "
"Il est venu passer l'examen lui aussi ?"
"Mais il ne doit pas avoir plus de quinze ans, c'est impossible."
"Le colonel semble le connaître."
"Peut-être le fils d'une connaissance, un autre soldat."
"Quoi qu'il en soit, s'il pense réussir l'examen d'alchimiste d'état, il se met le doigt dans l'œil."
Toujours confus suite à sa confrontation avec Mustang, Ed n'avait ni le temps, ni la patience de remettre ces idiots à leur place, même s'il en crevait d'envie. Il plaça ses bras dans son dos, sa main de chair autour de son poignet en automail. Il ne les frapperait pas, ces connards condescendants, mais il allait leur montrer ce dont Edward Elric était capable.
Lorsqu'un soldat vint les chercher pour les amener dans la salle d'examen, Edward était plus décidé que jamais à rabattre leur caquet à tous ceux qui douteraient de ses capacités.
