Chapter One – My memory problems - S

Je pars quelques jours. C'était la seule explication que j'avais daigné offrir à mes parents pour expliquer mon départ soudain. Si James n'avait fait que hausser un sourcil amusé, croyant à une simple farce de ma part, Lily, quant à elle, avait comprit que j'étais tout à fait sérieux. Elle m'avait prit le visage entre ses mains graciles, le regard inquiet, en me demandant si quelque chose n'allait pas, si j'avais des problèmes à la fac qui pourraient justifier ma soudaine envie de partir. Je m'étais contenté de secouer la tête, négativement. Elle et James avaient échangé un regard, leur visage plus sombre. Une pointe de culpabilité m'avait transpercé le coeur. James et Lily avaient cette peur constante de mal faire leur devoir de parents et me voir affirmer que je voulais m'éloigner d'eux pour un moment avait dû les conforter dans cette idée.

J'aurais voulu les rassurer, les prendre dans mes bras, leur dire que contrairement à ce qu'ils pensaient, ils étaient des parents incroyables à nos yeux à Neville et moi mais les événements récents m'en empêchaient. Il valait mieux pour eux que je m'éloigne le plus possible plutôt que de ternir leur réputation. Que penserait-on d'eux si l'on apprenait que leur fils était un potentiel meurtrier ? Ils seraient jugés par tous. Tant que je ne sais pas ce qu'il m'arrive réellement, je ne peux pas me permettre de leur infliger une telle chose.

Bien évidemment, ils m'avaient interrogé sur l'endroit où je logerais et comment je me débrouillerais. Ils n'avaient pas tant posé de question par rapport à la fac, les vacances étant dans trois jours.

-J'irais chez Hermione, leur avais-je répondu avec une tranquillité feinte, vous savez la fille que j'avais raccompagné ce jour où il pleuvait ? Une fille aux cheveux châtains ébouriffés et qui a toujours l'air de savoir tout avant tout le monde. Elle appartient à la famille Granger.

James avait pincé ses lèvres pour montrer son désaccord mais j'avais argumenté toujours aussi calmement.

-Ecoute James, je sais qu'elle et toi avait un passé commun plutôt… Explosif, mais malgré tout je l'apprécie. Je sais qu'elle est innocente. Ok, je n'ai aucune preuve, mais j'ai plutôt une bonne intuition non ?

-Harry...

-Hermione est la seule qui peut m'aider. Non Lily ne commence pas à paniquer, je n'ai rien de grave, seulement un petit truc de rien du tout mais dont j'aimerais parler avec elle. Elle est psy donc ça sera plus facile d'en discuter avec elle qu'avec vous, sans vouloir vous offenser.

Mes parents avaient soupiré, encore plus désespérés que quelques minutes auparavant. James avait finalement accepté même si cette idée lui déplaisait en tout point. "Du moment que tu penses que ça peut t'aider" avait murmuré Lily en me prenant tendrement dans ses bras. Je lui avais rendu son étreinte, remis correctement mon sac sur mon épaule et m'étais dirigé vers la chambre de mon frère pour lui dire au revoir. Il m'attendait de pieds ferme devant sa porte, les bras croisés contre son torse. Quand son regard s'était porté sur mon sac, il m'avait emprisonné dans ses bras en espérant que cela m'empêcherait de partir.

-Ne m'abandonne pas frangin…

-Je ne t'abandonne pas Neville, je pars juste quelques jours chez Hermione et je reviens d'accord ?

-Moi je pourrais t'aider aussi tu sais ?

-Pas comme elle peut le faire, lui avais-je soufflé tristement en passant mes mains dans ses cheveux aussi noirs que les miens.

-C'est pas une bonne idée Harry, vraiment pas.

J'avais soupiré devant son attitude enfantine que je pardonnais pourtant en raison de notre passé. Je l'avais embrassé une dernière fois sur le front avant de me détourner pour me rendre à ma voiture. Seulement, une fois le dos tourné, j'avais entendu distinctement mon frère cracher un "il ne va pas aimer" sans que je n'en comprenne le sens. Dans un haussement d'épaule j'avais descendu les escaliers, laisser Lily m'étreindre et James me donner une tape sur l'épaule, avant de quitter véritablement la maison.


Assis dans ma voiture, je repasse encore et encore la scène en boucle, me faisant violence pour ne pas retourner auprès d'eux et tout leur raconter. Je n'ai pas le droit de faire machine arrière. Pas après ce que j'ai fait.

Le trajet jusqu'à chez Laura me prend une bonne heure. L'air de rien, nos villes sont plutôt éloignés. Depuis mon départ, mes mains ne cesse de trembler alors que mon cerveau tourne à cent à l'heure. Deux jours se sont écoulés depuis la découverte du cadavre et je n'arrive toujours pas à y croire. C'est l'esprit embrumé que j'arrive devant le petit appartement d'Hermione. Je n'ai pas vraiment réfléchi à ce que je vais lui dire une fois en face d'elle mais une chose est sûre, je tairais tout à propos du corps. Personne ne doit le savoir. Mon acte de le cacher est suffisamment irréfléchi pour ça.

Je sors de la voiture et prends mon sac avant de frapper à la porte. Aussitôt elle s'ouvre sur une magnifique jeune femme au doux sourire. Ses longs cheveux châtains sont remontés en un chignon défait, ses yeux marrons malicieux se cachent derrière une paire de lunette et son visage semble rayonner à ma vue. Malgré tout, je parviens à discerner les minuscules rides sur son visage, cause d'une inquiétude permanente. Je devine sans mal les cernes noires qu'elle doit avoir sous sa couche de fond de teint. Elle n'a pas changé.

-Harry ! Je suis contente de te revoir, ça fait quoi, trois mois que l'on ne s'est pas vu ?

-Oui, ce doit être ça. Je suis content de te voir aussi Hermione, merci de m'accueillir pour quelques temps, c'est super de ta part alors que je me ramène complètement à l'improviste.

-Ce n'est pas comme si un peu de compagnie me dérangeait, me sourit-elle gaiement.

Je souris à mon tour et accepte avec joie son étreinte. Il n'y a vraiment qu'elle pour me faire sentir aussi bien en à peine quelques secondes. Notre rencontre a été dû au hasard total, un jour de tempête. Je revenais d'un endroit que mes souvenirs ont effacé et je l'ai vu là, au bord de la route, piétinant sur place dans le sens contraire au mien. Sa voiture était tombée en panne et elle s'était mise à faire de l'auto-stop sous la pluie. Malheureusement pour elle, peu de voitures circulaient à ce moment-là et aucune ne daignait s'arrêter pour elle. Alors pris d'une impulsion, j'avais effectué un demi-tour totalement illégal pour la prendre avec moi et la raccompagner là où elle le souhaitait. Elle s'était d'abord méfiée en montant dans la voiture mais s'était rapidement détendue devant mon babillage incessant, comme j'avais l'habitude de le faire pour détendre mes amis. Elle avait rit à mes blagues idiotes, débattu sur les films Marvel qu'elle avait tenté de faire regarder à son père, en vain et m'avait un peu parlé d'elle. Plus agée que moi de quelques années, elle était pourtant déjà une psychiatre avec une bonne réputation. C'est sûrement ce qui m'a poussé à venir aujourd'hui d'ailleurs. Je sors de mes pensées au moment où les souvenirs du drame qui a suivi notre rencontre me remontent en mémoire.

Hermione laisse un de ses mains s'égarer dans la touffe noire qui me fait office de cheveux.

-Tu les as encore laissé pousser, dit-elle avec une moue enfantine.

-Que veux-tu, ma petite-amie dit que ça me rend plus potable avec cette longueur.

Mon coeur se serre douloureusement à la pensée de Ginny. Hermione, voyant sûrement ma détresse soudaine, me prend la main pour me mener au salon. La pièce n'est pas vraiment grande en soi et surtout, elle est totalement en bazar. Je comprends maintenant pourquoi Laura n'amène jamais de patient chez elle. Des feuilles, des journaux, des dossiers envahissent le sol, ayant tous un même sujet identique. Je détourne le regard, décidant de ne pas m'attarder dessus, sachant à quel point ce sujet est sensible pour Hermione. Elle aussi fait comme si de rien était et dégage une pile de classeurs qui empêche de s'asseoir sur le canapé. Je m'y installe alors qu'elle prend place sur le fauteuil face à moi, seul endroit de la pièce épargné par la paperasse. Elle tend sa main dans ma direction, un doux sourire aux lèvres.

-Tu connais les règles, Harry, si repos tu as besoin, portable tu donneras.

-Mais Neville…

-Si Neville, Lily ou… James, veulent te contacter, ils n'auront qu'à appeler sur le fixe. Mais toi tu…

-Je n'ai pas le droit d'appeler parce que si j'ai demandé à venir ici, c'est pour m'éloigner de chez moi, donc avoir un contact quelconque avec mes proches n'aurait aucun logique. Je sais, tu me l'as déjà dit la dernière fois que je suis venu ici quand je m'étais disputé avec Neville et que j'avais besoin de prendre du recul ! Vraiment parfois tu agis plus comme une mère que comme une grande soeur. Enfin tu dois avoir l'âge d'être ma mère non ? Tu as quoi, quarante ans ?

Un coup dans mon tibia me fait pousser un petit cri très peu masculin et je tends mon portable sans faire plus de discussion. Note à moi-même : ne jamais blaguer avec une femme sur son âge. Elle récupère mon portable avec un sourire satisfait qui me tire une grimace. Mais son visage redevient soudainement sérieux. Elle pose ses coudes sur ses genoux et croise ses doigts sous menton avant de m'interroger :

-Alors qu'est-ce qui se passe qui requiert mon aide de psychiatre ?

J'hésite, ne sachant vraiment pas quoi lui dire. Je frotte mes mains l'une contre l'autre nerveusement, les essuie sur mon pantalon en constatant leur moiteur et remarque que Hermione suit du regard mes faits et gestes. Elle m'analyse. Il faut croire qu'elle me prend vraiment au sérieux et me considère comme l'un de ses patients. Je prends une profonde inspiration et me confie soudainement :

-J'ai des trous de mémoire.

-Comment ça ? M'invite-t-elle à développer, les sourcils froncés.

-Je sais pas comment l'expliquer, mais en gros, parfois je me retrouve à des endroits sans me rappeler y être allé. Une fois je me suis même retrouvé à Whallstroad, tu sais ce quartier qu'on nous dit d'éviter à tout prix à cause de la violence qui règne là-bas ? Et bien j'y étais, et je me rappelle d'ailleur qu'il y avait ce garçon un peu étrange qui me fixait avec haine. Je le connaissais même pas !

-Et… Est-ce que ça t'arrive souvent ?

-Non pas vraiment.

-Harry ?

-Bon d'accord, je dirais à peu près une fois toutes les deux semaines mais je pense pas que ça soit vraiment inquiétant. Si..?

Hermione semble soucieuse, réellement soucieuse. Bon ok, en fait c'est peut-être plus inquiétant que je le pensais.

-Il y a plusieurs raisons pour expliquer des pertes de mémoires. La prise de certains médicaments, la fatigue, le stress, la dépression, la drogue, l'alcool ou certaines maladies qui peuvent parfois avoir un rapport direct avec le cerveau. Parmi la liste que j'ai cité, tu penses être concerné par l'une de ces choses ?

Je secoue la tête pour lui signifier que non. Je ne prends aucun médicament. Pour ce qui est de la fatigue, malgré quelques insomnies et crise de somnambulisme, je ne pense pas qu'il y ait la moindre inquiétude à avoir. A moins que cela constitue en lui-même une inquiétude ? Je mords ma lèvre et décide de passer aux autres possibilités. Dépression ? Je ne suis pas du genre à déprimer. Bon ok, les évènements récents provoquent peut-être en moi une légère dépression - je suis sûrement à l'origine de la mort de ma copine merde ! - mais cela n'explique pas les troubles de mémoire qui précédaient ça. Drogue et alcool, on oublie, je suis le fils adoptif d'un policier, je ne peux pas me le permettre. Maladie ? Je n'ai jamais été diagnostiqué comme porteur d'une maladie quelconque. Elle soupire, passe une main dans ses cheveux et jette un coup d'œil au dossiers qui tapissent le sol.

-Bien. Cela peut aussi être des pertes de mémoires volontaires.

-Volontaires ?

-Oui, cela veut dire que ton cerveau efface des informations que tu voudrais toi-même oublier pour une raison ou pour une autre. Sûrement un choc trop violent ou un traumatisme.

-C'est possible ça ? Je m'étonne sincèrement, et comment je fais pour retrouver la mémoire alors ?

-Je ne sais pas vraiment, il faudrait d'abord savoir à quand remonte ta première perte de mémoire puis lister aussi les endroits où tu t'es retrouvé après chacune d'entre elles. Peut-être qu'en y retournant ou même en les voyant écrits les uns après les autres, un lien se formera entre eux et nous pourrons déterminer une cause à ces pertes.

Tout ça me paraît un peu étrange. Des pertes de mémoires volontaires ? Mais si c'était le cas, alors pourquoi ne pas oublier le fait que j'ai tué Gin… J'écarquille les yeux. Je ne m'en souviens pas. Je ne me rappelle pas l'avoir tué. Non, j'ai juste découvert son corps et l'arme du crime sur moi ainsi qu'une multitude de sang, mais à aucun moment l'action ne me revient en mémoire. Et si je ne l'avais pas tué en vérité mais que la voir se faire assassiner avait créé un tel choc que je l'ai oublié ? Oui je sais, j'essaye de me convaincre du mieux que je peux, mais je n'arrive toujours pas à concevoir le fait qu'elle soit morte et que j'en sois responsable. Je me reconcentre sur Hermione et réfléchi à quand remonte la première fois que cela m'est arrivé.

-Ma première perte de mémoire s'est déroulé peu avant la mort de mon père biologique. J'étais en train de jouer avec Neville et quelques minutes plus tard, je voyais mon père au sol, une arme à la main et un trou dans la tête. Il s'était suicidé, devant nous. Et pourtant, je n'en ai pas le moindre souvenir ! C'est Neville qui a tout raconté à la police… Moi j'étais incapable de répondre à leurs questions. En y repensant, ce doit être pour ça que ma mémoire me fausse, traumatisme de voir son père se tirer une balle en pleine tête, sans considération pour ses fils.

Je crache la dernière partie de ma phrase avec rage. Hermione, elle, continue à me fixer, une pointe de tristesse dans les yeux.

-Fais la liste et va à ces endroits, peut-être que ça t'aidera.

-Même dans mon ancienne maison ?

-Même dans ton ancienne maison, acquiesça-t-elle, mais pas maintenant. Tu as encore dû mal avec ton passé et ça se voit. Prends ton temps. Tu peux rester dormir ici le temps de tes deux semaines de vacances. La journée tu iras à ces endroits, d'accord ?

-Ouais.

Elle me conduit jusqu'à ma nouvelle chambre durant ces deux semaines et m'ordonne de me reposer. Seulement, une fois dans mon lit, mon cerveau tourne et retourne encore les images du cadavre. Je revoie le visage mutilé, le corps sanguinolent, le sol taché de sang. En parallèle, les images d'une Ginny souriante, prétentieuse mais intelligente s'insinuent dans mon esprit. Je nous revoie ensemble, l'un dans les bras de l'autre, souriants. Je nous revoie nous embrasser comme si rien d'autre ne comptait. J'aime voir son visage constellé de taches de rousseur, son sourire malicieux, ses yeux remplis d'un génie insoupçonné. Jamais plus je ne pourrais la voir à présent. Il faut que je l'accepte, mais cela ne pourra pas se faire sans deux choses. Il faut que James trouve le cadavre, que ses parents soient au courant de sa mort. Mais surtout, il faut que je retrouve la mémoire pour comprendre ce qu'il s'est passé, sans quoi je ne serais jamais en paix. Je contacterais James demain à partir d'une cabine téléphonique. Mon appel sera anonyme et je lui dirais, pour le cadavre. Oui, c'est la meilleur chose à faire. J'ai fait attention de ne pas laisser d'empreinte lorsque je l'ai déplacé.

Je me tourne vers la table de chevet où repose une lampe et l'allume avant de contempler la feuille blanche et le stylo qui repose à ses côtés. Il est temps de faire cette liste.