Chapitre 2 ; Le Silence est d'Or.
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Trois jours de harcèlements du corps médical et de silence de sa part. Depuis l'ouverture malheureuse de ses yeux et la découverte de l'un de ses poignets attaché à la structure de son lit d'hôpital, Alice gardait le silence. Les infirmières conclurent qu'elle se trouvait sous le choc ou bien muette mais le manque de signe pour communiquer de sa part fit partir cette dernière théorie en fumée au bout de seulement vingt-quatre heures.
La routine s'était très vite installée, les infirmières venaient régulièrement la voir. Toutes ayant leurs propres idées sur la manière de gagner sa confiance. Nourriture, magazines de jeunesses, discutions à première vue sans répercutions ou arrières pensées… Alice les laissa faire, attendant le bon moment.
Ses migraines avaient mis deux jours à disparaître, au matin du troisième elle refusa les médicaments déposés sur son plateau repas. Son corps pulsait de douleur mais malgré toutes les suppliques et explications des médecins ses lèvres restèrent closes autant sur ses paroles que pour leurs pilules.
L'un de ses gardes l'avait surpris durant sa troisième nuit, ouvrant subitement la porte, sûrement alerté par le bruit qu'elle produisait en fouillant systématiquement chaque placard ou tiroir présent dans la pièce, pour la trouver hors de son lit.
Alice l'observa rougir alors que ses yeux se posèrent sur ses jambes que la fine chemise en papier bleu dans laquelle elle s'était éveiller à l'hôpital couvrait partiellement. La paire de menotte pendant à son poignet et une partie désossé de son lit posé à ses pieds nus lui firent écarquiller les yeux et appeler son camarade.
Ils l'observèrent durant un moment et Alice soupira d'exaspération, elle fit un pas en arrière et tendit le bras pour attraper le drap couvrant son lit pour s'enrouler dedans, reprenant ses recherches en entendant la porte se refermer et être verrouiller. Des murmures furent échanger et malgré une oreille attentive elle ne put discerner leur propos. Quelques secondes plus tard une voix parlant au-dessus du volume toléré en ces murs la nuit tombé s'éloigna dans le couloir, rapportant sûrement sa semi-évasion au supérieur en charge de son cas.
Un soupir de soulagement lui échappa quand l'un des tiroirs se trouva être le dépositaire de ses vêtements emballés dans un sac plastique transparent. Le drap et la tunique en papier tombèrent rapidement au sol et Alice tendit la main vers ses affaires avant d'observer la perfusion dans son bras.
Il était temps de faire évoluer le jeu, avec précaution elle retira l'aiguille avant de s'habiller. Alice trouva ses chaussures au bas d'une armoire, s'asseyant sur la chaise positionné à côté de son lit pour les enfiler.
Son capuchon descendit bas sur son front alors qu'elle prenait ses aises en tendant ses jambes devant elle, quelqu'un viendrait bientôt. La clef USB ne se trouvait pas dans ses affaires, ni son enveloppe. Il suffisait désormais d'attendre. Ses nerfs se roulèrent en une pelote serrée alors que le Tic Tac de l'horloge se trouvant au-dessus de son lit fit germer une idée.
Prenant soin de ne pas malmené son corps meurtri elle monta sur le lit pour décrocher l'horloge, retirant la pile et la laissant tomber sur les draps sans un regard de plus. Revenant sur la terre ferme en combattant un vertige Alice fit tourner les aiguilles pour les mettre sur le « 12 » et presque sur le « 4 ». S'approchant à pas lent et mesuré de la porte, elle toqua doucement pour attirer l'attention de celui qui montait encore la garde.
La porte se déverrouilla avec un claquement sec et s'ouvrit lentement.
- Miss vous feriez mieux de vous recoucher, je vais appeler une infirmière pour vous remettre votre perfusion.
Sans prêter attention à ses paroles Alice lui tendit l'horloge, tournant les talons pour se rasseoir dès qu'il la lui prit avec hésitation.
Un sourire en coin orna ses lèvres alors qu'elle posait doucement l'arrière de son crâne contre le mur blanc immaculé de sa chambre. Son regard revint vers le policier alors que celui-ci refermait la porte en ronchonnant peu discrètement sur le fait qu'il serait heureux de rentrer chez lui.
4. d4 Cf6
- Nom, Alice Redwood. Née le vingt-trois maie mille neuf cents quatre-vingt-six dans la ville de Birmingham.
Mycroft resta de marbre devant la répétition rébarbative des informations qu'ils savaient déjà mais que le débriefing de la Team Bravo, au profit des autres membres du Cabinet, était inévitable.
- Père Henri Redwood. Mère Maggie Rose née Smithson. Mariés en Juin quatre-vingt-cinq, morts dans un accident de la route en Novembre quatre-vingt-sept. N'ayant aucun autre parent à l'exception de son oncle paternel, Harry Redwood, l'enfant lui fut confié après ce tragique événement.
Le même oncle que la Team Bravo avait trouvé inconscient au sol en rentrant dans la chambre de l'adolescente, découvrant son état précaire par la même occasion et se rendant compte que la grande menace que tout le monde redoutait mesurait un mètre soixante-neuf pour seulement trente-deux kilos. Injurié au sol et les attendant… Une proposition au poing, qui au vue de ses demandes, pourrait tourner rapidement en faveurs de l'Empire Britannique.
Sa vie entière leur fut révélée, disséquée devant eux avec une méticulosité qui trahissait l'appréhension de ceux qui avaient fouillé son passé pour n'en retirer que de banales faits qui n'expliquaient en aucunes façons comment Alice redwood pouvait en être arrivé à mettre le gouvernement sur le pied de guerre avec un programme que les meilleurs des meilleurs qualifiaient d'indéchiffrable.
Il ne pouvait pas se mentir, réussir un tel exploit à un âge aussi précoce montrait indubitablement un talent à exploiter. Contrairement à ce que pensait Sir Barkley qui argumentait en ce moment même que le Cabinet venait de dilapider autant son argent que sa réputation pour l'arrestation d'une délinquante juvénile sans importance.
S'armant de patience et enfilant son masque froid de politicien et médiateur il entra dans la danse.
- Nous n'avons en aucune manière gaspillé ces ressources et cette affaire ne créera aucunes vagues, j'y veillerais personnellement.
Barkley ne put s'enflammer à cette déclaration car le Premier Ministre fit signe à Mycroft de poursuivre.
- Son code est indéchiffrable, nos experts n'arrivent à rien. L'ordinateur que la cible a utilisé pour lancer son attaque ne nous est pas d'une utilité plus quantifiable. Nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer comment elle a réussi à pénétrer dans ces systèmes et bases de données.
Le Premier Ministre posa une main sur son menton, demandant à Mycroft qu'elle était ses recommandations.
- Il est hors de question de la relâcher dans la nature, l'Angleterre pourrait grandement bénéficier de ses capacités.
Un débat houleux suivi sa déclaration et Mycroft en vit venir la conclusion bien avant que ses pairs n'en ai l'idée.
