Disclaimers : Mister Love Queen's Choice ne m'appartient pas.
Bonne lecture.
Première partie : Victor : Une attirance caramélisée
"Hé, reviens sale voleur!"
Je cours sans discontinuer en tentant de me perdre dans la foule. C'est bien la première fois que je me fais prendre comme ça. D'habitude, je suis beaucoup plus discrète. Le brouhaha des passants m'empêche de bien entendre les pas empressés du marchand de fruits mécontent que je lui avais chipé une simple pomme.
J'ai faim et je suis sans le sou donc j'avais du choisir la solution la plus rapide. "Gardes, il y a un voleur en train de détaler." Ah zut! Si la garde royale s'y met, j'aurais de gros soucis. Je tente de cacher ma tête à l'aide de ma gavroche avant de courir plus vite, percutant malgré moi des hommes et des femmes venus faire leurs courses.
Malheureusement pour moi, je finis par tomber en fonçant la tête la première sur une dame en train de fureter devant un étal à bijoux. Et voilà que je chute à cause d'elle. "Le voilà." Et mince. Après deux ans de survie, me voici faite comme une rate. J'espère qu'ils penseront que je suis une des canailles pickpockets du quartier le plus mal famé du royaume de Loveland. Je reste là-bas d'habitude, à proximité de la maison close histoire de me sustenter un peu ni vue, ni connue.
Bien que ce genre d'endroits m'a toujours fichue la frousse, j'espère de tout coeur que le nouveau roi ne condamnera pas le bordel comme le crieur public l'a annoncé, il y a de ça une semaine. Je ne pourrais pas tenir sinon et je fais tout mon possible pour ne pas me faire remarquer. La preuve : avec mes habits masculins et ma peau couverte de crasse, on me verrait plutôt comme un orphelin qui a mal fini.
Il est vrai que oui, je suis bien une orpheline mais je ne suis dans les taudis que depuis deux ans. Malheureusement pour moi, les gardes en ont profité que je sois un peu sonnée pour me maintenir à bras le corps. "Lâchez-moi, leur ordonnai-je en m'efforçant de me débattre. La faim a vite fait d'anéantir ma vaine tentative d'évasion. Mon dernier repas date d'une semaine et je me sens même trop faible pour leur résister.
La dame que j'ai percuté se met vite debout par contre et je peux voir à sa longue cape en velours d'un violet sombre qu'elle devait certainement appartenir à la noblesse. Une sensation étrange me prend à l'instant où elle se tourne vers moi pour me détailler de ses pupilles d'un bleu violet plutôt enchanteur. Attends, cette énergie démoniaque... Ce n'est pas possible!
"Montre-moi ton joli minois, fait-elle en se penchant pour me prendre délicatement le menton afin de sonder mon regard. Je lui offre une oeillade pleine de défi et de frustration mêlés. Vu que les gardes ne me font rien, elle doit probablement faire partie de l'entourage du roi. Son sourire avait un coté rassurant mais je continue de me méfier. "Que fait-on de lui, Dame Anna?, lui demande un des gardes tandis que je suis soulagée de savoir qu'ils me considèrent encore comme un garçon.
Cette Dame Anna par contre a vite découvert qui je suis et rien que ça me rend nerveuse. "Emmenez-le au chateau, répond-elle cependant en lachant mon menton pour se lever de nouveau, mais pas au donjon, dans mon antichambre." Les gardes me forcent à me tenir debout et je les suis pendant que Dame Anna ouvre la marche d'un pas solennel. Je me demande ce qu'elle me réserve en écoutant avec irritation les messes basses des gardes à coté de moi. "Il est rare que Dame Anna accueille quelqu'un dans ses quartiers, murmura l'un avec confusion.
- Tu crois qu'elle en a eu marre du chancelier?, cancanna l'autre d'un ton moqueur. Je tente de ne pas m'énerver quand Dame Anna prend la parole sans se retourner. "Dois-je référer à son Altesse que deux des gardes assignés à la cité sont prompts à faire des commérages à l' égard de la gouvernante?"
Sa question était courtoise mais le ton froid à trancher au couteau. Les deux gardes se taisent à mon grand soulagement mais je me retiens de rire à les voir si raides avec un regard tout penaud. "Non, ce-ce n'est pas la peine, se met à bégayer l'un d'eux en me maintenant fermement le bras pour faire bonne figure. Ouille, il n'y va pas de main morte, celui-là.
"Dans ce cas, retournons au chateau, ordonne Anna d'un ton plus sévère.
Les gardes s'exécutent et je me retrouve à les suivre sous l'oeil curieux et intrigué des passants. Je les ignore en admirant le palais qui se profilait à l'horizon au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'édifice. Il n'y a pas à dire, le chateau est beaucoup plus grand vu de près. J'ai l'impression de me faire toute petite devant cette batisse faite de pierre et de marbre aussi... imposante. "Ouaaah!"... Oui, c'est tout ce que je peux dire avec une bouche-bée qui me fait certainement passer pour une idiote. "Oui, le palais royal m'a aussi faite cette impression jadis, commente Dame Anna avec un petit sourire, mais l'intérieur est plus classique. Il est temps de te conduire à mes quartiers."
J'hoche la tête de manière hésitante tout en me laissant guider à l'intérieur du chateau. En effet, l'intérieur était plus sobre mais plus austère. Quelle idée de mettre des tapisseries aussi sombres dans la salle du trone et ce long tapis de velours anthracite qui recouvrait le sol en marbre blanc... J'avais plus l'impression d'être entrée dans une allée funéraire que dans une pièce destinée à recevoir des doléances.
Les gardes me relachent au moment où Dame Anna longe la pièce pour aller dans le couloir situé à gauche du trone royal. "Vous pouvez disposer, leur intima-t-elle d'un geste de la main. Je me sens un peu plus libre maintenant qu'ils m'ont relachée mais aussi très nerveuse. Je la suis pendant que nous nous aventurons dans la longue allée seulement éclairée par le ciel gris qui se profile derrière les fenêtres. Quelques domestiques me lancent des regards curieux de temps à autres tandis que je dissimule mon visage sous ma gavroche. Certaines servantes ne cachent pas leur répugnance à mon égard.
Vu mon accoutrement, ce n'est guère étonnant. Mon dernier bain remonte à quand, déjà?... Ah, Dame Anna s'est arrêtée devant une porte de bois blanc. "Voici mon étude, déclara-t-elle en ouvrant la porte, entre donc.
- Vous êtes sure que cela ne vous gêne pas?, lui demandai-je quand même, je suis tout ce qu'il y a de plus crasseux comme vous le voyez.
- L'odeur est certes repoussante, m'avoue Dame Anna sans qu'il y ait de condescendance dans ses mots, mais si tu acceptes mon offre, toute cette saleté fera partie du passé."
Je ne comprends pas où elle veut en venir mais je cède à sa requête. Le bureau de Dame Anna est digne de la dame qu'elle devait être : élégant aux murs lilas avec un sofa rembourré de même couleur et un pupitre en ébène poli. Je la regarde s'asseoir une fois qu'elle a fermé la porte tandis que je préfère rester debout. Hors de question de tout salir.
Dame Anna eut un rire amusé devant mon semblant de timidité. "Allons, jeune fille, réplique-t-elle en croisant ses doigts, sache que je ne vais rien te faire. Je suis même heureuse de rencontrer une congénère succube. Nous sommes de plus en plus rares à nous montrer en public, finit-elle d'un ton plus triste.
Donc elle est bien une succube comme moi. Il est vrai qu'avec les chasseurs de démons dans le coin, beaucoup ont fait profil bas. C'est à cause d'eux que j'ai perdu ma famille. "Je ne le suis qu'à moitié, me confessai-je en baissant les yeux, mon père était humain.
- Vu ton état, ta vie n'a pas du être facile."
Je secoue amèrement la tête. Elle l'était avant : je vivais dans un village non loin du royaume avec mon père et ma mère, un couple de fermiers menant une vie simple. Je les aidais dans les champs bien qu'ils me taquinaient pour que je me trouve un mari. Un jour où j'étais partie au hameau voisin fêter l'anniversaire d'une amie, des chasseurs de démons, qui avaient découvert la véritable nature de ma mère, ont tué mes parents et incendié la maison.
Je n'ai découvert que des ruines calcinées à mon retour. Les villageois qui avaient été si proches de mon père et de ma mère m'ont tournée le dos en me traitant de monstre et je suis partie au royaume de Loveland avec le peu d'argent qui me restait. La suite, vous la connaissez. "Non en effet, confirmai-je avec amertume avant de la questionner, que voulez-vous de moi, au juste? Je ne pense pas que c'est seulement pour secourir une consoeur succube que vous m'avez faite venir au palais sans m'enfermer au donjon pour vol à l'étalage.
- C'est exact, fait Anna en hochant la tête, je souhaite t'embaucher pour un travail." Elle marque une courte pause avant de continuer. "Je suis la gouvernante du chateau et nombre des domestiques à mon service ont décidé de se démettre de la fonction d'assistant personnel de son Altesse." Dame Anna marque encore une pause en se pinçant l'arrête du nez. Ça ne doit vraiment pas être une mince affaire. "Je ne peux leur donner tort là-dessus, dit-elle d'un ton las, sa Majesté Victor a beau être séduisant à l'oeil, son caractère est vraiment des plus difficiles.
- Euh à ce point?, la questionnai-je en retirant ma gavroche, ce qui a pour effet de lacher mes cheveux bruns mi-longs, et vous voulez que je l'assiste alors?
- Quelque chose me dit que tu y parviendras parfaitement, me souffle Dame Anna avec un sourire en coin, et si tu acceptes, tu auras le gite et le couvert qui te sera gracieusement offert." Mon ventre gargouille à l'idée d'être nourri gratuitement.
- Dans ce cas, c'est d'accord, acceptai-je avec un peu plus d'aplomb, je m'appelle Stella, au fait.
- Enchantée Stella, fait Dame Anna avec un petit sourire, mon nom est Anna mais tu l'as déjà entendu par les gardes." Elle prit une petite cloche posée sur son bureau pour la faire sonner. "Je vais ordonner aux servantes de te faire prendre un bain. Tu recevras aussi ton uniforme et un collier spécial réduisant ton influence de succube, continue-t-elle en caressant distraitement la petite améthyste accrochées à son collier ras-du-cou.
Elle avait écarté sa cape qui ne dissimulait plus la robe grise échancrée au niveau du décolleté mais de manière raisonnable. "Ensuite, je t'expliquerai en quoi consistera ton travail, termina-t-elle au moment où la porte s'ouvre sur une soubrette, maintenant, place à la toilette, jeune fille."
