Chapitre
Le départ

— Dis, tu vas aller chez Honeydukes ?

Aussitôt réveillée, Millicent Butters s'était précipitée dans le dortoir de sa sœur pour l'intercepter avant son départ à Pré-au-lard. Elle ne pouvait pas s'y rendre elle-même, puisqu'elle n'était qu'en première année à Poudlard. Assise à califourchon sur la boule de couvertures qui recouvrait sa sœur, la jeune sorcière passait sa commande en démêlant avec ses doigts sa chevelure blonde bouclée.

— Tu pourrais me ramener des Chocogrenouilles s'il te plait ? Au moins cinq, j'ai promis à mes copines de partager avec elles. Et des Gommes de Limaces ? dit-elle en se concentrant pour ne rien oublier. Et des Draguées surprises de Bertie…

— Je ne crois pas que Papa et Maman seraient très contents de savoir que je te fournis en cochonneries, la coupa Pippa qui visiblement dormait encore avant l'arrivée de sa sœur.

— Ils n'ont pas besoin de tout savoir, tenta Millie avec une moue pour amadouer son aînée.

Pippa se releva pour la regarder et lui lança un regard désapprobateur. Ses yeux noirs contrastaient avec sa peau laiteuse et lui donnaient même au réveil un air très sérieux. Trop sérieux pour une jeune fille de seize ans. Ses cheveux étaient du même blond que ceux de sa sœur, mais elle n'avait pas hérité des boucles naturelles de leur mère.

— Ils m'ont dit de veiller sur toi. Tu es sous ma responsabilité. Je ne veux pas trahir leur confiance.

— C'est juste des bonbons, pas du poison mortel, ralla Ruby Dogbane depuis le lit voisin, la voix étouffée par l'oreiller. Je vote en faveur de Millie.

— Moi aussi, ajouta Brielle Buckling en baissant son roman Rendez-vous au Portoloin pour faire un clin d'œil à Millie.

— Deux contre une pour l'instant, compta la première année, Wilda, tu dis quoi ?

Wilda Protts était déjà debout et s'affairait à fermer les boucles de ses bottes. Elle haussa les épaules, visiblement dérangée d'être mêlée aux affaires d'une gamine. Toutes attendaient sa réponse. Excédée, elle finit par parler.

— Le cerveau a besoin de sucre pour fonctionner correctement.

Pippa fusilla ses amies du regard. Si même Wilda, d'ordinaire rabat-joie, se liguait contre elle, comment pouvait-elle résister ? Millie attendait le verdict, la regardant toujours de ses yeux de merlans frits. Elle céda.

— Je ne te promets rien, Mill.

La réponse ne satisfit pas complétement la jeune fille, mais elle sauta du lit et se dirigea vers l'escalier.

— Je vais en parler à Marcus au petit-déjeuner, au cas où tu oublies malencontreusement...

Quelle peste, pensa Pippa avec cependant un sourire sur le visage. Millie était le portrait craché de leur mère. Toutes les deux savaient ce qu'elles voulaient et une fois une idée en tête, impossible de la leur faire oublier. Pippa, elle, ressemblait plus à leur père. Ils étaient posés et réfléchis, en plus d'être protecteur envers ceux qu'ils aimaient.

Son regard tomba sur la lettre posée sur sa table de chevet. Les dernières nouvelles de ses parents. Ils lui manquaient terriblement. Monica et Joseph travaillaient au Ministère de la Magie comme Aurors et dans le contexte tendu actuel, ils ne pouvaient pas communiquer librement. Souvent envoyés en mission sur le terrain, leur position devait rester secrète, si bien que même les plus futés des hiboux ne pouvaient pas les pister. Les filles ne pouvaient donc jamais donner de nouvelles, seulement en recevoir, et la dernière lettre reçue datait d'il y a plus de deux semaines. Pippa sentit une boule d'angoisse monter en elle.

Elle quitta son lit subitement et entreprit de s'habiller pour descendre prendre le petit-déjeuner. Brielle était déjà prête et l'attendait assise sur son lit, le nez toujours dans son bouquin. Wilda était déjà partie. Des quatre camarades de dortoir, Wilda était la plus sauvage et ne trainait pas souvent avec les autres filles qui ne se quittaient jamais.

Marcus les avaient un jour décrites toutes les quatre d'une façon stéréotypée qu'il avait assumée. Pippa était la sagesse incarnée. (Le fait qu'il complimente généreusement sa petite-amie n'avait rien d'étonnant s'il souhaitait garder leur relation au beau fixe.) Brielle était la tendresse. Elle semblait incapable à éprouver de la haine envers quiconque et accordait le bénéfice du doute à tous. Avec son physique généreux et ses tâches de rousseurs, elle lui faisait penser à un grand mug de capuccino réconfortant après un dur entraînement de Quidditch. Wilda était la confiance en soi. Elle ne se remettait jamais en question et avait tendance à rassurer les gens autour d'elle inconsciemment. Et Ruby, la tigresse aux cheveux rouge, était la rebelle. Il la taquinait souvent en disant que le Choixpeau aurait dû l'envoyer à Serpentard plutôt qu'à Gryffondor. Elle ne se laissait jamais marcher sur les pieds, et si cela arrivait malencontreusement, elle avait déjà un plan de revanche en tête.

— Tu viens avec nous, Rub ? demanda Pippa, pinçant gentiment les pieds de sa camarade.

— On se verra à Pré-au-lard, gémit-elle. Si j'arrive un jour à sortir du lit.


La Grande Salle était presque vide alors que la fin du service approchait. Le professeur McGonagall passa le long de la table des Gryffondor pour récupérer les dernières autorisations de sortie pour Pré-au-lard.

— Dépêchez-vous de finir votre repas, Monsieur Wolpers, lança-t-elle à un troisième année aux cheveux d'un blond presque blanc, le portail ferme à 9 heure tapante. Vous oubliez votre écharpe sur le banc, Monsieur Nightshade, je vous rappelle que nous sommes en hiver et que le vent est glacial aujourd'hui ! Je serais très déçue de vous voir rater l'examen blanc de métamorphose prévu lundi matin à cause d'un rhume.

Clay Nightshade, un grand gaillard roux et fin, fit demi-tour et récupéra son sésame la tête basse, embarrassé de s'être fait réprimander ainsi. Marcus Candlelight, son meilleur ami, allait le chambrer avec ça toute la journée. Devant eux, bras dessus bras dessous, Pippa et Brielle riaient aux éclats. Une belle journée s'annonçait. Ces étudiants de cinquième année s'octroyaient une journée de repos dans leur emploi du temps chargé de révisions pour les BUSE.

Alors que le groupe quittait la Grande Salle, un garçon aux cheveux bruns et au regard sombre traversa le hall à toute allure, de toute évidence de mauvaise humeur. Pippa le vit leur arriver dessus et se plaqua rapidement contre le battant de la porte pour s'écarter de son chemin. Brielle ne fut pas aussi réactive et il la percuta de plein fouet.

— Vous êtes toujours en plein milieu, les filles ! râla de mauvaise foi le Serpentard en se massant l'épaule.

Pippa ne releva pas la remarque de Hero Ferlet et l'ignora complétement. Elle s'inquiétait pour son amie qui se tenait le nez des deux mains. C'était visiblement très douloureux.

— Ca va, Brielle ? demanda Clay qui arrivait derrière. Tu crois qu'il t'a cassé le nez ? Je vais chercher Madame Pomfresh…

— Elle n'a rien, coupa sèchement Hero. Circulez, ordonna-t-il au groupe, vous bloquez le passage.

— Quel connard, ce mec, jura Marcus alors que le groupe sortait devant le château. Tu l'aides avec ses devoirs et c'est comme ça qu'il te remercie, Brielle ? Tu es vraiment trop gentille. Jure-moi que tu le laisseras se démerder tout seul pour ses BUSE.

— Il n'a pas fait exprès de me percuter…

— Butters, Nightshade, Candlelight et Buckling…, chercha le professeur Flitwick sur le registre des autorisations. Vous pouvez-y aller. Vous avez bien vos baguettes sur vous ? C'est obligatoire maintenant : pas de sortie sans baguette ! Montrez-les moi s'il vous plait.

Le groupe s'exécuta à l'exception de Brielle. Elle fouilla dans la poche intérieure de sa parka, puis dans son sac à dos.

— Je n'ai pas ma baguette, grogna-t-elle.

— Ahah, tu te moquais de moi tout à l'heure, la taquina Clay. Je ne suis pas le seul à être tête en l'air !

— Tu ne l'avais pas quand on est sortie du dortoir ? demanda Pippa qui voyait son amie désemparée.

— Je ne sais plus, j'étais captivée par mon livre et…

La grande horloge du château sonna neuf coups et les enseignants commençaient à refermer les battants du portail.

— Hop hop hop ! On y va, c'est l'heure, chantonna le professeur de Sortilège.

— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Clay aux trois autres. On reste là ou…

— Non ! C'est tant pis pour moi, les gars. J'aurai dû faire plus attention, allez-y sans moi ! Je vais en profiter pour finir ce satané livre.

Clay lui lança un regard triste comme si elle venait de lui crever le cœur. Pippa serra son amie dans ses bras et lui souhaita de passer une bonne journée malgré tout. Sous le porche du château, Millie venait d'apparaître et faisait de grands signes.

— Ne m'oublie, grande sœur ! lui cria-t-elle.