Chapitre 2 : Pas enchanté, Katsuki Bakugo


De l'air. Vite.

Je profitai de l'ovation pour m'éclipser en catimini hors du bar. J'avais l'impression d'avoir couru un marathon, la sueur à grosses gouttes sur mon front. Ce comportement, à des kilomètres de mes habitudes me rendait fébrile. Me jeter sur le premier venu n'était pas mon genre. Avant de sauter le pas, il fallait créer une connexion, un lien, essentiel à mes yeux. Le seul que je désirais m'avait quitté, l'abstinence éternelle me tendait de loin ses bras. Je m'imaginais déjà, finir mes vieux jours en compagnie d'Ochaco, nous deux occupés à tricoter, les souvenirs de notre folle jeunesse en mémoire... Ainsi se terminerait mon existence, mon âme sœur à mes côtés. J'adorais Tenya, mais il ne faisait pas le poids contre moi.

L'air nocturne à plein poumons, mon corps se détendit. La rue encore animée à cette heure avancée, le brouhaha ambiant eut le don de complètement m'apaiser.

- Izuku ! S'alarma cette voix féminine, tout va bien ?

Adossé contre un muret, je souris au visage qui m'observait avec inquiétude.

- Oui, ne t'en fais pas, assurai-je.

Un pieu mensonge qu'il décrypta tout de suite sans insister. Moi-même je ne comprenais pas, alors l'expliquer...

- Tu veux rentrer ?

Je hochai la tête, quand une voix fluette attira notre attention :

- On a tous bien joué ce soir ! Et la standing ovation qu'on a reçue ! Je tremblais comme une feuille...

Ochaco se retourna tandis que ma vision vola vers le groupe bras-dessus, bras-dessous, devant l'entrée de lieu, les deux filles à l'avant, les garçons, un peu plus à l'écart. A bien les regarder, ils étaient assez jeunes, notre âge, sans doute. Je me surpris à m'interroger sur ces gens, leur complicité sur et en dehors de la scène ne faisait aucun doute.

Ma meilleure amie bondit vers eux.

- Je confirme ! Vous étiez géniales, tous ensemble !

Des paires d'yeux l'observèrent, pris de cours par la soudaine intervention, avant d'inscrire une sincère gratitude.

- Merci, dit la chanteuse d'une petite voix, une légère rougeur aux joues, c'est très gentil.

Tous affichèrent un sourire de reconnaissance. Tous, excepté... « Katchan » qui continuait de me regarder, une expression indéfinissable sur le visage. Impossible de savoir s'il était en colère, ennuyé ou bien agacé. Peut-être n'avait-il pas apprécié la façon dont j'avais répondu à sa provocation déguisée. S'il savait en plus toutes les images en tête durant ce moment... il me tuerait sûrement.

Pourtant, à nouveau, je me sentis irrésistiblement attiré vers lui. Le reste du décor s'effaça, l'air devint lourd, pesant, chargé d'une tension électrique. Mon palpitant se mit à cogner avec une force inouïe à l'intérieur de ma poitrine. Une sensation pour le moins déplaisante, de sentir de manière assez distincte que je perdais le contrôle. Sans égaler Tenya, je me croyais rationnel, les choses futiles ne me détournaient pas de mon but précis en aucun cas. Même en couple, je gardais les pieds sur terre, une qualité dont j'étais fier. Rien ne semblait toutefois normal en moi en sa présence. Je mourrais d'envie de me pendre à son cou, qu'il me prenne tout en violence, me fichant totalement des gens autour de nous.

- Deku ?

Je repris mes esprits en entendant le lointain appel de mon homologue étudiante. Une mine interrogative ridait ces beaux visages, à part l'objet de mes fantasmes, d'après son petit sourire au coin. Je m'étais ridiculisé devant de parfaits inconnus.

Merde. Il sait.

- Excuse-moi, Ocha... je dois vraiment... y aller, bafouillai-je rouge de honte.

Je m'enfuis à toutes jambes sans un mot de plus.

[*]

- Est-ce que tu veux bien m'expliquer, maintenant ?

La question ne cessait de revenir, trois jours après cette soirée maudite. Trois jours pendant lesquels Bakugo Katsuki, selon les informations fournies par mon pendant féminin, n'avait pas quitté ma tête. Il me poursuivait sans relâche, ma concentration perturbée.

- S'il te plaît, arrête avec ça... suppliai-je, je t'ai dit qu'il n'y avait rien.

Nous déjeunions en tête-à-tête, son petit ami parti assister un professeur, activité qu'il faisait souvent. Le sérieux du brun à lunettes, son abnégation aussi bien dans ses études que dans le soutien apporté attisait toutes les convoitises. La majorité des enseignants en pâmoison, il incarnait l'élève modèle par excellence.

La fille aux cheveux châtain clair m'adressa un œil suspicieux :

- Tu comprendrais mon inquiétude, si tu t'étais vu, justifia-t-elle, ta respiration trop précipitée, la sueur sur ton front... J'arrivais même à entendre les battements de ton cœur. On aurait dit que tu voulais le bouffer.

C'était en effet ce que j'avais voulu et d'après les scènes envoyées par mon subconscient, ce désir restait présent, malgré tous mes efforts pour le chasser.

- Je ne sais pas ce qui m'arrive, avouai-je en baissant les yeux, le teint cramoisi. Je suis plutôt réfléchi d'habitude, même avec...

Je marquai un arrêt. Prononcer ce prénom me faisait encore mal.

- Tu-sais-qui, repris-je, ça ne ressemblait pas à ça. Rien à voir avec un coup de foudre ! ajoutai-je en voyant son regard s'éclairer. C'est plus... bestial.

- En gros, tu veux qu'il te baise fort, devina mon amie en souriant.

Nos pupilles agrandis par la formule tant choquante qu'inattendu de sa bouche, déclencha un fou rire de longues secondes, les larmes au coin des yeux. Le premier depuis une dizaine de jours me concernant, mes divers poids aussitôt alléger. J'adorai vraiment cette fille, seule à savoir provoquer un tel état.

- Je suppose que tu peux le dire comme ça, acquiesçai-je, quand l'hilarité prit fin.

Les spasmes calmés, j'enchaînai :

- Ça m'effraie, Ocha...

Ô que oui, ça me pétrifiait, ce penchant pervers insoupçonné jusqu'à inventé un surnom rien qu'à lui, « Katchan ». A l'instar de l'ensemble de mes réactions, la façon dont il était apparu dans mon cerveau me perturbait. Je revendiquais l'air de rien un droit, une possession, à moi et personne d'autre. Il m'appartenait.

- Tu ne l'avais jamais vu avant ? me demanda Ochaco.

Nul doute je m'en serais souvenu, étant donné la forte empreinte de cette première rencontre. Katsuki Bakugo n'était pas du genre à s'effacer de la mémoire de quelqu'un. La certitude assez prégnante aussi, que peu importait ce qui se cachait derrière sa mine renfrognée et son air hautain, les gens l'aimait, l'admirait pour ça.

Je secouai la tête.

- C'est bizarre tout de même, cette façon insistante dont il t'a reluqué, analysa ma vis-à-vis, tu étais trop occupé pour t'en apercevoir, mais lui aussi, il voulait te bouffer.

Et je n'aurai pas dit non, c'était ça le plus effrayant, finalement. Au diable tous mes principes, quitte à le supplier de vive voix, autant de fois que nécessaire.

Tout à coup, le visage de mon adorée s'éclaira :

- Tu pourrais essayer de le trouver !

J'eus un mouvement de recul. Rien que la perspective d'un nouveau face-à-face me tétanisait ; mon esprit fuirait, mon corps me trahirait à la seconde où mes yeux se poseraient sur lui.

- Pourquoi je ferais ça ?! m'étranglai-je, je viens de me faire larguer, je te rappelle.

Ochaco éclata de rire, en m'adressant un clin d'œil malicieux.

- Justement ! S'enthousiasma-t-elle, vous faîtes votre affaire, toute en protection bien entendu, c'est chouette, ça fait du bien, au revoir et merci !

Je me contentai de la regarder sans rien dire. Elle me connaissait, elle savait ma difficulté éprouvée à l'intimité. Le désir restait illusoire, inoffensif, n'appartenait qu'à moi. Impliquer quelqu'un dont je ne savais rien, passe encore, de là à le rendre réel... un cap pas prêt à être franchi pour le moment.

Elle ajouta, mes pensées à nues devant elle :

- Avec un peu d'alcool, ça passerait nickel !

Là encore, je ne trouvai pas la force de répliquer. Elle ignorait un détail important de ma vie, gardé pour moi, la honte barrage au partage.

- Je ne bois pas.

Ma meilleure amie poussa un soupir à fendre l'âme.

- Pourquoi a-t-il fallu que tu sois gay ? A l'heure qu'il est, c'est moi qui te boufferait.

- Et Tenya ? demandai-je, un air faussement incrédule sur le visage.

Elle m'observa avec le plus grand des sérieux.

- Tenya ou un autre, ça ne change rien, jamais. C'est toi mon numéro un, Deku.

La plus belle déclaration que j'eus entendue, mon souffle bloqué par la sincérité des mots prononcés, venus du fond de son cœur. La tentation de la prendre dans mes bras grandi, retenue au dernier moment. Si je m'autorisai une telle proximité, elle en subirait les conséquences tôt ou tard. Je ne supporterai pas de la perdre, elle aussi.

- Pour en revenir à notre blond cendré... Je pense que tu devrais le contacter. Il paraît que le groupe se produit au moins une fois par semaine au Ground Zero, tu pourrais lui parler et...

- Et quoi ? demandai-je amusé, qu'est-ce que je pourrais bien lui dire ? « Salut, moi c'est Deku, tu veux bien faire de moi ton jouet et me casser à la fin ? »

- D'accord, retentit une voix derrière nous, mais je te préviens, je ne suis pas doux quand je joue, Deku.