Miou tout le monde !

J'espère que vous avez profité de votre weekend et de la Saint Valentin pour celleux qui la fêtent (dans tous les cas ça fait une excuse pour manger des chocolats, et on aime le chocolat).

Disclaimer : je pense que ça se saurait si les persos d'Hetalia étaient à moi...


La salle était imposante, mais pratiquement vide. De grandes colonnes ouvragées soutenaient la voûte, et de chaque côté étaient disposées des armures, des peintures, des sculptures, et autres joyaux culturels produits ou apportés par des mortels désireux de se faire bien voir du maître des lieux.

Au fond de la salle, sous une immense fenêtre qui laissait passer une lumière bleutée, se tenaient deux trônes. L'un était en roche noire et sobre, l'autre semblait fait de bois et était décoré de fleurs. Le second, par sa couleur et son aspect vivant, détonait dans l'ambiance sombre du palais.

Sur chaque trône se tenait une divinité. Hadès, le dieu des morts, était vêtu d'une ample tunique noire, sur laquelle étaient dessinées des flammes bleu sombre. Il avait les cheveux très bruns qui lui arrivaient aux épaules, des yeux noirs en apparence inexpressifs, et un fin collier de barbe. Perséphone, la déesse du printemps, portait une robe aux tons de rose et de blanc, rehaussée ici et là par des motifs floraux en fil d'or. Ses longs cheveux oscillaient entre le châtain et le roux, et elle les avait simplement retenus avec un serre-tête de roses. Ses yeux verts semblaient à la fois doux et curieux.

Lorsqu'ils furent à une distance raisonnable des trônes, les deux nations s'inclinèrent et Héraklès les salua.

- Hadès, roi des enfers, dieu des morts. Perséphone, reine des enfers, déesse du printemps.

Perséphone se leva avant que son mari prononce un seul mot, et ouvrit grand les bras en souriant.

- Soit le bienvenu, Héraklès, coeur de la Grèce, toi qui a su répondre à la question de ma mère.

Hadès ne bougea pas quand son épouse alla donner une accolade à sa nation, et fixa son regard sur Sadiq, qui n'avait pas bougé. Quelques secondes passèrent avant que le dieu se décide à parler.

- Peut-être t'étonnes-tu que seul Héraklès reçoive un accueil chaleureux, jeune mage ?

- Héraklès représente votre nation, et moi son ennemi. Je ne suis pas surpris de la différence d'accueil.

Hadès esquissa un début de sourire satisfait, mais son regard demeura franchement réprobateur quant à la présence de l'ottoman dans son royaume.

- Pardonne l'attitude de mon mari, intervint Perséphone en souriant. Il est simplement de nature méfiante.

- Au vu de la situation, ma méfiance envers lui me semble parfaitement justifiée, protesta le dieu des morts.

La reine des enfers revint vers lui et lui adressa un sourire proprement désarmant, et il soupira avant de lui sourire tendrement en retour. Héraklès et Sadiq prirent la sage décision d'éviter de les regarder pendant ce moment d'intimité. Toutefois, Hadès se leva de son trône, ce qui les força à le regarder de nouveau.

- Pour revenir à la raison qui vous amène ici, vous souhaitez repartir avec ma lance, c'est bien cela ?

- C'est exact, admit Héraklès.

Quelques secondes de silence modifièrent l'ambiance de la salle. D'un coup, l'atmosphère s'était chargée de tension et l'attitude du dieu était redevenue mortellement sérieuse.

- Avez-vous conscience que ce sont deux faveurs distinctes que vous me demandez là ? Et qu'elles ne vous seront pas accordées facilement ?

Sans répondre, les deux alliés acquiescèrent, leur posture indiquant la même détermination. Les yeux du roi des enfers se mirent soudainement à briller d'un éclat appréciateur.

- Je connais ce regard... Perséphone, ma chère et tendre, vois-tu la même chose que moi ?

La déesse jaugea les nations pendant quelques secondes, mais sembla plus hésitante que son mari.

- Je ne suis pas certaine. L'un a compris et il ne lui manque presque rien pour l'admettre. Mais l'autre... l'autre ne semble pas encore voir.

Hadès parut assez surpris, mais se fia au jugement de sa reine sans hésiter une seconde.

- De toute façon, cela ne change rien à notre plan.

- En effet.

Hadès pris la main de sa reine avec douceur, et ils s'avancèrent vers les nations dans une grâce indéniable. Lorsqu'ils furent à portée de bras, le dieu des enfers posa sa main sur l'épaule de Sadiq, et la déesse du printemps posa la sienne sur celle d'Héraklès.

- Jeune mage, ce sont mes épreuves que tu devras affronter.

- Coeur de la Grèce, ce sont mes défis que tu devras relever.

Les deux alliés accusèrent le coup et leur surprise apparut clairement dans leur attitude. Ni Sadiq ni Héraklès n'avaient prévu qu'ils seraient séparés pour leur dernière épreuve, encore moins qu'ils en auraient plusieurs. Néanmoins, ils s'inclinèrent chacun avec respect devant le dieu qui les mettait à l'épreuve. Les maîtres des enfers leur laissèrent quelques instants pour se dire au revoir.

- On se retrouve à la sortie, lança le grec.

- Ne sois pas en retard, répliqua l'ottoman.

Les deux souriaient et avaient opté pour une pique, mais ils profitèrent de leurs dernières secondes en commun pour s'étreindre avec force.

- Le temps des adieux est achevé, annonça Hadès.

Pour la seconde fois, les dieux posèrent chacun une main sur l'épaule d'une nation, et ils disparurent.

-oOo-

Héraklès se retrouva dans un jardin splendide, où les fleurs jaillissaient en cascade des buissons et des arbres. Des papillons voletaient un peu partout dans un tourbillon coloré, et les abeilles faisaient entendre leur doux bourdonnement à qui voulait l'entendre. Un fin ruisseau passait au milieu de l'herbe verte, et de petits poissons jouaient à remonter son faible courant. Les oiseaux pépiaient avec bonheur, et le grec comprit qu'il se trouvait dans les jardins personnels de la déesse du printemps.

- C'est... magnifique, parvint-il à dire au bout de quelques secondes.

- Il te plait ? Hadès me laisse avoir mon coin de vie en enfer. Il a vite compris que j'allais complètement me flétrir s'il ne me laissait pas au moins ça.

- Il est de notoriété publique qu'il vous aime. Je me suis laissé dire qu'il vous passait quasiment tout.

La déesse pouffa. Loin de tout le cérémonial du palais et de son rôle de reine, elle ressemblait davantage à une jeune femme heureuse et épanouie.

- Allons, ne te moque pas de mon mari. Il a son caractère, mais une fois qu'on le connait un peu, c'est quelqu'un d'incroyablement attachant.

Le ton sur lequel elle avait prononcé cette phrase était imprégné d'une immense tendresse. Peu de dieux avaient réellement cru à la réciprocité de cet amour entre la déesse du renouveau de la vie et le dieu des morts, mais leur couple s'était avéré un des plus solides que l'Olympe ait jamais connu.

Perséphone alla arranger une ou deux brassées de fleurs qui retrouvèrent aussitôt leur éclat, puis se retourna vers Héraklès et prit un ton plus malicieux.

- Alors, mon cher représentant, il est temps que nous parlions de ton épreuve.

- Quel défi vais-je devoir relever ?

La déesse fit semblant de réfléchir un instant, puis eut un grand sourire.

- Ma foi, il me semble qu'une petite discussion autour d'un thé sera parfaitement adaptée.

Le grec resta immobile deux secondes, certain d'avoir mal entendu.

- Pardon ? finit-il par dire.

- Ne fais pas cette tête, fit-elle en riant. Après tout, c'est ce Sadiq qui veut ouvrir la boite, et Hadès qui possède l'objet nécessaire. Je ne vois pas pourquoi toi et moi ne pourrions pas simplement passer un bon moment pendant qu'ils règlent leurs affaires entre eux.

Héraklès resta deux secondes supplémentaires sans bouger, essayant de chercher où pouvait bien être le piège, mais le sourire plein de gentillesse de son hôtesse dissipa ses doutes. La reine des enfers fit apparaitre deux chaises et une petite table blanche, sur laquelle apparurent toutes sortes de denrées à l'air plus délicieuses les unes que les autres.

Devant un tableau aussi charmant, le grec cessa de se poser des questions et alla s'asseoir. Après tout, peu de personnes pouvaient se vanter d'avoir pris un thé avec la reine des enfers. Il se détendit légèrement et sentit que Kida en faisait autant, elle qui s'était presque faite oublier depuis qu'ils étaient entrés dans la grotte. Pendant quelques minutes, ils parlèrent fleurs, chats et autres petites choses de la vie. Puis lorsque le thé fut prêt, Perséphone en versa deux tasses et commença à déguster le sien à petites gorgées. Héraklès commença également à boire le sien et sentit aussitôt son corps se réchauffer. Il leva un sourcil interrogateur, et la déesse répondit à la question muette.

- C'est un arrangement que je fais moi-même. Il y a quelques gouttes d'ambroisie, et un certain nombre de fleurs, dont certaines avec des propriétés très intéressantes. Tu serais curieux de savoir combien les plantes développent des caractéristiques étonnantes lorsqu'elles poussent ici. Comment le trouves-tu ?

- Il est délicieux, répondit Héraklès.

Il fronça aussitôt les sourcils. Il était clair que le thé était très bon, et il avait dit exactement ce qu'il pensait, mais quelque chose clochait. Un peu comme s'il n'avait pas eu d'autre choix que de répondre ça. Une pensée dangereuse traversa son esprit.

Perséphone intercepta son regard, et ses yeux verts prirent une toute autre lueur.

- On dirait que tu as compris... Ce thé va t'empêcher de mentir. Et ne penses même pas à ne pas finir ta tasse, j'en serais terriblement vexée. Oh, et avant que tu me poses la question, cette petite particularité florale ne fonctionne pas sur moi.

- J'ai donc bien une épreuve.

- Naturellement. Je te l'ai dit, une simple discussion autour d'un thé fera l'affaire.

- Une discussion ou un interrogatoire ?

- Et bien... j'imagine que ça dépendra de toi.

Héraklès sourit à la déesse, qui lui rendit son sourire. La naïve petite déesse des fleurs avait passé plusieurs siècles auprès du roi des enfers. Perséphone n'avait plus rien de l'innocente jeune fille kidnappée. Elle était toujours gentille et bienveillante, mais son esprit avait largement profité de l'influence du dieu des morts. Nombre d'imprudents avaient commis l'erreur de la prendre à la légère, et tous s'en étaient mordus les doigts. Fort heureusement, ce n'était pas une erreur que le grec comptait commettre et il s'était préparé à l'éventualité d'un questionnaire.

- Je vous écoute, de quoi souhaitez-vous parler ? commença Héraklès sans cesser de sourire.

- Et si tu me parlais de ce Sadiq ? J'ai l'impression qu'il s'est passé beaucoup de choses entre vous...

Le sourire d'Héraklès disparut immédiatement. Si tel était d'entrée de jeu le thème de la discussion que souhaitait la déesse du printemps, l'épreuve allait sans doute s'avérer plus dangereuse que prévu.

oOo

De son côté, Sadiq était réapparu dans un endroit bien moins accueillant que les jardins de Perséphone, et Hadès semblait être d'une nature nettement moins amicale à son encontre. En tout cas, ses sourcils froncés et son air désapprobateur ne laissaient pas espérer un moment des plus agréables pour l'ottoman.

- Bien. Autant te prévenir que même si tu n'as pas l'air d'être un crétin fini, je n'ai pas prévu de te faire de cadeaux.

- Quelle épreuve avez-vous prévu pour moi ? demanda Sadiq.

- Tu devrais plutôt dire quelles épreuves, fit le dieu en insistant sur les liaisons. J'ai profité des retours de la part de tous les dieux qui vous ont jugés, et ça m'a permis de dresser un portrait assez précis de toi.

Le mage hésita un instant. Cette simple déclaration soulevait plusieurs interrogations dans son esprit, mais il avait l'intuition que le dieu des morts n'apprécierait sans doute pas. Celui-ci avait cependant deviné l'agitation qui régnait dans la tête de la nation.

- Pose tes questions, soupira-t-il.

- Combien d'épreuves m'attendent ? Pourquoi en avoir fait plusieurs quand les autres n'en ont demandé qu'une ? Que vous ont-ils dit sur moi ? Et quelle opinion vous êtes-vous fait de moi avant de me rencontrer ?

Le dieu leva les yeux à la grotte. Pas au ciel. Indépendamment des questions de réalisme, il avait depuis longtemps banni toute expression relative au domaine de son égocentrique frère.

- Cinq épreuves t'attendent, quatre pour récupérer une part de ma lance et une pour sortir d'ici. J'en ai préparé plusieurs parce que j'estime qu'il y a plusieurs choses à corriger dans ton caractère. On m'a dit beaucoup de choses, et ce serait trop long à énumérer. Quant à l'opinion que je me suis fait de toi... Pour l'instant, tu te situes quelque part entre le séducteur invétéré et le mage ingénieux. Et si j'en crois l'analyse de mon adorable épouse, tu as aussi quelque chose de l'ordre de l'aveuglement stupide. A l'heure actuelle, si tu devais subir le jugement des morts, tu irais probablement aux Champs d'Asphodèles.

Le mage enregistra méthodiquement chaque information et se retint de relever la partie sur le quelque chose d'aveuglément stupide. Le dieu avait déjà été suffisamment aimable avec lui en répondant à ses questions, mieux valait ne pas pousser sa chance. Il inspira profondément avant de poser une seule question supplémentaire.

- Quelle est la première épreuve ?

Hadès leva un sourcil, et son visage sembla se détendre imperceptiblement pour aller vers une attitude légèrement plus approbatrice. Ou moins désapprobatrice. Lorsqu'il est question d'une entité divine, il s'agit toujours d'une nuance assez subtile.

- Voilà une attitude qui me plait davantage. Détermination, mais aucune trace de témérité inconsciente... peut-être as-tu plus de valeur que je ne le pensais. Ta première épreuve, jeune mage, se déroule en trois manches et sans magie. Tu vas affronter trois adversaires différents. Ta réussite dépendra de ton attitude.

A part lui, Sadiq soupira. Si chaque épreuve était ainsi, il risquait fort de ne pas arriver au bout à cause de la simple fatigue physique. Il se redressa toutefois. Depuis le temps qu'il était sur Terre, il avait eu largement le loisir de devenir un expert dans un grand nombre de domaines, aussi bien physiques qu'intellectuels.

Hadès l'entraina jusque dans une arène, où l'attendaient en effet trois personnes au milieu d'aménagements et d'équipements divers. Le premier était massif, brun d'yeux et de cheveux, et avait la peau tannée par le soleil. La deuxième était une femme menue mais apparemment très énergique, avait des yeux gris et des cheveux presque blancs coupés courts. La troisième était une femme tranquille aux yeux bleus et aux cheveux noirs qui lui arrivaient à la taille.

- Première épreuve, premier combat, annonça le dieu des morts. La force.

L'homme brun massif s'avança sans un mot, et indiqua d'un geste rustre les poids entassés dans un coin de l'arène. Sadiq s'y dirigea en premier. S'il ne s'agissait que de force, il avait passé assez de temps à se muscler pour pouvoir soulever un poids bien supérieur à celui de la plupart des gens.

Après quelques échauffements, il commença à sérieusement empiler les disques sur la barre. Le total atteignait pratiquement deux cents kilos, et il le souleva avec peine. Toutefois, le mage avait la certitude presque absolue que son adversaire ne pourrait pas faire mieux.

L'homme massif ne fit aucun commentaire et semblait profondément désintéressé par la situation. Lorsqu'Hadès lui fit signe, il alla directement entasser des poids sur une barre, puis sur une autre. Sous son masque, Sadiq avait les yeux grands ouverts et il était éberlué. Chaque barre pesait désormais plus de deux cents kilos chacune, et son adversaire les souleva presque avec aisance à bout de bras.

Le dieu des morts se contenta de hocher la tête.

- Le vainqueur est ton adversaire.

- Attendez, intervint le mage, il n'est pas humainement possible de porter une telle charge. Je croyais que vous n'autorisiez pas la magie ?

- Essaies-tu de contester mon verdict ?

La voix du maître des enfers s'était chargée de puissance et de menace. Frustré par la triche évidente de celui que le dieu avait désigné comme son adversaire, Sadiq ne releva pas. Son cerveau en revanche tournait à plein régime. Si Hadès décidait de piper les dés de la sorte, il ne pouvait que perdre. Pourtant, Héraklès avait insisté sur le fait que le dieu des morts était invariablement juste envers ceux qui acceptaient de se soumettre à son jugement.

- Première épreuve, deuxième combat. La vitesse.

La femme aux cheveux gris s'avança, tandis qu'Hadès faisait apparaître deux poteaux à environ cent mètres d'eux. Une barrière de feu bleu se dessina à leurs pieds. Cette fois, il était clair qu'il n'y avait pas de temps d'entraînement avant la course. Le dieu se matérialisa au niveau de la ligne d'arrivée après avoir indiqué que le départ serait signalé par la disparition de la barrière.

Sadiq se concentra et banda ses muscles. Il pouvait courir vite, et avait participé aux premiers jeux olympiques dans diverses disciplines de courses. Avec un peu de chance, son adversaire serait rapide mais pas imbattable.

La barrière disparut et les deux concurrents s'élancèrent sur la terre grise de l'arène. Le mage s'obligea à ne regarder que la ligne en face de lui et courut aussi vite qu'il en était capable. Il franchit la séparation entre les poteaux en un temps record, qui arracha un début de haussement de sourcil impressionné à Hadès.

- Belle performance. Tout juste dix secondes.

Le mage le remercia d'un signe de tête en reprenant son souffle, fier de lui. Et s'arrêta immédiatement en voyant la femme appuyée contre le deuxième poteau, pas même essoufflée par l'effort. Elle avait juste l'air blasée par la situation.

- Mais cela n'a pas suffit. Le vainqueur est ton adversaire, en moins de deux secondes.

- Moins de... mais c'est impossible ! explosa Sadiq. Aucun humain ne peut réussir à parco...

Le regard noir d'Hadès l'empêcha de poursuivre sa phrase. D'une façon ou d'une autre, le dieu semblait respecter ses propres règles tout en désavantageant le mage à chaque affrontement. Sadiq se força à réfléchir dans le court laps de temps que lui laissait le maître des lieux. Aucun être humain ne pouvait physiquement réussir ces deux épreuves comme ses adversaires venaient de le faire. C'était tout bonnement impossible. Il devait y avoir une explication rationnelle, et il devait la trouver avant la fin de son dernier affrontement. Il lui fallait simplement un peu de temps pour trouver comment battre au moins son dernier adversaire.

- Première épreuve, troisième et dernier combat. L'agilité.

La femme aux longs cheveux noirs s'avança, avec une telle grâce dans ses mouvements qu'on aurait pu croire qu'elle flottait ou dansait au lieu de simplement marcher sur le sol.

Un parcours d'obstacles des plus retors apparut sur la piste. Filets au ras du sol, mur à franchir, les obstacles se dressaient les uns après les autres à une vitesse folle, si bien que l'ottoman perdit le compte après le sixième. A côté de lui, la jeune femme semblait complètement désintéressée. Ses grands yeux bleus ne semblaient voir que le vide de l'horizon, sans même vraiment se préoccuper de la série d'obstacle qui s'annonçait.

Une colonne de flamme bleue monta lentement devant eux, comme lors de l'affrontement précédent. Sadiq avait à peine eu le temps de reprendre son souffle, mais il commençait à être prêt à parier que même au meilleur de sa forme, son adversaire lui mettrait une raclée sans le moindre effort.

Quelques minutes plus tard, les faits lui donnaient raison. La jeune femme s'était littéralement coulée dans tous les obstacles comme s'ils ne lui étaient d'aucune gêne, et sa souplesse dépassait facilement celle des meilleures danseuses qu'il avait vu sur les quatre derniers siècles. Encore une fois, sa performance était par trop extraordinaire pour être le fait d'une simple humaine, et le mage ne contesta même pas le verdict du dieu des morts.

- Le vainqueur est ton adversaire.

Malgré l'essoufflement et l'adrénaline qui pulsait dans ses veines, l'ottoman se força à réfléchir. Aucun de ses adversaires n'était humain, il pouvait en être certain. Mais aucun d'entre eux n'usait directement de magie non plus. Toutefois, il avait perdu, et Hadès avait été clair sur le sujet dès l'énoncé de l'épreuve. Il se souvenait encore des mots exacts prononcés par le dieu. Sa réussite dépendrait de son attitude. Une formulation inhabituelle pour des épreuves sportives d'ailleurs...

Le mage retourna la phrase dans sa tête, encore et encore, jusqu'à ce que l'évidence lui saute aux yeux.

Hadès, qui avait suivi discrètement toute la réflexion de celui qu'il testait, souleva légèrement un sourcil pendant que Sadiq se tournait vers lui et vers les trois champions qu'il avait successivement affrontés.

- Je ne pouvais pas gagner.

- Pourquoi dis-tu cela, jeune mage ? releva le dieu avec une voix hautaine.

- Parce que vous m'avez assigné des adversaires contre lesquels personne ne peut gagner.

- Poursuis, l'encouragea le roi des enfers.

- La Terre, l'Air et l'Eau. Vous m'avez fait concourir contre les éléments. Je n'avais aucune chance de les vaincre.

Un des coins des lèvres du dieu des morts s'étira d'un demi-centimètre. Malgré sa tunique grecque, ses cheveux noirs et son collier de barbe, Sadiq eut soudain l'impression de revoir un de ses vieux professeurs de magie.

- Et qu'est-ce que tu en conclus ?

- Vous saviez que je ne pouvais pas gagner. Vous ne testiez pas mes compétences physiques mais mon attitude face à la défaite.

Hadès resta silencieux, mais son sourire s'élargit imperceptiblement tandis que Sadiq inspira lentement, avant de s'incliner en face de chaque forme humaine d'élément.

- Vous affronter était un honneur, fit-il en s'adressant à eux. Ma défaite était inévitable, mais les progrès que j'en tire sont bien plus précieux que ne l'aurait été une victoire.

Hadès hocha la tête et eut un vrai et franc sourire. Il prit le jeune homme par les épaules et un petit morceau métallique d'un noir intense apparut entre eux.

- L'humilité est une qualité importante, aussi bien pour un mortel que pour une nation ou même un dieu. Contente-toi d'agir, le temps se chargera de colporter tes réussites. Voici la première partie de ce que tu réclames.

Sadiq saisit délicatement le morceau de métal. Il était d'un noir si profond qu'il semblait absorber la lumière, mais en l'observant de plus près, il était aussi délicatement ouvragé que l'était le flambeau de Déméter.

- Vos épreuves sont toutes aussi retorses que celle-ci ? demanda le mage après l'avoir rangé.

Une pointe d'ironie amusée perçait dans sa voix, et le dieu des morts ne s'y trompa pas. Sa voix se réchauffa tandis qu'un grondement résonnait vers l'entrée de l'arène.

- J'en ai bien peur, mais au vu de cette première étape, j'admets t'avoir peut-être sous-estimé. C'est un fait qui se répète souvent avec les héros qui plaisent à mes frères, maintenant que j'y pense...

Avant que Sadiq puisse répondre, un monstrueux chien géant à trois tête apparut dans l'arène. Son poil était noir et brillant, ses trois gueules laissaient paraître des crocs acérés et luisants de bave, et chacun de ses yeux était entièrement rouge. Il ressemblait davantage à un démon qu'à un chien, mais Hadès se dirigea vers lui d'un pas tranquille et caressa affectueusement chacune des trois têtes, qui se mirent à aboyer joyeusement. Avant que le mage ait pu dire un mot, le roi des enfers murmura quelques paroles entre les trois têtes, et le molosse tourna ses orbites rougeoyantes vers le mage avec agressivité.

Paniqué, Sadiq ne put que constater l'avancée du chien à trois têtes vers sa position, pendant qu'Hadès le hélait de loin.

- Deuxième épreuve, dompter Cerbère, le gardien des enfers !

En son for intérieur, le mage réussit à se convaincre pendant une demi-seconde qu'il avait mal entendu. Puis il cligna des yeux et constata qu'un molosse de quatre mètres de haut lui fonçait dessus avec des intentions visiblement peu amicales. Les solutions les plus simples étant parfois les meilleures, il résolut courageusement de prendre ses jambes à son cou en attendant de trouver une meilleure solution.


Alors, qu'est-ce que vous pensez de ce couple royal ? J'avoue sans honte que ce sont mes chouchous dans la mythologie grecque (d'ailleurs si c'est un sujet qui vous branche, foncez lire le webtoon Lore Olympus, c'est absolument génial).

Plein de bugnes pour vous !