Salut ! J'ai une bonne (enfin j'espère) nouvelle : ce chapitre est largement plus long que celui de Vicky. En même temps, c'est un chapitre partagé. Mais pas comme celui de Clem et Cassie, puisque là on alterne les personnages, au lieu de faire moitié-moitié. Enfin, c'est pas très clair mais vous allez comprendre en lisant. Alors, bienvenue pour les vacances des soeurs Williams !
Leïla
.
- Alors, chérie, comment ça s'est passé ?
Garde tes « chérie » pour toi, Kat. On sait toutes les deux que je ne te suis pas plus chère que tu ne me l'es. Tout comme on sait que les trois heures que j'ai passées à me faire engueuler par Moore, tu les as passées à te réjouir que je sois dans la merde.
- Privée de la prochaine sortie à Pré-au-Lard et collée les cinq vendredis qui suivent la rentrée. Les trois, pour Amy.
- T'façons, Moon n'a eu que ce qu'il méritait ! lance Liz.
- Évidemment, mais ça m'emmerde d'aller en retenue…
- Au moins, tu n'es pas avec David, argue Amy.
Mais t'es idiote ou tu le fais exprès ? Mauvaise question, je sais déjà qu'elle est complètement stupide. Tout le monde le sait, d'un autre côté. Stupide, mais au moins obéissante.
- Ne l'appelle pas comme ça, Mimy. Ce n'est plus ton ami.
Même s'il ne l'a jamais été, vu qu'il t'a toujours détestée. Comme tout le monde, d'ailleurs, puisque ta stupidité est insupportable. Peut-être que Liz t'aime bien, vu qu'elle non plus n'est pas super intelligente. A voir.
- T'inquiète pas, chérie. On se vengera de ce connard, promet Kat.
Ça, j'y compte bien.
- Où est Eri ?
- Elle est pas encore rentrée, explique Liz.
- Plus précisément, elle est encore en train de se faire sauter par Ethan, rectifie Kat.
J'aurais dû m'en douter. Il faudrait quand même que quelqu'un lui dise que ce type ne sort avec elle que pour pouvoir la baiser. Je ne pense pas qu'elle soit assez intelligente pour s'en rendre compte toute seule. Déjà qu'elle ne réalise pas qu'il couche aussi avec Kat. Comme David. De toutes façons, Kat laisse n'importe qui la fourrer, pour peu que ça fasse d'une fille une cocue.
En fait, Katie-pute est comme la peste. Elle s'en prend à tout le monde, et personne ne peut l'arrêter. En tous cas, pour l'instant. Un jour, j'écraserai ce misérable insecte. Ou plutôt, cette diablesse. Après tout, c'est connu : les démons ont des visages d'anges.
.
Victoria Gale, l'amie de ma chère sœur. Elle arpente le train de long en large pour en savoir le maximum sur ma dispute avec Moon. Tu sais pas ce que c'est que l'intimité, pétasse ? Personne ne t'a demandé de venir mettre ton nez dans les affaires des autres.
Ou plus précisément, pas dans les miennes.
Parce que le reste du temps, ça m'arrange bien de savoir qu'il existe quelques personnes comme Gale. Après tout, on se ressemble toutes les deux. On fait partie des gens importants de Poudlard, ceux qui contrôlent le château. La seule différence, c'est que je tire mon pouvoir de l'obéissance des gens, elle de sa connaissance de tout ce qui se passe.
Il y a des gens qui pensent être capables de cacher quelque chose à Gale. Pauvres imbéciles. Cette fille sait tout. C'est la meilleure de tout Poudlard, experte de l'espionnage et du marchandage. Elle ne donne de renseignements qu'au compte-goutte, mais les ramasse à la pelle. Quoi qu'il se passe au château, elle l'apprend dans les quelques jours. Et encore, seulement si c'est les vacances.
Et elle a deux avantages notables sur les autres commères. D'un, elle a parfaitement compris que ses informations n'étaient pas qu'un divertissement, mais aussi une grande source de pouvoir. De deux, elle a un excellent réseau de relations, et elle est prête à tout pour l'agrandir. Je ne compte pas le nombre de gens qui n'ont toujours pas compris qu'elle couche en général uniquement pour apprendre des choses.
Car elle a aussi ça de supérieur aux autres qui se croient comme elle. Elle réfléchit beaucoup, et bien. Elle a compris qu'elle était jolie, et que c'était une arme. Alors, dans tous les groupes où elle n'a pas encore d'espion, elle fait de son mieux pour en obtenir un. Par exemple, elle n'en avait aucun qui soit proche de moi. Alors elle a écarté les jambes pour William Owen. Il est dans mon année, à Gryffondor. Et il fait partie de ma « bande », comme disent certains. Toujours est-il qu'il est presque toujours avec moi, et donc peut en savoir beaucoup.
J'ai bien essayé de m'arranger pour qu'il ne sache rien d'important, mais Gale avait déjà un coup d'avance, et elle a fait en sorte qu'il commence à sortir avec Liza. Et comme elle est bien trop conne pour comprendre la valeur des informations qu'elle a en sa possession, elle lui lâche tout. Et elle, je ne peux rien lui dissimuler. Sinon, quand Gale l'apprendra elle le révélera à tout le monde, et je serais dans la merde parce que les gens risquent de prendre le parti de Liz, et donc de se retourner contre moi.
Donc pour l'instant, je cherche comment faire en sorte qu'Owen se fasse larguer par Lizzie. Mais, et c'est bien la première fois, Kat ne m'offre pas de solution toute faite en couchant avec lui. Je trouverai bien, de toutes façons.
Quelque part, je suis un peu jalouse de Gale. Elle a un moyen parfait de tirer toutes les ficelles à Poudlard, et j'aurais vraiment besoin d'un espion aussi efficace qu'elle. Mais c'est la meilleure et je n'ai aucune chance de m'en faire une amie.
A cause de Charlotte, encore… Merlin qu'elle m'énerve celle-là !
.
Charlotte
.
On est enfin arrivés ! Ce que je suis heureuse d'être rentrée ! Mes parents, et toute ma famille, m'ont tellement manqué ! J'ai l'impression que ça fait des années que je ne les ai pas vus, ce qui est évidemment faux.
Il n'y a qu'une seule ombre au tableau : Leïla. Je l'aime, ce n'est pas la question. C'est juste que sa mauvaise humeur risque de gâcher les vacances, puisqu'elle va encore tout critiquer à longueur de temps. Et je ne pourrais même pas l'éviter, vu qu'on partage la même chambre. Même si elle est parfois si écrasante que j'ai l'impression de simplement louer un lit.
En fait, la meilleure partie des vacances, ce sera sûrement Noël chez Lala. C'est la première fois que je ne le fête pas avec mes parents, mais c'est toujours bien le changement !
- Bonnes vacances, Charlie ! me lance d'ailleurs celle-ci avant d'aller rejoindre sa mère. On se voit le 24. Bonnes vacances, tout le monde !
- Bonnes vacances ! souhaite à son tour Tom.
- Bonnes vacances, sourit Lee.
- Bonnes vacances ! chantonne Tori.
- Vous savez quoi, intervient Robin qui a toujours l'air de mauvaise humeur depuis qu'on a parlé de Cassandra, tout le monde souhaite de bonnes vacances à tout le monde, comme ça on gagne du temps.
- Rabat-joie ! soupire Violet.
Avec, personnellement, un sourire, je quitte enfin le train et me dirige vers mes parents, qui attendent calmement. J'ai à peine le temps de poser ma valise que mon père me serre déjà dans ses bras, pendant que ma mère continue de chercher Leïla du regard.
- Tu sais bien que ça ne sert à rien, rappelle mon père, elle ne viendra que quand il n'y aura presque plus personne sur le quai. Nous lui faisons tellement honte. Elle ne prendrait pas le risque de se montrer avec nous devant autant de gens.
- Papa, maman, essayez d'être gentils avec elle, elle doit se sentir mal. Son petit-ami et elle ont rompu hier soir, je leur apprend.
- De toutes façons, ma chérie, soupire Maman, je doute que ta sœur l'ai vraiment aimé. Pour tout te dire, je doute qu'elle ait un cœur assez grand et pur pour aimer qui que ce soit.
- Et ce type, c'est pas une grosse perte, croyez-moi. Ce n'était qu'un profond imbécile.
Je m'attendais un peu à ces réactions, pour être honnête. J'ai toujours su que mes parents détestaient David. En fait, de tous les membres de l'entourage de Leïlou qu'ils aient un jour rencontrés, il n'y a qu'Amy et Liz qu'ils apprécient. Surtout Amy, d'ailleurs. Dommage, puisque ma sœur passe plus de temps que Katelyn.
Mais dans tous les cas, Lila a fait comprendre à Papa et Maman qu'ils n'avaient pas leur mot à dire sur ses amis dès qu'elle est entrée à Poudlard. En fait, elle s'est plutôt assurée qu'ils sachent qu'elle se moquait de leur avis sur tout.
.
Leïla
.
On y est. Le quai de la gare, le train arrêté. Mes chers parents attendant que cette conne de Charlotte et moi arrivions. Je voudrais tellement rester ici. Sauf que je ne peux pas, malheureusement. Alors je prends ma valise et je descends.
J'adore quand les gens savent que je suis de mauvaise humeur et qu'ils s'écartent de mon chemin. Dégagez, misérables déchets. Laissez donc passez votre Reine, et mourrez tous d'admiration ! Oui, je leur suis supérieure. Parce que je ne laisserais jamais quelqu'un me diriger comme je les dirige. Si je ne peux pas avoir le moindre amour et la moindre attention dans ma famille, j'ai mieux : je suis adulée par tout Poudlard.
Adulée, mais aussi haïe, je le sais. Mais je suis surtout crainte, alors ces imbéciles ne se rebellent pas. Et moi, je peux en faire ce que je veux. Tremblez, admirez, jalousez, respectez : votre Reine passe. Et elle n'a pas l'intention de s'embarrasser de votre présence.
- Bonnes vacances, chérie ! me souhaite – faussement – Kat. N'oublie pas la soirée de Noël, ce serait d'un ennui mortel, sans toi !
- T'inquiète, je ne manquerais ça pour rien au monde ! Bonnes vacances à toi aussi, ma chérie !
Va crever, pétasse. Et rassure-toi, je ne raterai pas ta soirée. Comme si j'allais te laisser la moindre chance de me passer devant en quoi que ce soit. Déjà que tout le monde est fan de tes fêtes alors que moi je n'en organise pas, je ne vais pas en plus les rater…
Il y en a plus d'un qui seraient surpris de découvrir qu'elle et moi nous haïssons totalement, et en sommes toutes les deux parfaitement conscientes, mais que pourtant nous continuons à traîner ensemble tout le temps. C'est pourtant tout à fait logique.
On a toutes les deux le même but : être tout en haut, gouverner notre monde à nous. Et Kat est très intelligente, juste un peu trop arrogante. Son plan est simple, me faire monter aussi haut qu'il est possible de l'être, puis me faire tomber et prendre ma place. Donc, je n'ai qu'à la laisser me placer en Reine incontestée, puis la détruire juste avant qu'elle ne m'abatte, lorsqu'elle ne pourra plus m'aider.
C'est une double victoire pour moi : non seulement elle m'aura aidée à devenir encore plus importante, mais en plus je pourrais montrer à tout le monde qu'essayer de passer devant la Reine, c'est très dangereux. Et que personne n'en ressort indemne.
Bon, je suppose que vu qu'il reste en tout et pour tout onze inconnus sur ce quai, je peux aller rejoindre mes chers parents et ma chère sœur. Parce que je ne vais certainement pas me montrer avec eux devant toute une foule. Ils affichent notre pauvreté comme un trophée, et je n'ai pas l'intention que quiconque apprenne que j'en suis rendue à partager une chambre avec mon idiote de sœur. Ce serait la plus grande humiliation de toute ma vie, et il n'en est pas question.
- Tiens, tu daignes enfin nous rejoindre ? siffle mon père quand j'arrive à leur hauteur.
Je suis sûre que Charlotte a eu droit à un très sincère « Ma chérie, comme nous sommes heureux de te revoir enfin ! » Parce qu'elle, ils sont toujours ravis de la voir. Qui ne le serait pas, elle est tellement parfaite, tellement idéale…
- Venez, nous avons déjà perdu beaucoup trop de temps, à cause du retard que certaines s'accordent, crache ma mère.
Je les hais tous les trois, et tout le reste de notre famille avec. Ils me détestent aussi, d'un autre côté. Tellement qu'ils ne prennent même pas le temps de me dire bonjour, alors que cela fait quatre mois qu'on ne s'est pas vus. Et ils se demandent encore pourquoi je ne leur écris pas pendant les cours ?
.
Un jean et un simple t-shirt, avec des baskets. Ça devrait leur convenir, comme tenue. Après tout, je suis simplement censée retrouver Kat au centre-commercial pour acheter des pizzas et des pop-corns pour passer le réveillon avec elle à regarder des films dans sa chambre. Donc ce serait assez étrange s'y je quittais la maison avec des talons hauts et une tenue de soirée. De toutes façons, je dois aller m'acheter une robe et des chaussures dans des boutiques de luxe du centre avec Kat.
Où est-ce que je trouve l'argent alors que mes parents n'ont pas un rond et refuseraient de toutes façons de me donner dix Livres Sterling ? C'est très simple. Je prends un objet tout simple – récemment, un rouleau de papier toilette a fait l'affaire – et je le métamorphose en quelque chose de beaucoup plus cher, généralement des bijoux – en l'occurrence, une bague en or dix-huit carats sertie de diamants. Ensuite, je vais chez un commerçant que je connais, spécialisé dans le rachat de bijoux, et je lui vends. Tout le monde est content : lui, il m'en donne un prix tout à fait malhonnête et les revend beaucoup plus cher qu'il ne les a achetés, donc il se fait un immense bénéfice et moi je me suis fais une fortune avec un bouquet de fausses fleurs qui m'avait coûté 5 Livres et a fait un superbe set de colliers de luxe, dont j'ai obtenu environ quinze-mille. Alors, qui se fait le plus d'argent ? C'est moi.
Et ça me permet, depuis plusieurs années, d'avoir des centaines de vêtements de luxe – si bien que j'en met dans ma valise puis que je m'en envoie à moi-même des tas par hiboux en les faisant partir juste avant d'aller à la gare – sans en avoir volé un seul. Et donc, je passe pour une gosse de riches comme Kat, alors que je suis loin de l'être. Et mes parents n'y voient que du feu, puisqu'à la maison je mets des vêtements bien plus modestes. Et ce n'est pas CHarlotte qui serait capable de différencier une robe à dix Livres d'une à trois-cents. Pauvre idiote.
- Papa, maman, je vais rejoindre Kat. A dans deux jours, je leur lance nonchalamment avant de quitter la maison.
Après moins d'une demie-heure de marche, je suis arrivée au rendez-vous. Je suis en avance, Ely ne sera là que dans une quarantaine de minutes. Et c'est parfaitement fait exprès. Je file dans les toilettes du magasin de luxe le plus proche – les toilettes publiques sont toujours beaucoup trop sales – et je m'enferme pour me changer.
Ah… je me sens tellement mieux avec des talons – il faut dire que ces cuissardes noires sont CA-NONS – ma jupe patineuse rouge préférée, ce superbe top noir aux épaules dénudées et cette magnifique veste en cuir, noire également. Le tout doit valoir une semaine – que dis-je ? Plutôt un mois – du salaire de mon père, mais qu'importe, ce n'est pas son argent. Maintenant, un arrêt devant le miroir pour se coiffer et se maquiller – très simple, juste des cils d'une longueur presque inhumaine et des lèvres plus rouges que le sang. C'est bon, je suis enfin présentable.
Heureusement, parce que Katie-pute arrive dans dix minutes. Je n'ai qu'à les occuper à un peu de shopping dans notre magasin préféré, elle m'y cherchera forcément en premier.
- Chérie ! s'exclame-t-elle quand elle me voit dans le magasin, quelques minutes plus tard. Comment tu vas, Lila-chérie ?
- A merveille, j'assure alors que nous nous faisons la bise, et toi, Kat ?
- Super, j'ai presque fini de préparer la fête et ça va être absolument inoubliable !
- Elles sont hideuses, n'est-ce pas ? je la coupe en lui montrant les bottes que j'étais en train de regarder.
- A vomir. Ce magasin a changé, avant il ne proposait que des pièces d'une beauté à tomber par terre, pas ce genre d'horreurs. Viens, allons dans un endroit géré par des gens qui ont du goût, on y sera mieux.
- Excellente idée, chérie.
Et nous voilà parties pour une de nos légendaires séances de shopping. On dépense beaucoup, sans compter, comme si l'argent ne voulait rien dire. On critique tout, et la majorité des articles sont à nos yeux atroces. Et oui, nous sommes dures avec tout.
Si je déteste Kat, je dois pourtant lui reconnaître qu'elle a vraiment un très bon goût en matières de vêtements et de maquillage. En fait, elle me ressemble énormément, à tous les points de vue. C'est pour cela que je ne peux absolument pas la saquer, cette pauvre pétasse égocentrique. Mais bon, pour l'instant elle m'est très utile.
.
Charlotte
.
- Charlie ! T'es enfin là ! s'exclame Ella en courant presque vers moi. Si tu savais comme j'avais hâte que tu arrives. J'ai l'impression d'être entourée de fantômes, vu la joie de vivre qui règne dans cette maison.
« Maison » n'est pas vraiment le mot que j'aurais utilisé. En fait, j'aurais plutôt parlé de château, vu l'immensité du bâtiment. Ça, et le fait qu'il a plus de quatre-cents ans, qu'il se transmet de générations en générations et que je suis sincèrement persuadée que j'aurais besoin d'un plan pour aller de la chambre de Lala à la cuisine.
Mais bon, elle et moi n'avons pas réellement le même rapport à l'argent et à la valeur des choses. Il faut dire qu'elle descend d'une de ces très vieilles familles, celles qui ont amassé tellement de richesses à travers les siècles qu'ils n'ont plus besoin de travailler pour vivre dans la plus totale opulence.
A la base, les Grant étaient une famille de sorciers riches et traditionalistes australiens. Mais, il y a environ trois-cent ans, un ancêtre de Lala, unique héritier de sa fortune, a décidé d'aller vivre en Irlande. Puis, le fils qu'il avait eu avec une sorcière également de sang-pur décida d'aller habiter au Pays de Galles, et acheta un château proche d'un charmant village. Le village grandit pour devenir une ville, pendant que les Grant continuaient de faire en sorte que leur héritier épouse une sorcière au sang parfaitement « pur ». Puis, pendant la Grande Famine, la ville fut totalement désertée, puisque rien ne poussait plus autour – les Grant ne survécurent que parce qu'ils lancèrent de nombreux sorts pour que leurs terres restent fertiles –, et personne n'y revint jamais. Alors le grand château est seul au milieu de la campagne, avec comme bâtiments les plus proches les constructions en ruines de l'ancienne ville. Mais la famille de Lala s'est toujours assurée, même dans les moments les plus durs et les plus sombres, de garder un sang pur.
Ce qui fait de Grant l'une des quatre seules familles de sang-pur au Royaume-Uni. Et l'une des dernières du monde.
En tous les cas, c'est ce que Lala m'a raconté – presque mot pour mot – l'été entre notre première et notre deuxième année, quand Tori et moi sommes venues chez elle pour quelques jours. C'était d'ailleurs Vicky qui avait insisté pour entendre parler de la ville, dont elle avait vu les ruines sur le chemin, puisqu'elle était venue en voiture et que l'unique route praticable traversait l'endroit.
.
J'aime vraiment bien la chambre de Lala. Elle est grande, ronde et lumineuse, située au dernier étage d'une tour. Et sur le plafond, qui suit la forme de cône du toit de la tour, un ancien occupant a peint des milliers de fleurs de toutes les couleurs entre lesquelles volent des centaines de papillons que la magie a rendus lumineux.
- T'en veux d'autres ? me proposent Lala en désignant la pizza à moitié mangée, posée dans son carton entre nous, directement sur le sol. J'aurais bien voulu te proposer une soirée un peu mieux, mais c'est tout ce que mes parents m'ont autorisée à faire.
- T'inquiètes pas. En plus, j'ai appris que la soirée pizzas-télé c'est aussi ce que fait Leïla avec Katelyn Heston, ce soir.
- Honnêtement, je pense plutôt que Heston a organisé une immense fête à laquelle est invitée la moitié de Poudlard, et que ta sœur a simplement menti à vos parents.
- Tu le penses vraiment ? Pourquoi elle aurait menti ?
- Je sais pas, mais j'ai entendu pas mal de gens parler d'une fête chez Heston pendant les vacances, et je suis certaine qu'elle n'aura pas lieu sans ta sœur. Où est-ce qu'elle passe le nouvel an ?
- Chez mes grands-parents, avec mes parents, moi, ma tante et ma cousine. Donc la fête est sûrement ce soir, t'as raison. Même si je ne comprends pas pourquoi elle nous aurait menti.
- Honnêtement, je ne sais pas non plus. Je pense qu'elle avait peut-être peur que vos parents refusent de la laisser aller à cette fête. Ils seraient d'accord, selon toi ?
- Je vois pas ce qui les aurait poussés à refuser. Mais des fois, cela leur arrive de faire des choses que je ne comprends pas forcément, alors peut-être.
- Si tu veux, on pourra demander à Vicky quand avait lieu la fête chez Heston et si Leïla y était. S'il y a bien une personne dans tout notre entourage qui le sait, c'est elle. Elle sait tout.
.
Leïla
.
La musique est à fond, l'alcool coule à flots, les gens se collent les uns aux autres, et j'ai déjà vu plusieurs couples partir dans l'unique but de soulager leurs besoins primaires. La fête a commencé depuis trois heures maintenant, et elle ressemble exactement à ceux à quoi doit ressembler une fête de Katie-pute. A faire pleurer les bonnes sœurs.
Mais bon, je commence à m'ennuyer, alors on va faire quelque chose qui va mettre un peu d'animation pour les quelques semaines à venir. Et pour cela, je monte sur une table et claque des doigts.
Instantanément, ils se taisent tous, quelqu'un arrête la musique, et ils me fixent de leurs yeux d'imbéciles. Ce qui vous arrive, mes chéris, c'est le respect.
- Que tous ceux qui veulent aillent s'asseoir en cercle dans la pièce à ma gauche. On va faire un action ou vérité, mes chéris. Et ramenez à boire, on est pas à un bal de l'école.
Je claque dans mes mains, et immédiatement tous ceux qui sont encore assez sobres pour se rappeler leur prénom – et c'est loin d'être le cas de tout le monde – y vont. En amenant de l'alcool à profusion. C'est bien, crachez vos plus noirs secrets, et faites les actes les plus impardonnables de vos vies, misérables insectes. Je veux vous voir sombrer.
- Tu t'assoies pas, Leïla ? me demande un espèce d'imbécile de quatrième année dont je ne connais même pas le nom.
D'après toi, si je reste debout à vous tourner autour ? C'est probablement que je fais la même chose que la dizaine d'autres personnes qui sont restées debout et dont je n'ai même pas pris le temps de me soucier de l'identité.
- Non, mon chou, je préfère observer. En tous cas, pour l'instant… Maintenant, sois gentil et finis-moi cette bouteille, je lui ordonne en lui tendant une bouteille de Whisky-pur-Feu à moitié vide.
Il l'engloutit en quelques secondes à peine, apparemment ravi de pouvoir me rendre service. Merlin, qu'il est con ! Il croit sincèrement que je voulais qu'il la finisse. Parce que si c'est le cas, il se trompe. Je voulais juste que quelqu'un la finisse, je m'en fiche de qui.
J'attrape la bouteille et je marche jusqu'au centre du cercle. Je fais tourner la bouteille, sous les regards de tout le monde. Finalement, elle s'arrête sur une fille de cinquième année, une Serpentard qui semble enchantée.
- A toi l'honneur, ma belle.
Que ce surnom ne te monte pas à la tête, surtout : tes yeux à la couleur sale ont un léger strabisme, tes dents de cheval sont jaunes, ton visage a autant de délicatesse et de symétrie qu'un caillou, tu as moins de charisme qu'une huître atteinte d'un cancer de la prostate et on dirait que ça fait au moins un an que tu ne t'es pas coiffée. Tu es tout sauf belle, mais tant pis, j'utilise les mêmes surnoms débiles pour tous les gens dont je ne connais pas le prénom. C'est à dire presque tout le monde.
- Choisis qui tu veux.
Maintenant, on va pouvoir s'éclater.
.
Charlotte
.
- Et sinon, qu'est-ce que tu penses de Cassandra ? me demande Ella en se laissant tomber sur son lit – qui est sûrement au moins quatre fois plus grand que le mien, et mille fois plus confortable.
- Je suis partagée. En fait, elle a pas l'air méchante, mais elle est très différente des autres gens avec qui on traîne. Elle est plus timide, plus effacée. Des fois, j'ai même l'impression qu'elle voudrait pouvoir devenir transparente. Mais pour autant, je l'ai déjà vue avec Clem ou Lee, de loin, et elle avait l'air bien plus à l'aise. Alors je préfère attendre de mieux la connaître avant de me faire un avis. Et toi ?
- A peu près pareil. C'est sûr qu'on a pas beaucoup eu l'occasion de lui parler. Ou qu'on ne l'a pas vraiment pris, depuis quatre mois que Clem ne la lâche presque pas. Je pense que si on la connaît aussi peu, c'est surtout notre faute. Mais dans tous les cas, j'ai été surprise de voir Dan la défendre contre Robin, dans le train. Pourtant, il a toujours été aussi anti-Cassie que Rob' ou Oli, mais là, son opinion a l'air d'avoir totalement changé, au point qu'il s'oppose à son meilleur ami. Tu penses que ça a un rapport avec le bal ?
- Je vois surtout pas quoi d'autre. Après tout, Clem m'a dit que juste avant qu'on les rejoigne, Dan avait pété un câble à cause de la présence de Cassie, et moins de vingt-quatre heures plus tard, il la défend. Ce qui est sûr, c'est que quelque chose est arrivé pendant le bal, qui a fait changé son opinion. Et ça devait être avant qu'on les rejoigne, puisque quand on est arrivé, ils avaient déjà l'air de s'entendre mieux.
- Affaire à suivre. Il ne reste donc apparemment plus que Vicky, Tom, Oli et Rob' à convaincre qu'elle n'est pas porteuse d'une grave maladie contagieuse. Je pense que le plus simple, ce sera avec Tori, et le plus dur…
- Avec Robin. Là, c'est pas dur, c'est quasi-impossible.
.
Leïla
.
C'est bien ce que je pensais : la soirée est beaucoup moins ennuyante, maintenant. Je dirais même que je prends du bon temps. Je ne crois pas qu'il reste une seule personne dans la salle – enfin, à part ceux qui ne jouent pas – qui ait tous ses vêtements. Et la moitié des gens en couple est cocue. Dont certains plusieurs fois, d'ailleurs.
- Michael, susurre une fille – je n'ai aucune idée de son nom, et je m'en fous. Enlève un vêtement.
Il faut que j'apprenne qui c'est. Elle est diabolique. Brave petite quatrième année, je vais commencer dès la rentrée à te préparer à me remplacer, je pense. Tu n'as pas fait un seul écart depuis le début du jeu.
- Mais t'es folle ! s'exclame le gars. Y me reste que mon caleçon.
- Oui, je sais. Tout le monde le sait, d'ailleurs. Je ne sais pas trop comment te le dire, mais ça se voit.
- Je refuse.
- Alors bois. Et réponds à une vérité, ordonne le type à côté en lui tendant une bouteille presque vide. Cul sec !
Le dénommé Michael s'exécute. Et je vois une sourire de diablesse se dessiner sur le visage de la fille, qui jette un regard méchant à une pimbêche en jupe et soutien-gorge – c'est tout, elle a déjà fait tomber sa culotte – qui n'arrête pas de glousser depuis que le jeu a commencé.
- Est-ce que tu as regretté d'avoir trompé Julia avec une fille ? Et la même question s'applique pour les cinq fois où tu l'as trompée, bien sûr. Sinon ce serait nettement moins drôle.
- Lex' ! s'écrie la fille à côté de la diabolique en éclatant de rire – d'un rire de bourrée, vu que c'est ce qu'elle est, mais au moins elle est marrante.
- Alexia, c'est vrai ce que tu racontes ? lâche la pimbêche, l'air désespéré.
Alexia. C'est donc ça le prénom de ma charmante garce. Tu me plais vraiment, chérie, tu feras une excellente remplaçante quand je partirais. Belle, vicieuse et hypocrite. Tu as toutes les qualités requises, félicitations !
- Bien sûr, Julia, ma chérie. Tu sais bien que je ne mens jamais.
- Michael, comment as-tu osé ? Moi qui croyais que tu m'aimais !
Et bien, t'es encore plus gourde que ce que je pensais. C'est écrit sur la gueule de ton mec qu'il est en chien. Et que c'est un connard, accessoirement, mais ça je pense que tu l'as déjà compris.
Non, je rêve. Voilà que Pimbêche se jette sur Queutard pour le frapper. Ma belle, ta jupe est courte et t'a rien en dessous, c'est pas une bonne idée. Ah bah ça y est, tout le monde a tout vu. Et les encouragements pour la bagarre augmentent. Bon, sauf que moi je m'en fous de leur couple, et j'ai envie que plus de gens s'engueulent.
- Bien, laissez-les, on reviendra les voir quand ils nous feront un bébé, je lance d'une voix assez forte pour masquer les rires gras. Maintenant, puisque Michael est momentanément indisponible, je propose qu'Alexia recommence. Vas-y, on t'écoute, ma belle !
Et cette fois, c'est sincère. Parle autant que tu veux, chérie, je m'amuse beaucoup avec toi. Déchire-moi d'autres couples, c'est l'heure de t'amuser. Après tout, c'est Noël. D'ailleurs, il faudrait que j'en sache un peu plus sur elle…
- Toi ! j'interpelle une fille, une de celle qui voudrait devenir comme Gale, assise près d'Alexia. Viens ici, j'ai besoin de ton aide.
Ravie, elle accoure. Fais gaffe, ma belle, si t'étais un chien, ta langue pendrait assez pour laver le tapis imbibée d'alcool, et de larmes de cœurs brisés.
- Allons dehors, je lui ordonne. Et ne parle de notre petite discussion à personne, sinon je t'assure que tu le regretteras amèrement.
On sort sur la terrasse, et un signe de ma part suffit à faire rentrer les quelques personne qui s'y trouvaient. Une fois que nous sommes seules toutes les deux, je ferme la baie vitrée, puis me retourne vers elle.
- Alexia, tu la connais bien ?
- Assez bien, oui. On traîne pas mal ensemble, depuis deux ans, et on est dans la même année.
- Quatrième année, c'est bien ça ?
- Oui.
- Elle est dans quelle maison ?
- Serpentard.
- Et toi ?
- Gryffondor.
- Elle a beaucoup d'amis ? Beaucoup d'ennemis ?
- Disons que les gens qui la connaissent se divisent en deux parties. Ceux qu'elle apprécie et qui en profitent pour passer un maximum de temps avec elle. Et ceux qu'elle déteste, et qui, à raison, la craignent énormément.
- Pourquoi ont-ils raison ?
- Parce que si Lex' veut détruire quelqu'un, elle y arrive. Tu vois Julia, elle s'est moquée de Lex' en première année. Et Michael, il l'a prise pour une fille facile, ce qu'elle est loin d'être. Du coup, l'une est officiellement cocue et l'autre est maintenant un gros connard qui s'est fait humilié par sa copine. Enfin, ex-copine.
Charmant, j'adore les esprits vengeurs. Et ceux qui arrivent aisément à faire régner la crainte autour d'eux. C'est toujours très drôle de voir les miettes qu'ils laissent derrière eux, et ceux qui viennent les ramasser.
- Et Alexia a fait ça avec beaucoup de gens ?
- Moins que toi. Mais je dirais que depuis le début de l'année, le rythme s'est accéléré. Elle veut se venger de tous ceux qui ont oublié qu'elle était dangereuse, leur rappeler qu'ils ont tort, et elle a presque fini. D'un autre côté, il n'y en a pas énormément.
- Tu as dit qu'il y avait les gens qu'elle appréciait et ceux qui la craignaient. T'es dans quelle catégorie ?
- Ses amis. Et je préfère largement. Elle aime bien rappeler à ceux qui ont peur d'elle à quel point ils ont raison. Et c'est rarement indolore.
- Ton but, c'est de tout savoir sur tout le monde, n'est-ce pas ?
- Pas absolument tout. Seulement ce qui peut me servir.
Mais, ma belle, tu ne peux jamais savoir si une information va t'être utile ou non. Dans le doute, prends-les toutes. Même moi, je sais cela, et pourtant c'est pas vraiment mon business.
- Et tu te considères comme douée pour découvrir les secrets des autres ?
- Pas autant que Gale…
- En même temps, même moi je suis forcée de reconnaître que c'est la meilleure.
- … Mais je ne pense pas être mauvaise.
- Je vais te dire quelque chose, ma belle. Considère ça comme un conseil d'amie que je donne à Alexia, puisque je suis certaine que tes infos l'aident. Tout peut servir, à un moment ou à un autre. Alors garde la plus petite chose, même insignifiante, en mémoire. Un jour, associé ou non à d'autres secrets, il se pourrait qu'un détail d'apparence inutile se révèle une vraie mine d'or, et te permette d'obtenir quelque chose de formidable. En échange de l'info, ou en échange de ton silence. Comment tu t'appelles, au fait ?
- Clara. Clara White.
- White ? Comme l'attrapeuse de Serdaigle ?
- Non, aucun rapport.
- Eh bien, merci Clara. Tu m'as été très utile. Tu salueras Alexia pour moi. Maintenant, disparais, et referme la porte derrière toi. J'ai envie d'être seule, sans une bande d'imbéciles éméchés qui me parlent de leurs voix pâteuses.
Et elle s'en va. Alors comme ça, Lexie-chérie, tu es déjà crainte. Si ma potentielle remplaçante a déjà montré à plein de gens à quel point elle était menaçante, c'est parfait. J'aurais moins à faire.
Qu'est-ce que… ? Et merde…
.
Charlotte
.
- Leïla ! appelle mon père. Viens mettre le couvert, immédiatement ! Enfin, sauf si tu ne veux pas manger, bien sûr. C'est toi qui décide !
- Laisse, Papa, je vais le faire.
Après tout, ce serait logique. Leïla est dans notre chambre, alors que moi je suis assise dans le canapé, juste à côté de la table à manger. Ce n'est pas la peine qu'il l'appelle, elle. Elle est beaucoup plus loin, et en plus elle est occupée. Je crois qu'elle écrit une lettre à l'une de ses amies.
- Ne t'embête pas, mon cœur, me sourit Maman. Ta sœur peut bien se rendre utile de temps en temps, histoire de ne pas être nourrie à ne rien faire. Ça lui apprend la vie.
Leïla entre à ce moment-là dans la pièce, elle a l'air d'assez mauvaise humeur. Je préfère quitter la pièce alors qu'elle sort les assiettes. Je commence à craindre qu'une nouvelle dispute éclate entre nos parents et elle, et si c'est le cas je n'ai pas envie de me trouver juste à côté.
En entrant dans la chambre, je remarque que ce n'est pas une lettre, mais une dissertation que Leïla était en train d'écrire. Il y a des livres ouverts partout autour, et des dizaines de petits bouts de papier annotés. Je m'approche pour savoir ce qu'elle écrivait.
C'est de la Métamorphose, et je dois reconnaître que ça a l'air excellent. Digne d'un devoir de Clem, qui obtient toujours d'excellentes notes. Mais d'un autre côté, le style est différent. Les dissertations de Clem sont en général très imagées, remplies de métaphores, alors que Leïlou cite beaucoup plus d'exemples historiques, comme si son devoir était créé pour traverser le temps. Je me rend compte que je n'ai aucune idée des notes qu'elle a en général. Mais elle semble être une bonne élève, en tous cas pour ce texte.
- Je ne te dérange pas, j'espère, lâche-t-elle froidement en entrant dans la chambre. C'est bon, ta perfection ne trouve rien à redire, j'espère ? Je ne voudrais surtout pas que ma médiocrité t'incommode.
Je me demande vraiment pourquoi elle réagit si vivement. Après tout, ce n'est tout de même qu'un devoir. Mais elle semble vraiment agacée, si bien qu'elle referme ses livres et les remet tous, avec le reste de ses affaires, dans sa valise. Pendant les vacances de Noël, la valise de Leïla est toujours à moitié faite, preuve constante d'à quel point elle a hâte de repartir.
.
Leïla
.
- Leïla ! Viens mettre le couvert, immédiatement ! Enfin, sauf si tu ne veux pas manger, bien sûr. C'est toi qui décide !
Le hurlement me sort de mes pensées, et de mon devoir. Je regarde l'heure. Mon père exagère, on ne mange que dans une demie-heure, mais c'est vrai que je viens de passer un certain temps déjà sur cette dissertation. Je mesure rapidement : cent-trois centimètres, sachant qu'on nous en demandait au moins quatre-vingt. Et pourtant, il me reste tellement de choses à ajouter. Bon ce sera pour plus tard, si je ne vais pas dans la cuisine bientôt je vais me faire assassiner.
- … sœur peut bien, est en train de dire ma mère, sûrement à Charlotte, se rendre utile de temps en temps, histoire de ne pas être nourrie à ne rien faire. Ça lui apprend la vie.
J'entre. En espérant du plus profond de mon cœur de pierre – selon eux, en tous cas – que cela la fera enfin taire.
Donc, si je comprends bien, ma chère jumelle était dans le salon, mais c'est à moi qu'on demande de mettre le couvert. Je suppose qu'elle était trop occupée ! Ah non, elle ne fait rien. Mais ça me revient maintenant, si c'est à moi qu'on a demandé, c'est parce qu'elle n'aide jamais à aucune tâche ménagère dans la maison, c'est toujours à moi de le faire.
Qui a passé le balais, hier ? Qui a lavé les vitres, ce matin ? Qui a récuré toute la salle de bain, il y a deux jours ? Qui a fait la vaisselle, tout à l'heure ? Moi, moi, moi et toujours moi. Jamais Charlotte. Parce que ce n'est jamais elle, parce que personne n'a envie que la petite favorite se dérange pour des choses aussi stupides que les tâches ménagères.
C'est bon, leur stupide couvert est mis. Je me suis même arrangée pour que les couverts soit parfaitement alignés, parallèles entre eux et perpendiculaires au bord de la table. Histoire que personne n'ait rien à redire. Pour qu'ils soient satisfaits du travail de leur petite esclave.
- Il y a autre chose ?
- Non, c'est bon, tu peux partir, m'informe mon père d'un ton sec, si bien que j'ai l'impression d'avoir reçu un ordre.
Et si j'avais voulu lire un peu dans le salon, qu'est-ce que tu en aurais pensé ? Tu me l'aurais interdit ? Tu en es capable, c'est sûrement ça le pire. Au cas où vous l'auriez tous oublié, c'est aussi chez moi, ici ! Merlin, ce qu'ils m'énervent ! Et ça s'empire quand je rentre dans la chambre.
Charlotte a décidé qu'elle était en droit de lire les devoirs que j'écris, maintenant. J'espère que ça ne la dérange pas trop que je ne sois pas d'accord.
Dégage de là tout de suite, pétasse.
- Je ne te dérange pas, j'espère, je lui lance du ton le plus froid que je peux prendre – et il est très travaillé. C'est bon, ta perfection ne trouve rien à redire, j'espère ? Je ne voudrais surtout pas que ma médiocrité t'incommode.
Elle ne répond même pas, alors que je range rapidement mes affaires dans ma valise. Je me sens vraiment très mal de savoir qu'elle l'a lu. C'est comme si elle s'était permise de rentrer dans mon esprit, d'oublier qu'il n'appartenait qu'à moi.
S'il y a bien une chose que je n'ai jamais dit à personne, c'est que j'adore la Métamorphose, et que je suis très douée. D'ailleurs, je suis douée dans toutes les matières, j'ai réellement d'excellentes notes partout, même s'il n'y a que la Métamorphose qui m'intéresse vraiment. Et depuis des années, je trafique tous mes bulletins scolaires avant de les montrer à mes parents. Parce qu'ils n'ont pas à savoir que j'ai de bonnes notes. Ils s'en foutent de moi en tout, alors je ne vois pas pourquoi je leur dirais.
C'est la même chose pour ma passion pour la Métamorphose. En fait, il n'y a qu'à Perks que j'en ai parlé. Mais personne, absolument personne, ne sait que je suis devenue Animagus en deuxième année. Et personne ne le saura, en tous cas jusqu'à ma majorité, quand j'irais en secret me déclarer. Là, les autorités seront au courant. Mais ce seront bien les seules à savoir.
.
Charlotte
.
D'habitude, ça ne me dérange pas que Leïlou refuse de me parler. Mais là, j'ai vraiment l'impression d'avoir fait quelque chose de mal. Alors que j'ai simplement lu le début d'un devoir. Et pourtant, ça fait trois jours qu'elle ne m'a pas parlé. Ça commence vraiment à devenir pesant, surtout que nos parents ne font vraiment rien pour arranger la situation.
Ils se comportent comme si c'était uniquement sa faute. Alors que c'est loin d'être le cas. Mais d'un autre côté, ce n'est pas non plus comme s'ils l'avaient punie. Ils se contentent juste de soupirer légèrement quand elle refuse de me répondre, c'est quand même loin d'être un comportement qui lui serait insupportable.
Pourtant, elle semble m'en vouloir un peu plus chaque jour, et ça devient vraiment pesant. J'aimerais tellement qu'elle soit moins rancunière, et qu'elle tourne simplement la page. Mais j'ai le sentiment que ce n'est malheureusement pas près d'arriver.
.
Leïla
.
C'est définitivement le pire nouvel an de toute ma vie. Je suis assise depuis cinq heures, coincée entre Charlotte et notre cousine Tina, l'écervelée frimeuse de service. Merlin, est-ce que quelqu'un aurait quoi que ce soit pour que je me suicide ?
- Je vous ai raconté nos vacances à Hawaï, l'été dernier ?
Oui, chère tante Miranda. Au moins quinze fois, alors il n'est pas nécessaire de recommencer. Tous les Moldus ont des vies à mourir d'ennui, ou seulement ceux de ma famille paternelle ?
- Je suis sûre que c'était vraiment magnifique, sourit ma mère.
Évidemment, tu en as vu des centaines de photos. Je t'en supplie, et c'est bien la première fois que je te supplie de quelque chose, ne fais pas comme si ça t'intéressait, sinon…
- Absolument sublime, la vue que nous avions depuis l'hôtel était incroyable. Un vrai décor de carte postale, au début j'ai eu du mal à croire que c'était réel tant c'était beau.
C'est bon, tu as assez dit à quel point c'était beau, magnifique, sublime, incroyable et tous les autres adjectifs que tu voudras donner ? On peut passer à autre chose, maintenant ?
- Vous y êtes restés combien de temps ?
Vingt-trois jours. Les meilleurs de sa vie pitoyable.
- Vingt-trois jours. Les meilleurs vingt-trois jours que j'ai passé de ma vie, vraiment. Des paysages magnifiques, une eau à la température parfaite, et une détente absolue. C'était cher, vraiment très cher, mais je vous assure que ça en valait largement la peine, tellement c'était beau.
C'est bon, on a compris que tu as épousé un fils à papa plein aux as. On n'a pas besoin que tu le rappelles à chaque repas de famille. Ce qui ne t'empêche pourtant pas de le faire. Bon, et si pour une fois c'était moi qui frimait, ça nous changerait un peu. Et pour me la péter, j'ai une super école de magie disponible. C'est tout aussi beau, et totalement réservé aux sorciers, par exemple pas toi, Miranda.
- Poudlard aussi est magnifique. Les préfets ont fait une décoration formidable pour Noël cette année. Et on a déjà eu deux bals, un pour Halloween et l'autre pour Noël, tous les deux absolument géniaux, n'est-ce pas Charlie ?
Je t'en prie, acquiesce, j'ai dû utilisé mon faux sourire le plus convaincant pour être capable de faire semblant de pouvoir te supporter, alors ne me laisse pas tomber, pour une fois.
- Oui, c'est vrai. Ça n'a jamais été aussi beau. Que ce soit la décoration ou le parc. Voir la forêt et toute l'herbe recouvertes de neige, avec le lac gelé, c'est absolument sublime…
Merlin, ce qu'elle a l'air niaise et stupide. Mais bon, pour une fois son air de rêveuse dépourvue du moindre neurone fonctionnel m'arrange. Alors, s'il te plaît, pauvre idiote, garde-le.
- C'est vrai. Il paraît même que maintenant, on peut patiner sur le lac. J'ai hâte d'essayer, ça doit être génial. Et Pré-au-Lard, le village à côté de l'école, est superbe en cette saison. Comme quand le soleil revient, et qu'on peut se prélasser dans l'herbe, au chaud… Et, je le redis, la décoration pour Noël est incroyable cette année. Charlie, je crois qu'une de tes amies y a participé. Colleen, c'est ça ?
Parfait. Lancer Charlotte sur le sujet de ses amies est le meilleur moyen de m'assurer que Poudlard reste au centre de la discussion pour encore un bout de temps. Elle est intarissable dès qu'on parle de quelqu'un qu'elle apprécie, et personne ne s'aventurerait à interrompre ma très chère sœur jumelle. Non ce serait impensable.
Et voir cet air de pure jalousie rester plus longtemps sur le visage de Tina et Miranda m'enchante. Et oui, mes chéries, vous n'êtes pas les seules à pouvoir frimer. Merlin, ce que j'aime vous voir mourir d'envie ! Maintenant, continue de les faire rêver, Charlie.
- Oui, elle a aidé. On a eu beau lui demander plein de fois de nous en parler, que ce soit de la décoration ou du bal, elle n'a rien dit.
- En fait, les préfets sont censés garder la surprise, y compris pour leurs amis, jusqu'au jour où le thème du bal est révélé, et jusqu'au premier pour ce qui est de la décoration, puisque c'est dans la nuit qu'elle est installée. On a l'impression de se réveiller dans un tout nouveau château, c'est vraiment génial.
- Mais la plupart crache le morceau trop tôt. Mais Colleen, elle, n'a rien dit. Elle a été aussi muette qu'une tombe, et d'ailleurs ceux qui n'ont pas tenu leur langue ont eu droit à de nombreux regards noirs de sa part.
- Elle a l'air d'être une fille très gentille, et très correcte, sourit – parce que c'est supposé être un vrai compliment, même si je ne vois pas le côté positif – ma grand-mère.
Elle est surtout très chiante, miss « le règlement doit être respecté, c'est essentiel ». Sérieusement, ça fait quoi si deux-trois préfets donnent des indices, voire toutes les infos ? C'est pas un secret d'État, c'est une putain de stupide décoration de Noël ! Faut redescendre un peu, Finch, tu joues pas ta vie ! Et si tu comportes comme ça en tout, tu dois vraiment être insupportable.
Très correcte, très correcte… Surtout très coincée !
- Elle est vraiment cool, oui.
Non, voler du LSD et le ramener pour une fête improvisée dans la Salle-sur-Demande, ça c'est cool. Respecter le règlement à tout prix, c'est juste ennuyeux. Si c'est à ça que ressemble la vie de Finch, franchement je la plains. Elle doit se faire chier, la pauvre…
- Et elle a de bonnes notes ? Elle est sage ? demande mon grand-père.
Stop, deux secondes de pause, s'il vous plaît. J'ai raté un épisode ? Non, parce qu'on dirait plus que Charlotte leur présente sa fiancée que son amie. Sérieux, qu'est-ce qu'on s'en fout qu'elle ait de bonnes notes, c'est pas le plus important dans la vie ! Et évidemment qu'elle a un comportement irréprochable, on l'a chargée de le faire respecter – à défaut de se faire respecter…
- Oui, c'est une excellente élève. Oh, bien sûr, elle a de moins bonnes notes que Clem, Violet ou même Vicky, mais elles c'est différent. Elles sont à Serdaigle, et c'est la maison des gens qui aiment apprendre, qui travaillent bien, qui sont studieux…
Dont les vies sont assez chiantes pour qu'on les retrouve un jour tous pendus dans leurs dortoirs… Sérieux, qui consacre réellement sa vie à avoir un travail scolaire irréprochable ? On s'emmerde si on le fait ! Finalement, je compatirais presque à leur sort. Ils sont tous condamnés à un ennui mortel. Je compatirais presque.
- Et celle chez qui tu es allée pour Noël ? intervient mon père. Emma, c'est ça ?
- Ella, papa, je corrige – pour donner l'impression de participer encore à la conversation, pas comme mon grand-père qui est de toutes façons à moitié sourd ou ma cousine qui est en train de devenir de moins en moins jalouse, malheureusement, même si je la comprend tout à fait : les amis de ma sœur sont vraiment ennuyeux – avec un faux sourire. Ella Grant. Tu sais bien, Charlie et elle sont amies depuis déjà plusieurs années.
- Elle a un excellent comportement, elle n'a jamais été punie, mais ses notes sont moins bonnes que celles de Colleen ou même les miennes, même si elle travaille dur.
- Tant qu'elle arrive à être meilleure que ta sœur…
Ferme-la, connard. Tu ne connais même pas mes vraies notes, alors tu n'es pas obligé d'en parler. Et surtout, personne ne t'a demandé d'amener le sujet « Leïla est vraiment une déception pour nous » au milieu de ce repas déjà horrible. C'est légal de tuer ses parents ? Parce que là, j'ai vraiment une folle envie d'essayer…
- C'est loin d'être dur, je lâche froidement.
Plutôt que de hurler ou de me mettre à pleurer, mieux vaut faire comme si ça ne m'atteignait même pas. Peut-être que j'arriverais à leur faire perdre leur sentiment de pouvoir sur moi, au bout d'un moment. Et avec beaucoup d'efforts, aussi. Beaucoup plus que ce que je suis prête à leur accorder, c'est sûr. Tant pis, ils n'ont qu'à continuer à se sentir supérieurs, de toutes façons je me fiche totalement de leur avis.
- Pour en revenir à la décoration, je continue comme si rien ne s'était passé, il y avait des branches de gui, des guirlandes, du faux givre sur certaines fenêtres, et plusieurs armures et personnages de tableaux avaient même accepté de mettre des bonnets de Père Noël. Oh, Lottie, j'appelle en me retenant de vomir à l'utilisation de ce surnom ridicule, parle-leur des statues dans le Hall.
- Quelles statues ? demande Tina.
Ah, j'aime voir la jalousie revenir sur ton visage et transparaître dans ta voix, chère cousine. C'est sûrement l'une des choses les plus agréables pour moi. Je te déteste tellement, si tu pouvais ne serait-ce que l'imaginer… Je préfère passer ma vie seule avec Katie-pute qu'une journée avec toi, c'est pour te dire…
- En fait, dans le Hall d'entrée du château, il y avait quatre immenses et magnifiques statues de glace. C'est la première fois qu'ils en mettent. Évidemment, puisqu'elles étaient magiques, elles ne fondaient pas.
- Évidemment, répète ma tante.
Jalousie, douce jalousie.
- Elles représentaient chacune un des fondateurs de l'école, qui semblaient saluer les gens qui passaient, continue Charlotte de son insupportable voix d'idiote finie à la pisse niveau cerveau. La première, celle de Godric Gryffondor…
- Oh, laisse-moi la décrire, c'est celle de ma maison ! je fais mine de me réjouir.
C'est dingue la vitesse à laquelle la voix de mon imbécile de jumelle m'énerve… Je ne pouvais déjà plus la supporter…
- Il se tenait debout, très droit, le regard déterminé, dirigé droit devant lui. Il avait la main posée sur le pommeau de sa légendaire épée, qui était dans son fourreau. Son autre main montrait l'entrée de la Grande Salle, comme s'il indiquait aux élèves qu'il veillait sur eux le temps qu'ils y parviennent.
Étouffe-toi avec le pudding, Miranda. Je serais ravie d'échouer à te sauver la vie, et de fondre en larmes comme la pauvre petite fille fragile que tu crois, à tort, que je suis.
- Il était habillé dans des vêtements très classe pour son époque. Le genre de tenue que ne portaient que les plus nobles, si ce n'est uniquement les rois. Il se tenait vraiment comme un grand homme digne et courageux, ce qu'il était. Comme le protecteur des élèves qui passaient devant. C'était comme si sa statue dégageait une aura de protection qui s'étendait au Hall mais même à tout le reste de Poudlard.
- A côté, il y avait la statue de Helga Poufsouffle, la fondatrice de ma maison. Elle semblait moins protectrice et plus chaleureuse que Godr…
- C'est l'heure du décompte ! s'exclame Tina, coupant Charlotte sans le moindre remord.
Je n'aurais jamais cru pensé cela un jour, mais merci. Merci d'avoir coupé l'autre conne, j'en pouvais déjà plus de l'entendre parler. Je me fous totalement de cette connerie de décompte stupide, mais je ne veux pas avoir à entendre ma sœur parler plus que nécessaire. Certes, c'est moi qui lui ai demandé de décrire ces foutues statues dont je n'ai pourtant absolument rien à cirer, mais ça n'empêche pas que sa voix m'énerve au plus haut point. Et ce n'est pas qu'une expression, il n'existe réellement aucun son qui m'agace plus au monde. Même s'il y en a vraiment beaucoup qui m'insupportent, la voix de Charlotte remporte le premier prix, et de très loin.
.
Charlotte
.
Je suis vraiment ravie de ce réveillon. C'est la première fois depuis très longtemps que Leïlou participe autant aux discussions de la famille, et ça fait des années que je ne me suis plus sentie aussi proche d'elle. Là, on s'est partagé la description de Poudlard, de la décoration et même, après le décompte, de l'ambiance qui y règne. Bien sûr, on était pas d'accord sur tout, mais on ne s'est pas disputées.
Non, au contraire, on s'est réellement écoutées, mieux que jamais. On a su s'entraider dans la description, et c'est ça qui est vraiment génial. J'ai eu le sentiment de retourner il y a quelques années, avant qu'elle ne change autant. Quand nous étions inséparables, que nous nous aimions plus que tout. Cette époque bénie où nous pouvions finir les phrases de l'autre et où rien ne semblait pouvoir nous éloigner. J'ai eu l'impression d'être à nouveau une petite fille avec la part d'elle-même qu'est sa sœur jumelle. Et je ne me rendais même pas compte d'à quel point ça m'avait manqué.
J'espère vraiment que nous en aurons plus, des moments comme celui-là. Des moments de cohésion et d'écoute. Des moments où nous serons à nouveau un tout, et non plus deux sœurs incapables de s'entendre sur quoi que ce soit. Des moments où je me dirais que c'est bon, que tout ira bien, que je ne serai jamais réellement seule, parce que ma sœur sera toujours là pour moi, avec moi. Inséparables, comme ce que certains pensent que les jumelles sont forcément.
Je me demande parfois si les choses auraient été différentes si nous avions été de vraies jumelles, indissociables dans l'apparence et peut-être même dans le caractère. Si nous avions vraiment été un tout. Mais ça n'a pas été le cas, et personne ne peut rien y changer. D'ailleurs, peut-être que les choses sont bien mieux ainsi, peut-être que vraies jumelles nous nous serions détester.
D'un autre côté, quand nous sommes à Poudlard, on se comporte vraiment comme si on ne pouvait pas se supporter. En tous cas, Leïlou agit comme ça. Mais au fond de moi, j'ai quand même l'intime conviction que ce n'est qu'un visage qu'elle se donne, que ce n'est pas ce qu'elle est vraiment.
Parce que je suis certaine que la petite fille que j'ai si bien connue et que j'ai aimé plus que tout au monde, plus que n'importe qui d'autre, cette petite fille-là existe encore. Et, un jour, je la ramènerais à la lumière, et je montrerais au monde comme elle est formidable, cette enfant que les gens commencent malheureusement à oublier. Je jure qu'un jour, elle reviendra. Je la ferai revenir, par tous les moyens.
.
Leïla
.
- Voyons, Lizzie-chérie, pourquoi tu pleures ? demande Kat.
Comme si t'en avais quelque chose à foutre, sale pétasse. Maintenant, dégage, Liz n'a pas besoin de ton venin d'hypocrite malfaisante. Et je suis de bien trop mauvaise humeur pour te supporter.
- C'est… c'est… c'est…
Bon, tu vas le dire ? Parce que tu commences à m'agacer, avec ton bégaiement. T'es presque pire que Cendres. Oh, Merlin, je l'avais presque oubliée, cette conne d'Américaine. Elle ne m'avait clairement pas manqué.
- C'est Will…
Qui ça ? Ah oui, William Owen, son copain. Oh, je t'en prie, Liz, dis-moi que vous n'êtes plus ensemble, ça fait une éternité que je cherche comment te faire rompre avec cet imbécile qui sert d'espion à Gale.
- Il… il a dragué… dragué Victoria alors qu'on était ensemble… C'est Ethan… qui vient de me le dire…
Ethan… Le mec qui passe son temps à baiser avec Eri, c'est vrai. Faut vraiment que j'apprenne les prénoms des gens avec qui je passe mes journées, je commence à être complètement larguée… Bon, faut que je sois compatissante, pour l'instant.
- Oh, ma chérie… c'est vraiment horrible, je comprends pas comme quelqu'un peut faire ça à une fille aussi géniale que toi. Vraiment, il ne te méritait pas…
- Je… je pensais… qu'il m'aimait !
Non, mais il aime beaucoup tes seins, ça c'est sûr. Tu pensais sérieusement qu'il était amoureux de toi ? Dans ce cas, chérie, laisse-moi te dire que tu as l'intelligence d'un bébé avorté à la pilule du lendemain. Et encore, même là c'est peut-être te surestimer.
- C'est qu'un connard, chérie, il ne te mérite vraiment pas, assure Katie-pute.
- Mimy, Eri, j'appelle en les voyant entrer dans le compartiment. Restez avec Lizzie, elle a eu affaire à un vrai sale con. Katie et moi, on a quelque chose à faire.
C'est vrai, on a une réputation à tenir. Et cette réputation dit « si tu fais du mal à mes amies, tu vas souffrir » et avoir donné des informations à Gale n'arrange pas la situation d'Owen. Alors qu'on quitte le compartiment, Kat et moi échangeons un regard. On sait parfaitement toutes les deux que ce n'est pas une visite de courtoisie qu'on va faire à ce pauvre type.
- Il l'a dit à Noël, pendant l'action ou vérité, m'apprends Katie-pute. Je ne sais plus qui lui a fait cracher, un sixième année je crois. T'étais sortie avec cette fille, c'était après le pétage de plomb de la Cocue. Ça m'était sorti de l'esprit, je viens seulement de m'en rappeler. C'était vraiment une excellente idée, ce jeu. Maintenant, Gale a perdu son informateur.
J'aime bien ces moments où je sais qu'on est toutes les deux sur la même longueur d'ondes. C'est un pur bonheur de voir qu'il existe dans ce monde quelques personnes qui pensent comme moi mais qui, heureusement, me sont tout de même inférieures. Et Ely remplit les deux critères, avec un équilibre parfait. Elle m'est utile, mais elle n'est meilleure que moi en rien. Quoi qu'elle ferait une bien meilleure prostituée, maintenant que j'y pense…
- Trouvé, je sourit en apercevant Owen, tandis que les gens se précipitent toujours hors de mon chemin – et de celui de Katie-pute, accessoirement.
- Owen ! appelle durement celle-ci.
Oh, mon chou, si tu pouvais savoir à quel point j'aime voir la peur apparaître sur ton visage dès que tu nous vois. C'est vraiment une vision magnifique. Pour nous, pas pour toi.
- Dégagez, gamins, crache Kat à un groupe de première année qui avait sûrement l'intention de jouer les voyeurs en observant les histoires des adultes. Et vous, choisissez votre camp. Lui, ou nous.
En disant cela, elle s'adresse aux amis d'Owen, qui étaient les seuls à être également là. Immédiatement, ils viennent tous se ranger à nos côtés, sans la moindre hésitation. Ils auraient été fous de ne pas le faire.
- Tu vois, même tes amis ne peuvent pas te blairer, je fais mine de regretter.
Oh, bien sûr, je suis tout à fait consciente qu'ils ne sont simplement pas suicidaires, or Owen et tous ceux qui le soutiennent vont subir une mise à mort sociale. Mais c'est bien plus drôle de le faire se sentir seul, abandonné, sans personne pour le soutenir. Parce que c'est un fait : il n'obtiendra aucune aide. Il va couler, seul.
- Tu me dégoûtes, crache Katie-pute. Je comprends même pas comment t'as pu faire ça à quelqu'un comme Lizzie. Et pour Gale, en plus ? Qu'est-ce que tu crois, espèce d'abruti, qu'elle en a quelque chose à foutre de toi ?
- Si c'est réellement ce que tu penses, alors laisse-moi te dire que tu te trompes totalement. La seule chose qui l'intéresse, c'est les informations que tu peux lui donner. Le reste elle s'en fout. Et il n'y a qu'un idiot comme toi pour en douter.
- Mais dans tous les cas, il reste le problème que tu fais souffrir notre amie. Et crois-moi, tu vas vite le regretter. Il y a de nombreuses choses que je ne tolère pas qu'on fasse. Mais qu'on blesse mes amies, c'est pire que tout. Tu vas ressentir la douleur de Liza, mais multipliée par mille. Je veux que tu aies mal jusqu'à ce que tu nous supplie d'arrêter.
- Ça ne sert à rien de sortir ta baguette, misérable insecte. On ne va pas te frapper. On est pas de ce genre-là. Non, crois-moi, on n'est bien plus distinguées. On ne te fera rien qui soit douloureux pour ton petit corps gras et dégoûtant. Non, c'est ton âme qu'on va réduire en poussière.
- Tu as fait ce que tu n'aurais jamais dû, Owen. Et c'est notre devoir de nous assurer que tu le regrettes du plus profond de ton cœur. Et crois-moi sur parole, ça va être le cas.
A mesure que Kat parle, elle se rapproche lentement d'Owen, et je peux voir le visage de cet idiot devenir livide. Il sait parfaitement qu'elle ne plaisante pas. Elle a beau se foutre totalement de ce que ressent Lizzie – contrairement à moi – elle veut tout de même rester menaçante aux yeux de tout Poudlard. Et, pour l'instant, à ceux de ce crétin de William Owen.
- Tu vas pleurer, tu vas souffrir. Dis adieu à tout ce que tu pensais avoir. Tu n'as plus rien, Owen, parce que tu n'es plus rien. J'espère que c'est bien clair, et que tu transmettras le message aux autres. Tu es en train de tomber, pour ce que tu as fait à Lizzie, et tous ceux qui veulent t'aider tomberons avec toi.
- Mais je ne vois pas vraiment qui pourrais vouloir te venir en aide. Tous ceux qui étaient tes amis savent maintenant quel connard tu es, et tu as passé plusieurs années à insulter tous les autres, et je pense qu'ils s'en souviennent à merveille.
- Tu es seul, Owen. Réjouis-toi, tu n'emporteras personne d'autre dans ta chute. Même si je ne pense pas qu'on puisse réellement parler de chute. Tu ne vas pas simplement tomber, misérable déchet, tu vas te noyer. En fait, d'un certain point de vue, tu vas mourir. En tous cas, ta vie sociale va être assassinée. Et j'ai bien l'intention d'envoyer l'estime que tu peux avoir de l'être pitoyable que tu es en réalité au fond de l'enfer. Tu n'étais rien avant que Liza t'offre un peu de son importance. Tu as voulu la blesser pour une fille qui s'en fout totalement de toi, c'est ton choix. Mais maintenant, il est normal que tu perdes tout ce qu'elle t'avait donné. Et crois-moi, ça représente beaucoup plus que ce que tu peux ne serait-ce qu'imaginer. Tu vas souffrir, bien plus qu'elle, je peux te le jurer. En fait, si, tu vas avoir un tout petit peu mal physiquement, mais ce n'est rien en comparaison de ce que je vais faire à ton esprit.
Et, comme pour ponctuer son discours, elle lui enfonce le talon – vraiment très pointu – de sa chaussure dans le pied, tout en regardant son visage d'enfoiré se tordre de douleur. C'est une vision absolument formidable, je dois bien le reconnaître. Félicitation, Katelyn Heston, c'était magnifique.
- Que l'un de vous lui crache au visage, s'il vous plaît, ajoute-t-elle en se tournant vers les anciens amis de ce déchet nommé William.
Et, bien sûr, ils se précipitent pour tous lui cracher dessus. A nouveau un excellent tableau, dont je détache rapidement les yeux pour retourner dans mon compartiment, accompagnée d'Ely.
- Je dois reconnaître que c'était vraiment une très bonne idée, le coup du talon, je lâche pendant que nous marchons. Très agréable à regarder, et à entendre. Je te remercie, et je suis sûre que Lizzie le fera aussi quand elle se sentira mieux.
- Je t'assure que c'était également très drôle à faire. Tout comme d'ordonner à ses anciens meilleurs amis, ceux sur qui il croyait pouvoir compter, de l'humilier. Ils l'ont fait avec une facilité délectable, c'était vraiment un pur plaisir. Je m'en serais presque voulue d'avoir envoyer le groupe de mignons première année voir ailleurs comment marche la vie. Il faut leur apprendre l'obéissance dès le début.
- D'ailleurs, je voulais te parler d'un certaine Alexia, que j'ai découvert à ta soirée. Celle qui est responsable de la dispute entre la Cocue et l'Infidèle. J'ai parlé un peu avec une de ses amies, et elle m'a l'air très prometteuse.
- Oui, moi aussi je l'avais remarqué. Si on doit lui apprendre comment diriger les autres, on sera aidées. Elle a déjà une très bonne base. C'est une vraie garce, et tu sais que pour moi c'est un compliment.
Et comment, que je le sais…
.
Charlotte
.
Je me sens vraiment très mal pour Tori. Elle a l'air tellement triste de la mort de sa tante… Personne ne sait comment agir avec elle, et malheureusement je ne pense pas que ça aide. Vivement qu'on arrive à Poudlard, Clem est indiscutablement la meilleur pour réconforter notre petite Victoria. Mais pour l'instant, elle n'est pas là, alors je pense que le mieux est de se comporter le plus normalement possible. Enfin, si j'étais à sa place, c'est ce que je voudrais que les autres fassent. Donc…
- Comment se sont passées vos vacances ?
- Pourries, soupire Rob' en sortant un paquet de cartes de bataille explosive – jeu vieux comme le monde – pour Oli et lui, j'ai dû passer tout le temps avec mon connard de beau-père.
- Moi, intervient Colleen, c'était vraiment génial ! Ma sœur et mes parents m'avaient tellement manqué, je ne m'en rendais même pas compte. Mais je me serais volontiers passée de mon grand-père.
- J'ai eu le meilleur cadeau de Noël de tout l'univers, sourit Ella en caressant Cream, le chaton roulé en boule sur ses genoux, et qui tient son nom de sa couleur. Mais tu le sais déjà, t'étais là quand je l'ai reçu.
- Et dans tous les cas, vu comme son ronronnement est bruyant, ç'aurait été dur de ne pas le remarquer, glisse Oli. Et les gâteaux de ma grand-mère me manque déjà…
- Il y a-t-il une partie de ton corps qui fonctionne mieux que ton estomac ? demande Jordan en relevant presque les yeux de son livre, ce qui pour lui est un véritable exploit.
- Non, absolument rien, lâche Oli, en commençant à jouer. Mais je suppose que c'est ce qui fait mon charme presque légendaire. Et sinon, Charlie, ça va pas me manquer de servir d'attraction de fête foraine à ma mère et à mon frère à longueur de journée, le tout avec mon père qui me regarde comme si j'allais faire exploser la maison.
- Et qu'est-ce que tu faisais, en vrai ? demande Lee.
- Je passais le balais, mais apparemment quand tu es sorcier c'est une activité extrêmement dangereuse pour toute personne se trouvant à moins de quinze mètres de toi, ou du balais.
- Moi, c'est si tu tiens le balais que je m'inquiète, assure Rob'.
- Espèce de…
- Sinon, Dan, c'était comment pour toi ? j'interviens, le coupant volontairement avant qu'il ne finisse son insulte.
Je sais bien que Rob' et Oli ne se seraient pas vraiment disputés, mais il arrive parfois que même leurs petites taquineries habituelles m'inquiètent. Donc je préfère désamorcer le problème le plus tôt possible.
- Horrible. Mes parents m'ont obligé à sortir, et à parler à des gens, et à faire tout un tas des choses que ne font que les personnes qui ont pour but d'avoir une vie sociale épanouie.
- Merlin, être normal a dû être une vraie torture pour toi, ironise Rob'.
- Tu n'imagines même pas. J'ai cru que je n'allais pas y survivre. Mais heureusement, je reviens de l'enfer pour vous raconter que franchement, ça craint. Évitez d'y aller, conseil d'ami. Sinon, Vi, tu t'es bien amusée ?
- Ça va, répond celle-ci. J'ai été heureuse de revoir ma famille, et j'ai de nouveaux voisins.
- Ils sont gentils ? demande Lileen.
- C'est une famille, ils sont cinq. J'ai seulement vu l'aîné et sa petite sœur. Mais elle n'a pas parlé. Et son frère est un peu dérangeant. Il n'arrête pas de me poser des questions sur Poudlard, comme s'il savait que c'était pas un pensionnat ordinaire. Il m'a demandé de lui décrire le château, de lui parler de mes cours. Pour ça, j'ai dû inventer, puis tout répéter à Mike pour qu'il raconte la même chose si quelqu'un lui demande.
- Et à part les questions, ils sont sympas ? Non, parce que t'as pas vraiment répondu… fait remarquer Oli.
- Bah, quand je les ai rencontrés, tous les deux, ils ont été assez bizarres. En fait, la petite, Lolly, avait une tâche sur ses vêtements. En soi, c'est pas hyper grave.
- Non, ça montre juste qu'elle ne sait pas manger proprement.
- Oli… le reprend Lala.
- Surtout que t'es pas le mieux placé pour parler, glisse Rob'.
- Donc, je disais qu'elle avait une tâche, répète Violet. Et quand ils ont remarqué que je l'avais vue, Lolly a eu l'air totalement paniquée, et son frère lui a carrément dit d'aller se changer immédiatement. Enfin, je sais pas comment vous l'expliquer, mais ils ont vraiment eu une réaction disproportionnée…
- Je trouve ça assez normal, moi, intervient Dan. Si j'ai une tâche sur un vêtement, mes parents me hurlent dessus pendant au moins vingt minutes, alors je trouve pas leur attitude si bizarre.
- Ta famille est triste, tu t'en rends compte ?
- Je t'emmerde, Robin.
- Si vous le dît…
Violet est interrompue par l'explosion sonore du jeu des garçons et par le cri poussé par Lala au même moment. Et Dan, surpris par les deux, soupire en ramassant le livre qu'il a fait tomber.
- Qui a perdu ? demande-t-il.
- Oli, l'informe Colleen. Qu'est-ce qui t'est arrivé, Lala ? Parce que crier de surprise, c'est un peu disproportionné.
- Non, en fait c'est Cream qui a eu peur. Et qui du coup m'a planté ses griffes dans les jambes. Et ça fait très mal, si quelqu'un se demande. C'est ça qui m'a fait crié, en plus de la surprise de l'explosion. Les garçons, ça vous dérangerait d'attendre un peu avant de recommencer une partie ? Je préférerais éviter de me retrouver avec les jambes percées.
- D'accord, soupire Rob' en rangeant les cartes. Une partie d'échec, Oli ?
- Volontiers.
- Ça vous arrive de jouer à des jeux qui n'impliquent rien de dangereux ou violent ? demande Violet.
- Oui, de temps en temps, assure Oli. Mais c'est tellement chiant qu'en général, n'en déplaise aux jambes de Lala, on évite. On préfère quand il y a un risque pour quelqu'un.
- Mais après, on est pas difficiles, sourit Robin. Ça peut être n'importe qui, tant que c'est dangereux. On veut surtout pas se montrer trop exigeants.
- C'est vraiment très gentil à vous, glisse Dan en cherchant la page où il s'était arrêté. On admire tous votre altruisme. Je pense qu'un jour on érigera des statues en votre honneur. Et sur vos tombes, on gravera « ils ne voulaient pas se montrer trop exigeants, ils ne se préoccupaient pas de savoir qui souffrait ». Et je vous jure qu'on vous enterrera à côté des jambes de Lala.
- Délicate attention, soupire celle-ci.
- Bon, intervient Lee, je vous laisse à vos idioties, j'ai une ronde à aller faire.
- Si tu vois Tom, tu pourras lui indiquer où on est ? Je l'ai pas vu sur le quai, et pourtant je suis arrivée tôt… J'espère qu'il n'a pas manqué le train, soupire Violet.
A peine Lee a-t-elle quitté le compartiment que la reine de Rob' arrive sur le fou d'Oli, et le fait voler en éclats d'un coup violent de sa couronne, envoyant au passage des débris un peu partout.
- Avec vous, même un jeu reposant sur le calme et la réflexion est dangereux, lâche Dan.
Et il a bien raison.
Je précise que le comportement de Leïla n'est pas à imiter. L'alcool doit être consommé avec modération, la drogue c'est mal, l'escroquerie aussi. Apprendre illégalement à devenir un Animagus aussi, mais s'il y a nettement moins de gens qui le font !
