Chapitre 14 : Un véritable bazar

Malheureusement pour Antonin, il ne perdit pas connaissance très longtemps. Il avait déjà fait l'expérience de blessures graves et selon lui, la meilleure stratégie était de s'évanouir si on avait quelqu'un prêt à prendre soin de nous et de se réveiller une fois que tout était terminé. Son plan ne se déroula pas exactement comme prévu mais de toute façon, il n'avait déjà pas prévu d'être blessé et amputé d'un bras.

Quand il se réveilla, tout le monde se hurlait encore dessus et personne ne l'avait déplacé dans une position plus confortable donc il était toujours face contre terre. Au moins, quelqu'un avait essayé d'arrêter le saignement parce qu'il lui semblait que moins de sang s'échappait de sa blessure cependant lorsqu'il sentit sa tête se remettre à tourner, il remit à envisager la possibilité que son corps ne contenait plus une grande quantité du précieux liquide. Et pendant qu'il agonisait, les autres se disputaient, s'insultaient et se menaçaient, les baguettes tournés l'un vers l'autre. En réalité, il identifia sans problème les voix de Rodolphus et Rosalie : pourquoi ça ne l'étonnait pas?

- Ne l'approche pas, menaça le seul Mangemort toujours debout. Si tu veux finir le travail, il faudra me passer sur le corps. Et entre nous, ajouta-t-il avec la voix emplie d'un mépris profond, je pense n'avoir rien à craindre d'une sale Sang-de-Bourbe sans aucun honneur qui attaque les gens dans leur dos.

La remarque eut tout à fait l'effet escompté, comprit Antonin sans même relever la tête car il ne tarda pas à entendre la réponse hurlée de Rosalie.

- JE REFUSE DE RECEVOIR DES LEÇONS DE MORALES D'UN ÉVADÉ D'AZKABAN QUI ATTAQUE MA FAMILLE ET D'UN HOMME PRÊT À TUER SON MEILLEUR AMI JUSTE POUR LÉCHER LES BURNES D'UN SEIGNEUR SITH AU RABAIS ! VOUS ÊTES CELUI QUI L'ATTAQUIEZ, répliqua-t-elle, absolument furieuse.

- Réfléchis un peu pauvre idiote ; si j'avais vraiment voulu le tuer au cours de notre duel, tu ne penses pas qu'il serait déjà mort et qu'au lieu d'une jolie parodie de combat bien chorégraphiée, j'aurais visé ses points faibles ? Tu ne connais vraiment rien des usages des sangs-purs, soupira-t-il visiblement plus dégoûté par la sorcière que énervé.

Rosalie allait de nouveau beugler quelque chose, la baguette braquée vers Lestrange quand, Merlin soit loué, Pâris s'interposa entre les deux qui se menaçaient et s'envoyaient des regards de mort et intervint. Avant que l'un des deux aient le temps de protester, il murmura un sort et le sorcier blessé sentit le flot de sang s'interrompre instantanément. Un autre sort et il se trouva soulevé de terre. Un coup de baguette magique le fit se retourner, lentement et délicatement, afin de lui éviter toute souffrance inutile. Enfin, l'air sous son dos laissa la place à ce qui devait être un brancard mais qui était aussi confortable que le plus moelleux des matelas.

Antonin laissa alors échapper un soupir de soulagement. Le son se bloqua dans sa gorge, menaçant de se transformer en un sanglot peu viril quand ses yeux tombèrent sur son bras qui gisait abandonné à côté de lui. Il avait imaginé se couper le bras dans un instant de folie et de désespoir mais voir une part de lui-même, au sol comme un déchet… Ça faisait terriblement mal au coeur, plus encore que ce que son corps ressentait. Une larme coula sur sa joue sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour l'en empêcher. Il n'avait même pas envie de lutter, il était physiquement trop faible pour faire un mouvement et moralement, il se sentait comme de retour à Azkaban, incroyablement détruit.

Rodolphus s'apprêtait à stopper le sorcier d'âge mûr qu'il savait être un officiel du Ministère français mais il hésita un instant quand il s'aperçut avec quel soin il manipulait le corps amorphe d'Antonin. Il semblait savoir ce qu'il faisait. Il semblait réellement se soucier du sorcier russe. Cette intuition ne suffit pas pour le dissuader de pointer sa baguette magique en sa direction et de lui ordonner de laisser son ami tranquille.

- Votre Ministère a déjà fait suffisamment de mal comme ça, ajouta-t-il en fixant intensément le sorcière vêtue des robes officielles des Langues-de-Plomb.

L'accusation était claire et Rosalie rougit furieusement, la honte l'envahissant en même temps qu'elle réalisait pour la première fois pleinement ce que les conséquences de ses actions impliquaient.

- Si on ne s'occupe pas de lui vite, Antonin pourrait mourir ici en se vidant de son sang, déclara calmement Pâris, espérant apaiser le Mangemort qu'il savait tendu et au bord de la rupture. Monsieur Lestrange, je ne vous demande pas d'abandonner votre ami en nous le confiant…

- Jamais, l'interrompit Lestrange d'une voix tranchante. Je ne vous laisserez pas l'emmenez, déclara-t-il fermement, qui sait ce que votre associé serait capable de lui faire ?

Sans prêter attention à l'interruption, Pâris continua son explication.

- Monsieur Lestrange, Antonin souhaitait pouvoir vous convaincre de suivre son exemple et c'est ce que je vous propose : une immunité diplomatique, une maison en France, un travail au ministère, une vie calme…

- Et en échange de quoi ?! Hein ?! Ne pensez pas que j'ignore ce qu'implique la trahison, j'étais présent quand le Seigneur des Ténèbres dévoilait ce qu'il comptait faire à Antonin quand on le lui aurait apporté. Vous croyez que je ne sais pas à quel point son bras a dû le faire souffrir quand il a ignoré les appels de la Marque ? Il a trouvé une solution définitive maintenant, ajouta-t-il d'un ton amer en désignant du regard le membre abandonné, mais moi je n'ai pas sa force. Je ne tiendrais pas un mois, je n'ai même pas tenu un jour ! J'ai essayé de résister le jour de l'évasion… Je suis revenu en rampant, ivre de douleur, m'agenouiller devant ce monstre. Une vie calme ? Il n'a pas fallu plus d'un mois pour que l'on retrouve la trace d'Antonin. Un traître parmi les Mangemorts, ça se voit vite alors deux dans le même secteur… Comment pouvez-vous imaginez pouvoir nous protéger tous les deux quand vous avez été incapable de tenir cette promesse pour lui ?

Cette tirade en aurait découragé plus d'un : Antonin lui-même se sentit envahi d'un lourd sentiment de découragement. Il n'imaginait pas combattre Rodolphus. Il n'avait pas envisager l'éventualité d'un refus pur et simple de la part de l'ainé des Lestranges. Les deux hommes connaissaient tant le style de combat de l'autre qu'il aurait été aisé à l'un d'entre eux de tuer son adversaire tout à l'heure. Le duel avait suivi les codes qu'ils s'étaient fixés à Poudlard, une chorégraphie, un spectacle qui paraissait réel mais en réalité, aucun des sorciers n'avaient à un seul moment mis en danger son adversaire. Rodolphus accepterait. De gré ou de force, il accepterait mais Antonin se refusa de repartir sans lui.

Puis il croisa le regard de Pâris et faisant un geste minuscule en direction de son épaule, il l'informa de son idée.

Il devait juste changer de tactique. Son visage perdit son air aimable et un masque de froideur vint remplacer l'apparence de gentillesse. D'un geste paresseux de sa baguette, Pâris érigea un bouclier, isolant Lestrange du reste de la pièce avec Antonin de leur côté de la pièce puis il relâcha le sort de stase qu'il avait installé sur la blessure après avoir fait pivoter le brancard. Ainsi, Lestrange ne manquerait pas une goutte du spectacle. Littéralement.

Rodolphus Lestrange se rua vers le brancard en s'apercevant que le sang s'écoulait à nouveau de la blessure pour se heurter à la barrière et se retrouver repoussé doucement. Il réessaye plusieurs fois, laissant à chaque fois s'échapper un hurlement de frustration quand le bouclier le repoussait, lui ou ses sorts, mais il persista, l'horreur grandissante sur son visage en voyant la respiration de son frère en tout sauf en sang s'affaiblir progressivement.

Amadis et Rosalie mirent plus de temps à réaliser ce qu'il se passait : ce fut le cri de désespoir du Mangemort qui les alertèrent. Au début, ce n'étaient que des insultes facilement mises sur le compte de la colère mais le ton se mit à changer.

- Arrêtez ça, espèce de malade ! Vous allez le tuez ! Vous seriez prêt à le tuer ? Vous avez fait une promesse de le protéger tant qu'il travaillait pour vous !

En entendant cela, Rosalie prit conscience du sang qui dégoulinait du brancard. Elle s'élança en direction du blessé, suivie de près par Amadis. Ils firent un pas. L'instant suivant, les deux membres du SCIS s'effondrèrent, frappés chacun par un maléfice du Saucisson.

- Pâris, protesta Adamis, qu'est-ce que ça veut dire ? Tu ne vas pas…

C'est bien simple monsieur Lestrange : rejoignez-nous et vous sauverez du même coup Antonin. Dès que vous aurez jurer sur votre magie que vous acceptez de formuler un Serment Inviolable aux conditions similaires à celles de monsieur Dolohov, je replacerai le sort de stase sur notre ami commun et nous l'emmènerons à l'hôpital.

- Du chantage, grinça Rodolphus, je ne peux pas dire que je m'attendais à mieux de votre part.

- Parce que maintenant vous vous souciez de la morale peut-être ?! Faites le serment, ordonna Rosalie, ou est-ce que votre honneur vaut plus que sa vie?

Pour une fois, Rodolphus dut admettre qu'elle avait raison. Cela ne voulait pas dire qu'il allait l'épargner pour ce qu'elle avait infligé à son ami.

Il se tourna alors vers la raison de cette situation : le dernier de la lignée directe des Dolohov était si immobile qu'il aurait pu passer pour mort. Sa poitrine se relevait à peine et avec difficulté désormais. Son épaule déversait toujours du sang sur le plancher, chaque goutte en tombant lui évoquait les grains d'un sablier, un décompte avant qu'il ne prenne sa décision. Seulement, il ignorait combien de temps il lui restait, à lui comme à Tonin. Il remonta encore et croisa le regard bleu de ce dernier, il semblait parfaitement éveillé et conscient de la situation. Et à le voir sourire de la sorte, Rodolphus comprit qu'il n'aurait pas hésiter à utiliser le chantage s'il en avait eu la force.

Alors le Mangemort leva sa baguette et prononça sa promesse. À peine eut-il fini de parler que la blessure se referma et un elfe apparut, les bras chargés de fioles de potion de Régénération Sanguine. Il lui en arracha l'une des mains et la fourra dans la gorge de Tonin.

- Espèce de sale Serpentard, maugréa-t-il. Du chantage ? Contre moi ? Je te le ferais payer quand on t'aura rattacher ton bras.

Il laissa son visage afficher enfin un sourire d'une tendresse qui prit par surprise toute la pièce. C'était son premier sourire depuis Azkaban et il était heureux de l'offrir à son frère. Sauf que ce sourire disparut dès qu'Antonin perdit connaissance à nouveau.


Le personnel de l'Hôpital La Voisin spécialisé dans le soin des blessures magiques paniqua complètement en voyant débarquer un groupe hétéroclite qui mélangeait moldus, sorciers et Mangemorts, deux de chaque catégorie. La constitution inhabituelle du groupe et la présence d'individus mondialement recherchées ne suffit pas cependant à faire oublier le Mangemort au bras manquant et le dit bras couvert de sang qu'une sorcière tentait de dissimuler avec des sortilèges de Désillusion. Cela aurait été plus efficace si une mare de sang ne se formait pas à ses pieds.

L'un des soigneurs en particulier eut la mauvaise idée d'essayer le plus vieux des sorciers de passer, il se retrouva soulevé de terre par celui qui ressemblait à un tas de muscles ambulant tandis que l'autre sorcier n'interrompit même pas sa course, vint se planter devant l'une des guérisseuses chargées de faire le tri parmi les urgences et lui plaça sous le nez un badge du Ministère d'accréditation 8. Le maximum.

D'abord sans voix, la guérisseuse jeta un regard au badge puis au sorcier qui le tenait. Un regard suffit à comprendre qu'il fallait obéir immédiatement. Elle se saisit alors du microphone placé sur son bureau et réussit à faire son annonce sans que le stress la fasse trop bégayer.

- Une urgence à l'accueil, priorité maximale ! Je répète : urgence priorité maximale à l'accueil, accréditation spéciale du Ministère ! Les Médicomages Dupuis, Wun et Gherne en renfort immédiat !

À peine l'annonce faite, la guérisseuse se tourna vers ses collègues, s'attendant à les voir s'activer autour du sorcier inconscient mais à la place, tous les autres guérisseurs avaient sorti leurs baguettes et les pointaient en direction du groupe, prenant toutefois soin d'exclure les deux moldus du lot.

- Je vous conseille à tous de baisser vos baguettes immédiatement, prévint Pâris sans même paraître inquiet. Les conséquences pour vous pourraient être très graves…

L'un des guérisseurs, mis en confiance par sa haute stature et s'accaparant le rôle de porte-parole de ses collègues, décida cependant qu'il ne se laisserait pas dicter sa conduite par un gratte-papier du Ministère.

- Ce sont des Mangemorts ! Nous refusons de nous mettre en danger en les soignant, déclara l'homme en affichant un air fier qui fit rougir de honte la sorcière à l'accueil.

- Il n'y a qu'un homme à soigner et il lui manque un bras : je peux vous assurer que vous risquez rien. À vrai dire, je serais plus inquiet pour lui, je ne suis pas certain que vous ne chercheriez pas à finir le travail, répliqua Pâris sans se laisser démonter.

Encore mieux, le plus vieux sorcier entreprit de poser sur le jeune guérisseur un regard empli d'un jugement lourd de sens ; clairement, il n'éprouvait que du dégoût pour le sorcier qui était prêt à laisser un homme mourir au nom de ses préjugés. Pire, il semblait fier d'annoncer qu'il était plus qu'heureux de ne pas honorer le serment d'Hippocrate. Pâris n'était visiblement pas le seul à éprouver ces sentiments, plusieurs des collègues du jeune sorcier ne tenaient plus aussi haut leur baguette car ils voyaient bien le trou béant dans l'épaule du Mangemort blessé. De toute évidence, il était dans un sale état. Beaucoup avaient déjà pitié de l'homme qui gisait inconscient sur le brancard mais ce qui les fit agir, ce fut la guérisseuse d'une trentaine d'années qui se leva de derrière le bureau et, écartant d'un geste violent ses collègues, s'approcha d'un air décidé de Dolohov.

- Bougez, hors de mon chemin ! Peut-être que toi, Damien, tu peux vivre en condamnant un être humain à la mort et renier ton serment mais je refuse de voir un type crever devant moi. En faisant ça, tu ne vaux pas mieux que lui, ajouta-t-elle en le fusillant du regard.

Sa déclaration fut exactement ce qu'il fallait : les guérisseurs qui semblaient hésiter se dépêchèrent de venir au chevet du blessé, tout ça pour faire un bond en arrière quand la sorcière de l'accueil le reconnut.

- C'est Antonin Dolohov !

Et cette réalisation annula l'effet de sa tirade : les autres membres du personnel soignant refusèrent de l'approcher. L'un d'entre eux essaya même de jeter un maléfice à Antonin mais il ne s'attendait clairement pas à ne pas pouvoir finir sa formule parce que Rodolphus Lestrange s'était jeté sur lui. Personne n'osa séparer les deux sorciers au début et Lestrange eut ainsi le temps de faire passer son message à grands coups de poings.

- Ne. Le. Touche. Pas. Sombre. Merde. Pas. Digne. D'être. Guérisseur.

- Monsieur Lestrange, appela Pâris en espérant le rappeler à l'ordre.

Il observa le futur ancien Mangemort frapper une dernière fois le sorcier à terre. Après avoir entendu avec grande satisfaction son nez craquer et le jeune homme hurler, Rodolphus se remit debout comme si de rien était, remettant ses habits en place et s'éloignant de sa victime, non sans lui assener un violent coup de pied dans les côtes au passage. Il se posta ensuite face à la guérisseuse qui avait commencé à lancer des sorts de diagnostiques et de soins basiques.

- Tu sais ce qui t'attends si tu ne fais qu'essayer de lui faire du mal, l'informa-t-il d'un ton désinvolte.

Et sur ce, il rejoignit son groupe, ignorant avec un aplomb superbe le regard désapprobateur de Pâris. Rodolphus découvrit en reprenant sa place parmi ses nouvelles connaissances que, étrangement, la famille Kermonder dans son intégralité semblait ravie de sa manière assez directe de traiter le problème à en juger le sourire triomphant qu'ils affichaient tous. La fille devait avoir des tendances sadiques puisque elle lui accorda même un petit mot de remerciement avant de venir se planter devant un guérisseur qui souhaitait vraisemblablement manger son ami si peu professionnel. Ses parents la rejoignirent sans hésiter. Voyant la stature du père, les reproches de la mère et l'envie de tuer de la fille, le sorcier ne mit pas plus de cinq secondes à faire demi-tour.

Enfin, une fois les esprits calmés, les Médicomages débarquèrent.

- Pas trop tôt, marmonna Amadis qui s'était efforcé de renvoyer les guérisseurs les plus récalcitrants au travail, évitant surtout de les mettre au contact d'Antonin dont l'état était inquiétant.

- Parme, s'écria l'un des Médicomages, pourquoi le patient n'est pas dans une salle privé ?! Son état ? Et c'est qui le gratte-papier ?

Il stoppa sur le champ en apercevant Rodolphus et la forme diminuée de Dolohov sur son brancard. Il reprit.

- Parme ?

- Oui, Médicomage Wun ?

- Vous pourriez m'expliquez ce que foutent deux Mangemorts dans la salle d'attente des urgences de cet hôpital sans une flopée d'aurors ?

- C'est à dire que… ils sont venus ensemble en fait, avec le Ministère, répondit la sorcière de l'accueil, « Parme », en désignant le reste de la drôle de compagnie.

- Mmmhhh, fut la seul réponse du sorcier.

L'homme, plus âgé encore que Pâris et d'origine asiatique, n'ajouta pas un mot de plus. Il se mit au travail en plein milieu de l'accueil, soutenu par ses deux collègues qui n'avaient fait aucune remarque non plus sur l'identité de leur patient et par Parme. L'un d'entre eux, Gherne ils apprirent plus tard, se dirigea sans préambule vers Rosalie et réclama le bras.

- Plus nous attendons, moins les chances de pouvoir le lui regreffer diminuent, dit-il.

La seconde d'après, il sut qu'il avait réussi à la convaincre car le lourd bras sanglant se retrouva dans les siens. À croire qu'ils n'attendaient que ça : dès qu'il récupéra le membre manquant, les trois Magicomages se mirent en mouvement, ils emportèrent sans un regard en arrière le blessé et la partie manquante de son anatomie, ignorant les interjections du Mangemort.

- Où est-ce que vous l'emmenez ? Répondez, par Merlin, vous allez lui faire quoi ?! Ne me touchez pas ou je vous pulvérise, lâchez-moi, Antonin ! Tonin, je sais que tu m'entends, réponds-moi !

Le personnel eut beaucoup de mal à contrôler Rodolphus Lestrange, ce dernier essaya de suivre son ami qui se faisait emporté dans un endroit inconnu par trois sorciers qui savaient qui il était, son cerveau lui hurlait que ça allait mal se terminer pour le plus faible des quatre. Avant qu'il ne puisse refaire usage de ses points ou même de sa magie, Pâris et Amadis l'entraînèrent à l'écart dans un coin de la salle d'attente que les gens avaient désertés par peur du collectif où l'attendaient la famille Kermonder qui se montrait, encore une fois, bizarrement amicale. La fille ne sautait pas de joie non plus, toujours consciente que c'était par sa faute qu'Antonin risquait de perdre non seulement son bras mais également sa vie. Et cette pensée la terrifiait.

Une heure passa. Sans une parole. Eventuellement, les époux Kermonders discutaient ensemble mais dans l'ensemble, ils demeurèrent silencieux, aucun ne souhaitant parler. Pour dire quoi ? S'inquiéter pour Antonin ? Ils le faisaient déjà tous. Accuser quelqu'un ? La coupable était déjà au courant et se serait désigner elle-même. Ils demandèrent une première fois s'il y avait des nouvelles et elle guérisseur qui avait remplacé Parme, le fameux Damien, ne faisait aucun effort pour coopérer. Amadis dut trainer Rodolphus hors de portée du bureau de l'accueil pour éviter qu'il ne passe quelqu'un à tabac. Encore une fois.

Leur seconde tentative fut également soldée par un échec même si l'ainé des Lestranges resta à l'écart. Il n'y avait pas de nouvelles, rien de positif mais rien de négatif non plus. Après cela, chacun demeura vissé à sa chaise jusqu'à ce que minuit sonne ; ils attendaient depuis plus de sept heures et Antonin pouvait bien être mort, ils ignoraient tout de son état actuel et même la menace du badge d'accréditation de Pâris n'avait donné aucun résultat. Finalement, il se résigna et ordonna à Soppy d'aller chercher des sandwichs pour tout le monde. L'elfe disparut en jetant un drôle de regard en direction de l'ancienne « gentille miss ». Rosalie sentit que l'affection que lui portait l'elfe allait souffrir de cet événement, une intuition qui se confirma quand la créature réapparut et distribua les casse-croûtes : Soppy lui tendit un sandwich au pain de mie. Tous les autres avaient des bonnes baguettes françaises, ce n'était pas grand-chose mais suffisant pour faire passer le message.

- Nous n'avons rien d'autre à faire qu'attendre ? demanda Rodolphus, toujours sur les nerfs.

- On pourrait en profiter pour finaliser le Serment Inviolable, suggéra Rosalie.

- Ça règlerait l'affaire, reconnut-il de mauvaise foi.

- C'est un peu risqué de traiter une affaire aussi complexe et délicate dans un espace public, fit remarquer Pâris. J'avoue que je préférerais faire comme avec Antonin, dans mon bureau, du thé, des gâteaux, une sieste…

L'idée fut donc rejetée. Tous se mirent à somnoler à l'exception de Rodolphus et Rosalie. Lui l'ignorait. Elle, à un moment avancé de la nuit , décida qu'il était temps qu'elle arrête d'agir comme une froussarde.

- J'ai quelque chose pour vous, Lord Lestrange.

- Je pense pouvoir affirmer que je ne souhaite rien recevoir de vous. La dernière chose de votre part qui m'était destiné, mademoiselle Kermonder, a arraché le bras d'un ami que je considère comme mon frère. Je me dispenserais à l'avenir d'accepter quoi que ce soit venant de vous.

- Vous êtes certain ?

- Positif.

Alors vous ne voulez vraiment pas d'un baume qui permet de stopper la douleur que causent les appels de votre Marque des Ténèbres?

Rodolphus Lestrange en tomba de sa chaise. Il n'osa pas y croire au début. La jeune femme fit flotter vers lui une flasque, commençant son explication. Il savait certaines choses cependant savoir qu'elle avait fait valser Antonin en l'air le fit beaucoup rire. À l'intérieur. Elle lui donna la flasque, les instructions et ils restèrent éveillés, silencieux, appréciant étrangement la présence de l'autre Il se sentit curieux alors il demanda.

- Pourquoi avoir fait ça ? Vous pouviez lancer n'importe quel sort… Pourquoi quelque chose digne de… de nos méthodes ? Véritablement, digne d'un mangemort.

Il la regarda se décomposer, n'éprouvant pas plus de plaisir que cela à voir sa souffrance. Quand elle se décida enfin à répondre, elle semblait sur le point de pleurer.

- Je me suis crue de retour au jour où je l'ai rencontré : Antonin avait pris mon fils en otage. Il me menaçait de le faire se tuer si je ne lui obtenais pas une immunité diplomatique. Je n'ai pas pu réagir, pas pu mettre mon fils à l'abri. Finalement, j'en suis venue à l'apprécier ce crétin de russe, avoua-t-elle, des sanglots dans la voix.

- C'est vrai qu'il est attachant en dehors des tentatives de meurtres.

- Je suis bien d'accord, sourit-elle. En bref, tout à l'heure, je vous ai vu à la place d'Antonin et à sa place, il y avait mon fils.

- Vous deviez le protégez.

Elle ne répondit pas, se contentant de hocher pathétiquement la tête. Elle pensait qu'il laisserait la conversation ici mais il se tourna vers elle, la surprenant.

- Mademoiselle Kermonder, je serais vraiment le dernier des idiots si je vous jugeais entièrement sur la base de cet incident. Vous ne pouviez pas savoir qu'Antonin allait faire sa tête de mule chevaleresque et je ne peux pas vous en vouloir d'avoir voulu le protéger : déclarons une trêve.

- Pour Antonin, Lord Lestrange ?

- Pour Antonin. Et Rosalie ? Honnêtement le « Lord » me rappelle un peu trop mon ancien Maître.

- Entendu Rodolphus.