Bonjour !
J'espère que vous allez bien en ces temps difficiles. Je suis désolée de ne pas pouvoir faire en sorte que le rythme de publication soit plus régulier mais il se trouve que presque tous mes partiels se sont transformés en devoirs maison, du coup je manque malheureusement de temps pour écrire :/.
Elysium
Chapitre 16
"Black as his purpose did the night resemble."
"Et les sombres desseins ressemblaient à la nuit."
Hamlet, acte II, scène II
oOo
Noir.
Rien que le noir.
Emma évoluait dans un monde sans couleur, sans forme, sans chaleur. Seul le noir l'entourait de son aura glaciale. Elle n'avait plus la notion du temps. Était-ce ça, tout compte fait, mourir ? Elle n'arrivait même plus à penser à quoi que ce soit.
Sa conscience ne percevait plus qu'une seule chose : la douleur.
Son corps, ou ce qu'il en restait, était en feu. C'était comme si chaque os, chaque muscle, chaque cellule de son être s'était changés en brasier. L'image furtive d'un phénix lui traversa brièvement l'esprit. C'était tellement ironique. Elle était venue pour faire renaître Regina de ses cendres et pourtant, c'était elle qui allait la rejoindre.
C'était étrange. Elle avait l'impression de flotter dans une eau trouble. Plus elle s'enfonçait, moins la douleur la consumait. Ce serait si facile de se laisser couler jusqu'au fond... pourquoi résister ?
Des bruits diffus lui parvenait. Il lui sembla reconnaître des voix, mais impossible de déterminer à qui elles appartenaient. Si elle s'enfonçait encore, elle cesserait de les entendre, elle le savait. Était-ce si grave ?
Emma... Emma...
On l'appelait. Se laisser couler était tentant... alors pourquoi se démenait-elle pour entendre de nouveau ces voix ? Brûler ainsi n'avait rien de plaisant, pourtant quelque chose lui soufflait que ça en valait la peine.
Il fallait qu'elle remonte. Elle le devait.
Le cygne aurait des plumes de feu, aujourd'hui.
oOo
« Reviens, Emma... je t'en supplie... »
Allongée sur son lit, Emma ne réagissait à aucun de ses appels et respirait à peine. Regina ne parvenait pas à croire qu'elle avait frôlé la mort, et n'était toujours pas sortie d'affaire. Les deux dernières heures avaient été complètement surréalistes.
Apollon et Hadès s'étaient acharnés sur le corps presque sans vie d'Emma pendant plus d'une heure. Le nectar avait causé des dommages presque irrémédiables à son organisme – pour reprendre les termes du Dieu des Enfers, c'était comme si l'intérieur de son corps s'était mis à bouillir. Aucun sorcier n'était assez puissant pour y remédier, et même la magie combinée de deux dieux – y compris celui de la médecine – avait à peine suffi pour la maintenir en vie.
Après avoir stabilisé son état, Hadès et Apollon l'avaient transportée jusqu'à sa chambre. Apollon avait toutefois jeté un regard désolé à Regina.
« Je... je ne veux pas vous donner de faux espoirs. Il n'y a aucune garantie qu'elle s'en sorte. Nous avons fait ce que nous avons pu... elle devra faire le reste. »
Horrifiée, Regina s'était précipitée jusqu'à Emma et avait pris sa main dans la sienne. Cela faisait bien une heure qu'elle était dans cette position en répétant inlassablement son prénom.
« Emma... je t'en supplie, ne meurs pas... »
La culpabilité la dévorait de l'intérieur. C'était à cause d'elle qu'Emma s'était retrouvée dans cet état. C'était pour elle qu'elle avait accepté de mettre sa vie en danger. Regina aurait dû savoir que cette histoire ne pouvait pas bien se terminer. Hadès ne les avait-il pas prévenues ? Evidemment, Emma avait superbement ignoré ses avertissements, mais Regina les avait entendus. Elle était parvenue à les oublier après les deux premières victoires d'Emma mais maintenant, alors qu'elle contemplait les conséquences de sa défaite, elle se traitait mentalement d'idiote.
D'autant plus que ce n'était pas par faiblesse qu'Emma avait échoué.
On avait essayé de l'assassiner.
Cette simple pensée donnait la nausée à Regina. Ce n'était pas possible. Emma devait vivre, elle le devait. Elle ne pourrait pas supporter de passer l'éternité à se sentir responsable de sa mort. Parce que c'était bien de ça dont il était question, après tout. Emma avait perdu, c'était un fait. L'accord qu'elle avait passé avec Zeus ne faisait nullement mention de seconde chance. Elle avait perdu, et – si elle vivait – elle serait bientôt de retour à Storybrooke.
Regina ne pensait pas une seule seconde à elle. Emma devait quitter cet endroit le plus vite possible. Au moins une personne ne voulait pas d'elle sur l'Olympe et elle avait le sentiment que cette tentative n'était que la première d'une longue série. Il fallait qu'elle, Henry et tous les autres quittent ce prétendu paradis qui n'en était pas un.
Une ombre se glissa à ses côtés.
« Son état semble stable, » déclara Hadès. « Je pense qu'elle vivra. »
Regina ne put retenir quelques larmes de soulagement, qu'elle essuya d'un geste rageur.
« C'était vous ? »
« Pardon ? »
« Le nectar, c'était vous ? »
C'était sa colère qui parlait, et non pas sa raison, comme le lui rappela le dieu quand il répondit d'un ton sec :
« Pensez-vous vraiment que je me serais efforcé de sauver son existence insignifiante pendant une heure si j'étais le responsable ? Pensez-vous que j'aurais seulement pris la peine de la sortir du labyrinthe ? »
Vaincue, Regina baissa la tête.
« Excusez-moi... c'est juste que... j'ai eu si peur... »
Hadès balaya ses excuses d'un geste sec. Il avait l'habitude qu'on l'accuse d'être le coupable de crimes qu'il n'avait pas commis, aussi ne s'y attarda t-il pas davantage.
« Il n'empêche que vous avez souligné quelque chose d'important... qui a introduit du nectar dans ce labyrinthe ? »
Il semblait réfléchir sérieusement à cette question, ce qui étonna Regina.
« Je ne pensais pas que vous accordiez la moindre importance à... qu'avez-vous dit, déjà ? Son existence insignifiante. »
« Son sort m'indiffère au plus au point, » rétorqua t-il. « Cependant, je crois me souvenir que nous avons passé un accord, tous les deux, qui stipulait que je protégerais Emma en échange de votre aide pour prouver que je n'ai pas tué mon père... même si vous l'avez visiblement oublié. »
Regina fut mécontente de se sentir honteuse. Hadès était un menteur qui omettait volontairement de lui révéler certaines choses, elle n'avait pas à se justifier. Cependant, elle devait bien reconnaître que sans lui, Emma serait déjà morte...
« Je n'ai rien oublié du tout. J'aurais certainement été plus efficace si vous y aviez mis un peu plus de bonne volonté. »
Pressentant une dispute pour laquelle elle n'était pas d'humeur, elle ajouta :
« Cependant, sans vouloir vous vexer, le sort de votre père est en ce moment le cadet de mes soucis. »
« C'est compréhensible, » lui accorda t-il. « Zeus a convoqué tout le monde dans la salle du trône. »
« Oh. »
Il n'était pas bien difficile de deviner ce dont il allait leur parler. Regina rechignait cependant à quitter le chevet d'Emma. Et si son état empirait ? Et si...
« Vous ne pouvez rien faire pour l'aider, » dit Hadès, comme s'il avait lu ses pensées. « Je vous l'ai dit, elle devrait s'en sortir. »
« Emma est plus importante que ce que Zeus a à dire. »
« Ne voulez-vous pas savoir qui a tenté de la tuer ? »
Elle ne trouva aucune objection : son argument final avait fait mouche. Elle soupira et se leva, puis, après un dernier regard en arrière, quitta la pièce à la suite d'Hadès. Elle ne fut guère surprise de trouver Henry derrière la porte.
« Comment va t-elle ? Est-ce qu'elle va s'en sortir ? Athéna ne voulait pas que je rentre ! Est-ce que... »
« Elle ira bien, » l'interrompit Hadès sans aucune délicatesse. « Nous avons perdu assez de temps comme ça. Allons-y. »
Regina ne manqua pas l'air choqué d'Henry, qui semblait venir de se rappeler que le terrible Roi-Serpent de Pandémonium et le Dieu des Enfers ne faisaient qu'un.
« Hadès a raison, » reprit-elle doucement en jetant un regard de reproche à Hadès. « Elle est forte. »
« Qui a bien pu faire une chose pareille ? » demanda t-il, dépité.
« C'est ce que nous allons essayer de découvrir. »
Regina n'aimait pas ça du tout. Elle hésitait toujours à s'éloigner. Et si le coupable venait achever son œuvre ?
« Personne ne serait assez stupide pour commettre un meurtre au sein même du palais, » lança Hadès, à bout de patience. « Les murs ont des oreilles, ici. Et je ne plaisante pas. »
Elle se résolut alors à avancer. Elle regrettait que le coupable soit très probablement immortel : elle se serait fait un plaisir de lui broyer le cœur.
oOo
« Tu crois qu'elle va s'en sortir ? »
Lily faisait les cent pas devant le palais sous le regard impuissant d'August. Maleficient se tenait en retrait, la mine sombre.
« Je l'espère, » répondit-il d'un ton qu'il voulait rassurant. « Elle est forte. Elle va se battre. »
« Je ne comprends pas, » avoua t-elle, impuissante. « Qui pourrait lui vouloir du mal ? »
Elle remarqua qu'August baissa instinctivement les yeux vers sa main mutilée. Lily se mordit la lèvre. Ce doigt manquant serait un rappel éternel de la tyrannie qu'avait exercée Hadès en toute impunité.
« Ce n'est pas lui, » affirma t-il en réponse à sa question muette. « Hadès a bien des défauts mais il ne tue pas de sang froid. »
« Comment peux-tu le défendre ? » s'indigna Maleficient en s'approchant. « Après ce qu'il t'a fait ? »
Lily ne put que constater que sa mère était toujours aussi en colère contre le Dieu des Enfers – sentiment qu'elle partageait.
« Je ne le défends pas, » répondit patiemment August. « Je pense toutefois qu'il est ridicule de vouloir faire de lui le responsable de tous les crimes de l'univers... »
Comme toujours, August savait mettre ses sentiments personnels de côté pour porter un regard neutre sur la situation. Lily l'admirait énormément pour cela et se sentit tomber un peu plus amoureuse de lui.
Cependant, au-delà de l'inquiétude qu'elle éprouvait pour Emma, autre chose la tracassait.
« C'est fini, hein ? »
Son ton horriblement détaché la surprit elle-même. C'était comme si une étrangère parlait à sa place, comme si elle était hors de son corps, loin de l'Olympe, loin de tout.
« Que veux-tu dire ? » lança Maleficient.
Elle avait très bien compris, et Lily était sûre qu'elle s'était fait la même réflexion, mais elle ne parvenait tout simplement pas à l'admettre.
« Que c'est terminé. Emma a perdu. »
« On a essayé de l'assassiner. »
« Quelle importance ? Le résultat est le même. »
« Non ! »
Sa mère s'approcha d'elle et lui saisit les deux bras avec force, lui faisant presque mal.
« Je ne te perdrai pas une troisième fois. »
Lily sentit des larmes de tristesse et de rage lui monter aux yeux.
« On n'a pas toujours le choix, » marmonna t-elle d'une voix tremblante.
Maleficient l'attira dans une étreinte. Lasse, Lily n'eut ni la force, ni l'envie de se dégager.
« Je ne te perdrai pas encore, » répéta t-elle. « Je supplierai Zeus d'accorder à Emma une seconde chance ou j'irai moi-même affronter ces épreuves s'il le faut, mais je te ramènerai, c'est compris ? »
Lily se dégagea doucement et haussa les épaules. Si elle prononçait le moindre mot, elle allait fondre en larmes, elle le savait. Elle se sentait tellement égoïste ! Emma était peut-être en train de rendre son dernier soupir mais la seule chose à laquelle elle parvenait à penser était sa propre vie. Elle ne pouvait pas tout mettre sur le compte de sa double part de noirceur, elle était égoïste, c'était aussi simple que cela.
August prit alors la parole :
« Écoute, Lily. Il est inutile de s'inquiéter de ça maintenant : Emma a perdu parce que quelqu'un en a décidé ainsi, ce n'était pas par manque de force, de courage ou d'héroïsme. Peut-être Zeus fera t-il preuve d'indulgence. Nous devrions attendre et voir ce qu'il en est, tu ne crois pas ? »
Comme toujours, il savait trouver les mots pour la consoler. Reconnaissante, elle acquiesça, et accepta un baiser.
Apollon vint alors à leur rencontre.
« Vous devriez venir : Zeus a convoqué tout le monde dans la salle du trône. »
Lily avala difficilement sa salive. Peut-être marchait-elle vers sa sentence sans le savoir. La bouche sèche, elle glissa sa main dans celle d'August.
« Reste près de moi, » lui murmura t-elle.
« Toujours, » répondit-il.
oOo
Hadès ne savait vraiment pas quoi penser de l'attitude de Zeus.
Si celui-ci jouait la comédie, il devait reconnaître qu'il s'y prenait très bien : il avait rarement vu son frère aussi furieux. Hors de lui, il ne tenait pas en place et avait déserté son trône pour arpenter la salle de long en large dans une parfaite parodie grotesque de lui-même. Hadès trouva presque cela drôle, mais son sourire naissant mourut sur ses lèvres : n'avait-il pas lui-même eu la même attitude à Pandémonium, alors que son royaume s'effondrait littéralement autour de lui ? Était-ce vraiment ce à quoi il ressemblait alors ? Un monarque déchu ne parvenant même plus à garder son calme ?
Quand Apollon revint avec Lily, August et Maleficient, Zeus remonta sur son trône et balaya la pièce du regard. Hadès fit de même : tous les dieux majeurs étaient présents ainsi que quelques dieux mineurs, dont Némésis, qu'il fusilla du regard – il ne l'avait jamais aimée. Pandore promenait son regard clairvoyant sur l'assemblée. Les héros, rassemblés en petits groupes, discutaient à voix basse. Il ne manqua pas la mine déconfite de Thésée. Henry, Lyra, Grace et Violet entouraient Regina et lui posaient des questions, visiblement très inquiets pour Emma. Hadès en fut presque contrarié : n'avait-il pas dit qu'elle allait s'en tirer ? Il prit la décision de rejoindre Zelena. Rigel, quant à lui, s'était posté aux côtés de Zeus.
« Je n'ai jamais vu ton frère dans cet état, » lui souffla t-elle.
« Moi, si, » répondit-il. « Le jour où il m'a banni de l'Olympe. »
Le souvenir fit de nouveau bouillir la rage dans ses veines. Il avait la ferme intention de redoubler d'efforts pour prouver son innocence. Il était hors de question qu'il porte la responsabilité de ce crime plus longtemps.
Zeus se racla alors la gorge et les conversations moururent aussitôt.
« Un événement grave s'est produit aujourd'hui, » lança t-il sans s'encombrer de banalités. « Emma Swan a été victime d'une tentative d'assassinat alors qu'elle était au beau milieu d'une épreuve sous ma supervision. »
Sa voix était plus glaciale qu'un jour d'hiver. Si Hadès craignait son frère, il aurait très certainement baissé la tête.
« C'est inadmissible ! » hurla Zeus comme s'il ne parvenait plus à se contenir, faisant sursauter Rigel au passage. « J'avais explicitement interdit aux dieux d'intervenir. Quelqu'un ici m'a désobéi délibérément. »
« Qu'est-ce qui nous prouve que ce n'est pas toi, le coupable ? » lâcha Hadès.
Zeus blêmit et tourna la tête vers lui. Un horrible rictus déforma ses lèvres.
« Je pourrais te poser la même question, mais je sais que tu n'es pas coupable. Mis à part le fait que tu l'aies sortie du labyrinthe – d'ailleurs, toi et moi aurons une discussion sur ce que tu y faisais – et celui que tu lui aies sauvé la vie, quelque chose te raye de la liste des suspects. »
« Ah oui ? » fit-il d'un ton détaché, sans parvenir à dissimuler la pointe de curiosité dans sa voix.
« Mon cher Hadès, si l'un de nous deux l'avait voulue morte, nous savons tous qu'elle ne serait pas sortie vivante de ce labyrinthe. »
Hadès ne sut que répondre, et fut forcé d'admettre que Zeus était dans le vrai. S'il avait voulu se débarrasser d'Emma, il aurait glissé un autre poison dans cette coupe, ou s'y serait pris d'une autre manière.
Athéna prit alors la parole, et Hadès sut directement contre qui allait être dirigé son courroux.
« Je trouve ça très étonnant qu'un événement de ce type se produise le lendemain du retour de Poséidon sur l'Olympe. »
Celui-ci, qui s'était fait relativement discret depuis le début, leva vers elle deux yeux indignés.
« Ce n'est pas moi ! » se défendit-il. « Je n'ai aucune raison de m'en prendre à Emma Swan ! »
« Le poison est une arme de lâche, » poursuivit Athéna. « Voilà qui correspond à ta description, tu ne crois pas ? »
« Il suffit ! » coupa Zeus.
Hadès, même s'il était toujours aussi furieux contre Poséidon, ne le croyait pas coupable : il ne connaissait pas Emma, il venait à peine de la rencontrer, et bien que les raisons de sa présence sur l'Olympe soient toujours floues, se mettre à dos Zeus en commettant un meurtre sous son toit n'avait certainement pas fait partie de ses projets.
« Rien ne nous dit que c'est un dieu... » commenta Arès, négligemment appuyé contre le mur.
Tous les regards se braquèrent alors sur les héros.
« Je crois me rappeler qu'Achille était en conflit avec Emma... » poursuivit le Dieu de la guerre.
L'intéressé fit aussitôt volte-face. Des siècles passés à Elysium ne l'avaient guère assagi : il était toujours aussi impulsif.
« Qu'insinues-tu exactement, Arès ? »
« Qu'il est de notoriété commune que tu ne fais preuve d'aucune pitié envers ceux qui t'ont contrarié d'une façon ou d'une autre... »
Cette fois, c'est vers Hector que l'attention générale se porta. Mal à l'aise, il se tortilla et baissa la tête. Hadès s'amusait beaucoup : le teint d'Achille était en train de virer au rouge brique. Il ouvrit et referma plusieurs fois la bouche, si furieux qu'il ne parvenait pas à aligner trois mots.
« Je t'interdis de parler de choses dont tu ignores tout ! » fulmina t-il. « Je ne suis pas un lâche ! Je me bats avec un glaive, pas avec du poison ! Je n'ai rien fait du tout à Emma ! »
Orphée posa alors une main apaisante sur le bras d'Achille et lui murmura des paroles sans doute pleines de sagesse. Le héros de la guerre de Troie consentit à se calmer même si intérieurement, il ne décolérait pas.
« Il ne fait aucun doute que je découvrirai le nom du coupable, » reprit Zeus. « Je vous interdis de toucher aux mortels. Ils sont mes invités et sont donc placés sous ma protection. Qui êtes-vous pour violer les lois de l'hospitalité ?! »
Il se leva d'un geste brusque et quitta la salle en trombe. Même Rigel renonça à le suivre devant tant de fureur. Lily eut l'air déçue, et Hadès comprit rapidement pourquoi : si Zeus déclarait qu'Emma avait échoué, il les condamnait de fait, elle et Regina, à rester à Elysium. L'incertitude devait être particulièrement angoissante.
Il constata, non sans un certain plaisir, que les autres dieux évitaient toujours Poséidon, mis à part Apollon qui fit l'effort de lui glisser quelques mots de sympathie. Hadès leva les yeux au ciel avec agacement : après tout, Apollon restait Apollon.
Il n'était pas d'humeur à discuter. Regina s'était précipitée avec les enfants vers la chambre d'Emma et Zelena avait pris leur suite : il était donc résolu à s'enfermer dans ses appartements pour le reste de la journée. Il avait à peine fait dix mètres qu'une violente douleur lui traversa la poitrine. Plié en deux, il s'appuya contre le mur pour ne pas tomber et sentit les larmes lui monter aux yeux.
« Hadès ? »
Athéna, qui l'avait suivi, se précipita vers lui.
« Que se passe t-il ? »
« Je vais bien. »
La douleur était partie comme elle était venue. Le souffle court, il se redressa.
« Vraiment ? Tu n'avais pas l'air d'aller bien il y a dix secondes. »
« Ne t'en fais pas. Tout va bien. »
Il s'efforça de ne pas se montrer désagréable. Avec n'importe qui d'autre il n'aurait pas fait cet effort mais Athéna valait bien la peine qu'il maîtrise ses nerfs.
« Depuis combien de temps ça dure ? » demanda t-elle en l'ignorant.
Vaincu, il soupira.
« Quelques semaines. »
« Et c'est toujours la même chose ? »
« Toujours des douleurs brèves dans la poitrine. »
Elle posa une main à l'endroit où battait son cœur.
« Je n'aime pas ça. »
« Je suis sûr qu'il est inutile de s'inquiéter. »
Athéna n'était toujours pas convaincue, et si Hadès devait être honnête, il n'était pas convaincu lui-même. Cependant, ce mystère devrait attendre : il avait un meurtre vieux de plusieurs siècles à élucider.
oOo
Emma se consumait toujours.
Depuis qu'elle avait choisi de remonter à la surface, la douleur ne faisait que redoubler d'intensité. L'obscurité s'éclaircissait et les voix qui parvenaient jusqu'à elle était de plus en plus précises, à tel point qu'elle pensa être en mesure de les identifier – Regina, bien sûr, et Henry. La douleur était insupportable mais les savoir à ses côtés lui donnait la force de poursuivre son périple vers la surface.
Quand les voix s'évanouirent, elle se sentit plus seule que jamais. C'était tentant d'abandonner, tentant de se laisser couler, mais elle ne pouvait pas. Elle n'en avait pas le droit.
Et puis, sans prévenir, elle creva la surface.
Emma ouvrit les yeux. Un instant, elle craignait que ce ne soit qu'une hallucination car l'obscurité régnait autour d'elle. Cependant, en plissant les yeux, elle parvint à distinguer les contours de sa chambre. Elle tenta de se redresser mais la douleur la cloua sur place.
« N'essayez pas de bouger. »
Elle sursauta en reconnaissant Hadès. Que lui voulait-il ?
« Vous avez eu de la chance, » fit-il.
Elle savait très bien ce qui allait suivre...
« Pouvez-vous m'expliquer ce qui vous a pris de boire le contenu de cette coupe ? »
Sa gorge était horriblement sèche et elle avait mal partout. Elle n'était pas d'humeur pour recevoir une leçon d'Hadès. Celui-ci porta un verre à ses lèvres. Elle eut un léger mouvement de recul.
« Par tous les dieux, Mademoiselle Swan, je viens de vous sauver la vie, pourquoi essayerais-je de vous empoisonner maintenant ? »
Elle fut tellement surprise qu'elle ouvrit la bouche. L'eau qui coula dans sa gorge lui fit l'effet d'une délivrance.
Hadès lui avait sauvé la vie ?
Et puis elle se souvint.
« Le serpent dans le labyrinthe, » parvint-elle à articuler. « C'était vous. »
Il ne répondit pas et reposa le verre sur la table de chevet.
« En fait, on a eu raison, à Pandémonium, quand on vous a surnommé le Roi-Serpent, » tenta de plaisanter Emma.
Sa tentative ne fit pas sourire le Dieu des Enfers.
« Il n'y a rien de drôle dans cette histoire. Vous auriez pu y passer. Si Apollon et moi n'avions pas été là, vous auriez probablement pris vos quartiers à Elysium à l'heure qu'il est. »
« Ce qui vous aurait réjoui. »
Avec beaucoup d'efforts, elle parvint à se redresser. Son corps entier était douloureux. Se lever était tout bonnement impossible.
« Vous vous trompez, » répondit-il d'un ton détaché. « Votre sort m'indiffère complètement. »
« Pourquoi m'avoir suivie dans le labyrinthe, dans ce cas ? »
« Je ne fais pas confiance à Zeus. Il prépare quelque chose, je le sais. »
« Eh bien, vous n'aurez pas à chercher plus longtemps : il a essayé de me tuer. »
Elle tomba des nues lorsqu'il répondit :
« Ce n'était pas lui. »
« Quoi ? »
Alors ça, c'était bien la meilleure : après avoir passé son temps à la mettre en garde contre les manœuvres de Zeus, voilà qu'il se mettait à le défendre ?
« Je ne comprends pas. Vous... »
« Si Zeus avait voulu votre mort, vous ne seriez pas ressortie de ce labyrinthe. »
Sa déclaration lui fit l'effet d'un seau d'eau glacée.
« Nous ignorons pour l'heure l'identité du responsable, mais tout finit par se savoir, sur l'Olympe... »
Il braqua ses yeux perçants sur elle.
« Pourquoi avez-vous bu ce qu'il y avait dans cette coupe ? »
« Je pensais que le nectar m'aiderait... »
« Ça ne répond pas à ma question. Ça aurait pu être n'importe quoi – comme du poison. Pourquoi avoir pris ce risque ? »
Emma se mordit la lèvre. Elle ne faisait pas le moins du monde confiance à Hadès mais d'un autre côté, il lui avait fait promettre d'être honnête avec lui. Peut-être pouvait-il l'aider...
« Quelqu'un m'aide. »
« Comment ça ? »
« Pendant mes épreuves, j'ai reçu de l'aide. »
Elle lui expliqua alors ce qui s'était passé pendant qu'elle avait affronté Pégase, puis le basilic.
« Et vous avez pensé que cette personne vous viendrait en aide une nouvelle fois... »
Emma avait un temps pensé qu'il était cette personne inconnue, mais cette idée quitta son esprit aussi facilement qu'elle y était entrée. Hadès n'aurait jamais pris un tel risque à plusieurs reprises. Par ailleurs, c'était lui prêter des intentions nobles qu'il n'avait pas.
« Ça me paraissait logique. »
Elle avait honte, honte de s'être fait berner de la sorte. Mais quel autre choix avait-elle ? Elle se vidait de son sang. Elle avait besoin du contenu de cette coupe.
« Vous ne devez rien dire à Zeus, » supplia t-elle. « S'il l'apprend, il... »
Les mots s'étranglèrent dans sa gorge. Cela importait-il vraiment ? Elle avait perdu. Elle avait perdu. Elle ne pourrait pas ramener Regina. Elle...
« Calmez-vous, » fit Hadès en la voyant paniquer. « Je ne dirai rien. Votre défaite n'était pas de votre ressort, aussi j'ose espérer que Zeus saura faire preuve de clémence. »
« Vous croyez ? »
Elle fondit en larmes. C'était beaucoup trop d'émotions pour une seule journée. Elle avait été poursuivie par des chiens en or, avait frôlé la mort et craignait à présent d'être forcée de retourner à Storybrooke sans Regina.
Hadès leva les yeux au ciel.
« J'espère que vous ne comptez pas sur moi pour vous consoler. »
Elle essuya ses larmes.
« Bien sûr que non. »
« Parfait. »
Sa voix débordait d'ironie.
« Vous vous sentirez faible pendant quelques jours. Et à l'avenir, essayez de ne pas ignorer les avertissements que je vous donne : l'Olympe est un endroit dangereux. »
Il avait presque atteint la porte quand elle le rappela.
« Hadès ? »
Il se figea.
« Merci de m'avoir sauvée. »
Il acquiesça d'un geste sec avant de sortir, laissant Emma seule dans l'obscurité.
Dans la Grèce antique, l'hospitalité était un devoir sacré. Violer les lois de l'hospitalité était considéré comme un blasphème envers Zeus.
