Newt expira un grand coup avant d'appuyer sur la sonnette. A peine quelques instant plus tard, Leta vint lui ouvrir, sublime dans sa robe rouge qui la mettait en valeur, avec son fameux sourire qu'elle adressait maintenant autant à son frère qu'à lui…

-Enfin, Newt ! Il en aura fallu du temps pour que tu accepte nos invitations à dîner !

Il lui sourit en l'enlaçant.

-Bonsoir, Leta, répondit-il.

Son frère vint le saluer, un verre d'alcool à la main.

-Newt ! Enfin…

Newt lui rendit son étreinte et le suivit au salon, où ils commencèrent par discuter de tout et de rien. Theseus l'interrogea vaguement sur ses créatures et Newt ne lui répondit que de façon évasive. Il savait que Theseus ne s'y intéressait pas vraiment, qu'il ne comprenait pas son attrait pour les Créatures Magiques. Newt lui rendit la politesse en l'interrogeant sur son travail au Ministère, pendant que Leta terminait de préparer le dîner. Sauf que lui, il se souciait vraiment du travail de son frère. Il ne le comprenait pas non plus, mais il se souciait sincèrement de Theseus. Et quelque part, il savait que son frère se souciait de lui aussi. A sa manière. Même si ils ne se comprenaient pas l'un-l'autre…

Newt fit tout son possible pour repousser la conversation inévitable et Theseus sembla lui accorder ce répit, car durant l'apéritif et tout le repas, ils ne parlèrent que de choses et d'autres. Ce ne fut qu'une fois la vaisselle terminée qu'ils se retrouvèrent tous une nouvelle fois au salon et que le silence sembla retomber. Theseus leur servit deux verres de Whisky-Pur-Feu, pendant que Leta préférait une coupe d'Hydromel. Ils étaient tous les trois servis, les banalités étaient épuisées, il n'y avait plus d'échappatoire, et Theseus n'avait jamais été quelqu'un de patient. Contrairement à Newt, qui pouvait rester immobile pendant des heures, simplement pour apercevoir le bout d'une antenne de Botruc…

-Alors ? Finit par demander Theseus. De quoi voulais-tu me parler ?

Newt poussa un soupir, et jeta un bref regard à Leta.

-Je préférerais te parler seul à seul, si c'est possible…

Theseus fronça les sourcils, visiblement contrarié.

-Tout ce que j'entends, elle peux l'entendre, Newt…

Mais Leta se leva.

-Voyons, Theseus ! Vous vous voyez si peu souvent, je peux comprendre que vous ayez besoin de vous parler entre frères !

Finalement, Newt la rappela.

-Non, attends ! Il à raison, je suis désolé… Toi qui à été ma seule amie à Poudlard et… Et la seule femme que j'ai aimé… Tu as le droit de savoir la vérité…

Theseus lui lança soudainement un regard méfiant.

-Je savais qu'il y avait eu quelque chose entre vous, constata-t-il.

-Jamais ! S'exclama Leta d'un air surpris. J'ai bien eu des sentiments pour toi, Newt, mais je n'ai jamais eu l'impression qu'ils étaient partagés…

-Ils l'étaient, répondit Newt dans un soupir. Mais je n'avais pas le droit de t'aimer… J'étais dangereux pour toi, et tu ne m'étais pas destinée…

Il jeta un bref coup d'œil à son frère, qui l'observait d'un air circonspect.

-Et pour que tout soit clair, je n'ai plus maintenant pour toi qu'une profonde affection, et autant de reconnaissance, pour avoir rendu plus supportables mes années à Poudlard…

Leta se rassit, attendrie.

-Et il en est de même pour moi. Mais pourquoi n'avoir jamais rien tenté ? A cette époque où je ne connaissais pas ton frère, j'aurais dit oui…

-Ce n'était pas possible. Je te l'ai dit, je n'en avais pas le droit, souffla-t-il.

-Mais pourquoi ? Demanda Leta, perplexe.

Newt expira un grand coup et se retourna vers son frère.

-Est ce que tu te souviens de quand notre père est mort et que j'ai disparu pendant près d'un mois, lorsque nous étions enfants ? Tu lui en à parlé ? Demanda-t-il en désignant Leta de la tête.

Theseus ouvrit de grand yeux surpris.

-Un mois !? S'exclama-t-il. Presque deux ! Tu avais cinq ans, et j'ai été fou de terreur pour toi lorsque je me suis levé au matin pour découvrir le corps de papa, et que je me suis aperçu que tu n'étais plus là ! Hikki n'a raconté que des choses incohérentes !

-Cette pauvre elfe était terrifiée, et c'était bien normal…

-On à jamais su ce qui était arrivé… Tu…

Et Theseus lui lança un regard soudain soupçonneux.

-Tu as toujours dis que tu ne te souvenais de rien…

Newt fixa alors son frère d'un air profondément triste…

-Theseus… La personne qui à tué notre père… Ou plutôt devrais-je dire ton père… C'est moi…

Theseus avala de travers sa gorgée de Whisky. Leta elle même manqua de s'étouffer.

-Par la barbe de Merlin, Newt, mais qu'est ce que tu raconte !? S'exclama Theseus. Comment, à cinq ans, aurais-tu pu tuer papa, et pourquoi !? Je suis d'accord pour dire que tu as forcément été choqué par ce qui est arrivé, et c'est vrai que tu n'as jamais été le même après ça, je… Je n'ai jamais réussi à recréer notre intimité d'avant… J'ai eu beau essayer, et essayer encore aujourd'hui, tu… Tu m'éloigne ! Mais jamais, à un seul instant, je n'ai pensé que tu pouvais être coupable.. ! Et qu'est ce que tu raconte encore, Newt !?Tu es mon frère !

Newt sentit les larmes lui monter aux yeux, touché. C'était vrai, c'était lui qui avait instauré cette distance. Pour le bien de son frère. Parce qu'il était dangereux. Mais son frère avait été profondément choqué par la mort de leur père et avait eût terriblement peur pour lui lorsqu'il avait disparu. A son retour, il s'était efforcé de le prendre sous son aile, mais Newt doutait qu'il le considérerait toujours comme son frère à la fin de son histoire…

-Je suis bien ton frère, Theseus, mais je ne suis que ton demi-frère… Je suis le fils d'oncle Aeneas…*

Theseus reprit une gorgée de whisky et fronça les sourcils.

-Mais qu'est ce que tu raconte ? Oncle Aeneas est mort avant ta naissance, tu ne l'as même pas connu !

-Parce qu'il à violé notre mère et que ton père s'est vengé en lui envoyant une bouteille d'alcool empoisonné, répondit Newt d'une voix douce. Une fois à suffit pour m'engendrer. Ton père, -mon oncle- Perseus à tué son frère, -mon père- en représailles, et moi… Moi, je suis né, fils bâtard, en tuant sa chère épouse, notre mère… Tu ne t'es jamais demandé pourquoi mon nom de suivait pas la tradition familiale de nous nommer selon les grands sorciers de la mythologie grecque ?

Theseus se resservit un verre de whisky pour se donner une contenance, abasourdi. Il sembla ressasser tout ce que Newt venait de lui dire un moment. Leta regardait Newt d'un air compréhensif qu'il aurait pu trouver étrange si il n'avait pas autrefois gagné sa confiance jusqu'à ce qu'elle lui parle de son enfance. Même si lui ne lui avait rien dit, ça les avait rapprochés. Ils étaient deux bâtards, perdus dans une famille qui ne voulait pas d'eux…

-Mais enfin, d'où sors-tu tout ça ? Finit par demander Theseus d'une voix blanche.

-De la bouche de ton père, Theseus. Il ne cessait de me le répéter. Devant toi, ou devant d'autres, il faisait comme si tout allait bien, mais en réalité, il me haïssait ! Autant qu'il t'adorait ! Et il ne cessait de me battre, de m'accuser d'avoir tué notre mère, de me dire des choses horribles et de me rouer de coups ! Surtout quand il était ivre ! Notre elfe Hokky à été renvoyé parce qu'il avait essayé de s'interposer avant que, en ta qualité toute neuve de Chef de Famille, tu ne le rappelle à nos côtés. Hikki -l'épouse de Hokky, mais je crois être le seul à l'avoir remarqué- est restée pour essayer de me rendre les choses plus supportables, mais ton père à…

Newt ferma alors les yeux d'un air douloureux, prenant pour la énième fois une longue inspiration inutile…

-Il à fait de moi un Obscurus…

Theseus et Leta eurent un mouvement de recul. Par réflexe, Theseus sortit sa baguette, et Newt lui renvoya un regard blessé, mais comment réagir autrement ?

Theseus s'aperçut de son geste et baissa prudemment sa baguette.

-Tu mens… Ce n'est pas possible, un Obscurial ne peut survivre aussi longtemps ! Père n'était pas comme ça ! Et tu n'aurais pas pu canaliser ta magie !

De nouveau, Newt parut profondément triste. Il laissa l'Obscurité envahir son regard et se retirer, sous le regard proprement terrifié de son frère et de son amie d'enfance. Puis, lentement, sans faire de mouvements brusques, il se leva, et retira sa veste, puis sa chemise, dévoilant d'innombrables cicatrices, traces de coups, de blessures, de coupures, et même, de larges cicatrices rondes, là ou Perseus Scamander avait éteint ses cigares…

Theseus et Leta poussèrent un cri.

-Un soir, Perseus est rentré en colère du travail et il à une nouvelle fois bu plus que de raison, commença Newt. Il à fini plus ivre que d'habitude. J'ai eu le malheur de descendre de ma chambre pour aller demander à Hikki un verre de lait lorsqu'il m'a croisé. Tu me connais, je n'aimais déjà pas appeler les elfes et faire comme si ils étaient à ma disposition… Perseus m'a empoigné par le bras et m'a tiré jusqu'à son bureau. Il à verrouillé la porte et à jeté un sort de silence, comme il le faisait toujours. Il m'a battu plus fort que d'habitude, ce soir là. Jusqu'à ce que… Jusqu'à ce que…

Newt releva le regard vers son frère et son amie, figés, un air horrifié gravé sur leurs visages. Puis il se retourna, et provoqua de nouveaux cris de terreur devant l'étendue de la brûlure qui recouvrait son dos. Il soupira en ramassant sa chemise et en la revêtant.

-Jusqu'à ce que d'un coup de pied, il me projette dans la cheminée… De sa botte en cuir de Dragon, il m'y à maintenu. Il à essayé de me brûler vif, Theseus… C'est la première fois que j'ai perdu le contrôle… Conclut Newt en terminant de se rhabiller…

-Mais… Ta disparition…

Le cœur au bord des lèvres, Newt se rassit.

-Je me suis enfui. J'étais terrifié. Un monstre venait d'en tuer un autre, et il pouvait s'en prendre à moi aussi ! Je n'ai pas compris à l'époque que le monstre, c'était moi... Et tu étais à l'étage… J'ai couru, couru, couru, en espérant que ce monstre, quoi qu'il soit, me suivrait moi, plutôt que de s'intéresser à toi. J'ai couru dans la forêt qui bordait notre manoir, jusqu'à sortir des limites de la propriété. J'ai quitté un monstre pour tomber sur un autre…

Newt tendit son verre de whisky intouché à son frère, qui le prit sans rechigner…

-J'ai croisé un Vampire, ivre d'avoir bu le sang d'une personne qui l'était. Il m'a transformé par jeu. Il est normalement contre nos lois de transformer des enfants. Pour éviter la sanction, il m'a prit avec lui. Mais mes gigantesques accès de magie instinctive et mes crises de paniques lorsque je ne comprenais pas la situation -et je ne comprenais rien- lui faisaient peur. Je pense qu'il à fini par comprendre ce que j'étais. Et un jour, alors qu'il m'avait drogué pour me faire dormir -chose normalement impossible pour les Vampires- je me suis réveillé et je l'ai vu qui tenait un pieu au dessus de mon cœur… Ça à été la deuxième et dernière fois que j'ai perdu le contrôle…

Cette fois-ci, Theseus se leva et pointa sa baguette sur son frère. Leta se précipita vers lui, tentant de le tempérer, où au moins, de laisser plus de temps à Newt, mais elle même tremblait, peu rassurée…

-Tu mens, prononça Theseus d'une voix froide. Ce n'est pas possible ! Rien n'est possible dans ce que tu dis !

Newt ouvrit la bouche, dévoilant ses canines surdimensionnées dans un triste sourire. Leta déglutit.

-L'Obscurial aurait du me tuer, mais ma nature de Vampire m'a fait survivre. Et l'Obscurus m'a permit de grandir, d'évoluer comme n'importe quel humain. J'ai déjà juré au MACUSA et à la Confédération Internationale des Mages et Sorciers, que je n'avais jamais saigné qui que ce soit et que je n'avais jamais perdu le contrôle de mon Obscurus après ça… Dit-il en tendant le bras et en exhibant la trace de son Serment, les filaments argentés qui le liaient à la Magie-Mère…

Theseus ne bougea pas, mais Leta le toisa d'un air interloqué.

-Comment est-ce possible ? Demanda-t-elle. Comment as-tu pu vivre pendant tout ce temps avec un tel contrôle ?

-Ma perte de contrôle au moment où j'ai tué mon Sire à été repérée. D'ailleurs, tuer son Créateur est un crime grave ! Mais le Seigneur-Vampire qui règne sur le monde vampirique de Grande-Bretagne m'a jugé digne d'intérêt, m'a initié et m'a appris à me contrôler et à décidé de me laisser vivre, pour m'étudier. Et puis il y à aussi la Douleur, répondit Newt. La douleur de sentir mon corps s'autodétruire petit à petit, mes cellules qui se désagrégeaient et se reconstituaient en permanence, mes organes qui se déchiraient et se décomposait avant de se recréer, tout mon corps qui s'ouvrait et se refermait en même temps sous les actions conjuguées de l'Obscurial et de la Magie Vampire, cette douleur là à toujours été plus forte que la douleur de la soif… Mais j'ai mis du temps à comprendre que j'étais suivi, en permanence, par un Vampire de haut rang, un Chasseur de Renégats, qui à pour mission de m'éliminer si je dois un jour perdre à nouveau le contrôle et mettre en danger les communautés Sorcières, Moldues et surtout, Vampires. Je le suis toujours…

Theseus baissa sa baguette et retomba dans son fauteuil, s'y affaissant comme une poupée de chiffons, épuisé.

-Pourquoi, Newt ? Pourquoi me parler de tout ça maintenant ?

Newt lui adressa un petit sourire triste.

-Parce que je vais mourir, répondit-il d'une voix douce. J'ai pensé que tu avais le droit de savoir ce qui était arrivé à ton père…

-Mourir ? Comment peux-tu mourir si même ton Obscurial ne peut pas te tuer ?

-Il ne me tue pas à cause de ma nature de Vampire… Mais si la partie Vampire abandonne…

Theseus lui fit signe d'un geste de continuer.

-A New-York, j'ai rencontré mon Calice, Theseus. Même si il n'en à jamais eu conscience, il m'a rejeté. La Magie, dans ce genre de liens, se contente de peu. Mon Obscurial et sa puissance m'accordent probablement un délai, et mon Calice aussi, car nous nous voyons régulièrement, mais il n'est pas au courant que son rejet me tue à petit feu, et je ne pense pas durer plus d'un an…

Theseus se plongea le visage dans les mains, ne sachant plus quoi penser. Newt releva le regard vers Leta, qui était toujours à ses côtés.

-Quant à toi, Leta, murmura-t-il d'une voix douce, bien que je t'ai aimée de tout mon cœur, je ne pouvais prendre le risque de te mettre en danger. Tu étais déjà bien trop proche de moi en étant mon amie. Et même si mon contrôle semble encore aujourd'hui à toute épreuve, je n'ai pas voulu tenter ma chance… Tu méritais de vivre une longue vie d'humaine, pas d'être saignée par un Vampire… Et tu n'était pas mon Calice…

Des larmes plein les yeux, Leta acquiesça dans un remerciement muet. Theseus ne semblait pas vouloir sortir de sa torpeur. Newt se leva.

-Je suis désolé de vous avoir infligé cette peine. Je ne m'attendais cependant pas à un autre résultat ce soir. Je comprendrais que vous ne souhaitiez pas me revoir…

Leta le toisa d'un air incertain. Theseus ne releva même pas la tête. Newt se dirigea vers le porte seul. Lorsqu'il sortit et se retrouva dans une petite ruelle sombre, il n'eût pas besoin de s'enfoncer un doigt dans la gorge pour vomir ce qui avait sans doute été le délicieux repas de Leta. Il n'en avait guère profité de toute façon. Tout ce qui n'était pas le sang de son Calice avait un goût de terre et de cendre…

*Aeneas est le nom anglais d'Énée. Fils de la Déesse Aphrodite et d'Anchise, membre de la famille royale de Troie, il est l'un des héros de la Guerre de Troie, chanté par Virgile dans l'Énéide.