Bonjour à tous !
J'espère que la quarantaine se passe bien pour vous. Perso, j'ai plein de temps pour lire et écrire !
Voici le nouveau chapitre.
Merci à Shadedwords pour sa dernière review.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.
Une nouvelle officielle
Vagabonde
Lorsque nous quittâmes la caverne pour rejoindre le secteur des chambres, je me sentais différente. Changée.
Je n'avais pourtant pas quitté ce corps pour un autre. Mais j'avais l'impression que moi, Vagabonde, j'avais changé en profondeur.
La déclaration d'Ian m'avait… transportée. Pour la première fois, j'entrevoyais l'espoir d'avoir un compagnon. Mais en étions-nous vraiment là ? C'était si récent ! Et j'avais peur de tout gâcher. Tout ce que Ian m'avait dit au bord du bassin m'avait chamboulée. Qu'un humain puisse me trouver belle, moi, le petit ver argenté logé dans le crâne de ce corps, c'était incroyable ! Et cela contrebalançait les critiques de la Traqueuse, qui m'avait toujours donné le sentiment de ne pas être à ma place sur Terre.
Ici, je commençais vraiment à entrevoir un avenir.
« Gaby ? »
La voix de Mélanie me tira de ma bulle de rêverie. Ian et moi avions atteint la grande place, et la sœur de Jamie nous avait rejoints.
En voyant nos mains entrelacées, mais aussi nos cheveux et nos vêtements trempés, elle parut méfiante.
« Vous étiez où ? Je ne vous ai pas vus à la salle de bains. »
« Ian m'a donné un cours de natation dans une autre grotte. »
La note d'enthousiasme dans ma voix ne parut pas l'affecter, loin de là. Elle me regarda avec soulagement, contente de voir que je ne broyais plus du noir. Je lui rendis son sourire même si intérieurement, je savais qu'elle n'était pas au courant de tout. Elle ne savait pas que Ian m'avait embrassée, qu'il m'avait avoué ressentir quelque chose de plus que de l'amitié, ni que j'avais envie de vivre ça avec lui.
Mais pour le moment, je ne voulais pas en parler. Je voulais que ça reste entre moi et Ian, un souvenir qui n'appartenait qu'à nous. Mélanie ne tarderait pas à se faire du sang d'encre de toute façon, et je voulais lui épargner cette peine.
« Bon, je file dans ma chambre, pour me sécher. Bonne soirée, les filles », dit Ian.
« Bonne soirée ! » lui dis-je.
Je le regardai s'éloigner et souris. Demain, je le reverrais. Demain, on pourrait peut-être faire une séance de natation, ou bien… Non, il faudrait aller travailler. Mais il serait encore là, il s'arrangeait toujours pour partager mes corvées.
« Gaby ? Allô, la Terre appelle Gaby ! »
Les claquements de doigts de Mélanie sous mon nez me firent pousser un petit cri de surprise. Elle me regarda avec l'air mi-amusé mi-suspicieux.
« Ça va, dis ? T'as l'air complètement ailleurs ! »
« Oui, je… Désolée. »
Elle me fixa encore un instant, puis me fit signe de la suivre.
Quand nous nous retrouvâmes dans notre chambre, j'ôtai mon débardeur et le suspendis à une corde à linge, dans un coin. Elle servait pour y suspendre des choses légères comme des foulards ou un sac vide, ce serait parfait pour sécher mon haut.
J'enfilai un t-shirt et m'assis sur mon matelas, quand je vis que Mélanie continuait de me fixer depuis le sien.
« Quoi ? »
« Sérieux, il s'est passé quoi dans cette grotte ? »
« Je te l'ai dit ! Il m'a appris à nager. »
« Mmmmm… Et c'est tout ? »
J'avais appris une chose utile depuis le temps : si je ne pouvais pas mentir, je pouvais ne rien dire.
Comme si mon corps avait choisi le bon moment, un long bâillement s'échappa de ma bouche.
Je me laissai tomber sur mon matelas et lui tournai le dos, faisant semblant de m'endormir.
Je l'entendis pousser un soupir exaspéré puis marmonner quelque chose, et ensuite rien.
Je m'en voulais de ne lui avoir rien dit, mais je sentais que c'était trop tôt. Je voulais revoir Ian pour voir si les choses n'avaient pas changé. Peut-être qu'il revoyait les évènements de son côté en ce moment et pensait que ce n'était pas une bonne idée ? Penser cela me fit terriblement mal. Non, ce n'était pas logique. Ian ne ferait pas ça, pas après avoir si désespérément essayé de me convaincre qu'il tenait à moi.
Et moi ? Est-ce que je tiens à lui ?
Il m'était cher, certes, et j'avais envie qu'il m'apprécie. Mais pour le reste… j'avais besoin de temps pour tout clarifier dans ma tête.
Le lendemain matin, Mélanie et moi sortîmes de la grotte pour aller faire notre toilette.
Mélanie marchait devant moi, je suivais juste derrière en vérifiant que je portais dans mes bras les bonnes serviettes, celles qui étaient propres et prêtes à l'usage, quand je heurtai quelque chose de dur.
C'était Mélanie, immobile devant moi.
« Mel ? »
« J'y crois pas ! » dit-elle à voix basse.
Je regardai par-dessus son épaule et vis que Ian nous attendait, bras croisés et dos contre le mur. En me voyant, il sourit avec tendresse. Ce geste fit chavirer mon cœur. Il revenait me voir si tôt dès le matin ?!
« Okay, cette fois, on arrête les cachotteries ! Qu'est-ce qui se passe entre vous, hein ? » dit Mélanie en nous regardant tour à tour.
Ian leva un sourcil étonné vers moi. Il avait dû s'imaginer que Mélanie m'interrogerait en privé et que je lui raconterais tout, puisque je ne savais pas mentir.
Comme je restais silencieuse, il prit la parole.
« Gaby me plaît. Beaucoup. »
Hébétée, je le regardai. Il me l'avait déjà avoué, mais le dire ainsi, brut de pomme à Mélanie, c'était encore plus sidérant. Et même si je le savais déjà, ça me mettait quand même le feu aux joues.
« Gaby ? »
« Je crois que tu lui as fait un choc », intervint Mélanie.
Puis elle soupira.
« Je me doutais de quelque chose de ce genre, quand vous êtes retenus de votre… séance de natation. »
Je la regardai avec appréhension. Elle n'était donc pas fâchée ? J'avais eu peur qu'elle s'en prenne à Ian, mais elle me regardait plutôt avec un mélange de tendresse et d'inquiétude, comme une mère avec son enfant.
Elle se tourna vers Ian avec un visage sévère.
« Écoute, si elle te plaît, il faut que ce soit officiel. Je ne veux pas que tout le monde se mette à raconter des trucs sur elle. Enfin, plus de trucs sur elle, comme si c'était une allumeuse de première qui cherche à embobiner un humain pour augmenter ses chances de rester en vie ou de s'enfuir. »
Maintenant, j'étais vraiment muette. Muette à cause du choc. Les gens pouvaient vraiment s'imaginer de telles choses à mon sujet, ici ?
« Je sais », dit Ian. « Et je n'ai pas du tout l'intention que ça arrive. Je veux juste être avec elle. »
Il me regarda droit dans les yeux.
« Je veux être avec toi. »
« Holàlàlà », soupira Mélanie. « N'en fais pas trop, quand même. Bon, on y va ? »
Elle fit mine de me prendre la main, avant de se raviser. Ian prit le relais. Ma main était toute petite dans la sienne, pourtant j'avais l'impression qu'elle s'emboîtait parfaitement.
Je réalisai que nous allions arriver à la grande place et qu'il y aurait du monde. Les autres habitants des grottes allaient-ils prendre notre attitude comme un message particulier, concernant Ian et moi ? Je me sentis mal tout à coup. Si les gens me prenaient bien pour une allumeuse comme disait Mélanie, alors on risquait aussi de raconter des choses sur Ian et je ne voulais pas lui causer des ennuis.
« Gaby ? Est-ce que ça va ? » demanda Ian.
Nous étions à l'entrée du tunnel maintenant, et je pouvais voir des gens circuler plus loin. Nous étions visibles. Je voulus dégager ma main, mais je ne voulais pas non plus. C'était insensé ! Pourquoi avais-je soudain l'envie égoïste de rester avec Ian sans vouloir lui causer d'ennuis ?
« Respire », dit Mélanie.
Elle n'avait pas l'air aussi inquiète que Ian, elle devait se douter du dilemme que je traversais. Elle nous regarda une dernière fois avant de s'éloigner.
Le message était clair : « La suite dépend de vous deux. »
Mais je savais que pour elle, ça dépendait surtout de Ian.
« Je… je ne veux pas qu'on s'imagine des choses sur toi. J'ai envie de passer du temps avec toi, mais pas si ça t'attire des ennuis. Mélanie en a eu tellement quand on a découvert que j'étais une âme, Jared, Maggie et Sharon se sont éloignés d'elle. Et si toi aussi tu… »
Ian me coupa la parole en m'obligeant à m'avancer de quelques pas sur la place.
Là, il me prit délicatement le visage et m'embrassa. J'oubliai aussitôt les gens qui se trouvaient là et devaient nous regarder. Je crus entendre quelques exclamations surprises ou choquées, mais tout se noyait dans le brouillard des émotions que Ian éveillait en moi. C'était comme prendre du « Stop Douleur », en plus magique. Je n'avais pas la tête dans du coton, j'avais plutôt l'impression de flotter tandis que des bulles éclataient dans mon ventre.
Quand nous mîmes fin au baiser, je risquai un coup d'œil alentour.
Les gens étaient estomaqués. Enfin, certains plus que d'autres.
Andy avait l'air dégoûté et regardait Ian comme s'il n'avait pas pu l'empêcher de faire quelque chose assurant son décès prochain.
Brandt et Aaron avaient le même genre d'expression, et ils étaient verts de rage.
Maggy et Sharon étaient pâles de colère et immobiles, comme deux statues de craie. Elles me regardaient avec des yeux furieux, comme si j'avais contaminé Ian.
Kyle était là aussi, et nous regardait avec l'air estomaqué. Je m'attendis à ce qu'il braque un regard furieux vers moi, mais il regarda plutôt son frère avec l'air désolé.
Il y avait tout de même d'autres visages moins dégoûtés. Surpris mais contents comme Lily, Heidi et Wes.
Il fut le premier à s'approcher de nous en souriant.
« Je me demandais quand tu allais te décider ! » dit-il à Ian.
Ce dernier roula des yeux et lui envoya une tape dans l'épaule qui fit rire son ami. Celui-ci me fit un clin d'œil avant de s'éloigner.
Je repérai Jeb, près de Mélanie. Il m'adressa un grand sourire, l'air sincèrement heureux, avant de faire demi-tour pour rejoindre les cuisines.
Mélanie et mes deux amies humaines s'approchèrent.
« Hum, je vois que vous êtes ensemble et tout et tout, mais je pense qu'elle va aller avec nous à la salle de bains pour cette fois, hein ? » dit Lily.
Son ton suggestif et la lueur de malice dans ses yeux me firent rougir. Ian parut aussi gêné et lâcha ma main pour se gratter la nuque.
« Oui, bien sûr ! Bon ben… À plus tard, Gaby ! »
« À plus tard », dis-je en essayant de contrôler le tremblement dans ma voix.
Heidi m'entoura les épaules de son bras en m'entraînant avec les autres vers le tunnel de la salle de bains.
« Okay, raconte tout à tante Heidi et aux autres, maintenant ! »
Cette phrase me fit éclater de rire. Les autres furent gagnées par la même hilarité, en moins fort.
« N'insistez pas », leur dis-je lorsque je pus me faire entendre.
« Mélanie, tu ne le prends pas trop mal ? » demanda Lily. « Je sais que tu ne t'entends pas trop avec Ian, alors… »
« C'est bon, n'en rajoutez pas ! Je m'en fiche, c'est leurs oignons, maintenant. Ça me fera même des vacances ! »
Je pâlis en entendant ces mots. J'avais tant causé d'ennuis à Mélanie à ce point ? Elle remarqua mon expression et se pencha vers moi avec un sourire apaisant.
« T'inquiète, je blague ! C'est typiquement humain de parler comme ça. »
« Oui, elle plaisante », confirma Lily.
Rassurée, je suivis mes amies vers la caverne pour me rafraîchir.
Ian
Je ne regrettais pas mon geste.
Mélanie avait exigé que ma relation avec Gaby soit officielle, et j'avais fait ce qu'il fallait pour que les autres comprennent à quel point je tenais à elle.
Évidemment, depuis ce matin, j'avais droit à des réactions diverses. Certains me soutenaient comme Wes, Lily, Heidi, Jeb, Trudy, Heath et Walter. Mais d'autres comme Aaron, Brandt et Andy étaient écœurés. Ils me regardaient comme si Gaby avait profité de ma « faiblesse » pour me mettre un parasite dans le crâne.
Ce qui me surprenait le plus, c'était que Gaby n'avait pas raconté à Mélanie ce qui s'était passé entre nous. Je pensais que Mel aurait joué les paranoïaques — une fois de plus — et l'aurait interrogée. Gaby n'aurait pas su mentir, comme d'habitude. Mais apparemment, non, elle n'avait rien dit. Cela m'inquiétait un peu. Avait-elle honte de ce qui se passait entre nous ? Non, elle me l'avait dit : elle avait seulement honte à l'idée que ça m'attire des ennuis. Mais moi, je n'avais pas honte ni peur. Ce que je ressentais était réel et j'avais envie que ça continue.
Une fois que j'eus fini ma toilette, je me dirigeai vers les champs pour me mettre au travail, quand je vis mon frère dans le couloir. Il m'attendait, je le voyais bien. Les bras croisés, dos au mur, il me regardait avec une expression désagréable.
« Alors maintenant, tu sors avec le parasite ? »
« Mêle-toi de tes affaires, Kyle ! »
« Ce sont mes affaires aussi. Tu es mon frère, tu l'as oublié ? »
Je levai les yeux au ciel. Depuis qu'il avait perdu Jodi, il était devenu l'ombre de lui-même. Il n'était pas une lumière avant, mais au moins il n'était pas aussi désagréable et violent. J'avais tenté de le soutenir de mon mieux, mais en arrivant dans les grottes de Jeb, j'avais pris un peu de distance, sentant qu'il valait mieux qu'il soit un peu seul pour mieux faire son deuil.
« Ah bon, maintenant tu joues le grand frère protecteur ? Ça faisait longtemps ! »
Ce commentaire sarcastique le fit crisper son visage de colère. Je me fichais de ce qu'il pensait, il n'avait pas à me faire la leçon sur mes relations !
« Crois-le ou non, je compte bien te protéger. Par n'importe quel moyen ! »
Je me tendis. De quoi parlait-il, au juste ?
« Tu es trop gentil, Ian. Le mille-pattes a profité de ta faiblesse. Tu perds ton temps avec cette saleté. Il n'est pas comme nous, il n'éprouve pas ce genre de choses. »
« Tu te trompes ! Tu n'as jamais fait l'effort de lui parler ou d'essayer de la comprendre, alors ne viens pas me parler de choses que tu ne comprends même pas. »
Kyle haussa des épaules, puis se détacha du mur pour s'éloigner vers la sortie.
« On doit tous faire des sacrifices pour le bien commun, Ian ! »
Sa dernière phrase résonna en écho dans le tunnel. Je secouai la tête. Qu'avait-il voulu dire ? J'avais l'étrange sentiment que ce n'était pas des paroles en l'air. On aurait dit un avertissement. Mais contre quoi ? Pas juste Gaby, il y avait autre chose…
Alors que je passais devant l'infirmerie, j'entendis des gémissements. Je reconnus la voix de Walter. Inquiet, je m'y dirigeai.
Je le trouvai allongé sur un lit de camp, l'air terriblement affaibli. Doc et Geoffrey étaient debout près de lui, avec l'air triste et impuissant.
« Ian ? » dit Doc en levant les yeux vers moi.
Je lui montrai Walter du regard.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
« Il a fait une chute, à cause de ses os. Ils sont devenus trop fragiles, c'est l'un des effets du cancer en phase terminale », dit le médecin.
Je regardai Walter avec horreur. C'était si horrible ! Et dire que nous n'avions rien pour le soigner…
« Gaby… »
Surpris, je retournai mon regard sur Walter.
« Tu veux la voir ? » lui demandai-je.
« Gaby… Gladys ! »
Aïe, il n'était plus cohérent ! Soudain, il me regarda avec l'air plus lucide.
« Ian ? Pourquoi tu n'es pas avec Gaby ? »
« Euh… J'allais la rejoindre, mais… »
Walter me sourit d'un air paternel.
« C'est bien pour vous deux… Gaby est une fille bien ! Tu mérites d'être heureux. »
Je sentis mes joues chauffer, mais les paroles de Walter me firent du bien.
« On n'en est pas encore tout à fait là, Walt. C'est tout nouveau… »
Il secoua la tête.
« Parfois, je l'ai surprise en train de te regarder, quand tu ne faisais pas attention. Elle détournait vite le regard avec l'air gêné, mais c'était bien là. »
Il reporta son regard sur le plafond avec l'air triste.
« C'était pareil avec ma Gladys. On ne pouvait pas détourner nos yeux l'un de l'autre. »
Je voulus lui répondre, quand un sifflement douloureux s'échappa de ses lèvres.
« Il a besoin de repos. Laissez-le », dit Doc.
Résigné, je quittai l'infirmerie avec Geoffrey et me dirigeai vers les champs. Gaby était déjà là, aidant tout le monde à l'arrachage de maïs. Je m'arrêtai pour la regarder.
Les miroirs reflétaient la lumière du soleil sur les champs. Elle avait la peau qui brillait à cause de la sueur et quelques mèches collées sur les tempes. Elle était en nage, son débardeur était plaqué contre sa peau, accentuant ses courbes féminines. Mais pour moi, elle était sublime.
Elle essaya d'arracher un maïs de sa tige, mais n'y parvint pas. Évidemment, elle n'était pas aussi forte que Mélanie. Cette dernière les enlevait avec plus d'aisance. Elle jetait parfois un regard amusé vers Gaby. Je compris qu'elle lui avait proposé son aide, mais que cette dernière avait refusé car elle ne voulait pas déranger les autres avec ses faiblesses.
Je m'approchai d'elle et arrachai l'épi de la tige. Elle tourna la tête vers moi et sourit. Je me sentis aussitôt mieux. Sans dire un mot, je jetai le maïs dans le panier réservé à cet effet, puis me remis au travail avec elle.
Parfois, nos regards se croisaient et je la voyais toujours répondre à mes sourires. Walter avait raison, j'avais un mal fou à la quitter des yeux bien longtemps et c'était pareil pour elle. Chaque fois que je la regardais, elle détournait la tête avec les joues rosies.
« Hum, hum ! Vous allez l'arracher ou je le fais pour vous ? » dit Mélanie.
Je réalisai que j'avais les mains posées sur celles de Gaby, qui tenait elle-même un épi prêt à être arraché. Nous avions cessé de bouger quand nos mains s'étaient rencontrées et nous nous étions perdus dans les yeux de l'autre !
Les joues en feu, Gaby lâcha le maïs et j'entrepris de l'arracher d'un coup sec, avant de m'attaquer à une autre tige sur le côté. J'entendis Mélanie grommeler dans mon dos.
« Je commence à regretter l'époque où vous n'étiez pas ensemble ! »
Je ne lui répondis pas, et Gaby non plus. Nous nous contentâmes d'échanger un sourire amusé avant de nous remettre au travail.
Lorsque vint la pause-déjeuner, je fus étonné de voir que beaucoup de gens étaient là pour écouter le cours de Gaby. Elle était surprise aussi, mais elle s'empressa de tenir son rôle de professeur en aidant à faire le pain.
Geoffrey, le mari de Trudy, avait fini par accepter sa présence. Je soupçonnais sa femme de lui avoir parlé. Du coup, il lui posa des questions sur la médecine des âmes. Je devinai que c'était à cause de Walter. Ça m'embêtait pour Gaby. J'avais été désagréable avec elle, le jour où on l'avait interrogée pour la première fois sur les médicaments des âmes.
Voyant que l'atmosphère avait chuté suite aux réponses insuffisantes de Gaby, je lui posai la première question qui me passa par la tête au sujet des Vautours. Jamie saisit également le problème et lui posa d'autres questions. Le cours reprit, mais… ça n'était pas comme avant. L'ombre de la mort de Walter planait sur nous.
Lorsque nous sortîmes des cuisines, je me dépêchai de rejoindre Gaby et de lui prendre la main. Ce geste la fit sourire. J'adorais l'idée que ma seule présence chasse tous ses soucis. Jamie nous regarda avec un air malicieux.
« Alors vous êtes ensemble, maintenant ? »
Rouge comme une tomate, Gaby lui répondit par l'affirmative, ce qui me fit me sentir encore plus léger. Je passai un bras autour de ses épaules pour la serrer contre moi et déposai un rapide baiser sur ses cheveux. Ils sentaient bon l'odeur de verdure des champs, le bois fumé des fourneaux et le pain tout chaud.
« Ian ? » dit Gaby.
« Oui ? »
Je vis qu'elle ne souriait plus, elle avait l'air soucieuse.
« Qu'est-ce que j'ai dit de mal, pendant le cours ? Ce n'était pas comme d'habitude. »
« Rien. C'est juste qu'ils pensent beaucoup à la mort en ce moment », répondis-je en soupirant.
Le visage de Gaby se métamorphosa, signe qu'elle avait eu une intuition sur ce qui posait réellement problème.
« Où est Walter ? » demanda-t-elle dans un souffle.
Je soupirai de nouveau.
« À l'infirmerie. Il est au plus mal. »
« Pourquoi personne ne me l'a dit ? »
« Les choses ont été assez difficiles pour toi dernièrement, alors… »
Agacée, elle secoua la tête.
« Qu'est-ce qu'il a ? »
Jamie s'approcha pour lui prendre la main.
« Walter s'est brisé des os. Ils sont si fragiles… Doc dit que c'est le cancer. Il est au stade terminal. »
« Cela doit faire longtemps qu'il souffre, mais il n'a rien dit. »
« On ne peut rien faire ? Rien du tout ? »
Je devinai à quoi elle pensait : la médecine des âmes. Évidemment, ce serait génial ! Mais nous savions tous que c'était impossible. Même si Gaby pouvait sortir, où pourrait-elle s'en procurer ? Et comment obtenir les produits sans éveiller des soupçons sur l'état du patient ? Si elle avouait qu'il était humain, tout serait fichu ! Une âme serait venue se faire soigner depuis longtemps dans un de leurs centres, elle n'attendrait pas d'être au stade terminal.
« Pas chez nous. Même si nous n'étions pas coincés ici, personne ne pourrait rien pour lui. On n'a jamais su soigner ce genre de cancer. Il t'a réclamée. Du moins, il a dit ton prénom, plusieurs fois. C'est difficile de savoir ce qu'il voulait. Doc le garde soûl pour atténuer la douleur. »
« Doc s'en veut d'avoir bu autant d'alcool juste. Mais il ne pouvait pas savoir… »
« J'aimerais voir Walter. À moins que cela n'embête les autres… »
« C'est sûr que ça va faire des mécontents. Mais tant pis. Si ce sont les dernières volontés de Walt… »
« Tu as raison », bredouilla Gaby. « Si c'est ce que veut Walt, alors peu importe ce qu'en pensent les autres, même si les rend furieux… »
Je serrai les dents. Je m'arrêtai pour la tenir brièvement contre moi.
« Ne t'inquiète pas. Je ne laisserai personne t'embêter. »
Ce n'était pas des paroles en l'air. Personne ne lui ferait rien, j'y veillerai.
Sur le chemin de l'infirmerie, nous croisâmes Kyle. Il prit l'air dégoûté en voyant que Jamie et moi lui tenions la main. Je lui répondis par la même grimace.
Laisse-la tranquille ou tu auras affaire à moi. Je me fous de ce que tu penses ! pensai-je.
Il fit semblant de vomir avant de s'éloigner.
À ma grande surprise, Gaby me dit de ne pas adopter une attitude antipathique avec lui. Décidément, cette fille ne pouvait pas en vouloir à quiconque, même à son ennemi numéro 1, à savoir mon frère !
Mais je m'en fichais. Jeb avait décrété qu'elle était à sa place ici, elle faisait partie de notre communauté.
Et surtout, elle faisait partie de ma vie à présent.
