on peut être bien. je te le jure. je serai ton clark kent, tu seras ma loïs lane. ou l'inverse. ou on sera juste toi et moi. tu choisis.
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1998
Ça n'avait pas été un véritable cauchemar, qui l'avait réveillé cette fois-ci. C'était plutôt un rêve de ses parents et les larmes qui coulaient sur ses joues, qui l'avaient tirée de ses rêves. Et, franchement, Hermione ignorait ce qu'elle préférait : rêver de ses parents ou revoir sans cesse le visage de Bellatrix Lestranges penchée devant son visage, la regardant d'un air fou.
Parfois, ça s'alternait, aussi, avec tous les corps mutilés dans la Grande Salle pendant la guerre, à d'autres moments, c'était le corps d'Harry tenu dans les bras d'Hagrid, qui ne se relevait jamais.
Hermione écouta la respiration lente de Ginny, avec qui elle partageait sa chambre et fut bien contente de ne pas l'avoir réveillée, cette fois-ci. Contrairement à la veille, où sa meilleure amie avait été tirée de ses rêves par un hurlement de la part de la brune.
Depuis deux semaines, maintenant, que la guerre s'était terminée et, qu'Hermione partageait la chambre de sa meilleure amie, au Terrier, ne sachant pas vraiment où aller. Chaque jour était plus lourd que la veille, alors qu'on aurait pu croire – erronément – que ça irait en s'arrangeant. Les funérailles se multipliaient, les discours pompeux sur la fin de la guerre étaient nombreux, tout comme ceux qui honoraient la mémoire des disparus. L'ambiance au Terrier était horrible : entre tous les décès, il y avait également le silence de chacun devant le coma de Fred, qui ne s'éveillait toujours pas. C'était insupportable. Le Terrier n'avait jamais été aussi silencieux.
Hermione n'avait aucune idée comment elle réussissait à arborer ce sourire qui sonnait faux, alors qu'un ouragan de tristesse, de colère, de culpabilité et de peur la brisait, par l'intérieur. Elle aurait voulu cracher au visage de tout ceux qui la félicitaient, à la place de les remercier. On la félicitait pour quoi? D'être restée en vie, alors qu'elle avait vu trop de gens mourir? D'avoir enduré toutes ces horreurs, sans ciller? D'avoir été capable de conserver son sang-froid, alors que tout son monde s'ébranlait? C'était ridicule.
Hermione se leva du matelas qui avait été installé par terre sur lequel, elle dormait, regardant mécaniquement l'heure qu'affichait le réveille-matin. 2h04 du matin. La jeune femme avait besoin d'air. Frais. Sa main tomba rapidement sur une paire de bas de laine et un gros pull de laine : chaque nuit, elle finissait par descendre au rez-de-chaussée pour aller s'asseoir dehors, la jeune femme commençait à prévoir ses escapades nocturnes. Puis, elle sortit en prenant grand soin de ne pas réveiller Ginny, qui dormait à poings fermés et descendit les escaliers, tâchant le plus possible d'être silencieuse : ce n'était pas chose aisée puisque les lattes de bois craquaient au moindre poids.
Une fois arrivée dans la cuisine, elle se versa un verre d'eau et passa la porte pour aller s'asseoir dans la balancelle qui était installée sur la galerie. La jeune femme s'arrêta brusquement lorsqu'elle aperçut que celle-ci était, déjà, occupée par Charlie Weasley. Hermione se mordit la lèvre, prête à faire demi-tour. Le dragonnier était le frère de Ron que la jeune femme connaissait le moins et avec qui elle était le moins à l'aise. Elle ne l'avait vu qu'à quelques reprises et, toujours, avec des personnes autour d'eux. Qu'est-ce qu'elle pourrait bien dire à un quasi-inconnu en plein milieu de la nuit? En plus, elle avait besoin d'être seule, certainement pas de faire la conversation! Cependant, il lui coupa l'herbe sous les pieds.
»Hermione? Tu ne dors pas? » s'enquit le jeune homme.
« Eum, visiblement, non. » répondit-elle, se balançant sur ses jambes. « Je ne m'endors pas et j'ai cru qu'un peu d'air frais me ferait du bien. »
Inutile de lui mentionner qu'elle faisait des cauchemars ou de mauvais rêves. Ça ne le regardait pas et de toute manière, qu'est-ce qu'il pourrait bien y faire? La jeune femme espéra seulement qu'il ne pose pas de questions, sachant que ses yeux étaient probablement rougis à cause de ses pleurs.
« Tu peux t'asseoir, si tu veux. » lui dit-il, essayant de prendre un ton moqueur. « Je vais pas te manger. »
Hermione hocha lentement la tête, avant de venir prendre place à côté de lui, buvant une grande gorgée de son verre d'eau et le reposa par terre. Les bras de la jeune vinrent encercler ses genoux, afin de les rapprocher d'elle, frissonnant légèrement sous la veste de laine. Les nuits de mai étaient plutôt fraîches.
« Tu ne dors pas, toi non plus? » demanda-t-elle, timidement.
« Je reviens de Ste-Mangouste. »
« Fred va bien? » Devinant la raison de son allée à l'hôpital.
« Aucun changement. Je voulais surtout le voir, avant de partir. »
« Oh, tu t'en vas demain? »
« Oui. »
Les réponses et les interrogations étaient courtes, faisant bien paraître le malaise que la présence de l'autre montrait bien. Chacun voulait être seul, il n'y avait aucun doute, et devait composer avec l'autre.
Une dizaine de minutes passèrent, en silence. Gênant, au début. Puis, elle se rendit rapidement compte que Charlie n'attendait pas, comme les autres, à ce qu'elle tente de combler la conversation. Il ne faisait qu'observer les étoiles. Il y avait quelque chose de naturellement apaisant, d'être là, à contempler le paysage à côté de lui. Il ne posait pas de question, ne tentait pas de comprendre pourquoi elle ne dormait pas, comme l'auraient fait ses amis ou n'importe quel membre de la famille Weasley. C'était quelque chose de tout nouveau pour Hermione : ne pas être seul, sans devoir passer un interrogatoire en règle.
Puis, comme chaque nuit, son regard fouilla les étoiles, les observant, s'amusant à repérer les constellations, alors que son esprit avait cessé de penser à quoi que ce soit. C'était son moment préféré, depuis deux semaines. Ce moment de solitude où elle réussissait à anesthésier son esprit avec le froid et les étoiles. Sa peine, sa colère, sa culpabilité réussissaient à la quitter, alors, pendant quelques minutes. C'était ressourçant. Et, ça l'étonnait de pouvoir réussir à vivre cela avec Charlie, près d'elle.
Quand le regard d'Hermione tomba sur la constellation du dragon, une idée germa dans son esprit. Elle n'avait rien à perdre, non?
« Charlie? » chuchota-t-elle, comme si l'immensité du ciel faisait trop de bruit pour qu'elle parle à voix normale.
Il prit quelques secondes avant de ramener son regard sur elle.
« Quoi? » Il avait parlé sur le même ton qu'elle.
« Ça va peut-être te paraître étrange, mais... Est-ce que je pourrais venir? En Roumanie? »
« Pourquoi? »
Charlie la regardait comme si elle était devenue folle. Peut-être qu'elle l'était, en réalité. Elle ne connaissait rien sur la Roumanie – si ce n'était que les contes moldus à propos des grands châteaux qui abritaient des vampires – et encore moins sur les dragons, malgré qu'elle avait contribué à libérer un Pansedefer Ukrainien, deux semaines plus tôt : elle n'avait agi que par hasard. Pourquoi alors lui demander ça? Surtout à lui? C'était la première conversation qu'ils avaient eue, depuis qu'ils se connaissaient.
C'était plutôt hasardeux.
Aussi, très impulsif. Venant de sa part, c'était même très étrange comme demande. Elle, qui habituellement aurait lu tous les livres portant sur le sujet des dragons et de la Roumanie avant d'énoncer une telle demande, car elle aimait être le plus prévoyante possible.
Hermione poussa un soupir, avant de replacer une mèche brune derrière son oreille.
« J'étouffe, ici, finit-elle par répondre. C'est tellement... Je ne sais pas comment expliquer ça, Charlie. J'ai besoin de changer d'air. Et, j'ai pensé que... Ça pourrait être une bonne idée. »
Le dragonnier fronça les sourcils, avant de secouer la tête. De toute évidence, il la croyait vraiment devenue cinglée. C'était officiel.
« Ce serait une très mauvaise idée. Une réserve de dragons n'est pas un endroit où passé des vacances, Hermione. C'est dangereux. Tu pourrais te faire blesser ou te faire tuer. Ça ne t'a pas suffi la guerre? »
« Je ne suis pas une petite chose fragile! » s'eclama-t-elle, plus fort. Puis, elle se radoucit légèrement. « Je sais tout ça. Je vais t'écouter et je ne te dérangerai pas. Tu vas presque oublier que je suis là. J'ai juste besoin de voir autre chose. »
« Si tu veux voir autre chose, va dans un tout inclus dans le Sud. »
Adieu l'apaisement qu'elle avait pu ressentir. Derrière le masque de gentillesse de Charlie, elle devait reconnaître qu'il avait le caractère pour s'occuper de dragons. Et, il pouvait avoir autant de délicatesse que Ron. Hermione serra ses lèvres, alors qu'elle se retint de le frapper : ce n'était pas son meilleur ami et ce serait très mal venu dans son argumentaire pour le convaincre. Cependant, il la connaissait très mal s'il croyait que ce genre de réponse allait venir à bout d'elle. Et en plus, le fait qu'il se braque autant sur ses positions ne lui donnait qu'envie d'insister ou de l'engueuler.
Preuve que la psychologie inversée existait réellement.
Et, puis, comme si c'était son genre d'aller se prélasser sur une plage à ne rien faire!
« Si je peux apprendre quelque chose d'autre et, en même temps, m'éloigner d'ici, j'apprécierais. » souligna-t-elle, faisant de gros efforts pour ne pas être trop brusque dans ses propos. Hermione se tourna vers lui. « Charlie, j'étouffe ici. Vraiment. C'est... »
Il l'observa, la détaillant, presque, comme si elle passait un examen sous ses yeux perçants. Et, qu'elle échouait lamentablement. Hermione déglutit devant le poids du regard.
Le jeune homme ne la connaissait pas beaucoup. En réalité, il ne connaissait que ce qu'il avait entendu de sa famille : qu'elle était une adolescente brillante, qui avait le cœur gros comme le ciel et qui finirait probablement avec son dernier frère. Bref, il ne connaissait rien d'elle. Charlie avait, par contre, remarqué qu'elle avait perdu du poids. Et, ses yeux. Savait-elle que ses yeux parlaient davantage que ses mots? Ils reflétaient si bien sa résignation, son épuisement et, aussi, sa souffrance. Ils étaient trop souvent rouges. Le dragonnier doutait que c'était probablement par le manque de sommeil ou parce qu'elle pleurait trop. Le jeune homme se sentit fléchir, devant ces yeux chocolat trop grands et trop transparents. Elle était vulnérable et, Charlie eu l'envie soudaine de la prendre dans ses bras pour la réconforter.
Mauvaise idée. Il allait sans doute rendre la situation encore plus difficile.
« Insupportable. » compléta-t-il, son ton était davantage une déclaration qu'une question.
Hermione hocha la tête. Le jeune homme ne pouvait que la comprendre. Le silence du Terrier était trop pesant, la douleur et la souffrance accablaient tout le monde. On tentait d'être heureux de cette victoire, mais il n'y avait pas grand-chose à fêter, lorsqu'on voyait le nombre de décès qu'elle avait fait et les multiples procès. Lui-même n'en pouvait plus de vivre dans cette ambiance. Il ne pouvait décemment pas lui en vouloir de fuir tout cela.
Et, de toute manière, ce serait mentir qu'il n'avait pas, déjà, pris sa décision.
« Ok. » souffla-t-il. « Mais si ça devient trop dangereux, je te renvoie illico, ici. On se comprend? Et, ne t'attends pas à voir un dragon d'ici, au moins, trois semaines! Va falloir que tu apprennes une tonne de choses et... »
Il fut coupé dans son discours, par Hermione qui venait de se lancer à son cou, pour le remercier.
« Merci, Charlie. »
Il regrettait déjà cette décision.
Après quelques secondes, Hermione se recula, à son plus grand bonheur, le jeune homme mal à l'aise par cette soudaine proximité n'avait osé faire un quelconque geste et était resté figé. Elle se leva de la balancelle pour rentrer.
« On part à 14h, demain. » précisa-t-il.
« Parfait! Je serai prête. »
Charlie l'observa disparaître dans la cuisine. Il s'était laissé embobiné par deux foutus yeux chocolat trop expressifs, qui l'avaient regardé comme si lui, pouvait remédier à toute la souffrance que vivait la jeune femme.
Il ne connaissait rien d'Hermione, mais bordel qu'elle pouvait être déstabilisante. Le jeune homme pesta contre lui-même. C'était vraiment une décision de merde.
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Allons, partons ensemble
Vers des contrées sauvages
Où les gens nous ressemblent
Et n'ont qu'un seul visage
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Et, le soleil se levait déjà.
Charlie se tourna légèrement, afin de faire dos à la fenêtre dont les rideaux n'avaient pas été tirés. Encore, deux minutes de sommeil, s'il vous plaît. Il était épuisé. Plongé dans un demi-sommeil, le jeune homme resserra l'étau de ses bras sur la taille, auquel ils étaient enroulés, rapprochant davantage l'autre corps du sien et enfouissant son nez, un peu plus, dans cette masse de cheveux. Il poussa un soupir de bien-être, alors que le dragonnier respira à plein poumon cette odeur qui commençait à lui être si familière.
Était-il obligé d'aller travailler, ce matin? Il aurait bien pris toute la journée pour se reposer et rattraper toutes les heures de sommeil qui lui manquaient cruellement. Le problème de ce raisonnement, c'est que cette question acheva de le réveiller et il se rappela, du même coup, que la personne avec qui il dormait était la meilleure amie de son petit frère et qu'il valait mieux de ne pas la serrer contre lui de cette manière pour le bien de sa conscience – et, de son érection matinale qu'elle pouvait avoir tout le loisir de sentir de cette manière, même s'il portait un pantalon de survêtement.
Le Roumain d'adoption retint son souffle lorsqu'Hermione bougea légèrement, n'arrangeant en rien la situation. Il s'en serait donné des claques et pensa qu'il aurait préféré ne jamais se réveiller, si c'était pour ressentir cette panique, à peine lever. Charlie ne prit pas plus de temps afin de pousser davantage sa réflexion – même s'il savait très que bien cette érection était un phénomène biologique normal et qu'en principe, elle ne voulait rien dire et que c'était surtout dû à une envie d'uriner (et non, parce que le corps, qui commençait à reprendre un poids normal, qu'il avait entre les bras avaient des courbes affolantes et que cette odeur le rendait dingue). Il entreprit de sortir du lit, tentant le plus possible de ne pas la réveiller, alors que sa conscience lui envoya une image très réaliste de sa mère en train de lui faire passer un savon, si elle apprenait, un jour, qu'il avait dormi avec Hermione.
Non, mieux valait qu'elle n'apprenne jamais que son fils de vingt-cinq ans avait dormi quatorze nuits avec une adolescente de dix-sept ans. Pour sa santé physique (et, probablement sa survie), ce serait mieux ainsi. Ce n'était tout de même pas sa faute, s'il était incapable de rester dans sa chambre, quand il se réveillait par le bruit de ses cris ou de ses sanglots, quand elle faisait des cauchemars. Ce n'était tout de même pas sa faute, s'il se sentait incapable de lui refuser quoi que ce soit et qu'il avait un besoin maladif de faire cesser ces larmes et qu'elle aille mieux.
Il se sentait con, tellement con.
Et, au final, c'était pour une bonne cause, non?
Charlie ignorait totalement si sa présence éloignait les cauchemars de la jeune femme pour le reste de la nuit. Il savait, cependant, que ses rêves à lui – ceux indésirables, qui impliquaient son frère dans le coma ou encore, Tonks – s'éloignaient au contact de la jeune femme. Était-il égoïste? Le contact d'Hermione l'apaisait, même s'ils s'ignoraient dès que le soleil se levait. Comme si l'intimité indéfinissable qu'ils partageaient durant la nuit faisait place à une gêne sans borne, entre eux, pendant le jour. Comment se comporter avec une personne, inconnue, qui connaissait toutes ses faiblesses?
« Charlie? » appela la voix, encore endormie, d'Hermione.
Il avait la main sur la poignée de la porte, prêt à sortir. C'était absurde. Pourquoi être gêné? Charlie n'en avait ressenti aucune, cette nuit, quand il s'était glissé dans sa chambre, sans un mot, quand il avait entendu ses pleurs. Pourquoi, maintenant? Comme si à l'orée du jour, tout devenait différent.
Et, surtout, pourquoi ce matin, avait-il fallu qu'elle se réveille? Habituellement, le dragonnier réussissait à s'extirper de sa chambre, il avait le temps de s'habiller et de commencer à préparer le petit-déjeuner, avant qu'elle apparaisse, réveillée.
« Oui? » Le roux se retourna, fronçant les sourcils.
« Il est quelle heure? »
« J'sais pas... J'suis désolé, si je t'ai réveillé. »
« Non, non. C'est bon. » Elle bailla et se releva doucement, se frottant les yeux. « Faut je me lève, moi aussi. Va te préparer, je vais commencer à préparer le petit-dej'. »
Charlie hocha la tête et disparu de la chambre, avant qu'elle ait le temps de faire un autre mouvement. Le jeune homme était certain qu'il allait détester cette journée. Cette foutue érection – qui n'avait pas sa place, qui selon lui devait être tabou (franchement comme s'il fantasmait vraiment sur la meilleure amie de Ron, c'était seulement un dérèglement de son cerveau, voilà) – qui l'avait fait paniqué. Et, là, Hermione qui bousculait cette routine fragile qui maintenait un certain équilibre entre eux.
Le dragonnier fit une brève toilette, préférant oublier toute cette situation, croyant fermement que tout reviendrait comme avant, comme les treize jours de cohabitation avant celui-ci. Il troqua son survêtement pour un jean et prit une chemise à carreaux bleue et noire, qu'il boutonna en se rendant dans la cuisine, d'où venait déjà une odeur de café.
Il trouva Hermione dans la cuisine, le nez déjà dans sa tasse de café. Charlie n'avait pas fait beaucoup d'efforts pour connaître la Gryffondor. Cependant, après treize jours de cohabitation, il savait qu'elle faisait des cauchemars à propos de ses parents et de Bellatrix Lestranges, qu'elle avait rarement les cheveux détachés, qu'elle détestait le jus de citrouille, que son air hautain qu'elle arborait en permanence était une façade, qu'elle poivrait la plupart de ses plats, qu'elle faisait les mots croisés de la Gazette tous les matins, qu'elle trouvait les dragonneaux adorables, qu'elle vouait un amour (sans borne) pour la caféine et qu'elle ne mettait que du lait dans son café.
Finalement, il connaissait beaucoup trop de choses sur Hermione Granger, à qui il adressait la parole, seulement la nuit.
« Tu n'étais pas censée commencer à préparer le petit-dej? » demanda-t-il, oubliant sa propre résolution de garder leur cohabitation silencieuse, avec un ton moqueur.
« Tout comme. » dit-elle, après avoir avalé sa gorgée, avec un petit sourire, qui ressemblait davantage à une grimace. « J'ai préparé le plus important! »
Très étonnant. Charlie décida de ne pas faire de cas de sa mimique. Il se mit à sortir des armoires et du petit réfrigérateur – la plupart des sorciers reconnaissaient que ce type d'inventions moldus étaient plutôt utiles – des céréales, du pain, de la confiture, du jus de citrouille, du lait et du fromage sur l'îlot de la cuisine, tâchant d'ignorer (volontairement) les jambes que laissaient paraître les shorts de son pyjama.
« J'ai trouvé Coq, dans la cuisine. » dit la jeune femme, sur le ton de la conversation.
Voyant le silence de l'exemplaire Weasley devant elle, elle se permit d'ajouter :
« Coquecigrue, le hibou de Ron. Il avait une lettre, je l'ai mise là. » Hermione pointa la lettre sur le comptoir. « Il est dehors, maintenant, je crois qu'il s'est mis en tête de jouer avec Treyu. »
Treyu était le Moyen-Duc de Charlie. Ce dernier hocha la tête, prit la lettre du bout des doigts et s'appuya sur l'un des comptoirs tout en parcourant la lettre. Hermione, plutôt fébrile de recevoir (enfin!) des nouvelles de ses amis, s'occupa à couper des morceaux de fromages ou à se verser un verre d'eau.
C'était la lettre la plus longue, ou quoi? Ou, Charlie lisait définitivement beaucoup trop lentement. À voir. La jeune femme roula des yeux, à un moment.
Elle se sentait comme un paquet de nerfs. Quand il déposa la lettre sur l'îlot, le jeune homme lâcha un soupir puis il esquissa un sourire franc. La jeune femme eut l'impression que l'air entrait à nouveau dans ses poumons, se rendant compte qu'elle avait oublié de respirer, depuis le début de la lecture de la lettre.
« Fred est sorti du coma. » annonça le roux.
« Enfin. » dit-elle, soulagée.
« Ron dit que ça va probablement prendre du temps avant qu'il sorte et qu'il va avoir besoin d'une rééducation, mais rien d'impossible. »
Hermione hocha la tête, elle aussi, arborant un grand sourire. Une bonne nouvelle parmi la nuée de mauvaises. Est-ce que les conséquences de la guerre allaient se terminer? Le jeune homme se prit une tranche de pain et commença à la tartiner de confitures, qui avaient été préparées par sa mère.
À chaque fois qu'il allait au Terrier, Charlie repartait avec une quantité impressionnante de nourriture. Comme si Molly ne faisait pas confiance en la cuisine de son fils pour le nourrir suffisamment ou qu'elle avait peur qu'il meure de faim.
« Tu devrais écrire à ta mère. » lâcha Hermione.
« Pourquoi? » Il fronça les sourcils, l'observant comme si elle était une extra-terrestre.
« Elle doit être inquiète... On ne lui a pas donné de nouvelles depuis qu'on est parti. Et, elle serait contente d'avoir de tes nouvelles, non? »
« Ma mère s'inquiète de tout. Il aurait un ouragan au Canada, qu'elle croirait que ça affecte la Roumanie. Ça ne sert à rien que je lui écrive, elle est inquiète, pareil. »
Il exagérait, à peine. Selon Charlie, Molly lui envoyait beaucoup trop de lettres pour le contenu qu'elles avaient : elle aurait très bien pu condenser ses lettres ensemble et lui envoyer quelques-unes de moins. Elle avait même apparu dans la maisonnette, un matin, lors de sa première année en Roumanie, pour l'engueuler face au déplacement de Norbertia, que Liam, Clara et Axel avaient fait de Poudlard à la réserve.
Comme si c'était sa faute, si Hagrid avait reçu un œuf de dragon. Franchement.
« Tu devrais, quand même. »
Il allait perdre patience. Déjà, que celle-ci n'était pas très élevée, ce matin.
« Non, Hermione. Je n'écrirai pas à ma mère. »
« Pourquoi? »
Charlie poussa un soupir, alors qu'il leva les yeux au ciel. Qu'elle se mêle de ses affaires, bordel! Il n'avait rien demandé.
« Parce que. Qu'est-ce que tu veux que je lui dise? Bonjour, maman, je suis en vie, rien de spécial ici, hormis qu'Hermione est incapable de dormir toute seule, parce qu'elle a des cauchemars, bonne journée? C'est ça que tu veux que je lui écrive? » lui lâcha-t-il brusquement.
Il n'avait même pas terminé sa phrase, que le dragonnier voyait déjà l'éclat de colère enflammer les yeux bruns d'Hermione et ses sourcils se froncer.
« Est-ce que t'as six ans d'âge mental? Ta famille veut des nouvelles de toi, bordel, c'est pas dur à comprendre! C'est quoi ton problème d'être incapable de leur parler? Ils vont pas te manger, Seigneur! Ton frère a failli mourir! Tu n'as pas envie de faire passer ta famille avant ton besoin d'éloigner tout le monde de toi, deux secondes? »
« Fred, n'est pas mort. » souligna Charlie. « Il est vivant et en plus, il est sorti du coma. C'est quoi le rapport? Je n'ai jamais été près de mourir dans les deux dernières semaines, à ce que je sache! Et, à ta place, je me regarderais le nombril avant de parler. Est-ce qu'il faut que je te rappelle que tes parents sont en Australie? »
Charlie n'avait pas besoin d'un doctorat en psychologie pour savoir qu'il avait été beaucoup trop loin. Il était fort à parier que si ses yeux avaient été des baguettes, il se serait fait tuer dans l'instant présent. À la place, elle lui lança un verre d'eau au visage.
Le jeune homme ouvrit la bouche, un peu sonné par la mini-douche qu'il s'était coltinée, malgré lui. Il la regarda, presque outré de son geste, constatant au passage que la jeune femme avait des airs de véritable lionne, quand elle était furieuse.
Ce n'était vraiment pas le moment, mais Charlie ne l'avait jamais trouvé, aussi belle, dans ce vieux chandail trop grand, ses shorts, ses cheveux coiffés n'importe comment et ses yeux – encore trop expressifs, pour le propre bien du dragonnier – qui éclataient de furie contre lui.
Il avait un réel problème.
« Je ne resterai certainement pas plus longtemps avec un idiot digne d'un verracrasse, plus longtemps! » rétorqua Hermione, en sortant de la cuisine.
« C'est ça... Bon débarras! » cria-t-il, espérant que la Gryffondor l'entende, même si elle devait déjà être rendue dans sa chambre.
Charlie frappa dans une porte d'armoire, en colère. Même s'il lui en voulait d'avoir amené le sujet et continuer d'insister, alors que c'était plutôt évident qu'il ne voulait pas en parler, c'était surtout contre lui qu'il était furieux. Le dragonnier savait très bien qu'il avait dépassé les bornes.
Le jeune homme passa une main sur son visage, tout en poussant un soupir. Il devait se calmer. Avant de continuer à faire n'importe quoi, il devait retrouver un peu de patience. Après quelques minutes, il décida de bouger vers la chambre de la jeune femme, n'ayant pas encore déterminé ce qu'il allait bien pouvoir lui dire. Charlie frappa contre la porte, alors qu'il l'entendait ranger ses choses et pester contre lui.
Comment ça avait pu arriver? Hier, encore, la seule chose qui brisait le silence installé entre eux, c'était un «passe-moi le sel». Maintenant, il se criait après? C'était à ne rien y comprendre. Devant l'absence de réponse, il décida d'ouvrir lentement la porte, pour lui donner le temps de la refermer, si elle était en train de se changer.
« Si t'es ici pour me dire une autre débilité du genre, sur ma famille, va te faire foutre! » annonça-t-elle, sans un regard, fourrageant des vêtements dans un sac.
Il roula des yeux. Par Merlin, cette fille avait vraiment un caractère de merde. Elle était dos à lui, mais il l'entendait très bien renifler. Il s'en serait donné des claques! Il se sentait misérable de l'avoir fait pleurer. Pourquoi, par Grodric, cette fille devait-elle venir l'atteindre de cette manière?
« Je voulais te dire que je m'excuse. » lâcha-t-il en se triturant les doigts.
Il garda un silence et quand il vit qu'elle s'était immobilisée et qu'elle avait cessée de bouger, le jeune homme continua.
« J'aurais pas dû tout te dire ces choses-là... J'les pense même pas. J'voulais te faire réagir pour que t'arrêtes avec ma mère. »
Il poussa un soupir, nouveau silence. Hermione se retourna vers lui, les yeux rougis. Charlie se traita d'idiot. Il savait très bien qu'en parlant de ses parents, il avait touché un point sensible – trop, peut-être. Le jeune homme mit ses mains dans ses poches, ne se sentant pas du tout à l'aise.
« Si ça peut te faire plaisir, je vais lui écrire, à ma mère. »
Il râlait. Charlie détestait vraiment l'effet de la jeune femme sur lui. Elle avait beaucoup trop de pouvoir sur lui, et elle n'en savait sûrement rien.
« Et, je vais aller te porter au terminal des portoloins, c'est la moindre des choses que je peux faire... »
Nouveau silence. Charlie ne parla pas, sachant très bien que tout était entre les mains d'Hermione : s'il ajoutait quelque chose, il aurait l'air plus débile qu'il en avait déjà l'air. La jeune femme finit par déposer son sac sur le lit, après ce qui lui parut une éternité.
« Il faut pas que t'ailles à la Réserve? »
« Ils vont bien pouvoir se passer de moi pendant une journée. »
Et, s'il y avait une urgence, les autres dragonniers savaient très bien où le trouver. Elle hocha la tête.
« Je sais pas... »
La jeune femme cessa de parler pendant un moment, et elle se mit à éclater en sanglots. Charlie en sursauta presque, ne s'attendant pas à ce type de réaction. Mal à l'aise, il s'approcha d'elle, lentement pour la réconforter et lui donner en même temps tout le temps pour le repousser. Après tout, c'était à cause de lui, si elle était dans cet état. Hermione combla l'espace entre eux, en s'engouffrant dans ces bras qu'elle connaissait, maintenant, par cœur.
« J-j-je suis ép-épuisée. » bégaya-t-elle.
Le jeune homme caressa doucement les boucles brunes et la conduisit doucement vers le lit où il débarrassa d'une main les sacs d'Hermione, les envoyant valser par terre.
« Viens, on va dormir. »
Ils en avaient besoin tous les deux, de toute manière.
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Comme des enfants en cavale
Qui refusent de dormir
Quand s'éteint leur étoile
Et qu'il faudrait vieillir
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Charlie reposa sa tasse de café sur l'îlot de la cuisine, observant la jeune femme devant lui. Il devait faire beaucoup d'efforts pour ravaler le sourire qui menaçait de se pointer sur son visage. Il fallait être aveugle pour ne pas voir comment Hermione était fébrile et trépignait d'impatience. Elle sautait presque sur place.
Alors, que lui, mangeait sa tartine à une vitesse d'escargot, afin de voir jusqu'à quel point il pouvait user la patience de l'Anglaise. Il était un peu cruel, en réalité.
« Tu ne manges pas? » observa-t-il, d'une voix égale, ne laissant rien paraître de son amusement.
« J'ai pas faim. » répondit-elle, aussitôt. « Est-ce que c'est possible pour toi, tu penses, de manger plus lentement? »
« Oui. » dit Charlie, ironique. « Tu veux que je te montre? »
« CHARLIE WEASLEY! »
« Quoi, Hermione Granger? »
« C'était une manière de parler! »
Le roux ne put s'empêcher d'éclater de rire devant la mine découragée qu'arborait la jeune femme, ce qui la fit aussitôt pester contre lui.
« Tu es abominable. » bouda la jeune femme.
« Tu t'es trompée avec adorable, je pense, ma belle. »
La jeune femme s'efforça de ne pas tiquer au surnom qu'il avait employé, même si son ventre s'était contracté à cette seule appellation. Jamais elle ne lui dirait, même sous la torture, mais elle adorait ce surnom. Hermione aimait comment il sonnait dans sa bouche : comme s'il partageait une certaine intimité, un secret. Comme si quelque part, elle était un peu à lui, aussi.
Le surnom lui avait échappé, un peu naturellement, quand il lui expliquait comment approcher Solal, un boutefeu chinois que Charlie affectionnait énormément. Devant la teinte que ses joues avaient prise, Hermione avait préféré ne pas relever, songeant que ça allait seulement créer un malaise entre eux. Et de toute manière, ce n'était pas comme si ça la dérangeait. Bien au contraire! Particulièrement, quand il la réconfortait la nuit, quand elle se réveillait en sursaut.
Hermione s'était énormément rapprochée du dragonnier depuis qu'ils avaient cessé cette cohabitation silencieuse, entre eux, depuis qu'ils s'étaient engueulés au sujet d'une lettre à écrire à Molly (qu'il avait finalement rédigé et envoyé, en grommelant dans sa barbe). D'inconnu, il était devenu l'un de ses amis les plus précieux, en quelques semaines. Malgré leurs caractères difficiles, ils finissaient souvent par bien s'entendre et se comprendre. Et, leur proximité durant la nuit avait contribué à ce rapprochement rapide : ils avaient décidé que c'était idiot de continuer à dormir chacun de leur côté, si c'était pour se retrouver dans le même lit en plein milieu de la nuit.
Le problème résidait dans le simple fait que ça aurait été si facile de perdre les pédales avec lui. Par Merlin, Charlie Weasley faisait travailler tout son sang-froid. Il avait sept ans de plus qu'elle, c'était le frère de son ex-petit-ami et il était devenu son ami, mais si Hermione écoutait ses hormones, elle aurait tout jeté à la poubelle pour lui sauter dessus.
Il termina d'avaler la tartine, alors qu'elle lui faisait un doigt d'honneur (tout mérité) et lui répondit simplement avec un sourire en coin, qui acheva de faire fondre son cerveau. Hermione devait vraiment se reprendre.
« C'est bon, viens on va aller à la Réserve. »
« Il était temps! » fit remarquer la jeune femme, avec empressement.
« C'est ça, que ça fait boire trop de café, on est sur les nerfs! Et n'oublie pas, il faut que j'aide Liam à préparer les Dent-de-vipères pour le transport! »
« Je sais! » s'empressa-t-elle de répondre, avant de sortir de la cuisine pour se diriger vers la porte d'entrée de la maisonnette.
Hermione avait préféré ne pas commenter les efforts (désolants) du jeune homme de lui faire remarquer que sa consommation de caféine était anormale. Ça ne changerait rien et ça l'a faisait plutôt rire. Elle enfila les bottes que Clara – la seule dragonnière de la réserve – lui avait prêtées afin qu'elle se sente plus à l'aise.
Ça faisait un mois qu'elle était en Roumanie, maintenant.
La brune avait été surprise à quel point son moral s'était amélioré. Il fallait dire que la diminution de ses cauchemars jouait pour énormément. Hermione n'en faisait que trois-quatre fois par semaines, alors qu'elle en avait fait tous les jours pendant un mois et demi. C'était un changement énorme, selon elle. Le temps jouait son rôle, mais elle savait que la présence de Charlie y contribuait, également. Il l'apaisait. Il était patient, aussi. Il attendait qu'elle veuille bien parler, et il ne lui posait pas des questions d'emblée.
Hermione avait fini par lui parler, faisant filtrer les informations presque au compte-goutte, sur leur dernière année. Elle lui avait aussi parlé de ses parents et, combien ils lui manquaient. De son côté, le dragonnier avait abordé sa propre famille et son amitié avec Tonks, qui lui manquait. Ils parlaient de sujets plus légers. D'autres fois, ils restaient en silence. Souvent, ils continuaient d'aller voir les étoiles. C'était un peu leur truc, à eux.
Le seul problème résidait à son cerveau qui fondait, devenant imbécile, quand il lui souriait, à la lave qui se déchaînait dans ses veines quand il déposait une main sur sa hanche pour la serrer contre lui ou à son ventre qui se contractait quand il la regardait comme si elle était la personne la plus importante sur la Terre. Dans ces moments-là, Hermione doutait fortement de sa capacité à ne pas lui sauter carrément dessus.
La jeune femme faisait, alors, tout son possible pour focaliser son attention sur son travail à la réserve. Les dragons auraient, peut-être, le pouvoir de l'empêcher de foutre le bordel dans son amitié avec Charlie, qui sait? Et, quelque part, ça fonctionnait.
Chaque jour, elle apprenait une multitude de choses. Sur les dragons, bien sûr, mais surtout sur elle-même. La brune fût la première surprise de constater que ces créatures si dangereuses la fascinaient. Ils sentaient chaque parcelle de ses émotions, les devinant avec aisance, alors qu'elle-même en avait à peine conscience. Elle admirait la façon que Charlie et les autres dragonniers avaient de les approcher, de se faire écouter d'eux et de risquer leur vie pour le bien de ces créatures. Le dernier mois l'avait amené à douter de tout, même d'elle-même.
Pendant les deux dernières semaines, elle s'était occupée d'œufs orphelins de dragons que des braconniers avaient abattus. Charlie avait consenti à ce qu'elle prenne soin de Plum, un Noir des Hébrides, qui avait éclot, deux jours plus tôt, sous sa surveillance. Le dragonneau s'était pris d'affection pour la jeune femme, rapidement, et, Hermione avait senti son cœur se tordre sous les coups de museau qu'il lui donnait pour se faire caresser ou sa manière de s'endormir sur ses genoux.
Charlie avait presque dû l'arracher à l'enclos. Elle aurait passé toute la nuit, là. C'était même elle, qui l'avait nommé. Charlie l'avait laissé faire, après qu'elle lui ait cassé les oreilles pendant trente minutes sur le fait qu'il était beaucoup trop mignon pour qu'il lui donne un nom à coucher-debout ou un nom qui devait dater des années 1910. Hermione savait très bien que derrière ses airs «d'homme des cavernes qui la trouvait exaspérante» il était ravi qu'elle s'intéresse autant à sa passion.
Depuis deux jours, chaque matin, elle trépignait d'impatience d'aller retrouver le petit dragon.
Charlie arriva près d'elle, quelques minutes plus tard, et il enfila rapidement ses bottines. Ils ne prirent même pas la peine de sortir dehors : ils transplanèrent directement sur le site de la Réserve.
Comme convenu, Hermione accompagna – de loin – le dragonnier qui devait aider Liam à mettre en cage trois Dents-de-vipères du Pérou. La Réserve avait contribué aux soins des dragons et ils étaient prêts à repartir dans leur habitat naturel. Deux dragonniers, qui étaient attachés à une réserve du Brésil, étaient venus les aider et ils partaient cet après-midi, avec leurs précieuses cargaisons avec Erwin et Malik, deux autres collègues de Charlie.
L'opération dura plus de trois heures, les dragons n'ayant aucune envie d'entrer dans les cages. Toutefois, la jeune femme avait une patience à toute épreuve et était restée docilement près d'eux, prête à les aider du mieux qu'elle pouvait.
Charlie finit par venir la rejoindre, après avoir passé plusieurs minutes à tenter de calmer un mâle qui tempêtait dans sa cage. L'air d'enterrement qu'il arborait fit légèrement sourire Hermione. Cet homme avait tant de difficultés à donner des nouvelles à sa famille, alors qu'il s'attachait en un clin d'œil à ses dragons. Et, c'était bizarrement l'une des choses qu'elle appréciait chez lui.
« Nalf va bien? » demanda-t-elle avec douceur.
Il passa une main dans ses cheveux, époussetant ses vêtements. Le jeune homme acquiesça, sans rien dire, alors qu'il continuait sa marche, se rendant vers les enclos des nouveau-nés. Hermione poussa un soupir, avant de le rattraper. Sa main attrapa la sienne, ses doigts vinrent se caler entre les siens. Charlie lui jeta un regard en coin, sans pour autant s'enlever de son contact.
« Ça te fais quelque chose, hein, qu'il parte? »
« Oui. » soupira-t-il.
Elle n'ajouta rien, devinant qu'il n'aurait pas spécialement envie d'en parler. Hermione avait appris à le connaître et ne pas tenter de forcer. Ça donnait rarement quelque chose de bien : ils finissaient toujours par se prendre la tête. La jeune femme fit un geste pour laisser sa main, mais aussitôt il la rattrapa. La brune esquissa un petit sourire pour elle-même. Elle ne pouvait s'empêcher d'aimer qu'il recherche son contact, que d'une certaine façon, elle l'aidait, un peu, lui aussi.
« Tu te rappelles ce que je t'ai dit? » demanda Charlie, changeant de sujet, et visiblement plus à l'aise que de parler du départ de Nalf.
« Tu parles des règles de sécurité que tu dois m'avoir récité vingt fois, cette semaine? Ouais, non, je pense que je m'en rappelle à peine... »
Il lui coupa la parole en tirant sur sa main, ce qui eut l'effet de la rapprocher davantage de lui. Sans qu'elle puisse s'en empêcher, son cœur se mit à se débattre comme un forcené face à cette nouvelle proximité entre eux. Charlie était aussi épuisant qu'un dragon. Elle plissa le nez, tâchant de conserver un air moqueur, malgré l'effet qu'il lui provoquait et de garder ses pensées en ordre. Ce qui n'était pas chose aisée devant l'air sévère et la façon qu'il la regardait. Grand ciel, il ne faisait rien pour l'aider à ne pas avoir envie de combler les quinze centimètres entre leur bouche.
« Excuse-moi, mais ta sécurité n'est pas vraiment mon sujet de blague préféré. »
La réplique eut l'effet d'une douche froide sur ses hormones.
Combien de fois devait-elle lui dire qu'elle n'était pas faite en sucre? En un mois, elle avait pratiquement tout lu les bouquins qu'elle avait pu trouver sur la Réserve et dans la bibliothèque de Charlie. Et, elle avait quand même acquis un peu d'expérience!
« Ça va aller, Charlie, je t'assure. » dit-elle en se dégageant de son emprise.
Hermione esquissa un autre air mutin, qui fit lever les yeux au ciel du dragonnier. Puis, elle enfila les gants en caoutchouc et entra dans l'enclos. Elle tâchait d'être le plus calme possible, comme il lui avait montré à de multiples reprises. Comme qu'elle faisait depuis deux jours, elle alla s'asseoir sur l'un des rochers et, au bout de quelques minutes, alors qu'elle était immobile, le dragonneau apparu. Son sourire s'attendrit, aussitôt, quand elle le sentit l'escalader pour aller se poser sur son épaule et lui donner des coups de museau contre sa tête.
Ne devinant, outre mesure, que Charlie arborait le même air tendre qu'elle, mais en l'observant. Hermione était douée. Autant pour amadouer les dragons que le plus indépendant des Weasley.
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Et je ne peux pas te dire
De quoi sera fait demain
Mais à craindre le pire
Je sais qu'on ne fait jamais rien
Note : les paroles entre les textes sont de la chanson DES ENFANTS EN CAVALE d'Alexandre Poulin que j'ai mise en média.
