Au Cœur de Soi

5

Zorua


Le matin n'avait pas le temps de se lever. Je m'étais réveillée encore plus tôt que d'habitude, avant même que Zorua ne le fasse. Elle était accolée à moi, sa fourrure blottie entre mes bras… Je ne voulais pas la réveiller, donc j'essayais de me rendormir… C'est là que je le remarquais elle essayait de changer d'apparence dans son sommeil. Cherchant à fuir un mauvais rêve… Maman m'a souvent dit qu'un rêve ne se voit que quand le cerveau est disposé à se prendre lui-même en compte. Je cherchais à déplacer mes doigts dans la fourrure de Zorua pour qu'elle sente ma présence.

Cette petite m'aime énormément. Elle me fait confiance, et sait que je n'irais pas la trahir. Je sentais son agitation se calmer. Je n'arrive pas à me rendormir, une fois réveillée la moindre action, et je ne peux pas y retourner… Dans la nuit noire, je voyais deux perles argentées briller. Zorua s'était réveillée, je lui chuchotais

« Tout va bien ? Tu te sens mieux ? »

Elle se blottissait avec encore plus de tendresse… La manière dont elle réagissait… Que recherchait-elle que je possédais ? Sans se rendormir, elle sautait du lit sur le sol. Je voyais ses yeux briller, cherchant mon regard.

« Tu veux partir dès maintenant ? »

… Je pense que c'est un "oui" qu'elle vient de m'adresser… Je me glissais hors du lit, et attrapais des vêtements que j'avais déjà préparé, sachant que Bianca dormait dans la même chambre ce soir… Zorua m'attrapait un bloc-note pour que je laisse un mot à la demoiselle au sommeil de plomb… Ma protégée a réellement compris comment je fonctionnais… Je pense que je ne passerais pas par la salle de bain, ce matin je ne voudrais pas faire attendre ma partenaire. Pourvu qu'il n'y ai pas trop de vent… Cette masse capillaire ne se contentera pas facilement de coups de brosse rapides.

Non. Pas de vent. Sortir l'hiver, en pleine nuit… J'ai toujours apprécié mes footings matinaux à cette période de l'année ! Zorua s'est logée dans mon sac… Même un Pokémon à fourrure peut ne pas supporter le froid, on dirait… On sortait sur la Route 16, c'est celle qui donne sur les Bois des Illus-

« Arrêtez-vous ! »

Une lampe torche éclairait un Ponchien en position défensive. Un agent de police nous bloquait la route

« Que portez-vous dans votre sac ? Je l'ai vu bouger. »

Je m'approchais de l'agent en serrant mon sac… Zorua se cramponnait à l'intérieur… J'expliquais la situation

« C'est un Pokémon sauvage. On voyage ensemble depuis un moment, et elle n'aime pas le froid.

— Montrez le moi, ainsi que votre carte de dresseur. Beaucoup de vols ont lieu en ce moment, donc tâchez de vous tenir à carreau. »

Je remettais ma carte dresseur à l'agent, et je lui demandais un instant, à lui ou à son Pokémon qui nous cernent actuellement… J'ouvrais mon sac de dos

« Zorua… On n'a pas le choix, n'aies pas peur... Tu peux sortir du sac, s'il te plaît ? »

… D'abord en me regardant l'air désolée, Zorua sortait du sac. Le policier semblait me faire confiance, et a inspecté Zorua avec sa lampe… Je me retenais de lui expliquer qu'elle avait peur des humains, et qu'elle était très sensible à l'agressivité. Le policier s'arrêta et me demanda

« Pourquoi un dresseur voyagerai avec un Pokémon sauvage ?

— … Mes raisons seraient difficilement crédibles, mais Zorua me fait confiance. Et je l'aide pour retrouver son chemin, car je suis menée à beaucoup voyager. »

Zorua grimpait sur mon épaule, s'y cramponnant au plus près de moi… L'agent inspectait minutieusement la scène. Au bout d'un moment, il me tendait ma carte

« Tenez. Vous ne répondez pas au portrait de notre cible principale, mais comprenez que la police ne peut jamais être trop prudente.

— Vous faites votre travail. Pourrais-je savoir de qui doit-on se méfier ?

— Des individus portant une armure grise avec un blason bleu. Si vous les retrouvez, soyez prudents. Appelez-nous si vous pouvez confirmer leur position. »

… La Team Plasma… J'ai lu beaucoup de journaux depuis ce discours à Arabelle le discours de l'un des Sept Sages, Ghetis, a été totalement étudié par un journal très important d'Unys. Depuis lors, leur nom évoque surtout le vol de Pokémon, et comme nous l'avons entendu dans la Forêt d'Empoigne : seule une petite fraction de leur organisation n'opère pas de force brute… Non… On recense de nombreux cas d'abandons de licence de dresseur suite aux interventions de cette fraction… Le discours de cet homme, peut-il être représentatif des vraies valeurs de la Team Plasma ?

Nous suivions toujours la carte. Aucun Pokémon ne semble être très actif pendant la nuit… À part un Miamiasme maladroit, nous n'avons rien aperçu sur notre route. Et c'est ainsi que nous nous sommes dirigées au plus profond d'un enchevêtrement d'arbres, jusqu'à enfin trouver le lieux que nous voulions les Bois des Illusions. Je laissais Zorua partir devant, en appelant Mélusine, ma Manternel, pour nous protéger…

En avançant, tous les coins semblaient pareils des arbres, des souches, des restes d'attaque plante de Pokémon… La croissance de ces derniers indiquait une bataille qui devait être très ancienne… Les feuilles des arbres bruissaient, et la froideur des lieux donnait des frissons quand le moindre coup de vent s'engouffrait dans les bois…

Un Émolga passait, scintillant dans la nuit… Je le regardais voler autour de nous avant de s'en aller… Il… vole vers une des ronces ?! J'allais pour le prévenir, mais sa lueur passait à travers… Plus loin encore, je le voyais toujours brillant… Zorua partait en vitesse Mélusine et moi la suivions.

On s'est arrêtées devant la ronce… Zorua indiquait quelque chose… J'essayais de toucher la racine… Ma main passe au travers… En remontant mon bras, je voyais que toute la ronce, enroulée sur elle-même, était intangible… Je fixais Zorua

« Une illusion ? »

Elle hochait de la tête. Les Bois des Illusions… Sa nature est-elle de créer les illusions, ou leur origine est-elle ce qui leur a valu ce nom ? En avançant toujours plus, nous nous sommes confrontées à un mur de ronces… Je demandais à Mélusine de préparer ses faucilles pour essayer l'attaque Coupe dessus… Encore une fois, des illusions… En cherchant l'accord de ma protégée, nous avons convenu de la marche à suivre ! On passe au travers !

… Le… soleil ? Une large clairière ensoleillée s'était ouverte… De nombreux Doudouvet flottaient dans les airs. Je m'avançais lentement… Les arbres étaient également des illusions je voyais des Pokémon leur passer au travers, et continuer à courir dans tous les s-

Une nuée de Ratentif nous passait au travers. Aucun d'entre eux ne nous a touchées… Cette clairière, ce soleil, la nature ou les Pokémon… Rien ne semble réel, ici. Zorua s'avançait toutes seule dans la clairière, et poussait un cri long et doux, un cri d'appel. Les arbres et les Pokémon disparaissaient. Seule restait une clairière fleurie et ensoleillée… J'ai compris.

Un Pokémon noir approchait une grande crinière rouge formait une queue-de-cheval bouclée par un anneau bleuet… Zorua réagissait à sa présence avec excitation. Mon Pokédex m'informait il s'agit de Zoroark, évidemment la forme évoluée de Zorua. Son pouvoir illusoire est à un niveau incroyable, et plus que les sens, il peut déformer la réalité des choses à sa guise. Les deux Pokémon se réunissaient chaleureusement la joie étant parfaitement visible sur le visage… Un pincement au cœur, je ne pouvais m'empêcher de sourire d'émerveillement en voyant cette famille s'étant retrouvée.

Zoroark me remarquait ensuite. Son expression montrait clairement qu'elle portait une grande attention à cette dresseuse et son Pokémon qui venaient d'arriver ici avec son enfant. Je ne bougeais pas, et Mélusine n'affichait pas une once d'agressivité. Je voyais Zorua essayer de convaincre sa mère… Les deux Pokémon Ténèbre me faisaient face. La mère s'approchait de moi, jusqu'à un niveau presque trop proche, elle me dévisageait.

Dans le plus grand des calmes, j'attendais qu'elle finisse de m'inspecter… J'aurais éveillé des soupçons, ce soir… Elle s'écartait, et se retournait vers son enfant… Zorua filait vers moi et me caressait la jambe avec sa fourrure… Je m'abaissais

« C'est génial. On a réussi à trouver où tu voulais aller en si peu de temps… Tu aurais sûrement été plus vite sans moi, mais je me suis énormément amusée dans ce voyage avec toi. »

Je me retenais d'aller caresser la petite, mais c'est elle qui me projetai au sol… Elle me câlinait, avec énormément de tendresse et de reconnaissance… Dans un angle, je voyais sa mère me remercier… C'est à ça que ressemble la fin d'un voyage ?

Je me relevais, et saluais les deux Pokémon

« Je suis heureuse de vous avoir rencontrées. Zoroark, ta fille est de retour, et j'ai déjà eu affaire à ceux qui te l'ont enlevée… J'espère que vous vivrez une vie heureuses. Bon vent. »

… Les ravisseurs de Zorua… Après les événements de l'Île Liberté, j'ai découvert qu'elle était effrayée de la Team Plasma. Sans moi, cette petite aurait vécu terrorisée, même si elle avait rejoint sa mère… J'ai apaisé son traumatisme, mais des gens sans scrupules pourraient le faire revenir en un instant… Je défendrai quiconque se retrouve face à de tels scélérats…

Les pleurs de Zorua s'entendaient tandis que je m'écartais… Elle se rua vers moi quand je m'arrêtais… Les adieux… Je me retournais vers la petite, toujours suivie de sa mère… Ce n'est pas des Croco Larme… Le pincement au cœur que je ressentais s'alourdit… Je fixais la mère de Zorua, elle acquiesça à mon regard… Une dernière caresse sur mon ex-protégée… Je ne veux pas que tout cela alourdisse encore mon départ… Zorua aimait beaucoup une de mes Poké-Poupée… Le regard la mère me l'autorisait. J'approchais l'objet

« Sois heureuse. Ce jouet est à toi maintenant. Tu es mignonne, et être avec toi était un plaisir… Bonne chance, petite. »

… J'avais presque envie d'embrasser la petite sur le front, mais même avec l'approbation de la mère… Je ne veux pas empirer ces séparations, ou c'est moi qui finirais par craquer. Zorua a toujours cherché sa mère. C'est pour ça qu'elle est venue ici, et c'est pour ça qu'elle a accepté le jouet plutôt que moi. Elle aurait certainement aimé m'avoir également, mais comme toutes les histoires ont une fin, tâchons de satisfaire tout le monde. Les adieux sont toujours douloureux pour moi, il est nécessaire que la dernière chose que l'on voit soit un sourire. Car cette seule mémoire signifie que le bonheur a été atteint.