Mardi 25 juin

– Allons, allons ! Je te trouve plutôt mou aujourd'hui !

Fumikage lui lança un regard noir, avant de se relever. Minna s'entrainait depuis maintenant une bonne heure avec lui, et elle ne se lassait pas de lui lancer quelques pics.

Cette jeune femme pleine de ressource, plutôt douée dans n'importe quels sports, et elle allait bientôt passer une nouvelle ceinture si elle continuait ainsi. Qui plus est, elle était drôle et intelligente quand elle le voulait, mais… qu'est-ce qu'elle pouvait être pénible, surtout quand elle était incapable de se taire.

– Pourrais-tu te concentrer quelques instants s'il te plaît ?

– Pourquoi faire, je te bats déjà à plat de couture.

Il rechigna et lui fit face. En position de défense, il s'approcha lentement.

Si elle pensait qu'elle était à son niveau, elle se mettait le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Il avait simplement la tête ailleurs. Juste un peu.

Elle se mit rapidement en garde, elle aussi, quand elle le vit avancer.

Il balança son pied vers son côté gauche, elle esquiva de justesse, il se rattrapa, lui faucha les jambes, elle tomba à la renverse. Avant même qu'elle ait pu se relever, il lui attrapa le bras, et lui fit une clé. Les jambes entourées autour de son cou, il commença à lui comprimer la gorge en plus.

Il n'eut même pas besoin de compter jusqu'à trois qu'elle frappait déjà contre le tatami, en signe de reddition.

L'action avait duré moins de dix secondes.

Il se releva et ne lui proposa même pas d'aide. Elle l'avait cherché, et elle le savait.

– Je te trouve bien irascible ces derniers temps… minauda-t-elle en s'asseyant.

– Tu veux une nouvelle leçon ?

Elle lui tira la langue pour toute réponse, se releva rapidement avant de répondre :

– Non, et puis, j'ai des choses à faire ce soir ! Donc je vais partir maintenant, finalement…

– Les choses sont en train d'avancer bon train ?

Elle se figea.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– On a des amis en communs… Tu as passé un bon week-end et il semblerait que ton téléphone ait déjà sonné trois fois en une heure. Habituellement, tu l'éteins toujours.

Bien, pensa-t-elle, il semblait qu'elle n'était pas la seule, ici présente, qui pouvait être une très bonne détective.

– Tu te renseignes sur ma vie privée, tu m'en vois flattée !

Fumikage haussa un sourcil.

– Tu penses t'en sortir avec une pirouette aussi minable ? Tu m'as habitué à mieux comme excuse.

Elle aurait peut-être mieux fait de le laisser tranquille ces derniers temps, puisqu'il semblait savourer ses remarques au plus haut point.

– Pense ce que tu veux, moi, je file !

Il n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit, qu'elle courra jusqu'au vestiaire et ferma bien la porte derrière elle. Cela ne l'empêcha pas de sourire. Au moins, il avait de quoi la faire taire désormais.

Il soupira et s'assit, quelques étirements ne seraient pas de trop. Il avait eu une journée assez chargée jusqu'à vingt et une heures, puis Minna était arrivée, ne lui laissant pas le temps de souffler.

Par habitude, il ferma les yeux tout en s'assouplissement. Autour de lui, le bois craquait, le bruit de la douche lui parvenait et l'eau coulait à rythme régulier, comme son cœur et son souffle.

Les grillons chantaient au-dehors, prouvant que la chaleur était omniprésente.

Quelques minutes s'écoulèrent sans qu'il n'y prenne garde, ce fut la présence de Minna qui lui en fit prendre conscience.

Elle lui lança un joyeux « à demain » avant de s'enfuir plus que de partir, et le laissa de nouveau seul, les bras ballants.

Fumikage regarda autour de lui. Essayant de trouver quelque chose à faire sans même le vouloir, histoire de s'occuper, encore un peu.

Cependant, il fallait se rendre à l'évidence, il s'était levé presque à l'aube, avait fait le ménage de sa maison, de son dojo également, s'était occupé des cours. Il avait même mangé avec Mashiaro avant de revenir pour les cours du soir, il n'avait plus rien à faire pour la journée, à part se laver, manger et dormir.

Mais il n'avait pas envie de rentrer. Seul.

Il ferma les yeux et prit une grande inspiration. Elle allait bien, du moins, si ce n'était pas le cas, il aurait certainement eu une visite très déplaisante pour lui apprendre.

Sa gorge se serra. Malgré tout ce qu'il pouvait penser pour se rassurer, l'angoisse était là, tapis dans l'ombre, prête à bondir au moindre signe de faiblesse.

Quelques mouvements d'épaules, il s'engagea dans le couloir jusqu'au vestiaire, à son tour, et s'y enferma.

La douche fut rapide, et froide. Il se sécha et s'habilla rapidement, avant de fermer toutes les issues, jusqu'à se retrouver devant la porte d'entrée. Un dernier tour de clé, et il se mit dos au dojo.

Il lui fallait descendre encore quelques mètres, avant d'arriver dans la rue. Et il n'avait pas envie.

Presque quatre ans auparavant, une jeune femme était assise sur les marches, à quelques pas, perdue. Comme cet été, il faisait chaud, et il avait fermé le dojo tardivement. Il se souvient de son étonnement d'avoir trouvé quelqu'un encore là, et il s'était approché doucement, sans pour autant se cacher. D'un simple geste de la tête, il l'avait salué et elle lui avait souri en retour. Il l'avait trouvé magnifique tout de suite, avec ses grands yeux et son air gêné. Elle venait d'arriver en ville, et s'était perdue en essayant de rentrer chez elle, sans smartphone, elle n'avait pas pu se repérer et avait fini par s'asseoir ici par dépit.

En quelques minutes, ils avaient sympathisé, et depuis, ils ne s'étaient plus quittés. Jusqu'à cette mission.

Des mois qu'elle était partie.

De nouveau, il ferma les yeux et prit une grande inspiration. Elle était vivante, et allait sûrement bien, il ne devait pas s'inquiétait.

Rouvrant les yeux, il descendit les marches rapidement. Il devrait faire des exercices de méditations en rentrant, cela lui ferait le plus grand bien.

Il tourna à gauche et s'arrêta immédiatement.

Adossée au mur, une silhouette reconnaissable entre mille était là, non loin du lampadaire. Ses longs cheveux paraissaient noirs dans la nuit, sa bouche semblait boudeuse et son regard, perdue dans le peu d'étoiles visibles.

Les larmes lui piquèrent les yeux. Sans voix, il resta planté là tandis que la jeune fille penchait enfin la tête. Revenant enfin sur terre, elle l'observa longuement, puis un sourire naquit sur ses lèvres. Comme quatre ans en arrière. À la différence que, cette fois-ci, ce fut elle qui s'approcha et, d'un geste tendre, posa ses mains sur ses joues, tendrement.

Fumikage n'en revenait pas, elle était là, en chair et en os.

Bel et bien là.

D'un geste brusque, maladroit, il la serra fort, aussi fort que son cœur battait et ses larmes, brulantes, dévalèrent.