─ C'est pour moi ? questionna Severus n'en croyant pas ses yeux.

Lucius Malfoy devait se l'avouer, il s'attachait au crasseux. Il avait profité de son anniversaire pour demander à ses parents un cadeau exceptionnel : une garde-robe pour l'enfant dont il avait parlé aux dernières vacances. Ses parents avaient aussitôt accepté l'achat de quelques robes et affaires scolaires dont une panoplie de potionniste. Ils venaient de les envoyer. Donner aux pauvres était très bien pour leur image : d'autant plus que les Black, amis mais rivaux aussi, venaient de perdre de l'argent en bourse avec la crise actuelle. Montrer leur richesse plaisait au Malfoy dans ces circonstances.

Evidemment, Lucius avait également obtenu de somptueux présents mais rien ne le toucha autant que le regard de Severus. Malgré cela ce dernier finit par renifler et dire.

─ J'en ai pas besoin.

─ Tu es trop fier, Severus.

Lucius se pencha vers Severus, sifflant à son oreille : « Je ne le fais pas pour toi. Ce n'est de toute façon pas à ma taille. Si tu n'en veux pas, je les brûlerais mais tu pourrais simplement me rembourser en m'aidant en potion. Je ravale ma fierté pour ton aide, tu la ravales pour la mienne ? »

Lucius aurait pu lui dire qu'il savait que Severus volait mais il sentait que ce serait humiliant. S'il pouvait l'aider de cette manière, alors il pouvait bien faire semblant d'avoir besoin d'aide en potions.

Severus hésita, fixa les vêtements, le chaudron, les livres d'écriture et les plumes. Il finit par accepter les cadeaux. Il les rangea avec soin près de son lit menaça clairement Greengrass qui n'était de toute façon pas assez courageux pour s'en prendre au protégé de Malfoy.

Il se changea. Narcissa regarda l'étudiant remontait le dortoir des garçons, correctement habillé et quitter fièrement leur salon. Elle tourna un regard nouveau vers Lucius qui remontait à son tour. Elle devinait ce qu'il avait fait. C'était gentil. Vraiment gentil. Elle voyait bien qu'il essayait d'aider Severus. Pourquoi ? Qu'avait-il trouvé de fascinant dans ce petit corbeau aux yeux d'onyx et au nez crochu. Lucius était d'une beauté sans égal. La gueule de métèque blafard de Severus faisait injure à la beauté fascinante de Lucius. Elle estimait Severus : il était obstiné et travailleur. Lucius la regarda étonné d'être observé par la jeune fille blonde d'un naturel réservé. Elle détourna le visage, effrontée, en voyant qu'elle avait été vu. Il rit gracieusement et se rapprocha d'elle.

─ Tu admirais ma beauté, Narcissa ?

─ Mes sœurs ne te suffissent pas.

─ Tu es si peu aimable, pourquoi n'es-tu pas aussi amusante que Bellatrix et aussi sociale que Andromeda ?

─ Parler est inutile.

Lucius n'était pas d'accord. Il adorait monologuer des heures et débattre de tout. Narcissa se rapprocha de lui. Ses doigts fins passèrent sur le col du garçon pour le remettre en place. Elle redressa sa tête vers lui, ses beaux yeux s'accordant à ceux de Lucius. La benjamine des Black appuya de son talon plat sur la pointe de la chaussure de Lucius, l'attirant vers elle, froissant le col en le tenant fermement avec ses pouces.

─ Il vaut mieux agir. Arrête de faire souffrir Andromeda. Elle est ta fiancée et tu es toujours avec Bellatrix.

La fillette sourit à son ainé et retira son pied. Sa chevelure angélique et ses yeux clairs lui donnant un air davantage en bonne santé que ses sœurs. Elle semblait aussi plus fragile. Il ne fallait définitivement jamais se fier au Black ! A l'instant, elle semblait redoutablement dangereuse.

Malgré qu'il était ennuyé de devoir ces vêtements luxueux, Severus marchait la tête haute. Il croisa James qui quittait la bibliothèque en courant et le bouscula. James avait laissé une trace de sueur sur le vêtement propre de Severus qui le nettoya immédiatement. Il observa l'autre garçon qui était trempé. Pourquoi sortait-il d'une bibliothèque comme d'une salle de sport ?

James observa Severus avant de rire amusé :

─ T'as l'air encore plus ridicule que d'habitude !

─ Je trouve que ça te va bien, dit Lily.

Elle sortait de la bibliothèque accompagnée de Peter et Remus. Elle allait à l'entrainement de Molly et Daisy. Les deux filles étaient batteuses dans l'équipe de Quidditch. Daisy en était la capitaine. Ils ne restaient qu'un match avant la finale mais ce n'était pas ce qui inquiétait Lily. C'étaient ses résultats scolaires qui lui faisaient vouloir se rendre voir l'entrainement. Lily avait des difficultés en vol du fait de ses parents moldus. Elle ne s'était jamais entrainée contrairement à la plupart des autres sorciers. Molly et Daisy avaient proposé de lui montrer comment être davantage à l'aise après leur entrainement. Elle en avait envie. Comme Severus, elle admirait l'aisance des sorciers à voler.

Une demi-heure plus tôt, plongée dans ses livres, elle avait entendu Peter s'écrier après James qu'ils allaient être en retard à l'entrainement de Quidditch. Elle avait alors réalisé qu'elle aussi allait être en retard pour y assister.

La scène qui avait suivi l'avait laissé hésitante. Remus, James et Peter avaient demandé à Sirius de se presser et il avait refusé de quitter le nez de son bouquin. James s'était agacé. Les minutes s'étaient écoulées sous les demandes incessantes de la bibliothécaire pour qu'ils fassent moins de bruit. Finalement, Peter avait indiqué qu'il restait que dix minutes. James avait abandonné le combat et avait couru pour ne pas être en retard. Peter et Remus tentèrent de convaincre davantage Sirius. Ce dernier les repoussa d'une main agacée.

─ Ca sert à rien, McGonagall ne voudra jamais me laisser jouer. Elle est énervée car j'ai fait perdre trop de points à la maison.

─ Elle a raison !

Sirius releva les yeux vers Lily. Elle baissa la tête vers ses recherches. Ses yeux passèrent sur les titres. Les créatures enchantées, loups-garous monstres ou victimes, la lycanthropie la maladie se répand dans les communautés ouvertes, comment soulager un loup-garou. Sirius la vit observer ce qu'il faisait. Il lui fit un clin d'œil et remua sa baguette posant malicieusement son doigt sur ses lèvres. Les titres des livres changèrent :

Les blagues enchantées, sorts de fou mortels et sublimes, ces plaisanteries vont se répandre dans toute votre famille. Qu'elle soit prête !, comment piéger avec un coup tordu.

─ Tu prépares encore des bêtises, souffla Lily presque soulagée.

Elle aurait été désorientée de savoir que Sirius travaillait véritablement. Sirius lui fit un clin d'œil malicieux, murmurant un chut semblable à celui de la bibliothécaire madame Pince.

─ Molly va être furieuse que tu sois en retard Peter.

─ Je viens avec vous ! dit Lily.

Elle aimait bien parler avec Peter et Remus quand Sirius et James n'étaient pas là. Sirius la mettait mal à l'aise et James ne cessait de lui poser des questions sur sa vie de moldue sujet la mettant peu en confiance du fait de l'aversion de Severus et de nombreux sorciers à ce sujet. Ils s'éloignèrent.

Ils virent James revenir en courant. Haletant il posa ses doigts sur la table, transpirant et épuisé.

─ Sirius ! Je promets que tu joueras dans l'équipe !

Les yeux gris de Sirius se posèrent sur James. Ce dernier avait bien remarqué le changement de couleur des iris de son ami. Toutefois, il mettait cela sur les changements liés à l'adolescence. Sirius se mit à rire. Quel idiot ! James avait du faire demi-tour au terrain pour être ainsi trempé ….

─ Ca va, j'ai juste pas envie de m'entrainer aujourd'hui …

─ Mais pourquoi ? questionna interloqué James entre deux reprises de souffle.

─ Je dois trouver une blague à la hauteur de celle de Molly. Tu te rends compte de ce qu'elle a fait au début du mois d'avril ? On est tellement des amateurs à coté ! Cela m'énerve.

─ C'était il y a plus d'un mois. Tu abuses, Sirius ! Si …

Les yeux de Sirius se posèrent sur Lily. James fit signe qu'il avait compris. Evidemment. Remus ! Sirius était obsédé par l'envie d'aider leur ami. La carte des maraudeurs et Remus étaient les obsessions de Sirius et l'année arrivait à son terme sans être parvenu à faire l'une ou régler le problème de l'autre ou au moins le soulager. Il s'éloigna aussitôt à nouveau se remettant à courir. Remus, Peter et Lily qui marchaient le suivaient en bavardant. Ils le virent bousculer Severus, se mettre à rire, se moquer de sa tenue et repartir.

─ Je trouve que ça te va très bien, dit Lily en admirant la robe verte de son camarade.

─ Mieux que ta chevelure de mouton, répondit Severus.

Il vit le visage de son amie se décomposer. C'était une habitude chez les serpentards d'être ironique. Il avait oublié de se retenir. Il la vit blanchir et partir avec Remus et Peter, l'ignorant. Elle savait qu'il pouvait être idiot. Tant pis, elle pouvait l'accepter. Elle pouvait encaisser. Après tout, Severus avait une vie difficile. Elle devait l'excuser. Sa mère lui avait dit : « comprends-le Lily et sois une bonne amie. S'il t'évite, c'est parce qu'il a de bonnes raisons. Tu dois lui laisser la porte ouverte. N'oublie pas que ce n'est jamais facile d'être différent. » Son père était davantage rude à l'égard du garçon dont le père alcoolique n'était pas apprécié dans le quartier. Seulement depuis que Severus l'avait embrassé dans le placard, ça devenait de plus en plus difficile d'être la meilleure amie cachée.

Les heures passèrent, la nuit remplaça le jour. Severus était passé plusieurs fois à côté de la table de Sirius. Il voulait bien croire que pour un idiot comme lui : « comment piéger avec un coup-tordu » soit un livre passionnant, mais c'était la troisième fois qu'il le parcourait. Sirius avait un vrai problème. Severus ne voulait pas l'avouer, mais il aimait l'observer et il aurait aimé que Sirius remarque ses nouveaux vêtements. Il le cherchait souvent du regard. Depuis l'histoire de l'épouvantard, Sirius semblait l'observer davantage. Parfois ses yeux indifférents se posaient sur lui et s'écarquillaient, comme se rappelant de leurs échanges. Même si la plupart du temps, Sirius ne le remarquait que pour ses plaisanteries ou ne le voyait pas. C'était pire de ne pas être vu que d'être le sujet des blagues.

Comme aujourd'hui. Severus était passé mille fois devant lui et Sirius ne l'avait pas une seule fois remarqué.

─ Tu veux te venger, c'est ça ?

Severus sursauta. Avery avait un an de moins que lui et des cheveux bruns très courts. Ses yeux étaient bleus et son apparence assez banale. Maintenant que Severus était des leurs, il était devenu davantage fréquentable. Avery remuait joyeusement sur sa chaise, agaçant Severus. Il voulait impressionner les adeptes du cachot par un fait d'armes impressionnants. Pour ça, il devait étudier dans le calme. Pas perdre son temps à regarder Sirius ou à parler avec un imbécile comme Avery.

Avery se vexa mais continua à parler à Severus de vengeance. Severus ne l'écoutait pas. Non, la guerre contre les quatre cancrelats étaient la sienne, personne n'avait le droit de s'en mêler. Elle était presque intime. Il ne voulait pas la partager.

Les heures s'écoulèrent. La bibliothèque était quasiment vide. Même Avery s'était lassé et était allé profiter du repas avec son ami Greengrass.

Les cheveux bouclés et en bataille, Sirius se redressa et se frotta les yeux. Il avait le sentiment d'être seul dans la bibliothèque. Il n'arrivait pas à oublier ce qu'il avait vu à la dernière lune.