Titre : La toile des souvenirs
Auteur: Suzan
Relectrice : Mora
Note : Les personnages, les lieux et autres appartiennent tous à la grande prêtresse, j'ai nommé JK. Rowling - sauf mention contraire.
Avertissement : Ce texte met en évidence des relations entre adultes, considérez-vous comme prévenus.
Résumé : Six ans après la fin de la Guerre, Hermione Granger, épaulée par son meilleur ami, est devenue Portraitiste. Célibataire et dédiant sa vie à son art et à ses amis, elle réalise des toiles en emprisonnant les souvenirs pour reconstituer des personnalités… Elle adore son travail jusqu'à ce qu'un beau jour un client particulier passe le seuil de sa boutique.
NDA : Bonjour à tous et bienvenue dans ce seizième chapitre ! Je suis doublement heureuse de poster cette semaine car nous venons de dépasser chers lectrices et lecteurs, les 200 reviews sur cette histoire, les 130 mis en favoris et le 215 mises en alerte ! Merci à tous ceux qui ont lu, participé et fait vivre cette histoire ! J'espère que ce chapitre vous plaira =) On se retrouve plus bas, en attendant bonne lecture à tous !
« Un portrait, c'est une empreinte directe du vécu sur le temps. »
R. Huyghe
S'il y avait une seule chose à savoir sur Drago Malefoy, c'est qu'il pouvait se montrer incroyablement tenace. Hermione le comprit à ses dépens. Après avoir analysé le thé qu'elle n'avait pas pu boire, Drago lui proposa de prendre une collation dans l'un des salons du Manoir. Hermione accepta du bout des lèvres et c'est ainsi qu'ils se retrouvèrent installés dans de confortables fauteuils avec une théière pleine et de délicieux croquants aux amandes disposés sur des petites assiettes en porcelaine.
Hermione comprit dans quel traquenard elle venait de se fourrer lorsque Cesaria et Narcissa les rejoignirent. Au moment où les deux Malefoy passèrent la porte, Drago se leva pour le saluer. La Portraitiste esquissa un sourire – ce que les Malefoy pouvaient être vieux jeu.
Aucune allusion à son potentiel déménagement ne fut faite jusqu'à ce que chacun soit pourvu d'une tasse de thé et d'une pâtisserie, puis chaque Malefoy y alla de son avis et Hermione sentit le piège se refermer sur elle. Elle tenta de résister bravement mais fut bientôt dans l'incapacité de répondre face au flux de paroles de ses hôtes.
- Vous rendez-vous compte Maître Granger, trois tentatives ! Une sur votre lieu de travail, une sur le chemin que vous empruntez tous les jours et une au Ministère. Catharsia a bien trop d'appuis, argumentait Narcissa avant de prendre une gorgée de thé.
- Narcissa a raison, appuya Cesaria en essayant de paraître plus sûre d'elle qu'elle ne l'était. Le Manoir est assez grand pour nous accueillir tous, nous pourrions même vous y aménager une suite avec votre atelier. Elsy pourra continuer à s'occuper de vous, si bien que vous ne remarquerez même pas que vous êtes au Manoir…
- Granger, ne fais pas ta difficile, argua Drago avec un sourire charmeur. Cela ferait tellement plaisir à Mère et à Cesaria de t'avoir à la maison. Vous pourriez aller vous balader dans le parc. Cesaria m'a dit qu'elle n'avait pas pu te montrer le lac qui borde la propriété la dernière fois ? Et puis il fera toujours plus frais ici que dans ton appartement étouffant en plein Londres…
Les trois Malefoy poursuivirent ainsi pendant quelques minutes, renchérissant sur les arguments des autres, dans une mécanique trop bien huilée pour être parfaitement naturelle. Lorsque le sujet s'épuisa, Narcissa et Cesaria prétextèrent avoir des recherches et une correspondance à mettre à jour pour les laisser seuls dans le petit salon d'été.
Le silence qui s'installa suite à leur départ lui permit de réfléchir. Hermione ne pouvait nier que sa sécurité était menacée par le travail qu'elle accomplissait pour les Malefoy. Elle ne souhaitait pas s'installer au Manoir plus qu'elle ne voulait prendre quelques jours de congés, comme le lui avait si gentiment suggéré Narcissa pour fermer sa boutique. Cependant, Hermione avait appris très jeune que tout ne se déroulait pas toujours comme on le souhaitait.
Elle devrait néanmoins placer une limite à son séjour ici, sinon les Malefoy seraient fichus de la retenir en otage jusqu'à la fin de ses jours. Drago la sortit de ses pensées en lui demandant calmement :
- Qu'en penses-tu ?
Hermione esquissa un sourire en coin. Si Drago pouvait se montrer machiavélique, il n'était pas dit que la sorcière la plus intelligente de sa génération soit incapable de jouer également.
- Et toi, qu'en penses-tu ? Lui renvoya-t-elle d'une voix faussement innocente.
L'expression policée de Malefoy se fissura pendant quelques secondes, laissant passer une lueur de doute dans le fond de ses yeux.
- Pour ce que cela vaut, je préférerais te savoir au Manoir, en sécurité, répondit Drago parfaitement neutre. Catharsia ne pourra pas t'atteindre ici, comme elle ne peut pas atteindre Cesaria.
- C'est donc ça le plan ? Mettre toutes tes pièces sous le même toit dans une immense cage dorée bardée de protections ?
- Et avec suffisamment d'elfes de maison pour vous empêcher de vous entretuer, mais oui, effectivement c'est l'idée, conclut-il avec humour.
Hermione pencha la tête, analysant ses paroles. Son expression se fit plus concentrée.
- Pour combien de temps ? S'enquit-elle d'une voix posée, tout sourire envolé. Combien de temps cela va prendre de prouver l'ascendance de Cesaria ? Encore une semaine ? Un mois ? Un an ?
Le sourire de Drago s'effaça et il écoutait avec attention les paroles d'Hermione.
- Tu te rends compte que si j'accepte de venir au Manoir, j'accepte de mettre ma vie entre parenthèses pour une cause qui n'est pas mienne ? Questionna-t-elle sincère. Pas ma vie professionnelle, non, parce que je sais que tu contribueras plus que généreusement à la réussite de mon entreprise mais la vie que je mène après mes heures de travail.
Hermione soupira, une de ses mains ramenant son épaisse crinière sur le côté tandis qu'elle réfléchissait à la façon d'exposer le plus sincèrement ses pensées.
- Ce n'est pas une histoire d'argent cette fois-ci, poursuivit-elle, ni une histoire de loyauté ou d'amitié. Tu me demandes de consentir à un sacrifice personnel et j'avoue que je ne suis pas sûre de le vouloir.
Drago hocha finalement la tête pour bien montrer qu'il avait parfaitement entendu ce qu'Hermione était en train de dire.
- Très bien Hermione, voilà ce que je te propose : accorde-moi deux semaines. Tu fermes la boutique, tu annonces à tout le monde que tu prends quelques jours de vacances et tu t'installes au Manoir. Mère va s'occuper des recherches pour Potter tandis que Cesaria, toi et moi nous occuperons des souvenirs de Père. Lorsque je devrai m'absenter pour assister au Conseil, Cesaria te permettra d'accéder aux souvenirs.
- Très bien, accepta Hermione, et si d'ici deux semaines nous ne trouvons rien ?
- De deux choses l'une : soit pendant ces deux semaines j'aurai trouvé un plan pour mettre Catharsia hors d'état de nuire, soit nous disparaissons purement et simplement de ta vie. Nous reprendrons les souvenirs de Père et ferons le ménage. J'informerai en personne ma cousine que tu n'es plus notre Portraitiste et que nous avons effacé ta mémoire. Pour plus de sécurité, Elsy te sera toujours attribuée mais c'est tout. Plus de secrets, plus de souvenirs, plus de recherches.
Hermione jaugea pendant quelques secondes la proposition et la sincérité de Drago. Quand Luna lui avait demandé pourquoi elle s'investissait autant dans cette histoire, sa réponse avait été : « Je veux savoir, je veux comprendre pourquoi tout ça m'arrive », mais ce n'était pas entièrement vrai. Parce qu'il ne s'agissait pas seulement de comprendre, de connaître ou de maîtriser une situation – sinon une fois que Drago lui avait révélé ce qu'il en était, elle se serait désengagée de cette histoire de fous.
Aujourd'hui, Hermione entrevoyait la vérité. Les secrets de Drago lui avaient fourni ce qui lui manquait jusqu'à présent alors qu'elle n'en avait pas totalement eu conscience : une aventure. Elle avait vécu toute sa jeunesse avec une dose d'adrénaline permanente dans les veines et depuis la fin de la guerre – particulièrement après leur grand voyage – rien de spectaculaire ne lui était arrivé. Si cela convenait parfaitement à Harry, Hermione avait la sensation que le frisson de l'aventure lui manquait – frisson qu'elle avait ressenti plusieurs fois depuis qu'elle s'était engagée dans les affaires des Malefoy.
Et ce, sans compter la découverte totale qu'avait été Drago Malefoy. Sa vision de l'ancien Serpentard avait radicalement changé depuis le jour où il avait passé le seuil de sa boutique. Elle ne le voyait plus désormais comme le gamin arrogant qu'il avait été pendant sa scolarité, ni comme le jeune homme détruit qu'elle avait aperçu à la fin de la guerre, mais peut-être comme le dernier héritier d'un monde qui commençait à se fendiller et était finalement voué à disparaître.
En effet, le Manoir, la position sociale de sa famille, le statut de sang ou encore la reconnaissance de ses pairs, tout ce qui avait eu de l'importance pour lui étant enfant n'était plus qu'un tas de cendres. La guerre avait remis à plat l'intégralité du jeu social et si les vieilles familles pensaient avoir encore du pouvoir, c'est parce qu'elles ne voyaient pas arriver les nouvelles générations issues du métissage avec le monde moldu.
Drago se battait pour sauvegarder tout ce en quoi il avait cru – peut-être y croyait-il toujours – et pour protéger sa famille. Et Hermione ne pouvait qu'être admirative des efforts qu'il déployait et notamment la ténacité qu'il mettait dans chacune de ses actions. C'est pourquoi, après quelques secondes de silence, elle finit par hocher la tête et répondre dans un sourire.
- D'accord, faisons cela.
Son emménagement au Manoir Malefoy se passa sans encombre. Aidée par Cesaria, elle était allée récupérer tout le nécessaire pour les deux semaines à venir. Elle avait pris matériels et souvenirs à la boutique avant d'enclencher les protections et d'accrocher une pancarte sur la grille. Puis elle passa à son appartement pour emporter vêtements, chaussures et nécessaire de toilette.
Hermione prit le temps de s'arrêter à la poste sorcière pour envoyer un message à tous ses amis et clients, expliquant qu'elle partait quelques jours en congés et qu'ils pourraient toujours lui envoyer un hibou en cas d'urgence en poste restante, dans celle du Chemin de Traverse. La sorcière avait prévu d'y effectuer des visites régulières.
Enfin, elles avaient simplement transplané dans la salle du petit-déjeuner du Manoir, les poches emplies de fournitures miniaturisées. Cesaria était heureuse du séjour de la Portraitiste au Manoir et lui fit clairement savoir. Elle s'empressa de la mener dans ses futurs quartiers à deux pas de la salle du petit-déjeuner et de la bibliothèque.
Fait exceptionnel, Hermione était logée dans les appartements réservés à la famille, au même étage que celui traditionnellement destiné aux enfants. Drago et Cesaria possédaient leurs chambres à ce niveau tandis que Narcissa habitait dans une autre partie de l'aile, un étage plus haut. Comme le lui apprit Cesaria, Drago avait changé d'appartement après son divorce – les suites maritales du Manoir ne pouvant être habitées que par un couple marié. Si Hermione pouvait bénéficier de ce privilège, c'était avant tout pour sa sécurité car les quartiers réservés à la famille étaient les mieux protégés de toute la demeure.
Lorsque Cesaria ouvrit la porte de ce qu'elle appelait « sa chambre », Hermione manqua de rester bouche-bée sur le pas de la porte. La Portraitiste aurait plutôt qualifié ses appartements de suite. Elle s'ouvrait en premier sur un salon agréable, doté d'une cheminée autour de laquelle des fauteuils confortables étaient disposés. Une table et quatre chaises permettaient de prendre un repas juste devant la grande fenêtre en arc donnant sur le parc du Manoir.
À gauche, une porte menait à une chambre douillette, décorée dans un style très victorien et alliant tout le confort moderne. La salle de bain était disposée en enfilade et abritait deux vasques et une baignoire. De l'autre côté du salon, une ancienne chambre avait été agrandie et dotée d'un point d'eau ainsi que d'une porte donnant directement dans le couloir au dehors. Son futur atelier serait ainsi accessible sans que Cesaria ni Drago n'aient à traverser ses quartiers.
Hermione put constater qu'une partie de la baie vitrée avait été opacifiée pour obtenir une lumière diffuse dans l'atelier. Aussi, deux tables et plusieurs chaises y avaient été installées ainsi que des étagères pour classer les souvenirs en évidence. Cesaria aida la Portraitiste à terminer l'aménagement de la pièce en y plaçant un chevalet, l'esquisse de Lucius et différentes fournitures.
Alors qu'Hermione rendait sa taille normale à la boîte à souvenirs, elle remarqua que Cesaria ne s'affairait plus dans l'atelier depuis plusieurs minutes. En jetant un coup d'œil autour d'elle, elle retrouva la jeune femme devant l'esquisse de Lucius Malefoy. Son regard était si intense qu'il trahissait l'intérêt qu'elle éprouvait pour la représentation de ce père qu'elle n'avait jamais connu.
Hermione cessa toute activité et vint se placer aux côtés de la jeune femme.
- Comment trouvez-vous l'esquisse ? S'enquit-elle pour entamer une conversation.
Cesaria se tourna vers elle pour lui sourire.
- Elle est parfaite, approuva-t-elle d'une voix émue. Bien sûr, Drago saura sans doute mieux que moi, admit-elle avec un sourire maladroit, mais elle me semble très bien.
Hermione posa une main compatissante sur l'épaule de la sorcière.
- Vous avez pu voir des souvenirs de Lucius Malefoy ? Questionna la Portraitiste en craignant que les prochains visionnages ne soient éprouvants pour la jeune sorcière.
Cesaria hocha la tête, une lueur nostalgique dans les yeux.
- Narcissa et Drago m'ont montré les leurs… Répondit-elle avec un sourire. Je suis sûre qu'ils ont soigneusement choisi chaque moment pour que je ne possède qu'une vision idéale du mari et du père qu'il a été mais… Je suis reconnaissante de ce qu'ils ont accepté de me montrer et qu'ils aient fait ça pour moi.
La Portraitiste hocha la tête et tandis qu'elle observait le visage de la jeune femme, son nez sembla se métamorphoser. C'était tellement léger qu'elle crut avoir rêvé mais pourtant, le visage de Cesaria était désormais bien plus semblable à celui de Lucius Malefoy. Voyant le trouble d'Hermione, Cesaria sourit, désignant son visage :
- Mon frère ne vous l'a certainement pas dit – il essaie de garder cela le plus secret possible pour ne pas que Catharsia l'apprenne – mais j'ai hérité les aptitudes de métamorphose de ma lignée maternelle, lui révéla-t-elle avec un sourire.
- Vous êtes Métamorphomage ? S'enquit Hermione d'une voix surprise.
- Non, nia Cesaria avec un sourire, enfin pas vraiment, pas comme vous l'entendez. Je suis loin d'être aussi douée que pouvait l'être ma cousine Nymphadora Tonks. Je peux simplement modifier mon apparence de façon légère : changer de couleur de cheveux, d'yeux, la forme des oreilles, du visage ou du nez. C'est à peu près tout.
- C'est déjà très impressionnant, commenta Hermione avec un sourire.
- Ce n'est pas grand-chose par rapport à un vrai Métamorphomage, répondit Cesaria en haussant les épaules. Ma cousine pouvait changer entièrement d'apparence, de corpulence et de sexe. Elle pouvait même prendre des caractéristiques animales. Elle était vraiment très douée.
- Votre cousine ? interrogea Hermione avec le plus de tact possible.
Si Tonks était la cousine de Drago via Narcissa, comment Cesaria qui n'était liée qu'à Lucius pouvait également l'être ?
- Oui, elle est une cousine lointaine à je ne sais plus quel degré, expliqua Cesaria avec un sourire. Ma mère était la fille de Charis Black et de Caspar Croupton. Les Métamorphomages sont nombreux dans la lignée des Black, leurs aptitudes en métamorphose leur ont valu d'entrer au Conseil après tout.
- Vous reste-t-il des membres de la famille de votre mère ? Demanda Hermione d'une voix douce.
- Tous sont décédés sauf son frère, répondit Cesaria avec tendresse. Mère avait également une sœur qui s'est mariée à l'héritier des Goyle mais Tante Gemma est morte en couches. Oncle Pollux n'est pas méchant, il a accepté que je porte le nom des Croupton alors que personne ne connaissait l'identité de mon père mais ensuite, il n'a plus voulu entendre parler de Mère ou de moi.
- Votre oncle siège-t-il au Conseil au nom des Croupton ?
Cesaria hocha la tête pour acquiescer.
- C'est l'un des soutiens de Drago, dit-elle avec un sourire. Oncle Pollux serait heureux que je sois reconnue et que je puisse hériter de mon père biologique. Il a négocié la réparation de l'affront que les Croupton ont subi par ma naissance bâtarde sous forme d'une rétribution financière de la part de la famille Malefoy.
- Et ça ne vous dérange pas ? S'étonna Hermione en regardant la jeune femme dans les yeux.
- Je suis pragmatique, répondit Cesaria en haussant les épaules. Cela fait partie du jeu politique et ce sera bientôt à moi de négocier les soutiens avec d'autres familles.
Cesaria soupira, comme légèrement dépassée par la future tâche qui l'attendrait.
- Je n'en veux pas à mon oncle d'être ce qu'il est, émit la jeune femme avec indulgence, mais je suis tout de même heureuse d'avoir un frère capable de sentiments.
Hermione hocha la tête et la discussion prit un tournant beaucoup moins glissant.
Le quotidien d'Hermione au Manoir Malefoy était étrangement similaire à ce qu'était sa vie deux semaines plus tôt – en dehors des repas à quatre et de la présence de Cesaria à l'atelier. Le matin, après s'être préparée, Hermione se rendait au petit-déjeuner avec l'ancienne Serdaigle tout en devisant. Généralement, Drago était déjà attablé avec le journal du jour et Narcissa arrivait en dernier lorsqu'elle ne décidait pas de prendre son chocolat au lit – comme son statut de femme mariée le lui autorisait selon le livre de chevet de Cesaria : le Guide des Bonnes Manières par S. Nob.
Le petit-déjeuner terminé, Cesaria et Drago se rendaient avec elle à l'atelier et commençaient à visionner les souvenirs de Lucius, espérant trouver le souvenir qui révèlerait la cachette de la déclaration de naissance de la jeune femme. Hermione faisait équipe avec Cesaria pour visionner la sélection que Drago avait mise de côté et qui devait servir pour la confection du portrait de Lucius.
Cesaria avait l'air ravie de passer du temps dans les souvenirs de son père biologique et elle était souvent aussi concentrée qu'Hermione pendant les visionnages. Ils poursuivaient leur travail jusqu'au déjeuner pour lequel Narcissa venait les chercher et ils retournaient ensuite à l'atelier jusqu'au dîner. Les repas étaient l'occasion d'échanger sur leurs dernières découvertes et avancées.
Un matin, Hermione demanda à Narcissa de les accompagner à l'atelier avant de poursuivre leurs recherches. Les trois Malefoy se retrouvèrent donc devant le chevalet de la Portraitiste, face à l'esquisse de Lucius Malefoy qui les narguait superbement depuis son cabinet de curiosité.
- Je voulais vous présenter l'esquisse du portrait que je pense réaliser, formula-t-elle en se plaçant à côté de la toile. Avant que je n'aille plus loin, j'ai besoin de savoir si elle vous convient.
Hermione se concentra sur ses trois hôtes. Narcissa ne la regardait absolument pas, semblant immergée dans des pensées mélancoliques. Un rictus était apparu sur les lèvres de Drago, ce qui, comme l'avait compris Hermione, était sa façon à lui de se protéger lorsqu'il se sentait vulnérable. Cesaria était tout bonnement radieuse et hochait la tête avec un sourire.
- C'est parfait Maître Granger, finit par répondre Narcissa.
- Êtes-vous sûre ? Insista Hermione. Une fois l'esquisse validée, je ne pourrai plus qu'apporter des modifications mineures.
Narcissa lui adressa un sourire plein de dérision.
- D'après mon expérience, Maître Granger, y réfléchir à deux fois est très surfait. Poursuivez je vous prie.
Et Narcissa sortit de la pièce laissant derrière elle une Portraitiste médusée.
- Bien Granger, maintenant tu as ta réponse, ironisa Drago avec humour.
Sur ces paroles, chacun se remit au travail. Aucun événement majeur ne vint perturber leur routine si bien huilée pendant plusieurs jours. Puis un après-midi, alors qu'Hermione commençait à implanter les premiers souvenirs sur la toile de Lucius, un elfe de maison apparut dans l'atelier. Cesaria était en train de visionner des souvenirs, remplaçant Drago qui avait dû s'absenter pour une affaire urgente.
- Maître Granger a reçu du courrier, annonça la petite créature en lui tendant une lettre dans un plateau d'argent.
Hermione n'avait jamais vu cette elfe de maison mais son uniforme – une espèce de blouse noire à col claudine – indiquait qu'elle servait en tant que femme de chambre. Elle se saisit de l'enveloppe en la remerciant avec un sourire et la créature disparut. Lorsque les yeux d'Hermione tombèrent sur le courrier, son cœur eut un raté. Elle aurait reconnu cette écriture entre mille, ayant corrigé pendant sept ans des devoirs qui en étaient couverts. Les lettres semblaient avoir été tracées par une main rageuse et Hermione se mordit les lèvres d'appréhension en lisant l'adresse inscrite :
Miss Hermione Granger
Manoir Malefoy
Wiltshire
Hermione ouvrit précautionneusement l'enveloppe comme si le papier avait été enchanté pour la mordre. Il n'en fut rien et l'écriture emportée s'étendait sur un billet relativement court.
Hermione,
J'ai voulu te joindre à la boutique et à ton appartement : sans résultat. Luna m'a dit que tu lui avais envoyé un courrier pour la prévenir que tu partais en vacances pendant deux semaines – ce qu'elle a trouvé parfaitement curieux étant donné que tu ne lui en avais jamais parlé auparavant.
Si tu lis cette lettre – et que j'ai eu raison sur l'endroit où tu passes tes vacances – sache que j'ai désormais dépassé le stade de la fureur pour arriver tout droit sur le territoire de la déception profonde. Je ne veux plus te revoir.
J'espère de tout cœur que tu n'as pas fait ça.
H.P.
La lettre brilla légèrement à la fin de sa lecture, confirmant ce qu'Hermione pressentait : le courrier avait été enchanté non pour lui faire du mal physiquement mais pour prévenir l'expéditeur que le destinataire avait bien lu sa missive. Harry savait désormais où elle se trouvait et elle venait de perdre son amitié. Des larmes commencèrent à rouler sur ses joues et la tristesse la gagna brutalement, éliminant toute trace d'un autre sentiment sur son chemin.
- Tenez, buvez ça, l'encouragea Cesaria en lui tendant une tasse de thé.
La Portraitiste saisit la soucoupe sur laquelle reposait la tasse d'une main découragée.
- Ne vous inquiétez pas Hermione, tenta de la réconforter Cesaria de manière moins formelle, cela ne durera pas… Les Gryffondors peuvent être têtus mais ils ont bon cœur. Je suis sûre que Potter finira par comprendre.
Malheureusement, c'était certainement la dernière chose à dire à Hermione à ce moment précis et de nouvelles larmes dévalèrent sur ses joues au grand dam de Cesaria. La jeune fille désemparée changea de siège et vint s'asseoir juste à côté de l'ancienne Gryffondor pour passer une main réconfortante dans son dos.
L'horloge sonna cinq heures et Narcissa apparut à la porte du salon pour son thé quotidien. Elle pinça les lèvres en voyant la jeune Granger en larmes sur le canapé en soie. D'un pas calme, elle rejoignit un fauteuil faisant face aux deux demoiselles et se servit un thé avant de s'enquérir :
- Que se passe-t-il ? Pourquoi Maître Granger est-elle en pleurs dans le petit salon ?
Hermione ne pouvant pas répondre, Cesaria s'en chargea en disant :
- Harry Potter lui a adressé une lettre pour lui dire qu'il brisait leur amitié, expliqua-t-elle rapidement à voix basse.
- C'est malheureux, constata Narcissa avec une petite moue pincée. Puis-je vous aider en quoi que ce soit ?
La question énerva Hermione. Mrs Malefoy se fichait bien de son état d'esprit, tout ce qu'elle voulait c'était que la Portraitiste qu'elle avait engagée cesse de pleurer pendant qu'elle dégustait son thé. C'est pourquoi Hermione répondit avec une hargne qui lui était peu coutumière.
- Et pourquoi souhaitez-vous m'aider ? Vous nous détestez depuis qu'on est enfant !
- Je ne vous déteste pas, déclara Narcissa avec un sourire froid, c'est juste que je ne l'apprécie pas. C'est très différent.
- Et en quoi ? Demanda Hermione perdue.
- Harry Potter est un digne représentant de sa famille, explicita Narcissa en soutenant le regard de la Portraitiste. Il agit avant de parler, il parle avant de réfléchir. C'est un trait de caractère commun pour lequel j'ai très peu de sympathie et que je supporte assez mal en société. Cela ne signifie pas que je veuille lui nuire.
Hermione souffla et Narcissa lui tendit un mouchoir brodé pour essuyer ses larmes.
- Maître Granger – Hermione – reprit Mrs Malefoy d'une voix moins guindée et plus sincère, si j'ai pu apprendre quelque chose au cours de mon existence c'est ceci : toute vie est une suite de problèmes que nous devons essayer de résoudre. Le premier, puis le suivant, et le suivant… jusqu'à ce que la mort nous emporte enfin. Ce n'est pas votre première déconvenue et ce ne sera pas la dernière.
- Peut-être, répondit Hermione en s'empêchant de sangloter, mais je me sens si coupable.
Narcissa claqua sa langue contre son palais.
- La culpabilité ne mène jamais autre part que dans la tombe, répliqua froidement la sorcière blonde. Il ne sert à rien de vous morfondre, vous devez agir.
- Et comment ? S'enquit Hermione en reprenant le contrôle d'elle-même.
- En adressant un courrier à sa femme, répondit Narcissa. Elle est la fille aînée des Greengrass, n'est-ce pas ?
- Mais oui, s'exclama Cesaria ravie. Dans le Guide des Bonnes Manières, l'auteur explique qu'en cas de conflit entre deux familles, les négociations passent toujours par les femmes. Cela permet aux chefs de famille de ne pas perdre la face si elles échouent, expliqua-t-elle sur un ton de comploteuse.
Hermione considéra l'idée un instant. Il est vrai qu'envoyer une lettre à Daphné pourrait lui permettre d'avoir des nouvelles sur la situation tout en respectant la demande de son ami de ne pas chercher à le contacter. Tamponnant ses yeux avec le mouchoir, elle ravala larmes et culpabilité pour boire une gorgée de thé. Une fois qu'elle eut retrouvé contenance, elle esquissa un sourire timide aux deux autres femmes.
- Merci.
Narcissa hocha la tête gracieusement et Cesaria lui serra les mains en preuve de soutien.
Adresser une missive à Daphné s'avéra être un coup gagnant. Le lendemain de son envoi, Hermione reçut une réponse portant le sceau de son amie et les armoiries des Potter.
Chère Hermione,
Je suis navrée que la dernière lettre de mon cher et tendre t'ait causé tant de chagrin. Malheureusement, il est au plus mal et refuse toute aide, que ce soit celle des Malefoy ou la mienne.
Je sais que tu n'as eu d'autre ambition que de bien faire et de le protéger. J'ai essayé de lui parler mais Harry n'est pas en état de prendre du recul sur la situation et de faire la part des choses.
Ma seule recommandation est la patience. Son esprit finira par s'apaiser lorsque le Conseil aura statué. Nous espérons que la décision nous soit favorable ou du moins, qu'elle soit favorable à Andromeda et Edward. Peut-être pourras-tu essayer de reprendre contact à ce moment-là ?
Afin de finir cette missive sur une note plus positive, je voulais t'annoncer que suite à mon rendez-vous avec le gynécomage pour la fin du premier trimestre, notre bébé est une merveilleuse petite fille et que nous allons toutes deux parfaitement bien.
Avec toute mon affection,
Daphné G. Potter
La lettre de Daphné avait rendu à Hermione une part d'espoir qui ne dura malheureusement qu'un après-midi. Dès le lendemain, les angoisses d'Hermione ressurgirent, assombrissant sa vision de la situation d'heure en heure. Pour contrer la déprime qui menaçait, Hermione fit ce qu'elle savait faire de mieux : se plonger dans le travail.
Épaulée par Cesaria, elles classèrent et visionnèrent souvenir sur souvenir pendant plusieurs jours. Quant à Drago, il se concentra sur la préparation de la réunion du Conseil, multipliant les rendez-vous et les contacts avec les membres, se servant des recherches juridiques de Narcissa pour essayer d'aider Harry dans l'ombre en déterminant quelle alternative paraîtrait acceptable aux yeux des membres du Conseil.
De temps en temps, Cesaria devait assister à une des leçons prodiguées par Narcissa sur la gestion du domaine ou l'étiquette en vigueur dans la bonne société sorcière. Le temps était compté pour elle aussi. Si tout fonctionnait comme ils l'espéraient, Cesaria serait bientôt une Malefoy et devrait prendre part aux affaires familiales. Lorsque cela arrivait, l'ancienne Serdaigle s'éclipsait de l'atelier avec une lueur coupable dans les yeux, laissant Hermione seule à la classification des souvenirs.
C'est pendant une des leçons de Cesaria qu'Hermione tomba sur une fiole particulièrement étrange. Son apparence était commune à toutes celles qu'elle avait manipulées mais la couleur du souvenir et le motif présent sur le dessous du flacon intriguèrent la jeune Portraitiste. Elle essaya d'en déterminer le contenu à partir d'un sort proche de la Légilimencie mais malheureusement les protections l'en empêchèrent.
Intriguée, Hermione se leva, la fiole à la main, pour se diriger vers les appartements de Drago. Il y travaillait parfois entre deux rendez-vous, sa cheminée étant reliée au réseau. La Portraitiste remonta le corridor et frappa deux coups à la porte. Aucune réponse ne lui parvint mais un bruit de fond était audible derrière le battant. Décrétant que sa découverte valait le dérangement, Hermione ouvrit la porte avec précaution pour pénétrer dans la suite. Elle n'était pas préparée à ce qu'elle allait y trouver.
En effet, c'est à cet instant précis que Drago sortit de sa chambre, vêtu en tout et pour tout d'une serviette ceinte à la taille, les cheveux encore humides de ce qu'il semblait être une douche rapide. La jeune femme ferma immédiatement les yeux et une litanie d'excuses sortit de sa bouche.
- Je suis désolée, je n'ai rien vu, pardon… formula-t-elle en se retournant vivement.
Hermione ne s'attarda pas sur le fait que son assertion était un mensonge : elle avait parfaitement vu le torse de son commanditaire et sa fine musculature marquée par plusieurs cicatrices.
- Bon sang, Granger ! Jura Malefoy derrière elle. Mais que fais-tu dans mes appartements ?
- Je suis désolée, répéta Hermione en levant le bras contenant la fiole suspecte, je crois que j'ai trouvé quelque chose. Je voulais te voir au plus vite Cesaria est avec ta mère.
Drago laissa échapper un profond soupir.
- Très bien, admit-il. Laisse-moi m'habiller, j'arrive immédiatement.
La porte du salon claqua et Hermione détendit ses muscles, crispés par la proximité d'un Malefoy fort peu vêtu. Lorsque Drago reparut en chemise et pantalon, Hermione émit un discret soupir de soulagement. Soupir qui éveilla un rictus sardonique sur les lèvres de l'ancien Serpentard.
- Alors, Granger, on essaie de voir des hommes nus ? La taquina-t-il en sortant des ses appartements pour rejoindre l'atelier.
- Pas vraiment, non, marmonna la jeune femme alors que ses joues prenaient progressivement une intéressante nuance de rouge.
- C'est bien dommage, conclut Drago avec un ton si sincère qu'Hermione releva immédiatement la tête.
Malheureusement, elle ne put voir son expression puisqu'il pénétra à l'instant dans l'atelier devant elle. Lorsqu'elle le rejoignit, il était déjà face à la Pensine, arborant un air concentré. Hermione lui tendit la fiole qu'il examina avec minutie, établissant les mêmes découvertes que la jeune femme. Il versa le contenu dans la Pensine et se tourna vers la Portraitiste.
- Allons-y…
La substance mémorielle mit un certain temps à faire apparaître le décor alentour, comme si les protections entourant le souvenir résistaient à leur intrusion. Finalement, une rue plongée dans la brume se dessina. Hermione se rapprocha inconsciemment de Drago, le souvenir laissant planer une ambiance lourde et inquiétante. Elle sursauta lorsque Lucius apparut – du moins, elle supposait que c'était lui car il avait revêtu l'uniforme sombre et le masque des Mangemorts.
Le corps de Drago était totalement rigide, ses lèvres pincées dans une expression de dégoût. Cependant, Hermione avait appris à observer plus loin que la façade de l'ancien Serpentard et elle aperçut brièvement une lueur de peur au fond de ses yeux. Il craignait le contenu de ce souvenir.
Hermione et Drago emboîtèrent le pas à la silhouette qu'ils supposaient être Lucius Malefoy, le laissant les guider dans les méandres de petites rues. Il s'arrêta devant une maison mitoyenne à l'orée du village et frappa deux fois à la porte, ôtant son masque juste au moment où le battant s'ouvrait.
Hermione recula légèrement à cette vision. Le Lucius qu'elle voyait dans ce souvenir n'avait jamais autant ressemblé à l'homme qu'elle avait connu. Le souvenir qu'ils exploraient devait dater de la seconde guerre contre Voldemort. Une femme aux joues roses et à la chevelure noire se tenait dans l'encadrement, visiblement enceinte, sa baguette mettant en joue l'homme face à elle.
- Lucius, s'exclama-t-elle surprise, mais que…?
Sa phrase mourut avant qu'elle n'ait pu la prononcer car le patriarche Malefoy avait posé un doigt sur ses lèvres et força le passage à l'intérieur de la maison.
- Qui est-ce ? Demanda Hermione en chuchotant tandis que la sorcière jetait un bref coup d'œil dans la rue avant de refermer la porte.
- Hestia Prewett… Répondit Drago l'air profondément surpris. Pardon, Hestia Jones, rectifia-t-il en avisant son ventre rond, la fille d'Oncle Pleasant. Elle a rejoint l'Ordre du Phénix lorsque mon père s'est rallié aux Mangemorts. Mais que fait-on ici ?
C'est à peu de choses près l'expression qu'employa Hestia Jones pour demander à Lucius pourquoi il frappait à sa porte au petit matin.
- Le village de Pré-au-Lard va être attaqué dans une heure, révéla Lucius la voix pressante. Il faut que Lare et toi partiez.
- Et je suis censée te croire sur parole ? Cingla la voix outrée de Mrs Jones.
Les lèvres de Lucius se pincèrent, marquant sa désapprobation.
- Je risque ma vie en t'apportant cette information, rétorqua Lucius, le visage crispé dans une expression coléreuse.
- Et où l'as-tu entendu ? Insista Hestia en fronçant les sourcils.
- Au Manoir, avoua Lucius en se pinçant l'arrête du nez. Crois-moi ou non, le Seigneur des Ténèbres y loge par intermittence. Je suis venu te prévenir dès que j'ai pu échapper à la surveillance des autres.
Lucius sembla réprimer sa contrariété devant le regard scrutateur de sa cousine. Il finit par lâcher d'une voix grave tandis qu'il soutenait son regard :
- Peu de membres de ma famille ont survécu jusqu'à aujourd'hui, Tia. Fuis avec ton sang-mêlé de mari et mets ton enfant à l'abri tant que tu le peux encore.
Ayant délivré son message, Lucius se retourna vers la porte.
- Et toi Lucius, pourquoi ne fuis-tu pas ? Questionna-t-elle bravache.
- Je suis là où je dois être, répondit Mr Malefoy, la main sur la poignée de la porte.
- « Il se détruit pour leur complaire, et le souvenir de ses hontes répétées empoisonne son âme. (1) », récita Hestia, l'air profondément malheureuse et compatissante.
La porte claqua et le souvenir se décomposa, laissant Hermione et Drago reprendre conscience de la réalité.
- Pour un souvenir étrange… Commenta Hermione en fronçant les sourcils. Savais-tu que ton père avait prévenu sa cousine de l'attaque ?
- Non, répondit distraitement Malefoy l'air concentré, comme s'il essayait de mettre le doigt sur quelque chose. Mais ça explique pourquoi elle a survécu ainsi que son enfant.
- Attends, le Lare dont parlait ton père est le Lare Jones ? Demanda Hermione en écarquillant les yeux. Le sorcier qui a donné l'alerte et affronté plus de dix Mangemorts pour laisser aux gens du village de Pré-au-Lard le temps de s'échapper avant la bataille finale ? Il a prévenu Abelforth : c'est grâce à lui que l'on a su que Voldemort allait attaquer Poudlard !
Drago confirma d'un signe négligent de la tête. Pour Hermione, c'était une incroyable révélation. Lare Jones était considéré comme un héros de guerre et désormais, elle connaissait l'histoire sous-jacente à son fait d'armes.
Se remémorant le contenu du souvenir, Hermione buta sur la citation qu'Hestia avait récitée. Elle lui était totalement étrangère et malgré sa formidable mémoire, elle ne savait pas d'où elle provenait. Elle posa donc la question à l'héritier Malefoy sur un ton désinvolte.
Drago se tourna vers elle, son regard vide de toute conscience, concentré sur un but unique et invisible aux yeux d'Hermione. La jeune femme se rendit compte que le Serpentard se posait la même question depuis qu'ils étaient sortis du souvenir.
- Elle est extraite d'un roman que Père me faisait lire chaque été, répondit Drago en articulant lentement. Ce livre contient des paraboles censées enseigner l'art de la politique aux jeunes enfants. Nous l'utilisions lors des leçons avec nos précepteurs.
D'un coup, Drago se leva pour ouvrir la porte de l'atelier d'un geste vif. Surprise, Hermione le suivit, s'enquérant de son état mental.
- Tu ne comprends pas Granger, expliqua Malefoy en remontant le couloir à grands pas, ce livre c'était l'essence de la façon de vivre de mon père. Il m'interrogeait sans cesse dessus, si bien que j'ai dû l'apprendre par cœur. Je sais que pour toi ce n'est pas un exploit mais pour moi, c'était quelque chose. Je n'ai jamais été très habile pour apprendre mot à mot mais Père s'en fichait, il m'a fait répéter jusqu'à ce que ça rentre.
- Et ?
Drago ne répondit pas se contenant d'accélérer l'allure.
- Tu penses que la déclaration de naissance est dans ce livre ? Questionna Hermione en assemblant deux et deux.
Soudainement, Drago se stoppa devant une porte que la Portraitiste n'avait jamais franchie. Malefoy l'ouvrit à la volée et se précipita vers une bibliothèque. En jetant un œil au décor de la pièce, Hermione comprit qu'ils venaient de pénétrer dans le cabinet de Lucius Malefoy. Le bureau en acajou, les tapisseries rehaussées de borderies en argent, les étagères garnies de livres rares… toute la décoration entière suintait l'opulence.
Drago se mit à chercher de façon frénétique dans la bibliothèque de son père, faisant tomber au sol, les uns après les autres, les livres ne correspondant pas à sa recherche. Hermione allait faire une remarque sur le désordre produit – sans compter qu'il était extrêmement mal avisé de catapulter ainsi des éditions limitées – lorsque Drago s'arrêta, s'immobilisant totalement. Il prit un livre sur l'étagère et se tourna vers elle. Ils retinrent tous les deux leur respiration.
Drago retourna le livre et tapota de sa baguette le bord de la troisième de couverture, au même endroit où Lucius avait caché l'indice dans son carnet de travail. Le papier se souleva en dévoilant une feuille de parchemin pliée en quatre. Drago s'en saisit, les mains tremblantes et lut le contenu, une expression indéchiffrable sur le visage.
Hermione sut qu'il tenait la déclaration de naissance lorsque l'ancien Serpentard releva la tête et croisa son regard. Son masque habituel glissa complètement pour révéler un sourire franc et heureux qui détendit son visage.
- C'est la déclaration, ajouta inutilement Drago en montrant le parchemin à Hermione.
- Félicitations ! Le congratula-t-elle avec un grand sourire.
Sans crier gare, il réduisit la distance qui les séparait et l'embrassa, posant ses lèvres sur les siennes dans un baiser qui lui fit complètement oublier la situation, les Malefoy et ses propres angoisses.
(1) Adapté d'une citation d'Hinterland de Louis Calaferte que je trouve tellement appropriée à Lucius. L'originale donne ceci « Il se détruit pour leur complaire, et le souvenir de ses hontes répétées empoisonne sa solitude ».
RAR
Sarah MAES : Salut à toi ! Je suis contente que le chapitre précédent t'ait plu =) Drago reste toujours un Serpentard : s'il peut tirer partie d'une information, il le fera. Je ne suis même pas sûre qu'il se rende compte que c'est potentiellement immoral, il a juste été élevé ainsi. Par contre, il est suffisamment malin pour ne pas se mettre Hermione et Potter à dos. Le dénouement de cette histoire d'héritage aura lieu dans le prochain chapitre et j'espère qu'il te convaincra. D'ailleurs qu'as-tu pensé de celui-ci ? Et de sa fin brutale quoique (je pense) attendue ? En espérant te lire bientôt ! Bon weekend !
cha910 : Coucou ! Et oui l'histoire prend un petit coup d'accélération sur les derniers chapitres... On en discutait justement avec Mora, elle me disait que nombre de lecteurs/lectrices étaient surpris/suprises de l'attitude d'Harry mais pour moi HP a toujours été un personnage sanguin et comme le dit Narcissa dans ce chapitre il agit avant de parler, il parle avant de réfléchir. Il est certes devenu plus adulte mais en ce moment, il a suffisamment à gérer et il est suffisamment sous pression pour retomber dans ses travers dirons-nous. Il enfonce le clou dans ce chapitre - en grande partie parce qu'il a besoin d'accuser quelqu'un pour se sentir mieux.
Merci pour ta précision c'est corrigé sur le précédent chapitre, j'avais mal lu en effet. Je sais qu'il y a des forums pour s'échanger des histoires ou discuter sur ffnet mais nombre de lecteurs n'en font pas partie, de fait, je me suis dit que ce serait plus simple d'échanger sur les lectures en fin de chapitres à raison de trois fictions par semaine.
En tout cas, j'espère que ce chapitre t'a plu =) Merci pour tes commentaires à chaque chapitre, ils font vraiment plaisir. À bientôt te lire ! Bon weekend.
drou : Salut à toi ! Merci pour ton commentaire sur le précédent chapitre. Je suis contente qu'il t'ait plu. Je suis de ton avis, je pense que les Malefoy ont beaucoup, mais alors vraiment, beaucoup de ressources... J'espère que ce seizième chapitre t'aura plu... En espérant te lire bientôt ! Bon weekend à toi !
Recommandations des lecteurs/lectrices
Alors cette semaine, parmi vos propositions j'ai choisi trois titres complètement différents pour combler toutes les envies de lecture, dont un slash, un dramione et un inclassable-mais-tellement-bien-écrit. N'hésitez pas si d'autres idées vous viennent en tête =)
- Lost in the Sands of Time de Jelly-Jelly17 : Recommandée par cha910. C'est une fiction basée sur un voyage dans le temps et selon les mots de cha910 "vraiment magnifique".
Pairing : HP/TJ - Complète
- Le miroir aux alouettes de LunaMellua : c'est un UA un peu différent que Mora m'a recommandé. Selon ses propres mots : " dans la lignée des polars et des romans noirs, comme un long road trip qui nous tient en haleine sans connaître la destination finale des personnages et parsemé d'imprévus et de rencontres inattendues." C'est une fiction que j'avais repéré et qui me tente bien.
Pairing : HG/DM - En cours
- I've got no strings de Fabulilileuse : Une fiction recommandée par fightgirl-skipbeat dont je trouve le synopsis vraiment intriguant. Toute l'histoire est centrée sur un mangemort Antonin Dolohov après sa sortie d'Azkaban. Je pense que c'est une fiction qui mérite le détour =)
Pairing : Antonin Dolohov - En cours
Plume qui papote
C'est ce qu'on appelle une percée capitale pour dénouer l'intrigue : et c'est Hermione qui l'a trouvé. Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? De l'emportement de notre Harry national qui voit rouge ? De la discussion avec Narcissa et Cesaria ? De la lettre de Daphné (et oui c'est une fille, une idée pour le prénom ?) ? Et enfin, qu'avez-vous pensé de cette petite fin de chapitre ?
En espérant vous lire très bientôt ! Bon weekend et à très vite !
