Merci à Shadedwords pour sa review.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.
L'hélicoptère
Mélanie
« Tu vas m'expliquer à quoi tu joues, Jared ? Où est-ce qu'on va ? »
Je ne comprenais pas. Ce matin, peu après ma séance d'arrachage de maïs avec Ian et Gaby, Jared était venu me trouver et m'avait dit le suivre. J'avais eu envie de lui dire non, car nous étions toujours en froid, mais il avait l'air grave. Il ne voulait pas que je le suive pour une histoire de cœur. C'était plus sérieux que ça.
Nous avions quitté les grottes et pris une voiture dans la grotte servant de parking. Nous roulions maintenant depuis un moment. Finalement, il fallut abandonner le véhicule derrière des rochers. Nous continuâmes à pied pendant un petit bout de temps, avant de rejoindre une route qui m'était familière.
Nous nous cachâmes derrière un escarpement rocheux. Là, j'aperçus la station-service où Gaby et moi avions acheté des provisions pour notre périple.
Sauf que l'endroit était différent. Il y avait plusieurs voitures de Traqueurs garées dans le parking, ainsi qu'un grand hélicoptère.
Jared jeta un coup d'œil dans des jumelles avant de me les tendre. Je vis tout un groupe de Traqueurs, en train de discuter avec le vieux monsieur de la station-service. Celui dont Gaby avait pris la défense, en me disant qu'il n'était pas un ennemi.
« Ils vous cherchent, toi et le parasite. Ils ont mis un sacré bout de temps, mais ils ont fini par remonter la piste jusqu'ici », dit Jared.
Je serrai les dents. J'aurais dû m'en douter ! Ça avait pris du temps, mais ils avaient réussi à retrouver nos traces. La poisse !
Je me focalisai sur une personne en particulier. Petite, mais tout en noir et qui s'agitait avec une expression mauvaise, lui donnant l'air d'un roquet hargneux. La Traqueuse !
« Oh non, pas elle ! »
« Quoi, tu connais l'un d'entre eux ? »
« Oui, la petite teigneuse en noir. Elle était à ma recherche, à Chicago. Elle pourrissait la vie à Gaby. Pourquoi fait-elle du zèle, celle-là ? Pourquoi ne nous fiche-t-elle pas la paix ? »
« Peut-être que lorsque vous étiez à Chicago, ton fidèle mille-pattes lui a glissé en douce des informations qui lui ont permis de venir jusqu'ici ? »
Je levai les yeux. Ça y est, c'était reparti pour un tour !
« Jared, si Gaby m'avait trahie à Chicago, tu crois vraiment que cette Traqueuse aurait mis aussi longtemps à remonter notre piste jusqu'ici ? »
J'eus la satisfaction de ne pas l'entendre me répondre. Il prit l'air fermé, signe qu'il savait que j'avais raison, mais détestait l'admettre.
« Pourquoi tu t'acharnes encore sur elle ? » demandai-je sur un ton fatigué.
Je le vis hésiter sur la façon de me répondre, quand le bruit de l'hélicoptère qui décollait nous fit tourner la tête en direction de la station.
Les Traqueurs remontaient dans leurs voitures, tandis que d'autres partaient en hélicoptère.
« Ils vont balayer le secteur des montagnes. Espérons que Jeb aura le bon réflexe de cacher les miroirs ! Allons-y », dit Jared.
« Où ça ? »
« On remonte en voiture et dès qu'ils seront assez loin, on va chercher de la morphine, de l'alcool ou n'importe quoi qui puisse aider Walter. »
Silencieuse, je le suivis jusqu'à la camionnette. Une fois à l'intérieur, nous attendîmes dans un silence tendu que les véhicules s'éloignent. Le nôtre était bien caché par les rochers et les buissons, à condition de rester immobile jusqu'à ce que le danger soit passé.
Ian
J'avais l'impression de vivre un cauchemar. D'abord l'état de Walter qui empirait, et maintenant l'hélicoptère avec la Traqueuse.
Lorsque le bruit avait commencé, j'avais foncé dans la salle des cultures pour aider à baisser les miroirs, puis vérifié que tout le monde soit prêt à évacuer si on devait en arriver là.
En revenant à l'infirmerie, j'avais trouvé Brandt assis près de l'armoire métallique. Kyle l'avait chargé de venir attacher Gaby, car mon abruti de frère croyait qu'elle utiliserait un des outils de Doc pour faire des signaux à l'hélico. J'avais ressenti de la colère, puis de l'inquiétude quand il m'avait informé que c'était la Traqueuse qui dirigeait l'opération. Elle avait donc réussi à remonter la piste de Gaby et Mélanie jusqu'ici ! Décidément, Mel avait raison : c'était une vraie teigne.
Je souffrais d'autant plus que Gaby devait endurer ce calvaire et partager la douleur de Walter. Moi aussi, je souffrais pour mon ami. Si seulement on avait de quoi le soigner ! En fait, je souffrais pour deux personnes dans cette pièce : la femme que j'aimais et l'un de mes meilleurs amis depuis mon arrivée dans ces grottes.
La seule chose que je pus faire pour les aider fut d'installer un lit à côté de Walter et d'y déposer Gaby. Elle était toute légère, je n'eus aucun mal à l'installer sans qu'elle lâche la main de Walter. Ensuite, je filais aux cuisines pour leur rapporter à manger. Quand je revins et que Doc m'expliqua ce que Brandt faisait là, je m'installai sur le lit de camp à côté de celui de Walter, de manière à cacher Gaby des yeux de Brandt. Cet imbécile me fusilla du regard et je lui rendis son expression. Il ne pouvait pas se rendre plus utile en allant voir comment les autres habitants des grottes se portaient ?
Jamie vint nous apporter à manger dans la soirée, mais Gaby ne supportait pas l'idée qu'il assiste au spectacle de Walter à l'agonie, aussi me fit-elle promettre de l'escorter pour le ramener aux cuisines. Elle me fit même promettre de le surveiller pour la nuit, afin de s'assurer qu'il ne reviendrait pas en douce la voir. Je n'aimais pas la laisser seule avec Brandt, mais je savais que Gaby tenait à Jamie, et moi aussi j'aimais le petit. Je cédai donc à sa requête. De toute façon, Brandt ne supportait plus les cris de Walter. Cet idiot se bouchait les oreilles en chantonnant nerveusement. Il n'avait même pas le courage d'endurer ça, contrairement à Gaby ! Qui était le plus humain des deux, maintenant ?
Quand la nuit tomba, l'hélicoptère cessa enfin son boucan. J'aurais aimé revenir à l'infirmerie pour rassurer Gaby, mais je devais veiller sur Jamie. Le pauvre était épuisé, physiquement et moralement, tout comme moi.
Mélanie
Jamais je n'avais été aussi contente de retrouver les grottes. Elles n'avaient pas été évacuées, les Traqueurs n'avaient pas trouvé notre cachette.
Mais connaissant la Traqueuse, je savais qu'elle n'allait pas lâcher l'affaire si facilement. Un vrai parasite, celle-là ! Dans tous les sens du terme.
Quand Jared et moi arrivâmes à l'infirmerie, un spectacle touchant nous attendait.
Doc ronflait sur un lit de camp, près de son bureau.
Gaby se tenait assise sur un autre lit, tout près de celui où était allongé Walter. Elle lui tenait la main. Elle lui murmurait des paroles apaisantes malgré ses gémissements.
« Je suis là, je suis là. Tout va bien. Calme-toi. »
Je jetai un coup d'œil à Jared. Il était pâle de colère. Cela me fit mal. Pour lui, Gaby devait jouer la comédie. Il lui était inconcevable qu'elle soit sincèrement en train de le réconforter.
Je passai devant lui en lui lançant un regard mauvais, puis vins m'asseoir près de Gaby sur son lit. En me voyant, elle eut un léger sursaut, puis ses épaules se détendirent.
« Tu es revenue ! »
« Oui, on a fait aussi vite qu'on a pu, mais la Traqueuse ne lâche pas l'affaire. »
« Je sais. J'ai entendu Ian et Brandt en parler. »
Je puis posai mes yeux sur Walter. Le pauvre avait l'air d'un cadavre. Il souffrait tant !
« Doc… Réveille-toi… » dit Jared, près du lit du médecin.
Sa voix fit sursauter Gaby. Je réalisai qu'elle ne l'avait pas entendu venir, pas plus qu'elle m'avait entendue avant que je m'assoie près d'elle. Elle lâcha la main de Walter sur le coup et se tourna un peu plus vers lui pour le regarder avec de la peur dans les yeux.
« Gladys ! Ne t'en va pas. Reste ! » s'écria Walter.
En plus, il confondait Gaby avec sa femme ? Il devait vraiment être au plus mal pour en arriver là.
Doc se leva d'un bond, manquant de renverser son lit. Gaby se dépêcha de reprendre la main du vieil homme.
« Là… je suis là, Walter. Je ne vais nulle part. C'est promis, je reste avec toi. »
Gaby n'était peut-être pas une Soigneuse, mais sa présence avait un effet bénéfique sur le malade. Il se tut un moment, gémissant plus doucement. Quand elle épongea son front humide, il émit un soupir.
« Qu'est-ce que cela signifie ? » murmura Jared en montrant Gaby d'un geste de la tête.
« C'est le meilleur antalgique que j'ai », dit Doc avec lassitude.
« Eh bien moi, je t'ai trouvé mieux qu'une Traqueuse apprivoisée. »
Gaby se crispa, mais ne dit rien. Évidemment. Tant pis pour Walter, je choisis de parler à voix haute, pour que Jared m'entende aussi.
« Ignore ce stupide entêté ! Il ne te croirait pas si tu lui disais que le soleil se couche à l'ouest ! »
J'eus le plaisir de voir Jared ciller face à ma réplique.
Doc fut soulagé en voyant la petite quantité de morphine que nous avions rapportée de notre raid. Quand il fit une injection à Walter, je vis Gaby détourner le visage avec horreur.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demandai-je.
« C'est… c'est si agressif, cette manière d'administrer les produits ! Percer la peau avec une aiguille… »
Je repensai à ma blessure au pied.
« Quand tu as soigné ma blessure à Chicago, tu ne m'as pas donné des antidouleurs comme ça ? »
« Non, c'était juste du Stop Douleur, une pastille à mettre dans la bouche, et le reste était dans des sprays. Nous n'utilisons pas de seringues. »
« Ah… En tous cas, ça marche, regarde. »
Walter dormait, à présent. Sa respiration était ample et régulière. Sa main avait relâché celle de mon amie. Je pus voir qu'elle avait la peau rouge, avec des marques laissées par les doigts de Walter. Elle avait dû lui tenir la main pendant des heures !
« Doc, ça ne suffira pas… Il n'y en a pas assez », murmura Jared.
Je tournai la tête vers Doc et lui pour écouter leur conversation. Le médecin ne comprenait pas où Jared voulait en venir avec ces histoires de quantité suffisante, mais je saisis vite quand il expliqua le meilleur moyen d'utiliser le peu qu'il y avait pour Walter : abréger ses souffrances.
« Que se passe-t-il ? » me demanda Gaby, perdue.
Ma voix sonna détachée, froide et sans émotion lorsque je lui répondis.
« Ils vont faire mourir Walter. Il y a assez de morphine pour le tuer par overdose. »
Elle hoqueta de stupeur en entendant ça. Je sentis une pointe de colère face à sa réaction. Quoi, elle n'aimait pas cette idée d'abréger ses souffrances alors qu'elle et les siens effaçaient les humains au quotidien ?
Mais en la voyant s'affaisser sur le lit près de Walter et se mettre à pleurer, je repoussai cette idée. Gaby n'était pas comme les autres âmes, je devais arrêter de penser à ça. Ce serait donner raison à Jared, en plus. Je me penchai pour lui serrer l'épaule puis lui frotter doucement le dos, comme je le faisais pour consoler Jamie.
« Non. Pas encore ! Non », dit-elle.
« Tu préfères le voir mourir en hurlant ? »
« Non ! C'est juste que… cela m'est insupportable. C'est si absolu, si définitif. Je ne reverrai plus jamais mon ami. »
« Combien de tes anciens amis as-tu revus, Vagabonde ? »
« Je n'ai jamais eu d'amis comme lui auparavant. »
« Je sais. Encore une expérience. »
Elle se détacha de moi pour se blottir contre Walter. Ses larmes continuaient de couler. Je me sentis impuissante. J'aurais aimé lui épargner ça, mais c'était notre quotidien dans les grottes. J'avais perdu tant de monde depuis le début de l'invasion : mon père, ma mère, mes amis du collège…
Doc parvint à la convaincre de quitter la pièce pour aller se laver et se détendre un peu. Elle insista pour qu'on la laisse revenir avant qu'il meure. Elle tenait à lui dire au revoir.
Une fois qu'il eut cédé à sa requête, je la suivis hors de l'infirmerie. Moi aussi, j'avais besoin d'un bon bain et de repos.
« C'est injuste », souffla Gaby.
« C'est le seul moyen d'arrêter le calvaire de Walter », lui rappelai-je doucement.
« Je sais. Seulement… est-ce que ce sera toujours comme ça ? »
« De quoi tu parles ? »
« Si d'autres gens tombent malades… On ne pourra rien faire pour eux ? »
« À part utiliser les moyens du bord, non. »
Les larmes de Gaby reprirent de plus belle, mais cette fois, je vis de la colère sur son visage.
« C'est ma faute si la Traqueuse est là… »
« Non, c'est moi la responsable, n'oublie pas. Rien que le fait que je me sois enfuie de leur Centre de soins, puis le fait que je t'ai amenée ici avec moi ont suffi à la mener jusqu'ici. Je n'ai pas bien couvert nos traces en partant de Chicago. »
« Et Espérance, alors ? »
« Espérance ? »
Je ne comprenais pas. Qu'est-ce que la petite venait faire là-dedans ?
« Comment pourrais-je seulement penser à l'amener ici si elle risque de mourir d'une blessure infectée ou d'une maladie de ce genre ? En plus, c'est un bébé. Son système immunitaire est encore faible. Ce serait trop cruel ! »
« Gaby, tu ne peux pas associer le cas de Walter aux autres, et encore moins à un bébé. Regarde les autres enfants qui vivent ici. Isaiah et Freedom sont énergiques et en bonne santé. Rien ne dit que… »
« Mais il y a trop de variables et de risques, malgré tout ! Je ne peux pas imposer ça à un autre bébé, surtout pas celle que je considère comme ma petite sœur. Je… j'ai… J'en peux plus, j'ai besoin d'être seule pour réfléchir ! Excuse-moi. »
Elle s'enfuit au bout du couloir. Triste et fatiguée, je la regardai partir sans ajouter un mot.
J'espérais qu'elle allait retrouver Ian. Il pourrait peut-être lui remonter le moral plus efficacement que moi. D'ailleurs, pourquoi ne l'avais-je pas trouvé avec elle à l'infirmerie ? Bizarre…
Je me retournai pour aller poser des questions à Doc, quand je vis que Jared se tenait à un mètre de moi.
Son expression était un mélange de surprise et de suspicion. Il avait dû épier toute notre conversation. Les paroles et la réaction de Gaby avaient dû le surprendre. Cela me fit un peu du bien. Une maigre étincelle d'espoir dans ce couloir obscur. Peut-être que Jared finirait par comprendre. Peut-être qu'il lui fallait plus de temps, et surtout plus de temps avec Gaby pour qu'il voie qui elle était réellement.
En attendant, j'avais besoin de me reposer. Je me dirigeai vers la caverne où Jamie devait dormir.
J'eus la bonne surprise de l'y trouver endormi en chien de fusil, avec Ian auprès de lui.
Je me laissai tomber sur mon matelas et soupirai de fatigue. En attendant que Gaby ait fini de se laver, j'allais dormir un petit peu. J'avais passé toute la journée, la nuit et la matinée dehors avec Jared, à chercher de la morphine.
Il était temps de dormir !
