Disclaimer :Les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas, ils appartiennent à Masami Kurumada.
Et voici enfin le troisième chapitre de cette fanfiction ! C'est un long chapitre, il devait faire au moins 40 pages sur mon document Word, je pensais le continuer encore un peu, mais quand je me suis rendue compte de sa longueur, je me suis dit que j'allais peut-être le couper et le reprendre dans le prochain chapitre. En passant, je pense avoir enfin compris le fonctionnement du site !
J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira également ! Il y a un petit lemon vers la fin… (Normalement j'ai corrigé toutes les fautes, mais une fois de plus, c'est possible qu'il en reste !)
Bonne lecture ! :)
Review:
Mzllez32 : Merci pour ta review, ça fait plaisir ! J'espère que la suite et que l'avancée de ce couple te plaira ! (Je l'adore également !)
Chapitre 3 : Un douloureux réveil
Shun se réveilla lentement, s'étirant de tout son long, et grommela lorsque le soleil lui brûla les yeux. Son corps était tout endolori et sa tête, ainsi que son ventre, le faisaient atrocement souffrir. Il battit plusieurs fois des paupières avant de reconnecter un par un, tous les évènements de la veille. Il se remémorait leur arrivée, la course-poursuite avec les étudiants qui les avait tous séparés, Hyōga qui l'avait embrassé, ses crises de larmes lorsque la détresse l'avait submergée, Aiolia qui embrassait cette fille, et lui, qui noyait son chagrin dans toutes les bouteilles qu'il avait trouvé sur son passage.
Shun se souvenait d'avoir bu, bien trop même pour son gabarit, et il regrettait car après cela, tout le reste était confus. Ses souvenirs s'arrêtaient à la première bouteille qu'il avait avalée en entier, sous les regards consternés de Seiya et de l'étudiante qui l'accompagnait.
Le lycéen renoua alors avec la réalité et regarda tout autour de lui. Il n'était pas dans son lit, et ce n'était pas non plus la chambre de Hyōga, chez qui il devait initialement rester pour le week-end. La chambre dans laquelle il se trouvait était propre et épurée, de nombreuses fiches montrant diverses parties de l'anatomie humaine étaient soigneusement accrochées au mur, et il pouvait apercevoir une montagne de classeur d'où s'échappaient de nombreux marque-pages et post-it colorés, joncher sur un large bureau, qui, il en était sûr, devait être parfaitement organisé en temps normal.
Ses yeux se posèrent sur la table de nuit où traînait un petit porte-clés d'où pendait une sorte de petit bélier en or. Il l'attrapa et le contempla de plus près. L'animal était finement sculpté, et sa couleur dorée n'était pas terne mais lumineuse. Shun soupesa l'objet avant que le second élément qui était posé sur la table de chevet n'attire son regard. À côté du précédent endroit où il avait trouvé le porte-clés, se trouvait, soigneusement replié et lavé, son propre caleçon.
Le visage de Shun s'empourpra et il souleva la couette avant de constater qu'il était nu comme un ver dans le lit d'un parfait inconnu. Son cerveau commença alors à émettre des hypothèses douteuses et il s'imagina les pires situations, jusqu'à ce que la porte s'ouvre. Le lycéen aux cheveux verts rabaissa brusquement la couette et leva les yeux sur la personne qui venait d'entrer. Il s'agissait de Hyōga, les cheveux en bataille, vêtu d'un large pyjama à motif nuage, qui décrocha un sourire à Shun. Son ami blond s'avança et lui tendit un verre d'eau puis un médicament.
- Tu t'es enfin réveillé ! Il est déjà midi, une vraie marmotte ! Tiens, bois ça, ça va te faire du bien.
Shun s'exécuta non sans grimacer, car il détestait les cachets à avaler. Lorsqu'il eut avalé l'intégralité de son verre d'eau, il se tourna à nouveau vers son ami.
- Où est-ce que je suis… ? Demanda-t-il timidement.
Hyōga le rassura d'un sourire.
- T'es dans la chambre de Mû, apparemment quand Milo t'as trouvé hier soir t'étais bien amoché.
Le jeune russe marqua un temps d'arrêt avant de reprendre :
- Tu sais… Je voulais m'excuser pour hier soir…
Shun lui lança un regard interrogatif avant de se rappeler que ce dernier l'avait embrassé. Il rougit légèrement et passa d'un geste lent, un doigt sur ses lèvres.
- Ah ça…
- Je suis vraiment désolé ! Le coupa Hyōga en joignant les mains et en s'inclinant devant lui. Je savais plus trop ce que je faisais, et je ne sais pas trop ce qu'il m'a pris, t'étais en face de moi et paf, mon corps a agi tout seul ! Surtout que tu m'as crié dessus que c'était la première fois que tu… Enfin bref ! Je te demande pardon, je ne suis qu'un idiot, surtout que c'est clair qu'il n'y a rien entre nous et que nous sommes justes de super amis et je ne veux pas gâcher tout ça alors encore une fois, pardon ! Tu peux même me frapper !
Shun ne put s'empêcher de rire face à son compagnon qui se confondait en excuses. Il ne lui en voudrait pas, Hyōga et lui partageaient une amitié trop fusionnelle pour ne plus se parler du jour au lendemain. Il le fit se redresser.
- Hyōga, ce n'est pas grave d'accord ? Regarde, je ne t'en veux pas du tout ! Bon d'accord, tu m'as quand même privé de mon premier baiser avec mon prince charmant ! Plaisanta Shun. Mais bon, ça va parce que c'est toi et que tu possèdes un charme légendaire ! Et puis si tu tiens vraiment à te faire pardonner, tu n'as qu'à m'emmener manger des crêpes, Ikki ne veut jamais y aller avec moi.
Hyōga hocha frénétiquement la tête à chacune des intonations de Shun, puis les deux amis rirent à nouveau, avant que Hyōga ne se jette sur lui pour le chatouiller avec vigueur, son cadet se tordant dans tous les sens en riant.
- Attends stop ! Cria Shun, la respiration saccadée. Je vais mourir si tu continues, et puis je n'ai plus mes…
L'arrivée dans la chambre d'un étudiant aux longs cheveux bleu canard le coupa dans ses paroles. Le nouvel étudiant amenait avec lui les vêtements que Marine avait prêtés à Shun pour la fête, lavés, repassés et pliés.
Hyōga se tourna vers lui :
- Camus !
Camus s'avança vers Shun et posa ses vêtements sur la table de nuit, à côté de son caleçon. Le lycéen reconnut alors l'étudiant qui lui avait tenu les cheveux la veille, lorsqu'il vomissait dans l'évier de la cuisine.
- Je constate que tu vas mieux. Commença Camus.
Son attitude paraissait froide et distante, mais Hyōga avait si souvent parlé de lui à ses amis que Shun savait qu'il n'était simplement pas démonstratif ni très sociable, mais qu'il n'était pas méchant pour autant.
- Je me suis permis de laver tes vêtements, ils étaient un peu couverts de vomi, je me suis dit que tu aimerais remettre des vêtements propres, j'espère que ça ne t'as pas trop dérangé ? Reprit Camus en haussant un sourcil.
- Non, répondit Shun, merci.
Camus le gratifia d'un regard satisfait et se tourna vers Hyōga.
- Ce n'est pas parce qu'hier tu as fait la fête qu'il n'y aura pas d'entraînement cet après-midi pour autant, j'espère que tu en es conscient ?
Le blond fit la moue avant de répondre un oui pas très enjoué.
- Bien, je pense que tu devrais laisser ton ami se rhabiller, puis se tournant vers Shun, il y a de quoi déjeuner sur la table en bas, tu peux manger et boire ce que tu veux.
Puis Camus sortit de la chambre. Hyōga se leva, prêt à le suivre.
- Hyōga ? L'appela Shun.
Ce dernier se retourna :
- Oui ?
- Est-ce que Seiya et Shiryū sont là aussi ?
Le plus âgé des deux se gratta le front d'un geste las avant de lui répondre.
- Ils sont chez Milo. Camus m'a expliqué qu'il a débarqué ici en lui demandant s'il pouvait te laisser là car il devait retourner les chercher. On est que tous les deux. Mû avait un truc à régler, il ne devrait pas tarder. Ah oui, il y a aussi un certain Shaka en bas, il révise donc il ne devrait pas te parler.
Shun imprima les paroles qu'il venait d'entendre et soupira de soulagement.
- Camus m'a dit qu'on pouvait rester ici si on voulait, reprit le blond, et Milo viendra dans la journée avec Seiya, Shiryū et Aiolia.
Le cœur de Shun rata un battement en entendant le prénom de l'étudiant en sport. Il ne souhaitait pas le voir, pas après ce qu'il avait fait.
- Je te laisse te changer ! Si tu veux porter quelque chose de plus décontracté, Mû t'a laissé des vêtements sur la chaise au cas où ! Descends quand t'es prêt !
Hyōga sortit à son tour de la chambre, laissant Shun seul. Ce dernier en profita pour enfiler son caleçon propre et refusa de remettre les vêtements de Marine, beaucoup trop moulants pour lui, et se dirigea vers la chaise indiquée par son ami quelques secondes plus tôt. Il attrapa le t-shirt blanc ainsi que le pantalon vert posés dessus, puis s'habilla. Le pantalon était légèrement trop grand pour lui, mais ce n'était rien à côté du t-shirt trop large dans lequel il flottait littéralement.
Une fois prêt, il décida de quitter la chambre pour rejoindre la cuisine. Ce qui ne fut pas difficile, car une forte odeur de brioche chaude flottait dans l'air. L'estomac de Shun gronda bruyamment et il accéléra le pas.
Sur la table de la cuisine était dressée une grande assiette surplombée de plusieurs tranches de brioche, visiblement faite maison. Un post-it avec écrit « chocolat chaud » dessus était posé sur le four micro-ondes et Shun sourit avant d'engloutir un copieux petit déjeuner.
Une fois sa faim passée, il se décida à laver toute la vaisselle et à tout ranger, pour remercier l'étudiant en médecine de lui avoir prêté son lit. Alors qu'il essuyait mécaniquement les derniers ustensiles, il se rappela Aiolia. La douleur qu'il avait ressentie lorsqu'il avait vu les deux étudiants s'embrasser, avait été insupportable, et le simple fait d'y repenser lui faisait mal à nouveau.
Si seulement il n'avait pas essayé de le rejoindre, il n'aurait rien vu et peut-être qu'il n'aurait pas ressenti cette sorte de vide qui se formait en lui. Plutôt que cette fille blonde, il aurait préféré qu'il l'embrasse lui !
Shun échappa la tasse qu'il tenait dans sa main gauche. Que venait-il de penser ? Du bout des doigts, il toucha sa lèvre inférieure. Il se demanda comment étaient celles d'Aiolia. Étaient-elles douces ? Ou bien rugueuses ? Peut-être auraient-elles assez de force pour lui faire oublier le lycée.
Le jeune lycéen secoua vivement la tête. Non ! Il ne fallait pas qu'il commence à penser de cette façon, Aiolia était un idiot et c'est tout. Rien de plus, juste un idiot. Un idiot terriblement séduisant certes, mais un idiot. Shun n'avait pas besoin de se regarder dans un miroir pour savoir que son visage avait viré au rouge vif. Mais son visage n'était pas le seul effet provoqué par le souvenir d'Aiolia. Quelque chose, plus bas sur le corps du jeune garçon, semblait s'être réveillé. Ses yeux descendirent prudemment jusqu'à son entrejambe, où une bosse était déjà bien visible à travers son pantalon.
Shun n'eut pas le loisir de s'inquiéter de son érection naissante car une main aux longs doigts fins le tira de ses réflexions. Il poussa un petit cri de surprise et eut un sursaut en arrière lorsqu'il constata qu'un étudiant aux cheveux blonds lui avait attrapé le poignet, avec délicatesse néanmoins.
- Tu ne m'as pas entendu ? Dit calmement l'homme qui venait d'arriver. Pourtant, j'ai appelé plusieurs fois pour savoir si tout allait bien.
Shun fronça légèrement les sourcils, tentant de raccrocher du sens aux paroles de son vis-à-vis. C'est alors qu'il ressentit une légère douleur sur l'une de ses mains. La tasse qu'il avait échappée un peu plus tôt s'était écrasée sur le sol, répandant des morceaux brisés à ses pieds. L'un d'eux lui avait entaillé le doigt, mais la blessure ne semblait pas profonde, ce qui ne l'inquiéta pas. En revanche, ne pas avoir entendu le bruit de casse, l'étudiant l'appeler et arriver dans la cuisine, ça, ça l'inquiétait. Trop occupé à ressasser ses souvenirs de la veille, mais surtout, l'homme qu'il admirait secrètement, il n'avait rien entendu de tout cela.
- Il y a une trousse médicale dans la chambre de Mû, reprit son voisin, tu peux l'utiliser pour désinfecter la plaie, je me charge de tout ramasser et remettre en place.
Shun s'inclina plusieurs fois pour s'excuser de sa gêne avant de remercier l'étudiant, qu'il devina être Shaka, que Hyōga avait mentionné dans la liste des personnes présentes avant de partir.
Le jeune japonais s'éclipsa vivement, son sexe enfin de retour à la normale après la surprise du contact avec le blond aux cheveux longs. Suivant les indications de ce dernier, il désinfecta la petite plaie sur son index, avant de coller un pansement dessus. Cela ne lui ressemblait pas d'être maladroit. Poussant un profond soupir las, il retourna dans la chambre de Mû et se laissa tomber lourdement sur le lit, enfouissant sa tête dans les couvertures.
Shun resta de longues minutes dans cette position, profitant du calme plat qui régnait dans la pièce. L'envie de se rendormir lui traversa l'esprit, mais trois coups francs résonnèrent contre la porte de sa chambre, ou plutôt de celle de son hôte.
Le lycéen releva le visage en direction du bruit, s'attendant à trouver Mû devant lui, mais il avala sa salive en constatant que son visiteur n'était pas celui attendu.
- On dort encore ? Résonna la voix forte d'Aiolia, un sourire taquin sur les lèvres.
Shun reposa sa tête dans les couvertures, se refusant à le regarder. Il pria pour que le sportif reparte aussi vite qu'il était arrivé, mais ce dernier préféra s'approcher de lui.
- Allez debout maintenant ! Je pense que tu as assez dormi comme ça ! Ordonna Aiolia.
Shun prononça un non, à moitié compréhensible vu qu'il avait toujours sa tête enfoncée dans les draps.
- Si tu ne te lèves pas, c'est moi qui vais te lever. Menaça le plus âgé.
Mais Shun l'ignora et posa un coussin sur l'arrière de son crâne.
L'étudiant en sport arqua un sourcil avant de murmurer :
- Je t'avais prévenu.
Et il se jeta sur le lycéen, le chatouillant de la tête aux pieds. Shun se tordait dans tous les sens en essayant d'esquiver les mains habiles de son aîné, se retenant comme il pouvait de rire. C'est finalement à bout de souffle, qu'il sentit une colère refoulée remonter en lui. Aiolia venait d'arrêter ses assauts pour permettre à son cadet de reprendre sa respiration. Il s'attendait à ce que son vis-à-vis tente de se venger de cette attaque soudaine, mais ce ne fut pas le cas. Les prunelles émeraude le regardaient avec une certaine tristesse mêlée d'incompréhension.
- Pourquoi tu te moques de moi comme ça ? Asséna le lycéen, le ton de sa voix plus élevée que d'ordinaire. Ça t'amuse de faire ça ?
Aiolia se recula et essaya de mettre un sens sur les propos du garçon qu'il avait sous les yeux. Se moquer de lui ? Jamais il n'avait fait ça.
- De quoi tu parles ? Demanda-t-il d'une voix posée, tentant de calmer le flot d'émotions qui menaçaient d'exploser dans la voix de Shun.
- De toi ! De tout ! D'abord tu me traites de fille ! Ensuite tu me poursuis ! Après tu viens m'aider, puis tu fais comme si je n'étais pas là, pour deux minutes plus tard, te mêler de ce qui ne te regarde pas, et pour finir, tu embrasses cette… Pétasse, devant moi ! Le mot lui avait échappé, preuve du contrôle qu'il n'exerçait pas sur ses propres sentiments. Tu n'as aucun tact, aucune délicatesse ! T'es un crétin !
Il avait presque crié en déblatérant tous les évènements des dernières semaines, inconscient qu'il s'agissait d'un amas de paroles confuses. Aiolia prit le temps d'assimiler une à une les informations de son cadet avant de soupirer.
- Je suis désolé si ça t'as vexé que je te prenne pour une fille, commença le sportif, je ne pensais pas que tu l'avais si mal pris vu que tu n'as rien dis. Pour le reste, je ne suis pas sûr d'en avoir bien saisi le sens, et la fille d'hier, c'est elle qui m'a sauté dessus, je l'ai repoussé après. Et toi alors, tu crois que c'était une bonne idée de te bourrer la gueule alors que tu ne bois pas en temps normal ? Tu sais combien t'as inquiété tes amis ? C'est pour ça que t'es un gamin, et après c'est moi le crétin ? La voix d'Aiolia s'était faite plus froide et plus dure.
Shun écarquilla les yeux, il ne pensait pas se faire réprimander par l'étudiant, ni que ses compagnons s'étaient fait énormément de soucis pour lui. Honteux, il baissa le regard et retint une larme qui menaçait de se former.
Au-dessus de lui, les traits d'Aiolia se radoucirent et il lui caressa les cheveux avant de pointer du doigt le haut du lycéen.
- D'ailleurs, qu'est-ce que tu fais avec mon t-shirt ?
- Ton t-shirt ? Répéta bêtement Shun. Mais non, c'est celui de Mû, je l'ai pris sur la chaise, il l'avait laissé pour moi.
- Je lui avais laissé parce qu'un étudiant de sa promo avait vomi sur sa blouse. Il ne me l'a juste pas encore rendu, mais je t'assure que c'est le mien.
- Je ne savais pas… Reprit Shun après un court silence.
Il portait le t-shirt d'Aiolia ! Cela expliquait la largeur du vêtement alors que le gabarit de Mû était moins conséquent que celui du sportif. Shun hésitait entre le retirer et lui jeter au visage, ou bien le garder précieusement et ne jamais le lui rendre. Finalement, il opta pour la première option. Il tira légèrement sur le haut du tissu pour le faire remonter, mais le regard d'Aiolia changea soudainement. Du bout des doigts, il effleura le flanc droit de Shun qui fut pris d'un délicieux frisson.
- Tu en as un ici aussi… Marmonna Aiolia.
Shun se tordit le cou pour voir ce que regardait son aîné et posa les yeux sur un autre bleu, marque de son passage à tabac par ses camarades de classe. Le lycéen cacha son ventre de ses petites mains blanches. Aiolia fronça les sourcils.
- Tu vas encore éviter le sujet ? Tu sais, il n'y a pas trente-six raisons pour qu'un gamin de ton âge se retrouve avec des blessures comme ça, alors autant en parler maintenant et résoudre le problème.
- Ce n'est pas important, je peux me débrouiller tout seul. Répondit Shun, souhaitant faire passer son mensonge pour la vérité, mais sa voix le trahissait.
- Pas important ? Tu comptes te laisser frapper jusqu'à la fin de l'année ? Je mettrais ma main à couper que tu te dis qu'il ne faut pas que tu « déranges » les autres, encore moins ton frère, avec tes problèmes et que le simple fait d'aller à l'université va tout arrêter. J'ai tort ?
C'était un effet le raisonnement de Shun, ainsi que la conclusion à laquelle il était arrivé. Était-ce si grave de ne vouloir inquiéter personne, de peur de les blesser ? Mais surtout, personne ne savait à quel point il avait honte de lui. Honte de sa faiblesse, honte de son incapacité à pouvoir répliquer. La seule chose dont il était capable, c'était d'encaisser en silence tout ce qui lui arrivait, et d'essayer d'oublier autant qu'il le pouvait. Aiolia l'avait percé à jour avec une facilité déconcertante. Son regard bleu limpide semblait lire en lui tous ses secrets, si bien que le jeune japonais se sentit mis à nu et se cacha le visage avec ses mains pour essayer de fuir ces deux perles envoûtantes.
- Ah non ! Grogna Aiolia. Maintenant tu m'expliques, c'est pas la peine de te cacher !
L'étudiant essayait de décoller les mains du lycéen, tâchant de ne pas se montrer trop brusque avec lui. Mais l'impatience le gagna rapidement et il finit par plaquer avec force les poignets de Shun sur le lit, de part et d'autre de son visage sous lequel s'étendaient ses boucles vertes. La surprise du garçon se lisait dans ses yeux, et il ne parvenait pas à détacher son regard de celui d'Aiolia. Ils restèrent figés dans cette position. Chacun ne parvenant pas à se détacher du visage de l'autre, se contemplant mutuellement, détaillant chaque parcelle de peau. Le silence qui s'installa entre eux semblait annonciateur d'une catastrophe.
La porte de la chambre s'ouvrit brusquement, dévoilant un Mû remonté à bloc, prêt à faire la morale au plus jeune. Mais lorsque son regard s'arrêta sur ses deux invités, il referma la bouche, les yeux ronds, les fixant avec stupeur, sans comprendre. Puis, dans un silence toujours aussi pesant, il referma lentement la porte, faisant comme s'il n'avait rien vu.
- Attends Mû ! C'est pas ce que tu crois ! L'appela Aiolia, paniqué par le comportement de son ami qui, à l'évidence, avait mal compris la situation.
Le sportif se leva d'un bond du lit, ayant bien l'intention de dissiper tout malentendu avec son ami, et suivit les traces de l'homme aux cheveux parme. Shun, laissé dans la solitude, se cacha sous la couette, le visage écarlate, tentant de calmer les battements de son cœur qui s'étaient accélérés.
Dans l'escalier menant au salon, Mû touchait chaque marche avec lourdeur, abasourdi par la scène à laquelle il venait d'assister. Sus ses talons, Aiolia tentait de le convaincre qu'il était dans l'erreur, mais le regard que s'étaient lancés les deux individus dans la chambre ne trompait pas.
- Écoute Aiolia, soupira Mû, j'apprécierais que tu ne sautes pas sur mon futur tutoré, qui plus est dans ma propre chambre !
- Mais puisque je te dis que tu te trompes ! Plaidait Aiolia.
L'étudiant en médecine se retourna soudainement, rivant ses iris dans celles d'Aiolia, levant un doigt accusateur sur ce dernier.
- Ah oui ? Et qu'est-ce que vous faisiez l'un sur l'autre comme ça à vous dévorer des yeux, toi lui maintenant les poignets pour qu'il ne bouge pas ?
Dit comme ça, il était vrai que n'importe qui se serait rangé du point de vue de Mû, sans connaître les deux hommes. Mais Aiolia persistait à contredire son ami sur la nature de ce qu'il avait vu. Malgré toutes ses explications, Mû ne changea pas son avis sur la question, mais laissa toutefois le bénéfice du doute à Aiolia.
Dans le salon, Seiya et Shiryū écoutaient attentivement la discussion entre les deux aînés, tandis que Milo fouillait dans les placards de la cuisine, à la recherche d'un aliment qui satisferait son palais. Shaka s'était volatilisé dans la chambre de Camus, cherchant un peu de calme pour se replonger dans ses lectures.
- Bon Aiolia, maintenant tu me lâches, je dois retourner voir Shun, ce qu'à la base, j'étais venu faire avant de vous trouver comme ça, et tu m'empêches cet imbécile de dévaliser toute la cuisine ! Pesta Mû.
Il planta là son ami aux cheveux courts avant de retourner dans sa chambre à la rencontre de Shun. Le lycéen s'était dissimulé dans les couvertures, mais Mû en attrapa un bout et la tira vers lui d'un geste rapide. Shun eut un petit sursaut avant de balbutier une phrase :
- Je peux tout expliquer ! On ne faisait rien ! Il m'a juste posé une question et je ne voulais pas répondre alors il a insisté et…
- Shun. Le coupa Mû. Je te crois, même si je ne suis pas un idiot et que j'ai remarqué dans ton regard qu'il y a quelque chose. Je veux simplement te parler de ton comportement d'hier soir.
Shun s'excusa puis s'installa à genoux sur le lit, honteux et coupable, prêt à subir les foudres de son proclamé futur tuteur. Mû ne put se résigner à lui faire la morale de manière dure, comme il l'avait prévu, en le voyant ainsi s'excuser dans cette posture. Il poussa de nouveau un long soupir avant de s'asseoir à côté de lui sur le lit.
- Ce qui me déçoit Shun, c'est que l'on vous a dit non avec Milo et Aiolia, et pourtant, vous avez tout fait pour venir. On ne veut pas vous empêcher de vous amuser, mais même si ces soirées ont une très bonne réputation, ça monte à la tête de certaines personnes qui pensent avoir tous les droits. Il y a deux ans, Le Sanctuaire a cumulé plusieurs mésaventures avant d'affiner leur système de sélection des invités, et de faire en sorte de virer toutes les personnes ayant eu un comportement contraire à la bonne ambiance. Il y avait eu un règlement de compte au couteau, je ne t'explique pas le massacre, un viol collectif également… Bref. Tout ce qu'on vous souhaite de ne pas voir. Vous avez été chanceux que Milo et Aiolia soient là pour veiller sur vous.
Shun écoutait chacune des paroles de son aîné, stupéfait par ce qu'il apprenait.
- On n'était pas seul… Commença le lycéen. Marine n'était pas très loin et elles nous avaient donné des consignes…
- Que vous n'avez pas respectées, comme « ne pas se mettre dans un sale état » non ?
Tout en rappelant la règle de la jeune femme, il appuya sur Shun un regard plein de sous-entendus, et son cadet se recroquevilla un peu plus sur lui-même.
- Bon, si tu as compris tout va bien, j'espère que tu ne recommenceras pas, ou alors fait en sorte de rester avec l'un de nous si ça doit arriver. Par contre, je vais devoir prévenir Ikki…
- Non ! Cria Shun, s'attirant un coup d'œil surpris de Mû.
- Et pourquoi ? Demanda l'étudiant d'une voix calme.
- Parce qu'il va s'inquiéter… Il ne me fera plus confiance non plus et… Je ne veux pas le décevoir…
Shun baissa la tête, imaginant la réaction de son grand frère s'il l'apprenait. Mû ne put que compatir devant sa mine déprimée. Il ne le connaissait peut-être pas depuis longtemps, mais ils avaient longuement échangé par messages, le garçon aux cheveux verts étant toujours plus curieux et avide d'apprendre des choses dans le domaine de prédilection de l'étudiant, ce dernier avait fini par s'attacher au plus jeune, de la même manière qu'un grand frère.
- C'est d'accord, je ne dirai rien. Mais promets-moi de faire attention, d'accord ?
- D'accord ! Acquiesça Shun.
- Maintenant rejoignons les autres avant qu'ils ne s'inquiètent pour rien. Tu te sens mal ?
- Non. Répondit Shun après avoir constaté son état physique et mental.
Mû lui sourit et les deux hommes rejoignirent le groupe dans le salon. Aiolia et Shun n'osèrent échanger le moindre regard durant le récit des deux autres lycéens qui expliquaient ce qu'ils avaient fait depuis la veille. Lorsque Camus revient avec Hyōga, les quatre amis d'enfance furent raccompagnés à leurs logements respectifs.
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La semaine qui suivit, Shun n'eut aucun retour d'Ikki sur la soirée, confirmant que personne ne lui en avait parlé. Il remercia mentalement Mû d'avoir bien voulu l'écouter. Depuis la conversation et le rapprochement qu'ils avaient eu, lui et Aiolia, Shun ne cessait de faire des rêves pour le moins… mouvementés. De plus, son corps agissait constamment de manière étrange, et plus d'une fois, il avait eu peur qu'Ikki ne le remarque ou bien qu'il fasse du bruit, lors de ses pensées nocturnes, qui pourrait réveiller son frère.
Shun avait honte d'être autant en proie à son propre corps. Il avait toujours cru avoir un contrôle irréprochable de celui-ci, ainsi que de ses émotions, pour tout ce qui concerne de près ou de loin le sexe et les comportements qui y sont liés ; et maintenant il se rendait compte que ce n'était pas le cas. Cela faisait peur à Shun qui n'avait jamais eu à affronter un tel torrent de contradictions en lui, et il était hors de question qu'il en parle avec Ikki. Il se souvenait bien d'une fois où son aîné avait tenté d'aborder avec lui ce sujet, lorsque son cadet venait d'entrer au collège, mais ses questions avaient été tellement franches et directes que Shun avait catégoriquement refusé d'en discuter à nouveau avec son grand-frère.
Le lycéen sortit de la douche et se regarda dans le miroir. Marine l'avait assailli de compliments concernant sa silhouette filiforme, pourtant, Shun se demanda s'il pourrait plaire à Aiolia. Tout ce que lui renvoyait le miroir était un garçon gringalet avec des boucles longues et farouches, et pour finir, un visage encore trop enfantin. Comment un gamin chétif et tout rose pourrait plaire à quelqu'un comme Aiolia ? Avec sa carrure imposante, ses muscles saillants et sa peau dorée par le soleil.
Shun se claqua les mains sur les joues pour stopper son esprit qui risquait de se perdre vers des pensées plus obscures. Après s'être préparé, il fila à toute vitesse au lycée, emportant avec lui une pomme pour seul petit-déjeuner.
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Le cours fut d'un ennui mortel : toute la matinée, les différents professeurs avaient expliqué aux lycéens à quel point l'examen final était important pour pouvoir suivre les études qu'on voulait et être accepté dans les universités choisies. Shun et ses amis d'enfance n'avaient aucun souci à se faire, sauf peut-être Seiya, qui passait presque toujours de peu. Mais Shun se promit qu'il donnerait des cours particuliers à son ami pour qu'ils ne soient pas séparés une fois entrés à l'université.
Le regard du dénommé Andromède s'arrêta sur la chaise vide de son camarade. Hyōga était de nouveau absent. La veille, le blond avait les yeux cerclés de gros cernes commençant à tirer sur le bleu, si bien que ses meilleurs amis l'obligèrent à prendre du repos. La seule explication que leur avait fournie le russe était qu'il avait un travail après les cours, qui lui prenait tout son temps. Lorsque Seiya avait insisté pour savoir de quel travail il s'agissait, Hyōga s'était renfrogné et n'avait jamais voulu répondre. Shun espérait que son ami ne fasse rien de dangereux, ou qui pourrait blesser la fierté du blond.
Un coup de pied dans sa chaise tira Shun de ses réflexions. Il n'avait pas besoin de lever les yeux pour savoir qui étaient les deux personnes qui le toisaient de haut, prêts pour une nouvelle « activité ».
- Alors ? T'es encore tout seul ? Il est passé où Hyōga ? Ricana Ichi.
Shun ne répondit pas et se contenta de se lever, de ranger ses affaires et de jeter son sac sur son épaule. Seiya et Shiryū avaient cours de sport et le jeune japonais su qu'une fois encore, il allait devoir se dépatouiller tout seul avec ses deux bourreaux attitrés.
- Bah alors, tu sais plus parler ? Gronda Geki. On t'a posé une question, tu pourrais répondre non ? C'est la moindre des politesses, ou alors ton frère est trop con pour te donner une bonne éducation ?
Les deux lycéens ricanaient comme des imbéciles, et la dernière remarque fit monter une colère sourde en Shun. Qu'on l'insulte lui, passe encore, mais qu'on s'en prenne à Ikki, ça, il en était hors de question.
Il leva ses prunelles vertes, pleines de rage, vers ses deux camarades qui s'arrêtèrent, surpris par le regard inhabituel que leur jetait le lycéen aux cheveux verts.
Ichi siffla :
- C'est quoi ce regard ? Tu crois quand même pas que tu peux te rebeller contre nous ?
- Les seuls cons qu'il y a ici, c'est vous. Cracha Shun d'une voix menaçante qui ne lui ressemblait pas.
Geki eut un léger mouvement de recul, mais se ressaisit et l'attrapa par le col :
- T'as dit quoi là ?
Shun ne baissa pas pour autant les yeux et la colère lui donna le courage nécessaire pour répéter une seconde fois :
- Vous êtes cons. Tous les deux. Des gros cons même, et en plus de ça vous êtes sourds ? Ha ! Je me demande qui, entre vous et moi, est le plus malchanceux.
Geki colla son poing dans le visage de Shun, tandis qu'Ichi les poussait en dehors du champ de vision des élèves aux alentours. Une vive douleur traversa la joue meurtrie de Shun.
- Amène-le ici, ordonna Ichi, personne nous verra.
Shun se résigna à se laisser traîner jusqu'à l'un des locales dans lequel était stocké du matériel ménager. Ichi prit soin de refermer la porte derrière eux, le local étant assez grand pour qu'ils y tiennent à trois, sans être serrés. Geki jeta Shun par terre qui réussit à amortir sa chute et se recroquevilla instinctivement en boule, prêt à encaisser les futurs coups des deux lycéens. Sa réaction amusa les deux camarades qui eurent une nouvelle idée.
- Hey Geki, tu t'es jamais demandé si c'était vraiment un garçon ? Demanda Ichi.
Son vis-à-vis le regarda sans comprendre, avant de se tourner vers le lycéen à terre. Geki eut un rire moqueur :
- C'est vrai qu'il n'a pas du tout la carrure d'un mec, ni la force. Peut-être qu'il se fait juste passer pour un garçon en effet.
- On devrait vérifier. Proposa Ichi.
Shun eut un rictus écœuré. Oh non… pas ça, pensa-t-il. Ichi lui attrapa les bras et le força à rester sur le dos, pendant que Geki lui avait bloqué les jambes avec ses genoux. Shun fut soudainement pris de panique alors que la main de Geki remontait lentement son haut et il s'écria :
- Vous savez que je peux porter plainte pour ça ?
Ichi le frappa sur le sommet du crâne, sonnant légèrement le plus jeune qui se débattait du mieux qu'il pouvait.
- Ferme-la on va rien faire. Et t'auras jamais le courage de faire ça. Asséna Geki qui tourna sa tête vers son partenaire. C'est bien un mec.
- C'est presque décevant. Lâcha Ichi.
Il y eut un moment de silence avant que Geki ne reprenne la parole.
- On fait quoi du coup ?
- On peut toujours le jeter dans les poubelles ? Proposa Ichi.
- Non, trancha Geki, à cette heure-là, il y aura forcément quelqu'un à côté.
- Au pire, on l'enferme ici.
Les deux bourreaux se mirent d'accord avant d'abandonner leur victime favorite à son triste sort.
Shun attendit pendant presque une trentaine de minutes, avant de se relever. Il venait d'avoir la preuve que même s'il essayait de se rebeller, ils n'allaient pas arrêter de le harceler pour autant. Il réajusta ses vêtements, soulagé que les deux lycéens n'aient pas tenté quelque chose… Il chassa rapidement ces pensées et posa la main sur la poignée de la porte. Celle-ci s'abaissa sans difficulté, arrachant un soupir de soulagement à Shun qui confirma qu'Ichi et Geki étaient bien deux imbéciles sans cervelles. Un rapide coup d'œil lui confirma qu'il n'y avait personne et il se rua presque à l'extérieur de l'établissement.
Une fois dehors, Shun se dirigea vers le portail et plissa les yeux lorsqu'il aperçut une silhouette familière qui lui faisait des grands gestes. Shun rejoignit rapidement Milo, qui rejetait maintenant sa crinière bleutée sous les yeux ébahis des quelques lycéennes encore présentes. Shun fut rassuré de voir Milo et non pas Aiolia. Il était certain d'avoir une marque sur le visage et il n'aurait pas eu la force d'essayer d'éviter les questions du sportif aux cheveux courts.
Milo ignora royalement les filles qui avaient commencé à se rassembler autour de lui pour admirer le bel éphèbe sorti de nulle part, et son regard sembla chercher une potentielle autre présence à côté du jeune japonais.
- T'es tout seul ? Les autres ne sont pas avec toi ? Questionna l'étudiant.
Shun secoua négativement la tête avant de lui répondre :
- Hyōga se repose, quant à Seiya et Shiryū, ils finissent les cours plus tard. Mais pourquoi tu es là ?
Milo se fendit d'un sourire charmeur.
- J'avais envie de vous voir ! Camus m'a donné le nom de votre lycée et je me suis dit que je pourrais y faire un tour. Je voulais aussi vous prévenir qu'on allait faire une soirée chez Mû et Camus ce week-end, juste entre nous.
Shun s'étonna des paroles de l'étudiant qui lui fit un clin d'œil enjoué, avant de se rembrunir soudainement.
- Tu t'es fait quoi au visage ? Demanda Milo, les sourcils froncés.
Shun cacha sa joue de sa main puis baissa la tête.
- Je suis tombé…
Il n'était pas difficile pour Milo de voir que le lycéen lui mentait. L'étudiant avait toujours eu une intuition très développée et le regard affuté : rien ne lui échappait. Il pouvait clairement voir Shun déglutir et ses épaules trembler légèrement. Son uniforme était froissé et ses cheveux en bataille.
- Tombé dans les ennuis oui ! Shun, tu sais que si tu as des problèmes, on sera ravi de t'aider.
Milo fit craquer ses phalanges pour souligner son propos et pour avertir le lycéen de son état d'esprit. Les yeux de Shun s'embuèrent et il baissa encore plus la tête pour camoufler son visage dans sa chevelure verte.
- On peut en discuter autre part ? Demanda à voix basse le plus jeune. J'aimerais m'éloigner d'ici…
Milo se radoucit et ébouriffa la tête de son cadet, d'un geste amical et protecteur. Aiolia lui avait parlé des bleus qu'il avait vus sur le corps de Shun.
- Ok ça me va, après tu m'expliqueras tout ça. Fit Milo.
Shun suivit l'étudiant qui se dirigea vers la moto noire garée plus loin. Le lycéen s'arrêta, bouche bée, avant de dévisager le sportif qui refermait calmement sa veste en cuir noire, elle aussi.
- Milo, commença Shun, c'est vraiment la tienne ?
L'étudiant leva un œil interrogateur avant de tapoter l'avant de la machine.
- Bien sûr que c'est la mienne, répliqua Milo, t'as vu un peu comme elle est belle, et tu vas avoir la chance de monter dessus ! Elle appartenait à mon père, j'ai pu la récupérer après avoir eu le permis.
- Mais je n'ai pas de casque… Protesta Shun.
Milo lui tendit le seul et unique casque qu'il avait avec lui, provoquant un regard incompris chez son cadet.
- Mais, et toi ?
- T'en fais pas pour moi ! La sécurité des jeunes avant tout !
Shun s'exécuta sous le regard insistant de Milo, avant de prendre place derrière lui sur la moto. C'était la première fois qu'il montait sur ce genre de véhicule et il n'était pas totalement rassuré. Ne trouvant aucun point d'accroche, il attrapa timidement la veste de Milo, qui enfilait des gants de protection. L'étudiant tira sans vergogne sur les bras de Shun :
- Accroche-toi bien à moi si tu ne veux pas t'envoler !
Shun entoura fermement le torse de son aîné de ses bras fins, non sans en éprouver une certaine gêne, et bloqua sa respiration lorsqu'il entendit le moteur gronder. Milo le regardait d'un œil amusé, et il fit ronronner plusieurs fois le moteur, juste pour avoir le plaisir de voir le lycéen sursauter et resserrer sa prise autour de lui.
- T'as peur ? Demanda le plus âgé.
- Un peu… Admit Shun. En plus tu n'as pas de casque, on va se faire arrêter…
- Mais non, aucune raison de s'inquiéter !
Milo vérifia une dernière fois que le casque de Shun était bien ajusté sur sa tête, et jeta un dernier coup d'œil à celui-ci :
- Prêt ?
Shun hocha nerveusement la tête, et lorsque Milo démarra à toute vitesse, il eut l'impression que son estomac se soulevait. Il n'osait pas ouvrir les yeux, serrant tout contre lui le seul point d'accroche qu'il avait. Il entendit néanmoins la voix de Milo par-dessus le bruit assourdissant qu'émettait l'engin.
- Ouvre les yeux ! Héla Milo.
Shun inspira profondément plusieurs fois, avant d'entrouvrir un œil. Il voyait le paysage autour de lui s'étendre et défiler à une vitesse vertigineuse. Le bruit ne le dérangeait plus, seules les sensations nouvelles qui s'emparaient de lui comptaient. Il avait l'impression de voler, de fendre l'air aussi vite qu'un avion. Ses quelques mèches s'échappant du casque volaient gracieusement au gré du vent qui accueillait les deux hommes, et les autorisait à le traverser. Shun se recula légèrement pour admirer cette nouvelle vision du décor autour d'eux. Pendant quelques instants, il en oublia le lycée. Il en oublia la douleur qui lui caressait la joue, Ikki, ses deux bourreaux, Aiolia. Plus rien n'avait d'importance à ses yeux, seul le moment présent comptait. Et ça, c'était grâce à Milo, qui faisait visiter toute la ville au lycéen.
Shun aurait pu se satisfaire encore plus de ce moment si une sirène suivit d'une alternance de lumières bleu et rouge ne l'avaient pas tiré de ses rêveries. Il se retourna pour voir qu'un véhicule de police indiquait à Milo de se ranger sur le côté. Le jeune japonais se sentit soudainement coupable de ce qui risquait d'arriver à son ami, qui avait si gentiment cherché à lui faire oublier ses soucis par ce simple tour.
Milo obéit sans hésiter et coupa le moteur du véhicule, avant de se tourner vers l'agent qui s'approchait déjà d'eux. Malgré son uniforme et son air sérieux, Shun devina aisément qu'il devait à peine avoir deux ou trois ans de plus que l'étudiant. Le policier retira ses lunettes de soleil, avant de faire la moue et de s'exprimer :
- Tu connais les règles de sécurité Milo, le port du casque est obligatoire. Je ne doute pas de tes talents de conducteur ni de chauffeur, il jeta un coup d'œil furtif à Shun, mais je n'aimerais pas te retrouver coupé en petits morceaux entre deux voitures.
Milo éclata d'un rire franc, avant de tendre la main vers son vis-à-vis qui la serra avec force. Shun fut surpris de voir que les deux hommes se connaissaient.
- Voyons, tu sais bien que j'aime le danger, rit Milo, mais plus sérieusement, c'était exceptionnel, jamais je ne roulerais sans casque, je dépose juste le petit chez lui et je repars.
L'agent riva une nouvelle fois ses yeux foncés sur Shun, avant de se passer une main lasse dans ses courts cheveux vert forêt, puis soupira.
- Je ne vais pas toujours pouvoir te couvrir tu sais, aujourd'hui ça passe parce que je suis tout seul, mais la prochaine fois, je ne sais pas.
- Shura relax, je te dis la vérité, je le ramène juste et je repars avec mon casque sur le crâne !
Ces paroles semblèrent suffire au dénommé Shura, dont les traits se radoucirent.
- Camus va bien ? Ça fait une semaine que je dois aller le voir, mais à chaque fois, on a un problème au boulot. Il va finir par m'arracher les yeux si ça continue…
Milo se moqua ouvertement de son ami:
- C'est vrai qu'il déteste qu'on le fasse attendre ! Mais il va bien, et il a des dossiers à faire donc il n'a pas l'air de t'en vouloir !
Shura parut soulagé à ses mots, et reposa ses lunettes sur son nez.
- Allez, maintenant file avant que je te colle une amende ! Plaisanta ce dernier.
Milo fit un bref signe de main au policier qui s'éloigna, avant de repartir, suivant cette fois la route pour ramener Shun chez lui.
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Une fois devant chez le lycéen, Milo se gara et aida ce dernier à descendre de l'engin. Le plus jeune secoua la tête, libérant sa crinière verte lorsqu'il retira le casque, avant de le rendre à son propriétaire. Il put remarquer que la clé du véhicule était accrochée à un petit porte-clés sur lequel pendait fièrement un petit scorpion doré, ressemblant étrangement à celui qu'il avait trouvé sur la table de chevet de Mû. Mais il ne s'attarda pas sur ce détail.
Shun proposa à Milo de discuter à l'intérieur. Il passa sa tête dans l'entrebâillement de la porte et constata avec soulagement que son frère n'était pas rentré. Il invita l'étudiant à entrer, qui regarda tout autour de lui avec une curiosité sans limite, essayant sûrement de chercher de quoi taquiner Ikki.
- Tu veux boire quelque chose ? Proposa Shun, plus pour retarder le moment où il raconterait ses mésaventures plutôt que par politesse.
Milo secoua la tête avant de planter ses yeux perçants dans ceux de son cadet. Shun soupira avant de se lancer dans le récit de toutes les atrocités qu'il subissait depuis plusieurs mois dans sa classe. Il n'omit pas de lui faire part de comment il se sentait vis-à-vis de tout ça. L'étudiant l'écoutait parler sans l'interrompre, se tendant parfois à l'entente des traitements que supportaient le lycéen, et sa bouche se fendait d'un mélange de dégoût et de haine. Shun lui expliqua également la discussion qu'il avait eue avec Ikki à ce propos, et qu'il l'avait supplié de ne rien faire. Il se demanda pendant un court instant s'il devait aussi lui parler d'Aiolia, mais il se ravisa. Les deux étudiants étant très proches, il n'avait guère envie que l'intéressé le découvre.
Lorsqu'il eut fini de tout déballer, une vague de soulagement s'empara de tous ses membres. Il avait l'impression de s'être libéré d'un poids immense. Entre-temps, les deux locuteurs avaient pris place dans le canapé, et Shun avait dû prendre sur lui pour éviter que des larmes ne lui échappent en repensant aux souvenirs douloureux que lui laissaient ses deux bourreaux.
Milo se passa une main sur le visage et resta un moment dans cette position, comme s'il pesait ses mots.
- Ce que je vais te dire ne va sûrement pas te plaire, commença-t-il, mais tes deux camarades, j'irai bien leur raconter ma façon de penser avec Aiolia et Ikki.
Shun secoua les mains :
- Ça ne servirait à rien, il me ferait payer le triple…
- Pas si on s'en occupe. Le coupa Milo. Ce que tu ne comprends pas Shun, c'est que le harcèlement, si tu ne fais rien, il ne va jamais s'arrêter. Donc maintenant, que tu le veuilles ou non, s'il se passe encore un truc, juste un seul, tu peux être certain que l'on va s'en occuper. Et tu verras qu'on sait être très persuasif.
Shun planta ses iris émeraude dans le regard azur qui lui faisait face. Et il y lut que même s'il le suppliait de toutes les façons possibles, son aîné ne changerait pas d'avis. C'est à contrecœur qu'il se résigna à accepter les dires de Milo. Ce dernier se fendit de son habituel sourire charmeur.
- Pour en revenir à ce que j'étais venu vous dire initialement, vendredi, on organise une soirée chez Mû et Camus. Ce ne sera pas comme la soirée du Sanctuaire, c'est juste une petite soirée entre nous, avec vous. On pourra garder un œil sur vous comme ça. Ponctua Milo d'un clin d'œil.
- Je pense que c'est une bonne idée ! Tu voudras que j'en parle aux autres ? À Hyōga ?
Shun prit le temps d'énoncer le nom de son ami, et comme il s'y attendait, il remarqua une vive lueur traverser les yeux de son vis-à-vis, à l'écoute de ce prénom. Shun n'était pas dupe, mais contre toute attente, l'étudiant ne sembla pas se démunir.
- Surtout lui oui. Mais dis-le bien à Seiya et Shiryū aussi, on aime bien vous avoir avec nous.
Un doux sourire étira les traits fins d'Andromède tandis que Milo se leva, marquant ainsi la fin de leur conversation et son départ imminent. Shun le raccompagna jusqu'à sa moto et avant qu'il n'enfile son casque, il se pencha pour murmurer à son oreille :
- Hyōga ne le montre pas, mais je sais qu'il adore qu'on ait des petits gestes tendres avec lui. Ah et aussi, j'ai remarqué qu'il était très sensible au niveau de la nuque. Fais attention sur la route !
Milo regarda le garçon taquin s'éloigner chez lui, avant de sourire bêtement tout en enfonçant le casque sur sa tête. Il lui rendra la pareille pour le remercier de ses précieux conseils.
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Shun termina de refermer la porte à double tour. Avoir discuté de ses problèmes l'avait allégé d'un poids qui menaçait de le faire céder depuis plusieurs jours. Il s'écarta de la porte pour aller rejoindre sa chambre. Lorsqu'il entra dans celle-ci, il s'arrêta sous la surprise : soigneusement pliés sur son lit se dressaient deux nouveaux uniformes, portant les couleurs de son lycée, et au-dessus était posée une petite note écrite d'une main pressée « Tu pourras jeter celui que tu portes, avec ça, tu devrais tenir le mois restant ». Ikki s'efforçait de remplir son rôle de frère du mieux qu'il le pouvait, et Shun fut une nouvelle fois impressionné du dévouement qu'il pouvait avoir pour lui, mais il en fut aussi très peiné, car il avait l'impression d'obliger son frère à se restreindre pour qu'il ait une vie stable et ne manque jamais de rien.
Il attrapa ses affaires avant de rejoindre la salle de bain. Une fois à l'intérieur, il envoya en boule dans la corbeille à linge son uniforme, Ikki lui avait certes dit qu'il pouvait le jeter, mais il n'avait aucune envie de le faire. Il entra dans la douche et laissa l'eau chaude lui couler sur le visage. Shun grimaça lorsque le jet puissant lui toucha sa joue meurtrie. Il avait fini par ne plus y penser, mais il allait devoir la cacher s'il ne voulait pas être assailli de questions par un grand-frère trop inquiet.
Tout en prenant le temps de se masser le crâne en nettoyant ses cheveux, les pensées de Shun lui ramenèrent Aiolia en mémoire. Il se rappela leur proximité la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Leurs deux visages avaient été si proches qu'il avait pu sentir le souffle d'Aiolia effleurer ses lèvres. Le lycéen pesta lorsqu'il constata qu'une fois de plus, une partie de son corps, située en contrebas, s'était un peu trop éveillée. Il régla immédiatement la température afin que l'eau glacée le calme. C'est ce moment que choisit Ikki pour débarquer en fleur à l'intérieur de la salle d'eau.
- Shun, je t'ai acheté des nouveaux… Ah, t'avais pas verrouillé la porte. Dit simplement l'aîné.
Le plus jeune essaya de se camoufler comme il le put, ce qui attira la curiosité de son frère.
- Enfin Shun, je te lavais quand t'étais tout petit donc t'as pas besoin de te cacher.
- Tu pourrais quand même frapper avant d'entrer non ? Ou ne pas entrer ! Le réprimanda Shun.
Ce dernier attrapa une serviette pour s'en recouvrir. Ikki n'avait pas l'habitude de le voir aussi perturbé de se trouver nu devant lui. Après tout, ils étaient frères, lorsqu'ils habitaient un appartement plus petit, ils se lavaient souvent en même temps pour faire des économies. Son cadet lui jeta sa serviette pour le faire sortir de la salle de bain. Ikki ne se fit pas prier et sortit en souriant de la pièce. Il était amusé de voir son petit frère paniquer face au réveil de ses hormones.
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Shun avait longtemps cherché, avait tourné et retourné toutes ses idées dans sa tête, afin d'expliquer à Ikki pourquoi il ne serait pas chez eux le week-end. Il détestait mentir plus que tout, et surtout à Ikki. Shun n'avait jamais été un bon menteur, et son frère le connaissait si bien qu'il décela bien vite que son cadet ne lui disait pas tout à fait la vérité. Ikki trouvait que son petit frère passait décidément beaucoup de temps avec son ami blond et russe, et il se demandait si ça n'avait pas un rapport avec le changement dans le comportement de Shun. Ikki l'avait donc déposé chez Hyōga, et Shun était en train de finir d'expliquer la raison de sa soudaine venue, quelques heures avant la soirée organisée par Milo. Bien sûr, le jeune japonais avait pris soin de parler de cette invitation à ses amis, qui avaient tous accepté de venir sans hésiter.
- Tu penses qu'il a compris ? Demanda Hyōga.
- Ikki ? Je suis sûr que oui, je n'ai jamais rien pu lui cacher… Mais il ne m'a rien dit, il a juste accepté à condition qu'il me dépose chez toi. Répondit Shun.
Le blond posa une main sur son menton et sembla réfléchir :
- C'est étrange de la part d'Ikki, surtout s'il a compris que tu mentais… Peut-être qu'il a décidé de te laisser plus de liberté et qu'il sait qu'il peut te faire confiance ?
Shun grimaça. Lui faire confiance ? Cette simple parole lui arracha un léger rire nerveux. Il n'avait toujours pas parlé à son grand-frère de leur escapade à une des soirées du Sanctuaire, ni de l'état lamentable dans lequel il avait fini. Alors parler de confiance, cela sonnait faux aux oreilles de Shun.
Hyōga remarqua la mine renfrognée de son ami et lui ébouriffa les cheveux.
- Allez ne fais pas cette tête-là ! Et puis on va passer une super soirée, tu verras !
La bonne humeur de son ami était contagieuse et il ne put se retenir de sourire. Il était sûr, lui aussi, de passer une bonne soirée. Il était indéniable que Milo allait tenter une approche auprès de Hyōga, et ça amusait Shun de voir que le lycéen n'avait pas remarqué les avances non dissimulées de l'étudiant. Il n'avait aucun mal à les imaginer ensemble, et cela le faisait sourire. Et puis il y aurait Aiolia. Aiolia avec qui il s'était rapproché depuis peu. Aiolia qui lui avait assuré qu'il ne se moquait pas de lui, son visage exprimant toute la sincérité derrière ces paroles et qui ne comprenait pas à quel moment il avait pu blesser Shun. Aiolia qui hantait ses pensées. Aiolia dont il n'arrivait pas à se défaire.
Hyōga agita plusieurs fois sa main devant les yeux de son ami qui s'était muré dans le silence depuis une bonne dizaine de minutes. Shun cligna des paupières et posa son regard sur son voisin.
- Ah bah enfin ! Je me demandais si t'étais encore parmi nous !
- Excuse-moi, tu me disais ? Répondit Shun avec une pointe de culpabilité.
- Je te demandais si ça te disait de passer chercher Seiya et Shiryū, et qu'on parte tous les quatre dans la foulée chez Mû. Le temps de faire le trajet, on arrivera pile à l'heure !
- D'accord.
Les deux lycéens se levèrent, attrapèrent leurs affaires et sortirent. Shun était impatient d'arriver chez les étudiants, plus qu'il ne le pensait.
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Les quatre amis d'enfance attendaient devant la porte. Ils étaient tous en tenues décontractées. C'était juste une soirée entre amis après tout, pas besoin de se faire passer pour des personnes qu'ils n'étaient pas. Quelques minutes après avoir sonné, Mû vint leur ouvrir, ses cheveux attachés en une queue-de-cheval basse. L'étudiant s'effaça pour les laisser rentrer.
- Pile à l'heure ! Les interpella la voix de Milo à l'autre bout de la pièce, avachi dans un fauteuil.
Non loin de lui, Camus était installé sur le canapé, en train de lire. Hyōga s'assit machinalement à côté de Camus, qui ferma son livre pour s'intéresser à son jeune ami. Shiryū s'agenouilla devant la table basse sur laquelle étaient posées plusieurs choses à grignoter, et Seiya, quant à lui, se jeta dans le fauteuil restant tout en imitant Milo. Mû partit en direction de la cuisine pour en revenir avec Shaka, amenant avec eux une sorte de petit chariot sur lequel étaient rangées différentes boissons, alcoolisées ou non, ainsi que plusieurs verres. Le regard de Shun balaya toute la salle à la recherche d'Aiolia. Une main forte se posa sur son épaule, le faisant sursauter au passage et il tourna la tête pour découvrir le visage amusé d'Aiolia.
- Tu cherchais quelqu'un ? Lui demanda ce dernier.
Les joues de Shun se teintèrent légèrement et il détourna le regard :
- Non…
Aiolia émit un léger rire et lui ébouriffa les cheveux, avant de s'asseoir en tailleur à côté du lycéen aux longs cheveux bruns. Shun resta debout quelques secondes avant de prendre place à côté de Hyōga.
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Cela faisait maintenant deux heures que tout le groupe discutait joyeusement, parlant de tout et de rien, et cette ambiance chaleureuse plaisait énormément à Shun. Lui qui n'avait connu que l'angoisse et la tristesse durant les jours précédents, pouvoir profiter d'un moment de calme avec ses amis lui faisait le plus grand des biens.
Mû, Shiryū et Shaka étaient dans la cuisine en train d'essayer une recette que Shiryū tenait de Dohko, et les deux étudiants, sous la curiosité, avaient décidé de la reproduire. Seiya et Aiolia s'affrontaient dans un bras de fer, le lycéen ayant déjà perdu les trois premières manches, Milo s'amusait à taquiner Hyōga sur le fait que Camus avait avoué qu'avant d'être un bon nageur, celui-ci coulait au fond de l'eau comme une brique, et Shun était installé à côté de Camus qui lui parlait des livres qu'il avait récemment lus.
- Camus, tu voudrais pas nous jouer un morceau ? Lança soudainement Milo.
Les regards curieux de toutes les personnes aux alentours se posèrent sur l'interpellé, qui jeta un regard noir à Milo.
- Non.
- Allez ! Juste un morceau !
- Milo, j'ai dit non.
- Tu joues d'un instrument ? Demanda Shun, curieux.
- Il joue du violon, s'approcha Mû, mais c'est rare de pouvoir l'entendre en jouer.
Les trois occupants de la cuisine rejoignirent le petit groupe autour de la table basse.
- Et il joue comme un virtuose ! Ponctua Milo avec une certaine pointe de fierté.
Hyōga regarda Camus avec une surprise non dissimulée.
- Tu ne me l'avais jamais dit ! Se plaignit le blond.
- Tu ne m'avais jamais posé la question, pourtant, je l'ai emmené plusieurs fois avec moi quand on partait au ski. Se défendit le français.
- Vous passez tout votre temps ensemble ? Questionna Seiya.
- Non, mais depuis qu'on fait de la natation ensemble, on part souvent en vacances au ski et on s'entraîne régulièrement en faisant du patinage. Répondit simplement Hyōga.
- Pour une fois que j'ai un élève s'intéressant aux mêmes choses que moi. Accentua Camus.
- Un élève ? Pouffa Seiya.
Hyōga secoua la tête, fatigué de la tournure de la conversation, mais Milo ne lâcha pas l'affaire pour autant :
- Un morceau !
- Milo, non.
- Un seul !
- Non, c'est non. Asséna à nouveau Camus.
- Juste un…
Camus parut excédé par les demandes incessantes et se leva finalement, agacé :
- Si je joue juste un morceau, tu arrêteras tes plaintes ?
- Oui ! Promit Milo.
Et c'est sur cette affirmation que l'étudiant s'éloigna avant de revenir avec l'instrument de musique dans les mains. Tout le monde s'installa confortablement, prêt à l'écouter, et lorsque le silence fut total, Camus entama un morceau.
Shun ne s'attendait pas à ce qu'il joue aussi bien. Camus avait les yeux fermés, et semblait appartenir à un autre monde, comme si tout autour de lui n'existait plus. Il jouait, imperturbable, et la mélodie qui s'échappait de ses doigts fins était à la fois douce et mélancolique. Shun était ému en écoutant les notes, et lorsque la musique s'arrêta, Camus reçut une salve d'applaudissements.
- C'était incroyable ! S'émerveilla Hyōga.
- Tu es vraiment très doué ! Affirma Shaka.
- J'ai adoré ! Avait ajouté Shun.
D'autres acclamations fusèrent et Camus, gêné de recevoir autant de compliments, se précipita vers sa chambre, prétextant devoir nettoyer son instrument avant de le ranger.
- Il ne le dira pas, mais ça lui fait plaisir. Confia Milo. Au premier abord, on pourrait croire qu'il est hautain, mais il est très sensible en vérité !
Les lycéens échangèrent quelques sourires avant que quelqu'un ne frappe à la porte d'entrée. Mû se dirigea vers celle-ci avant de l'ouvrir. Shun poussa un petit cri muet en voyant son frère débarquer à l'intérieur. Les yeux d'Ikki se posèrent sur Shun, puis il balaya tour à tour toutes les personnes présentes.
- Je ne m'attendais pas à te voir ici Shun. Résonna la voix d'Ikki.
Au ton de celle-ci, Shun devina qu'il était légèrement mécontent de constater qu'il ne lui avait effectivement pas tout dit. Les yeux du grand frère continuèrent de se balader avant de se poser sur Hyōga cette fois-ci, avant de revenir sur son cadet. Mû venait de refermer la porte et posa une main sur son épaule.
- C'est moi qui l'aie invité Ikki, il ne fait rien de mal non ? Tu peux bien lui permettre de rester avec nous. Dit l'étudiant en médecine d'une voix calme.
Ikki lui jeta un bref coup d'œil avant de soupirer :
- Très bien, mais la prochaine fois Shun, j'aimerais que tu me mettes au courant. Je ne t'interdis pas de sortir, mais je préfère savoir où tu te trouves, au cas où il y aurait un problème.
Les épaules de Shun retombèrent sous le soulagement de voir qu'Ikki n'était pas énervé, et il regarda Mû, le remerciant silencieusement. Il se leva pour venir se blottir dans les bras de son grand frère.
- Merci Ikki !
Ikki fut mal à l'aise que son petit-frère s'expose ainsi devant les autres, et se dépêcha de mettre fin à leur étreinte.
- Oui bon, c'est rien. Du moment que tu ne bois pas, ça me va.
Ikki écarta sans ménagement son cadet sous les regards amusés des autres. Shun se contenta de le fixer, un énorme sourire lumineux étirant ses traits. Le nouvel arrivant s'installa sur le canapé, juste à côté de son frère. Milo en profita pour venir le taquiner :
- Alors Ikki ? Ça fait des siècles qu'on ne t'a pas vu !
- Je travaille. Répliqua sèchement l'intéressé.
Le ton employé eut le mérite de faire rire le reste des étudiants, ce qui fit grogner encore plus Ikki.
- D'ailleurs, reprit le frère de Shun, comment vous vous connaissez ?
Shun regarda nerveusement Mû et ce dernier répondit à Ikki.
- Ils étaient avec moi lorsqu'on s'est tous rencontré.
Shun soupira de soulagement et cette réponse suffit au nouvel arrivant.
- T'en fais pas, on veille sur ton petit frère ! Lança Milo.
Un grognement accueilli les mots du sportif qui eut un rire narquois. Shun tritura le verre qu'il avait dans les mains. Un peu plus et Ikki aurait appris pour la soirée du Sanctuaire, et ça, il ne savait pas comment le prendrait son aîné. Enfin si, il savait qu'il serait énervé, très énervé même, mais il n'était pas sûr de connaître l'intégralité de ce que cela pourrait engendrer. Il secoua la tête pour chasser ses mauvaises pensées.
Ikki commença à se détendre lorsque Shaka arriva à son tour, quittant la cuisine. Ses longs cheveux blonds fouettèrent l'air et il s'arrêta près de Mû. Camus revint de la chambre au même moment et salua Ikki d'un signe de tête.
- Il est vrai que ton jeune frère a eu de la chance qu'Aiolia et Milo les aient vus et qu'ils aient décidé de ne plus les lâcher. Dit Shaka avec calme.
Ses paroles eurent l'effet d'une bombe. Le visage d'Ikki s'assombrit instantanément, tandis que celui de Shun commença à blêmir. Tout le monde tourna vers Ikki un regard inquiet. Seul Shaka ne semblait pas remarquer l'atmosphère pesante.
- De quoi tu parles ? Demanda Ikki.
Sa voix était aussi tranchante qu'une lame de rasoir et ses yeux auraient pu foudroyer n'importe qui présent dans la pièce.
- De la soirée organisée par Le Sanctuaire bien sûr. Répondit Shaka.
Un silence pesant s'installa. Mû lança un regard plein de reproches à Shaka qui ne comprenait pas ce qu'il avait pu dire de mal, tandis que Hyōga observait Shun, inquiet, car ce dernier était devenu blanc comme un linge. Chacun pouvait ressentir la colère d'Ikki.
- Parce que vous y êtes allés ? Explosa Ikki en fusillant la bande de lycéens du regard.
Seiya déglutit péniblement, Shiryū s'intéressa à ses mains, la mine coupable. Shun n'arrivait pas à prononcer un seul mot. Il le savait. Il savait qu'il aurait dû en parler à Ikki. Il savait que celui-ci s'énerverait en l'apprenant.
- Ikki… Tenta Shun.
- Ah non, tu la fermes ! Je vous avais pourtant prévenus Shun ! Je vous avais dit de ne pas y aller !
Shun ne dit rien de plus et baissa la tête, ravalant un sanglot naissant. Ikki s'adressa de nouveau à Shaka :
- Pourquoi Shun était-il chanceux qu'Aiolia et Milo soient là ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Le regard implorant de Shun sur Shaka n'empêcha pas ce dernier de répondre.
- Je ne sais pas si je suis la personne la mieux placée pour en parler. Esquiva Shaka, comprenant son erreur.
Les yeux pleins de fureur allèrent machinalement vers Mû, qui eut un léger sursaut, avant d'adresser un regard désolé à Shun.
- Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé, mais… Il était, disons, assez alcoolisé… Il était inconscient lorsque je l'ai couché… Avoua l'étudiant en médecine.
Ikki laissa exploser toute sa colère. Il frappa du poing sur la table basse, qui exprima son mécontentement d'un bruit sourd.
- Bordel, mais tu te fous de ma gueule Shun ! Pourquoi t'as bu ? Tu sais à quel point ces soirées sont dangereuses ? Et si t'avais été tout seul ?
Il reporta son regard sur les amis d'enfance de son frère.
- Et vous ? Vous ne l'en avez pas empêché ?
- C'est-à-dire que… Commença Seiya.
- On n'était pas avec lui durant toute la soirée… Continua Shiryū.
- Je ne me rappelle pas vraiment l'avoir quitté… Ajouta à son tour Hyōga.
Les nouveaux aveux eurent pour effet un saladier balancé à travers la pièce et un verre explosé. La main d'Ikki dégoulinait de sang.
- Doucement Ikki. Menaça Camus. Je te rappelle que tu n'es pas chez toi, et je te prierai de bien vouloir te calmer.
Mais Ikki l'ignora royalement et attrapa son petit frère par le bras avant de le secouer violemment.
- Mais qu'est-ce qu'il t'a pris Shun ? Putain de merde, mais pourquoi tu ne m'écoutes pas ? Et si quelqu'un t'avait fait du mal ? Et si t'étais rentré avec encore plus de bleus ? Quand est-ce que t'arrêteras de faire le gamin ?!
Au fur et à mesure qu'il parlait, Ikki resserrait sa prise ce qui arracha un petit couinement plaintif à Shun.
- Ikki, tu me fais mal… Dit Shun, les yeux larmoyants.
- J'en ai rien à foutre ! L'ignora Ikki. J'essaye de te protéger de tous ces connards et toi, tu te jettes dedans comme un abruti ! Tu ne sais pas tout ce qu'il s'est passé dans les précédentes soirées organisées par cette espèce de club de bourges prétentieux !
Les larmes coulaient sur les joues de Shun. Il se sentait misérable, il n'avait jamais vu Ikki aussi énervé contre lui. Cela lui faisait mal de voir à quel point il avait déçu son grand frère. Une poigne forte se posa sur l'épaule d'Ikki.
- Ça suffit maintenant. Ordonna Aiolia. Je pense qu'il a compris, pas besoin d'être aussi agressif.
Ikki l'écarta d'un coup d'épaule avant de se tourner à nouveau vers son frère. Mais Milo et Mû vinrent se placer devant lui, comme s'ils cherchaient à le protéger d'Ikki. Ce geste ne fit qu'attiser la colère chez l'aîné des deux frères.
- Qu'est-ce que vous foutez ? Ne me dites pas que vous pensez que je vais le frapper ?
- On ne pense rien, on se pare juste à toute éventualité. Répondit calmement Mû.
- Comme si j'allais lever la main sur lui ! Vous me prenez pour un fou ? Shun, dis-leur toi !
Mais dans les yeux de son frère, Ikki ne lut que de la tristesse, et sa colère s'évapora lorsqu'il remarqua l'énorme marque rouge qui barrait le bras de Shun, à l'emplacement exact où il l'avait empoigné.
Shun ne supporta plus de voir son grand frère être aussi énervé, ni que ses amis le pensent capable du pire, alors il se leva, sans rien dire, attrapa ses affaires et s'enfuit précipitamment dehors, loin de toute cette ambiance.
- Shun ! L'appela Mû.
- Je le suis. Annonça Aiolia.
Celui-ci attrapa à son tour ses affaires ainsi que ses clés de voiture et se lança à la poursuite du lycéen. Tous les autres étaient restés médusés, observant toute la scène sans savoir quoi dire ni quoi faire.
Au bout d'un moment, Ikki se laissa retomber dans un fauteuil en soupirant. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de crier ainsi sur Shun ?
- T'as vraiment merdé. Asséna Milo.
Et Ikki ne put que se dire qu'il avait raison, car il avait peur que son petit frère ne se mette à le détester.
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Shun avançait dans la pénombre. Il se fichait bien de savoir où il allait, la seule chose qu'il souhaitait était de s'éloigner le plus possible d'Ikki. Jamais il ne s'était senti aussi coupable d'avoir menti à son frère. Il avait pourtant conscience de tous ses sacrifices, de tout ce qu'il faisait pour lui, pour le protéger, afin que sa vie ne soit pas misérable comme elle l'était auparavant. Que pensait-il de lui maintenant ? Il était persuadé que son aîné ne ressentait que du dégoût et de la déception à son égard désormais.
Shun trébucha sur la chaussée, s'écorchant au passage les coudes. Il se releva et reprit sa marche, plus lentement cependant. Une voiture s'arrêta à sa hauteur, mais Shun ne la regarda pas. Il entendit le moteur s'éteindre avant qu'une portière claque.
- Shun !
L'interpellé se retourna pour faire face à Aiolia. Pourquoi fallait-il qu'il soit là ? Pourquoi fallait-il que ce soit lui qui l'ait suivi ?
- Où est-ce que tu vas comme ça ? Reprit l'étudiant.
- Loin… Répondit simplement Shun, reprenant sa route.
Aiolia le suivit, pressant le pas pour le rattraper. Shun fit volte-face.
- Ne me suis pas ! Cria-t-il.
Cet éclat de voix étonna Aiolia qui gronda :
- Rentre. Tu ne devrais pas te balader dehors la nuit, tout seul en plus.
- Je ne veux pas voir Ikki !
- Alors je peux te ramener chez toi si tu veux. Proposa Aiolia.
- Non ! Si je rentre, Ikki sera là demain matin, et je ne veux pas le voir… Je veux rester seul…
Sa voix était chevrotante, il était sur le point de pleurer. Il ne voulait pas affronter la colère d'Ikki, il ne souhaitait pas se faire réprimander une nouvelle fois de la sorte. Une nouvelle vague de larmes menaça de s'échapper.
Dans son dos, Aiolia s'approcha avant de le prendre dans ses bras. C'était une simple étreinte réconfortante, mais ce contact perturba Shun plus qu'il ne l'aurait cru. Aiolia était si proche de lui, il pouvait sentir son odeur et sa peau. Il entendait même les battements de son cœur. Il avait l'impression d'être enveloppé d'une aura réconfortante.
- Tu peux venir chez moi si tu veux. Lâcha Aiolia.
Shun leva sur lui un regard surpris et interloqué.
- Chez toi ? Répéta-t-il.
- Oui, puisque tu ne veux pas revenir, ni rentrer, je préfère te savoir chez moi que dehors dans la rue.
Le lycéen pesa les paroles du sportif. Aiolia et lui, seuls ? Il savait qu'il n'y avait aucune arrière-pensée derrière cette proposition, mais il ne pouvait s'empêcher de se dire que c'était tout de même étrange.
- Alors ? Le rappela Aiolia. Tu viens ou pas ?
- Je ne voudrais pas m'imposer… Répliqua Shun.
- C'est moi qui te le propose, le coupa l'étudiant, alors ?
- Je viens… Répondit finalement Shun.
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Dans le salon de Camus et Mû, le calme était enfin revenu. Mû en profita pour river ses yeux pleins de colère sur le frère de Shun.
- T'as vraiment le don de tout gâcher toi hein ? Lui jeta l'étudiant aux cheveux lilas.
Ikki leva vers lui un regard coupable et eut un haussement d'épaules.
- Je suis qu'un con, je sais, pas la peine de me le dire.
- Mais pourquoi tu t'es autant énervé sur lui ? Bon d'accord, je comprends tout à fait que tu lui en veuilles de s'être mis en danger, mais de là à te comporter comme tu l'as fait, je ne suis pas d'accord. Je l'avais déjà sermonné bien avant toi, il se sentait terriblement mal de t'avoir menti et avait vraiment peur de ta réaction, et tu as agi exactement comme il le craignait ! Reprit Mû.
L'impulsif étudiant ne savait pas quoi répondre devant le mécontentement qu'il lisait dans les yeux de son vis-à-vis, qu'il savait d'ordinaire calme et posé. Il n'osa rien dire de plus. Cela parut satisfaire ce dernier qui se passa mollement une main sur le front.
- Maintenant tu montes soigner ta main et tu te calmes pour la fin de la soirée sinon c'est moi qui vais te calmer.
- Mais et Shun…
- Tu te tais et tu vas me soigner cette main ! En haut, porte de droite, placard de gauche, il y a une pharmacie, tu trouveras tout dedans ! Le coupa un Mû colérique.
Ikki marmonna quelques paroles inaudibles avant que Milo pose une main réconfortante sur son dos :
- T'en fais pas pour lui, Aiolia est avec lui, il ne risque rien, et même s'il ne revient pas, car je doute fort qu'il revienne, Aiolia ne le laissera pas tout seul.
Ikki lui adressa un remerciement maladroit avant de suivre les directives de l'étudiant en médecine. Sous la colère, il avait fait explosé un malheureux verre qui, en se brisant, lui avait valu de s'entailler la main avec les éclats.
Une fois en haut de l'escalier, Mû s'affala sur le canapé, se pinçant l'arête du nez avec deux doigts, avant de supplier Shaka du regard :
- Est-ce que tu peux l'accompagner s'il te plaît ? Vu son tempérament, je doute qu'il parvienne à se soigner seul.
L'étudiant aux cheveux blonds acquiesça avant de rejoindre son cadet à l'étage.
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Shun observait le paysage défiler lentement à travers la fenêtre de la voiture. À travers la pénombre, il ne distinguait que les lumières des lampadaires et autres scintillements lumineux. Le trajet jusqu'à chez Aiolia s'était déroulé dans le silence le plus total. Pas un silence pesant non, plutôt un commun accord entre les deux hommes qui préféraient le calme à ce moment précis. Aiolia se gara finalement sur un parking privé, derrière ce qui semblait être une immense résidence étudiante. L'étudiant descendit du véhicule, imité par Shun qui le suivit jusqu'à l'intérieur. Ils prirent l'escalier jusqu'au troisième étage qui les mena vers un long couloir. Aiolia s'arrêta devant la porte indiquant le numéro 5 et fouilla dans sa poche pour en sortir son trousseau de clés. Shun put apercevoir un petit objet brillant accroché au trousseau. Une sorte de petit lion, de la même effigie que les porte-clés qu'il avait d'abord aperçus chez Mû, puis avec Milo. Il se dit distraitement que ce devait être une sorte d'assortiments que possédaient les trois amis.
La porte s'ouvrit enfin et le sportif l'invita à entrer. Shun fit balader ses yeux un peu partout. L'appartement était immense, bien trop pour une seule personne. Le lycéen posa les yeux sur les paires de chaussures qui traînaient à l'entrée, de pointures différentes.
- Tu vis seul ? Osa Shun.
- Non, Milo habite avec moi, la colocation se passe très bien, même s'il est un peu trop énergique. Plaisanta Aiolia. Tu veux boire ou manger quelque chose ?
- J'ai un peu soif… Avoua son cadet.
Aiolia sourit avant de partir en direction de la cuisine. Shun en profita pour explorer cet endroit inconnu. Il pouvait sentir l'odeur d'Aiolia dans ce nouvel espace, et celle-ci lui chatouillait les narines, taquine. Son regard se posa sur une étagère où il aperçut plusieurs cadres de photos. Il examina quelques-uns des clichés. Sur une photo, Aiolia se trouvait en compagnie de Mû et de Milo, tous bras-dessus bras-dessous, un énorme sourire leur barrant les lèvres ils devaient probablement être encore au lycée, constata Shun en observant les rondeurs juvéniles. Il y avait d'autres photos comme celle-ci, montrant les trois amis, d'autres où Aiolia se trouvait en compagnie d'amis différents. Deux photos retenaient particulièrement son attention. La première, était une photo où on apercevait un Aiolia petit, visiblement pas content de se faire capturer par l'objectif, dans les bras d'un adolescent qui lui ressemblait énormément, très probablement quelqu'un de sa famille. Un cousin ? Ou bien un frère ? Quant à la seconde photo, une fois de plus, le trio monopolisait tout le cadre, mais ils devaient à peine avoir six ou sept ans sur la photo. Mû avait les cheveux au carré et ressemblait plus à une petite fille qu'à un petit garçon, il semblait très intimidé d'être pris en photo et avait glissé sa petite main dans celle d'Aiolia. À côté de lui, Aiolia avait, pour sa part, les cheveux plus longs, arborant de magnifiques boucles aux reflets cuivrés. Il avait de légères blessures sur le visage ainsi que plusieurs pansements sur les genoux. Shun ne put s'empêcher d'esquisser un sourire devant ce petit garçon à l'air rebelle. Et à la droite d'Aiolia, attrapant ce dernier par le cou avec un sourire des plus enfantins, se tenait Milo. Il avait une crinière plus courte que celle qu'il possédait aujourd'hui, lui arrivant légèrement aux épaules, mais ce qui frappait le plus Shun, c'était sa couleur. Une belle couleur dorée, éclatante comme le soleil. Le lycéen était surpris de voir Milo avec une telle chevelure blonde, si claire, qu'il se demandait comment celle-ci pouvait être aussi foncée maintenant, surtout que ça ne semblait pas être une coloration.
Des pas dans son dos le firent se retourner. Aiolia s'était approché et regardait avec lui les souvenirs de ses années passées.
- Tu fouines ? Plaisanta Aiolia.
Les joues de Shun s'empourprèrent légèrement et il reposa le cliché des trois enfants.
- Non… Balbutia-t-il. J'étais juste un peu curieux… Je n'étais pas sûr que ce soit Milo avec vous sur la photo…
Aiolia eut un léger rire :
- Pourtant c'est bien lui ! Et avant que tu ne me poses la question, non il ne s'est pas teint les cheveux, il les a coupés très courts et depuis, ils ont foncés. Les enfants ne restent pas forcément blonds toute leur vie. Sourit l'étudiant.
Shun se renfrogna quelque peu avant de rejoindre Aiolia qui s'était assis sur le canapé. Devant eux étaient posés deux verres d'eau. Shun attrapa le sien et avala son contenu d'une traite avant de reposer le verre sur la table basse.
Le silence s'installa entre eux. Shun ne disait rien, fixant ses mains, le regard vague, ses cheveux lui cachant une partie du visage. Aiolia regarda le lycéen un moment, avant de passer un bras réconfortant autour de ses épaules.
Ce simple contact fit tomber la retenue de son cadet, qui éclata en sanglots, enfouissant sa tête contre son torse. L'étudiant lui caressa doucement les cheveux, le laissant se décharger de toute sa tristesse. Les minutes passèrent sans que l'un d'eux ne bouge. Puis finalement, Shun s'écarta, fixant Aiolia de ses larmoyants yeux émeraude.
- Ikki me déteste maintenant ! Je lui ai menti ! Je ne l'ai pas écouté !
- Je suis sûr que non, le rassura l'étudiant.
- Si ! Il était tellement furieux… Murmura Shun. Maintenant je ne peux plus rentrer chez moi, il ne voudra plus jamais me voir !
Et le lycéen repartit dans un nouveau sanglot, se sentant plus que misérable. Aiolia passa doucement une main dans son dos afin de le calmer. Shun était réellement bouleversé de la réaction excessive de son frère. Mais son cadet était visiblement en train de se monter la tête tout seul et ça n'arrangerait en rien l'état plus qu'instable de Shun.
- Shun calme-toi, Ikki n'est pas idiot, il ne te détestera jamais pour une chose si triviale.
Le lycéen s'écarta violemment d'Aiolia.
- Qu'est-ce que tu en sais toi ? Tu ne connais pas Ikki ! Tu n'as pas vu toute la déception que j'ai lue dans ses yeux ! Je suis sûr que je le dégoûte maintenant ! Il a honte d'être mon frère !
Aiolia perdit patience et il empoigna Shun par les épaules. Ce dernier le regarda avec des yeux surpris. L'étudiant écrasa alors ses lèvres sur celles de Shun. Le lycéen se figea sous ce contact. Le baiser était doux, les lèvres d'Aiolia caressaient tendrement les siennes.
L'étudiant rompit finalement leur échange et se recula pour le regarder. Shun était encore abasourdi du geste d'Aiolia. Venait-il de rêver ? Est-ce qu'Aiolia avait fait ça seulement pour le réconforter, à moins que ce ne soit par pitié pour lui ? Il planta ses prunelles vertes dans celles d'Aiolia avant de demander à voix basse :
- Pourquoi ?
Aiolia resta interdit quelques secondes avant de lui répondre, un petit sourire timide sur les lèvres :
- Parce que j'en avais envie.
L'étudiant caressa doucement la joue de Shun avant de rapprocher à nouveau son visage du sien. Il resta un moment sans bouger, en une demande muette, et le lycéen ferma les yeux. De nouveau Aiolia s'empara de ses lèvres, avec plus de possessivité que la première fois. L'étudiant prit le temps d'explorer les lèvres douces de Shun, les mordillant légèrement par moments, jouant avec à d'autres. De sa main libre, il caressa doucement le dos de son cadet, la faisant glisser le long de la colonne, retraçant la peau par-dessus son haut. D'une légère pression, sans rompre leur échange, il allongea tout aussi doucement son vis-à-vis sur le canapé, avant de s'écarter. Il regarda longuement Shun, s'amusant de le voir reprendre son souffle, une petite lueur timide dans le regard. Aiolia détailla chaque parcelle de son vis-à-vis, passant une main chaude sur le visage aux formes juvéniles, passant parfois son pouce sur sa lèvre inférieure. Shun n'osait pas bouger. Alors Aiolia lui déposa un chaste baiser sur le front, avant de se lancer dans un baiser plus langoureux, plus passionné. Shun eut un petit gémissement étouffé de surprise, puis glissa ses mains dans les boucles de l'étudiant, tirant légèrement sur des mèches folles. Aiolia s'appuya un peu plus sur lui, avant de caresser ses lèvres de sa langue taquine, puis il décida de venir saluer sa jumelle. Shun s'abandonna totalement à l'étudiant qui dominait l'échange sans difficultés, il ne pouvait que s'accrocher à ses épaules musclées. Combien de fois avait-il rêvé de ce simple contact avec lui ? Il ne s'attendait pas à ce que le sportif l'embrasse de lui-même et c'est pourtant ce qui était en train de se produire.
Aiolia de son côté, se plaisait à posséder la bouche de son cadet. Il souriait, attendri par l'inexpérience du lycéen. Ce gamin était vraiment mignon. Il reprit son souffle avant de s'attaquer à nouveau aux lèvres pleines du japonais. Il aurait pu continuer longtemps à l'embrasser, mais il se redressa promptement.
Le visage de Shun était rouge et ses yeux étaient voilés, son souffle erratique et sa poitrine se soulevait rapidement. Il attira le lycéen contre lui, dans une étreinte tendre, et plongea son visage dans son cou, humant la douce odeur de sa peau.
Lorsque son cadet retrouva un rythme de respiration régulier, il leva son visage vers lui.
- Je pense que tu devrais aller te coucher. Proposa Aiolia.
Shun hocha la tête avant de rougir soudainement et de jeter un regard paniqué à son aîné. Aiolia leva un sourcil interrogateur avant d'exploser de rire :
- Ah ! Tu peux dormir dans ma chambre, je dormirai sur le canapé ne t'en fais pas. Dit-il simplement. Je ne te propose pas la chambre de Milo, il a un petit côté disons… Bordélique.
Il eut un nouveau rire avant de voir la mine coupable de Shun.
- Je me sens un peu mal de te piquer ton lit, je peux dormir sur le canapé, ça ne me dérange pas. Affirma Shun.
Aiolia lui caressa les cheveux avant de se lever.
- Tu as besoin d'une bonne nuit de repos donc non. Je vais t'y amener, tu peux fouiller dans les placards pour te trouver une tenue pour dormir.
Shun le suivit jusqu'à la chambre. Cette dernière était propre et bien rangée, malgré un bureau sur lequel s'étalaient plusieurs affaires de sport.
- Bon bah… Je te laisse. Dit finalement Aiolia.
Shun se tourna vers lui et planta ses prunelles vertes dans celles de l'étudiant. Ils restèrent ainsi à se dévisager, aucun des deux ne semblait vouloir bouger. Puis Aiolia ébouriffa les cheveux de son cadet, un sourire aux lèvres.
- Allez va dormir, lui ordonna-t-il, bonne nuit.
Shun le regarda fermer la porte et l'écouta s'éloigner. Quand le silence fut revenu, il se dirigea vers le placard mentionné plus tôt par son aîné, et enfila un t-shirt, bien trop large pour lui, avant de réussir à mettre la main sur un short. Une fois nouvellement vêtu, il se glissa dans les draps froids, et il put sentir l'odeur d'Aiolia sur les oreillers. Il huma timidement ce parfum qu'il commençait déjà à reconnaître et à apprécier, avant de fermer les yeux. Il se sentait bien à cet endroit et pour rien au monde il n'aurait voulu être ailleurs.
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Ikki fouillait dans le placard à la recherche de tout le nécessaire dont il avait besoin pour soigner sa main. Il réussit à mettre la main sur ce qu'il lui fallait, posa le tout sur le meuble et commença par se rincer la main. Il se demandait encore ce qu'il lui avait pris de se comporter comme ça, surtout envers son petit-frère. Ikki était conscient que Shun vivait une période difficile, et plus particulièrement avec ce qu'il subissait au lycée, il aurait dû être plus compréhensif, être plus réfléchi, mais surtout, être plus présent pour lui, et ce soir il avait tout gâché. L'étudiant s'en voulait d'être aussi colérique, mais c'était plus fort que lui. Le moindre fait de penser à tous les risques que pouvaient courir son frère le rendait malade. Leurs parents n'étant plus là, c'était à lui de le protéger.
Une présence dans son dos le fit se retourner, et il croisa les yeux turquoise de Shaka. Ce dernier s'avança vers lui sans un mot, lui prit la main, et commença à la désinfecter. Ikki grogna sous la douleur que provoquait le produit sur sa blessure.
- J'ai pas besoin de ton aide, je peux le faire tout seul. Trancha Ikki.
Shaka l'ignora royalement, retenant sa main qu'il avait essayé de dégager, et continua ses soins. Ikki se laissa faire jusqu'à ce que le blond lui bande la plaie.
- Merci. Dit Ikki sans émotions.
Shaka se tourna pour ranger tout le matériel à sa place.
- À l'avenir, tâche d'être plus sage, je ne pensais pas déclencher une telle catastrophe en te parlant de cette fête. Maintenant je regrette… Soupira le blond.
Ikki regarda son interlocuteur. Shaka lui tournait le dos, seule sa longue chevelure dansait au rythme de ses mouvements. Il se rapprocha doucement de lui, sans faire de bruits. Il passa un bras possessif autour de sa taille avant de se coller contre lui et de lui murmurer à l'oreille :
- Tu pourrais me tenir compagnie cette nuit, sans Shun, l'appartement va me sembler bien vide…
Shaka se dégagea sans brusquerie de l'étreinte, puis referma le placard avant de contourner Ikki pour sortir.
-Je ne suis pas intéressé.
Ikki s'énerva et lui attrapa le poignet, l'obligeant à lui faire face :
- Pourquoi ? Tu as déjà quelqu'un ? Je ne te plais pas ?!
Un sourire énigmatique sur les lèvres, Shaka se contenta de lui répondre calmement :
- Je suis désolé, mais je n'ai aucune attirance pour les brutes qui ne savent pas réfléchir un minimum avant d'agir. Je préfère le calme et la douceur.
Et sur ces mots, il planta le blessé au milieu de la pièce avant de retourner auprès des autres dans le salon.
- Merde ! Laissa échapper Ikki avant de les rejoindre à son tour.
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Une fois la porte de la chambre refermée, Aiolia retourna s'avachir sur son canapé. Il glissa une main dans ses cheveux avant de prendre le temps de réfléchir à ce qu'il venait de se passer. Il avait embrassé Shun. Et ça lui avait plus plu qu'il ne le pensait. La façon que le jeune lycéen avait de le regarder, avec cette lueur indéchiffrable dans le regard, sa silhouette qui paraît si frêle, mais qui a plus de force qu'on ne pourrait le penser ses lèvres, si douces et tentatrices. Ce gamin était en train de le rendre fou.
Aiolia baissa le regard vers son entrejambe qui pulsait douloureusement à travers ses vêtements. Un simple baiser avec Shun le mettait déjà dans cet état ? Heureusement qu'il l'avait envoyé se coucher, il n'aurait pas été sûr de pouvoir se contrôler bien longtemps…
L'étudiant jeta un regard furtif vers le couloir dans lequel se trouve sa chambre, vérifiant que son cadet ne va pas apparaître sans crier gare. Une fois rassuré, il glissa lentement une main sous ses vêtements, et commença à se caresser. Il était absolument hors de question qu'il reste dans cet état, et il n'avait aucune envie de prendre une douche froide. De plus, ça risquerait de réveiller Shun, et ça, il ne le fallait pas. Il accentua légèrement le mouvement de va-et-vient sur son sexe et ferma les yeux, tout en reposant sa tête sur le dossier du canapé, qui pencha quelque peu vers l'arrière.
Aiolia pensait à Shun. Il revoyait la forme de ses épaules, de son dos, le creux de ses reins, ses jambes galbées. Il pouvait encore sentir sur lui la douce odeur qui émanait de sa peau. Il pouvait sentir la douceur de ses cheveux, celle de ses lèvres charnues. Il eut soudainement envie de les mordre, mais préféra accélérer ses mouvements de main, la respiration plus rapide. Le lycéen lui plaisait. Pas juste une envie passagère : une véritable attirance. Aiolia voulait que Shun lui appartienne. Il voulait le garder contre lui, l'embrasser encore et encore, s'approprier sa bouche, caresser son corps. Il voulait sentir Shun se blottir contre lui. Il voulait le mordre, semer d'innombrables petites marques sur sa peau laiteuse. Il voulait le posséder corps et âme, le faire crier, lui faire l'amour jusqu'à ce qu'il le supplie de s'arrêter. Il n'avait qu'une envie : le faire sien, qu'il s'abandonne totalement à lui. Il voulait sentir la douceur de Shun, qu'elle ne soit destinée qu'à lui et à personne d'autre. Shun. Son Shun. Un grognement rauque s'échappa de ses lèvres et il jouit dans ses mains, la respiration saccadée, tremblant légèrement. De la sueur goûta lentement sur son front et pendant un instant, il eut peur d'avoir réveillé Shun. Il posa de nouveau son regard sur le couloir, mais il ne vit rien.
Il s'allongea de tout son long sur le canapé, le regard tourné vers le plafond. À quel moment le lycéen s'était-il emparé de son âme ? Aiolia n'en avait aucune idée, la seule chose qu'il savait, c'est qu'il voulait Shun et qu'il l'aurait.
Et voilà pour ce chapitre ! J'espère qu'il vous a plu ! ^^
Malheureusement, je n'ai plus de chapitres d'avance, et comme l'une de mes enseignantes a décidé de nous filer trois tonnes de boulot, je n'ai pas beaucoup le temps d'écrire avec mes devoirs de master ! Je vais essayer de reprendre l'écriture le plus vite possible, en espérant ne pas vous faire attendre trop longtemps ! Des bisous et à dans le prochain chapitre !
