Au final, ils ne restèrent pas plus de dix jours. Cassiopea se remit rapidement et elle n'attendait qu'une chose, partir enfin pour sa véritable première mission. Ces six mois sur Ilum avaient certes été nécessaires mais elle se languissait de quelque chose de plus concret et, surtout, de présence de vie intelligente. Le désert glacé n'était pas vraiment sa tasse de thé. Avant de repartir, elle passa cependant encore plusieurs heures à s'entraîner avec Quinlan. Si elle avait déjà manipulé de vrais sabres laser, majoritairement grâce à Anakin, combattre exclusivement avec des sabres d'entraînement ne l'avait pas complètement préparée à la réalité de ses lames entre les mains. La balance n'était pas la même et il lui fallait appliquer beaucoup plus d'amplitude dans ses gestes ce qui la fatiguait plus vite. De plus, elle en avait deux ce qui complexifiait encore la chose. Mais elle avait bien fait son travail et les armes étaient un prolongement d'elle-même. Rapidement, elle fit corps avec elles et ses mouvements se firent directs et précis. La pratique sur le terrain était tout ce qui lui manquait et Quinlan évalua qu'ils étaient prêts à décoller.

« Je croyais que j'allais adorer cette destination, commenta Cassiopea, un holocran à la main. Vous ne m'aviez pas parlé de la bande de fanatiques que nous allons devoir affronter.

- C'est Cantonica !, s'exclama Quinlan depuis les commandes. Il y a la mer, des plages, des grandes villes avec toutes les dernières tendances du moment, des casinos…

- Et des bandes de fanatiques.

- Aussi mais c'est un détail. Une fois qu'on en aura terminé avec eux, on pourra se prendre quelques jours de vacances dans un bel hôtel en bord de mer.

- Tous frais payés par l'Ordre ?

- Évidemment. Nous sommes en mission officielle ma chère Padawan, le Conseil finance !

- Ils vont apprécier de voir des maillots de bain passer sur leurs notes de frais.

- Je leur dirai que j'ai eu chaud et que je voulais aérer mon corps d'athlète.

- Je ne ferai aucun commentaire. Ces types dont on doit s'occuper, qu'est-ce-qu'ils font exactement ?

- Ils font partie d'une secte de fanatiques de la Force. Techniquement, ils n'ont aucun vrai pouvoir mais ils collectent des artefacts sacrés qu'ils dérobent dans des vieux temples ou ce genre de choses. Il y a quelques mois, ils ont capturé un Chevalier en mission dans le coin pour tenter de, je cite, lui retirer sa Force vitale pour se l'approprier.

- D'accord. Pas commodes quoi.

- Vraiment pas. Il a pu s'échapper et a raconté au Conseil ce qu'il avait vu et c'est plutôt préoccupant. Ils auraient plusieurs reliques sacrées voire même des débris de Kyber. Il faut rapidement les appréhender avant qu'ils ne fassent quelque chose de stupide et qui les dépasse complètement. De base, il semblerait qu'il s'agissait d'une bande de riches qui s'ennuyaient et qui voulaient se divertir mais les choses ont dégénéré. Maintenant, ils tentent vraiment de s'initier aux chemins de la Force et veulent prendre le pouvoir. Pas sur la galaxie évidemment, ils sont bien trop peu nombreux pour ça, mais sur leur univers personnel. Ils viennent presque tous de Cantonica qui, soyons honnêtes, en plus des plages paradisiaques, est un vrai repère de mafieux.

- Et ils veulent gouverner les mafieux. Utiliser la Force pour leur propre profit ? Fantastique.

- Au départ, ils n'avaient aucun argument et le Conseil ne s'inquiétait pas trop mais, étant donné qu'ils ont utilisé leur influence pour se procurer des objets dangereux, les choses sont différentes.

- Ils ne sauront peut-être même pas s'en servir.

- Possible, mais ce sont des objets très anciens et ils peuvent être instables. J'ignore comment ils comptent les activer mais ils doivent avoir trouvé quelque chose.

- S'ils ont des débris de Kyber, il pourrait y avoir une réaction de Force incontrôlable.

- Exactement. Alors nous allons trouver ces imbéciles et nous allons nous occuper de leur cas. La police locale est corrompue, nous les remettrons entre les mains des autorités sur Coruscant et nous récupérerons tous les objets et artefacts pour les ramener au Temple.

- Joli programme. Par où on commence ?

- Le grand casino. Nous nous y rendrons durant la soirée, l'un des membres de la bande est connu pour être le pire des flambeurs. »

Avant de se rendre au casino, les deux Jedi durent s'arrêter faire quelques courses en ville. Les soirées sur Cantonica étaient réputées pour leur faste et il leur fallait donc trouver des tenues de circonstance. Une fois dans la boutique et après avoir expliqué leur situation, la vendeuse, une jeune Twi'lek fort enthousiaste, les conduisit dans le salon d'essayage où Cassiopea eut droit au plus grand fou rire de sa vie.

« Oh par la Force, hoqueta-t-elle entre deux éclats de rire. Vous avez l'air ridicule !

- Arrête de rire, grinça Quinlan, engoncé dans son costume. Les Kiffars ne sont pas faits pour porter ce genre de choses.

- C'est clair que vous devez être plus habitués aux peaux de bêtes !

- Je te signale, que je peux avoir beaucoup de classe si je fais un effort.

- Maître. Vous mesurez deux mètres et devez peser environ cent trente kilos. Je n'arrive même pas à comprendre comment vous êtes entré dans ce costume. Vous êtes sûr qu'il ne s'est pas déchiré quelque part ?

- Ce n'est pas de ma faute si j'ai un physique parfait.

- Vous êtes immense. Ce n'est pas naturel.

- Et toi tu es toute petite vue de ma hauteur, tu n'as pas une robe à essayer au lieu de te payer ma poire ? »

Au final, après avoir passé plus d'une heure à faire entrer Quinlan dans un costume, ils purent se mettre en route pour le casino. En temps normal, ce genre de soirée demandait des invitations mais ils n'eurent aucun mal à convaincre les réceptionnistes de les laisser entrer au moyen de leurs dons de persuasion. Peu habituée à porter des tenues de soirée, Cassiopea ne se sentait que peu à l'aise avec la situation et elle passait son temps à glisser ses mains sur le tissu doré de sa robe afin de s'assurer que ses sabres laser étaient toujours fermement cinglés à ses cuisses. En contre-partie, et malgré son air de garde du corps, Quinlan semblait parfaitement dans son élément. Il expliqua d'ailleurs à sa Padawan que ses missions spéciales pour le compte de l'Ordre l'avaient souvent conduit dans des endroits luxueux. Les criminels préférant vivre dans le faste, il n'était pas rare d'en croiser.

Leur cible de la soirée était un mâle de type humanoïde âgé d'une quarantaine d'années. Connu pour faire partie de la jet-set du Noyau de la galaxie, il passait le plus clair de son temps à exhiber sa fortune et à dépenser des centaines de milliers de crédits dans les casinos les plus réputés. Draze Kalar, puisque c'était son nom, versait cependant depuis peu dans de nouvelles formes d'activités illégales. Jusqu'à présent, il n'avait encore été lié à aucun scandale mais sa récente association avec une bande de fanatiques de la Force changeait la donne. D'après Quinlan, il était peu probable qu'il soit lui-même très impliqué dans l'affaire. Le Kiffar avait cru comprendre qu'il se contentait de fournir les fonds pour permettre à ses comparses d'acquérir des reliques sur le marché noir des antiquités et qu'il leur ouvrait les portes de certains lieux exclusifs. Si tous les membres de la bande venaient de l'élite, aucun n'était aussi influant que Draze Kalar. Ce dernier n'avait probablement aucune intention de participer à de quelconques rites initiatiques, il était bien plus envisageable qu'il se satisferait des privilèges qui en découleraient. Si la bande voulait asseoir son influence par le biais de la Force, il serait l'un des premiers à pouvoir en bénéficier de par sa position. Un profiteur donc, qui n'hésiterait pas à dénoncer ses alliés si la situation venait à tourner à son désavantage. Quinlan comptait énormément sur ce trait de caractère qu'il espérait retrouver chez Kalar.

Afin d'être exhaustifs et de le retrouver rapidement, Cassiopea et son Maître se séparèrent pour arpenter le casino. Les tables de jeu étaient bondées et des créatures venues des quatre coins de la galaxie se mélangeaient autour des bars et des stations de spectacle. Cassiopea n'avait encore jamais rien vu de tel. Elle était âgée de deux ans à peine lorsqu'on l'avait emmenée au Temple Jedi. Depuis, elle n'avait quasiment jamais quitté Coruscant, les Novices devant rester confinés pour toute la durée de leur apprentissage. Elle avait du s'éloigner de la capitale deux fois et il avait été question d'exercices d'entraînement sur des planètes désertes ou peu habitées. Son départ en tant que Padawan avec Quinlan marquait pour elle le début d'une nouvelle vie. Dorénavant, son Maître l'emmènerait partout avec lui et elle pourrait voir des coins de la galaxie dont elle ne soupçonnait même pas l'existence. De plus, les missions particulières qui lui étaient confiées conduisaient généralement le Kiffar dans des endroits encore plus excentrés et particuliers et la jeune Padawan attendait impatiemment de pouvoir y vivre toutes sortes d'aventures. Pour sa première incursion dans le monde réel, elle commença par découvrir des espèces inédites et par se rendre compte qu'il existait dans le monde une catégorie de personnes qui vivait dans le luxe le plus absolu. L'argent ne semblait être un problème pour aucun des clients du casino qu'elle croisa. Tous dépensaient sans compter et s'amusaient même lorsqu'ils perdaient. Ayant été élevée dans les préceptes Jedi qui prônaient la modestie en toutes circonstances, Cassiopea ne comprenait pas ce mode de vie. Sachant qu'elle ne parviendrait jamais à passer inaperçue au sein de cette foule compacte de millionnaires, elle était bien trop mal à l'aise et également bien trop jeune pour avoir le simple droit de se trouver là, la jeune fille se fondit dans la Force et se rendit invisible. Ainsi, elle pu sillonner le casino à sa guise et s'approcher au plus prêt des joueurs pour tenter de repérer sa cible. Étant en contact avec son Maître via leurs comm-links, elle sut que ses recherches n'étaient pour l'instant pas plus fructueuses.

Mais où peut-il bien être ? Cassiopea se faufila entre un groupe de joueurs bien éméchés. D'accord le casino est grand mais ce type est réputé par ici. Il ne devrait pas être si compliqué à trouver.

« Cassy ?, la voix de son Maître résonna dans son oreillette. Je crois que j'ai une piste.

- Dites toujours parce que je tourne en rond pour l'instant.

- Apparemment, notre gars a pour habitude de jouer avec un petit cercle d'initiés dans une pièce privée. Il y en a plusieurs ici et tout le casino est connecté à un hôtel immense donc ça ne va pas être simple.

- Au moins on sait qu'il ne sert à rien de le chercher parmi les autres. J'ai un accès à l'hôtel pas loin de moi, je pars par là. Vous n'avez qu'à fouiller les salles privées du casino.

- Pourquoi est-ce-que c'est toi qui donnes les ordres ? Les rôles sont un peu inversés là. Fais attention à toi, tiens moi au courant si tu trouves quelque chose.

- Bien reçu Maître. »

Après avoir convaincu le garde de la laisser passer dans l'enceinte de l'hôtel, Cassiopea décida de procéder logiquement. Si Kalar jouait dans une pièce privée, c'était très probablement pour éviter d'être dérangé voire pour procéder à des activités illégales en parallèle. Peu de chances donc de le trouver près du lobby ou dans des endroits fréquentés par des vacanciers. La jeune fille monta dans un ascenseur qu'elle dirigea vers les étages les plus élevés de l'hôtel. Elle n'y connaissait peut-être pas grand chose, mais elle savait que, plus la vue était belle, plus les chambres devaient être chères. Vue d'en haut, la planète était magnifique avec ses plages et son accès direct à l'océan, nul doute que sa cible ait opté pour une suite proposant ce genre de prestation. Arrivée au dernier étage, Cassiopea dut bloquer l'ascenseur et rester confinée à l'intérieur. Il n'y avait qu'une seule porte dans le couloir et elle était surveillée par une bonne dizaine de gardes lourdement armés. Elle ne pourrait jamais en hypnotiser autant d'un coup et les affronter attirerait l'attention des occupants de la suite. De plus, combattre en robe de soirée ne faisait pas partie de ses capacités premières. Elle voulut activer son comm-link mais elle ne pouvait pas parler. Les gardes n'étaient qu'à quelques mètres d'elle et ils ne mettraient pas longtemps à s'apercevoir de sa présence si elle faisait le moindre mouvement ou émettait le moindre son. La jeune fille ferma donc les yeux, chercha son état méditatif, et tenta d'entrer en contact avec son Maître.

Ils n'avaient pas eu le temps d'en parler car tout s'était passé extrêmement vite au cours des derniers mois mais Anakin lui avait raconté qu'il existait un lien particulier entre un Maître et son Padawan et que ce dernier se formait de lui-même dès la création du duo. Il permettait aux deux Jedi de rester constamment en contact via la Force et de se sentir en connexion l'un avec l'autre. Ce lien éphémère disparaissait une fois le Padawan devenu Chevalier à son tour. Cassiopea savait qu'Anakin et Obi-Wan possédaient un lien tout particulièrement puissant et qu'ils étaient de ce fait bien plus proches que la plupart des autres Maîtres ne l'étaient de leur disciple mais elle n'avait pas encore pu explorer cette nouvelle connexion qui l'unissait à son Maître et elle ignorait comment la faire fonctionner. Cela marchait-il vraiment à distance ? Auraient-ils un lien aussi puissant que celui qui unissait son meilleur ami à son Maître ? La jeune fille sursauta et sortit de son état méditatif. Sans savoir comment ni pourquoi, elle avait la certitude d'avoir pu joindre son Maître. Elle avait senti sa présence comme s'il se trouvait juste à ses côtés. Même si elle ne méditait plus, elle pouvait encore percevoir la signature de Quinlan qui restait auprès d'elle. Cassiopea s'adossa au fond de l'ascenseur et attendit patiemment. Quelques minutes plus tard, elle entendit les portes de l'élévateur voisin s'ouvrir.

« Salut les gars !, la voix claire de son Maître retentit dans le couloir silencieux. La réception m'envoie en renfort. Y en a bien un qui voudrait aller se faire une petite pinte en bas, non ? Allez, soyez pas timides, je dirai rien au patron. »

Cassiopea jeta un coup d'œil rapide dans le couloir. Son Maître s'était approché du groupe de gardes et tentait visiblement de se faire passer pour l'un d'entre eux. Avec sa tête de mercenaire, ils risquent plus de prendre peur qu'autre chose. La jeune fille profita du fait que les hommes de main semblaient distraits par le numéro de Quinlan pour se glisser hors de l'ascenseur. Dégainer ses sabres n'étant pas une option, elle avisa un vase posé sur le rebord d'une fenêtre et s'en saisit rapidement. Le petit jeu de Quinlan ne semblait pas avoir pris avec les gardes qui s'étaient agglutinés autour de lui pour lui couper toute forme d'issue. Évidemment qu'ils ne l'ont pas cru, Cassiopea poussa un profond soupir mental. C'est le pire comédien de la galaxie. Elle s'approcha doucement du garde le plus proche qui lui tournait le dos, tapota sur son épaule, attendit qu'il se retourne et lui asséna un violent coup de vase en plein visage. Profitant de la distraction, son Maître envoya son poing dans le ventre de deux autres gardes ce qui leur coupa le souffle et les fit s'écrouler sans bruit. Cassiopea utilisa encore son vase sur deux autres hommes qui tentaient d'arrêter son Maître tandis qu'il pratiquait une forme d'art martial étrange sur leurs compères et, en quelques instants, ils étaient venus à bout des dix gardes qui gisaient tous inconscients. Aucun n'avait eu le temps de dégainer d'arme et le bruit avait donc été minimisé.

« Ils fabriquent des pièces solides de nos jours, commenta Cassiopea en remettant le vase à sa place. Qu'est-ce-que vous leur avez fait ?

- C'est une technique ancestrale que l'on enseigne aux Kiffars. Il s'agit de trouver les points d'énergie d'une personne, en appuyant sur les bons, il est possible de lui faire accomplir différentes actions. En l'occurence, il s'agissait des points d'endormissement.

- Vous m'apprendrez à faire ça ? C'est plutôt pratique.

- Si tu veux, oui. Comment tu as fait pour trouver la planque de notre gars ?

- Je ne suis pas encore sûre qu'il soit là mais je me suis dit qu'un type aussi riche voudrait avoir la meilleure vue possible.

- Excellente déduction. Et, compte tenu du nombre de gardes, je pense que nous arrivons au bon moment. Il se pourrait qu'une transaction illégale soit entrain de se conclure là dedans.

- Vous m'avez vite retrouvée. Je ne savais pas si ça fonctionnerait.

- Pour être honnête, même un Maître ne sait pas comment le lien va se mettre en place. Il diffère avec le Padawan et, en l'occurence, il n'a rien à voir avec celui que je partageais avec Aayla. Je t'ai trouvée tout de suite, je ne crois pas que tu aies eu besoin de m'indiquer où tu étais.

- Je n'ai rien fait du tout, j'ai juste cherché à vous repérer à travers la Force.

- C'est quelque chose d'intuitif, il va falloir qu'on s'y habitue tous les deux et ça deviendra rapidement un automatisme. Mais d'abord, voyons un peu ce que notre ami fabrique là dedans.

- Comment on procède ? On ne peut pas juste rentrer et les menacer.

- Il va falloir être subtils.

- Laissez-moi faire, votre subtilité laisse à désirer. »

Quinlan frappa à la porte et, se faisant passer pour un garde, annonça des visiteurs voulant s'entretenir avec Draze Kalar au sujet d'une relique qu'ils savaient être en sa possession. Leur ruse fonctionna et la porte s'entrouvrit pour les laisser passer. Sur demande de Cassiopea, le Kiffar resta en retrait et croisa les mains derrière le dos. La suite était immense. Au centre de la pièce principale se dressait une grande table de jeu autour de laquelle une dizaine de joueurs étaient plongés dans une partie de sabacc. À la tête de celle-ci, Draze Kalar leur lançait un regard suspicieux. Des gardes l'encerclaient et d'autres semblaient circuler dans la suite. Il n'allait pas être facile d'en sortir, Cassiopea se devait d'être convaincante. Prenant une posture détendue et dédaigneuse, la jeune fille jeta un regard circulaire autour de la pièce et, avec une moue critique, dévisagea sa cible.

« C'est vous Draze Kalar ?, demanda-t-elle en imitant au mieux une petite fille riche. Je vous imaginais plus impressionnant.

- Vous êtes bien trop jeune pour vous trouver dans ce genre de lieu, mademoiselle, lui répondit le joueur. Puis-je savoir ce qui vous amène ici ? Et de quelle source tenez-vous vos informations au sujet de je ne sais quelle relique ?

- Mon père est quelqu'un de bien trop important pour qu'il puisse se permettre de se montrer dans des lieux aussi sordides, la jeune fille plissa son nez retroussé avec un air de dégoût. La petite richesse et les faux-airs d'importance lui donnent des vapeurs d'horreur et il avait peur de se trouver mal parmi les gens de votre genre. Cependant, il a entendu parler d'un commerce que vous seriez entrain de mener avec d'autres oiseaux de votre espèce et il est intéressé. Voyez-vous, mon père est un collectionneur et il apprécie grandement les objets de valeur, d'autant plus s'ils proviennent d'une source mystique. Bien évidemment, je lui ai dit qu'il n'y avait aucune chance pour qu'un homme d'une classe aussi médiocre que la vôtre puisse posséder quoi que ce soit du genre mais mon père a insisté alors je suis venue en personne pour lui prouver qu'il avait tort. Du sabacc vraiment ? Quel jeu de mécréant.

- Sachez mademoiselle, Kalar grinçait entre ses dents. Que votre père avait raison. Je fais partie d'un cercle très privé possédant de nombreuses connexions. Nous voyons en effet passer des objets de grande valeur.

- Vraiment ?, Cassiopea sourit intérieurement, les hommes et leur fierté. Permettez-moi d'en douter.

- Votre père a bien dû entendre parler de moi, ce qui devrait suffire à vous prouver ma bonne foi.

- Il n'a pas entendu parler de vous en bien. Les sphères élevées de Coruscant n'apprécient guère les hommes de votre genre et ne s'abaisseraient jamais à les côtoyer de trop près de peur de s'en retrouver souillées.

- Vous venez donc de la capitale, Kalar esquissa un sourire carnassier. Dans quelle branche exerce votre père ?

- La République, Cassiopea décida de jouer gros.

- Vraiment, le joueur se remit rapidement du choc. Aurais-je à faire à une fille de Sénateur ? C'est un honneur pour moi.

- Je ne suis pas venue pour bavarder, coupa Cassiopea. Mon père a parlé de cristaux ? J'ignore de quoi il s'agit et je m'en moque mais j'ai de quoi vous dédommager grassement si vous acceptez de me les remettre.

- Il est vraiment bien renseigné. Il est vrai que mon cercle et moi nous intéressons à des objets particuliers étant en lien avec cette énergie que les Jedi appellent la Force, toutes les personnes présentes autour de cette table sont en réalité des investisseurs potentiels voulant nous rejoindre ou faire affaire avec nous. Évidemment, nous serions ravis de compter un Sénateur parmi nos membres. Nous gagnerons encore en importance et je suis certain que votre père, qui semble être un amateur de belles choses, appréciera de s'associer avec nous.

- Il n'est pas question d'association, dit Cassiopea glaçante. Je vous l'ai dit, la racaille de votre espèce ne nous intéresse pas, seules vos reliques ont de l'intérêt à nos yeux. Mon père verrait sa réputation ruinée si l'on apprenait qu'il s'est mêlé à votre groupe. Alors, soit vous acceptez de me vendre votre marchandise, soit je serai forcée de rapporter à mon père que j'avais raison et que vous êtes un charlatan.

- Je n'ai rien d'un charlatan, voyez plutôt. »

Kalar claqua des doigts et l'un de ses gardes lui apporta un coffre scellé. Il décrocha une clé attachée à son cou et ouvrit la boîte qu'il présenta à Cassiopea. À l'intérieur, des échardes de cristaux Kyber étincelaient faiblement. La jeune fille dut se retenir de frapper le joueur de toutes ses forces. Elle avait vu des cristaux dans les mines à peine quelques mois auparavant et elle savait à quel point ils étaient beaux et brillants. Ceux-là avaient été brisés en mille morceaux et leurs pouvoirs les quittaient peu à peu. Derrière elle, elle put nettement sentir la même colère sourde émaner de son Maître. Ce dernier n'avait pas dit un mot depuis le début de l'échange mais elle avait perçu chacune de ses émotions comme si elles étaient les siennes. Ravalant son envie de remettre Kalar à sa place, elle reprit son rôle en main.

« Ça ressemble à ce que mon père m'a décrit. Quel est votre prix ? Je ne suis pas là pour négocier, j'espère juste quitter cette planète le plus rapidement possible.

- Sûrement bien plus élevé que tout ce que vous pourrez vous permettre.

- Monsieur Kalar, Cassiopea lui adressa un sourire condescendant. Je pense que vous sous-estimez largement les moyens à disposition de ma famille. Mon père m'achèterait la planète toute entière s'il me prenait l'envie de la transformer en parc d'attraction et vous seriez tous obligés de plier bagages. Alors, acheter quelques misérables cailloux… je pense qu'ils vaudront bien moins que la robe que je porte en ce moment et elle est de la collection de l'an dernier.

- Je vois. Si vous avez tant d'argent à votre disposition, vous ne verrez sans doute aucun inconvénient à le mettre en jeu.

- C'est-à-dire ?

- Nous sommes sur Cantonica. Ici tout s'achète mais uniquement au jeu. Si vous l'emportez face à moi et mes amis, alors je vous céderais le coffre et son contenu. Le sabacc est un jeu plutôt simple, qu'en dites-vous.

- Soit. Puisque je n'obtiendrai pas les pierres d'une autre manière. Je n'ai aucune confiance en vous, mon garde du corps s'assurera donc que vous ne trichez pas. »

Cassiopea prit place autour de la table tandis que Quinlan se postait derrière elle, affichant un air le plus menaçant possible. La jeune fille savait pertinemment ce que Kalar cherchait à faire. Elle s'était faite passer pour la fille d'un riche Sénateur, une classe sociale qui n'aurait même jamais dû entendre parler de jeux comme le sabacc. Il pensait s'assurer la victoire. Cependant, Cassiopea avait grandi dans le Temple Jedi, entourée de gens venus des quatre coins de la galaxie et, pour certains, ayant parcouru cette dernière dans toutes les directions. Elle savait jouer au sabacc depuis qu'elle avait dix ans. Anakin lui avait appris, on y jouait beaucoup sur Tatooine. Elle n'avait cependant pas menti sur un point, elle ne faisait pas confiance à Kalar et le soupçonnait clairement de triche. Si les autres joueurs étaient des investisseurs potentiels ou de futurs membres de sa bande de fanatiques, il allait tout faire pour s'assurer leur soutien. S'il le monnayait au jeu, alors il fallait qu'il soit certain de gagner. Quinlan était menaçant et il parviendrait peut-être à le dissuader légèrement mais il ne pouvait pas non plus dégainer son sabre laser. Kalar se dirait sûrement que ses propres gardes pourraient s'occuper de son cas s'il devenait un problème. Cassiopea allait donc devoir s'assurer elle-même la victoire. Elle n'aimait pas tricher et elle espérait ne pas avoir à en arriver là mais elle avait la Force de son côté et elle comptait bien s'en servir s'il le fallait.

Kalar mélangea les cartes et la partie commença. Il trichait, c'était évident. Cassiopea s'en rendit compte en le voyant poser une carte unique qu'elle-même tenait en main. Il doit avoir un deuxième jeu caché quelque part. Du moment que je peux prédire ses mouvements, ça ne devrait pas poser trop de problèmes. Il fallut environ cinq tours à la jeune fille pour comprendre comment son adversaire principal fonctionnait et pour prendre l'avantage. Les autres joueurs abandonnèrent les uns après les autres et ils se retrouvèrent rapidement face à face. Cassiopea prédisait chaque action de Kalar et ce dernier dut utiliser son jeu de secours bien plus souvent qu'il ne l'avait probablement anticipé et, rapidement, il se retrouva à court de cartes et fut incapable de continuer à tricher. Cassiopea remporta la partie bien plus vite qu'elle ne l'avait prévu. Elle avait prétendu mettre en jeu un million de crédits qu'elle avait dit se trouver à bord de son vaisseau. En gagnant la partie, non seulement elle ne perdait rien de cet argent fictif mais elle se retrouvait plus riche de plusieurs dizaines de milliers de crédits, perdus par ses adversaires. La jeune fille adressa un regard dédaigneux aux jetons présents sur la table, mima un bâillement et se releva.

« Bien, je pense que nous avons assez joué et que vous vous êtes suffisamment ridiculisé pour la soirée. Gardez mon jeton d'or si cela vous chante, la réception vous remettra l'argent qui y est associé, en dédommagement pour votre défaite cuisante. Le coffre s'il-vous-plait ? Je voudrais vraiment rentrer chez moi à présent.

- Ne croyez pas que vous allez vous en tirer comme ça jeune fille, ricana Kalar. »

Les joueurs se levèrent d'un seul homme et s'emparèrent tous d'une arme cachée sous la table. De leur côté, les gardes mettaient Cassiopea et son Maître en joug.

« Vous n'irez nulle part avec mes précieux cristaux, décréta Kalar. J'ignore de quelle façon vous m'avez vaincu mais je n'ai aucunement l'intention de vous laisser quitter cette pièce. Votre père est riche ? Fort bien, je lui rendrai sa fille en échange de sa fortune ce qui nous permettra de nous procurer davantage d'objets précieux et nous rapprochera de notre but.

- Ce ne sont que des cailloux, lâcha Cassiopea. Que pouvez-vous bien vouloir faire avec ça ? Mon père collectionne les pièces rares et les objets anciens mais uniquement pour les exposer dans son musée privé. Quel intérêt pouvez-vous bien leur trouver ?

- Finalement, je pense que je demanderai également à votre père de me remettre cette fameuse collection. Je pourrais peut-être y dénicher des pièces intéressantes. Voyez-vous mademoiselle, vous avez raison sur un point. Je suis peut-être riche, et mes amis le sont tout autant, mais il existe des gens comme vous qui l'êtes bien plus encore et ce sont donc des gens comme vous qui font la loi. L'argent gouverne le monde, mademoiselle, et je n'en possède pas encore assez. Grâce aux reliques que nous avons découvertes et à leurs pouvoirs, notre cercle pourra enfin asseoir son influence et prendre la place qui lui est due. Nous ne voulons pas régner sur la galaxie, juste sur l'univers que nous allons nous construire. Un univers dans lequel les personnes de votre espèce ne seront plus que de la vermine à écraser.

- Vous êtes fou à lier, souffla Cassiopea. Un cercle privé, mon œil. Vous faites partie d'une bande de fanatiques ! Les Jedi vous retrouveront et vous feront payer cet affront. Utiliser les pouvoirs de la Force sans y être autorisé est un crime envers l'Ordre.

- Je me fiche bien des Jedi, mademoiselle, ria Kalar. Ils sont peut-être partout sur Coruscant où ils disposent d'un pouvoir immense, mais ici ils ne sont rien. Ils n'auront pas encore compris ce qu'il se passe, que nous serons déjà devenus intouchables grâce à nos nouveaux pouvoirs ! À ce moment là, ils seront forcés de reconnaître notre supériorité et de s'incliner devant nous. Nous allons éveiller certaines de leurs reliques de Force en sommeil depuis des siècles, ils nous en seront reconnaissants !

- Ça voyez-vous j'en doute, dit Cassiopea en abandonnant ses intonations traînantes. Vous savez, cela fait des mois que l'Ordre est sur votre piste, il manquait juste une preuve tangible de vos agissements pour pouvoir intervenir et le Kyber présent dans ce coffre couplé à vos allégations me semble largement suffisant, qu'en pensez-vous Maître ?

- Il est vrai, dit Quinlan en terminant d'endormir un garde grâce à sa technique ancestrale. Que je ne m'attendais pas à ça. Je pensais que tu n'étais qu'un investisseur Draze mais apparemment, tu es beaucoup plus dingue que ça.

- Qu'est-ce-que cela signifie ?, Kalar commençait à paniquer. Qu'avez-vous fait à mes gardes ?

- J'ai profité de ton speech pour les envoyer faire un somme, expliqua Quinlan. Ceux qui se trouvaient devant la porte ont subi le même sort, même si certains ont plutôt été assommés par ma Padawan.

- Qui êtes-vous ?

- Maître Quinlan Vos, Conseil Jedi, pour vous servir, le Kiffar adressa une courbette moqueuse à Kalar. Et vous avez déjà amplement fait connaissance avec ma Padawan je crois. N'est-elle pas formidable ?

- Si j'étais vous, je lâcherais tout ça, d'un mouvement des doigts, Cassiopea sépara les armes des mains des joueurs et les envoya s'écraser contre un mur. Je m'appelle Cassiopea El-Solar, je n'ai jamais connu mon père mais, si cela avait été le cas, j'aime à penser qu'il vous aurait détesté. En revanche, je n'ai pas menti sur un point, nous travaillons pour la République et je doute que cette dernière approuve vos agissements. En tout cas, l'Ordre, lui, est plutôt remonté.

- Je pense que ce bouton, Quinlan enfonça une sonnette encastrée dans le mur. Appelle la sécurité de l'hôtel et du casino. Ils seront ravis de faire la connaissance de toute ta petite bande, Kalar mais toi, tu vas venir avec nous et tu vas nous conduire au reste de ton cercle comme tu le dis si bien. Cassy, tu veux bien contacter le Temple et leur demander d'envoyer un vaisseau et des renforts pour récupérer tout ce petit monde ?

- Aucun problème, il faudra bien évidemment nous rendre toutes les reliques volées. J'ignore la façon dont vous avez traité les cristaux mais sachez qu'il s'agit d'un sacrilège qui pourrait, à lui seul, vous valoir de nombreuses années de prison. Alors pensez à ce qu'il vous attend, sachant tout ce que vous avez fait. »

Dans un hurlement de rage, Draze Kalar se saisit du mitrailleur-blaster de l'un des gardes endormis et se rua sur Cassiopea qui était entrain d'expliquer la situation au Temple via son comm-link. Quinlan l'intercepta promptement, lui arracha l'arme des mains et voulut l'envoyer au tapis mais il fut stoppé par les autres joueurs qui, remis du choc, avaient pris le parti de se jeter sur lui. Ils savaient qu'ils n'iraient pas loin s'ils tentaient de fuir par l'hôtel, la sécurité étant certainement proche de la suite, alors ils voulaient se débarrasser de leurs accusateurs. En quelques secondes, Quinlan avait le sabre au poing et il maintenait ses agresseurs en respect. Après tout, ils n'étaient rien d'autre qu'une bande de riches trafiquants qui n'avaient probablement jamais réellement tenus d'armes de toute leur vie et, la simple vue d'un sabre laser suffisait à les faire trembler. Voyant que son Maître contrôlait la situation, Cassiopea avait poursuivi l'explication qu'elle était entrain de donner à Maître Fisto. Ce dernier préparait d'ores et déjà un vaisseau et une équipe de Chevaliers pour les rejoindre. Draze Kalar, voyant les deux Jedi occupés, décida à nouveau de tenter sa chance et se précipita une seconde fois sur Cassiopea. La jeune fille le sentit arriver derrière elle. Dans un mouvement fluide, elle décrocha les sabres sanglés à ses cuisses, se retourna, et les croisa sous la gorge de Kalar.

« On va quelque part ?, demanda-t-elle avec un joli sourire. »

Au final, les autorités locales s'avérèrent bien plus collaboratives que Quinlan ne l'avait espéré. En réalité, la petite bande avait déjà attiré leur attention et, s'ils avaient effectivement versé des pots de vin pour être tranquilles, tous les officiers n'étaient pas corruptibles et certains avaient continué de mener l'enquête. Ce fut malgré tout l'arrivée de Kit Fisto et des Chevaliers Jedi qui poussa les hommes à parler. Tous espérant des réductions de peine, ils se dénonçaient les uns et les autres et même Draze Kalar finit par lâcher les informations dont il disposait. Le reste des fanatiques fut arrêté dans la nuit à l'exception de quelques individus qui réussirent à fuir, emportant plusieurs coffres d'échardes de Kyber. Les autres reliques furent récupérées et stockées à bord du Croiseur de l'Ordre, prêt à repartir sur Coruscant où elles seraient analysées avant de retourner dans leurs Temples d'origine, où qu'ils se trouvent dans la galaxie. Kalar et les autres membres importants de la bande furent embarqués avec tandis que le reste était expédié en prison par les autorités locales. Adossé au Croiseur avec Cassiopea, Quinlan contemplait le succès de sa mission.

« Vous avez fait fort tous les deux, commenta Maître Fisto en s'approchant. Dire que nous sommes sur leurs traces depuis des mois. Il ne vous a fallu qu'une soirée pour les appréhender.

- Il suffisait de savoir jouer leur jeu, expliqua Cassiopea. Ils seront déférés devant le Sénat ou l'affaire restera-t-elle interne à l'Ordre ?

- Ce sera au Conseil d'en décider, répondit le Maître Jedi. Tu y assisteras Quinlan ? Il devrait avoir lieu dans un jour ou deux et je ne pense pas que tu aies déjà reçu un nouvel ordre de mission.

- Par holocran seulement, dit le Kiffar. Cassiopea et moi avons encore deux, trois affaires à régler avant de pouvoir rentrer.

- Je vois. Tu es satisfaite de ton Maître, Cassiopea ? Pas trop insupportable ?

- Je pense qu'il fera l'affaire.

- Je suis juste là, grommela l'intéressé. N'empêche, ma Padawan n'a mis que six mois à accomplir son pèlerinage, Kit. C'est bien plus court que pour le tien il me semble.

- Chaque jeune va à son rythme, Quinlan. Mais je dois bien reconnaître que ces sabres sont exceptionnels. Ils vont certainement faire des jaloux auprès de tes amis encore Novices quand vous rentrerez. Ne traînez pas trop, tu connais Mace, s'il apprend que tu as encore profité d'une mission pour prendre des vacances, il va te faire le discours moralisateur le plus long que tu n'aies jamais entendu.

- Je ne me permettrais jamais !, s'injuria faussement Quinlan en portant une main sur son cœur. Cassiopea vient tout juste de fabriquer ses sabres et nous n'avons pas encore eu le temps d'explorer correctement notre lien. J'ai encore le droit de passer du temps seul avec ma Padawan pour l'entraîner ?

- Bien sûr, bien sûr, sourit Maître Fisto. Je vais vous laisser à présent. Il est temps de conduire tout ce petit monde en lieu sûr. Félicitations pour ta première mission réussie, Cassiopea. Nous nous reverrons au Temple. Très bientôt, n'est-ce-pas Quinlan ?

- C'est ça, à la prochaine Kit. Embrasse Mace de ma part et dis-lui que je l'adore !

- Vous allez lui mettre un maillot de bain sur une note de frais pas vrai, commenta Cassiopea en regardant le vaisseau s'envoler.

Carrément. »

Bien évidemment, Quinlan – qui était très sérieux lorsqu'il parlait de prendre quelques jours de vacances – choisit l'hôtel le plus cher de Cantonica. Très éloigné du casino, il donnait droit sur la mer et était doté de plusieurs plages privées. Les deux Jedi prirent deux grandes chambres ayant un accès direct et, après un bon repas dans le restaurant de l'hôtel, le Kiffar conduisit sa Padawan sur la plage. La nuit était déjà bien avancée et il n'y avait personne à l'horizon.

« Je croyais qu'il était question de repos, dit Cassiopea en s'asseyant sur un rocher et en trempant ses pieds dans l'eau.

- Nous allons rester quelques jours, le climat nous fera du bien après tous ces mois passés sur Ilum. Considère ça comme mon cadeau de félicitations pour ton pèlerinage.

- Oh non, je suis ravie de passer du temps ici. C'est tellement différent de Coruscant et je n'ai encore presque jamais voyagé ni même eu de vacances. Ma question ce serait plutôt, si ce sont des vacances, alors que fait-on debout au milieu de la nuit ? On ne devrait pas dormir ?

- Tu te souviens que je t'ai dit que je profiterai de cette mission pour t'apprendre des trucs ?

- Vous voulez dire les trucs que personne ne nous apprend au Temple ?, la curiosité de la jeune fille s'était éveillée.

- Exact. Je t'apprendrai ma technique d'acupuncture galactique une autre fois mais…

- Je suis presque certaine que ça ne s'appelle pas comme ça.

- Tu as compris ! Non il y a autre chose de bien plus intéressant que tu pourrais apprendre à maîtriser.

- De quoi s'agit-il ?

- Tu as déjà entendu parler de la Lumière de Force ?

- Je crois qu'Ann-Mary l'a mentionnée une fois, pourquoi ?

- Ça ne me surprend pas, cette fille est une encyclopédie ambulante.

- Elle aime s'instruire, Cassiopea haussa les épaules. Son rêve serait de travailler avec les savoirs ancestraux des Jedi et de veiller à leur protection et à leur transmission aux prochaines générations. C'est pour ça qu'elle sait plein de choses qui ne sont plus d'actualité. Elle adore se renseigner sur les anciens temps et sur la façon dont l'Ordre vivait à l'époque.

- C'est une vraie Consulaire en devenir, approuva Quinlan. Avec le bon Maître, elle réussira à atteindre tous ses objectifs.

- Je pense qu'elle est prête à devenir Padawan mais elle n'arrête pas de me dire que ses capacités au combat ne sont pas au point.

- Parce que ce n'est pas son art de prédilection. Elle progressera mieux une fois devenue Padawan et je pense que cela ne saurait tarder.

- Vous savez quelque chose ?

- Tu ne dis rien à personne, mais j'ai cru comprendre que Mace serait intéressé.

- Non, c'est vrai ? Il ne prend plus de Padawan depuis des années !

- Oui, mais il n'a plus rencontré de vrai futur Consulaire depuis des années. Ann-Mary a toutes les qualités requises.

- Elle va être vraiment contente quand elle va l'apprendre.

- Je compte sur toi pour garder le secret jusqu'à ce que ce soit officiel.

- Je serai muette. N'empêche, je ne me rappelle pas vraiment de ce qu'elle m'avait dit sur cette Lumière de Force. Elle m'apporte tellement d'informations tous les jours que je suis incapable de tout retenir. Dès qu'elle apprend quelque chose, elle vient me le dire.

- Une encyclopédie je te dis. Bref, la Lumière de Force est une technique particulièrement puissante que peu de Jedi maîtrisent. Durant l'Ancienne République, elle était enseignée au Temple parce que l'Ordre des Sith était en activité dans la galaxie et qu'elle servait à contrer les Eclairs de Force en cas de duel. Aujourd'hui, il n'y a plus vraiment de Sith alors elle a été un peu oubliée. Cependant, même enseignée, il était rare qu'un Jedi arrive à la maîtriser pleinement alors je te laisse imaginer ce qu'il en reste.

- Comment l'avez-vous apprise alors ? Puisque je suppose que vous la maîtrisez.

- Tout seul en réalité. Cela m'a pris des années de pratique mais, je pense que tu as toutes les qualités nécessaires pour y parvenir.

- Comment ça fonctionne ?

- C'est un pouvoir d'altération du Côté Lumineux de la Force qui sert à repousser les manifestations du Côté Obscur. Le principe est plutôt simple. De base il s'agit de créer une lumière aveuglante que tu puises directement dans la Force Vivante et que tu projettes hors de toi. Ça permet de donner une forme physique et tangible au Côté Lumineux. Si tu veux, ça fonctionne comme un soleil puissant et brûlant qui détruirait toutes les ombres sur son passage.

- Ça a l'air génial. Mais il faut sûrement énormément d'expérience pour parvenir à maîtriser quelque chose du genre. Je suis beaucoup trop jeune pour ça.

- Je ne pense pas, non. En fait, ce qu'il y a d'ironique dans la Lumière de Force et qui peut également expliquer le fait qu'on ait cessé de l'enseigner, c'est que la source de sa puissance réside dans les espoirs et les amours. Pour un Ordre comme le nôtre qui revendique l'absence d'attachement, c'est plutôt fort tu ne trouves pas ?

- J'ai toujours trouvé cet aspect du Code complètement stupide. Je vois ce qu'ils veulent dire mais je n'arrive pas comprendre en quoi l'amour peut conduire quelqu'un à se tourner vers le Côté Obscur. Ça ne devrait pas être le contraire ? Permettre à celui qui se trouve dans l'ombre de rejoindre la lumière ?

- Et voilà pourquoi je suis certain que tu parviendras à apprendre cette technique.

- Venant de vous, c'est fort. On dit que vous étiez avec Aayla lorsqu'elle était votre Padawan.

- C'est le cas, oui.

- Vous n'avez vraiment aucun respect, Cassiopea secoua la tête d'incrédulité. En plus vous le dites comme si c'était la chose la plus normale de la galaxie.

- Personnellement, je trouve ça normal. Et tu serais surprise d'apprendre le nombre de Chevaliers, voire même de Maîtres, qui ont vécu des histoires amoureuses.

- Je ne pense pas que cela me surprendrait vraiment. Sauf si vous m'annoncez que Maître Yoda a une fiancée cachée.

- Arrête, je vais mourir de rire. Je suis entrain d'imaginer ça. C'est trop perturbant.

- Et pourquoi pas ? Il est extrêmement vieux, on ne sait pas ce qu'il a fait dans sa jeunesse.

- Elle a du être pleine de rebondissements.

- En même temps, c'est normal. Il est tellement petit, il faut bien qu'il rebondisse pour atteindre les objets élevés.

- Et après c'est moi qui n'ai aucun respect ?

- Est-ce-que Maître Yoda maîtrise la Lumière de Force. Il a pu l'apprendre à l'époque, non ?

- C'est possible, oui. Je me suis déjà posé la question mais je n'en ai jamais eu confirmation. Avec tout son vécu, il aurait le nécessaire pour puiser en lui et trouver cette puissance.

- Encore une fois, je n'ai pas ce vécu.

- Non, mais tu as la bonne mentalité. Tu penses comme il faut penser pour y arriver et, si je t'ai bien cernée, tu visualises la Force en tant qu'énergie et tu ne la cantonnes pas au seul Côté Lumineux. Pour pouvoir puiser dans la Force Vivante, il faut oublier ce clivage entre ombre et lumière et laisser parler le flux qui s'écoule en toi et autour de toi. Il doit s'exprimer à l'état brut. Les Sith font exactement la même chose pour produire leur foudre, la seule différence réside dans la manière dont l'énergie se manifeste par la suite. Si tu appartiens au Côté Lumineux, elle deviendra Lumière de Force et si tu appartiens au Côté Obscur, elle se transformera en Eclairs de Force.

- Vous pensez que je pourrais toucher cette énergie. Que je pourrais m'affranchir des principes du Côté Lumineux pour arriver à la canaliser sans a priori ?

- C'est plus ou moins ça, oui. Ton cristal est devenu orange, Cassiopea. Si ce n'est pas un signe, alors je ne m'y connais pas. Les Gardiens devaient voir les choses de cette manière pour pouvoir accomplir leur devoir.

- Mais vous avez dit qu'il s'agissait de donner une forme tangible au Côté Lumineux. Si je m'en affranchi, je n'y parviendrais jamais.

- C'est toi le Côté Lumineux, expliqua Quinlan en posant une main sur le cœur de sa Padawan. La Force n'a pas de côté. Elle est unique, ce sont les gens qui la manipulent qui la transforment à leur guise. Tu dois la saisir brute, en passant à travers toi, elle deviendra naturellement Lumière.

- Et si elle devient Eclair ?

- Alors là, le Kiffar émit un léger rire. Aucune chance. Tu as peut-être une autre vision de l'Ordre Jedi que celle imposée par le Code, mais tu brilles comme un soleil, Cassiopea. Même un aveugle le verrait, ta signature est presque éblouissante tant elle est lumineuse. J'ignore encore ce qu'il y a en toi mais, ce feu qui t'anime ne te consumera jamais. Ce sont les autres qui devraient trembler parce que, je le pense sincèrement, tu es promise à un brillant avenir ma chère Padawan. Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour t'y conduire.

- Alors apprenez-moi. »