Chapitre 16 – Le Domaine zora

La première chose que je ressentis en me réveillant fut cette terrible sensation de froid dans tout le corps. Mes membres étaient tous engourdis, à tel point que j'arrivais à peine à les bouger. Que m'était-il arrivé ? Les derniers évènements me revinrent alors à l'esprit : ma fuite désespérée, le carreau de l'arbalète, le cul-de-sac, les Zoras…. Les Zoras ! Ça me revenait. C'était grâce à eux que j'étais encore en vie pour le moment. Cependant, je n'avais aucune idée de leurs intentions. Que me voulaient-ils ? Pas me tuer en tout cas, sinon cela aurait été terminé depuis longtemps. Parvenant à me redresser avec grand peine au bout de plusieurs longues minutes, je pus enfin faire un point sur ma situation.

La pièce était assez spacieuse et joliment décorée chose curieuse, elle possédait de grandes ouvertures un peu partout. Bon au moins, je n'étais pas en cellule. De plus, le fait que j'étais allongé sur un matelas d'eau indiquait que je devais sans-doute me trouvais au Domaine. De plus en plus étrange. Pourquoi les Zoras se donneraient-ils autant de peine pour le fugitif épuisé et blessé que j'étais ? En parlant de blessures… En regardant plus attentivement, je vis que non seulement la pointe du carreau avait été retirée, mais en plus mes nombreux autres bleus et ecchymoses accumulés durant ces dernières semaines avaient eux-aussi été soignés. Je ne comprenais décidément plus rien.

Des voix à l'extérieur mirent cependant fin à mon observation. Me rallongeant rapidement, je tendis l'oreille afin d'éventuellement obtenir des réponses à mes trop nombreuses questions.

- Il ne s'est toujours pas réveillé on dirait.

- Vu l'état dans lequel on l'a récupéré, ça me semble assez normal. Le simple fait qu'il soit parvenu à leur échapper aussi longtemps est déjà un miracle.

- On a justement profité de son inconscience pour lui soigner ses différentes blessures. Il s'en remettra vite.

Alors comme ça ils, ou devrais-je dire elles, semblaient réellement s'inquiéter de mon état de santé. Mais qui étaient-elles ? L'une des deux voix me semblait très vaguement familière, mais impossible de mettre un nom dessus. Et cette sensation de froid qui refusait de s'en aller n'arrangeait en rien ma réflexion.

- Son inconscience ? Parlons-en justement ! Vous étiez obligé de lui faire ça ? Vous ne pouviez pas l'embarquer tout simplement ? Ces mercenaires n'y auraient vu que du feu.

- Eux oui, mais on ignore toujours si le Roi a pu placer des espions dans la région. Il fallait que cela soit le plus réaliste possible.

- Oui, mais de là à le transformer en glaçon avec une de vos flèches…

Elles n'étaient quand même pas sérieuses ? J'avais été littéralement congelé ? Je comprenais mieux maintenant pourquoi j'avais été incapable de bouger à mon réveil.

- Bon, et maintenant que l'on a réussi à le sortir de là, on fait quoi ? Il ne peut pas rester caché ici pour le reste de sa vie.

- On verra ça le moment venu. En attendant, notre priorité est d'essayer de rassembler le maximum de personnes capables de nous aider.

- Vous avez raison. Vous devriez aller voir d'ailleurs vous savez qui. Apparemment, la situation aurait évolué chez les Piafs.

- Très bien. Je vous laisse vous occuper de lui pendant ce temps-là ? Faites attention, on ignore comment il réagira à son réveil.

- Ne vous inquiétez pas, je saurais me débrouiller.

Une fois seuls, j'entendis la première personne marcher un long moment, avant de finir par s'arrêter brusquement devant moi.

- Tu comptes faire semblant de dormir encore longtemps ? Tes oreilles sont tellement attentives au moindre bruit qu'on dirait des girouettes.

Et mince, j'étais découvert. Je pensais pourtant qu'elles ne s'en étaient pas rendues compte. Il faut croire qu'elle lisait dans mes pensées, car elle ajouta :

- Tu devrais pourtant savoir depuis tout ce temps que rien ne m'échappe.

Cette intonation à la fois sérieuse et ironique, je la reconnaîtrais par contre entre mille. Ouvrant finalement les yeux, je vis alors celle que ne pensait guère revoir depuis ma fuite de Cocorico.

- Bonjour Link ! dit Impa. Je t'ai manqué ?

La journée s'achevait doucement sur le Domaine Zora. Marchant avec Impa dans la ville, je pouvais pour la première fois depuis des semaines me détendre sans crainte d'être poursuivi. Les Zoras s'étaient révélés très chaleureux et accueillants. Non seulement j'avais pu me laver et me restaurer grâce à eux, mais ils m'avaient en plus offert de quoi remplacer les loques qui m'avaient servi de vêtements. En 4 jours, j'étais complètement remis de ma dernière mésaventure. De plus, le fait de savoir Impa encore en vie me soulageait énormément, moi qui craignais qu'elle ait elle-aussi été tuée par le roi.

- Comment te sens-tu Link ?

Si elle conservait son habituel sourire, elle avait cependant bien changé depuis notre dernière rencontre. Ses cheveux autrefois longs et blancs avaient été coupés et teints en marron. De plus, sa traditionnelle tenue sheikah avait laissé place à une simple tunique hylienne, ainsi qu'à un pantalon ample beige et à une paire de bottes en cuir renforcé. Quant à son visage, on y lisait maintenant une grande tristesse, ainsi qu'une profonde mélancolie. Les dernières semaines avaient dû être dures pour elle aussi.

- Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de moments de repos. Pouvoir se détendre, ne pas craindre pour sa vie à chaque instant, laisser son esprit vagabonder… j'avais oublié à quel point cela pouvait faire du bien.

- Je suis heureuse de voir que tu t'en es sorti. Après ce qui s'est passé, je voulais partir à ta recherche, mais les soldats en avaient aussi après moi. J'ai dû faire profil bas pour m'enfuir jusqu'au Domaine Zora. Et une fois arrivé, on m'a donné l'ordre de superviser la résistance contre Mahor, tout en m'interdisant de quitter le Domaine. J'aurais bien aimé leur fausser compagnie, mais les gardes ne me lâchaient pas d'une écaille. Tu en sauras plus lorsque l'on sera au palais, c'est vers là que nous nous dirigeons. En tout cas, ce que tu as vécu et réussi à faire relève de l'exploit.

- Peut-être. Je n'arrive toujours pas à croire que la princesse ait pu nous faire une chose pareille. Vous sembliez pourtant très proches l'une de l'autre. Comment a-t-elle pu se retourner contre nous ? Et surtout, pourquoi ?

Ces deux questions ne cessaient de revenir dans ma tête. Pourquoi être venu me voir ? Pourquoi m'avoir appris des choses que j'ignorais pour ensuite nous trahir ? Pourquoi avoir menti durant l'accusation ? Pourquoi… ? Ces semaines d'exil m'avaient vu passer par de nombreux stade : la tristesse, le désespoir, la colère, la résignation même mais malgré cela, je n'avais cessé de garder l'espoir d'obtenir un jour les réponses à ces questions qui ne cessaient de me hanter.

- Tu sais Link, la situation était tendue depuis des années. De nombreuses choses se tramaient en coulisses, et la Citadelle ressemblait de plus en plus à une poudrière. Je crains que nous ayons été l'étincelle de trop. Il fallait que Zelda parvienne à une certaine stabilité dans ce chaos, quitte pour cela à briser certains œufs. De plus, sa situation est très délicate depuis longtemps.

- Ne me dis quand-même pas que tu la défends ? Pas après tout ce qu'elle a fait ?

- Je te l'ai dit. La situation est particulière… Nous sommes arrivés.

Ce qu'Impa appelait palais était en fait une simple Pagode située à l'étage supérieur du Domaine Zora. Entourée par de nombreuses cascades, on y accédait uniquement par un grand escalier étroitement surveillé.

- Halte ! tonna un des gardes. Que voulez-vous ?

- Nous sommes attendus auprès de Son Altesse pour une affaire importante.

- Oh c'est vous Dame Impa. Veuillez nous excuser. Le Prince vous attend il est en conversation avec … « vous savez qui ».

Etrange… Pourquoi le garde s'était-il soudainement ravisé avant de dire le nom du visiteur ?

- Ecoute Link… Je sais que c'est assez compliqué, mais… Promet-moi de prendre le temps de réfléchir et d'écouter avant de t'énerver.

Pourquoi Impa me sortait-elle ce genre de remarque maintenant ? Y avait-il un lien avec ce fameux inconnu ?

- Par pitié Impa, qu'est-ce que cela signifie ?

Elle n'eut cependant pas le temps de répondre, car nous arrivâmes devant le trône du Prince Zora. Ce dernier était en grande discussion avec une personne dissimulée derrière une grande cape brune. Mais alors que nous nous inclinions, un léger doute m'envahit brusquement. Et si….

- Mon Prince, commença Impa, je suis heureux de vous voir. Permettez-moi de vous présenter…

Interrompant la conversation et passant outre les protestations d'Impa, je bondis brusquement et releva la capuche de l'inconnu, ou devrais-je dire l'inconnue. En voyant que mon intuition ne s'était pas trompée, je restai sidéré. Elle avait bien changé depuis tout ce temps, mais jamais je ne pourrai oublier ce regard pénétrant, ni cette voix impitoyable alors qu'elle détruisait ma vie. Et elle était là, après tout ce temps, à me regarder comme si tout ce qui s'était passé était parfaitement normal. La colère que j'avais longtemps refoulée bouillonnait maintenant en moi.

- Zelda !

Et ivre de haine, je me jetais sur elle…