Epilogue
PARTIE II STARK
Coulson finit par partir, agité et jetant des regards par-dessus son épaule. De dos, il est franchement rondouillard. Clint se demande si ça peut vraiment être la dernière fois qu'il voit Super Agent… et se retourne avec pas mal d'anxiété vers son nouveau maitre.
Stark. Ça n'est pas bon du tout. Stark, et son intelligence surélevée. Stark et son attention aux détails. Stark et sa nouvelle compréhension de l'être humain, que Clint lui-même lui a enfoncé dans le crâne ces quelques dernières années. Stark et JARVIS.
Clint ne panique pas, il a trop de classe pour ça, mais il n'en est pas loin. Ça n'est pas l'avenir qu'il se préparait, non monsieur.
(et une petite voix, très loin derrière son inconscient ricane. « Tu croyais que tout se passerait comme prévu ? Coulson a raison, tu t'es ramolli, mon vieux. Rien ne se passe jamais comme prévu, tu as fait ta fortune là-dessus. Reviens sur terre et assume les conséquences de tes actes… ou quelqu'un d'autre le fera pour toi. »)
Il se calme. A un problème, il y a toujours des tonnes de solutions.
Il se rend compte qu'il a continué à fixer nerveusement son coéquipier… qui ne s'est aperçu de rien, occupé qu'il est à donner des instructions à son Bon Génie (ou Mauvais Génie ? A voir.) Stark, qui gesticule comme d'habitude, finit par croiser son regard du coin de l'œil et se rappelle de sa présence et peut-être même de la situation.
- Quoi ?! fait le génie sur la défensive. Tu croyais vraiment que j'allais te laisser filer comme ça ? Tu oublies que je t'ai vu à l'œuvre, mon angelot : on a vraiment besoin de toi.
Clint garde le silence. Rager ne lui a jamais rien apporté. Guetter les hésitations, les faiblesses, c'est plus son truc.
Stark soupire.
- Ne me regarde pas comme ça, mon fauconnet. En tant que membre directeur, tu auras plein de temps libre pour t'occuper de tes immeubles, de tes entreprises et même d'aller faire la nouba. C'est bien ce que tu voulais, non ? Et tu ne vas pas me dire que tu peux trouver plus luxueux que les entreprises Stark.
- C'est vrai que tu assures généralement question fourniture, s'aventure prudemment Clint, et je suis sûr que tes cellules sont incroyablement confortables, mais être un citoyen libre a ses attraits aussi.
L'ingénieur n'a pas le moindre tressaillement. Pas de culpabilité de ce côté-là, donc. Merde.
- Libre et riche, hein, Cupidon ? Parce que tu aurais pu te tirer dans le bordel des premières années et SHIELD n'aurait même pas eu les ressources pour te rechercher. Blague à part, le tour d'Amérique de Coulson était ridicule de toutes les façons.
- Tu savais qu'il était vivant.
- Presque depuis le début, en fait. Mais c'est toi qui m'as poussé à chercher. Après ta première intervention, quand Bruce et moi on s'est aperçu à quel point on t'avait sous-estimé, on s'est demandé de quoi exactement étaient fait les agents de SHIELD. Et aussi pourquoi tu étais classé « atout » et ce qui qualifiait Coulson comme « laisse ». Le résultat a été instructif, je t'assure.
- Mais tu n'as pas repéré HYDRA.
- Loin de là.
Et voilà la culpabilité. Bonne nouvelle, Stark n'est pas aussi équilibré qu'il le prétend.
- Pas la moindre idée jusqu'à ce que tu m'amène les preuves sur un plateau et je dois t'avouer, mon fauconnet : si quelqu'un d'autre me l'avais dit, je t'aurais soupçonné en premier.
Ce qui est une preuve d'intelligence même si Clint ne le lui dira pas.
- Et qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ?
Oui, Clint est curieux. C'est sa marque de fabrique, en fait.
Stark rit franchement.
- Curieux comme une pie, hein ? C'est ta subtilité, en fait.
Huh ?!
- Ton absence totale de honte et de préjudice, ta capacité à manipuler n'importe qui en leur disant ce qu'ils veulent entendre, ton empathie profonde. Ta compétence, quoi.
Huh.
- Tout ça est incroyablement flatteur, mais…
Stark rit encore, mais plus sombrement.
- Ne prend pas cet air niais, Barton. Je ne plaisantais pas, tout à l'heure. Si tu avais voulu qu'on prenne une autre direction, personne n'était mieux placé et mieux équipé. Tu aurais pu nous corrompre, facilement. Tu aurais pu nous briser, de cent petites façons malicieuses qu'on n'aurait jamais repéré. JARVIS t'a pris comme modèle pour ses interactions humaines, c'est te dire.
Gloups. Ça c'est une très mauvaise nouvelle. Il a l'attention du Génie. Des génies.
Une envie de rire terrible l'envahit en pensant à Aladin. Qui est passé de petit voleur à héros alors qu'il voulait simplement être riche. Voleurs et génies sont incompatibles, clairement. Ils se démultiplient.
- Et ça m'empêche d'être HYDRA comment ?
Il poserait bien des questions sur son traitement de Potts et de Rhodes mais ne jamais rien reconnaitre à moins d'y être forcé est la règle des voleurs et des espions pour de très bonnes raisons.
Le brun se passe la main dans les cheveux, l'air soudain fatigué.
- D'abord, tu es bien trop avide pour laisser un atout de taille passer à quelqu'un d'autre si tu peux en tirer profit. Tu n'es fidèle à personne d'autre que toi-même. La seule façon pour un groupe de te garder en laisse, c'est de t'assurer que vos intérêts sont partagés. Ou simplement parallèles.
Vrai. Bien exprimé aussi.
- Non que je m'attende à ce que tu cesses de tirer sur la laisse en question, assure le génie. Tu déteste être contrôlé, encore plus que d'être pauvre. Tu ne vas jamais arrêter de chercher la sortie. Et je suis sûr que tu la trouveras… un jour.
Frapper ou ne pas frapper ? Clint est sûr que son sourire montre bien trop de dents.
- Mais pour en revenir à HYDRA, eux et SHIELD sont deux faces d'une même pièce : arrogants, sûrs de leur cause et de leur compétence, ils prétendent calculer à long terme… mais ne comprennent évidemment pas ce que veut dire le mot.
Intéressant.
- Laisser le client content, satisfait, en réclamant encore… ça n'est pas leur manière d'opérer. Pour HYDRA, c'est la terreur à tous les échelons et SHIELD réclame le respect dû à leur Mission. Faire participer le gogo à son arnaque est la marque des grands et je n'ai vu que toi la pratiquer, pour l'instant.
Eh bien…
- C'est pour ça que je me suis assuré que Sitwell y passait, continue à babiller l'ingénieur. Vu comment tu en parlais, j'avais peur que vous soyez deux. Surtout si lui était fidèle à HYDRA ou convaincu par leurs idéaux.
Eh bien… zut.
Clint a envie de bouder. Il aimait bien Sitwell.
L'autre rit.
- Vu ta tête, j'ai bien fait de le mettre en tête de liste. Il était si bon que ça ?
Ne pas répondre, ne pas répondre, ooom…
- Mais le fait que je n'ai pas repéré HYDRA et que tu l'aies fait me réconforte plutôt, mon fauconneau : ça prouve que tes compétences sont indispensables aux Vengeurs. Pense à tout ce qu'on a fait en tandem, toi et moi. C'est pas étonnant ?
Clint ne dirait pas en tandem, non. Ils ont travaillé « en équipe », peut-être, jusqu'à un certain point.
Stark rit encore.
- D'accord, d'accord : tu nous as exploités sans honte, JARVIS et moi, pour qu'on fasse le gros du boulot après que tu ait déterminé l'objectif à atteindre, et on était tellement tourneboulés qu'on ne s'est aperçu de rien sauf longtemps après. Tu es le parfait marionnettiste. Ça suffit pour ton ego, Cupidon ?
Eh bien, oui, mais il ne va pas le dire. C'est le moment de détourner la conversation et peut-être d'essayer de marquer un point.
- C'est pas le problème, Tony. Chacun a son opinion et la vérité est relative. Mais tu le reconnais toi-même : Je suis un membre fondateur des Vengeurs. Peut-être LE membre fondateur, pas Fury. Et j'ai bossé pour que ce groupe survive, tu le sais, tu étais là. J'ai gardé des secrets, oui, mais tout ce qu'on a fait, ces dernières années, on l'a fait ensemble. Tu me faisais confiance, quand on chassait HYDRA dans les fichiers de SHIELD, et plus tard. J'ai contribué à tout ça, de mon mieux. Je pensais qu'on était proches. Pas comme toi et Bruce, sûr, mais on a bossé côte à côte ces dernières années, ça ne signifie rien ? On est pratiquement une famille, et tu te retournes contre moi comme ça ?
Clint est le maitre du regard blessé. Un chien ne ferait pas mieux.
Tony Stark hausse les épaules.
- Je suis sûr que j'éprouve bien plus d'affection pour toi que tu n'en éprouve pour moi, archer. Tu sais que JARVIS et moi on essaie depuis le début de te diagnostiquer parce que ta façon de ne pas t'attacher aux gens que tu exploite est carrément terrifiante ?
Clint en reste un peu sonné. C'est vrai que les génies veulent comprendre, plus que contrôler (mais l'un n'empêche pas l'autre, il faut qu'il s'en souvienne.)
- Je t'aime bien, dit-il un peu bêtement.
C'est vrai, en plus. Si Stark se révèle un adversaire de poids ça va rapidement passer, mais…
- Je sais, répond l'autre sérieusement. Bruce a une théorie qui dit que les escrocs de grande envergure éprouvent une sorte de pitié affectueuse pour leurs victimes, pauvres oisillons prêts à être plumés. Comme on en a pour les enfants, enfin je l'ai entendu dire.
Ici le génie change de conversation à la façon enrageante qui est la sienne.
- Tu sais que je ne pense pas aux enfants comme ça, hein ?
Ils sont aussi très exposés, à ce coin de rue. Il n'y a personne mais il suffit que SHIELD ait laissé un observateur pour qu'ils apprennent plus que Clint ne voudrait sur les rouages de son groupe.
Son groupe. Merde. Il va être obligé de penser aux intérêts des Vengeurs jusqu'à ce qu'il arrive à se débarrasser d'eux.
- JARVIS ?
Il interrompt le discours du brun.
- Tu gardes cet entretien privé ? On est très exposés, là.
Et c'est retour à Papa Clint. Argh.
- Des brouilleurs sont mis en place, Vengeur Hawkeye.
Et il se fout de sa gueule en plus. Merveilleux. L'enfant prodige de Stark : Le Portrait De Son Père.
- Le dernier observateur a quitté les prémisses il y a sept minutes, bien avant que des sujets sensibles soient abordés. Tout est sous contrôle.
Et là, vous voyez, une personne normale paniquerait en entendant une Intelligence Artificielle sans les trois lois d'Asimov déclarer que tout est sous contrôle. Mais Clint, Clint n'a pas le choix, il faut qu'il soit pratique.
- Merci.
- Et tu es toujours tellement poli avec JARVIS ! s'émerveille Stark. Tu n'oublies jamais « merci » et « s'il vous plait ». Tu sais que tu n'as pas besoin d 'être aussi formel avec lui, hein ?
Oui, la ressemblance familiale se fait sentir. Horriblement.
- Peut-être, fait Clint prudemment, que toi tu n'as pas besoin d'être aussi formel. Il te pardonnera beaucoup. Mais quelle espèce d'idiot se met à dos quelqu'un qui voit tout, entend tout et a une mémoire infaillible ? Tu n'as peut-être pas réalisé mais JARVIS est un joueur à part entière de cette partie. Et s'il a commencé à ton niveau socialement, il apprend très vite.
Silence. Une demi-seconde. Et puis :
- Merci, Vengeur Hawkeye.
Clint est entouré de petits cons.
- Wow, fauconneau, tu as toujours l'œil à l'aguet ! Mon JARVIS ! Te voilà arrivé à l'âge adulte et reconnu membre des Vengeurs par Hawkeye en personne !
Ça va bientôt s'arrêter, oui ? Cette journée n'est décidément pas la meilleure de la vie de Clint Barton. Il a hâte d'en commencer une autre.
- Vous parliez des enfants, M. Stark, continue la voix – faussement – plate.
- Oh, oui ! reprend la cervelle d'oiseau. Barton, quand je pense à Peter, à Harley, même à Pietro, j'éprouve un respect immense, pas de la pitié. Je sens, je sais qu'ils ont des possibilités énormes devant eux, qu'ils vont réaliser des choses incroyables et que c'est mon devoir de les aider à s'accomplir, à atteindre leur maximum.
Wow. On ne peut mieux résumer l'instinct maternel. N'empêche, le plus grand génie du siècle, esclave de ses hormones ? Qui l'eut cru ? Note à soi-même : ne jamais, jamais s'en prendre aux enfants ou essayer de se servir d'eux pour arriver à ses fins (enfin pas plus que d'habitude) dans le périmètre de l'ingénieur.
- Tu ne me comprends pas du tout, hein ?
Clint revient à l'instant présent pour trouver son interlocuteur le fixant avec une expression très jeune sur le visage.
Il répond avec prudence.
- Tony, la majorité de l'humanité ne te comprends pas. Des psychologues expérimentés ne te comprennent pas. Est-ce que je suis censé avoir trouvé le code secret ? Parce que là, je peux te le dire : tu me surestime. De loin.
Stark rit un peu tristement, cette jeunesse incongrue toujours présente dans son expression comme un signal d'alerte.
- Non, je voulais dire… C'est ce que j'éprouve, mais tu ne comprends pas pourquoi, hein ? Même en additionnant mes expériences comme tu le fais d'habitude, tu ne vois pas comment j'arrive à cette conclusion. Tu penses que j'ai été bercé trop près du mur, ou que je suis victime de mes hormones, ou…
On ne va pas en rester là cent ans, non plus.
- Ecoute, je respecte tes opinions de toute façon. Si tu me dis que c'est ce que tu ressens, pas de problème.
Stark rit encore mais il a les larmes aux yeux ?! Okay, si l'ingénieur se met à pleurer, Clint se barre. Il ne faut pas exagérer, ho !
- Ne panique pas, mon fauconnet, on en reparlera. Pas de sentiment avec Hawkeye sauf quand c'est pour obtenir quelque chose, hein ? JARVIS, ajoute-le à notre profil.
C'est vraiment une journée de merde.
- Si tu as fini de délirer, fait Clint un peu sèchement, on peut en finir et rentrer au QG ?
- Presque, fait l'ingénieur, revenant à sa personnalité de base. Je te tiens. Tu n'aimes pas ça. Je sais, tu sais, nous savons etc. Ça n'est pas l'idéal, surtout que je t'ai vu quand tu as le dos au mur. Mais j'ai, nous avons besoin de toi. Ce que tu as fait des Vengeurs, en quelques années, en dépit des intentions de SHIELD, de HYDRA, du gouvernement et d'autres, en dépit de nos problèmes personnels et de nos persos peu compatibles, ça tient du miracle. Que tu aies fait de nous une unité fonctionnelle… ça mérite une médaille. Des médailles. Et je sais que tu t'en fous mais si mon opinion de génie a un peu de valeur pour toi, je te dirais que les Vengeurs sont ton chef-d'œuvre : un groupe que tu as volé, qui ne pouvait pas marcher et dont tu as fait une force à prendre en compte.
- …
- Et tu m'as, tu nous as appris beaucoup. Pas seulement aux mômes, mais Bruce et moi, je peux te dire qu'on a progressé de trois niveaux en ingénierie sociale. Mais un groupe est toujours en évolution et avant qu'on se sépare, j'ai besoin de savoir quels objectifs attribuer à chaque groupe et s'il faut changer le statut légal et s'il faut changer notre politique de recrutement parce que je sais que tu nous laisse gentiment l'impression qu'on prend ces décisions ces dernières années mais faut pas charrier, on n'a jamais rien fait sans toi derrière ! Et je sais qu'il va falloir qu'on apprenne à vivre sans toi parce qu'aucune laisse ne te retiendra indéfiniment, mais pitié pitié Papa Faucon, dis-nous ce qu'il faut faire !
Le con. Et il est sincère en plus. Clint retire tout ce qu'il a dit : il va le tuer.
(JARVIS)
JARVIS. Oui. Ne pas oublier JARVIS.
On se calme. Le bon côté : Stark ne veut pas garder Clint pour son usage personnel. Il n'a pas non plus l'intention d'être sa nounou ou son geôlier. L'intention. Ce qu'il veut, c'est que son Papa Faucon s'occupe de la petite famille qu'il a créé spécialement pour lui…
(Clint est peut-être un peu impressionné par le niveau de pragmatisme de l'ingénieur. Oui, il lui a effectivement donné tout ce qu'il voulait, mais accepter une vie même idéale en sachant que c'est complètement artificiel… Chapeau. Peu de gens peuvent reconnaitre que le motif ne fait en fait aucune différence tangible (Clint va zapper ce discours incompréhensible comme quoi l'enfant est l'avenir de l'homme, par contre. Pas son problème, et il en a déjà assez.)
En attendant…
- Appelle-moi Clint, fait-il en soupirant. Puisqu'on est une paire, maintenant.
Il ne faut pas plus d'une demi-seconde à l'autre pour comprendre.
- Ho ho ho ! Le privilège de la laisse ? On en est aux petits noms ? Ça veut dire que tu vas enfin m'appeler Tony, même quand tu n'essaie pas de me manipuler ?
Clint a un sourire charmant, même si c'est lui qui le dit.
- Maintenant, tête de fer, c'est Tony en permanence.
Et ils repartent à la tour dans les éclats de rire, conscient du gant qui vient d'être jeté, chacun la main dans la poche de l'autre.
Comme de vrais complices.
