Salut ! Il se passe bien, votre confinement ? Dans tous les cas, voilà les vacances de Dan qui sont un tout, tout petit peu liées au chapitre précédent. Bonne lecture !
- Jordan, interpella une fille, qu'il ne connaissait absolument pas.
Le Serdaigle adressa un signe de la main à son père, pour lui dire d'attendre encore quelques secondes, puis se retourna vers celle qui s'était permise de le déranger sur le quai, alors qu'il y avait une bonne centaine d'autres gens tout à fait disposés, eux, à être dérangés. Mais non, Allison Miles, jolie et stupide blonde de quatrième année, avait choisi de lui parler à lui, retardant son départ et l'interrompant dans la lecture de son livre, alors qu'il s'était déjà perdu dans les rues de l'Édimbourg médiéval où se déroulaient tant de crimes peu racontables aux enfants.
- Quoi ? lâcha-t-il, sans même faire l'effort de paraître poli.
- Ben… en fait… voilà, je…
Le regard désapprobateur d'Ella, une dizaine de mètres plus loin, le dissuada de continuer à rouvrir son livre, dans le but clair de découvrir s'il avait correctement identifié le coupable – ce dont il doutait, cet auteur avait un don pour les fins à la fois surprenantes et si logiques qu'elles en paraissaient couler de source. Mais Jordan ne connaîtrait le fin mot de cette histoire que quand la fille aurait réussi à finir sa phrase, ce qui semblait lui être plus que difficile.
- Bon voilà, Heston organise une soirée pour Noël, et j'ai été invitée, et je voudrais savoir si tu accepterais d'y aller avec moi, récita-t-elle très vite, comme un texte qu'elle aurait appris par cœur mais n'aurait plus envie de dire.
Avant de donner une quelconque réponse, il pesa le pour et le contre. Cette soirée serait remplie d'adolescents insupportables d'idiotie et d'inconstance, ce qui l'énervait au plus haut point, et Miles ne le lâcherait pas une seule seconde, collante et mièvre qu'elle était. Mais, d'un autre côté, il y avait des avantages à aller chez Heston : déjà, Victoria, qui ne parvenait jamais à se faire inviter puisque Leïla veillait au grain, pourrait savoir tout ce qui s'y serait passé, et sa reconnaissance était utile à avoir, même pour ses amis ; ensuite, la présence de Jordan ferait enrager la reine dès qu'elle l'apprendrait, ce qui était pour lui un plaisir non-négligeable. Finalement, les avantages étaient plus importants que les inconvénients.
- D'accord, déclara froidement le Serdaigle avant de reculer d'un pas, pour dissuader Miles de lui sauter dessus dans une réaction de joie exagérée dont elle avait – même si elle était loin d'être la seule – le secret - les secrets se gardent mal, à Poudlard.
Il ne supportait les effusions physiques qu'à très petites doses. Même Clémence, qui était pourtant incroyablement têtue, et tout aussi incroyablement tactile, avait fini par retenir qu'il valait mieux pour elle se contenter d'exprimer sa joie verbalement. Mais, le lui faire comprendre avait tout de même nécessité un pichet entier de jus de citrouille. Ses cheveux avaient d'ailleurs gardé une odeur étrange pendant plus d'une semaine.
- C'est vrai ?! s'émerveilla sa future cavalière. Oh, si tu savais à quelle point je suis heureuse ! Mildred, c'est ma meilleure amie, elle ne croyait pas que tu accepterais. Alors, je lui ai dit que le seul moyen d'être sûre était de te demander, et puis elle m'a répondu que j'étais folle de vouloir risquer d'être aussi humiliée que ce gars, hier soir, ou Nicholas Brown. Là, je lui ai répondu que tu étais trop gentil et que tu avais trop de tact pour faire ça, et elle…
- Allison, mon père m'attend, et il n'est pas très patient. Tu me raconteras la suite à la soirée, d'accord ? On se rejoint chez Heston ?
Miles acquiesça vivement, puis partit babiller auprès de quelqu'un d'autre, un sourire stupide lui barrant toujours le visage. Jordan, pour sa part, s'avança vers son père, qui l'attendait près du passage pour la gare moldue.
- Tu sais, tu aurais pu rester discuter avec cette charmante jeune fille un peu plus longtemps, on n'est pas pressés, dit celui-ci avec un léger sourire, tout en attrapant la valise de son fils.
- Encore trente secondes de plus et je lui faisais manger ses cheveux mal décolorés. Miles est manifestement très douée pour me faire perdre patience en un rien de temps.
- D'un autre côté, ta patience est rapide à épuiser, tellement que je m'étonne que tu n'es encore jamais été renvoyé de Poudlard pour avoir utiliser la violence contre plus de la moitié de tes petits camarades doux et innocents.
- Tu sais, je ne crois pas que la violence soit particulièrement proscrite, ou alors le règlement n'est pas très bien appliqué… soupira Jordan en repensant à ce que Leïla s'amusait à faire à une partie des élèves, et encore plus à Cassandra. En vérité, il me semble qu'il y a un concours tacite entre les gens à qui sera le plus cruel, et les profs ferment apparemment les yeux dessus.
- Tu es sérieux ou c'est ironique ?
- Un mélange des deux. Pourquoi on a pas transplané ?
Pendant leur discussion, les deux étaient en effet passés de l'autre côté et venaient de sortir de King's Cross, et se dirigeaient vers leur voiture – ce qui surprit le Serdaigle, qui savait très bien que son père détestait conduire.
- Oh, ça… soupira celui-ci en s'installant derrière le volant, c'est ta mère qui a parlé avec une amie d'un restaurant apparemment excellent, à une heure au nord de Londres, mais qui est tellement éloigné de tout qu'il serait étrange qu'on arrive à pied. On va donc être obligés de conduire jusque là-bas, et après de rentrer à Liverpool en voiture. Mais pour l'instant, on doit récupérer ta mère devant le Chaudron Baveur, côté moldu.
Jordan retint un profond soupir. Lui aussi détestait les longs voyages, et il avait déjà passé toute la journée dans le train…
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- Mon chéri, si tu allais te balader un peu en ville ? proposa sa mère, toujours aussi désespérée à l'idée qu'il passe les vacances entières enfermé dans sa chambre à lire, encore et encore, des histoires dont il devinait souvent la fin dès les premiers chapitres. Il fait beau dehors, et ça risque de ne pas durer, il est censé recommencer à pleuvoir dès demain matin.
- Maman, ça ne sert à rien. Je suis bien, ici, je ne vois pas pourquoi j'irais perdre mon temps à marcher sur de pauvres trottoirs gris et sales. Et pour ce qui est de ma vie sociale, si ça peut te rassurer, j'ai un truc de prévu pour Noël. Une soirée avec plein de gens, d'alcool, de trucs pervers en tous genres et sans doute aussi un peu de drogue.
- C'est vrai ? douta sa mère, avec un sourire ravi qu'elle était probablement la seule mère au monde à arborer après l'annonce d'un tel programme. Avec cette fille dont ton père m'a parlé, celle de la gare ?
- Allison Miles, ouais. Et est-ce que tu pourrais, s'il te plaît, faire comme si l'idée de recevoir un appel de l'hôpital disant qu'on m'a retrouvé en plein coma éthylique dans un ruelle sombre ne te réjouissait pas à un point à peine croyable ?
- C'est ta petite amie ? s'enquit sa mère, occultant volontairement la suite de sa remarque.
- Non, c'est un idiote de Quatrième qui me tape sur le système dès qu'elle me parle, avec sa voix de crécelle et ses monologues inintéressants. D'autres questions, ou tu veux bien être normale et me dire des trucs du genre « Rentre avant minuit », ou « Surtout, ne touche ni aux cigarettes ni à l'alcool, et encore moins à la drogue » ?
- Mon chéri, c'est de ton âge…
- Ce que je donnerais pas pour une famille normale, plutôt qu'une où on me donne limite des conseils sur l'art de faire le mur pour aller voir mes potes dealers…
- Je ne veux pas que tu gâches ta jeunesse à être trop sérieux.
- C'est pas plutôt que tu veux dé-gâcher ta jeunesse par procuration ?
- Rassure-toi, quand j'avais quinze ans, j'étais loin d'être un gentil rat de bibliothèque. J'étais plutôt du genre à rentrer dans mon dortoir à l'aube, avec le vomi d'au moins deux personnes différentes sur mes vêtements, et des suçons gros comme des pièces de monnaie.
- Il y a des choses que je voulais pas savoir… Mais du coup, tu veux revivre cette charmante époque de débauche à travers moi ? Parce que si c'est cela, c'est quand même vachement pervers.
- Non, c'est juste que je me suis beaucoup amusée pendant cette période et je voudrais que tu vois un peu ce que ça fait, de se laisser complètement aller… Et puis, dans la vie adulte, savoir échapper au concierge peut se révéler beaucoup plus utile que tu ne le croies.
- Mouais… si tu le dis. Dans tous les cas, je vais continuer à essayer de fusionner avec mon fauteuil, me faire vomir dessus c'est pas vraiment mon truc.
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Il devait bien reconnaître que Heston savait organiser une fête. Il n'était même pas entré qu'il entendait déjà tout ce qui permettait aux gens de son âge – ceux auxquels sa mère aurait voulu qu'il ressemble au moins un peu – de s'amuser. Et, au vu des rires qui retentissaient, ils passaient effectivement un moment agréable, ou que l'alcool leur faisait trouver agréable.
Ce qui n'était pas son cas, puisque Jordan s'ennuyait à en mourir. Déjà dix minutes qu'il était planté là, à subir les regards surpris de ceux qui passaient – quelle mouche avait piqué Leïla pour qu'elle laisse Heston inviter un ami de sa sœur ? - parce que Miles était en retard de vingt minutes sur l'horaire qu'ils avaient convenu par lettres. Il s'était douté qu'elle ne connaissait pas le sens du mot « ponctualité », mais à ce point ? Elle pouvait rivaliser avec Charlotte !
- Jordan ?
Enfin ! Il n'aurait jamais cru pouvoir être un jour aussi heureux d'entendre son horrible voix trop haut perchée. Mais au moins, il savait que maintenant il n'aurait plu à rester planté là à prendre racine.
- Allison. Je commençais à croire que tu n'arriverais jamais. On n'avait pas dit neuf heures ?
Il n'était pas là pour se faire une amie (ou pire) de cette idiote qu'il ne pouvait déjà plus supporter au bout d'à peine une minute. Il se devait donc d'être très cassant, s'il ne voulait pas que Miles se fasse des idées et s'accroche à lui comme une sangsue à la rentrée. Il aurait déjà à subir les moqueries et autre réflexions en tous genres de Robin, rien que pour être allé à une fête avec cette conne.
- Si, je suis absolument désolée ! Mais si tu savais tout ce que j'ai eu à faire… Déjà, ma sœur m'a volé mon fer à lisser quand j'étais à Poudlard, et cette crétine l'a cassé ! Non, mais tu te rends compte, je sais même pas comment elle a fait ! Toujours est-il que mes parents m'en ont acheté un nouveau, évidemment, mais j'ai eu un mal de fou à le faire fonctionner ! Et puis après, j'arrivais pas à trouver un blush qui correspondait à ce que je voulais, j'ai dû en essayer quatre ou cinq, en étant obligée de me démaquiller à chaque…
Pas assez bien, apparemment, puisqu'elle ressemblait à un clown embarrassé qui aurait été pris dans une bataille de fraises. Bien mûres, les fraises.
- … fois. Et mon anti-cernes préféré avait été fini par mon idiote de sœur. Ah, celle-là, je te jure qu'un jour je la tuerai ! Il faudrait vraiment qu'elle apprenne que mes affaires ne sont pas à sa disposition, mais non, elle se serre sans problème dans ma chambre, elle a dû utiliser la moitié de mes produits ! Alors que bon, la pauvre, c'est de la chirurgie qu'il lui faudrait rien que pour être à peu près regardable, j'aurais presque pitié d'elle, si elle n'était pas aussi insupportable ! Et puis…
- Oh, je meurs de faim, je vais faire un tour au buffet. Tu devrais aller voir, je crois que Heston t'appelle.
Il avait lancé la première chose qu'il pouvait inventer et qui serait susceptible de le débarrasser de son insupportable cavalière. Parce qu'évidemment, la meilleure amie de Leïla, princesse du royaume de Poudlard, si fichait bien de Miles. Mais elle était assez haut dans la hiérarchie sociale du château pour que n'importe qui aspirant à être admiré des autres élèves accoure à son appel – qu'il soit vrai ou fantasmé.
A peine arrivé au niveau de la grande table qui rassemblait toute la nourriture et toutes les boissons disponibles pour la soirée, Jordan attrapa une part de pizza et une bouteille de Whisky-Pur-Feu. S'il rentrait en sentant l'alcool, sa folle de mère serait sûrement ravie. Et, de toutes les façons, il avait bien besoin de ça pour supporter cette soirée. Il aurait juste à s'assurer de ne pas trop boire, afin d'éviter d'oublier tout de la fête avant d'avoir pu parler à Victoria.
Alors qu'il fixait un à un les invités aux hormones débordantes, son regard en croisa un autre, qui se remplit immédiatement de colère. Ou plus précisément, d'une rage folle et, selon lui, démesurée. Même s'il est certain que la jeune fille à laquelle il avait pensé une minute plus tôt ne devait vraiment pas être enchantée de sa présence.
- Je peux savoir ce que tu fais chez moi, Wilson ? cracha Heston dès qu'elle fut arrivée à sa hauteur, tout en lui arrachant la bouteille des mains. Je ne me rappelle pas t'avoir invité.
- Toi, non, c'est vrai. Mais Miles l'a fait, elle. Et elle avait l'air de tellement y tenir, je ne pouvais pas lui refuser ce petit plaisir. Si tu avais pu la voir me demander, tu comprendrais. Ah, pardon, j'oubliais que tu n'as pas de cœur…
- Tu vas jouer les informateurs pour Gale, hein ? Et bien laisse-moi te dire que ta garce de copine va sérieusement regretter de ne pas avoir su nous laisser tranquille quand elle en a eu l'occasion. Leïla et moi, on va lui faire payer.
- Franchement, je te croyais plus intelligente que ça. Premièrement, Williams et toi n'allez rien faire. La vérité est que tu vas faire ce qu'elle ordonnera, parce que même si ça fait sûrement partie de ton plan débile pour devenir la reine des abeilles stupides de Poudlard, tu n'es pour l'instant rien d'autre que son toutou. Deuxièmement, ne te voile pas la face. Que ce soit moi ou un autre, Vicky apprendre les moindres détails de ce qui est arrivé. En fait, ce sera moi et d'autres qui la renseigneront. Je suis juste celui qui acceptera de lui donner des infos sans qu'elle enlève sa culotte.
- Comme c'est gentil de ta part… En attendant, si ça peut te rassurer, je suis loin d'être un chien obéissant à tous les ordres de Leïla. Très loin. Simplement, il est pour l'instant préférable qu'elle soit vue comme la cheffe. Elle se comporte comme un tyran, et un jour ça causera sa perte. E là, je deviendrais la reine des abeilles, comme tu dis. Et, après quelques années, de toute la population sorcière de notre beau pays.
- Qui te dit que c'est toi qui succédera à Williams ?
- Qui d'autre ? Lizzie ?
- Elle est plus appréciée, et plus appréciable, que tu le crois. Tu serais dangereuse, comme reine des abeilles. T'es un poil trop sanguinaire. Vicky te fera tomber de ton piédestal avant même que tu sois montée dessus.
- Qui te dit qu'elle en est capable ? rétorqua la jeune fille, réutilisant sa formulation.
Elle avait beau se cacher derrière un certain agacement, Jordan voyait très bien que Heston s'intéressait réellement à leur conversation – si le mot convenait –, probablement pour en tirer des informations utiles pour elle. Il semblait qu'elle était tout de même moins orgueilleuse qu'intelligente. Mais, malheureusement pour elle, lui non plus n'était pas stupide.
- Elle peut faire tout ce qu'elle veut, tu le sais aussi bien que moi. Maintenant, si tu espères que je vais te dire ce qu'elle a contre toi, tu rêves. Déjà, j'en connais probablement même pas la moitié, et ensuite je te déteste beaucoup trop pour t'aider.
- Si tu me détestes autant, pourquoi tu ne pars pas de chez moi ? susurra-t-elle d'un ton mielleux à l'excès.
- T'as l'air d'avoir un excellent Whisky, lâcha Jordan en récupérant la bouteille qu'elle n'avait toujours pas reposée. Et puis, je m'en voudrais d'attrister Miles.
- Mais bien sûr, grinça Heston. Bien, je ne peux sûrement pas te virer, puisque j'ai assuré que les invités avaient tous les droit d'amener une personne de leur choix, mais je te conseille de te tenir à carreaux. Je ne suis pas très patiente.
- Je tiens compte de l'avertissement, merci.
Après un dernier regard haineux, la jeune fille se détourna de lui et alla rejoindre Verity Penn, qui l'appelait plus loin, à grands pas tout aussi énervés. Jordan eut un sourire en avalant ses premières gorgées. Il avait gagné cet affrontement-là.
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Alors que les deux idiots dont il avait déjà oublié les noms se battaient – Mademoiselle offrant d'ailleurs une vue qui était loin de déplaire à certains – à cause de l'infidélité d'un gars qui portait sur son visage le fait d'être près à coucher avec tout ce qui avait un paire de seins, Jordan tentait de se rappeler de tout ce qu'il avait appris depuis le début de la soirée.
- Allez, Julia, défonce-le ! encouragea un type qui voulait manifestement juste que la jupe de ladite Julia se soulève à nouveau. Il le mérite, cet enfoiré ! Moi, je t'aurais jamais fait ça !
Apparemment, il voulait également être celui qui soulèverait la jupe. Ambitieux, mais loin d'être impossible, vu le caractère que la fille affichait depuis le début du jeu – excellent idée de Leïla, ça donnait tout plein d'informations dont Victoria raffolerait.
- Bien, laissez-les, on reviendra les voir quand ils nous feront un bébé, lança la reine par-dessus le vacarme environnant, qui cessa immédiatement. Maintenant, puisque Michael est momentanément indisponible, je propose qu'Alexia recommence. Vas-y, on t'écoute, ma belle !
Jordan était presque que sûr que Leïla avait une idée derrière la tête en agissant ainsi, mais il aurait été incapable de dire laquelle. Pourtant, il était certain que son intuition ne le trompait pas, elle ne le trompait jamais. Aussi, il était prodigieusement agacé qu'elle ne suffise pour qu'il comprenne ce que comptait faire la sœur de Charlotte.
- Toi ! Viens ici, j'ai besoin de ton aide.
Définitivement, elle avait un but précis en faisant ce qu'elle faisait. Mais lequel ? Alors qu'il commençait à se perdre dans ses pensées, cherchant la réponse à la question qui n'allait probablement pas le quitter jusqu'à ce qu'il ait trouvé – autrement dit, que Victoria ait compris à sa place –, il vit la porte de la pièce s'ouvrir et Miles passa sa tête par l'ouverture. Quand leurs regards se croisèrent, elle lui fit un discret clin d'oeil.
- Alli, tu veux jouer ? interrogea Lizzie Samson. Clara vient justement de nous quitter, et ce sera mieux avec une joueuse en plus !
- Non merci, ma chérie. Je cherchais juste quelqu'un, je vais vous laisser vous amuser, maintenant. Bonne soirée, vous tous ! N'oubliez pas de cracher tous vos plus noirs secrets, ajouta-t-elle en regardant étrangement l'ancien couple qui continuait à se battre.
Et, sur ce, elle disparut et referma le battant. Jordan, qui avait bien compris que c'était lui qu'elle cherchait, quitta lui aussi la pièce, par une autre porte, juste à côté de l'endroit où il se trouvait. Il mit quelques minutes à la retrouver au milieu de tous les idiots qui frétillaient comme des poissons sur ce qui était supposé être une piste de danse. Dès qu'il l'aperçut, cependant, il se dépêcha de la rejoindre, curieux de savoir ce qu'elle lui voulait.
- Qu'est-ce que t'as ? demanda-t-il.
- J'entends rien ! On peut aller ailleurs, là où il y aura moins de bruit ? hurla Miles, si fort que Jordan crut en perdre une bonne partie de son ouïe.
Puisqu'il tenait à son audition, il la suivit jusqu'à un coin un peu plus reculé, où il semblait être possible de discuter sans crier, déposant au passage sa bouteille vide sur une table. Enfin, ce qu'il supposait être une table, il faisait trop sombre et il n'y avait pas suffisamment prêté attention pour être sûr.
- La soirée est cool, tu trouves pas ? En tous cas, moi je m'éclate. Ça fait du bien d'avoir un vrai réveillon de Noël festif et énergique, au lieu des interminables dîners avec toute la famille, non ? Surtout que moi, j'aurais été obligée de supporter ma sœur, cette pimbêche insupportable et stupide.
Il devait y avoir un certain air de famille, puisque Jordan trouvait que la description aurait parfaitement convenu à la jeune fille qu'il avait en face de lui. Grâce au peu d'instinct de survie – et de tact – qu'il lui restait, il réussit cependant à se retenir de prononcer cette réflexion à voix haute, Allison l'aurait mal pris. Aucune auto-dérision, cette fille.
Alors qu'il commençait à trouver étrange qu'elle ait arrêté de parler, Miles s'approcha de lui et l'embrassa. Et il devait bien reconnaître que, pour une fille aussi saoule qu'elle l'était, elle embrassait très bien – sûrement des réflexes qui avaient fini par se graver jusque dans son ADN. Ce fut pour cette raison qu'il ne la repoussa pas, loin de là. Au contraire, il répondit avec un certain plaisir. Enfin quelque chose d'intéressant pour lui dans cette soirée.
- Il y a des chambres à l'étage. Katelyn a dit qu'on était libres de les utiliser comme on le voulait, minauda Miles alors qu'ils reprenaient leur souffle. Si tu vois ce que je veux dire…
- Je vois parfaitement. Tu m'attends ici deux secondes, s'il-te-plaît ? Il faut absolument que je parle à quelqu'un, c'est hyper urgent. Je reviens tout de suite, promis.
Il venait en effet d'apercevoir Leïla se diriger vers lui d'un pas absolument furieux. Pire que Heston quelques heures plus tôt, et de très loin. Mais il avait confiance, il allait facilement trouver comment gérer cette situation.
- Je peux savoir ce que l'un des amis de ma crétine de sœur est en train de faire avec Miles ? grinça la reine à mi-voix, pour que la conversation qui allait suivre reste privée.
Après une réflexion très – trop – courte, Jordan choisit d'être sarcastique pendant cette discussion. En petite partie parce que ça avait de forte chance de marcher, et en grande partie parce que ça allait faire enrager son adversaire.
- Franchement, Leïla, tu veux que je te fasse un dessin ? Je pensais que tu étais assez grande pour savoir. Si tu veux, il y a un ou deux gars volontaires pour t'expliquer. Surtout la pratique.
- Très spirituel. Maintenant crache le morceau. Qui t'a demandé de venir t'incruster ici ? Pourquoi ?
- Allison Miles, même si elle ne l'a pas fait dans ces termes. Quant au pourquoi, c'était plus ou moins dans le but de faire ce qu'on s'apprêtait à faire, avant que tu ne nous déranges. Si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'y retourne.
- C'est Gale, non ? Pour avoir tous les détails, tous les secrets. Avoue-le, c'est cette garce fouineuse que t'a demandé.
- Non, c'est Allison, comme je te l'ai déjà dit. Après, si tu veux éviter que j'ai trop de trucs à raconter à la rentrée, le mieux est encore de me laisser retourner à mes occupations avec ma charmante cavalière. Je t'assure que ça occupe.
- Si Gale apprend quoi que ce soit à cause de toi, je te le ferai regretter. En commençant par te castrer, pour que tu n'aies plus jamais de raison d'accepter d'aller à une soirée que tu vas détester avec une fille que tu détestes, lâcha-t-elle avant de s'éloigner.
Jordan retourna vers Miles, presque déçu que Leïla n'ait pas été plus combative. Il aurait au moins pu s'amuser un peu. Là, elle avait abandonné beaucoup trop vite à son goût, même s'il était certain que ce n'était que partie remise.
- Qu'est-ce qu'elle te voul…
Le Serdaigle fit taire Allison avec un baiser. Elle parlait beaucoup trop, ça la rendait insupportable. Heureusement pour elle – et surtout pour lui – elle n'était ni laide ni prude. Vraiment, pas du tout prude.
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- Mon chéri, tu es déjà rentré, je ne t'attendais pas avant midi ! s'exclama – très fort – sa mère dès que Jordan eut passé la porte de chez eux.
- Moins fort, m'man, s'il te plaît…
- Oh, oui, bien sûr, concéda-t-elle avec un sourire que son fils n'eut aucun mal à identifier – c'était celui qui signifiait « je suis tellement fière que tu te comportes enfin normalement, j'espère que tu t'es drogué et que tu as oublié le nom de la fille avec qui tu as couché ».
Malheureusement, il se souvenait dudit patronyme. Allison Miles. Mais il ne prit pas la peine de le dire à sa mère. Il était trop fatigué – et avait trop mal à la tête – pour entamer une longue discussion. Le problème était qu'elle ne semblait pas s'en être réellement rendue compte, perdue sur son petit nuage rose et cotonneux.
- La fête s'est bien passée ?
- Mouais.
- Et la fille avec qui tu y es allé, Alicia…
- Allison, m'man.
- … a également passé une bonne soirée ? poursuivit-elle sans tenir compte de l'interruption.
- M'man, t'es vraiment pas subtile.
- Réponds à la question, au lieu d'essayer d'esquiver. Vous vous êtes bien amusés ?
- Je refuse de dire un mot de plus sans la présence de mon avocat, c'est clair ?
- Un avocat, pourquoi ?
- J'ai un peu l'impression de subir un interrogatoire, là.
- Non, pas du tout. Au fait, avant que j'oublie, tiens, ajouta-t-elle en tendant une petite bouteille à son fils. C'est contre la gueule de bois.
- Tu l'as préparée quand ?
- Je l'ai achetée. Hier, dans la soirée. Je me suis dit que ça pourrait se révéler utile, et apparemment je ne me suis pas trompée. Alors ?
- Alors, c'est radical ton truc. Et, à l'avenir, évite s'il te plaît de t'imaginer que je vais rentrer avec une migraine pas possible avant même que j'ai bu ma première gorgée. Et, désolé de te le dire comme ça, mais tu n'auras pas de détails sur la soirée. Même si tu demandes avec beaucoup d'insistance, précisa Jordan en la voyant ouvrir la bouche. Maintenant, si tu n'as pas d'objection, je vais aller me reposer un peu.
- Nuit courte ? ironisa sa mère. Oh, c'est bon, je plaisante !
Trop tard, il lui était déjà passé devant pour rejoindre sa chambre, et dormir pendant les cinq prochaines années. Sûrement un effet secondaire de la potion. Ou peut-être de sa nuit effectivement courte, à la réflexion.
- Attends, mon chéri. Où est-ce que tu passes le nouvel an ?
- Dans ma chambre, probablement. Ou peut-être dans le salon, si j'ai vraiment envie de changement. Désolé de te décevoir. Et avant que tu demandes, non, tu n'as pas à prévoir un couvert de plus ce soir ou tout autre soir, Miles ne mettra pas les pieds ici.
Sans attendre de réponse, il se détourna pour aller se coucher, agacé. Pas tant par sa mère, mais surtout par la pensée qu'il venait d'avoir. Jamais Miles ne le laisserait tranquille après qu'ils aient couché ensemble. Certains auraient jugé que c'était une bonne nouvelle, mais pas lui. Il ne pouvait pas la supporter, qu'importe à quoi elle ressemblait.
Et ils auraient également du mal à supporter les réflexions de ses amis – tout particulièrement Robin – sur celle qui se prenait pour sa nouvelle petite-amie. Car c'était bien ce que cette idiote avait dit : « J'ai hâte de raconter à Mildred qu'on sort ensemble. Elle ne va pas en revenir ! ». Il était parti sans rien répondre, espérant que sa froideur suffirait à faire comprendre à Miles qu'il n'avait aucune, mais vraiment aucune, envie de lui parler. Alors sortir avec elle !
Malheureusement, il eut le déplaisir de remarquer en entrant dans sa chambre, que la chouette de cette imbécile attendait sur son bureau. Et il eut une vague nausée en remarquant qu'elle avait mis un cœur sur l'enveloppe, à côté de son nom. Niais, et ridicule. Si elle n'avait pas été aussi insupportable, Jordan aurait sans doute eu pitié de cette fille trop naïve pour le bien de son petit cœur fragile. Si elle n'avait pas été aussi insupportable.
« Jordie,
Je suis certaine que tu as autant apprécié notre nuit ensemble que moi, il y a des signes qui ne trompent pas. Je suis tout de même un peu déçue que nous n'ayons pas pu rester ensemble plus longtemps, mais je trouve ça adorable de ta part de vouloir à ce point être avec ta famille pour Noël !
Moi, je le passe avec Mildy (c'est le surnom de Mildred, ma meilleure amie, comme tu le sais sûrement). On va passer la journée à faire les magasins, ça va être super ! En plus, il y a un nouveau centre commercial moldu qui vient d'ouvrir à côté de chez elle, et il paraît que les magasins sont géniaux ! Il y a même deux-trois marques de luxe, tu te rends compte ? Oh, bien sûr, ni moi ni elle n'avons les moyens d'y acheter quoi que ce soit, mais ça fait toujours du bien de regarder ! C'est comme un gâteau plein de sucre, qu'on ne peut pas manger pour ne pas grossir !
D'ailleurs, en parlant de ça, j'ai beaucoup trop mangé à la soirée d'hier, il faut absolument que je refasse un nouveau régime, ou je vais devenir énorme ! J'ai déjà l'impression de ne plus rentrer dans ma robe préférée, tu te rends compte ? Enfin, tout sera bien vite réglé ! D'ici quelques jours (j'ai prévu un régime particulièrement strict), tout devrait avoir disparu ! Et puis sinon, je n'aurais qu'à me faire vomir un peu, et ça suffira bien !
Enfin, tu n'as sûrement pas envie d'entendre ta copine te faire un bilan de sa récente obésité, de toutes les façons, je te jure que ce sera réglé avant la rentrée.
Désolée de te quitter si vite, mais il faut que j'aille rejoindre Mildy. Je t'embrasse,
Allison »
Formidable. Il trouvait cela formidable. Absolument parfait. Cette idiote croyait qu'ils sortaient ensemble maintenant ! Elle n'avait jamais entendu parler du concept de coup d'un soir ? Ou de la différence en coucher ensemble et sortir ensemble ? Elle était encore plus irrécupérable qu'il ne le croyait, et pourtant elle était déjà très bas dans son estime.
Il allait devoir se montrer très clair, et très peu subtil, pour lui faire comprendre qu'il la détestait. Surtout maintenant qu'elle n'avait plus rien à lui apporter. Il était déjà certain que Robin et Clémence n'allait pas le lâcher une seconde avec cette histoire de soirée de Noël, mais si même Miles s'y mettait !
Clémence… Il était étonnant que, même en se préoccupant autant de sa vie – ou absence de vie – sentimentale, elle n'ait toujours pas compris qui l'intéressait. Malgré ses nombreuses tentatives ratées. Elle était pourtant plus perspicace, en général.
Quoique, maintenant qu'il y pensait, elle semblait avoir perdu un peu de son intérêt pour le sujet depuis sa rupture avec son petit-ami moldu. Jordan ne comprenait d'ailleurs pas comment se type avait pu la quitter. Il devait vraiment être incroyablement stupide.
Le Serdaigle avait par ailleurs eu beaucoup de mal à se montrer compatissant avec son ami. Il s'était contenté de ne pas montrer trop clairement sa satisfaction. Et puis, dans tous les cas, Clémence n'avait elle-même pas semblé très affectée, ce qui avait encore augmenté le plaisir de son ami. Il avait bien le droit de se réjouir, non ?
Même s'il lui semblait que, depuis, Robin se doutait de quelque chose. Ça ne le dérangeait pas particulièrement, après tout le Serpentard était son ami depuis des années et – contrairement à ce que beaucoup pensaient – n'était pas du genre à se moquer des sentiments des autres. Jordan savait qu'il allait lui faire beaucoup de réflexions sur Miles, mais aussi que Robin respectait – à défaut de le considérer comme utile – l'amour.
Il éloigna ses pensées de Clémence, pour revenir au problème que constituait sa soi-disant petite-amie. Il commençait de plus en plus à regretter de ne pas l'avoir envoyée paître sur le quai, quand elle lui avait demandé de l'accompagner chez Heston. Mais il était trop tard pour y changer quoi que ce soit.
Il envisagea un instant de lui écrire une lettre où il lui décrirait clairement ce qu'il pensait d'elle, mais même lui trouvait cette solution trop lâche et méchante. Il se résolut donc à attendre la rentrée pour lui expliquer. Avec un peu de chance, il pourrait le faire dans un endroit un peu à l'écart, pour éviter à cette idiote le même sort que Nicholas Brown et tous les autres élèves qui avaient connu le malheur de voir exposer leurs échecs amoureux en public. Il ne souhaitait à personne ce genre d'humiliation, pas même à elle. En revanche, si elle venait le voir, il ne prendrait pas de gants, quel que soit l'endroit où ils se trouveraient.
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L'année n'avait même pas encore changé, et pourtant les lettres de Miles s'accumulait déjà sur son bureau en une pile instable. Elle lui en écrivait plusieurs par jour, où elle se contentait le plus souvent de lui raconter sa vie inintéressante. Il les lisait toutes, dans l'espoir d'y apprendre qu'elle avait enfin compris qu'il ne pouvait pas la supporter. Malheureusement, elle était loin d'être perspicace.
La seule bonne nouvelle était qu'elle commençait à trouver agaçant qu'il ne lui réponde jamais. Il avait espéré qu'elle comprenne qu'il s'agissait d'un signe de désintérêt profond, mais elle s'obstinait à lui trouver des excuses, lui inventant une vie encore plus ennuyante que la sienne. Cette fille était vraiment désespérante.
Jordan soupira longuement en voyant un autre hibou se poser sur le rebord de sa fenêtre. Il récupéra la lettre et la parcourut brièvement. Petite sœur insupportable, régime contraignant, meilleure amie invitée pour le Nouvel An, nouveau rouge à lèvres magnifique. Et toujours pas de « c'est bon, j'ai compris, tu ne m'aimes pas parce que je ne suis qu'une idiote avec une voix de crécelle qui ne sert qu'à raconter ma vie inintéressante ». C'étaient pourtant les seuls mots qu'il aurait voulu qu'elle écrive. Mais elle semblait incapable de comprendre les signes de moins en moins subtil qu'il lui envoyait – ou ne lui envoyait pas, dans le cas présent. Désespérante, vraiment.
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Le quai était bondé, et Jordan était bien en peine d'apercevoir un seul de ses amis. Finalement, les portes du Poudlard Express s'ouvrirent enfin, et les élèves se pressèrent pour y entrer. Le Serdaigle, lui, préféra attendre que tout le monde soit monté, pour pouvoir parcourir le couloir à sa guise, et trouver le compartiment où l'un d'eux – probablement Victoria – aurait décidé arbitrairement de s'installer.
Il s'adossa donc au mur pour continuer son chapitre, conscient que le train ne partirait que dans vingt minutes, en attendant que le bruit environnant se soit atténué, signe que la foule sur le quai se serait éclaircie.
Quand ce moment arriva, il releva finalement la tête, pour constater qu'il n'y avait presque plus personne. Sans se presser – il avait encore un peu de temps – il monta et commença à parcourir le couloir, regardant dans tous les compartiments, après avoir déposé sa valise avec les autres.
Pendant qu'il marchait, il fit mentalement le bilan de ses vacances. Il avait appris un nombre important de choses qui se révéleraient sûrement très intéressantes pour Victoria, même si se retrouvait maintenant avec le problème « Miles ». Problème que ses parents avaient encore aggravé en lui parlant tous les jours – et souvent plusieurs fois en une même journée – de la « charmante et sûrement adorable jeune fille avec qui il avait fêté Noël », d'un façon si insistante qu'il avait l'impression que ses deux fous allaient secrètement organiser leur mariage pendant qu'il serait à Poudlard. Surtout que lesdits dérangés mentaux avaient parfaitement remarqué le nombre ahurissant de lettres qu'il recevait.
Hormis cela, l'unique ombre au tableau de ses deux semaines passées à lire dans sa chambre était la soirée du Nouvel An. Ses parents avaient décidé qu'il devait les accompagner chez des amis à eux, sous le prétexte que leurs deux fils avaient le même âge que lui. Et Jordan avait eu beau argumenter pendant des heures, rappelant aussi souvent que possible qu'être né la même année ne suffisait pas pour devenir les meilleurs amis du monde , il avait été obligé de s'y rendre. Pour se rendre assez rapidement compte que Miles était quelqu'un de délicieux et passionnant en comparaison des deux garçons boutonneux et puant la sueur qui avaient passé des heures à se goinfrer de chips en regardant des films intellectuellement pitoyables en serrant la télécommande dans leurs mains grasses, le tout en faisant une sorte de concours de blagues graveleuses. Jordan avait passé la soirée debout, n'osant pas s'asseoir sur le canapé qui semblait ne pas avoir été lavé depuis des années. Il avait passé une soirée charmante.
Pris d'un dégoût rétrospectif, il ne put retenir une légère nausée de le prendre, et fut plus soulagé qu'il n'aurait su le dire de trouver enfin le compartiment recherché.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda Oliver alors qu'il s'installait. T'as une tête bizarre, on dirait que tu viens de voir quelqu'un vomir.
- Ou que tu as vomi, glissa Robin. Au choix.
- Disons que je suis pas loin, Rob'. Je viens juste de repenser à un truc dégueux que j'ai vu pendant les vacances.
- C'est quoi ? demanda Charlotte.
Et Jordan leur raconta sa soirée, avec une multitude de détails sur les deux porcs avec qui il avait dû la passer. Quand il eut fini, tout le monde avait l'air plus ou moins écœurés, sauf Victoria – qui regardait par la fenêtre d'un air absent – et Robin et Oliver, qui avaient l'air de trouver cela extrêmement drôle.
- T'es vraiment, lâcha le Serpentard, qu'une petite diva délicate, Danounet !
- Je te jure, ils étaient à vomir. Et puis c'est quoi ce surnom, sérieux ?
- Bah quoi, fit-il avec une voix innocente et un regard bien trop insistant pour l'être, Clem l'a inventé, et j'ai moi aussi décidé de l'utiliser. Ça te pose pas de problème, si ?
Jordan était maintenant certain que son ami se doutait de quelque chose à propos de Clémence. Il n'y avait qu'à voir son regard et son insistance sur le prénom pour comprendre que cette histoire de « Danounet » n'était qu'une façon comme une autre de tester ses réactions. Foutu Serpentard trop perspicace.
- Si, justement, parce que c'est incroyablement ridicule. Que ce soit toi ou elle, ça ne change rien. C'est horrible comme surnom. Je t'appelle pas Robinounet, moi !
- Tu peux, si ça t'amuse !
- Et moi ? intervint Oliver avec un sourire plus ou moins sadique.
- Non. Et c'est pas discutable.
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Jordan attendait le début du repas avec Violet et Cassandra – Clémence s'était assise plus loin avec Victoria pour la réconforter, et les élèves des différentes maisons ne devaient pas se mélanger aux repas des retours de vacances, sous peine de perdre trente points par personne – quand il vit approcher Miles. Il aurait presque compatit à son sort, puisqu'il savait qu'elle allait être ridiculisée devant tout Poudlard, si elle n'avait pas été aussi insupportable. C'était bien cette quasi-empathie qui l'avait décidé sur le fait de ne pas l'humilier en public s'il le pouvait, mais puisqu'elle venait d'elle-même perdre sa dignité, il n'allait tout de même pas faire semblant de l'apprécier, lui donner de faux espoirs aurait presque été encore plus cruel. Presque.
Miles ralentit un peu le pas en voyant Cassandra assise en face de celui qu'elle pensait être son petit-ami. Jordan perdit le peu de scrupules qu'il avait à se montrer si méchant en voyant la jeune fille baisser la tête en essayant de se faire encore plus petite qu'elle ne l'était.
Miles s'arrêta finalement en arrivant à son niveau, et sembla attendre quelque chose. Jordan savait très bien quoi, mais il resta lui aussi immobile.
- Bah alors, Jordie, tu m'embrasses pas ? demanda-t-elle finalement avec un sourire qui se voulait sûrement séduisant.
Tous ceux qui avaient entendus se turent, dans l'attente d'une toute nouvelle humiliation – celle du bal de Noël commençait à dater –, et le silence gagna rapidement les autres Serdaigles, avant de se propager à toutes les maisons. Jordan attendit qu'il n'y ait plus un bruit avant de déclarer lentement, d'une voix qui résonna dans toute la Grande Salle :
- Non, Miles, je ne t'embrasse pas. Pour la simple et excellente raison que je ne t'apprécie pas. Parce que tout chez toi m'insupporte. Ta stupidité, ton insupportable voix qui ressemble à un chaton qu'on égorge, ta manie de parler pendant des heures de sujets dont tout le monde à part toi se fout royalement. Quoi que tu aies pu comprendre, je n'ai couché avec toi à Noël que parce que tu n'es pas trop moche, et que j'avais un peu envie de m'amuser. Que tu m'envoies quatre lettres par jour sans que je te réponde aurait pu t'indiquer à quel point je te déteste, mais apparemment non, tu n'es même pas capable de saisir quelque chose d'aussi peu subtil que ça. Pitoyable. Alors, cette fois, je vais me montrer très clair. Je te déteste, et je préfère me faire couper les deux bras plutôt que de sortir avec toi. Maintenant, sois gentille et disparais.
Elle réussi à comprendre cela et, en larmes, s'enfuit vers sa table, alors que les élèves éclataient de rire. Il était fascinant de voir à quel point ils étaient enclins à se moquer des autres, considérant que la même chose pouvait arriver à n'importe lequel d'entre eux.
- Dix points en moins pour votre manque de respect envers une de vos camarades, Mr Wilson. Maintenant, cessez de rire, ordonna la directrice sans être obéie, et que le repas commence.
- Pourquoi t'as été aussi cruel avec cette fille ? demanda Violet alors que les conversations reprenaient. Qu'est-ce qu'elle a fait pour mériter que tu l'humilies autant ?
- Premièrement, j'étais de mauvaise humeur, deuxièmement, ce n'est pas moi qui l'ai forcée à venir me parler au milieu de la Grande Salle, à la base j'avais décidé de lui annoncer que je la déteste dans un endroit isolé où personne ne nous aurait entendus. Et, troisièmement, ajouta-t-il en remarquant que Cassandra s'était éloigné pour aller chercher de l'eau, est-ce que tu as vu la façon dont elle a regardé Cassie en approchant ?
- Non, pourquoi ?
- Parce que c'était une sorte de mélange entre du dégoût et du mépris. Ça n'a pas vraiment augmenté l'affection que j'ai pour cette fille. Et puis, reprit-il quand leur amie se fut rassise, dis-toi que je l'ai fait par gentillesse.
- Je ne crois pas qu'on ait la même définition de ce qui est gentil ou non, intervint Cassandra.
- Je crois surtout qu'on a pas le même point de vue sur ce qui vient d'arriver. Au moins, maintenant, le gars qui s'est ridiculisé au bal va avoir la paix. Les gens de cette école préfèrent se concentrer sur l'humilié le plus récent. C'est envers ce type que je suis gentil.
- Mais bien sûr… Tu veux nous faire croire que c'était ton but premier, tant que tu y es ?
- Non, je ne suis pas malhonnête à ce point.
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- Salut, Vicky, la salua Jordan quand, en remontant de la Grande Salle, il la croisa dans la salle commune. Je voulais justement te parler.
- De quoi ? demanda faiblement celle-ci.
- Tu tiens toujours à être au courant de tout sur Poudlard, et encore plus sur ses élèves ?
La jeune fille se redressa en le fixant, et son ami sut qu'il avait réussi à capter son intérêt. Il y avait des mots qui auraient toujours le même effet sur elle.
- Je t'écoute. Tu veux me raconter ta charmante idylle avec Allison Miles ?
- Entre autres. Pose tes questions, ce sera plus rapide.
- Qu'est-ce qui lui a mis en tête que tu l'appréciais ? Parce que je suis certaine que c'est faux.
- Et bien, vois-tu, cette histoire commence…
- Abrège, Dan, j'ai d'autres infos à aller collecter.
- Qui te dit que je ne peux pas te les donner ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Un peu de patience, Vicky. Donc, je disais, à l'arrivée du train, au début des vacances, Miles est venue me voir. Là, elle m'a dit qu'elle était invitée à la soirée que Heston donnait pour Noël, et qu'elle aimerait bien que je l'y accompagne. Je me suis dit que, puisque Leïla s'arrange à chaque fois pour que tu ne puisses pas y aller, ça t'aiderait que moi j'y aille, et que je te refile deux-trois infos gratuites. Donc j'ai accepté.
- T'es sérieux ?
- Tout à fait. Je me suis donc rendu à cette soirée qui était, d'après les standards des imbéciles de cette école, très réussie. Avant que tu demandes, Heston et Williams m'ont toutes les deux vu, mais aucune n'a réussi à me faire quitter cette soirée. Et notre chère reine a eu une idée brillante, faire un jeu d'action ou vérité. Je t'ai fait une petite liste de ce que j'y ai appris, lâcha-t-il en lui tendant le papier où étaient réunies toutes les informations dont il se souvenait le lendemain. Mais c'est pas ça le plus important.
- Et c'est quoi, dans ce cas ? Parce que ta petite liste, elle vaut de l'or ! Il n'y a plus de choses que je n'aurais pu espérer en apprendre, même en couchant avec les trois quarts de Poudlard !
- Le plus important, c'est ce qu'a fait Leïla pendant ce jeu. Je crois qu'elle commence à chercher une remplaçante pour quand elle partira.
- Pas étonnant, elle veut avoir le temps de tout lui apprendre et de la faire monter au sommet avant de partir. C'est important pour elle que les sorciers de tous les âges s'habituent tôt à être contrôlés pas quelqu'un qu'ils détestent tout en l'idolâtrant.
- Si tu le dis. Toujours est-il que j'ai une supposition sur qui ça pourrait être.
- Je t'écoute ?
- Une quatrième année, cheveux blonds et yeux verts. Alexia, mais je connais pas son nom de famille.
- Sans doute Alexia Milton, c'est la seule qui corresponde à la description. Ce serait pas complètement débile, elle ressemble pas mal à Leïla dans sa façon de se comporter. Mais toi, qu'est-ce qui te fait penser ça ?
- C'est la fille qui a fait se disputer Julia et Michael, et Williams a semblé trouver cet événement charmant. Ensuite, puisque Michael était occupé à se faire tabasser, elle a proposé qu'Alexia recommence, alors que les quelques autres fois où c'est arrivé, elle a fait désigner quelqu'un d'autre. Et elle a aussi demandé à Clara White, dont je sais qu'elle fait partie des commères de ce château, de venir avec elle, sur une terrasse où elles ont discuté, à l'écart des oreilles indiscrètes. En regardant souvent Milton.
- Je vais creuser cette affaire. Du coup, la suite de ton histoire avec Miles ?
- Rien de bien intéressant. On a couché ensemble à la fin de la soirée, et ça l'a persuadée qu'on sortait ensemble. Elle a passé le reste des vacances à m'envoyer des milliers de lettres, où elle me racontait sa vie. Et la vie d'autres gens.
- T'as ces lettres ? Miles se mêle de tout ce qui ne la regarde pas, elle pourrait avoir balancé quelques trucs intéressants, probablement sans même sans rendre compte, stupide comme elle est.
- Je me suis douté que tu dirais ça. Alors je t'ai apporté toutes les insupportables lettres qu'elle m'a écrites, annonça-t-il en sortant le courrier de son sac et en le tendant à son ami. Elles sont toutes là.
- Elle t'en a envoyé plein !
- Plusieurs par jour. J'en ai même reçu une ce matin.
- Et tu ne veux pas garder toutes ces charmantes preuves d'amour pour toi ?
- Tu peux les avoir. Moi, elles me donnent envie de vomir. Mais il y a quelques passages qui sont suffisamment ridicules pour te faire un peu rire, à défaut de t'être forcément utiles.
- Tout peut être utile, Dan. Au pire, je pourrais toujours me servir de ces lettres pour la faire chanter, si jamais j'en ai besoin. Elle est fermement hétéro, alors si je veux des infos j'ai pas beaucoup de choix. C'est soit le chantage, soit me faire passer pour son amie. L'un est nettement plus facile et supportable pour moi que l'autre.
- Si tu le dis. En attendant, c'est plus ou moins tout ce que j'avais à t'apprendre. Bonne nuit, Vicky.
- Bonne nuit, répondit-elle d'un air absent, en lisant attentivement la liste des révélations du jeu de Leïla.
En allant se coucher, Jordan était plutôt satisfait de cette discussion. Pas tant parce qu'il avait rendu service à Victoria, mais surtout parce que pendant quelques minutes il avait réussi à la distraire de la mort de sa tante. Si on ajoutait à cela que le ridicule de Miles pendant le repas s'était révélé particulièrement drôle, il était content de sa première soirée à Poudlard de l'année.
La seule chose qui le dérangeait était qu'il ignorait toujours où était Thomas. Tout ce que Victoria avait pu leur apprendre, c'était que son frère non plus n'avait pas été vu. Ils avaient donc présumé que les deux avaient raté le train, et seraient de retour dès le lendemain matin. Mais Jordan avait toujours préféré être sûr que simplement se contenter d'hypothèses. Ne pas savoir l'agaçait vraiment.
Comme d'habitude (même si je le dis jamais), je ne possède évidemment pas l'univers dans lequel cette histoire a lieu.
Et aussi, je fais de mon mieux pour corriger les fautes, mais si vous en voyez n'hésitez pas !
