Yo,

R.A.R (une review fera toujours plaisir):

Mira: Yo, oui, c'était un retour en arrière important je pense. Et même pour en apprendre plus sur Ichigo et Shiro. Oui, fin tragique pour Ryûken mais je crois malheureusement qu'il n'était devenu plus que l'ombre de lui-même. Je calme un peu le rythme allant de pire en pire pour ce chapitre, j'espère qu'il te plaira. Merci et bon chapitre à toi !

Tazbird: Hey, thank you for reading my fiction and reviewing with all these kind words. About the Shiro's psychology, I do think so, you're right. Shiro is more affected than we can feel reading the chapters but he's hidding his feelings to the narrator, much than Ichigo does. It's like he doesn't want to show his worries to his twin and prove to him that he can be there to save him (we find this same "crazy protective" comportment), with more or less success. I hope to be clear enough. May I ask you where do you come from ? Take care and enjoy this new chapter !

Hikari no Ai: Yo, je te remercie beaucoup pour ta review, tu analyses très bien ce qu'il se passe et comprends les personnages à merveille, j'en suis touchée. Tu sais, ce n'est pas grave de ne pas réussir à prévoir à l'avance les faits qui vont arriver, je pense justement que c'est bien de laisser le narrateur nous mener par le bout du nez ! J'espère que tu te laisseras bercer par cette histoire encore longtemps et te remercie pour ton suivi. Bon chapitre à toi !

Trolocat: Yo, pas de soucis, tu review quand tu veux, pour ce que tu veux. Voilà pour ta réponse: Rûyken (on parle bien de mon personnage) n'a clairement jamais été très doux ni aimable mais toujours dur et froid. Ça c'est empiré avec le temps et si la naissance de son fils a pu changer la donne, ça n'a pas duré (je te laisse imaginer pour quelle raison la mère d'Uryû n'a jamais été mentionné). La mort de Masaki a sans doute brisé la dernière chaîne qui le contenait. Et une folie sous-jacente très profonde et violente a pris très lentement le contrôle. J'espère que cet éclaircissement te va. Sinon, je suis contente d'offrir (de manière bienveillante bien sûr) cette petite torture narrative, héhé. C'est une bonne nouvelle pour le manga de réapparaître en animé, j'ai hâte de voir ça ! Je pense concrètement qu'Äs Nödt sera très masculin avec une voix d'outre-tombe et à vrai dire, cela m'ira aussi. C'est intéressant de confronter plusieurs points de vue. Je te laisse enfin, bon chapitre à toi !

Voici le chapitre 16. Bonne lecture à tous !


23h15

Maison de Haute Sécurité

Plusieurs canettes de bières bon marché s'étalaient sur la table jusque par terre. Ichigo s'était assoupi un instant, la tête plongée entre ses bras croisés. Son téléphone vibra, faisant un écho pénétrant contre le bois de la table. Ichigo ouvrit les yeux, les pupilles lasses, l'éclat de vie profondément meurtri.

Vous êtes un gamin inconscient ! Vous auriez pu vous faire tuer à ce moment-là ! Je me plie en quatre pour cette affaire, je me tue à vous foutre une sécurité pour vous garder en vie, et vous, vous ne trouvez rien de mieux à faire que de courir dans la gueule du loup !

Il lui fallut un effort quasi surhumain pour lever sa main tenant sans force une canette finie et couchée sur la table. Enfin, il parvint à saisir le petit objet vibrant.

Vous jouez à quoi au juste ? Vous voulez faire le héros défenseur de l'humanité ? Très peu pour moi, merci. Vous pouvez ranger votre cape et me laisser faire mon travail.

C'était un message. Seulement un lien internet. Ichigo savait qu'en l'actionnant, il ne serait valide qu'une seule fois et qu'il s'autodétruirait ensuite. Une photo. Sur un fauteuil confortable de style ancien était ligoté et bâillonné son frère. Ses cheveux blancs éclataient de contraste avec le rouge du cuir qui capitonnait le dos de l'assise. Son regard était déterminé, d'une courageuse fureur, comme si la peur n'existait pas pour lui. Shiro ne semblait avoir aucune marque sur le visage ni le corps. On lui avait changé ses habits pour un ensemble blanc en toile plus simple. Un lourd bandage entourait son bras. On devait avoir soigné sa blessure par balle. « Tout va bien pour lui. Il va aller au dodo, maintenant » disait le message en-dessous de la photo.

Il faut que je fasse quoi pour que vous compreniez que vous êtes en danger ? Vous assigner un garde du corps qui vous suivrait constamment jusqu'à vous surveiller pendant votre sommeil ? Vous enfermer dans une de mes cellules pour être sûr que vous ne bougerez plus ? Si vous persistez, cela peut très vite s'arranger !

Shiro était en bonne santé. Äs Nödt ne lui ferait rien. Pour le moment. Ichigo s'était assuré que Bazz-B soit pris en charge par le capitaine lui-même. Il l'avait vu partir dans une des salles d'interrogatoire avec lui. Il aurait voulu être une petite souris pour se faufiler entre les couloirs et sous les portes afin de voir ce qui se passait et s'assurer que tout irait bien pour lui. C'était pitoyable. Pour sauver son frère, il se devait de protéger un ennemi. Mais de toute évidence, il lui manquait de moyens. Surtout depuis les remontrances que lui avait faites Byakuya Kuchiki.

Maintenant, avec Mr Jaggerjack, vous serez constamment surveillés. Et vous m'accompagnerez à chaque déplacement si besoin il en est pour que je vous garde à l'œil. Et si vous osez recommencer vos petites escapades pour jouer les preux chevaliers…

Je m'assurerai de vous enfermer dans un bunker.

La photo disparut. Le lien devint invalide. Et Ichigo éteignit son portable. Il releva son buste avec peine, comme s'il était scotché à la table. Puis il saisit en grandissant son bras une nouvelle canette qu'il ouvrit avec automatisme. De la mousse se dégagea et il colla sa bouche à l'opercule pour tout aspirer avant d'enchaîner quelques goulées.

D'ici votre prochaine bêtise, pensez aux conséquences de vos actes.

Et imprimez une bonne fois pour toutes dans votre crâne que vous êtes en danger.

Ichigo n'aimait pas particulièrement l'alcool. Mais il devait avouer que cela l'aidait à oublier les flashs d'une journée déplaisante qui tournaient sans cesse dans sa tête. Depuis des heures, il entendait les mots de Byakuya crier dans ses oreilles. C'était comme s'il savait pour Shiro. Comme s'il lui disait « Je t'avais bien dit de faire attention. Te voilà maintenant séparé de ton frère et aux mains de ton pire cauchemar. ». Byakuya était le genre d'homme qui avait toujours raison. Le genre d'homme qui prenait toujours les bonnes décisions. Alors que lui avait l'impression d'enchaîner les mauvaises actions et les choix les plus déplorables. Comme un enfant qui essaie d'imiter l'adulte et qui s'en brûle les doigts.

Il posa rageusement sa canette de bière à moitié terminée sur la table et eut envie de la broyer dans sa main. Il ne voulait plus être un enfant. Cela faisait trop longtemps qu'on lui rappelait qu'il en était un, qu'il n'était pas un homme, un vrai, qu'après tout, il n'était encore qu'un gamin, qu'il valait mieux qu'il se taise, qu'il reste invisible, qu'il n'avait pas à intervenir. Et le jour où il avait voulu le faire; où Äs Nödt l'avait poussé à agir à travers Uryû… Il avait tout foiré.

Son ventre lui faisait mal. Une sorte de mélange entre l'anxiété stagnante depuis plusieurs heures et la mauvaise digestion de l'alcool par son foie. Comme pour combattre cette mauvaise sensation, il finit la canette en quelques dernières gorgées avant de tousser et de serrer le contenant pour le déformer et enfin le jeter sur la table. Sa tête commençait à lui faire mal mais, heureusement, il entendait de moins en moins la voix du capitaine. Ses pensées s'allégeaient peu à peu. Mais il avait chaud. Comme s'il bouillonnait à l'intérieur. Il retira son sweat pour être en débardeur. Cet effort lui donna le vertige. Il se prit la tête dans les mains, en fermant les yeux.

Soudain, la porte se déverrouilla et s'ouvrit. Quelques secondes plus tard, Ichigo sentit des bras l'entourer avec une douce force bienveillante et une odeur familière.

— J'ai appris pour aujourd'hui… Je suis… vraiment rassuré que tu ailles bien.

Ichigo garda les yeux fermés, acceptant de se faire bercer avec plaisir. Il retrouvait en Grimmjow ce sentiment si appréciable d'être soutenu et en sécurité, de s'appesantir sur lui, sans n'avoir plus rien à gérer. Outre sa mère et son frère –à sa manière-, Ichigo n'avait jamais connu cela de sa vie et il en était cruellement friand.

Cela se finit trop rapidement à son goût. Grimmjow avait aperçu les canettes de bière au sol et étalées sur la table.

— Ichigo ? Ça va ? reprit le bleuté en le tenant aux épaules, essayant de le regarder dans les yeux.

Non. Ne pas le prendre pour un enfant. Il ne voulait pas que Grimmjow le prenne pour un enfant et ne le dispute parce qu'il avait bu.

— Je voulais juste… oublier… rien qu'un peu…

Et pourtant, lui-même parlait comme un enfant… à se donner des excuses par peur de représailles. Comme tout ce qu'il avait connu jusqu'alors.

Il replia ses jambes pour faire tenir ses talons sur le bord de la chaise et cacher son visage dans ses genoux. Il ne voulait pas croiser le regard de Grimmjow. Allait-il le juger ? Allait-il lui faire la morale ?

Grimmjow avait à peine retiré ses chaussures mais demeurait toujours chargé de sa veste en cuir marron et d'une légère écharpe avec, en surplus, son sac en bandoulière. Il posa rapidement le tout sur le canapé pour être plus à l'aise. Il avait pensé à Ichigo toute la journée mais particulièrement quand Byakuya l'avait appelé pour le prévenir de ce qu'il s'était passé aux environs de dix-neuf heures : après un appel à l'aide de la part d'un certain « Ishida » qu'Ichigo connaissait enfant, il était allé jusqu'à Karakura le secourir, sans garde du corps. Le bras droit d'Äs Nödt l'avait en ligne de mire et l'attaqua dès son arrivée. Ichigo avait su se défendre et l'immobiliser juste avant que la police n'arrive. Grimmjow n'en était pas revenu. C'était comme s'il avait manqué un train en marche. C'était la première fois qu'Ichigo vivait une nouvelle épreuve sans lui. Et le bleuté avait fini par angoisser toute la journée.

— Je n'ai pas pu me libérer plus tôt, l'équipe avait besoin de moi.

— Pourquoi tu dis ça ? fit Ichigo, d'un ton plus affirmé, la tête dans ses genoux; j'suis pas un gosse à garder le soir !

Grimmjow fut un peu surpris du ton et des paroles employées mais mit ça sur le compte de l'alcool mêlé à une journée éprouvante et préféra garder son calme :

— Tu n'es pas un enfant, je n'ai jamais dit ça et ce n'est pas ce que je voulais faire comprendre.

Il s'approcha prudemment d'Ichigo, toujours en boule sur sa chaise, et s'accroupit pour le forcer à lever un peu la tête et à découvrir son visage. L'expression qui y était imprimée le rendit triste. Il avait l'air complètement épuisé et dépassé par les événements :

— Ça a été une dure journée… alors c'est normal d'être entouré après avoir connu des choses difficiles…; expliqua le bleuté.

Il posa délicatement une main sur son dos arrondi. Une fois assuré qu'elle ne dérangeait pas, il exerça une légère pression et dessina des cercles sur son dos qu'il répéta lentement. Déjà au bout d'une minute, il sentit les raides épaules d'Ichigo se relâcher un peu plus.

— Je voulais juste le sauver… Et Kuchiki a été infecte…

Grimmjow remarqua les yeux brillants d'Ichigo. Il lui releva le menton pour le regarder dans les yeux et s'assurer d'être bien entendu :

— Ichigo. Tu as sauvé une personne aujourd'hui. Ishida serait mort si tu n'étais pas intervenu. Tu as fait le bon choix de courir le secourir. Kuchiki est flic, il sait probablement ce que c'est. S'il s'est mis en colère contre toi, c'est à cause de la pression qui pèse sur lui pour cette enquête. Et si tu disparaissais… ça serait le pire des échecs pour lui…

— J'aurais dû l'appeler… Ne pas partir sans réfléchir. Mais sur le coup… je ne sais pas… j'étais persuadé qu'il ne m'aurait même pas écouté.

— Ce n'est jamais simple ce genre de situation… On agit le plus souvent sur le vif de l'émotion.

Grimmjow laissa sa main retomber depuis son dos sur son genou pour garder son attention même s'il préféra regarder ailleurs pour continuer :

— Je t'ai parlé de mon ami, Ulquiorra… On était ensemble dans l'enlèvement organisé d'Anarkheia. Quand ce type lui a tiré dessus, j'étais juste à côté, en haut des escaliers. J'aurais pu le sauver… Je n'avais qu'à tendre la main…

Ichigo sentit le bleuté trembler légèrement et sa voix s'éteindre :

— J'ai transformé mes souvenirs pour le croire mort à ce moment… Ça aurait été plus simple… Mais il s'était juste évanoui à cause de la douleur. J'aurais pu le prendre avec moi une fois le type mis K.O. J'aurais peut-être pu le sauver.

Ichigo tint le silence. Qu'aurait-il fait à sa place avec un ami cher ? Tenter de le sauver au risque de mourir avec lui ? Ou assurer sa propre survie en l'abandonnant à son sort ?

— Ce que je veux dire…; reprit Grimmjow; C'est que des choix comme ça… comme celui de courir sauver Ishida ou attendre que le capitaine ne s'en occupe au risque d'arriver trop tard… Il n'y a pas de solution meilleure qu'une autre… Il y a juste celle que l'on prend dans l'instant. C'est celle qui nous correspond le mieux au moment où l'action se passe. Je voulais survivre. Je m'étais résolu à cette idée depuis le moment où je m'étais réveillé dans cette cave… Alors j'ai tout fait pour survivre. Toi, tu voulais sauver Ishida. Et tu as tout mis en œuvre pour le faire.

Tout mis en œuvre ? Soudain, Ichigo vit dans son esprit Shiro se faire emporter par les hommes en costume noir. Il aurait voulu le dire à Grimmjow. Tout lui raconter. En un murmure. Comme un secret dans l'oreille d'un confident. Mais il savait qu'il n'avait pas le droit. Cela serait trop dangereux de braver l'interdit d'Äs Nödt. C'était une sorcière. Elle savait tout. Elle entendait tout.

Sans s'en rendre compte, des larmes coulèrent de ses yeux et longèrent silencieusement ses joues. Pourtant, il ne voulait pas pleurer. Il ne voulait pas se faire submerger encore par ses émotions… Mais, à regarder les bières vides par terre, c'était peut-être déjà le cas.

Grimmjow eut la bienveillance et le respect de ne pas relever ce détail et de reprendre un maigre sourire qui se voulait réconfortant. Il se remit sur pieds pour saisir le bras de son colocataire :

— Lève-toi, tu devrais essayer d'aller te reposer, ça pourrait te faire du bien… Plus de bien que de boire autant…

Ichigo suivit le conseil et se mit sur ses jambes. Il perdit légèrement son équilibre dû au vertige amplifié par les effets de l'alcool et Grimmjow le rattrapa aux coudes, d'un air amusé :

— Toi, tu n'as pas l'habitude de boire ! Tu aurais au moins pu m'attendre et m'en laisser…

— Grimm'…

— Tu me donnes un petit diminutif, maintenant ? continua-t-il sur un ton léger.

— Grimm'.

— Mh ?

Le bleuté perdit son petit sourire en voyant Ichigo lever ses yeux mouillés vers les siens, pleins de tristesse et d'une sorte d'appel à l'aide et au réconfort…

— Ichi', tu…

— Grimmjow… Tu es le seul à me comprendre… Je… Malgré tout ce qui se passe… je… Tu sais… Je suis content de te connaître. Est-ce que je peux… te demander quelque chose d'égoïste ?

Grimmjow s'arrêta un instant à contempler le visage d'Ichigo. Même si des larmes maculaient sa peau, il était beau. Ses pupilles brillaient intensément. Il acquiesça pour donner son accord. Ichigo prit alors sa chemise à deux mains, comme pour avoir toute son attention, mais aussi pour ne pas tomber. Il tenta une fois de dire ce que sa voix intérieure criait en lui mais aucun son ne passait par sa gorge. Ce ne fut qu'un chuchotement, au bout du compte, qu'Ichigo put livrer :

— Reste près de moi… Sinon… j'y arriverai jamais…

Le bleuté sourit. Oui, il voulait le protéger. Oui, il le sauverait des dangers à venir. De toutes ses forces et plus encore.

Derrière Ichigo, dans un coin sombre de la pièce, s'esquissa soudain une vision que le bleuté reconnut bien vite. Ulquiorra, le teint pâle, les cheveux noirs en bataille, le polo blanc taché de rouge, était assis sur un buffet. Il donna un coup de tête pour faire comprendre à Grimmjow qu'il devrait être attentif à ce que disait Ichigo et décocha un sourire comme une sorte d'encouragement. Puis, il disparut.

— Grimm'… S'il te plaît…

Ichigo attendait une réponse. Jamais il n'avait eu aussi peur pour une demande. Parce qu'il ne demandait jamais à l'aide. Parce que la vie lui avait appris à avancer par ses propres moyens, à se débrouiller tout seul. Parce qu'au pire des cas, il y avait toujours son frère dans les parages…

— T'inquiète pas, j'te laisserai pas tomber…

Alors, ces mots résonnèrent dans sa tête, annihilant toute autre pensée, supprimant tous le bruit persistant, les remontrances de Byakuya, les cris de Shiro et l'explosion de la fenêtre, pour cette seule musique réconfortante. Les mots furent bientôt suivis d'un contact tout aussi confortable. Avec la plus grande lenteur, comme si un geste trop brusque pourrait tout à coup supprimer toute la magie du moment, Grimmjow le blottit contre son torse, refermant ses bras dans son dos. Ichigo gardait les yeux ouverts mais ne voyait plus rien. Il ne voyait que par sensations, que par sentiments. Une question flotta dans les airs un moment : était-ce normal d'apprécier cet instant d'enlacement avec un autre homme ? D'autres suivirent : est-ce réellement le même sentiment qu'avec un frère ? Et pourquoi serait-ce plus fort, déjà ? Si tout s'arrêtait, pourquoi ressentirait-il de la tristesse ?

— Arrête de penser… Laisse-toi aller un peu…

Ichigo sentit Grimmjow enfouir sa tête dans le creux de son cou comme il avait lui-même fait, les rendant d'autant plus fusionnels. Puis il le serra plus fort, imprimant une pression dans son dos pour qu'ils soient encore plus proches. Le plus jeune des deux avait cessé de pleurer. L'instant était trop appréciable, trop réconfortant. Plus aucun démon ni douleur ne pouvait s'opposer à cet enlacement. Ichigo trouva tout à coup que ce contact avec Grimmjow était une solution encore plus efficace que la musique pour calmer ses angoisses. Sentir le bleuté tout contre lui avait un effet encore plus fort qu'un nuage de musique dans lequel se blottir.

Grimmjow se défit de l'étreinte doucement, au bout d'un moment qui avait suspendu le Temps, au déplaisir d'Ichigo. Ce dernier sentit alors le bleuté coller son front contre le sien et ses grandes mains prendre son visage de part et d'autres. Ses yeux toujours ouverts lui montrèrent un Grimmjow plus nerveux. Il avait les yeux fermés avec ferveur et les lèvres pincées.

— Je vais peut-être faire une connerie… tu me pardonneras ? chuchota-t-il en fronçant d'autant plus les sourcils.

Ichigo ne comprit pas réellement mais ne se souvint pas pour quelle raison il répondit un « oui » à peine audible. L'instant d'après fut bien plus inoubliable. Lentement, Grimmjow réduit l'étroit passage d'air qui existait encore entre leurs deux visages et l'embrassa délicatement, posant simplement ses lèvres fines sur celles d'Ichigo qui resta immobile. Presque automatiquement pourtant, elles poussaient vers les siennes quand elles semblaient s'éloigner et les accueillaient avec plaisir à chaque retour. Et il préféra, lui aussi, fermer les yeux. Quand elles s'éloignèrent pour de bon, Ichigo ressentit un froid l'envahir soudain. En rouvrant les yeux pour savoir ce qu'il se passait, il croisa le regard inquiet et interrogatif de Grimmjow.

— Tu… Tu m'as embrassé…; conclut Ichigo qui ne sut rien dire de plus constructif.

L'observation évidente fit sourire Grimmjow –un magnifique sourire qui faisait pétiller ses yeux de joie- :

— Oui… C'est fort possible; répondit-il sur le même ton se voulant sérieux; et… tu as aimé ?

Encore une fois, Ichigo ne sut pas clamer, avec toute la force dont il était capable, que oui. Il préféra alors esquisser un sourire et hocher la tête, ce qui amplifia la joie de Grimmjow. La seconde d'après, l'intime contact des deux êtres avait repris.

Ichigo se sentait si apaisé. Un baiser. C'était sa toute première fois. Grimmjow était doux. Il sentait les produits désinfectants des hôpitaux. Ses grandes mains étaient sèches à force d'être savonnées à longueur de journée. Mais elles lui caressaient les joues jusqu'à ses cheveux et sa nuque. Ichigo sentait même, dans ce baiser, les battements de cœur de son compagnon, son énergie et la force de son corps tout près de lui. Comme s'ils ne formaient plus qu'un.

Quand le contact se brisa, Ichigo prit conscience de l'environnement autour d'eux mais se rendit compte d'une chose. Il voulait vivre le moment présent et tout oublier. Il voulait être avec Grimmjow et personne d'autre. Depuis le début, sa vie en colocation avec lui, dans cette maison, lui avait toujours été bénéfique. Même dans les moments douloureux, il avait été là pour lui. Et inversement. Ils se complétaient. Ils se répondaient comme par évidence.

— Je veux rester avec toi…; dit-il encore d'une voix étouffée en se reposant sur l'épaule de Grimmjow, cachant son visage.

— Cette nuit ? Tu n'es plus opposé à l'idée qu'on dorme ensemble, alors ?

Le bleuté avait plus d'assurance et, depuis que son baiser et ses sentiments avaient été bien reçus et partagés, il ne manquait plus de confiance pour prendre un ton plus léger. Ichigo, de son côté, avait rougi en très peu de temps.

— En fait… je dors mieux… quand t'es là…

Ichigo entendit distinctement le ricanement de Grimmjow mais aussi son murmure dans son oreille :

— Moi aussi…

Le rouquin sourit, comme rassuré.

— Mais d'abord…

Grimmjow le poussa légèrement par les épaules et le fixa avec intérêt :

— Tu vas ranger ce bordel, pendant que moi je me coule un bain.

— Quoi ?!

— C'est ta maison autant que la mienne.

Puis le bleuté s'éloigna avec un sourire satisfait vers la salle de bain. Ichigo, dégoûté, dû bien avouer qu'il avait raison. Il ne pouvait pas décemment laisser la salle à manger dans cet état. Lui-même passa à la salle de bain après Grimmjow, une fois toutes les canettes jetées à la poubelle. Il se sentait plus apaisé maintenant. La fatigue le prenait peu à peu. Il avait besoin de dormir après tout ça. Il réfléchirait mieux demain. Il se répétait encore et encore que son frère n'allait pas mourir.

Quand ils se retrouvèrent sur le lit de Grimmjow, Ichigo se sentit un peu gêné et maladroit. Il n'arrivait pas à s'allonger. Soudain, il se posa la question de son homosexualité. Il n'y avait jamais réfléchi à fond.

— Grimm'… Tu… Tu aimes les hommes ?

Grimmjow était en train de régler son réveil pour le lendemain matin. Il le regarda, les yeux en ronds de flancs avant d'hausser les épaules :

— Et toi alors ?

Ichigo rougit un peu plus, en prenant conscience que sa question pouvait paraître étrange.

— J'ai jamais été en couple…

— Raison de plus pour ne pas te tracasser avec ça. Moi, je suis bi'… Et je me pose pas vraiment la question.

— Ouais, peut-être…

Aussitôt, Grimmjow s'approcha de lui dans son dos, traversant le lit, et caressa d'une main son bras pour le réconforter.

— Pourquoi ça t'inquiète ?

Ce fut au tour d'Ichigo d'hausser les épaules.

— Je sais que je devrais pas… Ça me gêne pas, tu sais… En plus, c'est toi, alors… c'est que, pour un homme, tu es… je te trouve… Enfin, t'as compris…

— Mh ? Non, rien de concret, j'dois dire; sourit Grimmjow.

Ichigo leva les yeux au ciel. Il avait le don pour le mettre dans l'embarras !

— T'es… T'es vraiment… Pas mal… enfin, pour un mec… c'est parce que, je regarde pas les mecs d'habitude… mais toi…

Soudain, Ichigo se sentit projeté sur le lit et embrassé plus fougueusement. Grimmjow souriait à pleines dents :

— Okay, en gros, tu m'trouves canon.

— Quoi ?! Mais, c'est pas…

Il fut coupé par le rire de Grimmjow et laissa aller la moquerie, incapable de répondre… incapable de mentir. Le bleuté se pencha alors plus sur lui pour venir à son oreille :

— J'te trouve aussi plus que pas mal…

Le chuchotement s'enchaîna d'un nouveau baiser chaste et pur. Ichigo se laissa faire, trop bien installé dans ce lit et trop bien pris en main par Grimmjow. Il laissa ses yeux se fermer quand le baiser se finit.

— Fatigué ?

Ichigo émit un petit gémissement pour répondre par l'affirmative. Il entendit alors le bleuté défaire la couette et fut paresseusement coopératif au moment de se soulever pour faire passer la couverture sous lui afin de se glisser dedans. Une fois dans ce cocon de chaleur, il sentit aussitôt Grimmjow l'enlacer, installé sur le côté.

— Pas de cauchemars pour toi ? fit le bleuté.

C'était une petite habitude de soirée que les deux colocataires avaient inventé de nulle part pour se souhaiter la bonne nuit.

— Et pas de cauchemars pour toi…; répondit Ichigo par automatisme, d'une voix ensommeillée.

Il sentit un dernier baiser sur sa nuque avant de se laisser aller au repos.