POV Lancelot
Deux jours plus tard
Lorsque je me suis enfui il y a deux jours, je ne m'attendais pas à ce qu'Arthur vienne me chercher et encore moins qu'il ne soit pas en colère contre moi. Je pensais qu'il allait me laisser à mon triste sort : mourir de froid dans cette forêt ou me faire capturer par une patrouille romaine. Mais au lieu de ça, il a été tellement chaleureux avec moi, comme par le passé, il s'est même excusé alors que c'est moi qui ai fauté. Et j'ai su qu'il fallait que je lui parle à mon tour, que je sorte de mon silence en lui disant la vérité. Je ne pensais pas qu'un jour, nous aurions la possibilité de nous expliquer. Maintenant, j'espère que notre relation s'améliorera. Je ne suis pas sûr qu'on puisse de nouveau avoir la même complicité que par le passé, mais si nous sommes amis, ça sera déjà bien. Enfin, tout ça en supposant qu'Arthur accepte que je reste ici et c'est sans parler de mon statut actuel d'esclave. Je n'ose pas parler au romain de ses deux sujets. J'ai trop peur de l'éventuelle réponse.
Je fais les cent pas dans ma chambre. Pour une fois, je ressens le besoin de sortir, de prendre l'air mais je n'ose pas trop descendre. Arthur a invité le conseil ici et je n'ai pas envie de croiser un de ses membres. Je n'aimais pas beaucoup les romains pendant que nous étions au Mur et cela n'a fait qu'empirer. Il n'y a que mon ancien commandant que j'apprécie. Mais en même temps, il est à moitié britannique donc il n'est pas totalement romain.
Je soupire et regarde par la fenêtre. Il fait beau et le soleil d'hiver doit réchauffer un peu l'air. Si seulement Typhon était avec moi, c'est le temps idéal pour aller faire une balade et se changer les idées. Mais mon étalon n'est pas là, et mon statut actuel ne me permet pas de me promener librement. J'ai eu de la chance l'autre jour, de ne pas tomber sur une patrouille. Il m'aurait ramené ici, beaucoup moins gentiment qu'Arthur. Enfin, s'il m'avait ramené et pas juste tué.
Arthur m'a dit que le conseil allait durer une bonne partie de l'après-midi et de la soirée. Donc si je veux sortir aujourd'hui, autant le faire maintenant, ça ne sert à rien d'attendre que ces romains partent. J'enfile rapidement une veste que le brun m'a passée après ma fuite l'autre jour. Si je ne la mets pas et qu'il s'en rend compte, je sais qu'il va me faire la morale. Notre relation s'améliore donc je n'ai aucune envie de la détériorer pour une bêtise telle qu'une veste. Je sors ensuite de ma chambre et je me dirige vers la porte. En passant devant le salon, je ne peux m'empêcher de jeter un coup d'oeil à ce fameux conseil.
Je m'attendais à quelque chose d'assez ordonner et je me rends compte que ce n'est pas du tout le cas. Ils sont aussi bruyants que nous, chevaliers, lorsque nous étions tous attablés à la taverne. Ils se coupent la parole, les uns les autres. Arthur se passe une main dans les cheveux à plusieurs reprises, avant de se pincer l'arête du nez. Je sais qu'il fait ces gestes quand il essaye de rester calme.
Je regarde les autres membres, ils sont tous plus âgés que moi, Arthur semble être le plus jeune. Je reconnais Pelagius dans la foule, même si je ne l'ai vu qu'une fois et il se tient aux côtés de son protégé. Et de l'autre côté de la table, je vois un autre romain, un romain que j'ai déjà vu auparavant, un romain qui était à Milan lors de ma capture. Il m'attendait à la sortie de l'auberge lorsqu'il y a eu le feu, ses gardes se sont jetés sur moi dès que j'ai franchi le pas de la porte. J'ai toujours eu l'impression qu'il m'avait piégé et que c'était lui le responsable de l'incendie. Et ce pressentiment se confirme lorsqu'il lève les yeux et qu'il croise mon regard. Je peux voir l'étonnement, puis de la colère. Je ne suis pas un homme peureux en temps normal, mais je ne peux pas m'empêcher de m'éloigner et de sortir rapidement mais discrètement de la maison.
Tous mes souvenirs me reviennent en tête brusquement. J'ai l'impression de me retrouver submerger par eux. Je revois nettement le moment de ma capture, les moqueries des romains puis le voyage jusqu'aux enfers… C'est lui qui est responsable de tout ça mais j'ai du mal à imaginer qu'il m'ait visé moi spécifiquement. Il ne me connaissait pas, c'est totalement impossible. Je ne l'ai jamais vu au mur et il ne faisait pas partie des hommes qui m'ont emmené loin de ma famille. Tout seul, je ne pourrai pas trouver de réponses. Il faut que j'en parle à Arthur et que je reste loin de cette personne en attendant. Je marche autour de la villa, tout en réfléchissant à mes prochaines actions. Je suppose que je ne pourrai pas voir le brun avant demain et je ne suis pas sûr qu'il me croit. Il est peut-être proche de ce membre du conseil, je ne connais rien de sa vie depuis ces deux dernières années. Est-ce-qu'il faut que je prenne le risque de lui parler ?
Je suis tellement concentré que je n'entends des bruits de pas derrière moi qu'à la dernière seconde. Je n'ai pas le temps de réagir et je sens quelque chose me frapper l'arrière de la tête. Je tombe au sol et mes réflexes de combat prennent immédiatement le relai. Tout en protégeant le haut de mon corps avec mes bras, j'utilise mes jambes pour faire tomber mon agresseur. Je me place alors au dessus de lui, le frappant plusieurs fois au visage alors qu'il crie. Je m'apprête à assener un enième coup quand une paire de bras m'éloigne de l'homme. Je me débats violemment, essayant de m'éloigner de ce nouvel agresseur quand j'entends une voix à mon oreille :
"Lancelot… Lancelot arrête ça. C'est moi Arthur."
J'arrête immédiatement de me débattre et je me rends compte que je respire très fort. Je me sens épuisé, ce petit combat m'a sapé toute mon énergie et je m'appuie contre Arthur pour ne pas tomber. Le sang coule le long de mon visage, s'échappant de la plaie sur ma tempe. J'ai perdu mes réflexes visiblement, en temps normal, ce romain n'aurait jamais pu me toucher, surtout que c'est loin d'être un combattant. Mais je n'ai pas le temps d'y penser pour le moment, car je lève les yeux et je vois tout le conseil me regarder avec une certaine haine pendant que deux personnes aident mon agresseur. Celui-ci me pointe du doigt et m'accuse :
"Il m'a agressé… Il est totalement fou. Je suis juste sorti pour prendre l'air et il s'est jeté sur moi."
Je n'ai pas le temps de protester qu'un autre demande :
"Qui est cet homme Arthur ? C'est lui l'esclave que tu as acheté l'autre jour ?"
Pelagius s'avance et se place entre eux et nous. Je suis surpris que cet homme que je ne connais pas, veuille me protéger. Mais je me dis qu'au vu du regard des autres, tout aide est la bienvenue si je ne veux pas finir au bout d'une corde. Pelagius parle d'une voix calme et posée :
"Arthur, fais rentrer Lancelot et soigne le."
J'entends des protestations alors qu'Arthur m'entraîne à l'intérieur de la maison puis dans ma chambre. Nous marchons en silence et j'ai peur qu'il m'en veuille. Je n'ai rien fait mais je sais aussi très bien que la scène pouvait prêter à confusion. Et ces gens du conseil vont bien plus croire ce romain que moi. Je ne voulais surtout pas mettre Arthur dans une position difficile avec ces hommes et pourtant c'est exactement ce que je viens de faire. Peut-être que je n'aurais pas dû me défendre et juste crier. Mais je n'ai pas réfléchi, ce sont juste mes vieux réflexes de combat qui sont revenus.
Je trébuche sur une marche dans les escaliers mais Arthur me rattrape avant que je ne tombe. Il brise alors le silence :
"Ca va ?"
Je hausse les épaules. Ma tête me fait un peu mal, je suis fatigué mais c'est surtout ma fierté qui en a pris un coup, sans parler de ma culpabilité qui a décuplé. Il m'aide à m'installer sur le lit et il commence immédiatement à regarder ma plaie. J'essaye de ne pas grimacer lorsqu'il la touche, de rester fort comme le chevalier qu'il a connu autrefois. Ce n'est jamais agréable d'avoir quelqu'un qui manipule une blessure, mais c'est souvent nécessaire. Il attrape un tissu qu'il presse contre ma tempe :
"Appuie, il faut arrêter le saignement."
Puis Arthur attrape une chaise et il vient s'asseoir devant moi. Il est fatigué car il passe une main dans ses cheveux avant de se pincer l'arête du nez. Je ne peux pas m'empêcher de baisser la tête, m'attendant à une morale ou une réprimande. Mais ce n'est pas ça qui arrive :
"Comment va la douleur ?"
"J'ai eu pire."
C'est vrai, j'ai eu des blessures bien plus douloureuses qu'un coup à la tête. Les épées ont tendance à faire de sacrés dégâts quand ils arrivent à atteindre la peau, sans parler des flèches qui percent l'armure avant de traverser une partie de ton corps. Donc oui, j'ai mal mais ce n'est rien comparé à d'autres fois. Arthur s'approche de moi, retire le tissu avant de le reposer car la plaie saigne toujours. Puis il reprend sa place initiale et me demande calmement :
"Qu'est-ce-qu'il s'est passé ?"
Je lève les yeux et je croise son regard. Je n'y lis que de l'inquiétude, je ne sais pas si c'est pour moi ou pour lui, mais dans les deux cas, je lui dois la vérité. Alors je lui explique tout, depuis que j'ai vu le romain dans le salon jusqu'au moment où il nous a séparés. Je lui exprime mes doutes aussi, lui expliquant ce qu'il s'est réellement passé le jour où j'ai été capturé. Il n'y a que moi qui parle, je sais que les minutes sont comptées car ces hommes voudront certainement ma peau. Arthur n'a pas le temps de me dire quoique ce soit puisque des bruits de pas se font entendre dans le couloir. Nous nous levons tous les deux pour nous mettre face à la porte, attendant que le destin se déchaîne une nouvelle fois contre moi.
