Bonjour à tous!

J'espère que vous allez bien malgré le confinement et que vous n'êtes pas en train de tourner en chèvre dans votre studio/appartement/maison.
Je me suis dépêchée de terminer ce chapitre afin de vous procurer un peu de lecture. Et parce que la date butoir approchait! ^^

Mais ouf, une fois encore, j'ai réussi à terminer à temps et le télétravail a un peu aidé cela mais chuuuuut! Faut pas l'dire à mon manager. Rassurez-vous, tout mon travail a été fait, et fait au maximum de mes capacités. Et s'il me reste un peu de temps sur mes horaires de travail après ça... et bien... voilà voilà...

Hihi! Bon, je vais vous laisser découvrir ce chapitre là. Encore un chapitre en Avril pour conclure la première partie et on entame en Mai la deuxième (et dernière partie) de cette fic.

Un énooooooorme merci à Eclipse et Gun d'Ange pour leurs commentaires qui sont une source de grande joie, d'encouragements et parfois même d'inspiration! ^^

Bonne lecture à tous et faites attention à vous!

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Chapitre 16 – L'assaut

Assaut : confrontation entre au moins deux entités, souvent séparées par une surface plane et/ou des murs d'épaisseur plus ou moins fiable, qui nécessitent donc un mouvement ou une succession de mouvements pour être franchis.

Ce mouvement est accompagné, si l'on en croit la littérature jeunesse, de grandes exclamations et bruits divers ressemblant à des « aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarghs ». Bruits d'ailleurs curieusement répétés, mais sur une tonalité très différente, par la partie adverse lorsque celle-ci comprend qu'elle n'a aucune chance.

Etrange paradoxe où, dans une circonstance donnée, un même son signifie à la fois « On va vous écrabouiller ! » et « On l'savait merci au s'coursàl'aidequelqu'unallômamanbobo ! »

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 4 Janvier –

4h du matin.

L'heure à laquelle les derniers fêtards rentrent chez eux, tellement imbibés d'alcool et d'autres substances qu'ils sont incapables d'enregistrer ce que leurs sens leur transmettent.

L'heure où les lève-tôts profitent des derniers moments de sommeil avant d'entamer leur journée.

L'heure où les gardes relâchent leur vigilance, où les paupières se font les plus lourdes, où le sommeil menace de remporter le dur combat avec l'épuisante et impardonnable veille, où chaque minute s'étire dans une longueur intransigeante qui se transforme en éclair dès que l'on rend les armes.

L'heure parfaite pour s'éclipser d'une division hautement surveillée pour recevoir, à l'abri des oreilles indiscrètes, le rapport urgent et hautement confidentiel de l'un de ses subordonnés.

Le capitaine commandant écoutait de toutes ses oreilles les informations que livrait Soi Fon sur les événements des dernières semaines. Le risque de traîtres dans sa propre division et l'attention qu'il attirait au moindre geste l'avaient empêché de se mêler activement à l'affaire. Ce n'est qu'une fois par mois environ qu'il obtenait les résultats du moment, réfléchissait aux décisions prises par Soi Fon et apportait ses propres ordres et expertises.

Celle-ci avait presque terminé son rapport.

« Nous sommes prêts à lancer l'assaut dans trois jours. Nous avons réussi à identifier un moment propice pour l'élimination et l'arrestation du Chef et de tous ses lieutenants. Deux points de vigilance cependant. Ils ont inventé un dispositif les protégeant des pressions de reiatsu trop fortes et des paralysies et évanouissements qu'elles provoquent. Ce dispositif est encore en stade expérimental mais nul doute que les plus haut-gradés en soient munis. De plus, ils ont déjà plusieurs prototypes d'armes anti-reiatsu qui fonctionnent même si elles mettent encore en danger leurs utilisateurs. Là encore, il est probable qu'ils en portent avec eux, à utiliser en dernier recours.

La plus grande difficulté sera de maintenir le silence complet sur toute l'opération afin de ne pas alerter la chambre des 46 avant que Ginrei Kuchiki ne soit prêt à les confronter avec toutes les preuves. Et pour éviter que le menu fretin n'ait le temps de s'éparpiller avant que nous puissions les pourchasser. De plus, nous devons éviter de faire des victimes et privilégier la capture. En plus d'être complètement éparpillés dans le Rukongai et entourés de passants et de badauds, nous serons également extrêmement limités dans les moyens que nous pourrons utiliser. »

« Je me suis toujours dit que les capitaines dépendaient trop de la force brute. Ça leur fera du bien de recourir à la discrétion pour une fois. Mis à part le capitaine Zaraki, je ne me fais pas de souci sur ce sujet. Cependant, votre lieutenante sera-t-elle à même d'assurer son rôle ? »

« J'ai toute confiance en elle, capitaine commandant. »

« J'ai accepté sa nomination car vous m'avez juré qu'elle avait les talents requis pour ce poste et que son handicap était contrôlé. Ne me faites pas regretter ma clémence. »

« Une personne comme le Chef ne sera pas capable de réveiller ce handicap-là. Ce n'est pas un combattant ni même un sanguin. Il utilise son charisme et son intelligence pour tordre la vérité et manipuler les esprits. Mumei sait parfaitement de quoi il est capable et elle ne lui laissera pas une chance. De plus, Yoruichi-sama sera là pour protéger ses arrières et le traquer au cas où il parviendrait à fuir avant qu'elle ne puisse l'atteindre. »

Genryusai fronça les sourcils mais n'insista pas même si un sérieux doute persistait chez lui.

« Dans ce cas, je vous donne officiellement l'ordre de lancer l'assaut à 14h le 7 janvier. Je rassemblerai les capitaines le matin même. Unohana, et Zaraki ne seront pas tenu d'y assister, au vu de leur mission, mais devront trouver des subordonnés de confiance pour exécuter mes ordres. Même chose pour Kuchiki et vous, puisque vous aurez vos propres objectifs sur lesquels vous concentrer. Contactez nos alliés et assurez-vous que nos conditions seront bien respectées. »

« A vos ordres, capitaine commandant. »

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 7 Janvier – 13h50

Le géant et la pixie. On aurait pu en écrire un conte. Cependant, celui-ci allait prendre une tournure inattendue. Car ils attendaient tous deux, dociles pour une fois, face à l'humble trotteuse d'une montre cabossée. La même adrénaline parcourait leur reiatsu, la même énergie sauvage qui les tenait en arrêt jusqu'à ce que le signal se déclenche. L'armée qu'ils allaient affronter, petit groupe par petit groupe, ne poserait aucun problème. Par contre, ils avaient une vingtaine de points, tous plus éloignés les uns que les autres, à visiter en moins de vingt heures, et sans toucher ne serait-ce qu'à un seul innocent. Une fois ces maisons plus importantes réduites à néant, ils pourraient tranquillement s'amuser avec le reste. C'était un défi inédit pour eux et ils souriaient de concert face à ce nouveau jeu qu'on leur offrait.

A plusieurs districts de là, leur médecin favori se tenait embusquée dans le recoin d'une ruelle, observant attentivement la préparation d'un convoi. Au milieu de l'agitation ambiante, une femme dirigeait avec efficacité son escouade d'employés.

Dans un manoir alliant grandeur de la richesse et élégance des traditions et de la culture, le maître des lieux donnait ses dernières instructions à son majordome, afin de recevoir son invité avec toutes les mesures requises.

A quelques pas d'une arrière-cour aux apparences désertes, un homme dissimulé dans un manteau sombre bailla un grand coup derrière son éventail avant de tapoter un appareil étrange.

Le 11ème siège de la 7ème division supervisait l'entraînement d'une escouade dans l'un des terrains les plus écartés des baraques. Elle ignorait cependant que ce terrain ne lui avait pas été attribué par hasard. Tout comme elle ignorait qu'une paire d'yeux impassibles suivait le moindre de ses faits et gestes.

Ayant travaillé jusqu'à très tard dans la nuit, ou tôt dans la matinée, suivant les expressions, le Chef s'était réveillé à peine une heure avant. Il achevait à présent son repas tout en donnant quelques instructions à son adjoint. Un chat noir se prélassait nonchalamment sur le toit d'en face, profitant des rayons de soleil de cette belle journée d'hiver.

Et dans un autre monde, un groupe hétéroclite aux apparences monstrueuses demeurait étrangement silencieux, le regard fixé sur des chiffres défilant dans un long et insupportable compte à rebours.

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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 7 Janvier – 14h

« Tajima-san ? Le capitaine a un nouveau projet pour vous. Il veut vous voir dans le labo 34. »

« Le 34 ? Mais c'est à l'autre bout ! Bon, j'y vais avant qu'il ne s'impatiente. Et puisque tu es là, surveille un peu ces éprouvettes, veux-tu ? »

« Bien, Tajima-san. »

Ledit Tajima se dirigea tranquillement vers le lieu indiqué par son capitaine. C'était une petite salle éloignée des principaux bâtiments de la division et relativement isolée. Kurotsuchi l'utilisait généralement pour des projets personnels. Il devait avoir une piste à explorer à laquelle il ne pouvait pas accorder le temps nécessaire et songeait sans doute à la lui confier.

Franchissant la porte du labo, il retrouva là quatre autres de ses collègues. Il échangea un regard entendu avec l'un d'entre eux avec lequel il partageait certaines ambitions. La position de 4ème siège ne suffisait pas à ses aspirations et il avait bien l'intention d'obtenir par d'autres moyens ce que le système du Gotei l'empêchait d'acquérir.

A peine quelques secondes plus tard, la voix du capitaine résonna dans la salle. « Bien, maintenant que vous êtes tous là, commençons. Vous êtes cinq à avoir essayé de me doubler sans me toucher un seul mot de vos petites activités extracurriculaires. Je ne suis pas pour décourager les initiatives personnelles mais je ne supporte pas qu'on révèle mes secrets à d'autres. Vous avez de la chance, le capitaine commandant m'a fait promettre de vous garder en vie et en état de parler. Ce qui me laisse pas mal de possibilités, je dois l'admettre. Et comme je viens de mettre au point cette nouvelle drogue hallucinogène, je pourrai donc faire d'une pierre, deux coups. Essayez de prendre des notes sur vos réactions et états mentaux, ça me sera utile. »

Dès le début du discours du capitaine, un grand clac sonore avait marqué le verrouillage de la porte, seule issue de la pièce. La terreur s'était peu à peu insinuée à travers les membres de chacun des cinq shinigamis. Et une odeur étrange envahissait à présent leurs narines. Tajima eut à peine le temps de regretter son ambition démesurée avant que les premières images ne commencent à hanter son cerveau.

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Kyoraku était blême. Et pas à cause d'une cuite. La réunion de ce matin rejouait en boucle dans son esprit.

« Nous avons à nouveau des traîtres parmi nous. J'ai une liste de noms découverts au fil des derniers mois par une cellule de crise. Je vous confierai les détails plus tard, une fois l'affaire résolue. En attendant, voici mes instructions à respecter à la lettre, sans AUCUNE exception. »

Yamamoto avait alors jeté un regard prononcé vers Kurotsuchi.

« A 14h précise, chacun de ces noms doit être appréhendé dans la discrétion la plus complète et mis hors d'état de nuire et de communiquer avec qui que ce soit. Chaque capitaine ou remplaçant s'occupera du nettoyage dans sa propre division. Je veux ces personnes en vie et en état de répondre aux questions qu'on leur posera. Leur transfert chez l'Onmitsukido aura lieu à partir de 16h et sera effectué par le capitaine Soi Fon en personne. Vous avez interdiction d'essayer de leur tirer les vers du nez. Laissez faire les professionnels si vous ne voulez pas que l'affaire échoue. Je vous donnerai les détails une fois la situation réglée. »

Kyoraku fronça les sourcils et ce n'était pas la première fois depuis ce matin. Il éprouvait des difficultés à garder son masque d'insouciance face à une nouvelle traîtrise au sein du Gotei. Et sa colère bouillonnait à l'intérieur, cherchant une cible.

« Vous m'avez fait appeler, capitaine ? » Demanda la jeune shinigami qui venait de recevoir l'ordre d'entrer. Il hocha la tête et elle s'approcha du bureau, regardant d'un œil curieux les deux autres shinigamis assemblés face à lui. Ils étaient au complet.

« J'étais en réunion avec les capitaines ce matin. Je songeais à une journée de printemps, paisible, ensoleillée, une belle femme à mes côtés, à savourer une coupe de saké tout en me laissant bercer par une brise légère et le son d'un shamisen. C'est alors que la voix de notre capitaine commandant bien-aimé a interrompu ma rêverie de façon assez brusque. Les ordres qu'il nous a donné ont sonné très désagréablement à mes oreilles et m'ont laissé un goût amer dans la bouche. »

Les subordonnés attendaient, curieux et stoïques, qu'il se serve du premier prétexte venu pour leur déléguer des corvées. Ils ne s'attendaient pas à ce qu'il se redresse soudain dans son siège, s'accoude à son bureau et, se penchant vers eux, qu'il les fixe avec un regard furieux.

Sa voix claqua, lente, articulée, précise et aussi coupante qu'un fouet. « Je ne sais pas encore exactement l'étendue de vos crimes, mais vous êtes en état d'arrestation, effectif maintenant, et sans aucune chance de réintégrer ma division ou le Gotei 13 par la suite. »

Ils cherchèrent une issue, apeurés, mais la lieutenante Ise bloquait la porte après avoir discrètement lancé un sort de kido qui englobait toute la pièce. C'est alors que le capitaine relâcha toute sa pression spirituelle, sachant que le sort invoqué par sa lieutenante n'en laisserait pas filtrer une miette à l'extérieur. Trois bruits sourds résonnèrent dans le bureau, marquant la chute de trois corps évanouis.

« En attendant l'arrivée de Soi Fon, que dirais-tu de partager une bouteille de saké, ma Nanao-chan ? »

« Ce n'est pas une bonne idée, capitaine. »

Celui-ci soupira, ayant prédit la réponse de sa subordonnée.

« Je crois que j'accepterai peut-être un entraînement avec Zaraki lorsqu'il reviendra. Ça me défoulera. »

Nanao le regarda bizarrement avant de décréter d'un ton calme : « Le comportement suicidaire ne vous convient pas, capitaine. Je préfère encore que vous buviez du saké. Une fois que nous en aurons terminé avec eux. » rajouta-t-elle rapidement alors qu'une lueur joyeuse luisait déjà dans le regard de son supérieur.

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Karin Kurosaki avait décidé de mener un entraînement spécial. Elle avait choisi elle-même les volontaires et promis à ceux qui soupiraient déjà de soulagement qu'elle penserait à eux pour la prochaine fois. Ce qui avait insufflé en eux le même désespoir que celui qui assombrissait les mines des heureux gagnants. Ceux-ci marchaient désormais à contrecœur, houspillés par leur supérieure car ils n'avançaient pas assez vite à son gré.

Elle s'était battue bec et ongle pour arriver à sa position, imposant par la force brute ce qu'elle n'avait pas réussi à inspirer par une attitude professionnelle. Yumichika Ayasegawa avait applaudi l'arrivée d'une acolyte intelligente et se comportant avec style. Mais bien qu'il ait lui-même refusé d'être nommé 4ème siège, il n'avait pas l'intention de laisser n'importe qui prendre ce poste. Elle avait dû prouver en combat honorable qu'elle le méritait. L'affrontement avait été mémorable et la division tout entière ne cessait de spéculer sur les coups qui avaient été échangés. Oui, spéculer. Le 5ème siège avait interdit les spectateurs et fait jurer à Karin de ne jamais révéler son shikai à qui que ce soit.

Malgré cela, il avait reconnu avec dignité sa défaite, Karin était montée en grade après sa sortie de l'hôpital et les soldats de la 11ème avaient vite appris à la craindre tout autant qu'à la respecter. A l'instar de son frère, elle possédait un formidable reiatsu. Même si elle avait une approche plus stratégique lors de ses combats, ses sessions d'entraînements n'avaient rien à envier à celles d'Ikkaku et Yumichika. Les pauvres victimes devaient alors apprendre très rapidement à utiliser leur cerveau, aussi inhabituel que cela soit pour eux, s'ils ne voulaient pas devenir la honte de leur troupe ou passer plusieurs semaines à la 4ème division.

Kenpachi avait permis cet écart à la routine tant qu'on se battait convenablement, c'est-à-dire avec son sabre et ses poings. Le kido n'avait rien à faire chez lui mais la stratégie n'était pas tout-à-fait interdite, surtout depuis qu'il s'était mis à fréquenter une certaine capitaine.

C'était justement ce genre d'entraînement qu'elle se proposait aujourd'hui de faire suivre à un nombre très réduit et soigneusement choisi de ses subordonnés. Un entraînement auquel allaient participer certains membres de la 6ème dans un souci de collaboration inter-division. Le lieutenant Abarai et ses victimes…, pardon, ses volontaires, devaient les rejoindre à un endroit éloigné de toute civilisation.

En tout, sept shinigamis allaient disparaître sans que nul ne s'en aperçoive avant un ou deux jours.

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« Dis, tu as vu passer Kinta ? Je le cherche depuis ce matin. »

« Non, mais si personne n'arrive à le trouver, c'est peut-être qu'il est parti en mission spéciale. »

« C'est vrai, en plus, Ume a disparu elle-aussi. Si ça se trouve, ils sont sur la même affaire. »

« On les reverra d'ici quelques jours, alors. Mieux vaut ne pas poser de questions. »

« Tu as raison. Tant pis, ce n'était pas très urgent. Bon, je vais me coucher, je suis debout depuis minuit. »

« Aoutch, les quarts du petit matin sont les pires. Repose-toi bien ! »

Le silence s'installa à nouveau dans ce couloir de la 2ème division. Quant à Kinta et Ume, ils avaient quitté la seconde division à sept heures du matin, pour ne plus jamais être revus. Il n'était pas rare que les missions hautement confidentielles fassent des victimes.

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Surveillant attentivement les mouvements de ses subordonnés, Haya Sakai songeait à agrandir son cercle de connaissances, ou plutôt, à l'améliorer. Maintenant qu'elle avait des mouches dans toutes les divisions, il lui fallait infiltrer les plus hautes sphères du commandement. Quelques sièges à un chiffre seraient les bienvenus, quoique plus difficiles à attirer et contrôler.

L'arrivée d'un papillon des enfers interrompit sa réflexion. Apparemment son capitaine avait besoin d'elle pour une mission urgente et quelqu'un allait la remplacer pour superviser l'entraînement.

Donnant l'ordre à ses soldats de continuer sans elle, elle se dirigea à pas rapides vers les baraques, maudissant l'andouille qui lui avait attribué le terrain le plus éloigné de la division pour ce foutu exercice.

Elle ne s'attendait pas à se retrouver nez à nez avec le Capitaine Soi Fon au détour d'un chemin complètement désert.

« Capitaine ? Qu'est-ce qui vous amène par ici ? »

Soi Fon la dévisagea un instant, sans rien laisser paraître. Elle ne percevait aucune inquiétude, stress ou même remord chez sa proie. Celle-ci ne se doutait de rien. Bien.

Et sans lui laisser le temps de réagir, elle esquissa un pas de shunpo pour atterrir derrière Sakai et l'assommer de plusieurs coups stratégiquement placés.

Contemplant le corps affaissé à ses pieds, elle remarqua qu'une des mains était à moitié dans une poche. Sakai avait réussi à saisir une de ces armes anti-reiatsu avant de s'écrouler. Ses réflexes étaient aiguisés et elle avait du potentiel. Quel gâchis.

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« Bon, alors vous avez retrouvé mon sac de bonbons ? Nan, nan, j'veux pas d'ces sacs-là ! J'en avais un spécial avec mon nom d'ssus ! Il est toujours pas là vot'chef ? J'parie qu'c'est vous qui l'avez récupéré. J'vais appeler Ken-chan si vous m'le rendez pas ! Et vos mouvements, c'est d'la merde ! C'est pas comme ça qu'vous allez réussir à vous battre contre lui. Faut donner le coup comme ça ! Et là, faut essayer d'esquiver comme ça pour ensuite taper là. »

Les mercenaires n'en pouvaient plus. Depuis quatre jours, cette peste les asticotait quotidiennement, venant semer la pagaille, mordre leurs bras, casser les objets autour d'elle, réclamant à cor et à cris son sachet de bonbons qu'elle avait perdu dans le coin et en profitant pour donner des conseils non bienvenus sur leurs entraînements. Ils avaient tout essayé. L'autorité d'abord, avant de se prendre une rouste et de se tourner vers la diplomatie. Ils avaient même fini par aller acheter des sachets remplis de sucreries afin de la convaincre de les laisser tranquilles. En vain.

Elle clamait qu'elle voulait parler à leur chef, que c'était inadmissible, que c'était un sac très spécial et que Ken-chan allait leur flanquer la rossée de leur vie s'ils ne faisaient rien. Ils ne savaient pas qui était ce Ken-chan, mais vu l'efficacité du monstre rose pour les terroriser, ils ne doutaient pas de ces capacités.

En désespoir de cause, ils avaient appelé leur chef pour parlementer avec elle et, peut-être, la battre en combat singulier. Après tout, le chef était un sacré guerrier, il ne devrait pas perdre face à cette boule d'énergie infernale, non ?

Il était arrivé la veille au soir, exaspéré par l'incompétence de ses subordonnés qui n'étaient même pas capable de se faire craindre et respecter par une gamine. Ladite gamine avait débarqué deux minutes plus tôt et il avait entièrement révisé son jugement depuis. Que foutait Yachiru Kusajishi chez eux et comment allaient-ils faire pour la persuader de ne PAS appeler son « Ken-chan ».

Ils étaient dans la mouise jusqu'au cou.

Prenant une grande inspiration, tant pour calmer ses nerfs que pour se donner du courage, il s'avança dans la cour et interpella Le Problème.

« Lieute… Hm Kusajishi-san ? Je suis le chef de cette troupe. Je vous prie d'accepter toutes nos excuses pour la perte de votre sac. J'ai fait fouiller toute la baraque mais nous ne l'avons malheureusement pas trouvé. Je peux vous assurer que mes hommes ne l'ont pas pris. Cependant, je suis prêt à les envoyer enquêter dans tout le quartier pour le retrouver. Ou alors, nous pourrions vous offrir un sac strictement identique au vôtre pour remplacer votre regrettable perte. Si vous acceptez cet arrangement, auriez-vous l'extrême obligeance et gentillesse, s'il vous plaît, je vous en prie, de ne plus troubler mes hommes ? »

« D'où c'que tu connais mon nom, toi ? »

« Heu, vous êtes célèbre parmi les combattants du Rukongai. Vos prouesses sont un sujet d'admiration pour nous tous. » Et de cauchemars mais il se garda bien d'ajouter ce détail.

Oui, il avait enterré tout son orgueil et sa fierté dans un trou, et il creusait encore plus profondément l'abîme dans lequel ils avaient été jetés. Juste au cas où.

La petite fit la moue, dubitative, puis se retourna vers la grande porte qui donnait sur la rue en agitant les bras et en sautant sur place.

« Kennyyyyy ! C'est boooon ! »

Deux sentiments très distincts surgirent chez le Frelon. Tout d'abord, la terreur pure et dure en songeant que le capitaine de la 11ème était à quelques pas de là. Puis le grand soulagement aux mots bénis annonçant que l'affaire était conclue.

Lorsque le capitaine en question débarqua à travers la porte avec un sourire qui montrait toutes ces dents, ce soulagement disparu tout aussi rapidement qu'il était venu. La petite sortit dans la rue et ferma soigneusement la porte, se contentant de ces paroles cryptiques :

« Je fais l'guet. Amuse-toi bien ! Et rappelle-toi qu'on n'a pas beaucoup d'temps ! »

Ses souvenirs devinrent un peu confus par la suite. Quand il se réveilla, plusieurs heures après, il se demanda par quel miracle il était encore en vie, quoique couvert de bandages.

Et que faisait-il dans cette cellule ?

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« Ordre à tout le personnel, rendez-vous dans le laboratoire principal immédiatement. Je répète, ordre à tout le personnel, rendez-vous dans le laboratoire principal immédiatement. »

Les quelques chercheurs qui finissaient leur repas levèrent la tête, intrigués.

« Tu as une idée de ce qui se passe ? »

« Non, mais comme le boss est là, il veut peut-être nous faire passer une annonce importante. »

« Mieux vaut se dépêcher si on veut se faire bien voir. »

« T'as raison, tant pis, je finirai mes mochis tout à l'heure. Pff, jamais une minute tranquille, ici. »

« Chut, il y a sûrement des micros partout. »

Son collègue soupira mais n'osa pas lancer une réplique.

Ils arrivèrent les derniers dans le grand labo et y trouvèrent une certaine cohue.

« Mais pourquoi est-ce que vous êtes tous là ? J'ai raté quelque chose ? »

« Comment ça une annonce générale ? Nous n'avons rien entendu ici. »

« Vous savez ce qu'il se passe ? »

« Aucune idée ! »

Le Corbeau travaillait dans un bureau adjacent, essayant de se concentrer sur des mathématiques particulièrement complexes. Dérangé par le bruit général, il sortit comme un furieux de sa tanière pour demander la raison du chahut.

Il réagit au quart de tour dès qu'on eut achevé de lui expliquer la situation.

« Que le petit plaisantin qui a joué avec le système de diffusion se dénonce tout de suite s'il ne veut pas mourir lentement mais sûrement une fois que je l'aurai trouvé. »

Il y eut soudain un grand silence. On entendait plus que les bips sonores et les ronronnements des machines.

« Bien, bien, bien. Merci d'avoir été aussi réactifs, ça m'a facilité la tâche. Ha, je préfère vous prévenir tout de suite mais les issues de cette pièce ont été bloquées par mes bons soins. Et je crains que vos machines n'arrivent plus à émettre un seul signal en dehors de cette pièce. »

Ils tournèrent tous la tête vers l'homme en shihakusho vert dont les yeux étaient dissimulés par un drôle de chapeau.

Le Corbeau n'était pas leur chef pour rien. Il sortit immédiatement une manette de sa poche mais fut arrêté juste avant de pouvoir presser sur l'un des boutons qui s'y trouvaient.

« Tut, tut, tut, voyons, vous ne voudriez quand même pas réduire à néant tous les fruits de votre dur labeur. Quel dommage ce serait. Ne vous inquiétez pas, j'ai l'intention de prendre des notes précises de tout ce qui se trouve ici. J'ai bien l'honneur au Corbeau ? »

Une perle de sueur goutta du front de l'interpellé. Il venait de reconnaître la personne qui lui broyait le poignet tout lui parlant avec la plus grande courtoisie.

« Urahara Kisuke. Qu'est-ce que vous faites-là ? »

« Mon petit doigt m'a parlé de labos clandestins qui jouaient aux apprentis sorciers. J'avoue avoir une certaine prédilection pour les expériences dangereuses et inattendues. Mais voyez-vous, je ne suis pas tout à fait aussi permissif quand il s'agit d'armes destinées à l'annihilation des shinigamis. »

Kisuke s'approcha encore davantage du Corbeau et commença à murmurer tout bas. « Soit vous êtes un idiot et vous n'avez absolument pas conscience des enjeux à grande échelle, soit vous agissez en pleine connaissance de cause, ce qui vous classe parmi les fous dangereux. Dans tous les cas, c'est échec et mat. »

Son petit discours fut interrompu par des tirs en provenance des chercheurs. Apparemment, certains d'entre eux avaient eu assez de jugeotte pour saisir les armes sur lesquelles ils étaient en train de travailler. Mais pas suffisamment de cervelle pour s'abstenir de les utiliser. Urahara esquiva adroitement les coups avant d'atterrir derrière sa cible qui essayait de rejoindre son bureau.

Il le rendit inconscient sans plus tarder, miroitant les gestes d'une de ses anciennes collègues qui venait de neutraliser sa propre cible à des centaines de kilomètres de là. Puis il projeta un bouclier de kido afin de garroter le corps assommé à ses pieds sans craindre de nouveaux tirs. Une explosion l'interrompit dans son travail et il releva la tête pour constater qu'une des armes avait explosé dans les mains de son propriétaire. Il ne restait plus grand-chose de ce dernier et ses collègues décidèrent prudemment les armes qu'ils tenaient encore. Sa première tâche accomplie et ne craignant plus grand-chose de son public, il s'avança vers eux en souriant.

Cette fois-ci, c'est une vibration dans sa poche qui cassa son effet. Il saisit le portable avec un soupir amusé et l'activa. La voix de Tessai Tsukabishi résonna dans la pièce.

« Capture terminé au labo numéro 2. Je rassemble les preuves et je pose les pièges. »

Urahara envoya rapidement une confirmation de bonne réception avant de s'adresser à la vingtaine de personnes face à lui.

« Vous l'avez entendu ? Plus de temps à perdre ! A nous, mesdames et messieurs ! »

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« Si vous voulez bien me suivre, Oshiro-san. »

Le Serpent hocha la tête et se laissa guider par le serviteur qui l'avait accueilli à l'entrée du domaine. Il apprécia avec une admiration non dissimulée la beauté des jardins qu'ils traversaient, jusqu'à un pavillon éloigné de quelques centaines de mètres de ce qui devait être la résidence principale.

Il remarqua des gardes dissimulés discrètement çà et là à travers l'élégante architecture traditionnelle. Le chef des Kuchiki tenait apparemment à sa collection comme à la prunelle de ses yeux.

Celui-ci l'attendait justement à l'entrée du pavillon.

« Oshiro-san, merci d'avoir répondu à à mon invitation. » Le salua-t-il simplement.

L'interpellé s'inclina et répondit avec jovialité. « Byakuya-sama. Je ne pouvais pas manquer l'occasion de contempler les chefs d'œuvre que vous m'avez vanté. »

« Je vous propose de nous rendre tout de suite dans la galerie dans ce cas. Mes serviteurs ont préparé une cérémonie du thé à l'issue de notre visite. »

Kinnori remercia chaleureusement son hôte qui le précéda jusque dans une salle toute en longueur où étaient exposés certains de ses trésors.

Tableaux, calligraphie, bois sculpté, broderies dignes d'une fée, les œuvres se côtoyaient dans une harmonie soigneusement étudiée, sans nuire à ses voisines mais plutôt en les enrichissant de ses propres merveilles. Tout respirait l'amour du beau et l'incroyable talent que seules de nombreuses années de pratique peuvent produire : cette patience dans le travail qui transparaissait jusque dans l'œuvre, la recherche d'une révélation au sein de chaque courbe du bois et chaque trait du pinceau, l'aspiration à quelque chose qui nous dépasse.

Tout en étant amateur d'art, Oshiro avait largement exagéré son appréciation pour ces choses et avait inventé de toute pièce ses actions de mécène. Cependant, même sans arriver à déchiffrer les incroyables ressources engagées dans la création de chacune de ces pièces, décryptage possible seulement après une longue éducation de l'œil et de l'âme, il ne put empêcher l'émotion qui l'étreignit soudain alors qu'il les contemplait.

L'émotion fut de courte durée toutefois. Car il se retrouva soudain enfermé dans une cage transparente luisant d'une étrange lumière jaune. Il reconnut aussitôt un sort de kido. Se retournant brusquement vers son hôte, il recula face au mépris et à la colère affichés par un visage d'ordinaire impassible.

« Qu'est-ce que cela signifie ? » Demanda-t-il, craignant que sa supercherie ait été découverte. Mais cela ne justifiait tout de même pas une telle réaction, non ?

« Kinnori Oshiro, aussi connu sous l'alias du Serpent. Vous êtes en état d'arrestation pour actes de haute trahison envers la Soul Society afin de comparaitre face au tribunal de la chambre des 46. »

Son visage se décomposa. Parmi tous les scénarios prévus pour cette visite, celui-ci ne lui avait pas traversé l'esprit.

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Seule personne immobile au milieu de l'agitation et de la cohue régnant dans la cour ceinte de murs épais, l'Abeille notait les rapports de ses adjoints sur le nombre de caisses et l'état de leur contenu avant de leur attribuer une destination. Cinq charrettes attendaient de recevoir la fin de leur chargement avant de partir le distribuer à travers le Rukongai.

Il devait y avoir une trentaine de personnes courant par-ci, déchargeant par là. Cet arrangement n'allait pas faciliter la capture de l'Abeille et Unohana écartait les solutions les unes après les autres.

Agacée, et décidant que la stratégie de son époux avait décidemment du bon, elle se concentra afin que son reiatsu envahisse toute la cour, sans pour autant en franchir les murs. En tant que médecin, elle avait affiné le contrôle de sa pression spirituelle jusqu'à repousser certaines limites du possible. C'est ainsi qu'elle était capable de la contenir sur des zones bien déterminées, à la grande admiration de nombre de ses collègues qui ne pouvaient en dire autant.

Ayant discrètement propagé son énergie sur l'étendue voulue et pas un centimètre de plus, elle la laissa alors déployer toute sa puissance en un vrombissement assourdissant. Ça et là, des bruits sourds et mous marquèrent la chute des corps autour d'elle alors qu'elle s'avançait vers sa cible principale. Seule l'Abeille demeura debout, stupéfaite et un brin paniquée, pointant une arme sur elle.

Le capitaine sourit.

L'Abeille pâlit davantage et appuya sur la détente.

Avant même que le son de la détonation ne se soit éteint, la shinigami avait déjà franchi la trentaine de mètres la séparant de sa cible. La main de l'Abeille trembla et elle ne parvint pas à tirer une seconde fois, désarmée par son adversaire.

« Heureusement pour vous, j'ai reçu des ordres. Autrement, vous auriez regretté avoir osé toucher à ma fille. »

Le coup assené par Unohana la mit K.O. et cette dernière chargea le corps sur son épaule tout en ramassant les papiers tombés à terre. Maintenant que l'Abeille était hors d'état de nuire, elle avait des preuves à rassembler, des champs à détruire et des entrepôts à condamner, le tout dans la plus grande discrétion.

Elle soupira et se mit au boulot. Une fois qu'ils en auraient fini avec toute cette histoire, elle s'offrirait une journée au spa des femmes shinigamis. Elle pourrait même proposer à Soi Fon et Kohana de se joindre à elle.

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Le Hueco Mundo est un lieu gigantesque abritant des monstres qui ne cessent de s'entretuer entre eux et donc de contribuer à leur propre dépeuplement. Le ravitaillement en nouvelles victimes est assez efficace, mais il subsiste néanmoins une certaine tranquillité, nous pourrions même dire un calme plat, dans la grande majorité des territoires.

Je dis bien : la grande majorité.

Ce petit coin de désert était apparemment l'exception confirmant la règle.

Un voyageur s'approchant à moins de 5km de l'endroit en question aurait vite compris que cela sentait le roussi. Littéralement.

Des panaches de flammes s'élevaient dans les airs, comme de lourdes plumes d'autruche se baladant au vent depuis le couvre-chef du général les arborant. Des explosions tentaient de rivaliser avec les plus beaux feux d'artifice, compensant par le bruit et l'ampleur ce qu'elles ne pouvaient espérer atteindre en élégance et esthétique.

A partir d'un kilomètre, on entendait les hurlements et vociférations des protagonistes. La décence ne saurait souffrir que les propos exacts soient retranscrits dans ce récit. Il suffit de savoir que bon nombre d'injures et de menaces en tout genre étaient échangées avec une certaine délectation et une indéniable créativité.

Des petits groupes tentaient de résister avec plus ou moins de vaillance à l'assaut, utilisant leurs capacités personnelles ou des armes étranges qui avaient la fâcheuse tendance de poser presque autant de danger au doigt posé sur la gâchette qu'à la cible vers laquelle elles pointaient.

Alors qu'un enragé coiffé d'une tignasse bleue s'égosillait tout en taillant allègrement ça et là, qu'une femme à la longue chevelure verte se démenait tout autant mais avec plus de finesse et que divers âmes à la tête recouverte de masques riaient, insultaient, anéantissaient ou esquivaient les coups sans battre un cil, deux fraccions difformes se tenaient à distance, attribuant un nombre de points correspondant à la beauté de l'attaque physique ou verbale, tout en pariant sur les possibles vainqueurs du concours.

Grimmjow et Hiyori prenaient la tête du classement, au grand désespoir des deux lurons qui encourageaient leur espada favorite à grands renforts d'acclamations et de conseils.

Apparemment, certains profitaient outrageusement de la situation pour passer leurs nerfs sur des victimes qui n'avaient rien d'innocent.

Que voulez-vous ? L'attente et la cohabitation avaient été plus que longues et laborieuses.

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« Ha, et Tamaki, n'oublie pas les consignes spéciales que je t'avais données il y a quelques mois. »

Son homme à tout faire, acolyte fidèle transformé par le besoin en majordome, le regarda l'air surpris avant qu'une lueur de compréhension ne traverse son regard.

« Bien entendu, Isahi-san, je m'en charge. Bonne chance. »

Le Chef sourit avec ironie tout en ne quittant pas des yeux l'écran de surveillance sur lequel une porte venait de bouger imperceptiblement sans qu'un coup de vent en soit la cause. Il avait bardé son refuge des ingénieuses technologies du monde des vivants, adaptées par les bons soins du Corbeau à l'environnement de la Soul Society.

Il ne laissait rien à la chance. Elle était bien trop versatile à son goût.

Sur un autre écran, il vit son majordome en train de bloquer certains accès, d'appuyer sur quelques boutons pour en ouvrir d'autres, avant de se faufiler dans un passage discret qui se referma derrière lui.

Il trouverait quelques mètres plus loin une mallette dans une cache remarquablement dissimulée. Munie de celle-ci, le majordome s'assurerait que le rat qui l'avait dénoncé paye avec le reste. Et pourrait acheter le silence des uns et le soutien des autres pour sortir son maître de la mauvaise passe dans laquelle il se trouvait.

Mais il n'était pas dit que le Chef ne tenterait rien de son côté.

Rassemblant rapidement quelques affaires, il actionna à son tour une porte coulissante, basse et étroite, qui s'ouvrait sous son bureau. Il devrait ramper sur quelques mètres puis, le passage s'élargissant, il pourrait prendre ses jambes à son cou et tenter de se noyer dans l'anonymat de la foule.

Mais alors qu'il se retournait pour faire face à ladite porte, il se retrouva quasiment nez-à nez avec Kyoko Shiba et recula d'un pas sous l'effet de la surprise.

Avec tous les lâches, les vénaux et autres ambitieux qui composaient sa clique, il ne s'attendait pas à ce que ce soit elle. La déception l'envahit, tout autant qu'une certaine mesure d'admiration pour celle qui avait si bien cacher son jeu.

Elle avait dû le duper depuis le départ, une femme comme elle ne changeait pas d'avis comme de chemise.

« Kyoko-san, quelle surprise. Je ne m'attendais certainement pas une visite de votre part. »

Le visage de la jeune femme était complètement illisible. Elle allait s'avérer une adversaire retorse.

« Quoi que vous ayez pu prévoir, très chère, je crains que vous ne soyez pas suffisamment habile pour moi. J'avais pris des mesures pour ce genre de possibilité bien avant que vous n'entendiez parler de moi. Je ne sais pas trop comment vous êtes demeurée invisible, une aide de nos amis shinigamis sans doute ? Dans tous les cas, j'ai fait installer des portes extrêmement sensibles au moindre mouvement. Leurs charnières ne manquent pas de ressorts, si vous m'excusez le mot d'esprit. J'ai donc eu tout loisir de déclencher plusieurs alertes. J'ai suffisamment de preuves contre vous pour faire douter le juge le plus impartial. Et vous savez mon talent oratoire. Il vaudrait bien mieux pour vous, et pour votre clan, que nous restions bons amis. »

Quelque chose lui titillait le cerveau, un souvenir par rapport à ce qu'il venait de dire. Rester invisible. Invisible mais bien présente puisque la porte avait bougé. Tout comme… la lieutenante disparue de la 2nde division !

Kohana vit les rouages s'enclencher dans sa tête et sourit légèrement tout en déconstruisant soigneusement les mailles de l'illusion recouvrant son visage. Elle abandonna avec soulagement et pour la dernière fois cette peau qui n'était pas la sienne.

« Incroyable. » Souffla le Chef devant cette lente métamorphose. La jeune femme qui lui faisait face n'avait rien de l'aristocrate élégante, aux traits fins, quoique déterminés, et au teint délicat. Cernes permanentes, légères cicatrices à peine visibles, comme des mauvais souvenirs d'un cauchemar passé, yeux attentifs au moindre détail et constamment hantés, mâchoire serrée et lèvres pincées.

« Je suis Kohana Mumei, Lieutenant de la 2nde division du Gotei 13. »

Il avait là le chef des renseignements de l'Onmitsukido, mais il comprit immédiatement que c'était un assassin qui se trouvait devant lui, et non un espion. Face à l'urgence de la situation, il adopta rapidement une autre tactique.

« Kyoko Shiba est peut-être inatteignable. Mais avez-vous la moindre idée du nombre de personnalités très haut placées et qui pourraient se retrouver impliquées dans cette histoire ? Arrivez-vous à imaginer la pression et les ordres qui vont pleuvoir sur le dos de votre capitaine et sur le vôtre pour sauver leur peau ? »

Son ton s'était fait presque compatissant, il parlait avec l'assurance de la vérité, inébranlable dans ce qu'il savait être inéluctable. Et il observait depuis le tout début les mains crispées et le corps tendu comme un arc par il ne savait quelle appréhension. La peur. Seul son œil aiguisé et son expérience lui avait permis de la reconnaître. Elle était entrée dans cette pièce en même temps que la shinigami. A cause de quoi, pas d'idée encore. Mais cette émotion-là, il pouvait l'exploiter.

« Ils demanderont que l'affaire soit étouffée. Et comme ça ne sera pas possible de tout garder sous silence, il faudra trouver des boucs émissaires. Et savez-vous qui, dans ce genre d'histoire, se retrouve assailli par la horde, attaqué de toute part, à fuir partout jusqu'à se retrouver encerclé, condamné, terrassé ? Celui qui a donné l'alerte, celui qui cherche à rendre justice, qui s'auto-proclame défenseur de la loi.

Oui, ma chère, vous.

Vous serez la victime immolée sur l'autel des intérêts. Ils n'auront que faire de vous. Votre nom même indique que vous venez du Rukongai, et pas de n'importe quel quartier non plus. Pas de clan pour vous couvrir sous son manteau, pas d'empire commercial pour acheter les silences, ni de nom illustre pour détourner les coups. Vous. Serez leur cible.

Et ils n'auront de cesse de vous poursuivre jusqu'à ce que votre dernière goutte de sang soit séchée. Alors, ils s'assiéront avec satisfaction et contentement à la table du dîner, confiants dans leur pouvoir exercé et leur tranquillité achetée par votre vie.

Alors, où sera-t-elle, cette justice que vous tentez d'appliquer en me confrontant aujourd'hui ? Vous serez son échec le plus retentissant, un exemple montré du doigt par tous les puissants afin de faire ployer et pleurer les faibles.

Mais moi, je vous donne un moyen, un espoir ! La possibilité de renverser tous ceux qui ont profité de vous depuis votre naissance, qui vous ont piétinée, insultée, ignorée ou méprisée. Ils ont eux-mêmes prouvés qu'ils n'étaient pas dignes de siéger au tribunal de la société. Nous pourrions les y remplacer et rétablir les affronts que nous avons subis, les blessures qu'ils nous ont infligées.

Croyez-vous que je n'apprécie pas votre véritable valeur ? Vous avez été l'acolyte la plus fiable, l'adversaire le plus redoutable qu'il m'ait été donné de rencontrer. Vous avez réussi à tromper mes sens et mon intuition, à jouer un rôle comme personne n'aurait pu l'imaginer. Et vous avez été plus noble, intelligente, habile et diplomate que tous ces aristocrates dont vous avez pris le nom, le visage et les vêtements. Même mortellement blessée à la suite de notre première rencontre, vous avez organisé votre disparition, réussi à contacter un médecin, trouver des alliés. Et vous êtes revenue face à moi, bien vivante et sous un autre visage, une autre personnalité. Vous vous êtes infiltrée dans mes rangs, appris les noms de mon public, jusqu'à découvrir mon repère que nul ne connaissait.

Imaginez un peu ce que nous arriverions à accomplir ensemble, si seulement nous le voulions. »

Appréhensions et angoisse, colère et indignation suivi de la révolte et de la douleur de blessures fraîches comme anciennes. Espoirs soufflés jusqu'à sombrer dans la pénombre et que l'abîme sombre l'emporte. Jusqu'à ce qu'une seule petite flamme soit rallumée, une qu'il agitait en appât devant ses yeux avant de faire intervenir reconnaissance, fierté, orgueil, et promesse d'une intelligence capable de répondre à la sienne.

Sa voix et sa posture avaient muées au fil de son discours, berçant ses sens de leurs rythmes afin que ses paroles deviennent vérité intouchable. Ses yeux ne l'avaient jamais quittée, exprimant des émotions qu'il ne ressentait pas, tout en épiant le moindre signe de faiblesse de sa part.

Kohana aurait voulu fermer ses yeux et ses oreilles, mais elle savait qu'il n'attendait que cela pour fuir. Elle l'avait alors dévisagé sans ciller, incapable d'agir alors qu'il déployait tout son talent pour l'hypnotiser et la convaincre.

Et dans sa tête, les mêmes images repassaient en une boucle inlassable et lancinante, formant un écran sur tout ce qu'il tentait de lui inspirer. Alors, elle ouvrit ses mains jusque-là recroquevillées en poings, lâcha doucement un souffle cherchant à s'affoler et desserra sa mâchoire crispée. Son choix avait été fait de longue date. Et la personne en face d'elle était physiquement bien plus faible et novice qu'elle, quel que soit l'ascendant qu'il essaye de prendre avec ses voiles d'illusion. Elle était la reine sur ce plateau-là, et lui, un roi sans tours ni fous.

« Non. »

Le Chef recula stupéfait, comme claqué par la violence du refus.

« Il y a quelques décennies encore, vous auriez peut-être réussi à me faire hésiter. Mais vous avez commis une erreur grossière. Vous avez reproduit tous les comportements de mes anciens bourreaux. En pire. Pas un seul instant, vous ne vous êtes soucié de toutes ses victimes que vous fouliez au pied. Pas un seul instant, vous n'avez hésité à utiliser le Rukongai comme de la chair à canon et de la main d'œuvre facile.

Vous parliez de notre première rencontre ? Alors même que j'étais en train de crever à cause du poignard planté dans mon dos, j'entendais encore les lamentations et la terreur des esclaves enfermés dans vos entrepôts. Je revois toujours le visage de cet enfant qui a préféré un sachet de Silâme plutôt que l'espoir d'être tiré de ce trou à rat.

Meurtres et tentatives de meurtre, tortures, mensonges, corruption, vols, chantage, extorsion, culture et propagation d'une drogue addictive privant les victimes de leur libre-arbitre, manipulation de masse, haute-trahison envers la Soul Society, tentative de manipulation de la chambre des 46, tentative de renversement du Gotei 13, fabrication illicite d'armes, et j'en passe. Il n'y pas un seul moment où vous avez œuvré pour le bien commun, le sens de la justice, de l'honneur, ou même du simple respect dû à toute personne. Vous avez peut-être réussi à berner votre audience avec de belles paroles. Mais cela fait longtemps que je n'écoute plus les gens comme vous. J'observe ce qu'ils font.

Tout ce que vous avez fait a été pour vous et vous seul, Isahi-san. Les autres n'ont jamais été qu'un moyen d'atteindre vos ambitions personnelles, un moyen que vous avez piétiné dès que cela vous arrangeait. C'est pourquoi, vous êtes en état d'arrestation. »

Le Chef sourit de toutes ces dents, essayant de cacher par son aplomb extérieur la peur qui commençait à l'étreindre.

« Belle liste, n'est-ce pas ? J'espère que vous avez des preuves solides de ce que vous avancez. Il n'en reste pas moins que j'ai raison. Plusieurs membres de la chambre des 46 et des 4 grandes maisons sont impliqués dans cette histoire. Si vous commencez à vouloir laver notre linge sale, vous allez avoir les personnages les plus influents de ce monde qui vont vous tomber dessus et vous faire taire par tous les moyens possibles. Croyez-vous vraiment qu'ils vont accepter que je comparaisse devant un tribunal ? Vous êtes très naïve, en dépit de votre position. »

« C'est pourquoi, la sentence a été prononcée en huis-clos et en absence du condamné par un représentant de la chambre des 46. »

« Et je vous croyais un vrai petit soldat de la justice ! Vous savez que c'est généralement mal vu comme procédé ? En plus, ça ne suffira pas à vous tirer d'affaires. Même si vous m'éliminez, tout mon réseau continuera de fonctionner et de semer la pagaille. Sauf que je ne serai plus là pour leur dire de stopper. Vous devriez vraiment revoir votre stratégie si vous ne voulez pas voir la Soul Society plongée dans le chaos et l'anarchie. »

« Rassurez-vous, vos acolytes ont eu droit eux-aussi à une petite visite. »

Voir la peur changer de camp eu un effet étrange sur Kohana. C'était la première fois qu'elle donnait le temps à sa cible de répondre. La première fois qu'elle constatait l'effet d'une sentence sur sa victime. Qu'elle entendait avec eux le claquement définitif des issues qui se fermaient une à une.

Alors même qu'elle était soulagée de ne plus être celle en proie à la terreur, un dégoût profond l'envahissait. Elle avait l'impression de devenir le reflet de ceux qu'elle haïssait de toute son âme.

« Isahi-san, vous avez été condamné à mort par la chambre des 46. La sentence est effective immédiatement. »

Et sans même lui laisser le temps de sortir son arme, elle dégaina son zanpakuto et lui trancha la gorge, d'un geste perfectionné par les heures d'entraînement.

Lame nettoyée et rangée dans son fourreau, elle s'adossa contre le mur et essaya de maîtriser les tremblements qui la parcourait.

A l'embrasure de la porte, Yoruichi la dévisageait sans rien dire. Kohana leva enfin les yeux vers elle et le chat lui fit signe de la suivre en bas.

Elles retrouvèrent dans la cuisine le majordome soigneusement ligoté et inconscient.

« C'est un sacré combattant. Il a dû avoir un prof à un moment car ses gestes sont précis. Et ça se voit qu'il a engrangé pas mal d'expérience aussi. Mais voilà, il ne s'attendait pas à un chat. »

Et sur son museau, elle arborait un large sourire moqueur et satisfait.

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- 11 ans après la défaite d'Aizen -

« Vous m'avez fait appeler, Capitaine ? »

Soi Fon et Omaeda arrêtèrent brusquement leur concertation à l'arrivée de la jeune femme. Pour une fois, le lieutenant n'avait pas son air de tire-au-flanc fier comme un paon mais observait attentivement sa disciple, comme s'il souhaitait confirmer une décision.

Soi Fon ne laissait rien paraître. Elle lui fit simplement signe de la suivre, Omaeda fermant le cortège derrière elles.

Kohana n'y comprenait rien, mais elle avait l'habitude de ne pas trop poser de questions, sachant qu'elle finirait par obtenir des réponses tôt ou tard.

Ils se retrouvèrent, à sa grande surprise, dans l'une des plus grandes salles d'entraînement de la division. Une surprise doublée de stupéfaction en découvrant les spectateurs qui les y attendaient.

Les 4ème, 5ème et 6ème sièges se tenaient côte à côte, immobiles et songeurs, tandis qu'Unohana patientait calmement un peu à l'écart. Il n'y avait personne d'autre sinon eux.

Seul le 3ème siège était absent parmi les haut-gradés de la division. Il venait d'être tué au cours de sa dernière mission et Soi Fon n'avait pas encore nommé son successeur, attendant que la période de deuil soit achevée.

Kohana essayait d'analyser tant bien que mal la situation sans arriver à des conclusions satisfaisantes. Mais il semblait de plus en plus évident qu'elle allait devoir passer un test. Allaient-ils finalement la radier de l'Onmitsukido si elle échouait ? Pourquoi maintenant ? Devait-elle prouver quelque chose ?

Omaeda brisa son fil de pensées en lui balançant à la figure un gros rouleau du scotch rouge qu'ils utilisaient pour leur entraînement. Ça, elle le comprit. Ce scotch servirait autant aux examinateurs pour vérifier qu'Omaeda ne mentait pas en faveur de son élève, qu'à elle-même pour s'auto-persuader qu'il ne s'agissait que d'un entraînement comme les autres, et ainsi pouvoir se concentrer sur le combat.

Elle se prépara méthodiquement, profitant de ce répit pour bloquer son tumulte intérieur derrière le mur habituel et pour contrôler son souffle. Forçant mentalement son public à rentrer dans le décor de la salle, elle se mit en position.

La voix de Soi Fon donna le signal et Omaeda attaqua sans plus attendre. Prise au dépourvu, car il avait l'habitude de la laisser prendre l'offensive, elle perdit pied dans les premiers temps. Cette fois-ci, il rendait les coups et la vieille peur commença à pointer l'affreux bout de son nez. Mais c'était Omaeda. Ils se battaient ensemble depuis des décennies et ce type était non seulement un maître et un supérieur qu'elle respectait mais aussi un gros nounours affectueux sous des abords bourrus et une vanité à rebuter les plus persévérants. Pas après pas, attaque après esquive, elle commença à rendre coup pour coup elle aussi, comptant ses inspirations et ses expirations afin de ne laisser aucune prise à la panique, que ce soit sur son esprit ou son corps.

Le lieutenant était sérieusement entraîné au combat, mais face à un adversaire bien plus petit que lui et incroyablement rapide, il avait un certain désavantage. Surtout qu'ils ne pouvaient utiliser ni le kido ni même leur zanpakuto. Toutefois, il connaissait ses habitudes mieux que personne et réussissait à parer, esquiver et riposter tour à tour. Le combat était équitable et des scotchs rouges commencèrent à consteller le shihakusho du shinigami.

La voix de Soi Fon retentit à nouveau pour faire cesser le combat. Essoufflé, Omaeda regarda le nombre de points rouges sur lui avant de rire et de flanquer une grande tape dans le dos de sa disciple avec un retentissant « Bien joué, petite ! ».

Kohana reprit peu à peu son souffle. L'échange avait duré 10 minutes. Et bien qu'elle ait bâti une sacrée endurance depuis son plus jeune âge, la fatigue commençait à se faire sentir.

Les gradés entamèrent une discussion après qu'Omaeda les eut rejoints, commentant certainement le combat et cette étrange évaluation qu'ils lui faisaient passer.

Elle pensait en avoir terminé lorsqu'elle réalisa avec une horreur non dissimulée que Soi Fon s'était défait de son haori et de son zanpakuto pour s'approcher d'elle puis se mettre en garde.

Le capitaine. Elle allait devoir se battre contre le capitaine. Mais ils étaient complètement tarés ! En fait, pourquoi est-ce que ça l'étonnait ? C'était bien le genre de tour qu'ils étaient capables de lui jouer.

Mais là encore, elle se retrouvait face à une personne qu'elle avait côtoyé et observé depuis des années. Elle avait confiance en son chef plus qu'en toute autre personne, le lieutenant excepté. A moins d'avoir commis une sérieuse erreur, elle n'avait pas à la craindre. Maintenant, il allait falloir réussir à convaincre son corps de ce fait afin de le forcer à se mettre en mouvement.

Une seconde fois, elle prit ses appuis, leva ses mains, et entama la longue litanie des souffles à prendre et exhaler. Au signal, Soi Fon bondit et la mit au tapis sans prévenir. Sa vitesse n'avait rien à voir avec celle d'Omaeda. Kohana ne pouvait se permettre de relâcher son attention une seule seconde. Elle se releva immédiatement et ses instincts reprirent le dessus, devinant le coup quand ses sens lui faisaient défaut.

Mais elle ne devait pas fuir. Esquiver et parer oui, se replier, d'accord, mais fuir, non, ou bien, elle échouerait lamentablement. Personne ne s'attendait à ce qu'elle arrive à la vaincre. C'était complètement con. Non, ils voulaient qu'elle affronte quelqu'un qui était désespérément plus forte, rapide, expérimentée et dangereuse qu'elle. Qu'elle essaye quand bien même il n'y ait pas d'espoir de réussite. Ils voulaient la tester sur sa plus grande difficulté.

Soi Fon, c'était Soi Fon, la capitaine. Elle pourrait l'envoyer à l'hôpital, oui, mais elle ne la tuerait pas. Elle ne l'abîmerait même pas tellement que ça puisque Unohana était dans la pièce. Elle pouvait le faire. Elle devait le faire. Alors, rassemblant tous les débris de son courage, elle tenta vainement de monter une défense.

Les cinq spectateurs eurent droit à l'une des plus belles démonstrations de shunpo et de hakudo à laquelle il leur ait jamais été donné d'assister. Les deux femmes enchaînaient coups et esquives, virevoltaient dans la pièce en flashs à peine perceptibles, disparaissaient à un coin pour réapparaître à l'opposé. Et Kohana tombait de moins en moins, se relevait toujours plus vite à chaque coup donné, une drôle d'énergie exhilarante envahissant ses poumons pour venir au secours du souffle qui lui manquait.

Elle la voyait. Où qu'elle aille, où qu'elle frappe, elle arrivait à distinguer les mouvements de sa capitaine, à esquiver la plupart d'entre eux et parfois même, à riposter. Elle n'en croyait pas ses propres yeux mais était trop perdue dans la joie et l'intensité du combat pour arriver à analyser quoi que soit à côté.

Puis une voix retentit. Soi Fon arrêta immédiatement son coup et Kohana reprit lentement contact avec la réalité. Elle tomba à genoux par terre, complètement épuisée. Mais elle eut le temps d'apercevoir un léger sourire sur le visage de son capitaine, ainsi qu'une satisfaction et une approbation non dissimulées dans ses yeux.

Elle avait réussi.

Et deux petites larmes coulèrent discrètement au coin de ses yeux.

Ils la laissèrent en paix pendant dix minutes, le temps qu'elle reprenne quelques forces et s'abreuve. Mais ils n'en avaient pas terminé avec elle, comme elle le comprit en observant l'âpre discussion qui se tenait entre les membres de la 2nde division. Unohana restait dans son coin, lançant seulement un commentaire par moment et l'encourageant d'un sourire quand elle croisait son regard.

C'est alors que le 4ème siège s'avança à son tour vers elle.

« Ce sera ton dernier test, Mumei. Tu as fait des progrès impressionnants par rapport à tes premières années ici. Mais nous savons que tu as passé des heures à t'entraîner avec le lieutenant et le capitaine. Alors, tu vas maintenant devoir te battre contre une personne que tu n'as jamais affrontée et que tu ne connais pas. Et cette fois-ci, tu dois remporter le combat. Pas seulement réussir à rendre les coups. »

Kohana était éberluée, ayant du mal à croire ce que son intelligence lui soufflait. Est-ce qu'ils ? Non, ce serait complétement tar…

Elle devait définitivement rayer cette phrase de son vocabulaire en ce qui concernait l'Onmitsukido. Depuis quand est-ce que Soi Fon et Omaeda agissaient selon les normes ? Et ils étaient bien capables de lancer une idée aussi saugrenue. Ce qui expliquerait le test, et les témoins choisis : les plus haut-gradés de la 2nde division et de l'Onmitsukido et des gens qui ne la portait pas forcément dans leur cœur. Ainsi qu'un capitaine extérieur pour toute impartialité, et au cas où il y aurait besoin de soigner un mourant.

Réussirait-elle ? Elle ne s'était jamais battue contre un inconnu. C'était son supérieur mais elle ne le connaissait pas plus que ça, n'ayant jamais eu affaire à lui. Cette douleur sourde commença à tordre son estomac et la sueur qui coulait sur son front n'était pas due qu'aux efforts précédents. Mais Omaeda, Soi Fon et Unohana étaient là. Ils interviendraient dès que ça partirait en vrille. Et il n'était pas Eux. C'était un collègue. Il la testait mais il ne cherchait pas à lui faire mal ou à la tuer. Il n'y avait aucune colère, violence ou méchanceté en lui. Pas contre elle en tout cas. Il fallait qu'elle y arrive, autant pour elle que pour prouver à son capitaine et à son lieutenant qu'ils avaient eu raison de lui faire confiance.

Sa lutte mentale fut bien plus âpre cette fois-ci, et ses membres tremblaient légèrement alors qu'elle se mettait en garde face à son troisième adversaire. Soi Fon ordonna le début du combat mais son adversaire n'attaqua pas immédiatement. Il avait vu ce dont elle était capable face à ses adversaires précédents et avait opté pour la prudence.

C'est ce qui fit pencher la balance en faveur de Kohana. Aurait-il agi tout de suite, elle n'aurait sans doute pas réussi à prendre le dessus. Mais son attitude précautionneuse lui permit de consolider le mur. Sans trop savoir comment, elle attaqua.

Il s'attendait à sa vitesse. Elle fut surprise par sa lenteur. Sortant d'un combat avec Soi Fon, la personne la plus rapide de la Soul Society hormis Yoruichi-sama, elle ne s'attendait pas à un tel écart avec le 4ème siège. Et à sa grande stupéfaction, ce fut elle qui prit la main dès le départ. Elle réalisa avec stupeur qu'il peinait à voir tous ses coups. Pris au dépourvu, il se retrouva sur la défensive plutôt que l'attaque et ne projetait aucune aura menaçante qui aurait pu la ralentir et la faire chuter dans le cercle vicieux de la terreur.

Cette fois-ci, ce n'est pas une voix mais son propre coup qui marqua la fin du combat. En conditions réelles, elle l'aurait tué.

Alors qu'elle reculait, stupéfaite et muette, elle se rendit compte qu'elle avait remporté son premier combat. Une drôle de sensation lui tordit le ventre. Elle ne savait pas si elle était heureuse ou … ou quoi ?

Le 4ème siège s'inclina face à elle et elle lui rendit son salut. Puis, il lui fit signe de le suivre jusqu'au jury improvisé.

« Je n'ai plus aucune objection, Capitaine. » Annonça-t-il simplement.

Soi Fon hocha la tête et se tourna vers Kohana.

« Kohana Mumei. »

Celle-ci se mit immédiatement au garde-à-vous.

« Compte tenu de votre historique de missions, de votre ténacité et de votre loyauté, de vos contributions considérables avec le plan de réorganisation des Forces Spéciales et de la 2ème division, ainsi que l'installation d'un réseau d'informateurs dans le Rukongai, de la qualité de votre enseignement auprès des recrues qui a souligné vos capacités de commandement et de management, compte tenu également des résultats de ces trois combats qui prouvent les progrès accomplis face à un handicap jugé insurmontable, et étant donné que vous remplissez déjà officieusement le rôle d'adjoint auprès du lieutenant Omaeda, ayant ainsi acquis une excellente connaissance de la façon de gérer une division, je vous nomme 3ème siège.

Il est d'usage que cet officier dirige également l'unité de détention des Forces Spéciales. Cependant, au vu de vos compétences et de vos faiblesses et après consultation avec le lieutenant Omaeda, j'ai décidé de vous confier les Forces de Sécurité du Seireitei tandis que le lieutenant se chargera de l'Unité de Détention.

Pour toutes les raisons énoncées plus haut, je n'admettrai plus aucune objection de la part des membres de ma division et des forces secrètes. Est-ce bien clair ? »

« A vos ordres, mon capitaine. » Répondirent d'une seule et même voix ses subordonnés.

3ème siège. Elle était 3ème siège. Elle, la petite gamine maltraitée, bourrée de complexes et rongée par une terreur incessante et invincible. Et en plus de ça, elle devenait le chef des Forces de sécurité.

Quelqu'un là-haut était en train de se payer leur tête à tous.