CHAPITRE 10 : Distractions
Severus chancela entre les arbres de la forêt interdite, ses déplacements rendu difficiles par les tremblements incontrôlables donc il souffrait. Même après avoir pris sa potion, la combinaison du Doloris et de ses souvenirs rendait quasi-impossible pour l'homme de rester stoïque. De petites fissures commençaient à apparaître dans la carapace qu'il s'était forgé. Il s'arrêta pour s'appuyer lourdement contre un arbre, en prenant de nombreuses respirations, il pouvait voir la cabane du jardinier, juste après la ligne d'arbres devant lui et il savait qu'il devait apparaître imperturbable, il ne pouvait pas se permettre de laisser quoi que ce soit transparaître, sans quoi, il attirerait les soupçons.
Après un long moment, Severus s'estima satisfait du masque qu'il s'était efforcé de rétablir, il s'avança donc vers l'entrée principale d'une démarche plus assurée, conscient que Dumbledore voudrait un rapport avant qu'il ne puisse panser ses plaies. Il pouvait sentir le léger tremblement de ses membres, mais était convaincu que les couches de lourdes robes qu'il portait le dissimuleraient. Ses pas étaient réguliers et son rythme assez rapide pour qu'aucun ne lui prête vraiment attention. Il traversait le hall d'entrée vers la gargouille bloquant l'entrée du bureau du Directeur, lorsqu'il vit une ombre se déplacer dans un autre couloir. Sa baguette sortie par réflexe alors qu'il se dirigeait spontanément vers cette direction, alerte. C'est alors qu'il vit une petite forme tentant de se dissimuler dans l'ombre. Il se permit d'afficher un rictus avant de gronder « montrez-vous ! ». Deux premières années apparurent alors aussitôt devant lui. Potter et Weasley.
« En retenue, sept heure, mon bureau, demain soir ! 30 points en moins pour Gryffondor », déclara-t-il en toisant les deux garçons, « maintenant, expliquez-vous. Que faites-vous en dehors de vos lits ? », l'heure du couvre-feu était, effectivement, largement dépassée.
« On étudiait », répondit Weasley.
« Nous nous sommes perdus Monsieur », ajouta Potter sous le regard choqué et effrayé du rouquin.
« Bien, j'imagine que vous connaîtrez le chemin jusqu'à votre lit en partant de la Grande Salle ? », interrogea Severus, sarcastique, avant de recevoir une paire d'acquiescements. « C'est au niveau de l'angle ici, sur la gauche. Vous avez quinze minutes pour retourner à votre dortoir, malheur à vous si je vous retrouve dans les couloirs après avoir parlé au professeur McGonagall », acheva Severus, satisfait des expressions horrifiées affichées par ses élèves, qui s'empressèrent de partir en courant dans la bonne direction.
Il retourna vers la gargouille, furieux d'avoir fait face à des premières années après la soirée qu'il avait eue. Ce n'était que le début de la nuit et il n'était pas d'humeur à s'occuper d'imbéciles. Si bien qu'il cria presque le mot de passe "sorbet citron".
Après avoir frappé rapidement et reçu un « Entrez », Severus pénétra dans le bureau du Directeur, s'avança jusqu'à la chaise situé en face de Dumbledore.
« Du sorbet citron ? » proposa Albus en lui tendant la dégoutante friandise. Severus se contenta de jeter un œil dégoûté et de refuser l'offre d'un signe de tête. « Tu es d'humeur massacrante ce soir, Severus," répondit le Directeur en mettant le bonbon dans sa bouche.
« Il m'a appelé »
« Est-ce pour cela que je ne t'ai pas vu de la journée, mon garçon ? »
« Non, mais là n'est pas la question Directeur », continua le sorcier, décidé à commencer son rapport, avant d'être interrompu de nouveau.
« Voyons, voyons Severus, c'est important pour moi. Tu sais que j'attends de mes professeurs qu'ils participent, au moins, à un des repas de la journée de la Grande Salle, mon garçon, » continua-t-il avec ses insupportables yeux brillants. « Alors, pourquoi n'es-tu pas au moins venu pour le dîner ? »
« Je vous l'ai dit Directeur, il m'a appelé », si sa voix restait calme, son ton montrait tout de même qu'il perdait patience. Il commença de nouveau son rapport et fût interrompu.
« Alors, pour quelle raison avoir manqué le petit-déjeuner et le déjeuner ? »
« Bien ! », tonna Severus, « Je voulais avoir une journée de tranquillité, satisfait ? »
« Assez. Maintenant, qu'est-ce qui t'as rendu de si mauvaise humeur, mon garçon ? »
Severus dû prendre plusieurs longues inspirations avant de parler. Il était déjà excédé, mais l'insistance du Directeur pour savoir pourquoi il ne s'était pas montré dans la Grande Salle de la journée l'irritait encore plus. Il détestait que le vieil homme s'occupe de sa vie privée.
« Le Seigneur des Ténèbres a lancé un appel pour une réunion ce soir, il torturait déjà la sous-secrétaire du Ministre de la Magie lorsque je suis arrivé. Elle est décédée. Il a ensuite demandé à Lucius de s'assurer que son remplaçant soit un partisan de sa cause. Lucius devra se servir de son influence à cette fin. On m'a demandé la localisation de la pierre et je lui ai donné l'information dont on avait convenu. Le numéro de coffre, comme vous me l'avez demandé. La soirée fut conclue par la punition de plusieurs Mangemorts, pour une raison inconnue, » Severus termina son rapport rapidement et froidement, usant du ton qu'il utilisait pour ne pas trahir ses émotions.
« As-tu été torturé ce soir Severus ? »
« Oui, » répondit-t-il, les sourcils froncés face à cette question particulière d'Albus. L'éclat dans les yeux de ce dernier avait quitté ses yeux bleus, les laissant froids. C'était ce genre de situation qui rappelait à Severus que le Directeur était craint du Seigneur des Ténèbres. Il ne souhaitait pas découvrir pourquoi.
« Es-tu blessé ? », s'enquerra Albus, scrutant son interlocuteur du regard, bien conscient que Severus cacherait ses blessures de tous, à moins qu'il ne lui demande directement. Il remarqua que le sorcier était légèrement avachi dans son siège, il avait déjà reconnu le ton froid que Severus utilisait pour se protéger des autres. Il y avait quelque chose dans son regard, Albus arrivait à le reconnaitre, sans pour autant savoir ce que cela voulait dire, il espérait que le sorcier lui ferait assez confiance pour lui expliquer. Même s'il savait que ça n'arriverait pas ce soir.
« Non. Est-ce tout Directeur ? » Demanda Severus, comme s'il avait d'autres choses à faire pendant la nuit.
« Oui, mon garçon, tu peux aller te reposer maintenant et assure-toi de manger un peu. Nous reparlerons un autre jour, j'ai d'autres missions pour toi, mais pas ce soir. Bonne nuit, mon garçon ».
Sur ces mots, Severus se leva pour quitter le bureau du Directeur, dans le silence de l'école endormie. Ravi de ne rencontrer aucun autre élève, il se dirigea vers les appartements de Minerva. Sachant que la sorcière serait éveillée, il frappa à sa porte, elle lui ouvrit, encore vêtue de ses robes de professeure. Voir ses collègues en tenue de travail le mettait toujours plus à l'aise.
« Severus, quelle surprise, entrez. Une tasse de thé ? » Ajouta la sorcière en lui faisant signe d'entrer. Le professeur s'exécuta, tout en refusant poliment la boisson. « Qu'est-ce qui vous amène ici ? »
« Mr Potter et Mr Weasley ont été trouvés dans les couloirs après le couvre-feu et ont reçu une retenue, un retrait de points, ainsi qu'un avertissement, pour qu'ils restent dans leur dortoir », commença Severus tout en s'installant sur la chaise que Minerva lui indiquait, bien qu'il ne souhaitait s'attarder plus que nécessaire.
« Vous voulez que je vérifie qu'ils ont, en effet, rejoint leur salle commune ? » Questionna Minerva en arquant un sourcil.
« Oui », Severus répondit simplement, peu enclin à tergiverser. Il aurait bien soupiré si cela avait été dans ses habitudes, sa patience commençait à atteindre ses limites.
« Très bien, attendez ici un instant », elle se leva et quitta la pièce, sans aucun doute pour emprunter le passage secret reliant ses appartements à la salle commune des Gryffondors. A son retour, elle l'informa que les deux enfants étaient, en effet partis se coucher. Severus la quitta ensuite, lui souhaitant la bonne nuit. Il pouvait enfin rejoindre ses appartements.
Il fut néanmoins surpris de trouver quelqu'un confortablement assis dans son fauteuil, un verre de brandy à la main. C'était Lucius Malefoy.
« Je vois que tu t'es confortablement installé », commença-t-il en fermant la porte. Pénétrant ainsi dans la pièce qu'un feu de cheminée réchauffait.
« Tu sais qu'il fait beaucoup trop frais ici Severus, Narcissa te gronderait d'avoir laissé tes appartements si froids et peu accueillants », dit Lucius d'un ton soyeux sans prendre la peine de bouger ou de répondre à l'irritation claire sur le visage du jeune homme. Il savait ce qui dérangeait Severus, il l'avait vu dans ses yeux à la réunion. Quelque chose avait dérangé Lucius dans la façon dont il s'était tenu pendant la réunion. « Ne veux-tu pas te joindre à moi ? »
Severus hocha la tête et se versa un verre de la bouteille de brandy ouverte sur la table à côté de Lucius, il s'installa ensuite dans le fauteuil le plus éloigné du feu puisque Lucius occupait celui le plus proche. Se penchant légèrement pour voir plus clairement le visage de l'autre, il sirota l'alcool puissant, dans un silence total.
Lucius observa avec attention son ami, cherchant à s'assurer qu'il allait bien. Il savait qu'il valait mieux éviter de demander quoique ce soit à Severus quand il était d'une telle humeur. Le sorcier tourna donc la conversation vers un sujet différent. « Narcissa voudrait savoir si tu vas amener Harry pour nos vacances de Noël ? »
« J'y réfléchissais, » déclara le professeur, se détendant visiblement au sujet de la conversation. Lucius savait pertinemment que quelque chose n'allait pas et Severus, pour sa part, était très content que son ami ne le questionna pas à ce sujet. Il n'était nullement intéressé à parler de cela et préférait largement passer quelques moments tranquilles et confortables avec Lucius pour discuter des vacances de Noël.
« Je sais que Narcissa aimerait beaucoup qu'il se joigne à nous, » insista Lucius.
« Quoi qu'il en soit, je m'inquiète de la façon dont Draco réagirait à la présence de Harry. Une légère animosité semble s'installer entre eux deux. Je préfère les observer ensemble pendant les cours de potions avant de prendre une décision finale sur la présence du garçon à Noël, » déclara simplement Severus.
« Je crains que Draco ne tienne un peu trop de son grand-père,» déclara tristement Lucius, « tu prévois de les mettre en binôme pour les potions? » La question était posée comme si Severus était devenu fou.
« J'ai dû faire quelque chose pour atténuer la stupidité de la rivalité entre maisons dans ma classe, puisque le Directeur refuse de changer les horaires des Serpentards et des Gryffondors pour les séparer en cours de potions. Je suis las d'empêcher ces imbéciles de faire exploser la classe. Je mets donc un Gryffondor avec un Serpentard pour chaque laboratoire de potions, de cette façon, ils ne peuvent plus se saboter si facilement. »Expliqua Severus, un sourire méchant aux lèvres.
« C'est en fait assez brillant et cruel, » dit Lucius en riant. « Si Harry affiche le même niveau d'intérêt pour les potions que mon fils, ils pourraient bien s'entendre rapidement. Draco est très déterminé à rendre son oncle fier. »
Leur conversation se poursuivit ainsi pendant un certain temps. Ils planifièrent où ils emmèneraient les garçons pour les vacances de Noël et Lucius tenta de découvrir ce que Severus voulait pour Noël. D'autant que ce dernier n'arrêtait pas de dire à son ami qu'il ne voulait pas recevoir de cadeaux. A force d'insister, il réussit envers et contre tous à avoir quelques réponses. La soirée s'est terminée sur une note de rires. Severus étant trop heureux de se retirer dans sa chambre pour un sommeil bien mérité et Lucius à la maison pour rapporter à Narcissa ce qu'il avait appris.
