Bienvenue en enfer

Dans une salle reconvertie en un salon confortable, les professeurs avaient profité de l'absence de leur supérieure hiérarchique pour improviser une réunion qu'ils savaient nécessaire. Le dernier fiasco en date leur avait fait comprendre que des mesures devaient être impérativement être prises dans les plus brefs délais.

A la plus grande surprise de l'ensemble de l'école, fin janvier, Dolores Ombrage avait annoncé la tenue d'un bal pour la Saint Valentin. Mais quand on savait que les contacts – sentimentaux ou non – entre élèves étaient interdits, entre autres petits décrets d'éducation, on ne pouvait qu'imaginer que la soirée serait une catastrophe.

Ça n'avait pas manqué. Dolores Ombrage s'était placée à l'entrée de la Grande Salle où se déroulait le bal et avait impitoyablement renvoyé tous les élèves qui n'avaient pas de tenues « correctes ». Même certains Sang Pur, qui pourtant avaient la tolérance de la grande inquisitrice, s'étaient vu interdire l'entrée. Pour finir, seule une vingtaine d'élèves avaient pu faire acte de présence pour ce bal et d'après les échos, ils s'étaient ennuyés comme des rats morts.

Mais ce qui inquiétait les directeurs de maison, c'était ce que ces mêmes élèves leur avaient rapportés. Il semblait qu'ils avaient assisté à un discours à l'ode du ministère et ils avaient entendu sa volonté de remplacer entièrement l'équipe professorale dès la rentrée prochaine.

-Autant fermer l'école dès à présent, bougonna Filius.

-Le ministère veut simplement avoir des professeurs qui ne le contredirait pas tout le temps, renifla Sélène Sinistra. Pour cela, il faudrait qu'il ne fasse pas n'importe quoi, comme cette garce.

-Si Ombrage continue sur sa lancée, l'école perdra au minimum presque la moitié de ses élèves, fit Minerva. Sans oublier que si elle réussit à imposer ses nouveaux programmes aux professeurs qui vont nous remplacer, toutes nos classes d'ASPICS voire de BUSES vont déserter l'école dès la seconde semaine de classe.

-Je pense également que nous serons la risée au niveau mondial, ajouta Septimus Vector. Notre classement n'est déjà guère reluisant, avec ce qu'elle propose, ce sera pire.

-Que pouvons-nous faire ? soupira Sélène

-La faire partir, décréta Pomona.

Tous se tournèrent vers elle, surpris.

-Oh, arrêtez trente secondes, renifla Pomona. Nous en rêvons tous et nous sommes tous conscients qu'elle fait du tort à notre institution. Le ministère n'a pas l'intention de faire quoi que ce soit puisqu'elle agit soi-disant sur ses ordres et j'imagine que le conseil d'administration ne bouge pas d'un cil parce que ça arrange Malfoy d'avoir enfin pu virer Dumbledore de son poste.

-Temporairement, corrigea Filius.

-Que veux-tu dire ? s'étonna Pomona

-J'ai réussi à me procurer le document qui enlève le poste de directeur à Dumbledore, répondit Filius. Dans les faits, tant qu'il n'aura pas convaincu le ministère de la raison pour laquelle il a engagé et maintenu Sibylle et Hagrid à leurs postes, il ne pourra pas revenir. Ils ont réussi à caler l'audience pour juin mais j'imagine que c'est pour avoir le temps de trouver un moyen de le renvoyer définitivement.

-Personnellement, je ne suis pas sûr qu'il soit bien placé pour être à la tête de cette école, commenta distraitement Loki.

Plongé dans un grimoire sur la magie élémentaire, il suivait d'une oreille les discussions mais lorsque la suspension de Dumbledore était venue sur la table, il n'avait pas pu s'empêcher de réagir.

-Albus Dumbledore est un grand sorcier ! s'enflamma Minerva

-Au point de ne même pas vérifier les conditions de vie du seul enfant à sa charge personnelle ? grinça Loki

Un malaise s'installa. Personne ne pouvait oublier que Loki avait récupéré la garde d'Harry Potter parce que Magia en personne avait estimé qu'Albus Dumbledore avait échoué à cette tâche.

-Nous nous éloignons du sujet, fit Severus. Notre priorité est de trouver un moyen pour qu'Ombrage cesse ses actes insensés. Quant à celui qui devrait diriger l'école, cette décision n'est pas entre nos mains, ni aujourd'hui, ni jamais.

Tous durent en convenir.

-D'ailleurs, j'aurais une question, et pardonnez-moi si elle est indiscrète, fit Loki. Ombrage a bien signifié qu'elle se débarrasserait de tout ce qui ne lui plairait pas. Elle ne peut pas le faire avec moi puisque je me suis assurée qu'elle ne puisse pas le faire mais elle a également montré tout l'amour qu'elle portait pour les pratiquants des arts occultes et plus encore, pour les mangemorts, qu'ils soient repentis ou non. Comment se fait-il qu'elle ne vous ait pas encore montré la porte, Snape ?

-J'ai été condamné à enseigner un certain nombre d'années ici, répondit Severus en se renfrognant. Comme une loi a été votée dans ce cadre, elle ne peut pas me virer sans convoquer le Magenmagot en entier pour l'abolir. Si elle fait cela, il faudra qu'elle explique pourquoi je ne conviens pas et je pense qu'elle ne prendra pas le risque que ça se retourne contre elle.

Loki fronça des sourcils. Une loi pour entériner une condamnation ? Un peu disproportionné à son avis.

-Merci, s'inclina Loki. Concentrons-nous sur Ombrage. Personnellement, j'aurais aimé qu'on applique son stupide programme et qu'on le fasse vérifier par les examinateurs des BUSES et des ASPICS. D'après ce que j'ai compris, il faut se lever tôt pour les soudoyer donc ce serait une belle humiliation, surtout si les résultats parviennent aux oreilles des parents d'élèves. Mais en contrepartie, on se fera d'elle une ennemie mortelle.

-Un Gryffondor n'en aurait jamais eu l'idée, ricana Severus.

-Loki Potter, pour vous servir, rappela doucereusement Loki. Pas James Potter.

A la plus grande surprise des autres professeurs, Severus se tassa dans son siège. Nul doute que Loki l'avait repris dans les règles de l'art concernant sa vendetta envers James Potter, ce qu'Albus Dumbledore n'avait jamais pris la peine de faire.

-C'est une idée, se racla la gorge Filius. Mais comme l'a souligné Potter, ainsi, nous nous ferions d'elle une ennemie farouche. Il faudra donc la neutraliser à l'extérieur de l'école aussi.

-Dommage pour elle, certains d'entre nous siègent au Magenmagot, ricana Loki. Qu'elle fasse un seul faux pas et je déchaîne l'enfer sur elle.

-Vous n'avez pas autant de pouvoir que cela, non ? s'étonna Septimus

-A cause de l'influence de Dumbledore, le sorcier lambda ne se rend pas compte que ce qui dirige le pays, c'est le Magenmagot, dans l'ombre, déclara Loki. Ombrage est peut-être la sous-secrétaire de Fudge, mais elle est avant tout une employée du ministère donc une citoyenne comme les autres qui doit répondre de ses crimes. Elle n'est protégée que par le fait que Fudge garde son poste parce que ça arrange des personnes haut placées et qu'il adore cette garce qui doit le caresser dans le sens du poil, si ce n'est autre chose.

Tous verdirent à l'image mentale. Dolores Ombrage ayant des relations sexuelles … Eurk !

-On s'éloigne, s'ébroua Pomona. Il faut d'abord l'éjecter avant de penser aux conséquences.

-Ça m'arrache la bouche de le dire mais le plan de Potter me tente, avoua Severus.

La plupart des professeurs hochèrent la tête.

-Albus n'aurait jamais voulu qu'on se dresse contre elle, protesta Minerva.

-Albus Dumbledore n'est pas là, rappela sèchement Sélène. Et personnellement, il n'est pas exactement en odeur de sainteté avec ce qui s'est passé cet été avec Harry Potter. Cela fait un moment que je le vois prendre des décisions de plus en plus étranges concernant l'école et il est hors de question que je lui demande son avis pour sa protection ! Je tiens à vous signaler que c'est lui qui a autorisé les détraqueurs autour de l'école il y a deux ans alors qu'il aurait très bien pu réunir le Magenmagot pour interdire cette ineptie, ce qui aurait annulé les ordres de Fudge !

Beaucoup d'entre eux furent surpris.

-Il nous avait assuré que comme c'était une décision du ministre, il ne pouvait rien y faire … balbutia Pomona.

-Alors que le Magenmagot peut annuler une telle décision si la population est mise en danger ? renifla Sélène. Vous lui avez toujours fait trop confiance …

Sélène Sinistra avait toujours montré son scepticisme vis-à-vis d'Albus Dumbledore. Née d'émigrés italiens qui comptaient passer par la Grande Bretagne pour rejoindre les Etats-Unis, la découverte de ses pouvoirs les avait poussés à s'installer sur place pour lui garantir la meilleure éducation. Malgré la mort de ses parents pendant la première guerre, Sélène était restée en tant qu'auror puis en tant que maîtresse d'astronomie et astrophysicienne dans le monde moldu. Durant toute son enfance, ses parents lui avaient montré les incohérences de leur terre d'adoption ainsi que celles entourant Albus Dumbledore. Même si elle avait fini par travailler pour Poudlard, ce n'était pas pour autant que Sélène faisait confiance au vieux sorcier. A raison.

-Ce n'est toujours pas le sujet, recentra Loki. Nous sommes tous d'accord pour qu'Ombrage quitte cette école, de gré ou de force. Maintenant, il s'agit de savoir comment.

-Je propose que nous en réfléchissions chacun de notre côté, fit Filius. Dès qu'elle s'absentera à nouveau, nous nous réunirons et nous choisirons puis nous mettrons notre plan à exécution.

Les professeurs finirent par hocher de la tête et peu de temps après, ils se séparèrent.

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Le directeur du département des Mystères était plongé dans ses pensées.

Le quinzième anniversaire du Survivant avait chamboulé beaucoup de choses dans le monde sorcier. D'abord, son changement de garant magique au détriment d'Albus Dumbledore avait fait perdre à ce dernier beaucoup de superbe et d'influence. Cela avait également permis à toute personne d'influence ayant un minimum de jugeote de se rendre compte que le président du Magenmagot ne serait jamais au-dessus de tout soupçon et la leçon avait été dure à apprendre, y compris pour lui. Ses contacts avaient enfoncé le clou en lui révélant les différentes manœuvres du directeur de Poudlard pour récupérer la tutelle du Survivant mais maintenant qu'il était hors de sa coupe, Laurent avait découvert avec horreur que le jeune homme était enfin soumis aux lois Sang Pur et donc, que ses droits ne seraient plus aussi souvent ouvertement bafoués que quand Dumbledore devait « veiller » sur lui.

Loki Potter, malgré son arrivée sur la scène politique britannique tardive et mystérieuse, avait pris des décisions pleines de bon sens, notamment en se rapprochant de Joshua Nikos, l'avocat du clan Potter. Ce dernier n'avait pas traîné pour prendre la pleine mesure de ses fonctions, comme quand il avait entièrement démonté l'argumentation foireuse du ministre et de ses sbires pour faire accuser Harry Potter de violation du statut du secret en faisant apparaître un patronus dans un quartier moldu. D'après Amelia Bones, l'enquête avait été plus que bâclée et bien entendu, l'accusé était totalement innocent. S'il se fiait à ce qu'il savait de cet avocat, il ne tarderait pas à se lancer dans un tonitruant procès contre Dumbledore pour mise en danger d'enfant de moins de quinze ans, au mieux.

Au pire … il ne voudrait pas être là quand Harry Potter lui réclamera des explications.

Car mine de rien, même si le clan Potter avait perdu en prestige à la suite de la mort de Charlus Potter une trentaine d'années plus tôt, Harry était à terme le futur lord Potter mais peut-être également le futur lord Black. Les généalogistes du département s'étaient penchés sur le sujet et si Sirius Black – qui, contrairement à la croyance populaire, n'avait jamais été renié de la famille Black – avait bien couché dans son testament son filleul comme héritier, si le jeune homme jouait bien ses cartes, il serait incontournable dans les années à venir.

Mais pour cela, il devait survivre.

Laurent fit la moue. Contrairement à la majorité des sorciers, il croyait Harry quand il avait assuré que Voldemort était revenu. Il n'avait pas été difficile de retrouver la trace du lieu où le portauloin illégal avait emmené les deux champions pour y faire quelques analyses. Il avait découvert les traces d'un rituel de magie nécromancienne mais comme il n'était pas un spécialiste, il avait fait venir un maître d'Espagne, les maîtres britanniques étant chassés du pays car la magie qu'ils pratiquaient était considéré comme étant de la magie « noire ». Le résultat avait été sans appel : le rituel devait servir à rendre un corps à une âme errante et morcelée par la création d'un horcruxe. Mais, précisa son collègue, celui qui en avait bénéficié ne pourrait pas en profiter puisque d'un, les os utilisés étaient ceux d'un moldu, donc non magiques, de deux, la « chair du serviteur » était extrêmement pauvre en magie, à peine suffisant pour être accepté à Poudlard qui avait les standards les plus bas d'Europe – sans oublier qu'il s'agissait de Peter Pettigrow, déclaré mort quatorze ans auparavant sous la baguette de Sirius Black qui aurait vendu les Potter à Voldemort – et de trois, le reste du liquide trouvé dans le chaudron qui aurait servi au rituel, outre le fait qu'il était de très mauvaise qualité, aurait montré que l'âme utilisée n'était qu'un petit fragment et donc, qu'il y aurait plus d'un horcruxe dans la nature.

Laurent avait déjà entendu parler du complexe de supériorité de Voldemort et curieusement, il ne s'était pas étonné qu'il se soit tourné vers cette pratique magique abjecte devenue obsolète pour ses bénéfices quasiment inexistants contre des contraintes particulièrement lourdes. Augustus Rookwood, devenu mangemort après être entré dans le département des Mystères, avait définitivement tourné le dos à Voldemort quand il s'était renseigné pour son maître sur certaines magies décriées par les sorciers de la « Lumière » mais il était retourné au service de ce fou comme espion pour pouvoir avoir des informations de premier ordre. Il était temps d'en savoir plus sur ce type qui avait de drôles d'idées pour l'avenir de la Grande Bretagne sorcière.

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Sirius avait emprunté Hedwige pour envoyer un courrier au directeur de Gringotts Grande Bretagne pour demander un entretien dans la plus grande discrétion. Le gobelin avait été enchanté de sa prise d'initiative, d'autant plus qu'il s'y attendait depuis qu'il avait passé commande pour l'Eclair de Feu quelques mois après son évasion. Sirius avait grincé des dents car en vérité, quand il avait voulu contacter les gobelins pour commencer à restaurer le manoir Black, Dumbledore le lui avait déconseillé en soulignant que ces « créatures » pourraient parfaitement contacter la justice magique pour le remettre en prison.

Quand on savait que les gobelins ne se mêlaient pas des affaires des sorciers …

Enfin bref, Sirius avait profité du fait que Dumbledore était occupé au Magenmagot toute la journée pour s'enfermer à son étage et filer à la banque via la cheminée. Même s'il y avait un statu quo entre Molly et lui, Sirius ne préférait pas la mettre dans la confidence, au cas où Dumbledore aurait des doutes. Il avait donc attendu qu'elle aille faire des courses pour emprunter la cheminée et atterrir directement dans la banque, se mettant sous la protection de la nation gobeline. Comme la discrétion était demandée, le directeur de la banque lui avait donné l'adresse d'une autre cheminée qui ne débouchait pas dans le hall et donc, aucun sorcier ne pourrait hurler au meurtre en reconnaissant l'ancien évadé.

-Monsieur Black, passons dans mon bureau, invita Ragnok qui l'avait accueilli en personne.

Tous les deux s'installèrent dans le bureau de ce dernier avec un service de thé après les salutations d'usage.

-Comme je vous le disais dans le courrier que je vous ai envoyé, je m'attendais à ce que vous me contactiez dès que la chasse à l'homme lancée à votre poursuite aurait été abandonnée, fit Ragnok.

-Il me semblait seulement que les effectifs avaient été réduits, fronça des sourcils Sirius. Seule une équipe enquête encore sur l'endroit où je peux me trouver.

-Qui vous l'a dit ? demanda Ragnok. Peu importe, je suis désolé de vous l'apprendre, mais on a cessé de vous rechercher quand le championnat du monde de quidditch a eu lieu.

-On a donné mon dossier aux aurors internationaux ? demanda Sirius

-Ça aurait été trop simple, sourit Ragnok. Non, on a simplement classé votre dossier sans suite.

-Pourquoi ? s'étonna Sirius

-Ainsi, si vous venez à mourir en service pour l'Ordre du Phénix, le testament que vous avez fait déposer à la banque il y a quelques mois pourrait être appliqué, renseigna Ragnok.

-Quel testament ? demanda Sirius, abasourdi. Je ne savais même pas avant que je ne vous écrive que vous ne me livreriez pas aux aurors si je venais !

-Ce testament, fit Ragnok en lui remettant un parchemin.

Sirius blanchit radicalement en lisant le contenu.

-Vous en avez pris connaissance ? demanda Sirius

-En tant qu'exécuteur testamentaire, oui, confirma Ragnok. J'imagine que vous pouvez comprendre mon scepticisme devant les différentes clauses.

-J'aime Harry et j'aurais tout fait pour le protéger, assura Sirius. Mais même si je n'étais pas resté des années en prison, je ne l'aurais jamais confié à Dumbledore, encore plus aujourd'hui.

-Pourquoi ? s'étonna Ragnok. Avant votre emprisonnement, vous sembliez lui faire beaucoup confiance.

-Je ne l'ai jamais montré mais j'ai toujours trouvé curieux qu'il concentre autant de pouvoirs à lui seul, haussa des épaules Sirius. Alors ajouter la charge d'un enfant ? Je ne voyais pas le faire et j'ai bien eu raison.

Ragnok hocha la tête en fixant le faux testament. La mort de Sirius était prévue avant le seizième anniversaire d'Harry car le testament stipulait noir sur blanc que sa tutelle reviendrait exclusivement à Albus Dumbledore, clause qui serait devenue caduque si Harry avait atteint ses seize ans puisque son accord aurait alors pesé autant voire plus que le testament. L'accès total aux coffres des Black en attendant qu'Harry reprenne le titre des Black était assez surprenant car l'enfant était uniquement désigné comme filleul de Sirius et non potentiel héritier Black, ce qui rendait assez difficile de le faire reconnaitre comme le futur lord Black. Les donations exorbitantes à différentes organisations dont le seul bénéficiaire était finalement Albus Dumbledore avaient également attiré la suspicion des gobelins qui avaient eu hâte de discuter de ce testament hautement improbable pour un Sang Pur.

-Est-ce vous qui avez rédigé ce testament ? demanda confirmation Ragnok

-Non, répondit Sirius. Contrairement à celui qui l'a fait, je sais qu'Harry peut prétendre au titre des Black parce qu'il est le petit-fils de Dorea Potter né Black. C'est d'ailleurs ce que j'ai précisé dans le testament que j'ai rédigé avant d'aller en prison parce que je savais qu'on contesterait la possibilité d'Harry de récupérer le titre si je ne le précisais pas. Quant à la tutelle … j'ai toujours voulu que ce soit Andromeda Tonks qui s'en occupe, surtout pour répondre à un souhait de Lily qui voulait que ses enfants vivent dans les deux mondes. C'est elle qui m'a fait remarquer que Dumbledore ne faisait rien pour permettre l'intégration des nés de moldus.

Ragnok ne pouvait qu'abonder en son sens.

-Alors commençons par le début, sourit le gobelin. Nous allons invalider cette ineptie et vous devriez en faire un autre beaucoup plus cohérent.

-D'accord, fit Sirius. Mais si j'étais venu, à la base, c'était pour vérifier que je pourrais aider Harry même en étant un fugitif.

-Oh, mais on ne vous a pas prévenu ? s'enquit Ragnok. Le testament de Lily et James Potter indique très clairement le nom de leur gardien du secret ainsi que la personne qui les a poussés à cette décision. Le garant du jeune Harry Potter en a pris connaissance mais a fait en sorte d'invalider les choix de tuteurs du couple pour pouvoir se nommer garant et décider seul de son placement.

Sirius comprit aisément ce que voulait dire le directeur.

Albus Dumbledore avait toujours eu la preuve de son innocence mais ne l'avait jamais utilisée.

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Harry remerciait chaque jour Loki de l'avoir menacé avant qu'il n'entame sa nouvelle année scolaire.

C'était assez paradoxal mais le brun reconnaissait que si son garant magique ne lui avait pas strictement interdit de parler de Voldemort ainsi que des événements qui s'étaient déroulés après la troisième épreuve du Tournoi des Trois Sorciers, alors il aurait perdu plus d'une fois son calme pour faire entendre sa voix face à Dolores Ombrage.

Les quelques mois qu'il avait passé sous la garde de Loki lui avaient fait reconnaître qu'il était désormais bien moins impulsif et surtout, qu'il avait retrouvé ses réflexes d'avant Poudlard, à sa plus grande surprise. En discutant avec son psychologue de son passé, ce dernier s'était étonné qu'Harry ait un comportement presque Serpentard pendant son enfance et qu'il passe du jour au lendemain – en fait, dès qu'il avait mis les pieds à Poudlard – à un autre totalement Gryffondor, il n'y avait pas d'autres mots. Le fait qu'on lui ait implicitement demandé de se conforter à une certaine image n'expliquait pas tout et le psychologue avait dû concéder, après avoir observé son patient, que les consignes mentales que les druides avaient découvert sur lui avaient vraiment transformé la véritable personnalité du jeune garçon.

C'était pour cela qu'Harry avait tout de suite compris le fait que s'il ouvrait la bouche, ça lui retomberait dessus. La menace n'était que pour ancrer dans son esprit le fait qu'il ne devait pas parler. C'était vicieux mais la méthode avait parfaitement fonctionné.

Pour en revenir à Ombrage, cette dernière était littéralement devant la porte de chacun de ses cours et sur le chemin qui le menait à son cours suivant, elle tentait de le faire parler de Voldemort et de le faire avouer le meurtre de Diggory à ses torts, quand elle ne cherchait pas des informations confidentielles sur Loki et lui.

-Monsieur Potter, grinça le crapaud rose. Dans mon bureau, maintenant !

-Madame ? fit Harry, surpris

Depuis la seule entrevue qu'ils avaient eue et que Loki avait si délicatement interrompu, Ombrage n'avait jamais réitéré l'expérience. Alors, pourquoi maintenant ?

-Tout de suite, grinça Dolores.

Inquiet, Harry confia ses affaires à Hermione et Neville avant d'emboîter le pas à la grande inquisitrice. Ils se rendirent dans le bureau qu'elle avait fait aménager en arrivant à l'école – il semblait qu'elle ne pouvait pas entrer dans celui du directeur – et contrairement à la première fois, elle ne lui proposa pas de thé aromatisé avec des potions interdites.

-Monsieur Potter, susurra Dolores. Il s'avère qu'il m'a été remonté que vous tenez des propos déplacés à mon encontre. Vous allez donc commencer votre série de dix retenues maintenant.

-Mais … protesta Harry.

-Installez-vous à ce bureau, fit Dolores en durcissant le ton. Maintenant !

Harry plissa le regard et préféra opter pour le comportement qu'il adoptait avec Vernon quand il était en colère contre lui : il obtempérait sans un mot. Ainsi, il prit place devant le bureau où se trouvait du parchemin et une plume d'un blanc éclatant.

-Vous allez recopier autant de fois qu'il le faudra la phrase suivante : « Je dois respecter ceux qui me sont supérieurs », décréta Dolores.

-Je ne vois pas d'encrier, madame, serra les dents Harry.

-Vous n'en aurez pas besoin, assura Dolores. Ecrivez. Maintenant.

Avec répugnance, Harry s'empara lentement de la plume. Dès l'instant où il avait posé son regard dessus, le jeune Sorcier s'était mis en alerte, son inconscient lui murmurant que l'objet était dangereux. Le malaise s'était agrandi au fur et à mesure qu'il s'en approchait et qu'il la prenait dans sa main. Lentement, il posa la pointe sur le parchemin qu'il avait correctement placé et traça les premières lettres de la phrase, sans encre donc.

Je …

Une douleur inouïe sur le dos de son autre main lui fit brusquement lâcher la plume.

-Ecrivez, ordonna de nouveau Dolores avec cette fois de la satisfaction. Tout de suite.

Serrant les dents, Harry reprit donc la plume et recommença à écrire.

Je dois …

La douleur se fit plus puissante mais le brun n'avait pas l'intention de lâcher un seul bruit.

Je dois respecter …

Détournant son attention du parchemin, il s'aperçut avec horreur que les mots qu'il écrivait étaient également inscrits sur le dos de sa main. Quelle était donc cette magie ?!

Je dois respecter ceux …

L'adolescent réfléchit rapidement à la situation. Visiblement, la plume écrivait avec son propre sang. Comment cet artefact avait bien pu atterrir dans ses mains ?!

Je dois respecter ceux qui me sont …

Combien d'élèves avaient subi cette torture sans que les professeurs ne s'en doutent voire ne puissent agir contre ?

Je dois respecter ceux qui me sont supérieurs.

La magie d'Harry se révolta. Le respect n'était pas dû, il se méritait ! Ombrage n'avait jamais rien fait pour cela et ça n'était pas prêt d'être le cas !

La punition continua encore une heure puis Ombrage eut l'audace de vérifier l'état de sa main et des inscriptions gravées dans la chair avec un sourire de satisfaction.

-La leçon est bien entrée, déclara Dolores. Demain, même heure, Potter. Nous continuerons.

Harry se leva et la salua sèchement avant de quitter la pièce.

Les jours de Dolores Ombrage étaient comptés.