Je regardais nerveusement autour de moi. Nous étions une petite trentaine d'élèves à avoir été convié ce mardi après les cours et j'avais été soulagée de voir qu'Angela et Lauren étaient dans le même groupe que moi. Ne pas être seule au moment de passer les portes du gymnase était un peu plus rassurant que d'affronter seule la foule d'élève déjà rassemblée. L'école avait été divisée en 5 groupes ayant pour but de mélanger tous les âges et chaque groupe avait un jour attitré pour rester après les cours et suivre les cours d'auto-défense. Cela réduisait déjà la foule à faire face mais cela restait un peu trop à mon goût… Et je ne pouvais même pas me raccrocher à un livre. Ma lecture actuelle était posée sur le radiateur de la cuisine recouvert du café que Charlie avait renversé sans faire exprès en étant en retard pour le travail. Je n'avais pas eu le temps d'en prendre un autre avec moi et était partie sans aucun auteur, ni aucune couverture reliée, pour me protéger… Après je pouvais toujours essayer de me plonger dans mon livre de physique mais je doutais que ce soit aussi crédible qu'un Oscar Wilde pour prétendre être prise dans la lecture et ne pas entendre le monde qui m'entoure. Assise dans les gradins avec tous les autres élèves j'écoutais donc Lauren s'extasier sur le fait que nous partagions cette séance avec un groupe de garçons de dernière année séduisant aux yeux de mon amie. Angela et moi nous nous retrouvions donc à écouter et devoir approuver les dire de Lauren qui montait un réel plan de bataille pour attirer leur attention discrètement et sans se faire honte. En l'observant je me disais qu'on se ressemblait un peu au final: monter des plans et des stratégies pour arriver à atteindre nos buts, même si ceux-ci étaient différents. Voir même contraire si on considérait qu'elle voulait qu'on lui parle tandis que moi je voulais juste m'enfermer dans ma bulle.

La salle se remplit de plus en plus à mon grand désespoir, les places autour de nous commencèrent à être occupées. J'avais replié mes bras autour de mon ventre tandis que je jetais des regards nerveux autour de moi. Mes mains cachées étaient crispée et serrées en poings tandis que le bruit ambiant créé par les claquement de porte, les vas et viens des élèves et de leurs conversations me montait aux oreilles. Mon estomac qui avait déjà été légèrement tordu toute la journée se crispa encore un peu plus et je pris quelques grandes inspirations discrètes pour essayer de me détendre. Je revins aux filles à côté de moi quand Lauren posa sa main sur mon bras d'un geste un peu trop ferme à mon goût.

"Ohhhh mais Isabella ! C'est vrai que tu n'aimes pas les foules ! Tu dois être terriblement mal à l'aise en ce moment !"

Je la regardais perdue et légèrement paniquée quand à son ton déterminé et le léger sourire qui flottait sur ses lèvres. Je n'avais pas suivis ses dernières paroles, trop absorbée à observer les environs, aussi j'avais la nette impression qu'elle m'avait inclus dans un de ses plans sans que je ne comprenne ce qui arrive. Cette impression fut accentuée par le fait qu'elle tira sur mon bras en se relevant pour s'extasier sur le fait qu'on devrait s'asseoir au premier rang. Assommée et perturbée par l'ambiance autour de moi je me retrouvais à suivre Lauren sans savoir me défaire de sa prise. Je n'eu même pas l'occasion de voir si Angela nous suivait, devant faire attention où je mettais les pieds pour éviter d'écraser des gens ou objets traînants. J'avais des souvenirs très désagréable d'un match de baseball auquel ma mère m'avait emmené de force ayant abattu mes arguments avec la carte du "mais comment peux tu savoir que tu n'aimes pas si tu n'as jamais été ?". Un très mauvais souvenirs pour moi… Mais qui avait marqué la rencontre entre Phil et ma mère et lancé le début de cette romance folle qui leur convenait tant. Ma mère avait toujours associé le malaise que j'avais eu comme un coup du destin, sans lequel elle n'aurait pas rencontré le joueur s'étant inquiété pour la jeune spectatrice qui avait été amenée dans la section infirmerie du stade. Moi j'avais juste tiré la conclusion que les endroit bondés n'étaient vraiment pas pour moi. De fait, malgré que Lauren me tenait le bras avec un poignée étonnante et qu'elle me tirait contre ma volonté avec elle, je fus quand même soulagée de me retrouver au premier rang. Et même si pour cela je devais la laisser tirer de force pour m'asseoir à une place précise, le fait de ne plus être encerclée me fit un bien fous. Alors que je pris une grande inspiration Lauren avait quand elle atteint son objectif initial: parler au groupes de garçons qu'elle convoitait en leur demandant s'ils n'avaient pas à boire pour moi, son amie souffrante dont elle prenait soins. Seigneur ce genre d'approche marchait vraiment ? Je regardais stupéfaite les garçons enchaîner la conversation avec Lauren tout en la reluquant de haut en bas. Bientôt je me retrouvais avec une bouteille d'eau entre les mains. Cette magnifique excuse me permis d'éluder la phrase d'accroche d'un des gars, buvant une grande gorgée d'eau pile à ce moment là. Heureusement le fait que je ne me sente pas très bien semblait agir comme un répulsif sur la gente masculine. Ou alors c'était peut-être aussi que comparé à Lauren qui abordait un sympathique décolleté et un soutien-gorge qui remontait sa poitrine je n'étais pas vraiment … apprêtée ? Je me demandais alors si Jasper trouvait ce genre de filles attirantes ? Si… la vampire qu'il avait fréquentée avait été de ce genre: à s'apprêter, à jouer de ses atouts et à savoir séduire d'un simple mouvement de corps ? Est-ce qu'il aimerait que je devienne un peu plus comme ça ? Rien que l'idée de me dire qu'un rapprochement intime pourrait éventuellement se produire entre nous me rendait nerveuse et légèrement nauséeuse… Alors je me voyais mal en plus devoir jouer de mon corps et être sensuelle. Je n'étais pas… A l'aise avec cette idée… Ni même avec mon corps de manière générale. J'avais inclus ce dernier dans ce qui était ma bulle privée et je savais qu'il faudra un certain temps avant que je ne laisse quiconque, y compris Jasper, y avoir accès. La facilité avec laquelle Lauren se mettait en avant me déconcertait. Je ne comprenais pas comment on pouvait être aussi désinvolte vis à vis de son corps. Après s'il y avait bien une chose que j'avais apprise, c'était que nous avions tous nos seuils de tolérance, de facilités et de blocages. Et que je n'avais pas a juger sa manière d'être.

Mon attention fut enfin détournée quand je vis Charlie accompagné de deux de ses collègues entrer dans la salle. Je me détendis imperceptiblement : la séance allait commencer et une fois finie je pourrais rentrer à la maison. Loin de tout ce monde. Je saluais mon père discrète avec un léger signe de la main et un sourire crispé. Il répondit par un sourire tout aussi crispé et semblait légèrement inquiet de me voir au premier banc, pâle avec une bouteille d'eau entre les mains et seule. Heureusement Lauren compris qu'elle devait s'asseoir et je pus garder un semblant d'apparence pour ne pas inquiéter mon père : j'étais avec une amie, tout allait bien. Ce fut le shérif d'une petite ville voisine qui pris la parole pour amener le silence, laissant mon père et son autre collègue se mettre un peu en retrait. Je m'inquiétais de ne pas avoir vu Jasper, mais je n'osais plus tourner la tête pour voir s'il n'était pas dans les gradins derrière moi. Je ne pensais pas pouvoir passer à côté de lui sans le remarquer mais qui sait avec le foule et le stress s'il n'avait pas échappé à mon regard. Je pris donc sur moi pour me focaliser sur la narratrice. Prenant conscience que mon père ne ratait pas un de mes battement de cils. Je n'avais donc pas le choix que d'écouter et de prouver que tout allait bien à Charlie.

Ce fut au milieu de ce speech d'introduction, alors que la Shérif parlait des crimes commis, que la porte à double battant s'ouvrit et laissa apparaître Jasper et Edward. Il était là! Tous les regards s'étaient tournés vers les deux retardataires qui s'excusèrent rapidement avant de monter les gradins pour s'asseoir plus haut à côté d'Alice, que je n'avais pas remarquée, et qui leur avait gardé des places. Nos regards se croisèrent et on échangea un léger sourire. Il ne m'en fallut pas plus pour me sentir plus sereine. Je fus légèrement déçue qu'on ne puisse pas s'asseoir l'un à côté de l'autre mais au moins nous étions dans le même groupe ce qui impliquait que nous allions passer nos mardis après scolaire ensemble. Ce n'est qu'après coup que je me dis que ça impliquait aussi d'éventuellement me ridiculiser devant lui si jamais nous devions arriver à des exercices physiques. Heureusement je ne sus pas aller plus loin dans ma réalisation que le shérif repris la parole. Elle reprit rapidement les faits relatifs aux agressions perpétrées et nous expliqua les mesures que les différents postes de Shérifs mettaient en place pour rechercher les auteurs mais aussi permettre à la population de se protéger. Jusqu'alors on n'avait su récolter qu'un seul témoignage qui déclarait avoir vu une des victime partir avec un homme aveugle après lui avoir proposé de le ramener chez lui. La rumeur courait que c'était sa tactique pour approcher ses cibles. Ce qu'il en faisait ensuite restait un mystère mais on les retrouvaient mortes quelques jours après.

À ces mots je sentais, sans voir, que cela déclencha une réaction assez forte chez les élèves présents. Le silence assourdissant qui remplit la salle en était un indicateur. J'échangeais un regard avec Charlie et il hocha doucement la tête, ses lèvres couvertes de sa moustache n'étaient plus tirée en un sourire. Il semblait inquiet mais confiant à la fois. Inquiet dans son regard qu'il posa sur moi, mais confiant dans la posture qu'il avait adoptée. Le rôle de Shérif qu'il devait endosser aujourd'hui en contradiction avec son statut de père alors que sa propre fille était présente. Je souris doucement avant de me concentrer sur les paroles du shérif. Au final cette séance se retrouva être très littéraire en fait. La shérif nous exposa plusieurs idées de systèmes qu'on pouvait mettre en place : essayer de ne jamais rentrer seul, enregistrer les numéros de secours, surveiller son environnement et prévenir les voisins ou autres adultes proches si jamais on voyait quelque chose de suspect. Ces conseils furent suivis d'une explication concernant le déroulement des séances futures. Finalement ce fut mon père qui exposa le dernier point de la séance : un programme de "parrainage" mis en place par les police locales.

"Nous avons l'avantage d'être une petite communauté où nous pouvons veiller plus facilement les uns sur les autres. Le concept est très simple : vous allez vous porter garant d'une personne et une autre personne va se porter garant pour vous. Le but est que journalièrement vous preniez des nouvelles de votre "protégé", vous vous assurez qu'il ou elle est bien rentré après un entraînement, un loisir, une sortie entres amis ou autre. Qu'il ou elle n'a rien vu ou n'a pas été abordé par une personne bizarre et vous vous engagez aussi à pouvoir être contacté par cette personne si jamais elle a besoin d'aide. Nous sommes bien conscient que vous êtes des adolescent et qu'on ne peut pas vous enfermer chez vous. Mais si jamais il devait vous arriver quelque chose ou que vous avez des ennuis au moins on pourra cibler nos recherches sur les informations que détient votre parrain et éviter le pire."

Quelque chose dans sa manière de parler me disait qu'il y avait plus que ce qu'il ne paraissait. Vu qu'il y avait quand même des élèves fort jeunes parmis nous il n'en dit cependant pas plus.

"Si vous ne voulez pas vous inscrire aujourd'hui il n'y a pas de soucis, on ne peut pas vous forcer, mais essayer alors au moins de veiller les uns sur les autres, entre vous."

Alors que les élèves se levaient pour aller s'inscrire ou quitter la salle, je restais encore un peu assise sur mon banc, faisant mine de boire et chercher quelque chose dans mon sac. Les choses se trouvaient tellement plus facilement quand on n'emportait pas un livre qui prenait toute la place mais cela laissait aussi un grand vide. Je savais que mon excuse ne durerait pas éternellement et qu'il faudrait que je fasse face à la foule d'élèves mais au moins cela me permettrait de gagner un peu de temps pour que Lauren et ses flirts se soient éloignés et qu'éventuellement Jasper m'ait rejoint…

La première option se réalisa assez facilement mais la seconde fut coupée court quand Charlie vint me voir, tandis que je vis les Cullen quitter la salle en compagnie d'Angela. Non sans un regard de la part de Jasper cela-dit.

"Tu vas bien?"

"Oui, ne t'en fais pas. Juste eu un peu chaud en plein milieu des gradins."

Je fis un signe de tête vers la queue d'élèves pour s'inscrire aux listes:

"L'idée semble avoir du succès."

"Oui. Heureusement. Je suis content de voir que les ados se soucient de leurs prochains."

Je souris doucement et hochais la tête.

"Tu comptes t'inscrire?"

La question, et encore plus l'intonation inquiète de mon père me surpris.

"Pas... pas vraiment. On habite à cinq minutes du lycée et je ne sors presque jamais… Et puis j'ai le numéro du shérif en raccourcis clavier."

Je tentais une note d'humour, ce qui le fit sourire, mais ses yeux étaient toujours inquiets. Quelque chose me disait qu'il n'y avait peut-être pas que le fait que je me sois retrouvée pâle au premier rang qui le mettait dans cet état.

"Quelque chose ne va pas?"

Charlie souffla avant de secouer la tête. Cela lui pris un moment avant de réussir à me répondre, ouvrant plusieurs fois la bouche pour ne rien dire.

"On les retrouvent mutilées… les victimes se font toutes mutiler."

Ma respiration se bloqua un instant dans ma gorge, avant que je ne puisse reprendre mon souffle normalement. Charlie avait parlé à voix basse, de sorte que seul moi puisse l'entendre. J'hôchais doucement la tête, lui faisant comprendre que j'avais saisis le message.

"Je serais prudente, je te le promet !"

Il hocha la tête à son tour avant de presser brièvement mon épaule et rajouter :

"Tu veux qu'on aille manger quelque part ce soir ? Pour le livre que je t'ai abîmé ? Je peux appeler Jimmy si tu veux, voir s'ils ont une table ?"

Voyant que ça lui tenait à cœur de m'emmener dîner dans son dîner favoris, le seul de la ville, je répondis avec franchise:

"Ce serait super oui. Je t'attend à la maison ?"

Il sourit aussi, avant de devoir retourner s'occuper des élèves et aider ses collègues. On se salua brièvement avant que je ne me dirige vers la sortie, sans aucune trace de Lauren pour mon plus grand soulagement, ni des Cullen. Fermant ma veste, j'affrontais l'air humide de Forks et rentrais rapidement à la maison, non sans une légère pointe de déception. Une fois là je sortis mon téléphone, hésitant un instant à écrire à Jasper… Avant de ranger l'écran sans avoir tapé une seule lettre. Je ne savais trop quoi écrire et les conversations qui se mouraient à peine demandé comment la personne se portaient n'étaient pas mon fort. Et malheureusement outre le fait qu'il m'avait manqué je n'avais pas de réel sujet de conversation… Est ce qu'on était déjà assez proche pour que je puisse lui écrire de but en blanc qu'il me manquait ? Est ce que c'était trop ? Pas assez bien ? Est ce qu'il était occupé et qu'il valait mieux ne pas le déranger ? Est ce que je paraissais harcelante ? Je soupirais. Avoir envie d'écrire à quelqu'un mais ne pas savoir comment s'y prendre était un problème que j'avais déjà rencontré plusieurs fois, sans jamais trouver une solution. Je me bougeais finalement pour prendre une douche rapide, avant de me préparer pour le restaurant. Outre mon soucis d'écriture, la séance d'aujourd'hui avait un peu miné mon moral. Des gens mutilés... Heureusement Charlie non plus n'était pas dans son assiette du coup le repas se passa calmement, tous les deux étant sur la même longueur d'ondes : tantôt absorbés dans nos pensées, tantôt à essayer de nous changer les idées.

Le jour d'après fut déjà plus agréable, la voiture de Jasper m'attendant au bas de ma porte le matin. J'en avais presque oublié l'absence de messages de la veille. Souriant doucement j'entrais dans cet habitacle si familier et retrouvais ma petite routine. Enfin presque : au lieu de simplement me saluer avec un sourire, j'eu droit à un baise main. Souriant gênée je baissais légèrement la tête avant de mettre ma ceinture. Le sourire de Jasper cependant n'était en rien gêné mais plus tôt rayonnant, sa bonne humeur en était même contagieuse, lui qui tentait de garder son don sous contrôle la majorité du temps.

"Est ce que tu serais libre vendredi ?"

Je le regardais en haussant un sourcil, mon estomac se contractant légèrement. Le rendez-vous! Je me mordis la lèvre légèrement.

"A priori je comptais m'avancer sur un devoir d'anglais…"

Jasper me regarda étonnée :

"Tu fais tes devoirs le vendredi soir ? Tu as épuisé les livres de ta bibliothèque ?"

Je souris doucement. Au vue de nos nombreux échanges il savait parfaitement que souvent le vendredi, en rentrant après les cours, je me jetais sur un livre et disparaissait de la surface de la terre pour quelques heures au moins histoire de me ressourcer un peu. Et même si c'était un plaisir d'échanger avec lui sur ma lecture après coup, ces instants étaient d'autant plus agréable parce qu'il attendait que je sois émergée pour m'écrire.

"Pas vraiment, mais Charlie a renversé son café sur mon Oscar Wilde hier et m'a proposé hier soir de passer la journée du samedi à Seattle pour faire les librairies et manger un bout. En plus il a besoin de nouveaux appâts de pèche et il y a une boutique spécialisée là bas."

Jasper me lança un regard souriant, sa mâchoire s'était cependant légèrement crispée lorsque j'avais évoqué le café renversé sur un livre. Nous étions tous les deux d'accord: cet affront méritait la peine de mort !

"Et si jamais je te proposais de venir manger un délicieux poulet curry à la maison, avant de travailler ton devoir d'anglais ensemble ?"

J'hésitais un instant avant de sourire malgré moi et me laissé enchanter de fond en comble par l'idée.

"Ce serait avec un énorme plaisir monsieur Withlock."

Jasper gara la voiture dans le parking de l'école avant de me sourire, toujours aussi heureux que le matin même.

"Le plaisir est pour moi, Mademoiselle Swan !"

Je fronçais légèrement les sourcils face à sa bonne humeur.

« Tout vas bien ? »

Il hocha simplement la tête avant de sourire malicieux. Autant dire que le reste de la journée aurait pu être excellente, si les conversations de mes camarades ne tournaient pas autour de la séance infos de la veille. Certains apeurés, d'autres fascinés et encore d'autres indifférents. Chacun avait sa réaction, sa théorie et sa manière de gérer la chose. J'avais presque envie de parler de mon rendez-vous à Jessica pour lui changer un peu les idées, mais au final une allusion au bal de fin d'année dans quelques mois fit l'affaire. Ça parlait chiffons, et même les garçon rejoignirent la conversation. Je souriais en voyant les avis de ces dernier, ne s'y connaissant pas, exaspérer Lauren et Jessica, reines de la mode autoproclamées. Au final la journée fut assez longue, même si Jasper me ramena chez moi. Ce fut ainsi le reste de la semaine. Le sujet de conversation principal étaient ces meurtres proférés à l'encontre d'adolescents , que ce soit à l'école ou même en ville. Charlie faisait des patrouilles supplémentaires en revanche il avait débranché le téléphone privé de la maison : trop de gens appelaient en panique sans aucune raison. Même les Cullen semblaient plus grave que d'habitude. Jasper semblait plus crispé, même s'il se réjouissais clairement de notre rendez-vous, Alice souvent dans le vague à communiquer avec Edward sans parler. Rosalie semblait nerveuse et cherchait souvent du soutien dans le regard d'Emmet qui semblait presque être tombé à court de blagues.

Vendredi arriva enfin et je me retrouvais comme d'habitude à monter dans la voiture de Jasper après les cours mais au lieux de s'arrêter deux rues plus loin il continua jusqu'à quitter la ville et prendre le chemin menant à leur villa. J'avais pris un soin particulier à choisir la blouse que je portais aujourd'hui. Assez simple, un peu trop large de sorte qu'elle retombe un peu sur mes hanches sans me serrer la peau, en lin bleu nuit. Habillé, sans faire trop chic non plus, je l'appréciais beaucoup. Heureusement Jasper avait entamé une conversation sur un livre dans la voiture, aussi il n'y avait pas de blancs désagréable dû à mon stress. On avait un rendez-vous… Un rendez-vous alors qu'on s'était avoué notre inclinaison mutuelle… Et qui aboutirait probablement avec une mise en couple… J'essayais de ne pas trop y penser, mais l'inconnue que représentait cette relation était quand même présente à mon esprit et apportait son lots d'estomac serré et de tic nerveux. Je finis par me retrouver dans la cuisine des Cullen, lançant un regard sceptique à Jasper qui ajoutait les ingrédients épicés un à un, et me demandant si ma langue n'allait pas prendre feux en goûtant. Il dut sentir mon scepticisme car un petit sourire étira ses lèvres et d'un coup je n'avais plus qu'une hâte : goûter son plat.

« C'est de la triche monsieur Whitlock ! »

« C'est pour votre bien Miss Swan ! »

Je rigolais doucement, toujours perchée sur mon tabouret.

« Eh bien si c'est pour mon bien ! Tu es sur que tu ne veux pas un coup de main ? »

J'eus pour réponse un simplement mouvement de tête négatif avec un clin d'œil alors qu'il pris la casserole avec le riz pour l'égoutter. Les odeurs qui se dégageaient de la zone de cuisson étaient fort alléchantes, même si j'appréhendais un peu au vue de la quantité de curry utilisé par Jasper. Je devais dire qu'il était étonnamment habile dans ses gestes et n'utilisait que rarement la vitesse vampirique pour s'aider. Je ne savais pas si c'était par égard pour moi ou pour son propre plaisir de prendre le temps, mais cela rendais l'instant agréable et savoureux. Ne pouvant résister je décidais quand même de lancer une petite pique pour l'ennuyer face à tout ceci.

« Et quel est le grand cru que tu me propose avec ce délicieux repas ? »

« Ce n'est pas non plus gentil de tenter de me piéger mademoiselle, je sais pertinemment que tu n'aimes pas le vin ! »

Je souris amusée devant son air faussement sévère avant de regarder surprise devant moi, où une bouteille d'eau légèrement pétillante était apparue. Il avait retenu ma préférence de boissons en cas de plats épicés. Seigneur. Les vampires et leurs mémoires! Ce fut à son tour de sourire amusé alors que je boudais dans mon coin.

« Tu réalise que tu es entrain de mettre la barre extrêmement haute pour d'autres rendez-vous ? Je ne pense pas jamais arriver à t'égaler à ce niveau. »

Il se tourna vers moi avec une assiette fumante et des couverts en mains.

« Tu trouves que ça devrait être une compétition pour déterminer qui a su proposer à l'autre le meilleur rendez-vous ? »

Je bougeait la bouteille d'eau pour le laisser poser l'assiette et les couverts face à moi avant de répondre tout en dépliant ma serviette sur mes jambes.

« Absolument pas. Mais il y a toujours la peur que l'autre pense qu'on fait moins d'efforts. Et puis il y a cette subjectivité de la perception de l'effort. Ce qui est difficile pour l'un peut ne pas l'être pour l'autre. »

Il me scruta du regard avant de faire ce léger sourire amusé que j'appréciais tant chez lui.

« Pas de sous-entendu ce soir Mademoiselle Swan ! »

Souriant à sa réplique, je me repris. C'est vrai c'était la règle: pas de sous entendu vampirique ce soir.

« L'habitude, excuse-moi. Pour revenir à du plus concret donc, saches que ce plat sent divinement bon. »

« J'espère qu'il te plairas malgré ton scepticisme. Et je suis sure que si tu me propose un autre rendez-vous après ce soir je l'apprécierait. »

On se sourit un instant avant qu'il ne se détourne pour aller me chercher un verre. J'en profitais pour prendre une première bouchée avec précaution pour ne pas renverser ou me brûler le palais. Ma gorge émit un léger bruit d'approbation alors que je goûtais à ce fameux poulet curry.

« Je crois que je te dois des excuses vis-à-vis de mon scepticisme, c'est délicieux ! »

Il me sourit fier mais timide à la fois. Je savais qu'il n'était pas prétentieux et avait parfois du mal avec les compliments, mais ce plat était succulent et le mérite se devait d'aller au cuisto.

« Je suis content si tu aimes, j'avais peur de rater la cuisson ou l'assaisonnement. »

Je secouais la tête.

« C'est délicieux, vraiment ! »

Il souris pour ensuite venir s'installer en face de moi, posant ses bras sur le comptoir et entrelaçant ses doigts posé à plat sur ce dernier. Je le regardais, attendant de voir s'il allait me poser une question, mais de son attitude je compris qu'il semblait attendre que moi je dise quelques chose. Le silence dura un court instant, l'incompréhension me faisant perdre les quelques moyens communicationnel que je possédais. Finalement ce fut Jasper qui repris la parole.

« Excuse-moi je… ne savais pas si je devais dire quelque ou si c'était à toi ou… »

« Non, non, je croyais que tu voulais dire quelque chose c'est pour ça… Je ne voulais pas prendre une bouchée à ce moment-là. »

On se mis à rire ensemble, l'embarras de l'un reflétant au final celui de l'autre. Je fus soulagée de voir qu'il semblerait que je ne sois pas la seule à ne pas savoir comment me comporter exactement. Dans les films tout était toujours si simple: l'un parlait et puis l'autre, et puis à nouveau le premier. Les sujets s'enchaînent aisément, chacun trouvant une réplique parfaite à l'autre. Et tout ça sans jamais avoir la bouche pleine ! La vrai vie était tellement plus subtile, plus complexe...

« Comme déjà dit, je n'ai pas vraiment l'habitude de ce genre d'interactions. Donc si tu comptais sur moi pour te guider je pense qu'on est mal partis. »

Je souris doucement avant qu'il ne me fasse comprendre, par un hochement de tête, de continuer à manger. Je ne sais pas si son esprit vampirique calcula l'instant précis où il pouvait reprendre la parole, mais le timing était parfait entre le moment où il posa sa question et celui où je déglutis de sorte que je puisse répondre sans temps d'attente gênant.

« Je me demandais… Ce que tu aurais aimé avoir comme relation ou interactions, avant de savoir que j'étais un vampire ? »

« Tu penses que le fait de savoir que tu es un vampire a changé quelque chose à mes attentes ? »

« Peut-être pas à tes attentes, mais éventuellement à des plans futurs ou tes espoirs ? Imaginons que tu ais toujours rêvé de prendre des leçons de surf en Californie avec un potentiel petit ami, ce sera plus compliqué à réaliser avec moi… »

Je souris amusée alors qu'il semblait réellement travaillé par cette question. Cela me surpris qu'il aborde aussi directement ce sujet, mais je décidais de faire des efforts vis à vis de ma timidité et de répondre de manière la plus sincère possible. Il semblait être nerveux lui aussi.

"Je n'avais pas d'attentes … précise à ce point. C'était plus global. Au fur et à mesure de croiser des couples, de lire des histoires d'amour ou de voir des films j'ai développé des attentes vis à vis d'attitudes plus que de moments précis. Je sais que je ne suis pas le genre de fille à embrasser un homme à pleine bouche en pleine rue pendant une demi heure, ou à commencer à faire des sous-entendus sexuels devant des amis… Je pense que j'apprécierais un petit ami plus tôt discret comme moi, qui saurais me faire part de son affection avec des petits gestes: me donner la main, poser une main dans mon dos, avoir des petits gestes affectueux. Je n'attend pas des cadeaux hors prix ou encore une attention totale. Je sais que j'aimerais passer du temps avec la personne et d'avoir des moments à nous, sans pour autant vouloir le couper d'autres personnes… Je sais que j'aimerais avoir quelqu'un avec qui je partage certaines choses, tout en ayant éventuellement sur le côté des activités propres à nous deux…"

Alors que je parlais je m'étais de plus en plus perdue dans mon monologue. Joignant gestes à la parole, j'avais aussi parlé plus vite et m'étais un peu éparpillée quand à la réponse à sa question. Je m'étais finalement arrêtée, posant mon regard sur lui, alors qu'il me souriait de manière attendrissante et… affectueuse ? Je rougis doucement, ne sachant pas quoi dire de plus. Je tentais un sourire, et il changeait de posture donnant comme un signal comme quoi je pouvais reprendre une bouchée de son repas.

"Je ne devrais peut-être pas être aussi franc mais… je dois avouer que ça me soulage. Je ne savais pas si … Enfin, on a tendance à construire sa vision de l'avenir sur ce qui est connu et je ne savais pas si le fait que je sois vampire "bouleverse" tes plans en quelque sorte. Je m'en serais voulu de te priver d'une partie de tes rêves ou de t'empêcher de vivre des moments qui te semblaient important."

Je souris doucement à Jasper.

"Tu ne me prives de rien. Mais… Peut-être que moi je ne peux pas t'apporter tout ce que tu espères, ou que je ne répond pas aux attentes que tu avais quand à une éventuelle compagne?"

Jasper eu un petit sourire d'excuse avant de baisser le regard sur ses mains. Il pris la parole après une petite pause.

"Nous avons une esprit complexe qui nous permet de nous imaginer plus d'une scène précise à la fois… Donc on peut dire que j'ai eu des rêveries qui m'ont permises de déterminer ce que j'espérais pouvoir vivre un jour. Le fait que tu sois humaine ne change rien, surtout au vue de tes goûts littéraires !"

Je souris doucement, touchée par ce commentaire, même si au fond de moi un léger malaise persistait. Je me concentrait à nouveau sur mon plat, prenant une autre bouchée. Jasper avait parlé de manière posée, prudente mais confiante. Du fait d'avoir fréquenté la famille depuis un petit moment me donnait l'avantage de relativiser. Bien sur qu'il avait déjà dû imaginer … quelque chose. Mais il y avait plus … Il y avait cette inconnue d'avant… Avant quoi ? Avait-elle connu les Cullen ? Quelle rôle elle avait joué ? A quel point avait-elle…

"Je peux sentir ton questionnement et ta jalousie grandir… Est ce qu'il y a un sujet que tu aimerais aborder ?"

Je relevais les yeux vers Jasper, avant de prendre une gorgée d'eau pour me donner un peu contenance.

"Tu as dit un jour qu'il … y avait déjà eu quelqu'un ?"

Je vis son visage devenir plus sombre, mais il hôcha simplement la tête. Je n'étais pas du genre à pousser les gens pour qu'ils me parlent d'un sujet sensible, et Jasper n'était pas du genre à éluder un sujet. Même si c'était pour répondre qu'il ne répondrait pas, il prenait le temps de réagir. Aussi je laissais le sujet ouvert, continuant de manger doucement mon plat. Je m'interrompis une ou deux fois alors qu'il ouvrait la bouche, avant de se raviser. Le silence s'éternisait mais même s'il était lourd de sens il ne nous pesa pas. J'aurais pu dire de laisser tomber mais … la règle de ce soir semblait d'être aussi sincère que possible, aussi ouvert et poser toutes ces questions que l'on aurait du mal à sortir en temps habituel. Et je devais avouer que ça me travaillait quand même. Je n'avais jamais eu de compagnon dans ma vie, aussi savoir qu'il y avait quelqu'un d'autre me stressait légèrement. Je lui laissais le temps de trouver ses mots, me concentrant sur la nourriture.

"Je venais de quitter un campement de réfugiés. Des femmes et des enfants surtout ainsi que des vieux qui n'étaient pas apte à se battre. J'étais à cheval, en route vers le campement militaire que je devais rejoindre après avoir fini cette mission. Elles étaient trois. Trois femmes absolument sublimes qui se tenaient immobiles sur le chemin et me dévisageaient…"

J'avais stoppé tout mouvement, me retrouvant captivée par l'expression de son visage. De ce qu'il m'avait déjà dévoilé dans le passé, je déduisait qu'il parlait de la période où, en tant qu'humain, il combattait dans la guerre civile. Je tentais de ne pas rester immobile, pour ne pas laisser paraître à quel point j'étais accrochée à ses lèvres, et posais mes couverts avant de reprendre une gorgée d'eau.

"Ces trois femmes étaient vampires et cherchaient à conquérir ce territoire en quelques sortes. Le Texas leur semblait un terrain de chasse parfait. Deux d'entres elles eurent un faible pour moi et la troisième les laissa me transformer en se disant qu'un vampire de plus dans leur groupe leur permettrait de survivre. A l'époque, avec les champs de bataille jonché de cadavres les quelques vampires vivants sur le territoire se livraient une guerre pour avoir le plus de sang possible, leur soif n'étaient égalée que par leur envie de pouvoir. celui qui possédait le plus grand territoire possédait la plus grande réserve de sang."

Je le vis froncer les sourcils mais ne commentait pas.

"Je fut donc transformé assez abruptement. Je ne compris pas ce qu'il se passait si ce n'est que je souffrais. Et quand je me suis réveillée la souffrance fut remplacée par la soif. La soif abominable. De sang, de pouvoir, de vengeance… Lucie, Nettie et Maria étaient des vampires pragmatiques. Elles savaient que seules elles n'iraient pas loin, alors s'étaient alliées. Mais entre elles, elles se jalousaient, se haïssaient, se mentaient… Autant te dire que je devient leur nouveau jouet. Nettie me faisait faire le sale boulot et me persécutait comme simple arme vampirique en exploitant ma force de nouveau-né."

Je hochais doucement la tête. Carlisle m'avait déjà décrit un vampire fraîchement transformé. La soif et la force décuplée. Il m'était difficile d'imaginer Jasper dans un état aussi sauvage.

"Marie et Lucy de leur cotée s'adonnaient à un autre type d'exploitation. Me charmant à tour de rôle elles m'utilisaient comme un jouet et tentaient de m'acquérir dans le but de rendre l'autre femelle jalouse. Comparé à d'autres vampires où le don prend un certains temps avant de se manifester, le mien a toujours été là, débloqué dés le début. Je ne distinguait pas mes émotions des leurs et était très exposées à leurs sauts d'humeurs étant moi même instable. Aussi quand l'une avait envie de moi… Ce sentiment prenait le dessus sur moi, sur ce que je ressentais moi, et je me laissais submerger entièrement."

Le ton de Jasper avait changé, passant de neutre à une octave plus basse et plus sombre. Sa posture avait changé perceptiblement : ses épaules étaient plus voûtées, sa tête baissée, ses bras croisés devant son torse comme pour se protéger ou se maintenir ensemble. J'aurais aimé tendre la main pour le rassurer mais je n'osais pas bouger. Je n'osais même pas imaginer ce que ça avait dû être pour lui. Et je comprenais qu'il n'ai pas voulu en parler plus tôt. Ce n'était pas le genre d'expérience agréables qu'on partage facilement. A aucun moment je ne laissais une éventuelle jalousie prendre le dessus. Ce qu'il me décrivait était loin d'une relation.

"À un moment, cette situation… Nos chemins se sont séparés. Maria a eu le dessus. Elle m'a gagné et je l'ai suivie. Elle avait un esprit pervers, mais tactique. Je commençais à explorer mon don et j'étais doué au combat. Elle a fait de moi son soldat. Son bras droit et son amant. Nous avons recruté d'autres nouveaux nés. Je les entraînais, Maria les commandais et ensemble nous conquérions."

Je vis Jasper déglutir. Moi je ne savais pas quoi dire ni quoi imaginer. J'essayais, avec ce que j'avais appris auprès des Cullen, à visualiser. Imaginer ces trois femmes, ce qu'elles lui avaient fait. Ce qu'elle lui avait fait. Comment la situation devait être de son point de vue, un nouveau né, désorienté, puissant et émotif… Ça ne devait pas être évident et pourtant j'avais l'impression de ne saisir qu'une partie de l'iceberg. Et j'imaginais sans mal que la partie immergée était encore pire… Lorsque Jasper repris, sa voix était plus maîtrisée et légère. L'iceberg restera encore immergé un moment.

"Un jour je suis devenu ami avec l'un des nouveaux-né. Il avait rencontré sa compagne parmi les autres que nous avions transformés. Ils voulaient s'enfuir, explorer le monde. C'était la première fois… c'était la première fois que je parlais avec quelqu'un qui ne ressentait pas d'envie, pas de colère ou encore de la jalousie, de la soif de pouvoir… Il… Il rêvait juste."

Un sourire étira ses lèvre, me donnant du baume au cœur. L'air torturé avait été effacé. Qui que soit cet ami, il lui était cher au cœur. Cela se voyait.

"Il a réussis à me convaincre de les laisser partir. Maria a toujours cru que je les avais tué. Ma loyauté n'avait jamais flanché jusque là. Pourquoi mentirais-je ? Mais j'ai commencé à ne plus la supporter. Ni elle, ni ses humeurs, ni tout ce qui m'entourait. Alors un jour j'ai… saisi l'occasion et j'ai couru. J'ai couru encore et encore. J'ai passé des forêts, des lacs, des villes, des villages… Je ne me suis qu'arrêter une fois en haut d'une montagne. Là où l'air et les humains se faisaient rares. J'ai fermé les yeux et … J'ai ressentis. Je me suis sentis moi."

Jasper avait baissé son regard sur ses mains qu'il tenait devant lui, comme s'il les découvrait. Je ne bougeais toujours pas. Je ne me voyais pas lui dire le classique du "maintenant je suis là". Je n'avais pas été là à l'époque. Je ne connaissais qu'un résumé de son histoire. Comment est ce que j'aurais pu prétendre être la cure à ses cauchemars ou ses cicatrices ? Alors je restais assise sur mon tabouret, et je le contemplais. Lorsqu'il releva son regard sur moi il souriait doucement. Tristement.

"Pardon, je crois que j'ai légèrement dévié du sujet. Tout est tellement lié que c'est difficile de rester sur un chemin."

Je le regardais surprise avant de me souvenir qu'on parlait de sa relation passée. De son expérience qu'il avait à ce niveau et qui m'avait insécurisée. Je tentais de répondre mais la honte repris légèrement le dessus et je me retrouvais à court de mots.

"Ne te sens pas coupable ou gênée, c'est normal de se poser ce genre de questions. Je me posais les mêmes à ton sujet."

Il fut en face de moi en un clin d'œil et pris une de mes mains dans la sienne.

"Il n'y a pas de comparaison possible entre vous deux Isabella. Crois moi, aucune."

De son autre main il remis une de mes mèche derrière mon oreille avant de me sourire doucement et de poser un baiser sur mon front. Je me laissais aller doucement contre lui, savourant l'étreinte un instant. Lorsqu'il se recula il avait l'air plus détendus mais une certains appréhension restait dans son regard.

« Pardonne mon insécurité. Je n'avais pas imaginé ce genre d'expériences. Je pense qu'on peut dire que j'avais un peu humanisé la chose ? Je me demandait si tu avait présenté cette autre femme à ta famille... J'imaginais une vampire qui t'aurais fait découvrir le monde, qui t'aurait fait rire ou encore apporté des choses... Je ne pensais pas... »

« Tu n'aurais pas pu. »

Un silence s'installa entre nous et j'en profitais pour rassembler mes pensées, essayant de faire de l'ordre. Je me demandais s'il avait encore des contacts avec les deux vampires qu'il avait aidé à s'évader... Ce fut lorsqu'il rigola doucement que je haussais un sourcil interrogateur.

« J'imagine présenter Maria à Esmée... L'image est assez comique. »

Mon sourire rejoignit le sien et je compris que c'était le moment idéal pour changer de conversation et sautais sur l'occasion. Jasper retrouva le sourire et je pus continuer de manger sans avoir l'estomac trop tordu. Je fini honneur à son plat, me resservant deux fois. Certes des portions plus petites mais quand même. Au final le repas fut terminé mais sans pour autant que ça ne sonne la fin de notre soirée. Je me retrouvais a essuyer la vaisselle pendant qu'il rangeait les dernier vestiges de son expérience culinaire réussie. J'étais entrain de ranger les couverts lorsqu'il me demanda :

"Et donc tu as des soucis avec ton devoir d'anglais ?"

Je hochais la tête en souriant légèrement gênée.

"L'exercice porte sur la conjugaison, j'ai du mal à m'y retrouver dans tous les temps. Au moins l'extrait choisi est assez intéressant."

Je vis le sourire de Jasper se teinté d'espièglerie.

"J'ai ris en découvrant qu'il s'agissait d'un extrait de Dracula. Mais du coup tu connais le texte non ?"

Je secouais la tête:

"C'est un extrait simplifié et écrit de sorte à conjuguer de manière moderne."

Je roulais légèrement des yeux. Et Jasper ricana mais une légère grimace tiraillait quand même son visage. Notre amour pour les œuvres originales était mis à rude épreuve entre le café de Charlie et mon devoir. Mais malgré cet affront à la littérature britannique on se mit quand même à la table de la salle à manger pour pouvoir travailler. Jasper m'avait fait un tableau récapitulatif des temps et de quand les utiliser. Sûrement que je plastifierai sa feuille, son écriture était si propre que même pour quelque chose de 'vite fait' c'était parfait. Et utile. J'avançais beaucoup plus vite en m'aidant de ce tableau et me retrouvais à avoir fait la moitié de la page en à peine une vingtaine de minutes. Lorsque je tombais sur le passage où Mina décrivait son époux au docteur Van Helsing je lançais un regard en coin à Jasper avant de me focaliser sur la phrase et de la conjuguer correctement.

"Je parie que si Jonathan Harker avait vécu, vous auriez été amis si vous vous étiez croisés. Vous êtes assez similaires."

Il haussa un sourcil avant de sourire amusé mais aussi mélancolique.

"Je ne pense pas avoir le bon rôle dans cette histoire."

"Oh tu sais, tant que tu ne te met à manger des mouches, des araignées et finalement des chats, tu n'as pas le mauvais rôle non plus !"

Cette fois-ci il me regarda avec de la fausse défiance dans les yeux.

"Me comparez vous à un fous enfermé dans un asile, Miss Westenra?"

"Absolument pas monsieur Harker !"

J'avais parfaitement noté qu'il m'associe à la proie de Dracula qui succombe à ses morsures répétées dans le livres. Autant lui se focalisent sur les rôles naturels de chat et de souris, moi je voulais voir plus que ça. Je voulais nous voir comme un couple aimant, pouvant se reposer l'un sur l'autre, pouvant se confier jusqu'à la plus sombre pensée et quand même se regarder avec tendresse. Moi qui m'attendais à un débat sérieux sur la question au vue de ses aveux précédents je ne m'attendais pas à ce qu'il tente de me chatouiller. Me relevant en poussant un cris de surprise je me mis à courir autour de la table en rigolant, talonnée par un Jasper rigolais lui aussi. En tentant de lui échapper je passais d'une pièce à l'autre, essayant de contourner des objets pour toujours laisser un obstacle entre moi et Jasper. Bien sur il aurait pu me capturer facilement avec sa vitesse, mais c'était tellement plus agréable de rire ainsi et de juste nous amuser que j'étais terriblement reconnaissante qu'il ne le fasse pas. Mais à court de souffle, il finit quand même par m'attraper. Je rigolais alors qu'il tentait de me chatouiller après m'avoir basculé sur le canapé. Peu chatouilleuse je rigolais devant sa mine déconfite à la découverte de mon non-point-faible.

"Désolé très cher comte mais je ne suis pas chatouilleuse !"

Faisant la moue il put cependant se consoler avec ma remarque.

"Donc tu admet que je joue le rôle de Dracula?"

Son sourire espiègle reflétait le mien. Je fis mine de réfléchir un instant avant de froncer les sourcils dans une fausse expression scientifique en exposant les faits :

"Non parce que cela voudrait dire que tu as un Harem… Et que je devrais exterminer toutes ces dames, ce qui me donne le rôle de Van Helsing. Et cela amènera au fait que je doive t'exterminer toi aussi… Du coup je préfère en rester à Miss Mina et Monsieur Harker !"

Satisfait devant son expression perplexe je relevais la tête pour poser une bise sur sa joue, mais c'était sans compter sur sa rapidité vampirique et le fait qu'il tourne la tête pour que ma bouche se pose à la commissure de ses lèvres. Lui, comme moi, nous immobilisons un instant avant qu'il ne se recule légèrement. Mon cœur battait affreusement la chamade mais cela ne me gênait pas comme d'habitude. Doucement alors il se pencha vers moi, mon cerveau bloquait sur le fait que c'était le moment ou je devais sûrement fermer les yeux mais je ne pouvais pas bouger, captivé par le regarde de Jasper avant que ses lèvres ne se posent sur les miennes. D'abord pour un baiser chaste… Ma main qui avait agrippé son bras quand il nous avait basculé se décontracta alors que mon pouls battait à mes oreilles. Jasper se recula doucement, déplaçant son poid sur ses bras pour que je ne sois pas écrasée. Le silence autour de nous semblait oppressant. C'était mon premier baiser et un tas d'émotions et de pensées différentes me submergeaient… Et aucune de ces pensées ne touchaient à l'état de vampire de Jasper…

Mes yeux se perdirent dans ceux de Jasper, incapable de baisser le regard. Ce dernier me sourit timidement, incertain, et je ne pus m'empêcher de répondre à son sourire. Je passais mes mains derrière sa nuque de manière hésitante, passant mes doigts à la base de son cou et jouant avec quelques mèches de ses cheveux bouclés. Son sourire se fit plus serein et il se pencha vers moi pour m'embrasser à nouveau. Le geste était tendre, l'ambiance à la découverte timide, et je fermais enfin les yeux... Je n'avais jamais embrassé et ne savait pas trop comment m'y prendre mais su rapidement ajuster mes mouvements aux siens. Les baisers ne s'intensifiaient pas, ce qui ne me dérangeait pas. Nous étions dans notre bulle et ce nouveau pas ensemble se faisait à notre rythme. Je découvrais le plaisir de petites gestes tendre, comme son nez frottant doucement contre le mien, ou le fait de deviner son sourire sur ses lèvres alors qu'il les avait posé sur les miennes. Le fait de fermer les yeux et savourer ce moment… À un moment, entre deux baisers, Jasper nous fit basculer à nouveau de sorte à ce qu'on se retrouve à deux couchés sur le canapé. Cette nouvelle position me permis de me lover dans ses bras. Au bout d'un moment, alors que je traçais distraitement les motifs de sa chemise, je le sentis rire doucement. Relevant mon regard vers lui je le questionnait sans qu'un mot ne sorte de ma bouche.

"Je ne pensais pas que j'aurais la force d'être aussi proche de toi et de savoir contenir ma soif ou ma force… Et maintenant que je vis ces moments et que tu es là dans mes bras je me rend compte à quel point mes peurs étaient infondées et irrationnelles. Jamais je ne pourrais te faire de mal."

Je souris grandement à ses mots, avant qu'il ne prenne sa main dans la mienne, entrelaçant nos doigts ensembles.

"Qu'est ce que j'aurais aimé te courtiser comme à l'époque ! Quand les baise-mains étaient les seules marques d'affections possibles en publique. Que les hommes avaient la décence de présenter leurs bras à leurs élues… Les manière sont tellement évoluées depuis…"

Je souris doucement à ses mots. Je l'imaginait avec un chapeau et un costume des plus élégants. Un Jasper d'époque aurait fait défaillir plus d'une dame.

"Rien ne nous empêche de moderniser ces bonnes manières."

Il tourna légèrement la tête vers moi, son regard braqué jusqu'ici sur nos mains, en souriant grandement.

"J'espérais pouvoir te proposer ce compromis."

Mon sourire rejoint le sien. Sûrement que j'aurais une crampe musculaire à force de sourire d'une oreille à l'autre alors que ce n'était pas dans mes habitudes, mais pour l'instant il y avait plus important à penser.


Hello à vous! :D

Et oui le voila enfin le chapitre suivant! J'ai eu un peu de mal à l'écrire mais j'espère vraiment que ça vous plait! En tout cas n'hésitez pas à commenter et partager vos réactions. 3 Aussi merci beaucoup à Eirlyssa, Pims10, Tsuki Banritt et Hachi osaki,AlbiontheRacistFantasyLand pour vos petits mots qui font plaisir! 3 3 3

Il se trouve que le prochain chapitre était attendu avec impatiente par ma relectrice et me motive aussi énormément pour le rédiger, du coup je peux vous promettre que vous aurez des nouvelles rapidement! Direction le BASEBAL! :D

A très bientôt,

LaRéveuse15