Mercredi 26 juin

Le soleil commençait à décliner, lentement. Les rayons semblaient toujours aussi lumineux malgré dix-neuf heures sonnantes.

L'été s'installait, quant à la chaleur, elle l'était déjà. L'envie de fête et de sortir commençait à naître dans les pensées d'Izuku, pourtant, il n'était pas vraiment ce type de personne à la base.

– Izuku ? Tu peux servir un verre, s'il te plaît ?

La voix d'Ochaco le fit revenir sur terre.

Elle était assise sur le canapé, en débardeur et short, comme Aiko, et jouaient ensemble.

– Aiko, tu veux du sirop avec ? demanda-t-il tandis qu'il sortait deux verres.

– Oui ! À la fraise !

– Ochaco, je te fais le même ?

– Pourquoi pas, oui.

Il ajouta quelques glaçons aux boissons fraichement préparées et les déposa sur la table basse. Il s'assit près d'elles à son tour, étonné de voir à quel point Aiko était inventive. Les animaux accompagnés chacun des poupées, et il fallait sauver le monde des terribles et méchantes peluches, qui essayaient de semer la terreur !

Il sourit en voyant Ochaco se prêter autant au jeu malgré l'heure qui tournait. Shôtô ne devrait pas tarder à arriver et la petite fille n'avait encore rien rangé.

– Bien, nous n'arriverons pas à vaincre le roi des méchants aujourd'hui, je le crains ! Nous devons prendre une pause et reprendre des forces, pour cela, tous à la boite ! lança la jeune femme, fière de son subterfuge.

Aiko courra jusqu'à une caisse en plastique et y jeta sans ménagement les poupées.

Tandis que la petite fille continuait de ranger ses troupes, on toqua à la porte et Izuku alla ouvrir, sans une once d'hésitation.

Shôtô était là. Son costume et ses chaussures cirées le rendaient presque intimidant, s'il ne souriait pas.

– Entre, je t'en prie, elles sont en train de ranger.

Shôtô ne se fit pas prier, se rendant jusqu'au salon sans plus de cérémonie. Aiko se jeta dans ses bras dès qu'elle le vit.

– Bonjour, lança-t-il pour sa fille et Ochaco présente.

– Bonjour, tu es pile à l'heure dis-moi !

Il se leva, Aiko dans les bras.

– J'ai réussi à abrégé la réunion, déjà trop longue à mon goût, soupira-t-il, je crains qu'il faille revenir dessus demain… Mais je devrais avoir mon week-end.

– On pourra aller au parc ! Je veux aller au parc !

– On dit je voudrais, la corrigea-t-il immédiatement.

– Je voudrais aller au parc ! répéta-t-elle sans se départir de son sourire.

Contaminé, son père ne put réprimer un léger rire.

– D'accord, on ira au parc ce week-end, Shôtô se tourna vers les adultes présents avant de continuer : que faites-vous samedi soir ?

Ochaco et Izuku s'entre-regardèrent, étonnés.

– Rien de spécial, je pensais peut-être sortir ou regarder un film ? répondit Ochaco, en pleine réflexion.

– Pareillement, pourquoi ?

– C'est décidé, je vous invite à manger ! affirma Shôtô.

– Quoi ? hurlèrent-ils, surpris.

Confus de leur réponse, Shôtô afficha un air triste.

– Oh, désolé, on a juste été, euh, étonné… ? Essaya de se rattraper Izuku, difficilement.

– On ne s'y attendait pas du tout ! ajouta Uraraka, après tout, on ne se connait que de si peu de temps, donc euh, voilà, c'est vraiment surprenant !

– Vous nous aimez pas alors vous voulez pas venir ? demanda Aiko, tout doucement.

La remarque de la petite fille fit mouche, et le silence régna quelques secondes.

– Pas du tout, Aiko ! On a juste été surpris, on viendra avec plaisir et pourra jouer aussi chez toi, toutes les deux, répondit Uraraka, tu pourras même me montrer ta chambre de princesse !

– C'est vrai ?

– Bien sûr, sourit-elle.

Aiko se tortilla quelques secondes dans les bras de son père, avant qu'il ne la dépose au sol. Heureuse comme le soir de Noël, elle passa entre les jambes de Midoriya et courut jusqu'à Ochaco.

– Pourquoi tu viens pas maintenant ?

– Parce que c'est mercredi, et que nous devons faire des choses, en plus, tu vois ta mamie demain, tu vas bien t'amuser.

La petite fille fit la moue quelques secondes, avant qu'un grand sourire fleurisse à nouveau sur son visage. Ses joues rosées et ses yeux vairons semblaient briller de joie.

Shôtô s'approcha et passa une main dans les cheveux de sa fille, noirs et doux. Comme ceux de sa défunte femme. Un éclat de tristesse passa dans ses yeux, avant qu'il ne se reprenne, ce qui n'échappa pas à Midoriya.

– Bien, vous n'avez qu'à venir pour dix-huit heures, samedi, si cela vous convient ? interrogea-t-il.

– Bien sûr, avec plaisir.

– De même.

Le portable de Shôtô émit un bip au même moment. Il s'excusa poliment, s'éloigna et prit l'appel.

Aiko le regarda partir, avec une grimace irritée, du moins, semblait-il.

– Quelque chose ne va pas, Aiko ? questionna Uraraka, un sourire aux lèvres.

– J'aime pas les téléphones !

Ils retinrent difficilement leur rire, et Ochaco prit la petite dans ses bras.

– Ne t'inquiète pas, je suis sûre que tu ne diras plus ça quand tu seras plus grande.

Shôtô revint vers eux à ce moment-là.

– Désolé…

Ochaco le gratifia d'un hochement de tête compréhensif tandis qu'il récupérait Aiko.

Izuku les observa. C'est vrai qu'il connaissait Shôtô depuis un mois seulement, mais ils étaient devenus proches rapidement, naturellement. Parfois, cela ne s'explique pas. Aussi surprenant que ce soit.

Il baissa les yeux. Enfin, l'une des personnes avec qui c'était arrivé, c'était Katsuki. Il effaça bien vite cette pensée de sa tête. Après tout, Shôtô n'était pas comme lui. Il n'allait pas faire de mal à Ochaco. Et s'ils les avaient invités tous les deux, ce n'étaient pas pour se rapprocher de sa meilleure amie, sinon, il ne l'aurait invité qu'elle, pas lui. N'est-ce pas ? Son cœur se serra, et il se sentit mal.

– Izuku ?

La voix de Shôtô le ramena sur Terre. Perdu dans ses pensées, il ne s'était pas rendu compte qu'il fixait les deux Todoroki depuis quelques instants.

– Oui ? réagit-il une fois que son cerveau se remit en route.

– Quelque chose ne va pas ?

– Non, tout va bien ! sourit Izuku, forcé, je-euh, je viens de me souvenir de quelque chose pour une enquête en cours, bredouilla-t-il comme excuse.

Shôtô le dévisagea, mais acquiesça.

– Bien, je te remercie pour aujourd'hui, Ochaco, assura-t-il en regagnant la porte.

Il se tourna vers eux en l'ouvrant et continua :

– On se voit vendredi, comme pré -…

Un regard brûlant de colère l'empêcha de terminer sa phrase. Face à lui, sans aucun doute possible, se trouver Bakugo Katsuki. Sans pour autant se départir de son calme, Shôtô le salua.

– Bonsoir, je peux vous aider ?

Les yeux furieux, le nouvel arrivant l'ignora totalement et regarda par-dessus son épaule, là où se trouvait Uraraka.

Cette dernière, figée, le visage interdit, ne respirait plus. Midoriya, quant à lui, ne bougea pas.

– Un gosse de riche ne risque pas de m'aider à faire quoi que ce soit.

La réplique était cinglante, bien que Shôtô y était habitué.

– Dans ce cas-là, vous pouvez retourner chez vous.

Le regard de Katsuki se posa à nouveau sur Shôtô, puis sur sa fille.

– Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi.

– Ce n'en était pas un, seulement une suggestion.

Un sourire de haine, Katsuki répondit :

– Eh bien, moi, je te suggère de fermer ta gueule, ainsi que de faire gaffe à tes fréquentations, je me suis largement trompé sur certaines personnes, surtout une apparemment.

La phrase à peine terminée, brutalement, il fit demi-tour et s'en alla, le pas lourd.

Une porte claqua, pourtant, ils restèrent immobiles, perdus.