Miou tout le monde !
D'abord, merci guest pour ton j'aime, ça fait plaisir ^^ Mimichan et Yacchan, gros merci à vous aussi de reviewer aussi régulièrement, je vous le dis pas assez mais ça fait super plaisir de lire vos retours. Et bisous à tous les lecteurs et lectrices anonymes aussi, j'espère que cette fic vous plait (en même temps si ça ne vous plait toujours pas au bout d'une quinzaine de chapitres... qu'est-ce que vous faites encore là ? Oo).
Disclaimer : Je ne possède pas Hetalia. Je pique les persos pour les mettre en couple vu qu'ils sont pas fichus de le faire d'eux-mêmes, c'est tout.
Au bout de quinze minutes de fuite et après avoir expérimenté une impressionnante quantité de sorts, Sadiq fut forcé de se rendre à l'évidence. A l'instar des dauphins de Poséidon, Cerbère était insensible à la magie directe. Et il était également fort peu gêné par la magie qui influençait son environnement. Les plantes, la glace, les sables mouvants, rien ne semblait pouvoir l'arrêter bien longtemps.
Et pire que tout, chaque tentative de l'arrêter semblait le rendre un peu plus énervé. Du moins s'il interprétait correctement les grognements qui s'intensifiaient, ce que le mage faisait volontiers. Il se forçait à utiliser toutes les ressources possibles de son cerveau pour déterminer quel sort pourrait lui permettre de dompter cet animal de malheur, tout en continuant à esquiver les trois mâchoires un peu trop enthousiastes à l'idée de le déchiqueter.
Il cherchait et essayait les options les plus pertinentes, encore et encore.
Et pour la seconde fois lors d'une épreuve divine, il parvint à une forme d'illumination et se fustigea de ne pas y avoir pensé plus tôt. Hadès ne testait pas son inventivité et ses capacités magiques, d'autres dieux l'avaient fait avant lui. Il devait donc attendre autre chose, une chose à laquelle le mage ne penserait normalement jamais. Et Sadiq devait admettre que l'idée qui lui était venue à l'instant était complètement folle, absurde au mieux et suicidaire au pire. Mais dans la mesure où rien d'autre ne semblait fonctionner, et qu'il ignorait comment provoquer des miracles, une bonne dose de folie semblait être sa seule option restante.
Dans la seconde qui suivit, une balle géante apparut au-dessus du mage, juste à la taille d'un jouet pour l'énorme molosse. Celui-ci s'immobilisa d'ailleurs immédiatement en la voyant, toute son attention redirigée sur le jouet et six yeux se mirent à briller.
- Cerbère ? tenta le mage.
Sans répondre, les trois têtes se mirent toutefois à sortit la langue dans une parodie de sourire ravi et le reste du corps se mit à remuer frénétiquement la queue.
- Va chercher !
Et il envoya la balle au loin. Fou de joie, le chien fila droit derrière elle à une vitesse folle, bien supérieure à celle qu'il avait déployée pour poursuivre le mage, et revint presque aussi vite en tenant la balle dans une de ses trois gueules, deux têtes ayant un air tout joyeux, et la troisième - celle qui tenait la balle - avvec une attitude particulièrement fière. Il la déposa doucement et la poussa pour la faire rouler aux pieds du mage. Lorsque Sadiq fit de nouveau léviter la balle au-dessus de sa tête, le chien plia ses pattes arrières et s'appuya sur ses pattes avant, prêt à repartir.
Le jeu dura une bonne quinzaine de minutes, pendant lesquelles Sadiq se demanda plus d'une fois s'il rêvait ou s'il était bien en train de jouer à la balle avec le gardien des enfers. Sous son masque, il oscillait entre l'écarquillement d'yeux et la consternation. Après un long moment, Hadès s'avança pendant que Sadiq en était au point de distribuer des grattouilles à la tête qui lui avait rapporté la balle rouge.
Le maître des enfers lança un simple regard au molosse et celui-ci s'inclina avant de foncer vers la sortie de l'arène pour retourner à son poste, non sans un air de regret vers la balle.
- Je vois que tu t'en es sorti.
- Il fallait jouer avec lui.
- En effet.
- Vous voulez me faire croire que n'importe qui peut passer le gardien des enfers à condition de jouer avec lui ?
Le ton de sa voix indiquait à lui seul l'incrédulité du mage, et le dieu ne s'y trompa pas. Hadès regarda en souriant l'entrée de l'arène avant de répondre.
- Au simple prétexte qu'il garde l'entrée des enfers, tout le monde oublie qu'il s'agit d'un chien et tente les pires maléfices pour passer l'obstacle qu'il représente. Il n'est pourtant rien de plus qu'une adorable créature qui a des besoins et des plaisirs. La magie ne lui fait rien, mais lui accorder un peu d'attention et de temps le rendra doux et docile.
Son regard s'était légèrement adouci et l'affection qu'il portait à Cerbère était évidente dans sa façon de parler et de regarder dans la direction du chien géant.
- Donc cette épreuve...
- Testait ta capacité à trouver une solution recourant à autre chose que la magie, et tu y es parvenu. Voici le second fragment.
Comme précédemment, un morceau de métal noir se mit à flotter dans une petite bulle devant Sadiq, qu'il saisit avec respect. Il commençait à comprendre le but des épreuves du roi des enfers et soupira avant de laisser transparaitre un sourire ironique.
- Vous ne voulez pas juste me mettre à l'épreuve, n'est-ce pas ?
Hadès ne répondit rien, mais regarda de nouveau autour de lui, feignant de se désintéresser de la conversation. Sadiq en profita pour développer son idée.
- Vous voulez me mettre face à mes défauts et mes faiblesses.
- Tes suppositions sont intéressantes, mais ce n'est ni l'heure ni le lieu pour y répondre. Ta troisième épreuve t'attend.
Un mur d'un mètre de haut monta soudainement du sol pour entourer Sadiq, laissant le roi des enfers de l'autre côté. Une porte s'éleva plus haut que le reste, et indiqua un mot de passe à entrer en son centre, au milieu de ses deux battants.
- Tu disposes d'autant d'essais que tu le souhaites. Trouve le moyen de passer de l'autre côté.
- Mais...
- Autant d'essais que tu le souhaites, répéta le dieu en désignant la porte.
Sadiq se tourna vers le mur qui l'entourait, puis la porte. L'un comme l'autre était gris, aussi gris que la poussière du sol environnant. A ceci près qu'il paraissait évident que la porte, avec ses deux battants solidement ancrés dans le sol, ne s'ouvrirait effectivement sous aucune autre injonction que le mot de passe qui avait été enregistré.
Un espace laissait apparaître la possibilité d'entrer une vingtaine de caractères, bien trop pour que le mage puisse espérer résoudre le problème en testant toutes les solutions. Cependant, si Hadès l'avait mis au défi de passer de l'autre côté, c'est que la chose était possible. Avec peu d'espoir de réussite mais l'esprit carburant à plein régime, il se mit à essayer diverses possibilités. Aucune porte ne lui avait résisté jusque-là, celle-ci ne ferait pas exception.
-oOo-
Une bonne demi-heure plus tard, l'ottoman tournait en rond dans le petit cercle mural qui l'enfermait. Il avait essayé plus d'une vingtaine de possibilités, et aucune n'avait fonctionné. Il commençait donc à réfléchir au sens caché que pourraient avoir eu les mots qu'Hadès avait prononcé avant de le laisser. Il devait trouver le moyen de passer de l'autre côté. Mais au vu du peu de coopération de la porte, il avait peu de chance de venir à bout du mot de passe qu'elle exigeait.
Quelques minutes plus tard, une pensée traversa son esprit et il se demanda s'il ne ferait pas mieux d'aller observer l'autre côté de la porte pour comprendre le mécanisme qui l'animait. Puis il réalisa ce qu'il venait de penser et se traita d'imbécile. Pour aller de l'autre côté, il devait passer à travers cette fichue porte, un point c'est tout.
Ou peut-être pas, réalisa-t-il soudainement. Son épreuve ne consistait pas à trouver le mot de passe de la porte. Il devait simplement passer de l'autre côté. Et à part la porte, le mur ne mesurait à aucun endroit plus d'un mètre, soit une hauteur largement franchissable pour un être humain.
Cinq secondes plus tard, il avait enjambé le mur et se trouvait hors de l'enceinte minimaliste que le roi des enfers lui avait créée. Et accessoirement, il remerciait son masque de dissimuler la honte qui enflammait ses joues. En s'obstinant exclusivement sur la porte, il avait fait preuve d'un manque de réflexion crasse.
L'arrivée d'Hadès et le sourire moqueur qu'il arborait lui confirma que le dieu en avait parfaitement conscience.
- Je m'attendais à ce que ton obstination sourde soit plus longue à céder. J'imagine que les épreuves précédentes t'ont mis la puce à l'oreille.
Sadiq tenta de dissimuler son embarras, sans grande efficacité auprès du roi des enfers, qui continuait à arborer un sourire narquois.
- Ta tête me rappelle celle d'Héra lorsqu'elle s'est retrouvée coincée sur le trône piégé d'Héphaïstos. Terriblement gênée et priant très fort pour que personne ne voit rien, tout en sachant qu'elle avait été vue par tout le monde. Un grand moment de l'histoire olympienne, si tu veux mon avis.
Le mage resta silencieux. Quand bien même la reine des dieux n'était pas censée savoir ce qui se passait aux enfers, Sadiq préférait ne pas prendre le risque de faire une remarque qui pourrait être jugée déplaisante si elle venait à l'entendre.
- Enfin, tu es tout de même parvenu à comprendre ce qu'il fallait faire en moins d'une demi-heure. Je m'attendais à bien plus.
Sadiq ne répondit rien, ignorant volontairement la moquerie du dieu des morts tout en conservant une attitude polie. Celui-ci sourit derechef et fit apparaître le troisième morceau de sa lance. Sadiq s'en empara, toujours avec respect et prudence, et se tourna de nouveau vers le dieu.
Une poignée de secondes passa, et celui-ci prit d'un coup un air mortellement sérieux.
- Ecoute-moi bien, jeune mage. Ta quatrième et dernière épreuve sera probablement de loin la plus difficile.
- Quel défi vais-je devoir relever ?
Pour toute réponse, Hadès claqua des doigts. La nation et le dieu se retrouvèrent soudainement dans une grotte illuminée de diverses nuances de bleu. Au centre de la grotte – aux dimensions somme toute modestes – se tenait un petit lac, à peine plus grand qu'un être humain, et parfaitement ovale. Son aspect lisse était parfois troublé par une goutte d'eau qui tombait d'une fissure apparaissant au plafond. Les jeux de lumière étaient sublimes, mais le mage n'eut pas le temps de le remarquer avant que le roi des enfers lui adresse de nouveau la parole.
- Je te laisse ici. Le miroir d'eau sait quoi faire.
- Pardon ? demanda l'ottoman. Qu'est-ce que je suis censé...
Hadès avait déjà disparu. Resté seul, le mage apprécia quelques instants la beauté des lumières et le calme de l'environnement, puis alla observer son reflet dans ce que le roi des enfers avait appelé le miroir d'eau. Une nation forte et mystérieuse au visage dissimulé par un masque constitua son reflet, image parfaitement conforme à l'ottoman.
Soudain, une goutte tomba et l'image se troubla. L'instant suivant, l'eau le montrait tel qu'il était, sans artifice pour dissimuler son visage. Sadiq porta une main inquiète à son front, mais l'artefact était toujours présent. Désormais plus méfiant, il s'éloigna lentement de l'eau, jusqu'à ce que son reflet cesse d'apparaître.
- On dirait que tu es plus puissant que tu n'en as l'air, murmura-t-il.
- Je suis le miroir d'eau, chantonna une voix claire sortie de nulle part.
Le mage en resta un instant sans voix. Puis ses connaissances sur les divers esprits lui revinrent en tête, et il s'empressa de répondre avant de vexer son interlocuteur.
- J'ai été envoyé par Hadès. Qu'attends-tu de moi ?
- La vérité, répondit la voix en chantonnant.
- Quelle vérité ? Il en existe des milliers.
- La tienne. Celle qui sera utile au maître des enfers. Celle que tu caches au plus profond de toi.
La voix semblait à la fois insouciante et puissante. Instinctivement, Sadiq sut qu'il avait intérêt à être poli et coopératif. Les esprits qui se permettaient d'être insouciants en apparence étaient bien souvent les plus destructeurs lorsque leur colère était déclenchée. Il se rapprocha donc, de façon à ce que son reflet soit de nouveau visible.
- J'ignore ce qu'Hadès attend de moi, répondit-il prudemment.
- Je n'aime pas les menteurs, répliqua la voix d'un ton vexé.
- Je ne mens pas. Je n'ai aucune idée de ce que le roi des enfers attend de moi en me mettant face à toi.
Une nouvelle goutte troubla l'eau, et le mage apparut sans le moindre vêtement pour le couvrir. La signification de cette image le mit immédiatement sur ses gardes. Si cet esprit souhaitait métaphoriquement le mettre à nu, cela n'augurait rien de bon.
- Tu a compris, chantonna la voix. Mais tu ne comprends pas.
D'une façon ou d'une autre, l'esprit du miroir d'eau semblait avoir retrouvé sa bonne humeur. Alors qu'il allait relever le paradoxe et demander comment il pouvait à la fois comprendre et ne pas comprendre, la voix reprit.
- Je veux la vérité qui sera utile au dieu des morts. Je veux savoir ce qui compte le plus à tes yeux.
- Ma magie, répondit immédiatement Sadiq. Retrouver mes pouvoirs.
- Mensonge, répliqua la voix en reprenant un ton vexé.
- Mensonge ? s'étonna le mage. Je t'assure qu'il s'agit de la vérité.
Un silence glacial s'écoula pendant quelques secondes, l'air sembla se refroidir, puis l'eau s'illumina soudainement et envoya des arcs de lumière bleue dans toute la salle. Les reflets de l'eau sur les parois gagnèrent en intensité, et la grotte sembla vibrer sous l'effet d'une vague d'énergie magique pure. Cela ne dura même pas une minute, mais Sadiq eut la certitude qu'il n'oublierait jamais le frisson qu'il avait senti lorsque la lumière l'avait traversé. Lorsque la lumière redevint telle qu'elle était lors de son arrivée, il se pencha au-dessus du lac avec prudence. L'esprit magique laissa échapper un rire cristallin, comme s'il s'attendait à bien s'amuser.
- Je comprends pourquoi le maître des enfers t'a envoyé vers moi.
- Et... pourquoi l'a-t-il fait ?
- Parce que tu te mens à toi-même, chantonna joyeusement la voix. Voilà pourquoi je sentais la sincérité mais pas la vérité.
Sadiq en resta bouche bée. Comment cet esprit avait-il l'audace de lui dire qu'il pouvait y avoir quelque chose de plus important pour lui que sa magie ? Rien ne comptait davantage à ses yeux que retrouver ses pouvoirs.
- Esprit du miroir d'eau, fit-il très respectueusement, je ne comprends pas où tu veux en venir.
- Tu comprends très bien, répliqua la voix. Tu as simplement peur de te poser la question. Et peur de la réponse. Mais c'est pour ça que je suis là... ou plutôt que tu es là.
Les mots résonnaient partout dans la grotte, et l'esprit semblait être content, comme s'il était en train de jouer à un jeu qu'il aimait bien.
- Quelle question ? demanda le mage.
- Qu'est-ce qui compte le plus à tes yeux ?
- J'imagine que si j'insiste pour dire qu'il s'agit bien de retrouver mes pouvoirs, ce sera encore une mauvaise réponse ?
- Tout à fait !
Une goutte troubla de nouveau la surface. Lorsque l'eau redevint lisse, l'image montrait le mage en plein désert, en train de contrôler une gigantesque tornade de sable sous le ciel étoilé. Elle resta une dizaine de secondes en place, avant qu'une nouvelle goutte ne la trouble pour revenir au reflet de Sadiq. Il devenait évident que les gouttes ne tombaient pas de façon régulière mais bien selon la volonté de l'esprit.
- La magie compte beaucoup pour toi, mais ce n'est pas ce qui compte le plus à tes yeux, chantonna la voix.
Intrigué, l'ottoman s'assit en tailleur et retira une partie de ses affaires pour se retrouver torse nu. Une séance de méditation l'aiderait probablement à y voir plus clair. Il concentra progressivement son esprit pour se focaliser sur son ressenti dans différentes situations. Ce qui comptait le plus pour lui, au point de pouvoir écarter tout le reste. Au bout d'une vingtaine de minutes, une deuxième réponse lui vint. Il se redressa donc et s'éclaircit la gorge.
- Ce qui compte le plus pour moi est le savoir. Quel que soit le domaine, la connaissance est ce qu'il y a de plus précieux à mes yeux.
Le miroir d'eau, qui était demeuré silencieux et avait baissé sa luminosité pour créer une ambiance propice à la méditation, se raviva aussitôt et répondit d'un ton empreint de malice.
- Ce n'est pas la vérité.
Comme pour démontrer ses dires, une goutte tomba. L'image qui se forma ensuite montrait Sadiq attablé à un bureau dans une immense bibliothèque, entouré d'instruments et de livres traitants de divers sujets. Au bout de quinze secondes environ, l'eau se troubla de nouveau et l'image disparut.
- La connaissance compte beaucoup pour toi, mais ce n'est pas ce qui compte le plus à tes yeux, chantonna la voix.
Sadiq se sentit déboussolé. Sa magie et la connaissance étaient les deux éléments les plus importants de son existence. L'esprit sembla ressentir son trouble et l'eau se mit à clapoter sans raison, dans ce qui pourrait s'apparentait à un soupir à la fois désabusé, agacé et amusé. De façon incompréhensible, les trois émotions étaient parfaitement identifiables par un simple clapotis.
- Tu pars dans la mauvaise direction, l'aida gentiment la voix. Les êtres dotés de sentiments sont pourtant tous les mêmes.
Troublé par la déclaration, Sadiq s'approcha davantage du bord, jusqu'à se pencher au-dessus de l'eau. Son reflet lui renvoya une image hésitante, comme s'il commençait à considérer une option qu'il n'avait tout simplement jamais envisagée jusque-là.
En même temps que son esprit prenait conscience de la possibilité folle qui lui était venue, une goutte tomba dans le miroir d'eau. La surface se troubla, scintilla un instant, puis les couleurs apparurent. Un nouveau tableau se dessinait devant le mage, très différent des deux premiers. Les couleurs étaient plus vives, plus chaudes, plus belles. Une véritable émotion se dégageait de l'image créée par l'esprit. Elle représentait toujours le mage, mais cette fois aucun environnement n'était vraiment perceptible. Toute la place était prise par une copie de lui-même qui embrassait Héraklès, une main sur sa joue et l'autre sur sa hanche, pendant que le grec l'entourait de ses bras.
Le coeur du mage rata un battement, puis la vérité explosa dans son esprit, probablement accentuée par la magie du miroir d'eau. Héraklès l'avait toujours fasciné, par son esprit d'abord, puis par son corps. Il s'était toujours senti irrémédiablement attiré par celui qui avait été son élève, son adversaire, son ennemi, son allié et finalement son amant.
Sadiq comprit sur l'instant que ce qu'il ressentait pour le grec était bien trop dangereux, pour l'un comme pour l'autre. Aussitôt, il s'ordonna mentalement de reléguer la question de la nature et la force de cette émotion au plus profond de son esprit. Le temps de ce genre de questionnement viendrait plus tard. Il se contenta donc de parler d'une voix blanche, à défaut de la neutralité qu'il espérait parvenir à invoquer. Sa voix ne porta pas plus haut qu'un murmure lorsqu'il arriva finalement à le dire.
- Héraklès. Rien ne compte plus à mes yeux que lui.
Une explosion de lumière bleue illumina la grotte, au point que le mage dut se protéger les yeux en vitesse malgré son masque. L'esprit du miroir d'eau était visiblement extatique.
- Tu as dit la vérité ! chanta-t-il en rayonnant de bonheur. Le maître des enfers peut revenir !
Et en effet, Hadès apparut quelques instants après, le visage grave mais satisfait. La lumière bleue était toujours joyeuse et teintée d'euphorie, mais était redevenu supportable, et ne sembla nullement déranger le roi des enfers.
- Vos épreuves... vous me mettez réellement face à toutes mes faiblesses, fit le mage avec un sourire sans joie.
Le dieu hocha lentement la tête et attendit que le mage se relève et se rhabille pour développer.
- Ce que tu demandes est trop précieux et trop dangereux pour que j'accepte de te le laisser sans garantie. Un homme qui ne connait pas ses faiblesses est un homme deux fois plus faible.
Pendant un instant, la nation et le dieu se fixèrent, impassibles. Finalement, le fer de la lance d'Hadès apparut, dernier fragment de l'arme du dieu des morts. Sadiq sortit un par un les autres morceaux, et ceux-ci se réunirent les uns aux autres sans la moindre difficulté. Le dernier artefact divin dont il avait besoin était enfin en sa possession et il soupira de soulagement. Le dieu reprit toutefois la parole avant qu'il range l'arme.
- Ne te détends pas si vite, jeune mage. Il te reste encore une épreuve à affronter si tu souhaites partir d'ici.
Sadiq inspira un grand coup, puis se redressa, très digne. Il était prêt à affronter ce que le dieu lui demanderait. Contre toute attente, celui-ci changea d'attitude et se tourna vers le petit lac avec un sourire que le mage ne put s'empêcher de trouver de très mauvais augure.
- Miroir d'eau, fit-il d'une voix claire, montre-moi mon épouse et le coeur de la Grèce.
L'esprit s'exécuta immédiatement. La surface de l'eau montra Perséphone et Héraklès en train de discuter dans un jardin fleuri, assis devant une table blanche. La déesse était calme et souriante, mais le grec semblait tendu.
- Comme tu peux t'en douter, mon adorable reine a déjà fait passer son test à ton allié. Toutefois, il se trouve que moi seul ait le pouvoir de faire partir de l'enfer ceux qui y entrent.
- Où voulez-vous en venir ?
Le dieu des morts planta son regard dans le masque blanc, comme si celui-ci ne le gênait nullement pour voir les yeux de son interlocuteur. Son air était redevenu hautain et dangereux.
- Tu vas devoir faire un choix. Dans les deux cas, tu pourras sortir des enfers et retourner vivre avec les mortels. En revanche...
- Oui ?
Après quelques secondes de silence, le dieu leva sa main droite, paume ouverte et tournée vers le plafond.
- Pars avec Héraklès, et ma lance reste ici.
Dans un parfait mimétisme, il leva sa main gauche. Il représentait désormais physiquement la plus ancienne symbolique du choix à prendre.
- Pars avec ma lance, et Héraklès reste mon prisonnier à jamais.
Le visage de Sadiq se décomposa et il pâlit malgré son hâle naturel.
Hadès se tenait face à lui, droit et inflexible, ses bras ouverts représentant le dilemme qu'il imposait au mage. A côté d'eux, le miroir d'eau continuait à montrer la scène entre Héraklès et Perséphone, et si la déesse semblait s'amuser, la nation grecque avait plutôt l'air de mener une lutte acharnée pour se contrôler.
Une tempête agitait l'esprit de Sadiq. Il avait eu un mal fou à envisager puis admettre l'idée qu'Héraklès lui était précieux, et se sentait incapable de choisir l'une ou l'autre des options que lui proposait le dieu des morts. Sans qu'il en ait vraiment conscience, il se tourna vers le petit lac. Héraklès était dans un état de tension qui lui était indéniablement pénible, mais répondait néanmoins à chaque question de la reine des enfers. Bien qu'il ne puisse pas les entendre, il devinait que chaque mot coûtait énormément à son allié. Malheureusement, ils étaient de profil et lire sur leur lèvres pour comprendre le sujet de la discussion était impossible.
Finalement, Perséphone reposa délicatement sa tasse de thé et posa une dernière question. Héraklès s'affaissa dans sa chaise, une main couvrant ses yeux et une partie de son visage. Ses lèvres remuèrent à peine, mais il était évident qu'il avait répondu. La déesse eut un petit sourire satisfait et bienveillant, et posa sa main sur celle du grec.
Juste avant qu'une goutte tombe et fasse disparaître la surface de l'eau, le mage crut discerner une larme couler sur la joue de son allié, comme si sa réponse avait brisé quelque chose en lui. Puis l'image disparut.
- Prends ta décision, jeune mage.
Sadiq tenta de mettre ses pensées en ordre. Il avait fait tout ce chemin, relevé toutes ces épreuves, passé toutes ces heures à réfléchir dans le seul et unique but de trouver le moyen de recouvrer ses pouvoirs. La décision la plus rationnelle était donc de partir avec ce qu'il était venu chercher.
Ce fut donc à sa propre surprise qu'il s'entendit parler.
- Libérez Héraklès.
Aussitôt qu'il eut prononcé ces mots, la lance disparut. Le dieu des morts haussa un sourcil, ce qui semblait être chez lui la seule manifestation de l'étonnement.
- Voilà qui est inattendu... murmura-t-il. Qu'il en soit ainsi.
Et il claqua des doigts, provoquant leur retour dans la salle des trônes. Quelques secondes après, ils furent rejoints par Perséphone et Héraklès. Le grec semblait s'être remis de son épreuve mais restait plongé dans ses pensées, à peine troublé par le miaulement inquiet de Kida. Sadiq n'eut pas le temps d'aller vers lui, Hadès levait déjà les mains vers ses invités.
- Moi, Hadès, dieu des morts et roi des enfers, je vous autorise à repartir de mon royaume.
A côté de lui, Perséphone avait un sourire tendre et fit un petit geste de la main pour leur dire au revoir.
Une lumière bleu sombre se dégagea du roi des enfers, puis les deux nations furent plongées dans le noir.
-oOo-
Ils se réveillèrent quelques heures plus tard, allongés dans l'herbe et entourés de rochers, quelque part dans la montagne. Le soleil était déjà couché et les premières étoiles apparaissaient dans le ciel. Sans se préoccuper de l'étrangeté de l'endroit où il était, Sadiq se précipita vers son allié qui était resté allongé sur le dos.
- Héraklès ?
Un soupir lui répondit d'abord, suivi par une phrase ironique.
- J'allais me rendormir.
Comme pour lui donner raison, Kida grimpa sur son torse et se mit à feuler en direction du mage. Celui-ci recula d'environ un mètre, puis s'assit en tailleur et, sa colère et sa frustration prenant le dessus, il assena un violent coup de poing par terre. Légèrement intrigué, Héraklès tourna la tête et interrogea l'ottoman du regard.
- Cette expédition aux enfers n'a servi à rien, fit le mage en serrant les dents.
- Ah bon ?
Le grec avait répondu en bâillant.
- Je n'ai pas réussi à obtenir la lance d'Hadès. La boîte ne s'ouvrira pas s'il manque une des énergies qui l'ont scellée.
- Tu as loupé ton épreuve ?
Sadiq resta silencieux quelques instants, hésitant à dire la vérité. La surprise, bien que dissimulée, restait perceptible dans la voix du grec. Il avait jusque-là réussi à éviter la question de la nature des émotions qu'il ressentait envers Héraklès, mais sentait qu'il ne pourrait probablement pas la repousser indéfiniment.
- J'ai réussi mes épreuves, déclara-t-il. Mais à la fin, Hadès m'a donné le choix entre repartir avec la lance ou avec toi. Et je me suis engagé à te protéger.
Les yeux fixés sur la voûte étoilée, Héraklès demeura impassible face à la réponse du mage, plus maladroite que ce à quoi il était habitué.
- Merci de ne pas m'avoir laissé là-bas.
Surpris, l'ottoman fixa son allié des yeux. Pas de pique supplémentaire, pas de ton ironique, pas même un regard moqueur pour accompagner un remerciement ? La chose avait de quoi surprendre. Un nouveau bâillement sonore interrompit ses pensées, et le grec envoya d'un coup un minuscule bout de métal au mage. Sadiq allait pester quand Héraklès reprit la parole.
- Perséphone m'a dit que tu en aurais sûrement besoin. Bonne nuit.
Et il s'endormit avant même que Sadiq comprenne de quoi il s'agissait. Jalousant un instant la capacité du grec à s'endormir absolument n'importe où, il observa de plus près l'étrange petit bout de métal qu'il avait désormais en main. Ne parvenant pas à définir sa nature, il tenta d'insuffler une minuscule étincelle d'énergie magique à l'intérieur. Immédiatement, l'artefact parut se réveiller et se mit à grossir et à changer de forme. En moins de dix secondes, Sadiq avait devant lui le casque d'invisibilité d'Hadès. Bouche bée, il contempla un instant l'objet qui était également un des symboles du dieu des morts.
Il rangea au plus vite l'artefact à la place qui lui était dédiée, puis fit apparaître la tente d'un claquement de doigts et signifia au chat qu'elle avait intérêt à y entrer rapidement. Kida s'étira avant de lui tourner ostensiblement le dos et de s'éloigner dans les rochers, en quête de quelques rongeurs. Derrière son masque, Sadiq leva les yeux au ciel et souleva Héraklès avec autant de douceur qu'il en était capable.
Quelques secondes plus tard et allongé confortablement sur les coussins moelleux et colorés, l'ottoman alla rejoindre son allié dans les bras de Morphée. La discussion qui s'imposait pouvait attendre le lendemain matin.
Et c'est la fin des épreuves divines ! Mais pas la fin de cette fic pour autant, promis (ce serait trop simple).
Plein de croissants pour vous !
