Bonjour/Bonsoir/Holà !
Ce recueil se constitue de textes produits lors des nuits du FoF, nuit d'écriture qui a lieu tous les mois durant le premier week-end, de 21h à 4h du matin, un sujet par heure. Allez jeter un œil si vous ne connaissez pas, c'est très sympa.
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Ce recueil se compose d'OS (pas toujours dans l'ordre) racontant l'histoire familiale et amicale de Jaime, Tyrion et Brienne, qui se rencontrent à respectivement 22, 18 et 14 ans alors qu'ils sont logés dans la même pension de Port-Réal pour leurs études. Comme ça ne me plaisait plus de rester exclusivement sur le postulat de base, je précise les âges maintenant à tous les OS pour inventer des histoires où ils sont plus âgés.
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Ce texte a été écrit pour la 119ème nuit du FoF, pour le thème « idoine ».
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Pour ceux qui ne liraient pas les autres OS, je signale que dans cette fiction, Jaime et Brienne vivent en colocation depuis des années et sont très fusionnels, mais dans une relation platonique.
Cet OS fait suite au précédent. J'en conseille la lecture, sinon, il vous manque des infos.
Ages : Jaime (40 ans), Brienne (32 ans), Tyrion, (36 ans), Margaery et Renly (31 ans), Loras (33 ans)
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Avoir le droit
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Brienne accueillit l'arrivée de Jaime avec soulagement. Il portait dans une main un sandwich végétarien et dans l'autre un sac avec des vêtements de rechange. En avisant le visage calme de la blessée, endormie contre la poitrine de la géante, il s'assit le plus silencieusement possible sur la banquette toute proche.
- Comment va-t-elle ?
Brienne se cassait le dos depuis presque une heure. Elle était à peu près certaine que Margaery ne se serait rendue compte de rien si elle l'avait lâchée, mais elle ne pouvait s'y résoudre.
- Pas terrible. Le médecin est passé lui donner un calmant. Je n'ai rien compris à ce qu'il a pu me dire, à part qu'il faut attendre et qu'elle a eu de la chance.
- C'est toi l'intello, ici, soupira Jaime. Je vais pas t'être d'une grande aide. Et Tyrion ne sera pas là avant ce soir.
- Loras ?
- Au téléphone avec Hautjardin. Les Tyrell devraient arriver demain avec le premier train. J'ai proposé à Renly d'aller les chercher avec lui, ils ne tiendront pas tous dans une seule voiture. Je leur ai aussi proposé de venir dormir à la maison s'il n'y pas assez de place chez les garçons. On devra probablement installer Olenna dans la chambre d'ami.
Il avisa quelques secondes la posture délicate dans laquelle Brienne se trouvait, puis poussa un soupir et vint se placer de l'autre côté du lit médicalisé.
- Passe-la moi, ou tu risques de ne pas pouvoir bouger demain.
Aucune réaction. Brienne se faisait l'effet d'être une somnambule.
- Allez, Bri.
Réticente, les gestes raides, la géante finit par obtempérer, et ensemble, ils réinstallèrent délicatement Margaery contre l'oreiller. Assommée par les médicaments, elle se laissa faire sans résistance et sa poigne se défit lentement de la veste de Brienne. Jaime l'observa quelques instants, puis lui fourra dans les mains le sandwich qu'il lui avait pris.
- Tout va bien...
- Dis pas de connerie, s'il te plaît, le coupa-t-elle en déchirant le papier du sandwich. Rien ne va aller correctement. Rien ne va correctement.
Elle avait réprimé ses tremblements jusqu'à présent, parce qu'elle devait être forte, apaiser Margaery, et qu'elle s'était tant concentrée sur elle qu'elle en avait oublié son propre état de choc. Mais à présent que Jaime était là, elle sentait sa réserve s'effondrer.
- Tu as une broche en titane dans le genou, dit Jaime. Ton épaule gauche est une charpie qui tient par je ne sais quel miracle et qui, pourtant, a réussi à se remettre. Tu travailles, tu vas bien, on a une maison et un bébé-chat, et je peux même m'avancer à dire que tu es heureuse. Non ?
- Si, bien sûr.
Mû par l'habitude, Jaime étira le bras, défroissa le froncement de sourcil de sa colocataire d'un geste du pouce et lui adressa un sourire. Un de ces sourires qui réconfortaient toujours Brienne, depuis aussi loin qu'elle le connaissait.
- Alors ferme-la, Bri. Juste, ferme-la. Elle est vivante, on est là, ça va aller. Ce sera peut-être compliqué, mais ça va aller.
Mais Brienne tremblait un peu - beaucoup, même. Elle se sentait vidée de son énergie, et incapable de contrôler ses mouvements. Le sandwich oscillait dans ses mains. Depuis deux jours, elle et les autres se relayaient à l'hôpital, guettant le réveil, les nouvelles des médecins. Sur le WattsApp commun, les messages se multipliaient. Plutôt que de tous s'appeler à tout bout de champ, Tyrion avait créé un nouveau fil de conversation pour que chacun puisse se tenir au courant. C'était pratique, mais pendant que Loras campait à l'hôpital la nuit dernière avec Renly, Brienne avait passé des heures, incapable de dormir, à guetter l'arrivée d'un nouveau message. Sans se concerter, Jaime et elle s'étaient installés dans la même chambre, et bébé-chat les y avait accompagnés, dormant tranquillement. Vers une heure du matin, comme elle ne parvenait toujours pas à trouver le sommeil, Brienne avait voulu se relever, boire un coup. Elle s'était retrouvée figée de panique dans la cuisine pendant de longues minutes, jusqu'à ce que Jaime, réveillé par son absence, ne descende la chercher. Il s'était campé devant elle, avait observé ses tremblements, la peur viscérale qui envahissait son regard, et l'avait étreinte.
- Tu veux boxer ?
Incapable de parler, elle avait hoché la tête, et ils s'étaient retrouvés à se battre dans le jardin, en pyjama, à une heure du matin au mois d'Avril, jusqu'à ce que la fatigue ne les prenne finalement et qu'ils ne se traînent, tremblants et épuisés, jusqu'à la chambre de Brienne pour se réfugier sous la couette et dormir quelques heures.
Et durant toute cette courte nuit, ils ne s'étaient pas lâchés. Ce n'était pas pour commencer maintenant.
D'un geste, Jaime l'attira contre lui dans une de ces étreintes brusques dont ils avaient pris l'habitude. L'embrassa sur le front. Attendit qu'elle parle, mais elle ne disait rien. Elle avait l'impression de ne plus savoir parler, de ne pas être capable de manger.
- Tu sais, dit finalement Jaime, le visage enfoui dans les mèches blondes en bataille, que tu as le droit, pas vrai ?
Comme elle ne mangeait toujours pas, il lui prit le sandwich des mains et le posa dans le sac, puis il l'étreignit à nouveau.
- Tu connais le mot idoine ? demanda-t-il de but en blanc. Moi, je dois t'avouer qu'il a fallu que Tyrion me le jette à la figure pour que je le comprenne.
- Jeter ? bredouilla Brienne.
- Yep. Un bon gros dictionnaire de dix kilos, il y a huit ans. Et il avait pris de l'élan. J'ai gardé un bleu pendant deux semaines. Alors, tu sais ?
Un signe de tête négatif.
- En gros, c'est un synonyme pour dire parfaitement approprié. Comme dans "Brienne Tarth est la personne idoine pour vivre avec et supporter l'imbécile fini nommé Jaime Lannister".
Il sentit son sourire, sans le voir. Elle était incapable de bouger, et sa tête s'était calée sous le menton de son coloc. Son dos lui ferait mal, demain.
- Mais c'est pas parce que tu es cette personne pour moi que tu ne peux pas l'être pour quelqu'un d'autre.
Et pour faire bonne mesure, il la força à se redresser et la serra, plus fort. Leurs tempes se touchaient, et des larmes silencieuses mouillaient leurs joues. Jaime déglutit. Elle tremblait comme une feuille, et devant eux, dans sa chemise d'hôpital, au milieu des appareils, le bras percé d'une aiguille reliée à une poche d'un produit que Brienne n'était pas parvenue à identifier, Margaery paraissait plus frêle que jamais.
C'était presque ridicule. Elle avait pourtant été habituée à des situations de stress, à voir et entendre des blessés hurler de douleur et à écouter des médecins donner des instructions et des avis, mais là, rien ne s'imprimait dans son esprit. Juste la peur. Le soulagement que le pire ait été évité, mais la peur et le choc, et la tristesse aussi de réaliser que c'était terminé, que la vie de Margaery ne serait probablement plus jamais la même.
Contre sa tempe, dans ses cheveux, l'une des mains de Jaime traçait des cercles, emmêlait les mèches. Essuyait les larmes du bout du pouce.
- Tu as le droit, répéta-t-il. Tu esquives le problème depuis assez longtemps, tu ne crois pas ? Ca fait combien ? Cinq ans ? Dix ?
- Presque aussi longtemps que toi, avoua Brienne d'une voix rauque.
- Et moi, c'est réglé. Pas vrai ? insista-t-il en forçant sur son ton charmeur. Ou alors, tu as quelque chose à m'apprendre ?
Cela arracha un sourire à la géante. Ses mains, tremblantes reposaient sur ses genoux.
- En plus, vois le bon côté des choses, enchaîna Jaime. Elle est déjà au courant qu'on fait chambre commune presque un jour sur deux.
- Tu sais que tu mets la charrue avant les bœufs ?
- Sérieusement, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Plus évident que ça, bah... il y a nous, faut croire. Même si j'aurais tendance à dire qu'on est hors concours. Ce qui, au regard de la magnificence des Lannister, est tout à fait cohérent.
Il forçait le trait, jouait des intonations, et parvenait à lui arracher des sourires. Pendant un bref moment, il n'y eut plus que le silence et le bruit des appareils et de leurs respirations.
- Tu ne sais... je ne pourrais pas...
- Ferme-la, Bri. Tu as le droit, elle aussi, je suis sûr de ce que je dis et on aura l'occasion d'en reparler. Elle va vivre, et peu importe comment, on sera là. Maintenant, ferme les yeux, repose-toi, tais-toi et arrête de réfléchir.
Et pour une fois, elle qui adorait protester quand il lui donnait des ordres, elle obéit. Ferma les yeux et se laissa bercer par l'étreinte de Jaime.
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