Chapitre 17 – Révélations

« Bien joué Link ! Non seulement tu étais déjà l'ennemi numéro un du royaume, mais en plus tu as réussi à te mettre à dos les rares personnes qui voulaient t'aider ! Il n'y a pas à dire, tu as été le roi des idiots sur ce coup-là ! »

Assis sur le banc de ma cellule, je rêvais de me donner des claques tellement j'avais été stupide geste qui nécessitait cependant de réussir à me libérer de mes liens aux poignets. Il faut dire que je n'avais pas retenu mes coups, et plusieurs zoras allaient sans doute garder leurs bleus pendant plusieurs jours, y compris Son Altesse… Saintes Déesses, j'avais osé frapper le Prince ! Cette fois, c'était définitif, plus personne ne ferait le moindre geste pour m'aider. Ce que j'avais osé faire était tout simplement trop grave pour être oublié. Bon sang, j'avais complètement perdu tout contrôle, le simple fait de la voir m'avait rendu fou. Je tremblais encore rien qu'en repensant à ce qui venait de se passer…

Elle était devant moi, à me regarder comme une bête curieuse, sans aucun remords sur ce qu'elle avait provoquée. A cette pensée, la colère que j'éprouvais pour elle prit le dessus sur moi.

-Zelda !

Incapable de retenir ma haine, je me jetais elle mais Impa veillait. Avec une célérité extrême, elle me plaqua violemment sur le sol, tandis que le Prince essayait de bloquer mes bras. Mais ivre de fureur, je me débattais violemment, frappant dans tous les sens sans distinction, tout en inondant la princesse d'injures. Finalement, les gardes parvinrent à me maîtriser non sans mal, avant de me traîner de force dans une cellule, le tout sous mes cris de rage.

Trop occupé à ruminer ces sombres pensées et à essayer de deviner ce que j'allais devenir après ça, je n'entendis pas que l'on venait, jusqu'à ce qu'un garde m'appelle :

- J'espère que tu es calmé, parce que tu as un visiteur !

Relevant, la tête, je restais alors figé un instant, avant de détourner le regard.

- Si vous êtes venu admirer ce que je suis devenu grâce à vous, vous auriez dû en profiter tout à l'heure.

Aucune réponse. J'essayais tant bien que mal de retenir une nouvelle bouffée de colère.

- Au moins, vous pourrez annoncer à votre très cher père le Roi que vous avez fini le travail. Je suis sûr qu'il en sera ravi ! N'est-ce pas « Princesse Zelda » ?

- Je ne suis pas venue pour me moquer de vous si c'est ce que vous croyez. Si je suis ici, c'est parce que je souhaite vous parler, du moins si vous êtes d'accord.

- Tiens donc, vous me demandez votre avis maintenant ? Dans ce cas, je pense que vous connaissez parfaitement la réponse.

- Je sais que je n'ai aucune excuse sur ce qui s'est passé, et que je mérite amplement votre colère. Mais tout ce que je souhaite, c'est d'avoir une chance de m'expliquer.

La possibilité de connaître enfin la vérité ? Ou un énième mensonge de sa part ? Mais elle avait cependant réussi à m'intriguer. C'était peut-être ma seule chance d'en savoir plus. De toute façon, que pouvait-il m'arriver de plus ?

-En supposant un seul instant que j'ai envie de vous écouter, qu'est-ce qui me prouve que vous me direz la vérité ?

Sur un signe de Zelda, un des gardes s'approcha de moi, avant de détacher mes liens.

- Je n'ai aucun moyen de vous prouver que ce que je vais dire est vrai. Aussi je vous propose le marché suivant : laissez-moi m'expliquer, et après libre à vous de me tuer si vous le souhaitez.

Massant mes poignets endoloris, je ne pus m'empêcher de ricaner.

- Vraiment ? Avec tous ces gardes prêts à me bondir dessus au moindre problème ?

Mais sur un signe de sa tête, les gardes quittèrent la pièce, ma laissant seul avec Zelda. A quoi jouait-elle donc ?

- Vous n'avez pas peur que je vous brise le cou de colère on dirait.

- Link, contrairement à ce que vous pensez, je vous connais. Je sais que vous avez vécu des choses terribles par ma faute, et cela vous a rempli de colère. Mais je sais aussi que tuer les gens n'est pas dans votre nature. Vous n'étiez pas vous-même tout à l'heure le vrai Link ne tuerait jamais quelqu'un de sang-froid, aussi coupable soit-il.

Elle marquait un point. Maintenant que la colère était passée, je me sentais incapable de lui faire le moindre mal. L'idée que j'aurais pu… Rien qu'à y penser, cela me rendait malade. Lâchant un profond soupir, j'abdiquais.

- Soit. Je vous écoute.

« Depuis maintenant des années, le Royaume connait un Age d'Or sans précédent. Malheureusement, il vit aussi une période trouble, et ce en plein cœur de la Citadelle. De nombreuses personnes influentes commençaient à estimer que la famille royale perdait en autorité et pouvoir, au profit de votre famille. Cela semble absurde, mais ils pensaient que vous étiez les vrais détenteurs du pouvoir, et que nous n'étions désormais plus que des marionnettes. La décision du Roi de laisser Impa te former à la suite de ton l'évaluation a été pour eux comme une preuve de notre faiblesse. Aussi ont-ils commencé à envisager un coup-d'état.

Lorsque nous l'avons appris, nous restâmes stupéfaits. Si nous voulions maintenir la stabilité dans Hyrule, il nous fallait agir et vite. C'est pourquoi nous décidâmes de faire circuler une rumeur sur un soi-disant complot dirigé par toi et visant à nous détrôner, mon père et moi. Lors de ma visite à Cocorico, Impa et moi t'avons volontairement fait croire que tout ce qui t'étais arrivé avait été planifié depuis longtemps. J'aurais préféré te prévenir avant, mais ta réaction n'aurait pas été naturelle. Ta colère et ta fuite du village ont fait croire aux conspirateurs que tu étais moins influents, aussi se sont-ils rapprochés de moi. Ayant les noms de ceux qui trahissaient le royaume, nous n'avions plus qu'à les arrêter avant de te remercier en t'adoubant… du moins c'est ce qui était prévu…

Link, il faut que je t'avoue quelque chose. Cela fait longtemps que j'essaye de le cacher, mais je crains que ma famille ne soit plus ce qu'elle était. A cause de ce complot, mon père a eu de nombreuses crises de paranoïa et je crains qu'elles se soient transformées en folie. Et ce qui m'effraye le plus, c'est qu'il m'arrive la même chose. Plus je cherchais les coupables, plus j'avais l'impression de n'être entouré que d'ennemis. Et plus j'essayais de combattre cette idée comme quoi vous dirigiez dans l'ombre, plus j'y croyais. J'étais déchirée par ce combat interne…c'est comme si deux Zelda se battaient pour le contrôle de mon esprit.

Hélas, ma folie l'emporta. Avec mon père, nous parvînmes à la conclusion que si nous voulions retrouver notre puissance d'antan, il fallait faire un exemple. Et votre famille fût pour nous le parfait bouc émissaire… La suite tu la connais déjà…

Quand je revins finalement à la raison, il était déjà trop tard quant à mon père, la folie l'habitait désormais définitivement. J'étais incapable d'arrêter ce que j'avais déclenché, mais je pouvais au moins essayer de te sortir de la situation dans laquelle je t'avais mise.

Je ne pourrais jamais faire revenir ceux qui sont morts par ma faute, ni te rendre ta vie d'antan. Si tu estimes que je mérite la mort pour ce que j'ai fait, tu as parfaitement raison. Mais je refuse de laisser Hyrule sombrer dans le chaos par ma faute. Et si je dois pour cela combattre mon propre père, je le ferai. Mais je sens aussi que ma folie est toujours quelque part en moi, et qu'elle pourrait revenir à tout moment. Et je refuse de gouverner seule avec ce risque.

C'est pour ça que j'ai besoin… non, que nous avons tous besoin de toi. Ta famille a sauvé chacun des peuples d'Hyrule durant le Grand Chaos. S'il y a quelqu'un que les différents chefs écouteront, c'est bien le descendant de leur sauveur. Si nous parvenons à les convaincre de nous aider, alors nous pourrons mettre un terme à cette crise. Mais pour cela, il nous faut ton aide. C'est n'est pas une princesse mais une personne désespérée et pleine de regrets qui te fais cette requête. Aide-nous à sauver Hyrule…je t'en supplie Link ! »

Un silence de plomb se mit alors à régner dans la salle. Je m'étais attendu à de nombreuses choses, mais pas un seul instant je n'avais envisagé une telle déclaration. Je ne savais plus quoi faire. Mon amertume envers Zelda était toujours présente, mais ce qu'elle venait de me révéler m'avaient aussi rempli d'une profonde tristesse, et même de compassion… J'étais complètement perdu au milieu de toutes ces révélations, sans savoir quoi penser.

- Je suppose que tu as besoin de temps pour réfléchir. Si tu refuses, sache que nous le comprendrions tous parfaitement. Mais sache que sans ton aide, Hyrule est peut-être perdue.

Hyrule…notre famille n'avait cessé de lutter pour protéger le royaume, et ce dernier en échange avait essayé de nous anéantir. Mais c'était aussi le pays où j'étais né et dans lequel j'avais grandi… je connaissais chacune de ses régions. J'avais passé de longues journées à chevaucher dans ses plaines, à promener dans ses forêts, à nager dans ses rivières, à discuter avec ses habitants… C'était bien plus qu'un simple pays pour moi, il en était mon foyer. Et savoir qu'il était à l'agonie me faisait bien plus souffrir que tout ce que j'avais connu auparavant. Alors que la princesse Zelda s'apprêtait à s'en aller, je pris ma décision.

- Je vous aiderai !

Elle s'arrêta brutalement, avant de se retourner.

- Tu n'es pas obligé de donner une réponse tout de suite. Si tu as besoin de plus de temps…

- J'ai dit que je vous aiderais. J'ignore si ce que vous m'avez raconté est vrai, mais je suis sûr d'une chose : Hyrule est en train de sombrer. Et je refuse de laisser mon pays s'écrouler sans rien faire. S'il existe un moyen pour lui redonner sa splendeur, alors je veux le trouver.

- Je savais que tu dirais cela Link. Merci…du fond du cœur.

- Cependant, ce n'est pas parce que je vous aide que tout est oublié. Quel que soit votre soi-disant motif, je ne vous pardonnerai jamais. Et dès qu'Hyrule sera sauvée, je ne plus jamais avoir affaire à vous.

- Je comprends… Venez, il est temps maintenant de rejoindre les autres. Nous devons établir un plan.

En sortant de cellule pour suivre Zelda, je ne pus m'empêcher de remarquer sa pâleur et sa tristesse. Et alors que je passais à côté d'elle, je parvins difficilement à entendre un faible murmure s'échapper de sa bouche : « Déesses, combien de temps vais-je devoir encore le lui cacher, après tout ce qu'il a subi, il mérite de savoir. »

Que pouvait-elle bien m'avoir caché encore ? Et surtout, quels secrets terribles tentait-elle garder à tout prix, au point d'en souffrir ? J'espérais avoir enfin des réponses, mais au final je me retrouvais avec encore plus de questions.