Le lendemain, la journée commença par se dérouler comme d'habitude. Enfin, si il était honnête avec lui-même, Newt reconnaissait qu'il ne mettait guère de cœur à l'ouvrage. Tellement que Aurelius s'en aperçut, et lui demanda ce qui n'allait pas.
-Je me suis disputé avec mon frère, répondit Newt avec un pauvre sourire. Je ne pense pas que nous nous revoyons un jour. Ni lui, ni mon amie d'enfance, qui est aujourd'hui sa fiancée.
-Je suis désolée, répondit Aurelius.
-Ne le soit pas, ce n'est pas de ta faute. Je lui ai dit comment j'étais devenu un Vampire et un Obscurial. Tu m'as toi aussi posé la question autrefois. Sache que je suis tout simplement un fils bâtard. Theseus Scamander est mon frère, mais mon demi-frère. Son oncle, mon père, à violé notre mère et m'a conçu. Le père de Theseus, mon oncle, s'est vengé de cela en tuant son frère, mon père. Quant à notre mère à Theseus et à moi, elle est morte en me donnant le jour. Son époux me l'a fait payer toute mon enfance, faisant de moi un Obscurial au passage, jusqu'à ce qu'un jour, il essaye de me brûler vif. J'ai alors perdu le contrôle et je l'ai tué, sans comprendre que c'était de ma faute. J'ai cru qu'un monstre en avait après moi et je me suis enfui. J'ai croisé un Vampire qui m'a transformé, avant d'également essayer de me tuer en comprenant ce que j'étais. Lui aussi est mort par ma faute. Le Seigneur-Vampire de notre pays m'a alors pris sous son aile, il m'a éduqué, m'a appris nos Lois et nos sortilèges, et il m'a laissé rentrer chez moi, tout en gardant en permanence un œil sur moi, via Joshua. J'ai alors repris ma vie comme si rien n'avait changé, alors que tout était différent. Theseus et moi étions les derniers Scamander encore vivants, nous étions seuls, sans personne pour nous soutenir. Et même si Theseus à fait de son mieux pour m'aider, je l'ai toujours repoussé, car j'avais peur de le mettre en danger…
Aurelius resta silencieux un moment, ne sachant pas vraiment quoi répondre. Et puis…
-C'est une histoire horrible. Je me sens honteux maintenant d'être devenu un Obscurus pour si peu…
Incapable de s'en empêcher, Newt se retourna brusquement et le serra dans ses bras, en profitant pour inhaler son odeur intoxicante, retenant un gémissement de désir…
-Si peu ? Gronda-t-il. Si peu ? Être battu, persécuté et rabaissé pendant près de trente ans, ce n'est pas « peu », Aurelius ! Si ce qui m'est arrivé est horrible, ce qui t'es arrivé à toi et à tes frères et sœurs l'est tout autant ! Jamais un seul enfant n'aurait du être confié à cette femme ! Jamais elle n'aurait du être capable de lever la main sur toi, ou sur qui que ce soit ! Nous ne sommes pas tous égaux face à la peine, Aurelius ! Tu as sans doute l'impression que j'ai souffert plus que toi, mais elle à autant étouffé ta Magie que mon oncle à étouffé la mienne ! La différence entre nous maintenant, c'est que toi, tu peux t'en sortir ! Tu peux vivre, aimer et guérir ! Moi, je suis déjà mort ! Aimer, je le peux, mais rien de plus !
-C'est de ma faute… Murmura Aurelius d'un air penaud.
Furieux, Newt l'empoigna par les épaules et le secoua légèrement, le forçant à relever la tête, faisant malgré tout de son mieux pour ne pas le blesser, alors même que Joshua et Bellarione grondaient d'avertissement.
-Jamais Aurelius, tu m'entends !? Jamais ! C'est moi qui ai décidé de ne pas te forcer ! Moi et seulement moi !
-Oui mais… Mais… Je… Rejette ce genre d'unions uniquement parce que j'ai été élevé par cette… Cette femme ! Parce qu'elle m'a élevé dans le monde moldu ! Mais il y à tout un rayonnage sur les liens entre Créatures dans la bibliothèque de Hogwarts et… Et tous les livres en parlent comme d'une chance inouïe alors… Alors parfois je me demande… Je n'arrive pas à me faire à l'idée, vraiment pas ! Pour moi, c'est… Contre-nature ! Mais apparemment, ici, les hommes peuvent porter des enfants… Et les liens entre Créatures sont extraordinaires… Alors parfois, je me demande… Est-ce que je fais bien de lutter ?
Abasourdi, Newt sentit ses résolutions flancher.
-Je suis touché que tu te pose la question, Aurelius.
-Je sais que vous souffrez à cause de moi…
-Je souffre parce que je l'ai choisi !
-Mais si je me fie à ce que disent les livres, vous allez mourir… Je… Je n'en ai pas vraiment eu conscience, je crois, mais même inconsciemment, je vous ai rejeté, n'est ce pas ?
Brusquement, Newt se figea. C'était la première fois que Aurelius relevait les yeux vers lui. La première fois qu'il lui voyait une expression si déterminée et franche. Il en resta sans voix.
-Ça aussi, je l'ai choisi, murmura-t-il.
-Pourquoi ? Alors que sans le sortilège, je serais déjà dans vos bras ?
A ce stade là de la conversation, Newt était perdu. N'avait-il pas déjà répondu à cette question, et plusieurs fois ?
-Tu me semble perturbé… Et pas que à cause de notre conversation… Quelque chose s'est-il passé ? Demanda-t-il.
Un ricanement se fit entendre, mais pour ses oreilles et celles de Joshua, seulement.
Ce n'est pas trop tôt, entendit-il.
Bellarione.
Il reporta son regard sur Aurelius, qui arborait à sa grande stupéfaction une jolie couleur pivoine et son sang dégageait une odeur divine…
-Rien du tout, balbutia-t-il.
Amusé, Newt haussa un sourcil, moqueur.
-Tu es sur ?
Sachant pertinemment qu'il s'était trahi, Aurelius se passa les mains sur le visage pour chasser l'afflux de sang et soupira.
-Ce n'est rien… Répondit-il. Un truc idiot…
-Un truc idiot ? Quoi donc ?
-Je… J'ai lu que les Vampires pouvaient parfois être très possessifs et… Je ne voudrais pas vous mettre en colère…
Newt haussa de nouveau un sourcil.
-Dois-je m'inquiéter ?
Aurelius rougit de nouveau.
-Non… C'est juste… C'est à propos de… D'une fille ?
Touché. Newt retint à grande peine le grondement mécontent qui monta dans sa gorge…
-Quel genre de fille ? Demanda-t-il d'une voix qu'il s'efforça de mesurer.
-Une idiote, sans doute, répondit Aurelius. C'est juste que… Ce qu'elle m'a dit m'a perturbé… Je veux dire, j'ai vingt-huit ans ! Mais ma… Cette femme… Me gardait tellement sous son emprise ! J'ai l'impression de grandir tous les jours ! Mais je me rends compte maintenant que je suis ignorant sur beaucoup, beaucoup de choses…
-Développe ! Exigea Newt, d'un ton un peu plus sec qu'il l'aurait voulu.
Voyant Aurelius grimacer, il se passa une main dans les cheveux en soupirant.
-Pardonne moi. Tu as raison, les Vampires sont des Créatures jalouses. Mais tu n'as pas à m'en parler si tu ne le veux pas…
-Je… Veux vous en parler, je crois. J'ai besoin d'un avis la-dessus. Un avis qui ne vienne pas de Albus où d'Aberforth… Mais encore une fois, ça risque de ne pas vous plaire…
-Et bien si ça ne me plaît vraiment pas, Joshua me retiendra. Je ne sais pas ce que cette fille à fait, mais elle à plus à craindre que toi. Maintenant je sais d'où viens cette odeur inconnue sur toi…
-Euh… Vous allez la tuer ?
Newt fronça le nez.
-Tout dépend de ce qu'elle t'a fait !
Dans son dos, Joshua ricana.
-Rien de grave, par Merlin ! Le problème vient de moi ! C'est juste…
De nouveau gêné, il se mit à bafouiller.
-C'est arrivé ce midi, après le déjeuner… Je me promenais dans les rues de Londres, lorsqu'une fille s'est jeté sur moi pour m'embrasser… Apparemment, c'était un pari avec son amie… J'ai été surpris et je n'ai pas réagi. Elle à dit que je ne savais pas embrasser. Je lui ai répondu qu'elle m'avait pris par surprise et que je n'avais pas voulu l'embrasser. Elle m'a alors demandé de l'embrasser parce que sinon ce n'était pas du jeu et son amie n'allait pas l'accepter. J'ai essayé. Et le fait est que je ne sais pas embrasser… J'ai vingt-huit ans et je ne l'avais jamais fait avant ! Forcément, elle s'est moquée de moi ! Son amie à voulu essayer, pour voir. J'ai dit que j'en avais assez, que je ne voulais pas embrasser quelqu'un que je n'aimais pas. Elles m'ont répondu qu'on avait pas besoin d'être amoureux pour ça. Que tout le monde le faisait, que c'était comme ça. Elles m'ont demandé d'où je sortais…
Dans les Ombres, Joshua et Bellarione étaient mort de rire, alors qu'ils saisissaient tous deux Newt à bras le corps.
Par le sang des soixante-douze vierges de Babylone, Newt, contrôle toi !
Ces deux pétasses, je vais les tuer !
Mais non, mais non, ce ne sont que des humaines ! Stupides, certes, mais des humaines !
Je vais les saigner ces deux garces ! Je vais leur faire payer d'avoir humilié mon Calice !
Mais non, enfin, arrête de dire des conneries ! Et puis en parlant de ton Calice, tiens, écoute-le, il te pose une question !
A ces mots, Newt se calma instantanément…
-Newt ? Vous allez bien ?
Newt se pinça l'arête du nez d'un air agacé.
-Pardonne-moi, Aurelius. Je dois juste résister à l'envie d'aller égorger ces deux andouilles…
-Euh… Je ne suis pas sur que ça en vaille la peine… Balbutia le garçon, un peu effrayé.
-Sans doute que non, mais ça me soulagerait… Enfin bref, tu n'as pas à t'inquiéter pour ça, Aurelius. Ces deux filles étaient effectivement des idiotes ! Tu as peut être vingt-huit ans, mais tu as encore le temps de tomber amoureux et de te trouver une compagne ! Surtout en étant un Sorcier, car ta durée de vie dépasse de loin celle d'un humain normal… Donc vraiment, pour aimer, tu as le temps ! Et si cette personne que tu décide d'aimer t'aime également, alors elle saura te comprendre et ne te tiendra pas rigueur de ton inexpérience… Au contraire, elle sera honorée d'être la première personne à t'approcher…
-Mais… Ce n'est pas vraiment ça qui m'ennuie…
Newt se redressa, lui lançant un regard surpris.
-Ah bon ? Et bien quoi alors ?
-C'est… C'est plutôt le fait que… Que moi, je ne connais rien de tout ça ! Je ne sais pas ce que ça fait d'embrasser quelqu'un qu'on aime… Ni ce que ça fait d'embrasser quelqu'un qui nous aime ! Ni même ce que ça fait d'embrasser quelqu'un pour jouer, comme l'on fait ces deux filles… Je… En terme d'affection, je ne connais que les étreintes… Apparemment factices de… De Grindelwald… Ou bien les étreintes fraternelles de Albus et Aberforth… Mais rien de plus…
Newt lui caressa la joue un instant, attendri…
-Tu as le temps de vivre tout cela, Aurelius, rassure-toi.
Aurelius baissa la tête et rougit de nouveau.
-Je ne sais pas, je… Au fur et à mesure que je découvre le monde magique… Je découvre chaque jour de nouvelles choses… Et au final, je ne sais plus quoi penser… Je suis perdu entre ce qu'on m'a appris avant, et ce que j'apprends maintenant…
-Mais Aurelius, j'avoue que je ne comprends pas pourquoi tu te pose autant de questions. Tôt ou tard, tu tombera amoureux. Ce jour là, et si tu aimes vraiment cette personne, sincèrement, du plus profond de ton cœur, tu ne te posera pas de questions…
-Je sais, mais… En fait, non, je ne sais pas… J'aimerais vous demander quelque chose, mais j'ai peur que…
-Demande. Nous verrons bien ce que je te répond.
Aurelius se passa nerveusement une main dans les cheveux. Dans ces moments là, il semblait regretter de ne plus les avoir assez longs pour se cacher derrière.
-Je… Je ne peux pas dire que je suis amoureux de vous, mais… Vous, vous m'aimez, n'est ce pas ? Est ce que… Est ce que vous voudriez-bien m'embrasser, s'il vous plaît ? Que je sache ce que cela fait de… D'être embrassé par quelqu'un qui m'aime…
Newt se raidit, se crispa, alors qu'il entendait les deux Vampires ricaner. Puis il soupira profondément, relâchant tout son corps…
-Comment veux-tu que je refuse, Aurelius ? Tu me prends par les sentiments, là, littéralement…
Le jeune homme rougit. Il n'avait encore jamais atteint une teinte si intense, remarqua Newt avec un sourire.
-Je sais. Je suis désolé. J'ai parfaitement conscience que c'est cruel de ma part, je veux dire… Je ne veux pas vous donner de faux espoirs…
-Ça, c'est un peu tard, remarqua Newt en posant une main sur sa joue, amusé.
-Je suis désolé… Répondit le jeune homme, sans oser affronter son regard…
-Ne le soit pas. C'est moi.
Et sans prévenir, Newt déposa ses lèvres sur les siennes. Surpris, Aurelius gémit. Les lèvres de Newt étaient si froides contre sa peau si chaude qu'il en frissonna, un long frisson qui lui remonta tout le long de la colonne vertébrale…
Les lèvres de Newt bougèrent doucement contre les siennes et spontanément, il les imita, les entrouvrant légèrement, les décalant…
Newt sentit Aurelius qui se faisait de plus en plus réceptif entre ses bras alors même que toute la force et la Magie des deux Vampires-Gardiens était employée à l'empêcher de plaquer son Calice contre une table voisine. Sentant le jeune homme qui se détendait entre ses bras, il s'enhardit jusqu'à laisser s'aventurer sa langue, froide et humide sur les lèvres de son humain favori. Surpris, Aurelius les entrouvrit, bien que de toute évidence sans le vouloir, et aussitôt, Newt s'engouffra dans l'ouverture inattendue…
Il ne put retenir un grondement de désir en découvrant enfin le goût de son Calice. Aurelius gémit en sentant la fraîcheur de sa langue contre la sienne. A peine conscient de ses actes, il se raccrocha à la veste de Newt, se rapprochant de lui inconsciemment. Se coulant dans le baiser autant que dans l'étreinte, il se mit à répondre avidement à cette langue qui jouait avec la sienne.
C'était bon ! Tellement agréable ! La différence de température créait un contraste si étrange ! Il avait un peu de mal à respirer… Mais si il se concentrait, ça allait… Le corps de Newt était si froid ! En comparaison, il avait l'impression que le sien était bouillant…
Il sentit la chaleur qui se concentrait dans son bas-ventre… Son ventre se tordit… C'était bizarre… Mais tout ce qu'il souhaitait en ce moment, c'était se rapprocher un peu plus de Newt… Et il avait cette main froide dans sa nuque, et cette autre main froide dans son dos… Et ce grondement qui montait de la gorge de Newt, et qui faisait vibrer tout son corps…
Une raideur, qu'il ne pensait pas avoir, en heurta une autre, et Aurelius rompit brusquement le baiser…
-Que… Pardon, je suis désolé, je…
Aurelius jeta un bref regard vers la porte, avant de se précipiter au dehors. Newt entendit les deux Vampires qui les surveillaient éclater de rire, alors qu'il fixait la porte battant au vent, la tête inclinée sur le côté, un sourire aux lèvres, songeur…
Est ce que son Calice venait bien de s'enfuir parce qu'il avait « un peu trop » apprécié leur baiser ?
Soudainement de meilleur humeur, Newt décida que c'était finalement une bonne journée…
Lorsque, une petite heure plus tard, une petite carte apparut devant lui avec marqué :
« Si vous n'étiez pas son Vampire, je vous aurais déjà maudit de tous les pires sorts que je connais pour m'avoir forcé à avoir ce genre de conversation avec mon petit frère de trente ans ! Et j'en connais beaucoup ! A.D », il éclata de rire…
