CHAPITRE 16
Engendrement
Sanctuaire, Octobre 2007
Au milieu de la vaste forêt du domaine sacré, dans le centre d'entraînement des femmes chevaliers, les exercices vont bon train.
Au sein de son groupe, Mia vêtue de sa tenue d'entrainement surveille les affrontements des apprenties à l'instar de Fujiya à quelques mètres de là et qui vient d'avoir 14 ans, n'éprouve aucune pitié pour ses adversaires.
Plus loin, des Saints expérimentées de toute caste confondues s'exercent seules et méditent. D'autres profitent du magnifique paysage pour se détendre dans la rivière ou dans l'herbe épaisse et douce comme de la mousse, la tête en appui contre les colonnes doriques de ruines anciennes.
Alors qu'elle allait asséner un crochet de droite à son adversaire, Fujiya s'immobilise soudainement sentant un cosmo approcher. Elle tourne la tête vers le sujet de sa réflexion : une énergie familière provenant du fond des bois. Elle concerte Mia du regard. Même si les mœurs ont évolué au sein du Domaine sacré, les hommes ne peuvent fréquenter le lieu des femmes à moins d'avoir l'accord du Saint du Serpentaire, plus haute gradée des guerriers et en qui le Pope confie toutes autorité hors du Palais. Cette dernière étant indisponible avec cette grossesse surprise, c'est à Mia à qui Aurora a légué tous ses pouvoirs hiérarchiques sur cette partie de l'île. Le reste est laissé à Saga des Gémeaux, actuel Commandant des troupes du Sanctuaire.
Après quelques instants, un homme d'une vingtaine d'années à la chevelure châtain grise foncée et aux traits nordiques, pourvue d'une armure d'Argent, met fin au suspense : Asterion de la Meute, intime d'Amaria de la future Chouette, marchait tranquillement en direction du Saint du Sagittaire sans prêter attention aux jeunes-filles ramenant immédiatement un chlamyde devant leur corps afin de camoufler leur nudité aux yeux de l'indésirable qui a osé troubler leur quiétude. Il était accompagné d'une adolescente à peine plus âgée que Fujiya qui haussa un sourcil interrogateur.
L'individu en question se rapproche : c'est un Saint d'Argent des plus redouté avec son pouvoir. Il était accompagné d'une jeune-fille d'une dizaine d'années. A la vue du télépathe, l'ancienne élève de la Treizième saute de son piédestal d'où elle supervisait les entraînements et accueille son camarade naturellement, devinant l'objet de sa venue.
« Bonjour Asterion. »
« Mia… » répond amicalement le Saint de la Meute, « Je te prie de m'excuser pour cette irruption dans votre camp. Ordre du Pope. »
« J'avais bien compris, » rassure la portugaise, « Cette enfant est la nouvelle dont nous parlait le Seigneur Shion ? »
« C'est exact. » répondit le Danois, « Voici Tessia Borang. Elle a été recueillie par l'un de nos compagnons en mission. Elle concoure désormais pour l'armure du Paon. » Puis il s'adresse à sa protégée et prend un air plus supérieur : « Jeune-fille, je te présente Mia, Saint d'Or du Sagittaire, ancienne élève de notre commandante, le Saint du Serpentaire. Mia a vaincu la Reine des Amazones, tu lui dois d'autant plus de respect et de reconnaissance.»
« Mes hommages Dame chevalier, tout l'honneur est pour moi de vous rencontrer. » répondit la jeune-fille en se courbant, impressionnée par le rang de son aînée.
Mia ricana doucement et lui releva le menton : « Bonjour Tessa. » fit t'elle en rangeant son arc dans son étui, « Nous partageons toutes la même passion pour Athéna en cet endroit. » dit-elle de sa voix douce, « Mia suffira. D'où viens-tu ? »
« Je suis née dans les contrées d'Inde du Nord. Mais j'ai grandie en Birmanie avec mon frère Adi. »
« Lequel de tes parents était Grec ? » demande la Sagittaire.
« Ma mère. Elle exerçait le métier de secouriste dans mon pays. Elle y rencontra mon père, un ancien Rishi* issue d'une très ancienne tribu. »
« Qu'est-il advenu de ta famille ? »
« Ils ont été tué par des mines lors d'une mission de sauvetage. Mon jeune frère a perdu l'usage de sa vue et d'une jambe. Mais il a étonnement développé des dons pour l'avenir. »
« Je vois, tu n'as pas été épargnée par la cruauté des guerres humaines. » concéda Mia, « Où est placé ton frère ? »
« Il est établit auprès des serviteurs des Saints d'Argent, en attendant mieux. »
« Ton cosmo aurait dû se développé durant l'enfance. » rétorqua Asterion.
« Oui Maître Asterion. Cependant j'aidais mon père à subvenir aux besoins des pauvres grâce à mon aptitude de Sattva, un dérivé de la conscience de la Déesse Shakti.* » explique la jeune-fille aux longs cheveux miel, « J'ai reçu ce pouvoir très tôt grâce à mon paternel qui m'a longuement initié aux traditions de notre pays. J'ai également eu connaissance d'arts martiaux ancestraux de la région. Père me disait souvent qu'il sentait une énergie autre, différente et miséricordieuse au sein de mon cœur. »
« L'énergie des futurs chevaliers d'Athéna. »
« Oui je l'ai compris peu après l'accident. »
Mia : « C'est-à-dire ? »
« Tessia a utilisé sa seule conscience pour déblayer son frère des décombres. » affirma le Danois.
« Par Athéna … » songea Mia, « C'est un don rare. » Elle fixa un moment la jeune prodige : « Cela ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un futur Saint d'Argent. Sois la bienvenue au Sanctuaire. »
« Merci Dame Mia. »
« Tessia sera sous mon autorité pour sa préparation de Saint, » prévint Asterion, « Elle sera néanmoins éduquée par le chevalier d'or de la Vierge. »
« En effet, Shaka pourra tout à fait s'occuper de son initiation puisqu'ils partagent les mêmes origines. »
« Le Saint d'or la Vierge ? » ouvrit de grands yeux Tessia, « J'ai entendu parlé de cet homme. On dit qu'il est le plus proche du Dieu Bouddha. »
«Nous allons aller à sa rencontre. Il t'attend.» continua Asterion, « Mia je prends congés, je ramène la petite auprès du Seigneur Shion. Tessia passera certainement sa première nuit dans la sixième maison. »
Mia hocha la tête et dit à l'attention de la protégée : « Bonne chance. Nous nous reverrons.»
« Merci. »
Un peu plus loin au grand hall du Palais du Pope, les différents chevaliers convoqués patientent derrière les vastes portes. Aiolia du Lion, Aldébaran du Taureau, Shura du Capricorne et Shaka de la Vierge discutent entre eux. Un peu plus loin, Ptolemy de la Flèche, Sirius du Grand Chien et Merio de la Coupe attendent la venue de leur ami Asterion.
Milo du Scorpion était un peu en retrait, adossé contre une colonne en marbre. Il avait les yeux fermés et les bras croisés sur sa poitrine. Il semblait des plus calme cependant son ami du Verseau remarqua l'agitation qu'il tentait de camoufler depuis quelques temps.
« Que t'arrive t-il Milo ? »
Le Grec ouvrit les yeux et répondit au français : « Mon armure a résonné hier soir. Et j'ai remarqué que la constellation du Scorpion scintillait plus que d'habitude. »
« A ton avis, est-ce de bonne augure ? »
« Cela signifie que de grands changements se profilent. »
« Où veux-tu en venir ? »
« L'avènement de mon successeur. » fit le huitième gardien, un léger sourire au coin des lèvres.
Camus se redressa davantage, étonné par cette déclaration. Cela ne signifie qu'une chose …
« Aurora va mettre bas. »
Milo hocha la tête.
« Vous parlez d'elle comme d'un mammifère .. c'est pas une vache ! » proteste quelqu'un au loin.
Une voix féminine qu'ils reconnaissent se mêla à la conversation. Luisa l'amie du Serpentaire, assistante de Shion à temps partiel est présente depuis environ un an au Palais. Elle est surtout chargée d'entretenir la forme des non combattantes du Sanctuaire grâce à ses compétences de professeur de karaté et de danse. La brune s'occupe aussi des doléances des femmes des villages du Domaine sacré. Enfin, plusieurs fois par semaine elle aide le Pope dans ses tâches administratives.
Natalià, ancienne chargée de clientèle et autre amie du Serpentaire s'occupe des relations entre les entreprises Kido et le Sanctuaire : fonds, échanges, vente de matières premières, préservation du site. La jeune-femme a accepté cette nouvelle vie lorsqu'Aurora lui a révélé sa véritable identité de guerrière. Elle a décidé de rester auprès de son amie elle aussi. Quant à Luisa, elle est protégée par les chevaliers de son ancien amant, Marco. Un homme dangereux qui évolue dans le milieu narcotique. La brune vit donc en toute quiétude au Domaine sacré et sortait de temps à autre fréquenter … un certain Rhadamanthe de la Wyvern.
Les bras chargés de dossiers, cette dernière traverse le grand Hall avec cette mine habituellement renfrognée. Les Saints sont à présent habitués à sa présence et son fort caractère.
« Milo ! Tu es sûr de ce que tu avances ? » intervient alors Merio.
« Il n'y a pas le moindre doute. »
Luisa était enjouée et s'exclama : « Bon sang, j'ai hâte de voir mon futur neveu. »
« Aurora et toi n'avez aucun lien de parenté. » rétorqua Camus.
« On a grandi ensemble, on est comme des sœurs. » grogna Luisa, « Et puis, tu devais pas aller aider Natalià dans son projet de restructuration de la bibliothèque du Sanctuaire ? »
« Nous serons amenés à voir cela en journée. » fit sèchement Camus.
« Je ne sais vraiment pas ce que tu attends le Verseau .. » reprocha Luisa pour provoquer le onzième gardien. Tout en remettant ses cheveux en place elle continua sans sourciller : « Nat est la version féminine de ta personnalité, française comme toi. Vous passez votre temps libre à échanger sur vos bouquins lassants. A un moment donné, faudrait p'être passer à la vitesse supérieure ! » lâche-elle sans prendre de pincettes.
Le Saint des glaces fut indigné. Les Argents se pincent l'arête du nez et les Ors esquissèrent un petit sourire en coin, amusé par la répartie de la brune.
Le français se rembrunit : « Tu es aussi désinvolte que le Serpentaire.. » Il préfèrait éluder la question d'un regard désapprobateur envers une Luisa qui chassa ses mots d'un geste de la main.
« Tu serais le Bon Dieu ça ne changerait rien. » déclara t'elle en ramassant des parchemins tombés sur le sol tant ses bras étaient chargés, « Tu as beau être un super guerrier, t'en restes pas moins un homme !»
« Aucun respect pour la garde d'Athéna … » maugréa Camus dans son élégance naturelle.
La beauté de ses traits fins, sa longue et souple chevelure blonde vénitienne tirant sur le roux, au modelage inexpressif le rendait encore plus sévère qu'il ne l'est. Incapable de déterminer ce qui l'animait réellement - si on ne compte pas ses frères d'arme, beaucoup le considérait parfois comme un être méprisant. Fort de l'amitié qui les liait depuis des années, Milo jugeait le comportement de certains à l'égard de Camus inapproprié, qui lui semblait vivre sa vie avec indifférence.
« On a pas élevé les cochons ensemble ! » répliqua Luisa nullement touchée par le Seigneur de l'eau, « Tu as besoin de passion l'Igloo ! Cela te rendrait plus sympa ! »
Camus voulait rétorquer mais Milo changea de sujet afin d'éviter à son ami contrarié de transformer Luisa en glaçon géant.
« Est-ce que ce sont les écrits des anciens Pope que tu détiens là ? » demande t'il curieusement en lui tendant un vieux manuscrit provenant de la pile de dossiers anciens.
« Ouais, les lectures dans les étoiles .. ou je ne sais quel mot à sortit le Seigneur Shion à ce sujet. Ainsi que les réunions cruso machin des dernières années.»
« Crusos Sunagein. » reprit noblement Shaka, «Un ordre exceptionnel émanant du Grand Pope à l'attention de la garde dorée. »
« C'est le terme qu'il a utilisé. Qu'est-ce donc ? »
« C'est un rassemblement spécifique concernant les Saints d'or. Nous devons tous être présents au Palais avant l'aube. » explique Aiolia.
« Et dans le cas contraire c'est considéré comme un acte de rébellion. » continua Aldébaran.
« C'est hyper carré. On se croirait à l'armée ! » souffla Luisa.
« C'est le principe militaire même de n'importe quelle légion ancienne ou moderne. » affirma Shura, « Seule l'organisation est différente… »
« Et vous portez des protections sacrées, je sais. » continua Luisa, « Mais je n'ai jamais été friande de ce genre de chose. La guerre en soit m'irrite. Si je la tolère au sein de votre structure c'est parce qu'elle est louable, vous protégez les faibles et vous puis vous servez les Dieux. »
« Tu serais à notre place peut-être aurais-tu une vision différente. » fit remarquer le Saint du Capricorne.
« Certes. Mais comme je n'ai ni pouvoir ni super armure... Je suis prof de karaté et de danse ! » grogna t'elle. « Enfin ex prof .. » termina t'elle dépitée.
Les chevaliers remarquent une pointe de tristesse et d'amertume dans son discours et se concertent du regard.
Sirius s'approcha : « Luisa, la vie contemporaine te manque plus qu'on ne le pensait. Nous savons qu'il est difficile pour une civile de se plier aux protocoles de notre Domaine. »
« Je m'y fais .. » souffla t'elle en glissant les papiers dans des dossiers.
« Tu dois simplement faire preuve de rigueur lorsque tu quittes le Sanctuaire et être escortée.»
« Je m'en souviens. » répondit t'elle.
« Maître Shion est heureux de t'avoir à ses côtés. Ton aide lui est précieuse.» rassura Merio, « Quant à Aurora, elle est de loin la plus sereine avec toi à ses côtés. Depuis quelques années, elle n'a guère eu le temps pour elle et ses amis. »
« Je me doutais bien qu'elle avait une vie hors du commun. » ajouta la portugaise, « Si j'avais un cosmo, j'aiderai les gens mais pas de cette manière ! »
« Que veux-tu dire Luisa ? » intervient Shaka.
« Bah j'utiliserai mes pouvoirs pour punir ceux qui m'ont emmerdé ou fait du mal aux autres ! »
Effarement du côté des chevaliers.
Merio de la Coupe qui fait partit de la nouvelle génération de Saints comprend les opinions de l'amie d'Aurora et déclare naturellement : Luisa voulait simplement dire qu'elle fera justice elle-même sur les malveillants qui peuplent ce monde. »
« On utilise pas nos pouvoirs à des fins personnelles. » répliqua Aldébaran.
Luisa : « Vous devriez ! Ca purgerait le monde de pas mal de pourritures ! »
« Et qui punirait-tu en premier ? » sourit Merio amusé. Son étincelante armure brillait sous l'effet des rayons de soleil traversant les larges fenêtres du hall, une cape blanche et pourpre se balançait au gré de ses mouvements.
« Mon ex ! La pire pourriture mâle de la Terre. Je sais même pas comment j'ai fait pour coucher avec lui autant d'années ! » Les chevaliers roulèrent des yeux énormes. Décidément, ils ne se feront jamais au caractère familier de Luisa. Il en ont déjà bien assez avec celui du Serpentaire, entière et pas comme les autres. « Et puis de toute façon mon âme est irrécupérable. J'ai fait trop de bêtises par le passé. »
« Tu es une bonne personne. » fit remarquer Aldébaran, « Ta forte détermination t'a hissé au-dessus de ces méfaits. Tu n'aurais pas la confiance du Seigneur Shion sinon. »
« Peut-être cependant je préférerai postuler ailleurs ! Je me plairais plutôt à bosser pour Hadès ! »
Silence lourd de sens.
« C'est vrai. » ajouta Luisa constatant les mines effarées de ses interlocuteurs, « Au moins je serai avec Rhada dans son château ! »
« Les Juges de l'Enfer ne sont pas des compagnons de vie des plus sociables. » continua Aiolia en fermant les yeux.
« Ils vivent dans un Palais dans la huitième sphère des Enfers. Tu ne pourras t'y rendre à moins .. »
« D'être morte ou être spectre. » répondit la jeune femme avec indifférence en haussant les épaules, « Mon équilibre mental est déjà touchée de toute façon ! Alors vivre parmi les spectres serait une promenade de santé.» ironisait cette dernière.
« Luisa … oublie cette idée. » conseilla Merio, « Tu ne peux faire des projets d'avenir avec un homme qui vit au Royaume des Morts.
« On en reparlera ! » pesta cette dernière en se dirigeant vers le bureau de Shion.
Les chevaliers se regardent étonnés. L'amie du Serpentaire semble .. très amoureuse.
Un peu plus loin en bas des marches du Palais, Asterion arrivait tranquillement accompagné de la protégée de la Vierge. Encore ébahie par les lieux et sa nouvelle destinée, la jeune Indienne s'arrête net, sentant un regroupement de cosmo puissants à l'intérieur du Hall sacré qui s'étend devant ses yeux.
« Jeune-fille, je peux sentir tes craintes. Tu dois te contenir. »
« Maitre Asterion, toutes ces énergies m'oppressent. Accordez-moi quelques instants. »
Le Danois haussa un sourcil et croisa les bras, attendant qu'elle se calme.
« Ferme les yeux. Prends une profonde inspiration. » conseilla son supérieur.
La jeune-fille s'exécuta sans protester et durant de longues secondes, elle fit de son mieux pour contrôler son souffle.
« Je veux maintenant que tu te concentres calmement sur l'univers qui nous entoure, les énergies cosmiques des lieux. » Tessia hocha la tête, « Utilises tes dons pour apaiser tes craintes, ne les chasse pas, elles reviendront. Acceptes-les, elles feront toujours parties de toi. Tu dois apprendre à les utiliser correctement. »
Après quelques instants, voyant que son élève semblait plus sereine, le Danois continua : « Bien maintenant canalises une énergie en particulier, celle qui protège le Sanctuaire, celle qui nous guide vers le chemin du bien-être, la combativité et l'espoir. Est-ce que tu le sens ? »
La jeune-fille avait perçu cette énergie à son entrée dans le Domaine Sacré, bien après le village de Rodorio. Elle n'y avait pas prêté attention, se disant qu'en cette Terre il est tout à fait normal d'avoir une plus forte perception des choses et du cosmo. Et effectivement, en renforçant sa concentration elle entra en communion avec une source d'énergie bienveillante. Elle ne se rendait pas compte qu'une aura l'entourait alors que Asterion la regardait méditer.
« Comment te sens-tu ? »
« Tellement mieux. » concéda l'Indienne, « J'ai le sentiment d'être enveloppée de courage. »
« C'est le cosmo d'Athéna. » lui apprit l'homme, « Chaque chevalier est relié à la Déesse et si nous nous concentrons sur elle, les prières que nous lui prodiguons enhardissent nos cœurs. Athéna est là pour chacun de ses protecteurs, même à des années-lumière elle nous guide. »
Tessia était touchée. Elle n'a jamais ressenti de tel.
« Son cosmo est si puissant et chaleureux… »
Asterion ne croyait pas que sa protégée détiendrait une énergie si développée. Elle apprend vite et semble des plus sensible.
« Où loge la princesse ? » demande Tessia avec une curiosité évidente.
« Au Temple d'Athéna. » répondit la Meute, « Seul le Pope a l'autorisation de s'y rendre. Pour la rencontrer, tu dois demander audience auprès du Seigneur Shion. »
« Même pas les Saints d'Or ? »
« Négatif. Seulement son représentant peut la rencontrer sans demander audience. » prévint t'il, « Ouvres les yeux tranquillement maintenant, nous sommes attendus.»
En gagnant le seuil du Palais, le chevalier de la Meute sentit qu'on l'appelait. Il s'immobilisa quelques instants et fit signe à Tessia de l'attendre devant les hautes portes.
« Amaria .. » songea t'il en fermant les yeux.
Le télépathe se concentra vers l'élue de son cœur. Il est très étonné par ses progrès considérables. La jeune-fille a intégré le Sanctuaire l'année dernière et son évolution a été très rapide. L'entrainement intensif et accéléré d'Aurora, et ces derniers temps de son homologue Sirius lui est très profitable. Amaria communique avec son aimé comme si elle avait toujours fait cela. Elle se bat bien et son cosmo grandit chaque jour qui passe tout comme l'amour qu'elle porte pour le Danois. Leur relation n'est pas officielle. Selon les dires de Shion avec qui il en avait longuement discuté, elle sera unie à lui lorsqu'elle sera chevalier. Les jeunes gens sont discrets et Amaria ne peut pas fréquenter le quartier des Argents. Elle vit donc dans le camp des femmes chevaliers et parfois, Aurora l'autorise à gagner la chambre des apprentis au treizième temple.
Asterion répondit à sa âme jumelle en fermant les yeux. Cela dura quelques secondes puis il mit fin à la communication mentale et repris sa marche en compagnie de Tessia, la mine interrogative.
Temple du Serpentaire, en soirée
Elle avait une main posée sur son ventre rond, répondant aux petits coup de pied de l'être qui gesticulait en elle. Le Saint du Serpentaire, rude Générale de guerre jamais rassasiée d'actions … était assise confortablement dans un hamac à l'ombre des arbres de son jardin Japonais, contemplant l'horizon se dessinant sous ses yeux. Elle passait son temps à dormir et manger. Sa grossesse lui fait prendre plusieurs sommes par jour. Il n'est pas de tout repos de porter un Saint d'or ! Car si on ne compte pas cette fatigue inhabituelle, cette puissance qui ne cesse de croître, la jeune-femme est à prendre avec des pincettes : elle ne supporte aucune réflexion et encore moins d'être protégée comme une pauvre chose. En résumé, elle demeure la redoutable guerrière insolente et expérimentée et celui qui oserait prétendre le contraire parce qu'elle est enceinte en prendra pour son grade.
Alors qu'elle dégustait des fruits secs, une main puissante vient s'emparer de son sein débordant légèrement de sa chemise en soie. Elle ferme les yeux, s'enivrant de cette soudaine intrusion dans son intimité. La caresse est ferme et s'aimante à ce mamelon gonflé par les hormones, n'attendant qu'à être délecté. Une bouche vient s'aventurer en sa nuque, tout en ne quittant pas la poitrine majestueuse, les pointes trouvent déjà une résonnance avec les lèvres de l'indésirable qui a troublé sa méditation.
« Tu ne devais pas finir ton tour de garde ? » souffle Aurora.
« Ma destination se termine en ce temple. Sa gardienne m'a envouté sur le chemin.» lui murmure l'homme à la longue chevelure châtain dont l'armure ne fait plus aucun doute sur son identité : le Saint de Persée vient retrouver sa moitié après une bonne journée de labeurs.
Aurora est peut-être à son terme de grossesse mais n'en reste pas moins cette femme avide de jeux d'amour pour le plaisir de son compagnon. Elle attrape la main du bel homme au regard de braise pour venir la glisser sous sa toge. Elle le guide habilement vers ses cuisses. Le chevalier d'Argent insinua des doigts audacieux sur la toison de sa fiancée avec de lents vas-et-viens. La portugaise gémit doucement. L'homme en profita pour se saisir de cette bouche enivrante.
Retirant doucement ses doigts, il se saisit d'une chaise non loin de là, admirant un instant sa compagne et il baisa sa main tendrement. Puis il ôta son diadème qu'il pose sur une table d'appoint. Le Saoudien se posa à côté de son chevalier et lui donna cette fois-ci un baiser passionnel. Jamais ils n'avaient eu de connexion si forte, même lorsqu'ils étaient jeune couple. Les hormones en ébullition, ça a du bon.
« Tu imagines, si on nous surprenait … » fit Aurora.
« Ce n'est pas cela qui t'arrêterai. »
« Ah…. !» ajouta cette dernière lorsque le Saint pénètre de nouveau sa cavité avec ses longs doigts, « Le Sanctuaire pourrait bien s'écrouler .. je ne veux pas que tu t'arrêtes. »
Argol sourit de cette boutade et approcha ses lèvres de la poitrine bien en vue, « Comment pourrai-je résister face à un tel spectacle ? » admet-il en lui caressant le visage. « Il faudrait que je mette des gardes devant ton Temple, évitant tout quiproquos. Dieu sait quel serait la réaction des visiteurs face ton impudeur. »
« Mmmm, Saint de Persée » s'enquit avec délectation cette dernière, « J'adore tes baisers. »
« Attend que j'en couvre sur tout ton corps.»
« Fais-moi l'amour ! »
« Ne vois-tu pas que je porte mon armure. »
« J'adore quand tu la gardes. »
Un sourire narquois répond à cette requête. Le jeune-homme enleva son plastron, ses épaulettes et une partie de la jupe en métal. Cela convenait parfaitement au Serpentaire, admirant l'athlétique spécimen d'1m88 devant elle.
« Mon beau guerrier viril ! »
Argol la porta dans ses bras avec élégance et tout en l'amenant à l'intérieur du 13ème temple il lui dit : « Je ne pourrais engager grand-chose dans ce hamac, si ce n'est de le retourner par terre en vue de ce que je vais te faire. »
La portugaise ricana et se laissa entraîner par son conjoint. Après quelques pas et des petits baisers amoureux, ils franchirent la porte du salon. Persée la pose délicatement sur le sofa et s'installe à côté. Son superbe regard clair d'habitude si sévère reflétait douceur et s'attacha sur son chevalier d'or avec amour. C'est à elle seule qu'il offrait toute son âme, et avait le droit de lire en son cœur.
Il caresse les cheveux de sa compagne, puis d'un geste tendre sur sa joue, il lui murmure : « Je t'aime. »
« Viens dans moi. » ordonna Aurora.
« Ce n'est pas la réponse que j'attendais. » sourit le chevalier.
« Je te veux toute de suite ! » sourit férocement la brune en ôtant sa toge sensuellement.
Voyant le délicieux panorama s'offrant à lui, il la ramène contre lui et prit les lèvres de sa dulcinée. Le baiser devient bien vite langoureux, Aurora acceptant sans contrainte la prise de pouvoir de son partenaire. Doucement, il ramena son visage entre les jambes d'Aurora, fermant les yeux de félicité sous l'effet du souffle de son amant sur son intimité. Argol s'exécuta avec passion, titillant, léchant, martyrisant le petit bourgeon de chair gonflé par le plaisir. La belle gémissait, caressant la longue chevelure châtain avec passion. La jeune-femme se contractait, ondulait à chaque coups de langue, chaque baiser. Ne pouvant plus attendre, cherchant un moyen de se débarrasser de cette tension monstrueuse qui lui cingle le bas-ventre, Argol se plaça devant sa compagne et sortit sa virilité de sa cachette. Cette dernière était ravie face à l'imposante verge lui faisant honneur. Puis, avec une délicatesse dont lui seul à le secret, il s'engouffra en elle. S'en suive alors de mélanges de grognements et de gémissements. Leurs corps ondulaient en une voluptueuse danse langoureuse, rythmé par leurs râles. Argol assume fièrement sa paternité, préservant ce lieu sacré et l'enfant qu'elle porte, et pénètre sa compagne sans lui faire mal, une main posée sur le ventre rond.
« Plus fort ! Ce n'est que les montagnes russes pour le bébé ! »
Il ne se fit pas prier et accéléra la cadence, lui assénant des coups de rein plus audacieux qui fit gémir la brune. Aurora fut balayée par un tourbillon sans fin de plaisir. Son corps est tellement différent depuis cette grossesse. Il réagit à tout et décuple ses sensations. Argol peut sentir toute l'humidité de sa compagne qui imprègne sa peau. Il relève légèrement cette dernière et la place sur ses cuisses afin de s'enfoncer en elle plus profondément. Très réceptive au moindre de ses gestes, la portugaise exulte en lui demandant d'accélérer le mouvement, ce qu'il fait en se collant plus à elle malgré l'omniprésence du ventre entre eux. Rien ne comptait plus que le plaisir qui parcourait leurs corps entiers en vague de feu. Il passe sa langue incandescente sur la bouche de sa compagne qui gémissait de plus en plus fort au fur et à mesure qu'il la chevauchait. Le Saint d'Argent caressait son intimité avec ardeur ce qui monta davantage le plaisir du Serpentaire. Elle finit par arriver au point de non-retour, ses cris prirent de l'ampleur, et se fut presque un hurlement qui franchit ses lèvres quand elle atteignit la jouissance. Elle se cambra. La sentant contractée, Argol fut emporté par son propre plaisir et son corps se tendit comme un arc tandis qu'il se libérait dans le ventre chaud d'Aurora.
Il s'écroula à côté du corps de sa fiancée. Elle enfoui son visage dans son cou. Ils s'enlacèrent tendrement.
« J'aime ton odeur après le sexe. » fit Aurora dans l'oreille, « Ton allure me rend folle. »
« Tu n'es pas croyable. » fit t'il en lui embrassant la tempe.
« Argol, quand as-tu senti que c'était le bon moment de me reprendre ? »
« Avant cette maudite soirée. Et en vue des regards que tu posais sur moi ..»
« Tu parles de cette journée après mon tour de garde. »
« Oui. »
« Tu m'as espionné au lac. »
« Je veillais sur toi. »
« J'étais nue. » railla Aurora.
« J'avais oublié à quel point la vue de ton corps me faisait tant d'effet.»
« Sournois. » répond –elle.
« Tentatrice. » lui rétorque-t-il, « Tu savais que j'étais là. .. Et si je te disais que je n'étais pas le seul à savourer des yeux ce corps somptueux ? »
« Et qui donc a osé poser son regard sur le Saint du Serpentaire ? »
« Quelqu'un de bien plus insoupçonné que tu ne crois. »
« Allez- dis-moi ! »
« Je ne suis pas un Corbeau. »
« Tu viens à l'instant de balancer ! »
« Je t'ai dit que quelqu'un d'autre te regardait dans l'ombre, pas qui et pourquoi. »
Le couple se disputa allégrement sur le sujet qui a émoustillé la jeune-femme désireuse de connaître l'identité de l'opportun. Elle a sa petite idée sur la question mais garde cela pour elle. Tout vient à point à qui sait attendre… Elle sait qu'elle est très convoitée pour sa beauté.
Ils passèrent la soirée à se détendre loin de l'agitation du onzième Temple qui accueille la plupart des chevaliers d'or pour un dîner commun. Aurora dépense tout son temps avec Argol. Les Saints d'Or, peu habitués à être mis de côté par leur sœur d'arme comprennent qu'elle ait besoin de se recentrer sur ses besoins. Cette grossesse est une bénédiction. Elle va mieux et Argol la traite comme sa Reine.
Au cours de la nuit, l'enfant faisait des siennes et tapait vigoureusement dans son ventre. Allongée sur son lit baldaquin antique, elle explore de ses yeux les ténèbres étoilées qu'elle discerne de la fenêtre. Elle a chaud et le corps brûlant d'Argol à ses côtés n'arrange rien à la situation. Ce dernier était couché sur le ventre, cette délicieuse peau nue et dorée à vue, son fessier musclé était reflété par le clair de lune. Ses longs cheveux sont dignement étendus sur le côté, le visage tourné vers sa compagne respirait doucement la sérénité. Sa main droite capturait la hanche du Serpentaire. Aurora admire son compagnon quelques instants. Il est son premier amour et elle a fondu pour le regard du chevalier. Elle sourit tendrement puis repoussa Persée qui grogna dans son sommeil lorsqu'elle se leva. Nue elle aussi, la main sur son ventre, elle englobe de son cosmo le petit-être à l'intérieur d'elle.
« Je suis là bébé, je t'attend avec impatience. »
Il y a encore quelques temps, elle était cette écorchée vive foudroyée par la douleur, accumulant les relations tendancieuses, les combats contre les reliques d'Arès, ses cauchemars lui faisant revivre son combat contre sa sœur. Mais elle ne regrette rien. Elle ignore si ce bien-être demeura. Aurora n'a connu que les combats et les histoires compliquées.
« Peut-être est-ce moi la difficile ? »
Elle songea alors à un homme des plus importants … le chevalier du Scorpion.
« Milo … » murmura Aurora.
La belle pensait encore à lui. Plus le temps passait moins elle fréquentait le Saint du Scorpion. Sa déclaration d'amour près du Temple de Niké n'a jamais quitté son esprit. La portugaise ressent la désolation du huitième gardien. Elle sait qu'il dissimule sa peine malgré sa posture de guerrier. Le temps semblait avoir eu prise sur leur relation. Ceci la dérangeait. Ils n'ont jamais été éloignés ainsi. Elle suppose que son choix pour Persée a éloigné le Scorpion d'elle, ne voulant s'insinuer dans la vie de son amie. Elle secoua la tête en y pensant. Elle va donner vie dans trois semaines d'un petit Scorpion et espère que son aîné finira par tourner la page. Et elle aussi …
Lui, l'aime au loin.
Malgré son envie de se faire oublier, le Grec a beaucoup de mal à accepter la situation. Son silence et son attitude tranquille passaient pour de l'orgueil. Milo avait la nette impression d'avoir manqué une chose dans sa vie, d'être passé à côté d'un fait important. Il se sentait amputé. Il se sentait seul. Milo l'âme en peine ne souhait troubler la quiétude d'Aurora avec ses propres interrogations personnelles. Dans un premier temps, il avait pourtant hésité à se dévoiler, de crainte de la perdre et d'entraver leur amitié. Il est heureux qu'elle se sente bien mais cela ne consolait pas Milo d'une attente qui s'éternisait. Cette attente de passer un cap entre eux. Cette démarche qui ne viendra pas. Il n'était pourtant pas de ces hommes qui étouffent, noyés, pressés d'oser enfin une embardée trop longtemps différée par manque de courage. Quoi de plus tristement banal qu'un homme qui ronge ses fers. Il aurait aimé savoir ce qu'elle éprouve réellement. Obtiendrait t'il un jour, l'aveu qu'il brûlait d'écouter ?
Novembre 2007, Athènes.
Les semaine s'écoulaient doucement pour la Treizième. Argol revenait souvent avec des cadeaux et faisait tout pour son confort. Aurora amusée regardait faire son compagnon avec amour. Parfois Persée jalousait le bébé à naître quand il voyait Aurora le visage apaisé, promener lentement la main sur son ventre en murmurant de douces paroles. Dans ces moments, elle semblait oublier tout ce qui l'entourait, seule importait la vie qui grandissait en elle. Dans son regard brillait un amour bien plus grand que celui qu'elle adressait à son compagnon. Un amour démesuré : celui d'une mère. Il la surprenait souvent ainsi, et elle avait l'air heureuse.
En ce jour, Aurora revenait d'un rendez-vous obstétrique. La venue du petit être est plus proche que prévue. Elle ne doit pas rester debout longtemps. Alors tous les chevaliers se relèguent pour s'occuper d'elle quand Persée est occupé au Sanctuaire. Et aujourd'hui, c'est le tour du Saint du Coche de l'escorter.
« Tu dois te ventiler l'esprit et te reposer.» lui suggère Capella qui lui tint le bras, alors qu'il allait vagabondait dans les rues Athéniennes.
Le couple d'amis déambulait tranquillement après une belle promenade de fin de journée. Ils avaient flâner au milieu de ruelles charmantes et fleuries, construit sur une colline d'où ils ont pu profiter d'une vue panoramique sur le golfe. Aurora avait beaucoup perdu en endurance, elle le savait. Capella a préféré faire demi-tour et la raccompagner au Sanctuaire. Cependant, la brune voulait profiter de sa ville de cœur. Ils étaient tout proche des anciennes fortifications au port de Pirée qui s'élevaient non loin de là. Lorsque les chevaliers partent en mission. Car c'est de là qu'ils quittent la terre d'Athéna et se fondent dans la masse de la Grèce contemporaine.
En effet, dans l'Antiquité, ce port joua un rôle considérable dans le développement et l'enrichissement de la ville lorsqu'il fut transformé en forteresse sous l'influence de Thémistocle. La ville florissante est alors qu'une île séparée par les marais d'Halipédon et attirait bon nombre d'envahisseurs. Après la guerre contre les Lacédémoniens, il y des milliers d'années, Athènes n'a cessé d'émerveiller les populations étrangères et aujourd'hui, le Pirée est le principal port du pays, le lieu d'amarrage et de départ de nombreux bateaux pour de nombreuses destinations. Bon nombre de résidents des villages du Sanctuaire aiment y retourner afin d'échanger avec marchands locaux et étrangers. Aurora elle-même ne manque jamais de parcourir le marché du port principal lorsqu'elle est en permission. Elle se ravitaillait en produits à cet endroit très animé rassemblant poissonniers, vendeurs de fruit et légumes, artisans et quincaillers.
« Est-ce que ça va ? » demande alors le roux.
« J'ai envie d'un gros Burger et d'une tonne de frites. » répond Aurora en se touchant le ventre.
« Je crains qu'il n'y ait ce genre de nourriture au sein du Sanctuaire. »
« Emmènes-moi dans un fast Food ! Je t'ai dit que je ne voulais pas rentrer toute de suite.»
« Aurora .. » fit sagement Capella, « Tu n'iras point. Et je l'ai promis à Argol. Il avait anticipé tes envies. »
« Mais je veux manger ! » grogna-t-elle.
« Allons plutôt dans un restaurant local. »
« … J'ai envie d'un Libanais.»
« Allons-nous renseigner. »
Il interpella quelques passants qui lui indiquèrent un chemin non loin d'eux. Ils longèrent de nombreux restaurants et des tavernes réputées, remplis de touristes. Derrière le port et loin de toute son agitation, ils trouvent un quartier plein de charme et l'objet de leur souhait donnant sur une large place fleurie et pittoresque malgré les prémices de l'hiver. Habiter en Grèce à des avantages. Il fait rarement très froid, même si Aurora grelotte comme une feuille.
Son ami le constate et lui frotte le dos.
« Je t'avais dit de prendre un manteau plutôt que cette veste. »
« Mais j'aurais l'air trois fois plus énorme ! »
Ils s'immobilisèrent soudainement.
« Tu sens ces cosmo ? » réplique Aurora en tournant la tête vers la source d'énergie.
« Et comment !»
Le duo ne tarde pas à découvrir d'où provient ce regroupement de puissance. Ils se regardent.
« Je penche pour des Marinas. Allons à leur rencontre... »
En entrant dans ce restaurant oriental, tout se confirme. Elle aperçut le groupe de Poséidon en train de discuter à une tablée dans le fond. Ces derniers se retournent. Eux-aussi avaient senti leur cosmo.
« Nous irons dîner avec ces messieurs. Pouvez-vous rajouter une table ?»
« Bien Madame.» dit le maitre d'hôtel.
« C'est fort huppé ici. » s'exclama Capella à Aurora.
« Le Maître des Océans est aisé. » ironisa le Serpentaire, « Je suppose que ces escalves en profitent ! »
Quatre Généraux sont en train de profiter d'un copieux apéritif : Io, Krishna, Baian et Isaak hochèrent la tête pour saluer les deux chevaliers.
« Et bien on se refuse rien les carpes ! » lança Aurora pleine de malice.
« Nous aussi, nous sommes ravis de te revoir ! » riposta Io.
Krishna compris la difficulté de mouvements de la jeune-femme lorsqu'elle ôta sa longue veste, et l'aida à s'assoir.
« Tu es pleine jusqu'aux os Serpentaire ! » lança Io d'un sourire narquois.
« Silence le poulpe ! » Io ricana, « Le tout puissant Poséidon a laissé quartier libre à ses vassaux ? » continua Aurora en ramenant sa chaise.
Les quatre hommes secouent la tête, habitués à la désinvolture de la jeune-femme.
« Cela faisait un moment que nous étions pas remontés, » justifia Isaak, « Nous étions en alerte après la guerre contre ces Amazones. »
« M'en parles pas, j'ai dû rester regarder mes collègues ! Je déteste rester à ne rien faire. » pesta la treizième en caressant son ventre rond.
« Comment te portes-tu ? » demande Krishna, voyant cette dernière exaspérée.
« Je me sens inutile, laide et énorme. Mais sinon tout va bien. »
« Tu exagères. » contredit Capella.
« Cette maternité te rend éclatante. » ajouta Krishna.
« Cela se voit que ce n'est pas vous qui porter un Saint d'Or. Je n'ai plus d'énergie. J'ai envie de taper sur ces trois imbéciles de Juges des Enfers. »
Le groupe sourit.
« Tu les portes toujours dans ton cœur ceux-là. » constata Isaac avec sarcasme.
« On se cherche mais au fond, on a un respect mutuel. C'est qu'ils préféraient mourir que d'admettre que je suis plus puissante qu'eux. »
« Ce sont des Spectres Aurora .. » ajouta Baian.
Elle se tourna alors vers ce dernier et se saisit d'une mèche de la belle chevelure de l'Hippocampe : « Tu as coupé tes cheveux ? Ils sont plus courts.»
« Oui. »
« Cela te va bien mais je te préfère avant. »
« Moi aussi. » en regardant son ventre. Elle rit. « Ceci dit je partage l'opinion de mes camarades, tu portes bien cette grossesse.»
« Merci Baianou. »
L'homme émit un rictus : « Nous allions commander. »
« Aurora voulait manger ces infectes plats rapides Américains. Je lui suggéré autre chose. »
« Mais c'est trop bon ! »
« Il a raison, et puis ton bébé a besoin de mieux que ça.» souffla Io.
Capella : « Je méprise tout ce qui touche à l'Amérique, ils sont si à part les gens de ton pays. » regardant Baian nullement visé.
« Je suis Canadien, chevalier.»
« Au temps pour moi. » puis il rétorqua à son amie en regardant la carte : « Aurora tu es sûre de vouloir manger ici ?»
Elle ria : « Tu as peur de perdre toute ta solde d'un coup ! Je paierai pour toi, privilège d'être Saint d'or ! »
Capella secoua la tête. « Aurora du Serpentaire … »
Cette dernière émit soudainement un couinement et se tordit sur sa chaise.
« Tout va bien ? » demande Baian prévenant.
« Ce sont des contractions. Ça passe ça revient. »
« Quand est prévu la naissance ? » continua Krishna.
« Dans quelques jours. On dirait une grosse baleine échouée sur la plage ! »
Le groupe se pince les lèvres.
« J'aime bien les baleines. » plaisanta Io.
Aurora ricana à nouveau.
« Quelles sont les nouvelles du Domaine sous-marin ? Comment va Kanon ? »
« Il est occupé à faire former des guerriers de second ordre. Nous en avons perdus beaucoup contre Antiope.» répondit Io, « Il est quelque peu soucieux de ton état.» poursuivit le Chilien, « Même s'il ne le dit pas. »
« Kanon ne peut pas s'empêcher de me protéger même à des milliers de lieues d'ici. Comme son frère. Sauf que Saga est plus doux et pédagogue.»
« Tu es la sœur cadette qu'il n'a jamais eu. » ajouta Isaak, « Malgré son tempérament, Dragon des Mers est d'une grande sensibilité. »
« Il ressent le besoin de protéger comme pour expier ses fautes du passé.» ajouta Krishna.
« Il en fait de trop.» répondit la portugaise, « On est pareils. On aime diriger.» concéda Aurora, « Dites-lui qu'il me manque.»
Les Marinas et les chevaliers échangèrent ensuite sur les dernières semaines et les évènements dans le monde. Les gardiens des différents Océans sont inquiets des proportions que prenait les décisions des hautes instances des pays riches. Le territoire marin est de plus en plus menacé par la pollution et cela inquiète Poséidon qui a des envies de purger le monde des hommes.
Mais il a promis au Grand Zeus : on ne cherche plus détruire la Terre et provoquer Athéna …
Aurora réagit : « Nous vivons dans une société complexe. Si c'était gouverné par les femmes on ne se parlerait pas et il n'y aura pas de guerres. Je suis bien heureuse de vivre au Sanctuaire. J'aime venir dans le monde des humains mais ils me répugnent parfois.»
Isaak : « Il n'empêche, c'est tout de même toi qui t'aventure le plus dans ce monde dont tu parles. »
« Parce qu'il est utile pour des tas de choses. C'est paradoxal je le conçois. Il reste heureusement des bienveillants qui contribue au bien-être de notre monde. »
« Certes. » continua Io, « Pouvoir vivre dans un environnement sain loin des mortels est une chance. La société a très vite évolué. »
Baian : « On peut comprendre pourquoi certains détestent les humains .. » en évoquant les Spectres, « Ils doivent voir défiler beaucoup de ces civils en leur domaine. »
« Ils sont plus indulgents. » concéda Aurora, « J'ai assisté plusieurs fois Minos et ses frères. Ils font leur devoir justement envers l'humanité et sont moins sévères qu'ils ne laissent paraître. »
Krishna : « On dirait que tu les défend. »
« La dernière guerre les ont « calmés » ils ont compris leur défaite et les causes. J'ai personnellement contribué à développer de nouvelles lois pour les jugements. Pour ce qui est des hommes derrière leurs surplis, c'est autre chose .. On sait que l'égo et l'orgueil des Généraux des Enfers est exceptionnellement haute.».
« Et avec les conséquences que l'on connaît .. » termina Capella, « Comme avoir pris l'âme d'un des Juges de l'Enfers. »
« C'est lui qui m'a attrapé en premier .. » précisa Aurora.
Io demande prudemment à la treizième : « Nous ne t'avons jamais posé la question cependant .. qu'as-tu pu trouver à cet homme ? Comment fait un protecteur de la paix pour aimer un Spectre ? »
Aurora n'avait jamais dévoilé ses sentiments au sujet d'Eaque, sauf à Luisa. Elle est toujours restée évasive et puis, ces compagnons n'ont jamais osé lui poser la question.
« Question judicieuse … » répondit t'elle, « Je n'ai pas la réponse. C'est arrivé, c'est tout. Le plus pénible était d'admettre que j'aimais cet homme et que rien ni personne, pas même les Dieux ne pouvaient y faire quoique ce soit. J'ai réalisé que mon esprit se perdait alors j'ai pris cette décision d'affronter ces sentiments.»
« Tu l'aimes encore ? » fit Io curieux.
« J'aimerais toujours le Garuda. Et pour une autre raison qui m'échappe, nous ne parvenons pas à nous trouver. Peut-être qu'un jour nous saurons. » Elle s'empara d'un biscuit salé et repris : « Quoiqu'il en soit, la grossesse, la nouveauté me rend des plus sereine en ce moment.»
Krishna : « Il n'est jamais facile d'atteindre la résilience. »
« Il m'a fallu beaucoup de méditation pour y arriver. »
« Je ne pensais que tu avouerai cela un jour Aurora. » intervient Capella.
« Argol , Merio et Milo vouent une haine féroce envers Eaque. Seul quelques-uns comprennent nos ressentis et celui du Juge. »
« Aldébaran je parie, et Shaka. » souffla Capella.
« Ils ne m'ont jamais jugé. Shaka est pourtant la dernière personne auquel j'aurai pensé. Mais il est toujours resté neutre. »
« L'as-tu revu ce Spectre ? » demande Baian.
« Pas depuis le début de ma grossesse. »
Isaac : « Il ne tente pas de rentrer en télépathie avec toi ? »
« Je reçois des tulipes avec son sceau dessus.»
Baian : « Il attend que tu sois vulnérable pour te récupérer. »
« C'est possible et il gagnera ... » admit la brune.
Après un succulent repas copieux, le groupe décident de finir la soirée dans un café d'ambiance. Argol rejoignit enfin sa compagne et fut quelque peu contrarié par la présence de Baian avec qui Aurora échangeait en anglais. Il repris bien vite cette dernière au Canadien et ne la quittait plus de la soirée, veillant au grain sur son état de santé. Mais la belle n'était plus autant à l'aise. L'enfant faisait encore des siennes. Elle se raidit à nouveau.
« Il semble très énergique cet enfant. » constata Persée en caressant son ventre, émerveillé de sentir la vie sous ses doigts. « Rentrons à ton temple, tu as besoin de calme. »
Au Sanctuaire, le couple se reposait dans la suite nuptiale. Eiko le serviteur d'Aurora avait préparé un feu de cheminée dans leur logement ainsi que des bouillottes chaudes pour la soulager des douleurs abdominales. Ces moments simples étaient du bonheur pour le Saint du Serpentaire. La belle assise aux côtés de Persée tentait tant bien que mal de lire son ouvrage malgré les contractions gênantes. Son compagnon était allongé, mains derrière la nuque, et avait les yeux fermés. Il visualisait sa journée et le secteur sous sa juridiction. Dans quelques temps, certains de ses hommes seront jugés pour manquement à leur devoir mettant le Saint d'Argent dans une situation délicate. Il est désormais en sous-effectif et doit mobiliser de nouveaux protagonistes. Misty devrait lui fournir quelques soldats en attendant des recrues fiables. Les Saints de Bronze qui secondent Persée mènent l'enquête.
« Je t'avais dit que ces fantassins ne sont guère crédibles. Ils pleurnichent au moindre rappel. »
La voix d'Aurora résonne entre les murs dans la chambre. Argol ouvre les yeux et tourne la tête vers la jeune-femme. Ne quittant pas la page qu'elle parcourt, elle continua : « Tu étais trop ailleurs pour remarquer leur manque de rigueur .. » ajouta t'elle.
Après toutes ces années, Argol n'est plus étonné par les dons psychiques d'Aurora et l'empathie dont elle dispose pour ses pairs.
« J'ai senti tes interrogations. » anticipa Aurora, sentant le Saint d'Argent la fixer, « Je ne lis pas aussi bien dans les pensées que Spartan ou Astérion. »
« Ces soldats m'ont semblés convaincants lors des tests de passage. » répondit le chevalier de la Méduse en détournant son regard vers le plafond du Temple.
« On ne fait ses preuves que sur le terrain. » conclu Aurora, « J'ai beau être enceinte, je sais ce qui se passe au Sanctuaire. » rétorqua la belle, « Tu peux prendre dans ma division de mercenaires, j'ai de bons éléments. »
« Bien Seigneure Aurora. » fit ironiquement Argol. Cette dernière ricana, « Autre chose à suggérer ? »
« Dis à ce méchant bébé de se calmer .. »
Argol réalisait que cette étincelle de vie qui se manifestait par des coups de pieds et faisaient grimacer sa mère allait bientôt se montrer. Il se baissa et embrassa doucement le ventre rebondi. Aurora porta la main dans la longue chevelure châtain.
« Cet enfant va me rendre chèvre. Quel genre de caractère aurait-il … » souffla la brune.
« Pas le tient j'espère .. » se moqua Argol. Cette dernière lui donna un coup de coude, « Il sera très aimé, il me tarde de le voir. »
Au cours de la nuit, le Saint d'Argent fut appelé en renfort. Un de ses gardes a fait une chute dangereuse près des falaises de son secteur. Un préjudice malheureux qui le conduisit à l'infirmerie. Pour un soldat d'Athéna hautement conditionné, c'est guérissable après des semaines. Pour un simple humain, c'était la mort assurée. Il laissa sa compagne à contrecœur après qu'elle lui a répliqué, désabusée : « Prends mes hommes chéri ! »
Tôt le matin, Aurora tournait et se retournait dans son lit. Elle ne se sentait pas bien. Son corps lui faisait mal et des contradictions banales se rapprochaient. Elle tentait de trouver une position confortable mais compris que c'était vain, les souffrances redoublaient d'intensité. Lorsqu'une violente douleur la plia en deux, elle commençait à comprendre. Aurora a beau être un chevalier entraîné, avoir enduré des épreuves redoutables, elle ne put retenir une panique naissante. Elle était surprise d'avoir aussi mal car elle n'avait lu aucun ouvrage sur l'accouchement. Ni même fréquenter des sages-femmes.
« J'aurai du écouter cet obstétricien ! » grommela la brune.
Elle respira profondément, cherchant du secours dans ses réflexes de combattante. Elle allait accoucher ? Très bien, elle y arriverait, foi de Serpentaire ! Quelque part, elle était soulagée d'apercevoir la fin de cette grossesse. Elle en a assez d'être inactive. Elle hésitait tout de même sur la marche à suivre : Eiko est au quartier des serviteurs, ses frères d'armes dorment à poings fermés si on ne compte Saga, Mu et Angelo de garde. Il ne faut pas les ennuyer avec cette agitation.
Ça passera …
Cependant elle comprit que cela risquait d'être beaucoup moins simple qu'elle ne l'imaginait. Après un long moment elle souffrait tellement qu'elle décide à se rendre à l'infirmerie, décrétant qu'en tant que commandante, elle peut y parvenir seule. Aurora fit une centaine de mètres avant de devoir s'appuyer contre une colonne tant la douleur lui cingla le ventre. Il lui fallut tout son self-control lorsque les assauts des contractions se firent plus rapprochés. La future mère dut se rendre à l'évidence : elle n'y arrivera jamais de cette façon.
Elle tenta de sonder le cosmo d'Argol. Par tous les Dieux du Panthéon, où a-t-il pu bien passer ? Elle augmenta son énergie du mieux qu'elle put. Elle constata qu'il était des plus éloquent et en fut surprise.
Ce qui eut pour unique conséquence de réveiller les gardiens au plus proche. Quelques instants plus tard le Capricorne ne tarda pas à débarquer, un simple bas de pyjama sur lui. Il récupéra Aurora qui gisait à terre, se tenant le bas-ventre avec grand mal.
« Aurora ! » demande ce dernier inquiet en s'agenouillant auprès de sa voisine.
« Dit-donc, est-ce une tenue décente pour sortir ? »
« Ce n'est pas le moment, dis-moi ce que tu as. »
« Tu es sexy comme ça, au moins je pense à autre chose. »
« Aurora voyons ! » répondit l'Espagnol indigné.
« Portes-moi jusqu'au Palais, bébé veut sortir ! »
« Par Athéna ! » s'exclama le brun qui ouvrit en grand les yeux.
Son éternelle façade devint blême. Les femmes qui vont mettre bas, il ignore ce qu'il en est. Il est chevalier, pas accoucheur ! Surtout que celle-ci porte un bébé prestigieux.
« Tiens bon. » continua l'Espagnol tentant de contrôler ses émotions.
Shura dévala aussi vite qu'il pouvait les première marches. Aurora constata que la gardienne de la neuvième maison était absente. Elle rétorqua avec sarcasme à son porteur : « Dame Mia a déserté son temple ? » scrutant son collègue avec attention qui ne releva pas, « .. Oh mon Dieu ! Shura a été corrompu, vous copuler hors union ! »
« Il est inutile que je me justifie. » répondit platement l'homme, « Sans toi, je n'aurais jamais pu lui ouvrir mon cœur. »
« Merci de reconnaitre que j'ai bien fait de décoincer mes chevaliers d'or Spartiates. »
Le Capricorne secoua la tête.
Après de longues minutes, Aurora qui utilisait son cosmo pour soulager la douleur constata que l'avancée ralentit de plus en plus. Le Capricorne haletait doucement. Elle jeta un œil inquisiteur à son voisin du dixième. Mais Shura demeurait impassible. En arrivant au temple du Verseau, Camus réveillé lui aussi par le cosmo d'Aurora, constata l'état de son voisin du dixième : Shura … était épuisé.
Aurora haussa un sourcil.
« Pardonnes-moi ton cosmo combiné à celui de cet enfant est si fort qu'il m'a pris mon énergie dans la course .. » Il pris une pause, voulant ne pas la brusquer, « Tu n'es .. enfin .. pas très légère. » tentant de cacher son trouble actuel.
« QUOI ? » répondit la treizième offusquée, « Tu insinues que je suis grosse ? »
Le Capricorne était gêné face au regard sévère de sa camarade. Camus émit un léger rictus. Et avant que le choses ne dégénèrent, il escorta à son tour la belle,: « Je ne veux pas que tu souilles mon Temple. »
« Oui c'est ça, allons-y. » en jetant un œil mauvais à son camarade penaud.
« Je vous rejoins. » ajouta-il en reprenant son souffle.
Le Français ne fit pas la même erreur et monta les marches suivantes en marchant tranquillement jusqu'à la maison des Poissons, parfaitement maître de ses émotions. Et effectivement, après quelques minutes le Serpentaire faisait son poids. Il rougit un peu.
Aurora fronça les sourcils à nouveau.
«Dis-le si tu ne tiens plus ! »
Le français poursuivit son chemin sans réagir. Chez Aphrodite, l'ambiance était différente. Le douzième gardien était sur le parvis de son temple et attendait avec gaieté les jeunes gens. Il vit le Verseau à bout de forces il se moqua de lui gentiment.
Lorsqu'il sentit Aurora dans ses bras, il changea d'expression et répliqua sans prendre de gants : « Aurora, mais qu'as-tu ingurgité ces derniers mois pour être si pesante ? »
Camus lui fit signe de se taire. Le poids du Serpentaire est un sujet sensible !
« La ferme Poiscaille et escorte moi ! » trancha vivement Aurora mauvaise.
Il se récolta un regard foudroyant qui n'avait rien à envier à son Bloody Rose. Elle ne lui a pas dit deux fois.
Le poisson rejoignit l'infirmerie, vide, à cette heure-ci. Aurora tiqua. Qui va l'aider à sortir ce bébé ? Camus alla fouiller le Palais pour trouver quelqu'un de compétent. Où loge les sages-femmes ? Car Aurora avait maintenant des douleurs si atroces qu'elle se roulait en boule sur le sol et son cosmo ne l'aidait plus en rien. Le chemin des douze maisons ressentit alors son énergie doré et gigantesque qui se déployait chaque minute qui passait.
Les chevaliers présents se concertèrent du regard. La jeune-femme n'a nul besoin de stress supplémentaire dans cette épreuve. Leur attitude guerrière sont source de réconfort pour le Serpentaire. Cependant, Aurora sentait son corps s'ouvrir littéralement et le bébé descendre doucement dans son bassin. Elle avait très peur que quelque chose se déroule mal.
Aphrodite déploya son énergie pour la soulager : « Aphro, tu ne vas faire cela tout ce temps. Je dois accoucher comme n'importe quelle femme. »
Le Scorpion apparu soudain inquiet, suivi d'Angelo, Shaka et Aiolia. Aldébaran, Saga et Mu étaient en chemin. Eux-aussi avaient ressenti son appel et ont délégué la garde du Zodiaque d'or aux Argents sous leur juridiction. Chacun des Saints d'or avaient juré à Aurora d'être à ses côtés le jour J.
Le Palais devint alors un véritable brouhaha sans nom, entre Aurora qui déployait son cosmo à chaque crispation et poussait des gémissements, faisant sursauter les différents gardiens qui tentaient chacun à leur tour d'aider le Serpentaire. Cette dernière, très agitée, pestait dès qu'ils posaient une main sur elle.
« De toute façon je suis insupportable, n'est-ce pas ?! » en parlant aux Saints confus.
« Je vais t'aider à atteindre la sérénité grâce aux enseignements de Bouddha. » proposa Shaka d'un ton le plus détaché possible en s'approchant de sa camarade.
« Tu peux te la mettre où je pense ! » cracha Aurora sous l'effet de la contraction, « J'ai trop mal ! »
Shaka n'écoutait guère, habitué à ses excès de colère et se mit en lotus à ses côtés alors qu'Aurora le bousculait, « Je t'ai dit de laisser tomber, moine à la noix ! »
« Aurora .. » rappela Milo, « Shaka tente de t'aider, tu dois prendre sur toi. »
« Tais-toi Milo où je t'envoie à l'époque des dinosaures ! » rétorqua t'elle.
« Comment ? » répondit t'il en fronçant les sourcils.
« Milo .. » dit doucement Camus en secouant la tête, « Elle ne sait plus ce qu'elle dit. »
Les autres chevaliers n'en rajoutèrent point. Angelo se pinça les lèvres et fit discrètement à ses amis, la main devant sa bouche : « Il parait que lorsqu'une femme accouche, elle est pire qu'un démon ! »
« Silence le crustacé ou je te décortique moi-même ! » grogna plus loin Aurora qui avait parfaitement entendu.
« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »
Shion venait d'entrer en scène, la voix directive, les cheveux en bataille, vêtu de sa robe de chambre. Les gardiens s'inclinent.
Mu répondit : « Maître, Aurora va avoir son enfant. »
A ces mots, Shion frémit, il est le représentant de la divinité Athéna sur terre, mais, était à l'heure actuelle qu'un pauvre homme banal réduit à l'état d'inquiétude. Un Pope doit rester digne, tout comme les chevaliers il doit faire abstraction de ses sentiments.
Il garda son calme : « Où est-elle ? »
« Dans les thermes se soulager des douleurs. » répondit son ancien élève.
L'Atlante fit signe aux gardes d'aller chercher le les sages-femmes, situées dans une des ailes du Palais que méconnaissait les chevaliers, puisque l'accès leur est interdit. Le vieux Bélier avait senti le cosmo d'Aurora, mais il était habitué aux colères de la Treizième et ses déploiements d'énergie phénoménales de ces derniers temps.
On entendit soudain un cri tonitruant venant des bains.
« Je vais voir. » prévint Milo.
Il trouva son amie allongée sur le côté, souffrant le martyr. Le Scorpion ne perdit pas son sang-froid et pris cette fois-ci des précautions s'adresser à elle : « Dis-moi ce dont tu as besoin ? »
Saga, Doko et Aiolia arrivèrent derrière et semblaient tout autant embarrassés.
« Aurora, que pouvons-nous faire contre cet inconfort ? » fit calmement le premier Gémeau.
« Donnes-moi un bon coup de pelle que je puisse m'évanouir ! »
« Aurora enfin on ne pas te faire ça ! » réfuta Aiolia.
« Sois courageuse, pour ton enfant. » ajouta Saga.
« J'ai trop mal ! C'est pire que tout, même Dem' ne m'a pas autant torturée ! »
Les chevaliers se regardent, embarrassés. Ils ressentent sa douleur au travers de son cosmo et se creusèrent les méninges pour tenter de trouver une solution. Milo mit sa main sur le front de la brune : elle a la fièvre maternelle.
« Allez chercher Camus. » ordonne-il à ses compagnons.
Shion arriva à ce moment-là et offrit son puissant cosmo chaleureux au Serpentaire. Ce dernier lui caressa la tête tendrement. Elle se calma progressivement. Les chevaliers assistent à une scène d'affection entre leur Souverain dans son rôle de paternel et non celui du Maître des lieux. Le Jamirien la pris dans ses bras et l'emmena à l'infirmerie. Camus suivit le cortège. Shion déposa délicatement Aurora sur un lit et fit signe à Camus de s'approcher. Le Verseau posa sa main sur le front humide. Il se concentra pour faire tomber la fièvre.
« Merci mon glaçon. » dit Aurora après quelques secondes.
« Aurora, où est Persée ? » demande Aldébaran, occupé à installer des oreillers derrière son amie.
« Quelque part au nord du Sanctuaire. Il y a eu un incident.»
« Je vais le convoquer par cosmo. » informa le Pope, « Vous autres, - en parlant au Bélier, au Taureau et au Gémeau, « Organisez-vous pour trouver les chevaliers Babel et Sirius. Qu'ils prennent en charge la surveillance du quartier nord. Vous autres restez auprès de votre camarade.»
« Oui Monseigneur. » répondirent-ils en cœur.
« Si cet idiot rate la naissance de notre enfant, je vous promet que je vais le tuer. » râla Aurora.
Et c'est à ce moment-là que surgit Argol, complétement essoufflé. Il avait été informé par le chevalier de l'Horloge, lui-même au courant grâce à Mu au travers de leurs dons télépathiques.
S'inclinant devant son Pope, il dit : « Votre Sainteté… Je .. »
Shion voulait répondre quand Aurora le fustigea au loin : « Je suis là, imbécile ! »
Le Pope fit signe au Saoudien de rejoindre sa compagne. Il prévint cependant le chevalier : « Argol, soit très prévenant, Aurora souffre beaucoup et se laisse submergée par la douleur. »
« Bien-sûr Seigneur. » concéda ce dernier.
Angelo approcha doucement et ajouta avec sournoiserie : « Non mais vraiment on insiste, soit très délicat. » Argol haussa un sourcil. Le Cancer fit une pause et lâcha dans toute sa splendeur : « Tu connais le film l'Exorciste ? »
Un éclair d' incompréhension passait dans le regard d'Argol et des autres chevaliers. Le quatrième gardien poursuivit, flegme, « Et bien c'est pire que ça, une vraie possédée ! Ne dis rien, ne répliques pas et sois un gentil toutou, pour le bien de ce Sanctuaire ! » en posant la main sur l'épaule de l'Argenté.
Ce dernier entra dans la chambre interrogatif. Il ferma derrière lui, jetant un regard douteux à Angelo. On entendait déjà le Serpentaire vociférer contre son chevalier.
« Où étais-tu passé espèce d'engrosseur sur pattes ? C'est bien la peine d'être un chevalier ! J'étais en train de crever par terre ! Et en plus je me suis faite insulter par mes frères ! »
Argol ouvrit à peine la bouche qu'elle hurla : « QUOI ? Tu me trouves énorme toi aussi ? Allez dis-le je ne suis plus à ça près de toute façon ! » continua t'elle en se tournant sur le côté.
« Je .. Aurora .. »
« TAIS-TOI MÂLE ! Je ne t'ai pas donné l'autorisationde parler ! Tout ça c'est à cause de toi, je suis GROSSE, en sueur, j'ai mal partout, et toi tu fais des p'tites ballades tranquilles?! Qu'as-tu à dire pour ta défense ? »
Argol se décomposa. Jamais Aurora n'a été autant en colère.
« REPONDS ! »
« Je … Pardonnes-moi, je suis là ma douce. »
« Parce que j'ai l'air douce là ? J'ai TOUS envie de vous exterminer ! Et crois-moi après que ce méchant bébé soit sorti de mes entrailles je vais castrer CHAQUE mâle de ce Sanctuaire moi-même ! Qu'Athéna en soit témoin ! »
Et elle continua à exploser dans sa langue natale cette fois-ci hurlant sur le Saint d'Argent. Au moins, Argol ne comprenait guère et se tenait à ses côtés sans émettre le moins son, ni la moindre expression. Il ressemblait à une statue. Le comble pour le chevalier de la Méduse.
Plus loin dans le couloir attenant à la chambre, les Ors se concertaient en silence. La fureur de la flamboyante guerrière fait reculer n'importe quel Dieu. Et ces derniers se raidirent lorsqu'elle menaça le genre masculin, sentant son cosmo dangereux.
Angelo en rajouta en s'asseyant : « Pauvre Argol ! Je l'avais prévenu ! »
Shion soupira à nouveau en s'emparant d'un fauteuil. Il espère que cet accouchement sera rapide et sans tracas. Il n'a pas envie que le Serpentaire s'en prenne à la moitié de son armée, composé à 80% « de mâles ».
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Ce n'était pas les mêmes hurlements que l'on entendait. Depuis plus d'une heure, Aurora du Serpentaire poussait avec rage le bébé qui lui faisait souffrir. Tout le Palais tremblait, le cosmo de la guerrière envahissait tout l'espace et à un moment, les chevaliers présents pensaient vraiment y rester tant les murs bougeaient.
Un coup passé à la porte ramena brutalement tout le monde à la réalité après un long moment passer de silence.
« Mes Seigneurs ! »
Angelo claqua sa langue contre son palais maudissant le garde du Zodiaque d'or et se leva. Le soldat posa un genou à terre, tétanisé par le Saint du Cancer qui n'avait rien perdu de sa terrible réputation.
« Qui t'a donné l'autorisation de parler ? » fit ce dernier d'une voix tranchante.
Le fantassin avaient les yeux agrandis de terreur et son regard se fixa sur la silhouette du Sicilien. Il se mit à transpirer à grosses gouttes.
« Pardonnez-moi, je n'avais pas remarqué son Excellence. »
Apparemment satisfait du petit effet qu'il venait de produire, Angelo bomba le torse et se fendit d'un rictus triomphal sous les regards blasé de ses compagnons d'arme.
« Angelo …. » fit le Pope d'un ton las pour ramener le calme, « Nous avons assez d'émotions pour aujourd'hui. »
Le Cancer croisa les bras, sans quitter des yeux le garde dépité.
« Que se passe t'il soldat ? » demande Shion d'une voix autoritaire.
« Votre Sainteté, c'est la panique dans le Sanctuaire. Il ressort des rampants de partout. Les apprentis sont effrayés ainsi que les serviteurs ! »
A peine avait-il terminé ses explications qu'une vingtaine de serpents de taille moyennes franchirent le hall de façon élégante et déterminée.
« Par Athéna ! » fit Angelo en se levant, « Qu'est-ce que c'est que ça ?! Pourquoi viennent-ils jusqu'ici ? »
« On dirait qu'ils sont guidés par le cosmo du Serpentaire. » commenta Mu en observant ces derniers.
« C'est la seule explication plausible. » conclu Milo en examinant les sujets de la treizième.
Angelo : « On ne va tout de même pas se laisser envahir ! »
« Cela pourrait perturber les conditions d'enfantement d'Aurora déjà insécurisée » affirma Saga.
Aiolia : « On ne peut pas les contrôler, seul le chevalier du Serpentaire en a le pouvoir. »
« En effet, ils n'obéissent qu'à leur Maître. » continua Shaka, « Je peux néanmoins tenter de les éloigner. »
Des pas rapides retentissaient au loin. Mia du Sagittaire s'était éveillée parce que ces lesdits rampants avaient proliférés dans sa chambrée de façon surprenante : ils avaient sifflé à son oreille alors qu'elle dormait paisiblement. Elle tomba du lit horrifiée : elle aussi à la sainte horreur des Serpents !
« Mia, c'est maintenant que tu arrives ? » fit Aiolia lourd de reproches.
« J'étais épuisée de cette semaine .. » répondit la jeune-fille, « En voyant ces serpents j'ai compris. Aurora est en train d'accoucher ? »
« Sans blague on avait pas deviné .. » lança ironiquement Masque de Mort.
« Où est Fujiya ? » réalisa alors Doko.
« Elle tente de rassurer les autres disciples. Son sang-froid est fort utile face à l'invasion reptilienne. »
« Comment sais-tu qu'Aurora va mettre bas ? » continua Aphrodite à l'attention du Sagittaire sur un ton désobligeant.
« Il est écrit dans les archives du Domaine sacré que nous serons submergés par des rampants dorés quand le Saint du Serpentaire refera son apparition .. où que sa descendance est assuré. Cela n'a pas été difficile à deviner. »
« Tu as raison Mia, je me souviens de ces écrits. » s'enquit le Pope, « Mais je rejoins tes compagnons : pourquoi autant de temps pour rejoindre ton mentor ? N'as-tu pas sentit son cosmo ? »
« J'ai ramené ceci .. » expliqua la portugaise, un sac contenant des vêtements et des effets personnels du Serpentaire, « Je suis allé transmettre des ordres aux Saints d'Argent et de Bronze afin qu'il gardent l'entrée des douze maisons.» se justifia la brune, « Ensuite j'ai fait une halte au treizième temple mais j'ai eu du mal à remonter car ces serpents me ralentissaient.
« Ils protègent le territoire de leur maître. » continua le Saint de la Vierge.
« Nous pouvons contrôler ses bêtes grâce au sceptre du Serpentaire en éveillant nos cosmo et afin de résonner avec l'armure du Serpentaire.»
« De combien de cosmo a-t-on besoin pour ce faire ? » demande Aiolia.
« Seulement trois d'entre nous. » répondit Mia, « Depuis la guerre contre Arès, quelques-uns ont suffi pour entrer en communion avec la treizième armure et retrouver Aurora. »
« Une lointaine époque ! » s'exclama Angelo, « Voilà le Serpentaire bientôt mère maintenant ! »
« Oui, et surtout grâce au sang que chacun d'entre nous a fourni pour réparer son armure. » continua Doko à l'attention de Mia.
« Qu'il en soit ainsi. » fit le Pope, « Aldébaran, Shaka et Aphrodite, occupez-vous de ces rampants. » ordonna Shion.
« Oui. »
Joignant le geste à la parole, les trois chevaliers s'inclinèrent légèrement et gagnèrent les larges portes menant au grand escalier.
« Nous avons plus qu'à attendre. » ajouta Shura, « Mia, rien à signaler de plus ? »
« Tout est en ordre. » Elle s'adressa ensuite à Shion : « Votre Excellence, Aurora peut mettre au monde son bébé sans crainte, le Sanctuaire est bien gardé, j'y ai personnellement veillé. »
« Merci pour ta bienveillance. Tu n'avais pas à endosser ce rôle. »
« Tout le plaisir est pour moi Seigneur, je voulais vous épargner des tracas inutiles en plus de ceux causés par mon maître. » sourit le Sagittaire en coin en baissant la tête respectueusement.
Dans la pièce à coté, Argol tenait la main de sa compagne et la soutenait, sa main derrière sa nuque.
« Aurora, il est presque là. » lui dit Persée.
« J'en peux plus Argol. »
« Dame chevalier, encore un effort, sa tête est là ! »
« Allez ! » lui dit Argol, « Tu pourras me tuer après. »
Aurora ricana et elle se redressa. Elle poussa de longues minutes, criait férocement. Elle souffrait tant qu'elle fit tressaillir ses camarades une pièce plus loin. Quand elle sentit les épaules passer en sa chair, elle poussa un hurlement si fort qu'elle faillit briser les phalanges de son compagnon qui se crispa.
« Seigneur Argol ! » prévint une sage-femme.
Persée compris et se mit devant sa compagne. En même temps que la professionnelle, il sortit l'enfant du ventre de la mère avec douceur. Le bébé irradiait d'une douce et intense lueur d'or. Le spectacle illumina la pièce entière. La sage-femme lui donna une petite tape sur les fesses et il hurla instantanément.
Il était père ! La lueur dura quelques secondes avant de se résorber et Aurora se disait que, finalement, les pouvoirs étaient bien héréditaires.
« C'est une fille ! » s'exclama la sage-femme.
« Oh mon dieu ! » fit Aurora émue.
Argol fier, regarda l'enfant posé sur le ventre de sa mère qui contempla son bébé, émerveillée. Il embrassa tendrement sa compagne. Il était heureux avec les deux femmes de sa vie.
« Comme elle est belle ! » fit le Serpentaire.
« Comme sa maman .. » répondait-il, « Elle me donnera des sueurs froides ... »
Aurora embrassa à son tour Persée.
« Je t'aime Aurora. Merci pour ce magnifique cadeau. »
Elle caressa la joue de son chevalier et ils restèrent un long moment tête contre tête, à regarder la petite-fille qui cherchait le sein de sa mère. Argol et Aurora se sourirent. C'était le plus beau jour de leur vie.
Les chevaliers assis plus loin n'avaient plus entendu le moindre son qui sortait de la pièce principale. Quelques temps auparavant on aurait dit une salle de torture. Et puis cette lumière dorée émergeant du seuil de la porte, ensuite, plus rien. Seulement le cri d'un nouveau-né. Ils échangèrent un regard, sentant ce cosmo nouveau. Comment un si petit être pouvait dégager autant de puissance ?
La porte s'ouvre sur le chevalier de Persée, un petit paquet dans les bras. Il s'approcha de ses amis Dante, Asterion et Capella qui ont rejoint les Ors.
« Argol, te voilà père ! » fit le chevalier de Cerbère, lui donnant une tape amicale sur l'épaule.
Il hocha la tête, ému mais digne et présenta l'enfant au Grand Pope : « Monseigneur, je vous présente notre enfant. »
Shion se dressa, puis posa la main sur le front du bébé : « Sois le bienvenu parmi nous petit être. Nous sommes heureux de t'accueillir en notre grande famille de chevaliers. Au nom d'Athéna, je te bénis.»
Argol hocha respectueusement la tête en signe de remerciement.
« Il est en pleine santé ! » ajouta Angelo, contemplant l'enfant endormi.
« Il est très beau, félicitations Persée. » continua Aldébaran à l'attention d'Argol.
Les autres chevaliers firent de même.
« Que je suis heureuse pour vous ! » ajouta gaiement la Sagittaire.
« Merci Mia. »
« Milo, voici ton successeur. » annonça Argol en s'approchant du Grec.
Le huitième gardien sourit, attendri par l 'enfant: « Je montrerai digne de ce nouveau rôle. » répondit l'homme, « Son énergie est bien présente. Bienvenu au monde jeune guerrier... »
« En fait … » fit Argol en esquissant un rictus, « C'est une jeune guerrière. »
Les Saints eurent la mine surprise.
« Une fille ? Décidément, elle fait bien les choses Serpentaire ! » rétorqua Angelo.
« Alors je serais ravie de former cette petite-fille avec toute la sagesse qu'elle mérite. » reprit Milo.
Tous furent ému par la petite nouvelle du Sanctuaire et même Shion se retenait de pleurer de joie. Il est très heureux pour Aurora. Elle le mérite.
« Comment s'appelle-t-elle ? » demande noblement Shaka.
« Enéa. » répondit Persée.
Il s'approcha du bébé et pris sa petite main : « Enéa, je jure sur Athéna que moi Shaka ici présent et mes frères veillerons sur toi au nom d'Athéna. Nous contribuerons à ton bonheur en ce Domaine Sacré et ferons en sorte que tu sois une valeureuse combattante. »
Il lui fit un rituel Bouddhiste et se courba légèrement.
« Merci Shaka. » dit Argol. Ce dernier hocha la tête.
« C'est très joli, Enéa du Scorpion, quand penses-tu Milo ? » fit Aldébaran.
« Cela lui va à ravir. Il me tarde de connaître son caractère. »
« Comment va la mère ? » demande alors la Vierge.
« La mère va bien! » dit une voix au loin.
Les chevaliers sourirent. Aurora n'en perd pas une miette.
Angelo : « Prends-soin de toi, tu dois nous castrer il me semble. »
« Imbécile. » ria au loin le Serpentaire.
Quinze jours plus tard, Temple de la Vierge.
Merio de la Coupe est un jeune-homme très respecté au Domaine sacré. Considéré comme le Saint d'Argent le plus puissant, se permettant même de résister à un Saint d'or, le Grec d'origine Italienne a grandi sur l'île du Sanctuaire en même temps que ses camarades de la nouvelle génération Argentée après l'effroyable guerre interne de 1987.
Il y avait Rosario, Saint de la Croix du Sud, successeur de Jorge, Tai, chevalier d'Orion, Sitios du Loup successeur de Nachi, Jorgina de la Grue et bien d'autres. Ceux-ci composaient la division personnelle d'Aurora avec une soixantaine de mercenaires surentraînés. Demetria devait devenir la garde rapprochée de Zeus avec le Serpentaire. L'intermédiaire entre Athéna et l'Olympe. Cependant son destin funeste la conduit à sa perte, laissant Aurora unique serviteur du Roi des Dieux et d'Athéna.
Spartan de l'Horloge et Katya de la Couronne Boréale étaient les seuls survivants avec les Bronzes, garde rapprochée de Saori Kido, mais aussi Marine et Shaina, qui a dû laisser son armure à l'apparition du vrai Saint du Serpentaire. En effet, l'Ophiochus argentée était un dérivée de la forme ancestrale de son ainé et avait changé de forme, camouflant sa toute-puissance en attendant le retour de son maitre. Shaina était lié au Serpentaire et a prévenu tout le monde après la guerre Sainte que le treizième chevalier d'or allait refaire surface au Sanctuaire lorsque la maison fit son apparition.
Merio est donc un homme de 25 ans apprécié pour sa bonté et son entendement. Bras-droit du Serpentaire depuis toujours, son meilleur allié, le Grec est un fier gaillard d'1m85 aux longs cheveux noirs et d'une grande beauté méditerranéenne. Son armure légendaire, il l'a gagné dans les montagnes des Alpes transalpines, sa région d'origine. Ses parents étaient pauvres. Son père forgeron avait quitté Athènes pour demeurer auprès de sa femme. Ils s'étaient rencontrés lors d'une mission à Turin, origines de la mère de Merio. L'homme issu d'Honkios a été rappelé par le Sanctuaire afin d'être mobilisé dans une guerre et ainsi fournir des armes. C'est dans cette environnement que Merio a évolué. La famille s'est établie dans le village voisin de Rodorio et subvenait tant bien que mal. Puis, ses parents moururent tragiquement laissant Merio livré à lui-même et adopté par ses grands-parents paternels.
Il se souvient d'un après-midi particulier, son destin bousculé. Depuis quelques jours, une forte agitation régnait au Sanctuaire. Le Grand Pope, le vrai, Shion, est réapparu avec le Saint de la Balance. Une vaste réorganisation avait lieu sur la Terre sacrée. Un large recrutement de futurs chevaliers avait commencé tant il manquait de guerriers. Merio ignorait que l'énergie puissante, qu'il portait en lui. Cette journée allait apporter un tournant marquant dans sa vie.
Des gardes du Sanctuaire frappaient à la porte de chez lui.
Lorsque la grand-mère de Merio laissa un des hommes entrer, celui-ci prit une posture droite, ôta son casque et déroula un parchemin qu'il lut à voix haute :
« Sur ordre de notre Excellence le Grand Pope et par la volonté de la Déesse Athéna, une incorporation se fera dans le village ainsi que dans tous les autres du Domaine.
Les hommes en âge de porter un glaive sont appelés à nous suivre immédiatement.
C'est pourquoi nous, soldats Athéniens, nous avons ordre de conduire le jeune Merio, fils de Erastius et Angelica, né en l'an 1982 et inscrit comme vivant dans le registre civil, afin de lui faire suivre une instruction militaire. »
Des dizaines de guerriers avait investi les demeures voisines pour rassembler les autres enfants. Les yeux de Merio se chargèrent de larmes et il traîna les pieds. Sa grand-mère le serra fort contre elle : « Ne t'en fais pas, ça va aller mon garçon … »
Après de longues minutes d'attention maternelle, l'officier arracha l'enfant des mains de sa grand-mère et le conduisit dehors. Il était dans les rangs avec quelques autres garçons plus ou moins âgés que lui.
Quelques heures après, Merio était face au Pope et Doko. Il était quelque apeuré en compagnie de ses futurs camarades argentés. Une petite-fille pas plus âgée que lui était accrochée aux pieds de l'ancien Bélier, un sourire rassurant sur le visage, et expliquait alors la nouvelle destinée à ces enfants d'exception. Cette petite fille qui n'était autre qu'Aurora allait devenir sa meilleure camarade et celle pour qui il donnerait sa vie, autant qu'il l'a donnerait pour Athéna. Son dévouement et son admiration pour le Serpentaire avait commencé lorsque, cette dernière à peine âgée de 9 ans, l'avait guéri de ses blessures et vaincu plusieurs soldats malveillants qui maltraitaient les recrues.
En effet, Merio s'était retrouvé dans une garnison menée par un homme, Eggio. Sa peau était sale et ses yeux bruns étaient de la même couleur que sa barbe mal rasée. Ce coriace était réputé pour avoir mené de nombreuses légions aux fronts même lorsque les situations étaient désespérées. Il en revint souvent seul, victorieux et couvert du sang de ses ennemis. Né sous la constellation du Scorpion, il ne fut jamais suffisamment doué, pour prétendre un jour devenir le porteur d'une armure, revenue à un certain Milo. Alors, comme les nombreux apprentis qui ne devinrent ni chevalier, ni mercenaire, il se rangea dans la garde d'Athéna où il devint Sergent. Cet homme l'avait souvent malmené et sans broncher, Merio gardait en mémoire cet affront en jurant de lui faire payer un jour. Le Saint de la Coupe monta rapidement en puissance et lui infligea une vive défaite lors d'un combat au corps à corps, les plus lourdes blessures qu'Eggio n'avaient jamais reçues. Merio n'avait même pas 13 ans. Aujourd'hui, ce misérable s'occupe toujours des recrutements mais n'a plus le droit de toucher les apprentis.
Les deux compères Aurora et Merio se considéraient s'entraidaient mutuellement et eurent leur premières batailles ensemble. Merio eut son armure avant Aurora et promit que lorsque cette dernière porterait la sienne, il lui prêterait allégeance et intégrerait sa légion.
Ce qu'elle fit.
Depuis, ils ont tout traversé ensemble : batailles, missions, tout ce qui remplit la vie d'un chevalier à plein temps. il était là aussi dans les différents Sanctuaires pour seconder Aurora après les résurrections des armées qu'elle devait entrainées. Il était là quand elle avait des peines de cœur, que le célèbre Commandant Appios la courtisait, quand Aurora faisait les yeux doux à Argol, quand elle a tout fait pour avoir le Général du Pacifique Nord récalcitrant dans sa couche ou qu'elle tomba irrémédiablement folle amoureuse d'Eaque. Il était là quand elle s'est sacrifiée au combat, le comblant de tristesse.
Et elle était là aussi lorsque les grands-parents du Grec sont décédés, que son cousin proche s'est suicidé, que les filles tournaient autour de lui et qu'il hésitait entre deux demoiselles dont l'une d'elle était sa future épouse. Elle était là lorsqu'une blessure grave l'a contraint à cesser ses activités. Aurora est même devenue marraine de son fils aîné.
On l'a compris, l'amitié entre le Saint du Serpentaire et de la Coupe est connue de tout le Sanctuaire, Les jeunes gens se complètent, se comprennent, se disputent aussi. Lorsque les Argents de la vieille garde sont revenus, Merio se souvient avoir été irrités de la relation naissante entre son amie et le Saint de la Meute, Asterion. L'ancienne génération se heurtait souvent à la nouvelle et la cohabitation fut parfois conflictuelle. Chacun avait ses croyances, ses idées, et surtout ils venaient d'une autre époque. Merio remarqua plus tard cette relation ambiguë avec le chevalier du Scorpion. Maintes fois, il l'a mise en garde. Les liaisons entre chevaliers d'or sont à proscrire. Aurora a fini par l'écouter, non sans s'en mordre les doigts.
Ce jour-là, Merio avançait dignement vers les Douze maisons avec un de ses hommes, parchemins en main. Enfin Treize, mais le Serpentaire a toujours été un signe à part. Il été appelé en urgence par des soldats qui gardent l'entrée du Sanctuaire.
Une intrusion peu banale a eu lieu tôt ce matin. Merio doit faire son rapport au Pope. Ordre du chevalier du Cancer, le premier sur les lieux. Ce dernier veillait à ce que les différentes zones du Sanctuaire soient bien gardées. L'Italien était non loin de là et s'est rendu directement sur place afin d'aider le quatrième gardien. Ce dernier, avec son tact naturel ne s'est pas gêné pour reprendre chacun des soldats présents et les menacer de mort s'ils manquaient encore à leur devoir. Le Saint de la Coupe tentait de comprendre l'ingérence de ses hommes face à l'évènement du jour. Il mis son cosmo au plus bas afin de ne élever les soupçons du Serpentaire, qu'il voyait peu ces derniers temps puisque son nouveau rôle de mère lui prenait tout son temps.
Un peu plus haut dans la sixième maison, le Cancer d'humeur massacrante se posta lourdement en face du gardien méditant aux cheveux dorés qui ne bougea pas d'un iota.
Soufflant d'exaspération, l'Italien déclara avec son sarcasme habituel : « Hey le rustre, tu as du laisser ta tête aux cieux avec Bouddha. Je suis là ! »
Shaka répondit toujours avec calme et sérieux : « Chevalier du Cancer, qu'est-ce qu'une personne aussi impure que toi vient faire dans mon humble demeure, antre d'harmonie et de sérénité. »
« En langage courant, ça signifie :'''Qu'est-ce tu fou ici, t'es pas le bienvenu ! »
« Je suis sourd à ce genre de langage. Dis ce que tu as à me dire et je prierai ensuite d'ôter ton âme malveillante de ce havre de paix. »
« Cesses donc tes palabres et écoutes-moi le moine chevalier ! »
« Viens-en au fait Masque de Mort, que veux-tu, par Bouddha ? »
« Au secteur Ouest, le caporal d'une patrouille m'a certifié qu'un étranger a passé les frontières du Sanctuaire ! Selon lui, ce type a usé de son mental pour immobiliser des soldats. Il ne portait pas d'armure et ne dégageait aucun cosmo. »
« C'est impossible. Aucun mortel n'a ce genre de dons. »
« Et pourtant il a gagné le quartier des Bronzes sans encombre. Jusqu'à ce que Katya et le Loup ne l'arrêtent. Il a été constitué prisonnier. Il n'a même pas essayé de se défendre. »
« A-t-il dit quelque chose ? »
« Selon La Flèche, il aurait demandé audience à Shion. »
« C'est étrange en effet. »
« Le plus étonnant est qu'il disait venir de la part … de Maître Wilfried. »
Shaka afficha une expression des plus surprise, « Ce chevalier est mort il y a plus de 500 ans. Seul les chevaliers du Serpentaire ont le pouvoir de communiquer entre eux.»
« C'est pour cela que je m'en remet à toi. Tu pourras lire en lui et vérifier que ses intentions sont bonnes avant qu'on ne décide de son sort. »
« Hum .. tout ceci est bien singulier. » dit-il en se levant, « Je vais à la rencontre de cet homme. Est-ce que les autres Saints d'or sont informés ? »
« Seulement Mu et Saga. »
« Pendant que je me rend aux prisons, parles-en au Grand Pope. »
« La Coupe s'en charge. Mais cette histoire ne me dit rien qui vaille. »
« Aurora est-elle au courant ? »
« Elle a assez à faire avec son bébé ! »
« Il faudra lui demander si son armure a réagi à des manifestations psychiques ces derniers temps. »
« C'est ce que je me suis dit aussi la Vierge. »
L'Indien fait appel à son armure qui se dématérialisa et se posa délicatement sur lui. Après un hochement de tête envers son homologue, lui signifiant son approbation, Shaka pris le chemin de la sortie, en route vers la prison du Sanctuaire, située non loin des arènes d'entraînement.
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Le temps est lourd en cette matinée de printemps, lourd comme l'ambiance qui pèse sur le Sanctuaire, lourd comme les armures qui tintent de toutes parts et s'agitent sur leurs propriétaires dans des cliquetis incessants. Et lourd sera le bilan à l'issue de cette journée, Masque de Mort le devine facilement. Assis sur le parvis du quatrième temple, le Cancer fait balader une longue cigarette entre ses doigts, et il observe tout ce remue-ménage inquiétant. Le Grand Pope fait mander et repartir des soldats, des Saints d'Argent, des serviteurs. Le fourmillement n'en finit pas. Cet étranger a décidément chamboulé le Domaine sacré entier.
Shion a fait venir tous les chevaliers qui gardaient le secteur Est ainsi que les hommes sous leur juridiction. Hélas pour Merio de la Coupe, il allait passé un mauvais quart d'heure. Le vieil ami d'Aurora n'était pas à son poste au moment des faits. On raconte qu'il s'était endormi dans les hautes herbes. Il voulait accompagner Shaka jusqu'au camp des prisonniers mais Shion lui avait ordonné de rester à sa maison, anticipant peut-être une attaque surprise, une entité inconnue.
« Vas-tu parler oui !? »
A la prison du Sanctuaire, des voix de gardes perdaient patience et invectivaient le parfait inconnu qui avait oser troubler la quiétude du Domaine. Mais ce dernier demeurait imperturbable. Il tenait dans ses mains un petit coffre en ébène ainsi qu'une lance ancienne. L'un des soldats avait tenté de lui prendre de force ses affaires mais ce dernier avait lourdement résisté. Alors ils ont frappé le pauvre bougre jusqu'à ce qu'ils parlent.
« Ca suffit soldats. »
La voix calme et autoritaire du Saint de la Vierge retentit soudain derrière eux, « Les serviteurs d'Athéna, de quel rangs qu'ils soient, n'ont pas à se rabaisser à ce genre d'actes. Je vous demande de lâcher cet homme. »
La prestance de son rang calma les ardeurs meurtrières des pauvres bougres qui posèrent immédiatement un genou à terre.
« Seigneur Shaka, cet étranger se moque bien du Sanctuaire ! »
« Il a osé profané nos terres en nous provoquant et en plus il ne dit mot ! » dit un autre.
« Je vais interroger moi-même ce rebelle. » continua l'Indien sans leur laisser le temps de se justifier, « Et je veillerai à ce que vous ne maltraitiez plus des innocents comme vous l'avez fait aujourd'hui. »
Les gardes blêmes se courbèrent davantage avant de sortir. Une fois ces derniers dehors, Shaka fit signe à une servante d'apporter de l'eau à l'étranger qui n'a pas bougé. Le blond le fixa un moment.
Le voyant hésitant, il s'exclama : « Vous semblez à bout de force. Veuillez pardonner les actes de ces sentinelles. »
L'homme dont le visage est dissimulé dans une soutane accepta l'amphore et le but d'un trait.
« Dites-moi ce qui vous amène ici.»
La silence demeura un moment. Mais Shaka est un homme des plus patients et croisa du regard une paire d'yeux sombres et tristes. Un regard qui lui ai d'ailleurs familier.
« Vous disposez de dons que nous avons reconnus.» commenta la Vierge.
L'homme prit une profonde inspiration : « Le Seigneur Wilfried veille sur ma personne et m'a guidé jusqu'à la Terre sacrée d'Athéna. » affirma ce dernier.
L'Indien eut une expression surprise, avant de répondre sur un ton habituellement calme : « Et je suppose que ce coffre contient un peu de son cosmo et des bribes de son âme. »
« Tout comme cette lance.»
« Vous ne semblez pas surpris par la présence d'un Saint d'Or.»
« .. Plus rien ne peut me surprendre depuis longtemps.» l'interrompit son interlocuteur.
Voyant que l'étranger acceptait sa présence, le blond pris place en face de lui, s'assied en lotus sur un tapis et planta ses yeux bleus dans les siens, de la détermination dans le regard.
« Vous avez souhaité rencontré son Excellence. Pour quelle raison ? »
Nouveau silence.
« Déclinez-moi votre identité. » insista le sixième gardien.
« Mon nom n'a pas d'importance jeune-homme..»
« Vous persistez. Je vous en prie…»
« Je ne suis qu'un homme abimé par le temps. »
« Les protecteurs de Dieux semblent hypothétique pour vous, je ressens votre hostilité. »
« En effet, les déités m'offusquent. »
L'Indien vit qu'il commençait à se détendre doucement. Il lui demande : « Pourquoi portez-vous un tel fardeau ? » rétorqua la Vierge.
« Je hais les Dieux depuis qu'ils m'ont pris ce que j'ai de plus cher et transformez ce qu'il restait de bonheur en machine de guerre. »
« A quoi faites-vous référence ? »
« Au Saint du Serpentaire. Ma fille.»
Silence lourd de sens. Shaka dévisagea l'étranger sans un mot, pensif, le visage d'une neutralité parfaite, ses yeux posés sur l'homme qui tentait vainement de cacher sa souffrance psychologique.
« Je ne connais pas votre nom chevalier .. »
« Soit. » concéda l'Indien, « Je suis Shaka de la constellation de la Vierge. Le chevalier du Cancer m'a informé de votre venue. »
« Alors vous saviez déjà qui j'étais avant de venir me parler ? »
« Disons que je voulais confirmer ces interrogations. »
« Je ne veux pas m'initier dans la vie du Serpentaire. Je veux lui apporter des réponses et la voir un instant, afin d'être en paix. »
« Je peux accéder à votre requête concernant le Seigneur Shion … pour ce qui est du chevalier du Serpentaire, je crains que cela ne soit difficile. »
« Je suis son père. » Le ton est bas et sa voix déraille, mais il tient à garder toute sa noblesse en poursuivant : « Elle doit savoir. »
« Aurora n'est pas enclin à cette logique. » répondit Shaka, « Elle a été élevée par d'autres et n'est pas du tout dans cette éventualité.. Seul servir une cause juste compte pour elle.»
A l'énoncé du prénom de sa progéniture, l'homme eut des frissons. Il devina que cette dernière n'est pas aussi accessible qu'il ne le pensait.
« Sa mère était altruiste. » poursuivit t'il nostalgique, « Sans filtre. Toujours là pour les autres et jamais pour elle-même. » soupira ce dernier, « L'entêtement était son mode de vie. » Shaka ouvrit les yeux. Il semblait que cet homme décrivait sa camarade. « Je mourrai même pour la voir dix secondes. » affirma l'ancien père de famille, sa voix tremblait légèrement d'émotions.
Touché par l'accablement sincère de son interlocuteur, un élan d'empathie parcourut le Saint d'or. Shaka acquiesça de la tête et lui fit signe de le suivre.
« Ne parlez à personne. » prévint le blond, « Et restez à mes côtés. »
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Le soleil illuminait leur route, comme une invitation à avancer. Shaka veillait du coin de l'œil sur la silhouette de l'étranger. Il boitait un peu et s'aidait de la lance pour avancer. La fatigue et la tristesse l'avaient sûrement rattrapé plus durement que l'âge. Il ne peut s'empêcher de remarquer les inspirations sifflantes que prenait l'homme.
« Je suis asthmatique .. » fit Diogo à son guide, constatant que ce dernier s'interrogeait. Le Saint de la Vierge se pinça les lèvres. « J'ai senti votre interrogation. » fit l'homme d'un air absent, en reportant son attention sur l'horizon.
Le vent léger secoua quelques mèches de ses cheveux couleur blé. L'air était doux et agréable mais ne semblait ne pas avoir de prise Diogo. Une seule chose semblait habiter cet individu. Ce dernier reporta son attention sur le sentier. Tout était si calme. En débarquant sur les premières pierres du Sanctuaire, aucun lien n'associe le lieu sacré au 21ème siècle. Il est impressionné par l'environnement antique et reculé du Sanctuaire, de cette vie loin de la société moderne qui n'a pas sa place. Il a l'impression d'être tombé dans un autre temps alors que Athènes est seulement à quelques lieues. Les Hommes des villages proches partagent également ce mode de vie hors du commun et n'aspirent qu'à servir le Domaine sacré.
« Au fait .. » dit l'inconnu qui mit fin au silence, « Je m'appelle Diogo. »
« Soyez le bienvenu sur la Terre du Sanctuaire. » répondit noblement Shaka, son armure claquait contre le sol et le Portugais admirait en silence la prestance du Saint d'or, « Nous allons débuter l'ascension du Zodiaque d'or. Je vous demande de garder discrétion. N'envenimez pas les choses. »
L'homme hocha la tête. La traversée du Sanctuaire lui a été pénible. Affronter les regards noirs des gardes, les Saints d'Argent l'avaient mauvaise alors qu'ils dépassaient l'arène. La présence de Shaka n'a pas été de trop et sa seule aura en a dissuader plus d'un de ne pas trop approcher Diogo.
Les deux compères marchent doucement sur les dalles en béton qui mène à la première maison. Il observe l'architecture grâce aux quelques rayons de soleil qui envahissent la demeure par les cavités de la roche du toit qui se sont formées avec les aléas du temps. Chaque temple est un vaste lieu où se dressent des colonnes sculptées à la main il y a des milliers d'années. Au-delà de ces décorations de pierres sont dissimulés quelques passages discrets qui conduisent aux demeures privatives des gardiens. Les Saints d'or sont l'élite de la chevalerie. Ces maisons sont leur demeure. Elles sont la seule possibilité de connaître un tant soit peu qui sont ces magnifiques hommes dorés dont lui avait parlé cette vieille femme.
« Le chevalier du Bélier est absent. Nous nous rendons à la seconde maison. » expliqua la Vierge, « Seuls les Saints d'Or ont le privilège de traverser les douze maisons sans autorisation. Par égard pour les différents gardiens, lorsque nous voulons franchir un Temple, nous en demandons l'accès. »
« Je vois. Vous restez attaché aux protocoles. »
« Tout à fait. Lorsque les maisons sont vides nous pouvons les franchir sans encombre. »
Diogo aperçu la silhouette d'un autre chevalier d'or alors qu'il arrivait aux abords de la seconde demeure. Aldébaran les attendait déjà. Un colosse. C'est le mot qui vient à l'esprit du paternel d'Aurora. Le chevalier du Taureau est impressionnant. Rien à voir avec la frêle silhouette de la Vierge.
« Je suis le Saint d'or du Taureau. » fit le Brésilien d'une grosse voix grave sans tourner autour du pot. Il tend la main à Diogo, surpris par la familiarité naturelle du gardien : « Vous avez causé bien des soucis à nos gardes.»
« Pardonnez ce tapage. » répondit l'homme, « Ce n'était pas mon intention. »
« Aldébaran … » dit alors Shaka, « Est-ce que .. »
« Bien-sûr que vous pouvez passer ! » s'exclama le Taureau.
« Je te remercie. Hâtons-nous Diogo. »
Le Taureau regarda passer les deux hommes. Lui aussi est étonné par cet étranger. Il ignore encore qui il est réellement mais s'il est couvert par l'un de ses pairs, c'est pour une excellente raison. Il ne sait pas pourquoi mais il lui a semblé que cet homme avait vraiment besoin d'aide.
L'ascension de la maison des Gémeaux et du Cancer se fit en silence. Diogo est étonné de voir les légendaires maisons vides. Ça tombe bien, il ne voulait pas avoir à faire au quatrième gardien et sa réputation sulfureuse. Il l'avait entre aperçu tout à l'heure et il ne semblait pas des plus commodes.
A la maison du Lion, Aiolia sort sans broncher, torse nu et vêtu de son pantalon d'entraînement, lorsqu'il voit Shaka conduire Diogo. Ce dernier sent sur lui le regard insistant du frère d'Aiolos et laisse passer son acolyte accompagné du mystérieux étranger.
En franchissant le champs du Temple de la Vierge, Diogo remarque un jardin fleuri. Il semble qu'un espace bien plus grand borde cette maison de l'autre côté du temple. Il est toutefois interdit d'y accéder, lui révéla le chevalier de la Vierge.
« C'est donc votre maison ? » demande curieusement Diogo.
« C'est exact. » répondit la Vierge.
« Je sens une sérénité parfaite en ces murs. »
« Vous ressentez bien. Nous sommes à la moitié de l'ascension. Nous allons nous téléporter. » prévint t'il tout en lui tendant son bras, « Ne me perdez pas en chemin. »
« Bien. »
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Installé à son bureau, Shion retranscrivait scrupuleusement les évènements de cette journée peu ordinaire. D'une écriture fine et déliée, il relatait ce que personne ne devrait jamais lire. Une fois son témoignage achevé, il demanderait à Athéna de sceller elle-même le dossier où il le rangerait. Comme d'autres documents sensibles avant celui-ci, il rejoindrait ensuite la partie la plus secrète des archives du Sanctuaire. Posant sa plume un moment, l'ancien Bélier porta une main fatiguée à son front. Cet homme prétendant être le géniteur du chevalier du Serpentaire a ébranlé le Domaine sacré. En effet, peu de chevaliers ont le chance d'avoir encore une famille ou un représentant actif de leur enfance. Même chez Poséidon, Hadès ou Asgard, les combattants des Dieux sont orphelins. Un mal presque nécessaire afin de les endurcir et éviter les émotions dérangeantes durant leur apprentissage de leur vie de guerrier, de revenir en arrière et être attaché à un mode de vie agréable.
Shion regarde l'horloge mural. 18h. Un coup frappé à la porte le ramène à la réalité. Il remis son casque de grand Pope qu'il avait posé sur la grande commode en pin et accorda l'autorisation d'entrer à l'inconnu.
Un garde s'agenouilla.
« Votre Excellence, l'étranger va franchir le Palais escorté par le Seigneur Shaka. »
« Je te remercie. » dit t'il en congédiant le soldat.
La tension était à son comble du côté de Diogo. Il approchait du majestueux Palais du Pope dont il avait entendu parlé. Il s'engouffre donc les immenses couloirs de pierres blanches jusqu'à se retrouver dans la salle où siège Shion. En entrant, il constata la vaste pièce au longues colonnes de marbre et le tapis pourpre menant au trône, Diogo suivait docilement Shaka en regardant l'environnement autour de lui. D'autres chevaliers d'or étaient présents et le scrutaient. Il n'arrivaient pas à déceler une quelconque expression.
Dans leur armure dorée ils étaient d'une noblesse à couper le souffle. En fait, Diogo avait véritablement pris d'une forte impression en regardant les Ors. Ils étaient tout simplement fascinants. Leurs armures étincelaient et une longue cape blanche recouvrait leurs épaules. Ils se tenaient très droit, admirables de fierté et de prestance. Plus que des hommes, ils avaient l'air de dieux devant lesquels on ne pouvait que s'incliner. La plupart portaient les cheveux longs, voire très longs et étaient tous de grande taille. Il y avait même une jeune- femme parmi eux. Elle doit avoir 18 ou 19 ans. Superbe de grâce, la seule qui ne portait pas de cape, de longues ailes dorées s'étendaient dans son dos. La douceur et la bonté se dégageait de son être. Diogo compta neuf chevaliers d'or. Il avait vu le Taureau, le Lion et la Vierge. Aurora n'était pas présente.
Aiolia et Shura l'observaient et s'échangèrent un regard. Masque de Mort disait vrai. Cet homme dégage un énergie familière. Un peu plus loin des Saints d'Argent le fixaient. Certains avec dédain. Après tout, il avait snobé la barrière d'Athéna. Argol de Persée ne quittait pas des yeux l'importun. Quelque chose l'intrigue chez cet homme. Mais quoi ?
« Agenouillez-vous. » ordonna Shaka.
Diogo obtempéra, peu friand de ce genre de courbette. Après tout c'est comme s'il saluait un Monarque et c'est ainsi qu'on s'adresse à des haut dignitaires d'un Royaume. C'est ce qu'il avait vu lors de ces nombreux voyages.
« Vous vouliez me voir. Alors je vous écoute. »
La voix de l'ancien Bélier résonnait. Il portait sa longue soutane blanche, son casque doré et un rosaire autour du cou.
Diogo aimerait scruter l'architecture du palais, toutefois là il doit faire bonne figure.
« Je vous remercie d'accorder cette audience. »
Shion se racle la gorge et répondit de façon directive : « Tu as défié nos meilleurs gardes et trompé la vigilance des Saint de Bronze. Seul la mort emporte les curieux en ces lieux. J'aimerais comprendre ce qu'il te pousse à aller si loin. Notre organisation doit rester secrète. »
« Maître Wilfried m'a été d'un grand secours. C'est son âme qui m'a guidé jusqu'à vous. »
Des murmures se font entendre dans les rangs. Milo saisit immédiatement et se mêle à la conversation.
« Seigneur Shion, » commença le huitième gardien, le visage grave : « Cet homme prétend avoir échangé avec le 17ème chevalier du Serpentaire. Dois t'on le craindre ? »
« Je ne suis qu'un humble berger, chevalier du Scorpion. » rétorqua Diogo en fixant Milo sceptique.
« Je ne peux accéder à votre demande. Le Saint du Serpentaire ne doit pas connaître votre existence.» dit alors Shion.
« Le chevalier de la Vierge m'avait mis en garde. » Son regard était des plus tristes, il poursuivit : « Je m'en vais retourner dans ma contrée, espérant ainsi que le fruit de mes entrailles, le Saint du Serpentaire puisse un jour me pardonner. Que les Dieux en soient témoins. Je ne renoncerai jamais. »
L'assistance médusée se regarda, sentit la douleur immense s'emparer du téméraire étranger. Argol et les autres avaient t'ils bien entendu ?
Il fit volte-face, cependant, Shion déclara : « Diogo, je vous ai refusé cette requête aujourd'hui mais cela ne signifie pas que c'est définitif. »
Diogo se retourna face au représentant d'Athéna : « Dites-moi simplement si elle va bien, espérant que cela puisse apaiser mes craintes. »
Après un court silence, l'Atlante s'exclama : « Un bouleversement dans sa vie de combattante s'est produit. Moins vous en saurez mieux c'est pour le moment. Je vous demande de patienter. »
« …. »
« Chevalier du Scorpion .. » Le Pope interpella le Grec qui posa un genou à terre, « Tu ramènes cet homme dans ce village avoisinant Rodorio, que nous avons évoqué en réunion. »
Ce dernier hocha la tête.
« Diogo, vous avez découvert l'existence du Sanctuaire et comme nos lois nous y contraint, vous ne pouvez désormais en sortir.» avertit le Pope, « De plus, votre situation vous place hors d'atteinte puisque vous êtes de la famille d'un Saint d'or et donc amené à être sous la protection d'Athéna qui s'est beaucoup préoccupée de votre sort. »
« Je ne m'attendais pas à ce que mon destin finisse ainsi. »
« Vous ne devez en aucun cas révéler votre identité. Continuez à exercer votre métier et ne parlez à personne de vos liens familiaux. »
« Merci de m'accorder l'asile en vos terres et remerciez Athéna de sa bienveillance. »
« La princesse entendra vos prières. » termina t-il en invitant Milo à escorter l'homme hors du Palais.
Village du Sanctuaire, quelques semaines après.
Les nuages recouvraient le ciel qui était en conséquence entièrement gris. Les gouttes de pluie menaçaient de tomber à tout moment, de ce fait les téméraires qui s'entrainaient encore se pressaient de rentrer à leurs logis. Un gros sac en toile sur l'épaule, Diogo contemplait les rues de Rodorio se vider après le marché du jour où il vendait la laine de son troupeau. Aujourd'hui, il avait presque vidé son stock. Il s'est accoutumé à l'endroit et vivait dans une petite exploitation à l'écart des autres habitants. Il a la chance de maîtriser le grec, cependant les villageois des environs ont deviné que ce nouvel arrivant était tout sauf ordinaire. Des chevaliers lui ont trouvé des bêtes résistantes, bonne productrices de lait de chèvre et d'ânesse- ce que consomme la plupart de l'île du Sanctuaire. Il avait vendu son troupeau au Portugal à un riche marchand afin d'acquérir des fonds pour son voyage. Il lui restait quelques drachmes mais Diogo est un homme économe. Le conformisme n'est pas dans son langage, lui-même élevé à la dure depuis l'enfance, fils de bergers et d'une institutrice, le portugais aspire à une vie paisible et simple.
Il avait le cœur lourd depuis longtemps, se détestant pour n'être qu'un moins que rien, incapable de faire honneur à qui que ce fût, ni même lui-même. Diogo ne cessait de penser à Aurora, sa chair et son sang et il avait beau se poser la question un nombre incalculable de fois, l'homme ignore pourquoi le ciel n'a jamais entendu voulu l'épargner. Il fermait les yeux, imaginant comment était sa fille dont il ne connaissait que le nom. Et puis on lui avait rien dit pour Demetria…
« Cet honneur revient eu chevalier du Serpentaire Diogo … » lui avait dit le Pope. L'homme était frustré. Pourquoi tant de tabous ?
Il se souvient néanmoins avoir été très heureux avant tous ces évènements. Sa rencontre avec Patty, son. Ils furent épanouis. Une totale harmonie se dégageait du couple, enviés de beaucoup de gens de leur entourage. Il pensait finir sa vie avec elle. Hélas, les Dieux en ont décidé autrement.
Il caressait un petit médaillon qu'il aborde au cou, geste qu'il arbore depuis longtemps et qu'il n'a plus conscience de faire. Un réflexe banal et incontournable, le seul trésor, inestimable, souvenir de sa vie passée avec la mère d'Aurora. Il entra nonchalamment dans sa modeste demeure avant de verrouiller précautionneusement derrière lui. C'était stupide pourtant, il le savait. Les êtes exceptionnels qui peuplent l'endroit n'ont qu'à lever le petit doigt pour détériorer son ave de paix. Mais Diogo s'y sentait bien. Il était chez lui et avait emménager cette petite maison à sa façon avec les moyens du bord. L'homme est un bricoleur de nature. Débrouillard et aventureux, son propre père lui avait appris les bases de survie en cas de conflits. De ce fait, il savait pêcher, se repérer dans n'importe quel lieu, lire les étoiles pour retrouver son chemin, chasser et faire du feu. Il n'avait pas besoin de grand-chose pour se sentir bien, même si, les souvenirs de sa défunte épouse tapissaient le fond de son cœur chaque jour.
Sa maison était de forme carrée et incroyablement épurée et comptait quelques meubles de montagne : la pièce principale avait une large bibliothèque, un petit bureau, quelques étagères au mur, un gros coffre, un fauteuil balancelle orné de quelques cousins brodés et d'un châle qui appartenait à sa mère. Une table pourvue de deux chaises traînait au milieu de la pièce. A droite au fond un évier simple et un placard servant de garde-manger ainsi qu'une petite cheminée qui faisait office de cuisine. Un feu frémissait depuis l'aube : on pouvait y voir un poêle ancien en bois disposée au-dessus des flammes, attendant le dîner de son propriétaire. L'hiver a beau être doux en Grèce, Diogo déteste avoir froid. Une autre pièce ressemblant à la chambre à coucher se voyait de l'entrée. Il n'y avait pas de sanitaires. Diogo se lavait soit à la rivière soit avec de l'eau chauffée dans une large bassine. Une vie rustre qui lui convenait parfaitement. Une commode en bois servait présentement de cale contre la porte. Diogo, superstitieux, se protégeait comme il pouvait des indésirables. Il avait agrémentée la salle à vivre de rideaux colorés achetés au port d'Athènes chez un marchand oriental, un tapis foncé bordait le pied de son lit et enfin, quelques photos de famille trônaient sur une petite table à l'entrée.
Il n'avait pas fait attention à l'inconnu adossé sur le flanc gauche de la maison, juste près de la bergerie alors qu'il était sorti nourrir ses chèvres et cette ânesse. Il a pu acquérir ces bêtes grâce à la solidarité des chevaliers et un certain Shura. En effet, le Capricorne est un fervent défenseur de ces ruminants des montages et pas parce que c'est son signe dominant. Le sort de Diogo l'avait touché et il parlait parfaitement portugais, grâce à une certaine Sagittaire. Diogo avait l'esprit tellement brouillé par sa volonté de revoir Aurora qu'il ne sentait pas la présence de l'homme, attendant patiemment que le portugais ne le remarque. Le père d'Aurora déposait de la paille au sol lorsqu'il constata qu'un chevalier bordait le mur de sa bergerie.
Il trébucha au sol.
« Che-chevalier du Scorpion ? » bredouilla Diogo, impressionné par son vis-à-vis.
Milo ne portait pas son armure. Vêtu simplement d'un maillot rouge sans manche, un pantalon noir et un manteau pour se protéger des intempéries, il restait toujours aussi prestant. Sa fierté de guerrier transparaissait dignement.
« Pardonnez-moi de m'être introduit en votre intimité. »
« Il n'y a pas de mal. » répondit Diogo en se relevant, « Entrez, je vais vous servir une boisson chaude. » dit-il en faisant signe au Grec de le suivre.
« Je serai bref, ne vous donnez pas cette peine. » prévint Milo.
« Bien. Je vous écoute chevalier Milo. »
« Milo suffira. » le reprit ce dernier.
En son salon, Diogo s'empara d'une bouilloire en fonte et fit chauffer cette dernière sur le feu. Shion avait demandé à lui fournir de l'électricité grâce à la rivière en bas des montagnes mais comme beaucoup d'habitants et pour être en tout point égal avec eux, Diogo refusa cette offre, souhaitant être traité comme n'importe quel civil et même pour le père du Serpentaire.
« Je suis désolé de vous accueillir de cette manière » Il avait désigné des vêtements posés un peu partout et la vaisselle sale qui attendait dans l'évier, « Je ne reçois personne. Je ne suis pas très maniaque. »
« C'est moi qui aurait dû vous avertir de ma venue. » répondit le Scorpion.
« De quoi voulez-vous me parler ? »
« L'accablement qui vous pèse a touché Athéna .. » commence alors le huitième gardien sans tourner autour du pot, « La princesse se sent responsable. Il m'incombe de vous prévenir que tout ceci cessera bientôt. »
Diogo regarda Milo avec de grands yeux. Avait t'il bien compris ?
« Vous allez rencontrer ma camarade prochainement. Et pour des raisons confidentielles, vous n'en serez informé qu'au dernier moment. »
L'homme laissa une larme de joie couler sur ses joues. Il se sentait proche de la délivrance de ce chagrin. Enfin il allait voir sa fille !
« Comment va ma fille ? »
« Je ne peux vous apporter ces informations. »
« Mais je veux simplement connaître ses états d'âme. Puisque quelque chose l'a bouleversé, selon les dires du Pope Shion .. Je m'en inquiète. »
« N'ayez crainte. Le chevalier du Serpentaire se porte bien. Montrez-vous patient. »
« Ce n'est pas ma qualité chevalier. » répondit Diogo, « Décrivez-moi Aurora, j'ai besoin de le savoir. Je ne pense pas en demander de trop.. »
Le Scorpion fixa son interlocuteur quelques instants, hésitant sur la marche à suivre. Il ne sait pas si c'est une bonne idée.
« S'il vous plait Milo. Pouvez-vous m'accorder au moins cela ? »
« Que voulez-vous que je ne vous ne vous révèle ? » répondit le brun d'un œil sévère.
« J'ai entendu tant de choses. On parle du Saint du Serpentaire comme le plus remarquable des guerrières. Moi je veux la connaître en tant qu'humaine. »
Moment de flottement.
« Je vous en prie, seulement quelques détails sur sa personnalité, son apparence .. Que je puisse enfin l'imaginer. »
Milo fut à son tour touché par ce fort désir paternel de connaître Aurora, ce souhait inespéré et profond de renouer avec elle, ce comportement désintéressé au bonheur du Serpentaire.
« Quelle est votre requête ? » demande le Scorpion.
« Je sais que pour des raisons évidentes que vous devez rester évasif, alors, je vous demande simplement trois mots qui représentent ma fille. »
Milo ne quitta pas du regard le paternel d'Aurora. De longues secondes défilèrent, une éternité pour Diogo qui espérait que le Scorpion allait accéder à sa demande.
Finalement, il lui admit simplement sans sourciller : « Entière, généreuse, spontanée. »
Diogo sourit, heureux : « C'est exactement ainsi que je l'imaginais. Ma fille a du caractère. Dans ce milieu dominé par les hommes, elle a dû se battre plus que les autres pour se faire respecter. »
« Le chevalier du Serpentaire est estimé de tous, même ses ennemis. » repris Milo en prenant le chemin de la sortie.
« Attendez chevalier ! » l'arrêta Diogo, « Vous ne m'avez pas dit à quoi elle ressemble. On dit que sa beauté est aussi terrible que ses pouvoirs. Est-ce vrai ? »
Sans se retourner, le Scorpion répondit après une légère indécision : « C'est le cas. »
« Est- t'elle brune, blonde, petite, grande ? Dites-le moi ! »
« Le chevalier du Serpentaire se ferait remarquer même dans le pénombre. »
Diogo n'en saura pas plus, cependant, quelque chose l'interpella.
« Avez-vous des incertitudes à son sujet, chevalier du Scorpion ? Que signifies cette retenue ? Pourquoi camouflez-vous votre admiration ?»
Milo tiqua face à cette réflexion et se tourna vers Diogo.
« Je suis empathique. Et j'ai vu votre regard lorsque vous évoquiez ma fille. » poursuivit le portugais.
Silence. Cet individu est très observateur. Un peu trop.
« Quel genre de relation entretenez-vous avec Aurora ? »
Milo répondit avec orgueil : « Soyez au Palais demain à l'aube. »
« Enfin! Le ton de votre voix en dit long quand vous prononcez son prénom.»
« …. »
« Est-ce que vous lui avez dit ? » continua l'homme sans se démonter.
« Je ne suis pas venu parler de mon amitié avec votre fille. »
« Lui avez-vous parlé ? » insista Diogo, « Ma femme était passionnelle et loyale et je suppose qu'Aurora a hérité de ce trait de caractère. Il lui faut donc quelqu'un qui la comprenne et la sécurise. »
Milo se pinça les lèvres ce qui n'échappa guère à Diogo.
« Je ne sais quelle est votre histoire. Veuillez me pardonner, j'ignorais que cela était si important pour vous. Promettez-moi de protéger ma fille. » Cela d'une voix douce, sincèrement bienveillante. Dans laquelle ne s'entendait nul reproche.
« Je veille sur elle depuis toujours. » fit le brun en ouvrant la porte.
« Vous êtes un homme bon. Vous êtes celui qui a attiré mon attention en premier au Palais. » répondit le portugais à Milo sur le parvis de la maisonqui stoppa net, « Je l'ai décelé quand j'ai observé les protecteurs d'Athéna. Ma fille doit beaucoup compter pour vous. Je vous en remercie.»
Milo ne répondit pas et, déconcerté, referma la porte du logis derrière lui.
Diogo soupira doucement. Son don lui apportait des problèmes relationnels. Il n'a qu'un seul ami et plus aucun parent en vie. Tout le monde se méfiait de lui dans son village. Aurora a la capacité de ressentir les choses aussi et cela renforce ses dons de télépathes. Un pouvoir totalement humain qui fait autant sa force que sa faiblesse. Il a hâte de revoir la fruit de son amour avec Patty.
Il se saisit alors d'un petit coffre en métal et le pressa contre son cœur. Levant son regard foncé vers la fenêtre, il murmura doucement : « J'honorai ma promesse envers toi, mon aimée. » dit t'il en regardant les cieux, « Je te le jure Patricia. Aurora saura tout.»
Plus loin, assis sur le sable de la plage, le dos contre un rocher, Milo regardait les vagues qui venaient mourir sur la grève. Elles avançaient, roulant mollement avec une petite écume blanche sur leur crête avant de déserter le sable humide. Le Saint d'Or semblait hypnotisé par le phénomène. Le vent soulevait sa longue chevelure foncée. Il avait les genoux pliés et ses avant-bras appuyés dessus. Il roulait un petit galet entre ses doigts d'un geste inconscient. Sortant de ses pensées, il regarda l'horizon. A présent il se sentait vide.
Il était venu là pour être seul. Il en avait besoin pour comprendre ce qu'il lui arrivait. Les paroles de cet homme l'ont interpellées, touchées en plein cœur. ll avait réalisé qu'il n'arrivait plus à se l'ôter de la tête. Le Serpentaire. Cette fracasseuse de vie. Celle qui agissait sur lui comme une drogue infiniment puissante et atrocement délicieuse. Il fallait qu'il entende le son de sa voix, directive, caressante, qu'il voit son visage gracieux, qu'il croise ses yeux espiègles et pétillants. Il était amoureux de Aurora à en crever. Il avait souffert et il passait à autre chose, continuant à vivre. Pensait-il vraiment que c'était aussi facile ?
Un amour non partagé était probablement la pire douleur qu'il n'aurait jamais à affronter. Pourtant, il avait gardé secrètement espoir qu'un jour Aurora lui ouvrirait son cœur. Elle, à présent mère, a choisi Persée. Il comprit qu'il n'y aurait plus d'épreuve entre eux, ni de ligne à franchir, nul cap à passer. Nul obstacle à surmonter. Qu'être un ami serait désormais ça, la continuation du présent, ce glissement presque imperceptible en l'esprit de Milo et celui d'Aurora, ce renoncement. Il réalisa qu'il ne se passerait rien. Qu'il n'y avait rien à attendre. Que les semaines continueraient de passer, que le temps continuerait d'être cette lente succession d'années investies pour le Domaine sacré, pour préserver la paix, d'enthousiasmes, des jours tantôt habités avec intensité, d'autres moins glorieux, mais qu'Aurora serait toujours là. Hors de portée. Mais bien là.
Le vent poussait devant son beau visage quelques mèches qu'il repoussa machinalement. Il finit par se lever et jeta dans la mer le galet qu'il tenait. Ses pas le menèrent plus tard au bas du grand escalier sacré qu'il commençait à monter. Ces derniers temps, chaque fois qu'il devait traverser les temples, il souhaitait qu'ils soient déserts pour ne pas croiser ses frères d'armes.
« Milo .. » dit une voix.
« Bonsoir Mu. » fit-il avec un geste vague de la main. « Je peux traverser ta maison ? »
« Bien-sûr. » répondit le Bélier, « Est-ce que tout va bien ? » demande l'Atlante en remarquant le manque d'entrain du huitième gardien.
« Tout va bien. » fit Milo sans ne rien montrer.
« Nous t'avons pas vu à l'entraînement ce matin. »
« J'y serai demain. Bonne nuit mon ami. » dit le Scorpion sans laisser le temps au premier gardien de répondre.
Le Grec s'éloigna en direction du second Temple. Mu le regarda et un frisson lui parcourut l'échine. Il fallait qu'il parle à Camus. Milo n'allait pas bien depuis des semaines, il le sentait dans son cosmo. Il avait beau essayer de le camoufler, pour quelqu'un comme le chevalier d'or du Bélier, c'était plus éloquent que s'il lui avait hurlé son mal-être en face. Il devait aussi voir Shaka. La Vierge avait des facultés qui pourraient leur être utiles. Il fallait surveiller le Scorpion de près mais discrètement. Il ne fallait surtout qu'il se renferme sur lui-même. La prudence est de rigueur.
Alors que le soir tombait doucement sur le Sanctuaire, Milo passa les autre maisons sans voir les chevaliers qui était encore aux arènes. Ces escaliers lui paraissaient interminables. Il avançait sans même essayer de lutter contre cette noirceur qu'il sentait ramper sur sa peau et s'insinuer dans son esprit. Puis, il arriva enfin à la huitième maison et s'enferma dans sa chambre. Il finit par s'allonger sur son lit et tira la couverture sur lui. Il avait froid. Dans son cœur, dans son âme, il grelottait. Le chevalier du Scorpion se sent incomplet. Il repensa aux échanges passionnés – et bien trop court - avec Aurora. Il tressaillit.
Ça n'a eu lieu qu'une fois, il y a déjà un moment.
Temple de la Vierge, deux jours plus tard
En tout début d'après-midi, Mu était allé voir Shaka pour lui parler de Milo parce qu'il ne savait pas où était Camus. Il l'avait trouvé, comme à son habitude, assis sur son tapis de méditation, les yeux fermés, vêtu d'un sari aussi bleu que ses yeux. Il savait que Shaka avait perçu sa présence et avait attendu patiemment que celui-ci mette un terme à sa séance.
« Je t'offre un thé ? » entendit-il derrière lui.
Shaka avait les yeux ouverts et attendait une réponse. Mais cela surprenait toujours ses interlocuteurs de se retrouver face à deux prunelles limpides d'une magnifique couleur claire.
« Merci. »
« Je crois savoir ce qui t'amène. »
« Ah ? »
« Milo. »
« Toi aussi tu as senti son mal être ? »
« Mal être ? C'est bien plus que ça Mu. »
« As-tu essayé de sonder son esprit ? » demande le premier gardien.
« Je me suis contenté de lire son cosmo. »
« Moi je l'ai fait. Je n'aurais pas dû sans son accord ,cependant, quand un de tes camarades est ainsi, la question ne se pose plus. »
La Vierge hocha la tête.
« Et toi qu'as-tu ressentit Shaka ? » demande alors Mu.
L'Indien soupira doucement, comme pour peser ses mots et Mu compris qu'il allait aborder un sujet incommodant, un sujet qui refroidit le gardien de la sixième maison.
« Ses sentiments pour le chevalier du Serpentaire. »
Shaka avait dit cela d'un ton le plus détaché possible. Mu se raidit. Jamais les chevaliers avaient évoqué le sujet entre eux.
« Milo n'a jamais été replié sur lui-même. Il s'efforce de demeurer impassible mais il souffre. »
« Que pouvons-nous faire Shaka ? Aller lui en parler est délicat. »
« Il doit se libérer de cette ambiguïté qui règne entre lui et Aurora. »
« Tu veux dire qu'il doit aller lui ouvrir son cœur ? »
« …. »
« Il l'a déjà fait. »
Une voix avait retentit au loin. Les deux hommes reconnaissent immédiatement l'énergie froide et pure du taciturne onzième gardien qui venait de pénétrer dans le temple de la Vierge.
« J'ai surpris votre conversation. » se justifie le Français avec élégance, incroyable de noblesse dans son armure dorée.
« Je t'en prie Camus. Nous voulions évoquer le sujet avec toi. » rassura le blond en faisant signe son frère d'arme de se joindre à eux.
Camus resta un moment à regarder ses camarades puis ferma les yeux, muré dans son silence. Ses comparses n'intervenaient pas, attendent une réaction du Seigneur des glaces. Un flottement lourd de sens.
Enfin, il admit aux deux autres : « Milo a déjà ouvert son cœur au chevalier du Serpentaire. »
Mu : « Comment l'as-tu su Camus ? »
« J'ai eu une conversation brève avec Aurora à ce sujet, il y a des mois de cela, laissant penser que rien ne serait possible avec Milo. La peur se lisait sur son visage autant que sa déception. »
« Quand s'est passé cet évènement ? » demande Shaka.
Camus explique : « Peu avant la guerre contre les Amazones. Milo a appris qu'Aurora attendait un enfant. Au retour après les affrontements, il n'était plus le même. » Il fit une courte pause, « Souvenez-vous à cette soirée au Temple du Serpentaire, il prenait grandement sur lui. »
« La soirée où Aurora nous a annoncé sa grossesse. » continue Mu.
« C'est exact. »
« Cela explique son état actuel. »
« Peu d'entre nous l'ont remarqué. » ajouta Mu.
Le Verseau ajouta : « Le chevalier du Lion a des soupçons. « Ces deux-là ont grandi ensemble et malgré la rivalité qui les séparait durant le règne de Saga par le passé, ils se sont rapprochés après la bataille des douze maisons. »
Mu : « C'est vrai, tu as raison Camus. »
« Aiolia m'a été d'une grande aide afin de communiquer avec Milo à nos résurrections. »
« Le chevalier du Scorpion est un homme tenace et fier. » continua Mu.
« L'est -il avec Aurora ? » demande Shaka.
Camus hocha la tête.
« Quand est t'il de notre sœur d'arme ? »
« Elle est mère à présent, sur le point de découvrir son passé avec le retour de son géniteur. » continua le Verseau, « La prudence est de rigueur. »
Mu : « J'entends par là, est-ce qu'elle partage des sentiments similaires ? Un profond respect ? »
Silence pesant. Après quoi, Camus affirma : « Les deux, je le crains. »
Mu : « Cela deviendrait problématique. Aurora a accepté le Saint de Persée dans sa vie, avec la bénédiction d'Athéna. »
« Le premier pas vers la sagesse, c'est de se délivrer du déni. » ajouta Shaka.
Camus : « Aurora vivrait dans cette contrariété .. »
« Elle est dans l'abnégation depuis cinq ans. » expliqua la Vierge, « Le chevalier du Serpentaire a toujours été une chimère émotionnelle. C'est sa force tout comme sa langueur. Le chemin vers l'acceptation est long et difficile. Nous devons l'y amener. »
« Nous ne devrions pas intervenir. » ajouta Camus.
Shaka : « Tu ne discuteras pas avec le chevalier du Scorpion, ton proche ami ? »
« Milo est notre ami à tous. » fit Camus en repartant.
« Aurora déclenchera un cataclysme. » soupira Shaka.
« Le Scorpion et le Serpent sont deux signes brûlant d'intensité. » ajouta le Verseau en disparaissant vers le sortie des appartements privés.
Shaka fixa un point au loin, par-dessus l'épaule du Bélier. Il laissait lentement ces paroles faire leur chemin dans son esprit.
Mu le sortit de son interrogation : « Shaka, je ne suis pas optimiste sur la finalité de ce désagrément. Combien de temps cela va-t-il prendre ? »
« Connaissant Aurora, elle prendra conscience de sa méprise quand son devoir de mère lui incombera moins qu'actuellement et qu'elle ne peut vivre dans le déni plus longtemps. »
Instant de flottement.
« Qu'Athéna nous garde de la tempête à venir. » continua la Vierge, faisant sourire le Bélier.
« Aurora est notre amie aussi. »
Shaka hocha la tête.
Quelques semaines plus tard
« Milo ! Milo ! »
La voix directive du Serpentaire, le ton visiblement très agacée faisait écho dans les colonnes antiques du huitième temple du Zodiaque. Le chevalier du Scorpion qui discutait avec Aiolia, Shura et Camus se tourna vers l'indésirable dont les énergies négatives se ressentaient pleinement. Il la sentent arriver précipitamment. Cette dernière, Enéa dans les bras pleurant à chaude larmes, fonçait vers ses frères d'armes comme si elle avait Cerbère à ses trousses, vêtue de sa tenue d'entraînement et son inséparable glaive en or. Camus soupira discrètement et ferma les yeux, sentant la tension qui animait le treizième chevalier d'or.
Elle balança de brute en point : « Milo ! »
« Pourquoi cette agitation Aurora ? » demande le Scorpion en fronçant les sourcils.
« Je suis désolé de troubler vos instants de camaraderie pendant que je suis le nez dans les couches et les biberons ! » Elle avait dit cela en regardant sévèrement sa petite-fille de cinq mois qui hurlait de plus belle, sentant le cosmo fulminant de sa mère.
Un étrange silence s'étendit sur le groupe.
« Aurora, tu dois te calmer, Enéa ressent ton trouble. » rétorqua Aiolia.
« J'avais pas deviné ? » répondit sèchement Aurora au bord de l'implosion, le Lion se raidit par le ton fulminant de son amie, « Je me lève toutes les quatre heures pour nourrir ce méchant bébé, je m'occupe d'elle à plein temps parce que son père est en mission ! Je dois la promener pour qu'elle cesse d'avoir mal aux dents … Trop c'est trop ! Maman va se vider la tête sinon je la balance du Mont Starhill ! »
Elle mit vivement son bébé dans les bras du cinquième gardien pris au dépourvu qui la coinça dans le creux de son bras. Aurora remarque immédiatement la désapprobation du onzième gardien.
« Si tu deviens père Chevalier du Verseau, je me ferai un plaisir de te rappeler ce jour-là. »
Après plusieurs secondes à rester bouche bée, Camus lui demanda sans aucune subtilité : « Nous savons qu'il est difficile de conjuguer vie de combattante et mère. » consentit le français d'un ton le plus neutre possible.
« Ha oui ? » Aurora sentit ses oreilles siffler, « Je ne suis plus qu'une vache à lait ! » Les chevaliers haussèrent les sourcils, sentant la treizième surmenée : « Jesuis à bout ! Je suis une femme ! Un chevalier ! Je me sens à l'étroit dans mon temple ! Alors je vais de ce pas aller m'entraîner sinon je vais dévaster le chemin des douze maisons ! »
Les chevaliers se concertent du regard. Ils ne mirent pas longtemps à comprendre les tenants et les aboutissants de cette déclaration impromptue. Des polémiques courent au Sanctuaire. Des polémiques sur les nombreuses altercations au sein du couple Aurora/Argol.
« Aurais-tu eu un contentieux avec le chevalier de Persée ? » s'enquit tranquillement Shura en croisant les bras.
Elle le regarda d'un air mauvais : « Ouais ! On s'est engueulé avant son départ. » rétorqua t'elle d'un mouvement vif de la main, « Il m'a pris la tête. »
Aiolia et Milo échangèrent un regard. Camus lui demande alors : « Cela arrive t'il souvent ? »
« Il déteste que je sorte m'aérer à Athènes. » répondit Aurora.
« Nous ignorions que tu sortais du Sanctuaire. » fit Milo avec surprise.
« J'en ai besoin. Argol ne le comprend pas. Il croit que je vais me faire culbuter par un mortel dans une ruelle paumée. » souffla d'exaspération cette dernière, ne captant pas l'échange de regards médusés entre ses frères d'arme consternés, semblant signifier : « Mon Dieu Aurora du Serpentaire... »
« Il n'a pas confiance en moi et je ne le supporte pas. » finit la brune.
Milo : « Tu veux que nous nous occupions d'Enéa ? »
Aurora hocha la tête : « S'il vous plait. Où je vais gagner le Yomotsu dans pas longtemps. »
« Comptes sur nous. » assura Shura.
« Je voudrais qu'elle passe du temps avec le chevalier du Scorpion. » affirma cette dernière, « Elle se sent bien à ton contact Milo. » Elle pris l'enfant au Lion et la posa sans attendre l'avis du huitième gardien dans les bras de ce dernier, « Milo, tu es son parrain, son maître, un second père qui l'épaulera tout au long de sa vie de chevalier, sa vie de femme. Je t'en prie, prends soin de ma petite-fille. »
Elle avait presque implorer le Scorpion. Aurora était épuisée psychologiquement. Milo le sentit et son cœur rata un battement. Camus sentit aussi le désarroi d'Aurora et l'âme de Milo touché par la treizième, au bord de la crise de larmes.
« Vas, je me porte garant d'Enéa. » répondit simplement Milo.
Il avait invoqué un peu de son cosmo afin d'apaiser la petite, qui, instantanément, se calma et regarda de ses yeux clairs son protecteur. Elle avait attrapé une mèche de cheveux du huitième gardien et jouait avec de ses petits doigts. Soulagée, Aurora hocha la tête et avec l'imprévisible compétence dont elle est capable, elle envoya un baiser éclair sur la joue de Milo.
Les chevaliers présents tentèrent de garder contenance face à la spontanéité de la brune qui ne remarqua pas leur embarras.
« Elle t'adore, regarde comme elle te fixe Milo. »
Satisfaite bien qu' émoussée, elle quitta ses amis sans prendre la peine de les saluer et disparue dans l'obscurité de la maison du Scorpion, laissant ses chevaliers bouche-bé et un Milo ahuris. Il n'avait pas échangé cette dernière depuis un moment. Il jeta un œil à ses amis. Lui aussi se sentait coupable de cacher la vérité à Aurora. Dieu sait quelle sera sa réaction lorsqu'elle l'apprendra.
Il fallait qu'ils parlent au Pope et rapidement. Aurora n'est pas encore prête.
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