Remus le regarde en train de dormir. Sa petite poitrine, sur la sienne, se soulève doucement et Remus attend toujours la prochaine respiration avec une impatience plus grande encore que celle qu'il ressentait pour la précédente. Il pourrait rester comme ça, dans cette position, pour toute la vie sûrement.

Teddy ressemble à sa mère. Ils sont des petites choses bien bruyantes. Des sons, des babillements, des gazouillements que Remus apprend à déchiffrer, s'échappent tout le temps de la bouche de son fils. Tonks également, parle tout le temps. Ils prennent aussi tout l'espace autour d'eux, Tonks et Teddy, surtout le sien. Remus a décidé qu'il s'en moquait. Son cœur est élastique : il s'agrandira chaque fois que sa femme et son fils auront besoin de place.

Teddy s'étale sur lui et ils respirent ensemble. Remus a peur de la casser en deux parfois. Sa vie est faite de brèches, de coupures, de cassures, de bouts éparses qu'il a ramassé et recollé, maladroitement. Ça tient. Miraculeusement, ça tient. Mais son fils, lui, il n'aura pas à vivre ça. Remus s'en assurera. Il offrira à Teddy une autre vie. Rien de morose, rien de grisâtre, rien de miteux, rien de misérable.

Remus passe un doigt dans les cheveux de son fils. Ils sont déjà très épais. Ils ont encore de changé de couleur. Ils sont bleus. Hier, ils étaient roux. Demain, ils seront peut-être verts. Remus a vécu très longtemps en monochrome. Il se demande comment il a pu donner vie à un bébé arc-en-ciel, comme Teddy… Ça le fait sourire. Il trouve ça beau. Il s'esclaffe tout doucement, et Teddy sursaute avant de se rendormir paisiblement. Il n'a peut-être pas besoin d'éloigner le gris et le noir, finalement. Teddy apporte assez de couleurs dans sa vie pour eux deux…