Il y a des jours où j'aime mon écriture et d'autres où je déteste (rarement entre les deux, étrangement). Ces temps-ci, c'est plus souvent le deuxième cas... Ceci étant dit, je suis honorée que vous preniez le temps de m'écrire des reviews, que je relis les jours où je doute de moi! Merci merci merci encore et toujours

- Charlie

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CHAPITRE 18

Comme à son habitude, Noctis fut le dernier à se réveiller ce matin-là. Il s'assit lentement, jetant un coup d'oeil endormi au lit de camp vide près du sien, le corps toujours engourdi et le cerveau flottant au centre d'un nuage somnolent. Dans celui-ci, un bref souvenir de Prompto couché sur son torse perça la brume et il se dépêcha d'enfouir l'image dans un coin lointain de son esprit, décidant du même coup qu'il valait mieux oublier à tout jamais ce qui s'était déroulé pendant la nuit.

Glissant une main dans ses cheveux farouches, il sortit de la tente, frissonnant légèrement en constatant que l'air s'était rafraîchi depuis la veille. Il retrouva ses compagnons assis autour d'un feu de camp, tasses de café à la main, en train de discuter à voix basse avec plusieurs Glaives. Prompto l'aperçut et lui fit un salut de la main accompagné d'un sourire si naturels que Noctis fut convaincu que le blond n'avait aucune idée de ses mouvements nocturnes. C'était mieux ainsi.

Dès qu'il s'approcha, un soldat se leva précipitamment pour lui céder son siège, mais Noctis lui indiqua d'un signe de la main de se rasseoir et il opta plutôt pour s'accroupir directement au sol, les jambes en tailleur.

– Café, Noct?, lui demanda Ignis.

– Oh putain, ouais…

Il se frotta le visage de ses deux mains, le sommeil s'accrochant désespérément à lui. Il n'avait jamais été un lève-tôt, mais c'était encore plus pénible depuis que le soleil restait obstinément couché. D'ailleurs, il devina que l'heure devait être particulièrement matinale, car aucun citoyen ne semblait réveillé.

Il attrapa la tasse tendue par Ignis et en but une longue gorgée. Le liquide était tiède, dilué et amer, mais il s'en contenta.

– Quelle heure est-il?, demanda-t-il d'une voix rauque.

– Cinq heures et demie, répondit son conseiller.

La nuit avait été courte. Et la journée s'annonçait très longue. Il renversa la tête et regarda le ciel noir. Il ne pouvait pas imaginer que dans moins de quatre-vingt-dix minutes, il verrait enfin celui-ci devenir bleu.

Il se tourna vers Ignis lorsque celui-ci lui offrit une gigantesque assiette d'oeufs brouillés, de pommes chaudes, de pain et de fromage.

– Tu auras besoin d'énergie, expliqua-t-il.

Noctis lui fit un sourire reconnaissant, attrapa le plat et mangea silencieusement tout en écoutant d'une oreille attentive les Glaives qui discutaient à voix basse de la journée à venir.

Il sentit ses tripes s'enrouler étrangement, mais il savait que ça n'avait aucun lien avec la nourriture qu'il était en train d'avaler. Il avait le trac. Il ne se faisait pas à l'idée qu'il allait mener tout un bataillon de Glaives en bataille contre le Niflheim et contre Ardyn dans sa propre cité, alors qu'il n'y avait à peine quelques semaines, le plus gros défi de son ancienne vie se déroulait sur sa Play.

Les rires clairs de Gladio et Prompto résonnent au-dessus du murmure et Noctis tourna la tête vers eux. Le blond avait frappé de son poing l'épaule de Gladio, mais celui-ci n'avait pas bougé d'un millimètre. Ignis leur mentionna d'un sourire un coin quelque chose que Noctis ne saisit pas tout à fait, mais les trois hommes éclatèrent de rire.

Ça faisait du bien de les voir ainsi, leurs visages bercés par la lueur dorée du feu de camp, réunis comme les frères qu'ils étaient. Ils avaient vécu tant d'aventures ensemble qu'ils étaient devenus une famille soudée.

Et en même temps, c'était terrifiant.

Il ne put s'empêcher de se demander tragiquement si, à la fin de la bataille, ils seraient encore là tous les trois pour rire ensemble. Ou si la mort en attraperait un de ses longs doigts squelettiques pour l'amener loin de lui.

Ou pire, les trois.

Un bloc de ciment tomba dans le fond de son estomac et il se pencha de nouveau vers son assiette. Les oeufs lui semblèrent soudainement dégoûtants, tant il avait maintenant la nausée. Il enfonça tout de même une nouvelle bouchée dans sa bouche, conscient qu'il aurait besoin de la plus grande quantité de calories possible pour traverser les prochaines heures.

Il mangea mécaniquement, forçant la nourriture dans sa gorge, tentant d'ignorer les voix autour de lui et encore plus celles qui résonnaient dans sa tête, jusqu'à ce que sa fourchette racle le fond du plat. Il avait l'intérieur de la bouche pâteuse et eut l'impression qu'il allait vomir.

Il fut reconnaissant quand une voix le tira hors de ses pensées.

– Votre altesse…

Il releva la tête vers Cor. Celui-ci était, sans surprise, penché vers l'avant dans la position du salut royal officiel.

Le jeune roi se secoua la tête pour chasser son malaise et utiliser un ton moqueur, qui, à sa surprise, sonna complètement naturel :

– T'as des problèmes de digestion, Cor? Pourquoi t'es penché comme ça?

Le commandant se releva en échappant un rire.

– Vous n'êtes pas exactement friand du protocole, si je comprends bien?

– J'en ai plein le cul du protocole, Cor. Laisse tomber le vouvoiement et le «votre altesse» avant que je te fous mon pied au derrière.

Pendant une seconde, Cor resta sérieux et Noctis se demanda s'il avait exagéré. Mais les soldats éclatèrent de rire et Cor finit par craquer à son tour.

– Putain, il n'a pas froid aux yeux, bordel, lui fit remarquer un soldat.

– C'est bien le seul type qui peut se permettre de parler comme ça à Cor l'Immortel, ajouta un autre, hilare.

– D'accord, ça suffit, fit Cor en levant la main. Votre alte... Noctis. J'ai quelque chose pour vous quatre. Suivez-moi.

Les quatre hommes s'échangèrent un bref regard avant de se lever pour suivre Cor vers la tente du commandant.

– Nous avons dû fuir Insomnia très rapidement, commença Cor, marchant devant eux d'une démarche détendue, mais nous avons tout de même eu le temps de ramasser quelques petites choses avant le départ.

Il souleva la toile servant de porte et la retint pour laisser entrer ses invités. Les quatre hommes passèrent devant lui pour pénétrer dans la tente. Celle-ci était vide, mais une lampe à batteries suspendue à la charpente métallique était restée allumée, sifflant de son bourdonnement aigu et monotone.

– Voilà, c'est ici, fit le commandant en marchant vers le fond de la pièce.

Il se pencha au-dessus d'un tas de sacs pêle-mêle et en retourna quelques-uns pour les identifier. Il finit par mettre la main sur un sac de poubelle qu'il ramena sur la table.

– Je sais que ce n'est pas un emballage très élégant pour un chargement si précieux, mais, comme je vous l'expliquais, nous avons dû quitter très rapidement…

Lorsqu'il déchira enfin le plastique et en libéra son contenu, Noctis ne put s'empêcher de sourire.

Il s'agissait de son uniforme royal. C'était une tunique noire, encadrée par des chaînes dorées, aux épaules rigides conçues pour le combat. Noctis l'attrapa pour la regarder de plus près.

Il ressentit une étrange émotion en laissant glisser l'uniforme entre ses doigts, le tissu lui semblant familier comme un vieil ami.

– Vous avez vraiment pris le temps d'emporter ce truc?, demanda Noctis sans quitter l'habit des yeux.

– Nous savions que le roi reviendrait.

Noctis leva les yeux vers Cor. Celui-ci le fixait intensément. Pendant une seconde, le jeune roi eut envie de répondre :

Mais après combien de temps allait-il revenir?

Mais il n'eut pas l'occasion de dire quoi que ce soit, car il fut interrompu par Gladio :

– Vous avez aussi nos uniformes de gardes?!, s'exclama joyeusement celui-ci en attrapant l'habit qui était à moitié exposé hors du plastique.

Cor détacha enfin son regard de Noctis.

– Oui, tout y est.

– Putain, ça c'est foutrement génial!, s'exclama le bouclier en extirpant les trois habits du sac.

Il les distribua à Ignis et Prompto.

– L'empire va pleurer en nous voyant arriver avec ça sur le dos!

– En fait, je crois que ça ne leur fera ni chaud ni froid, fit Ignis en soulevant un sourcil.

– Nah, je veux qu'ils soient bien conscients qu'ils se font péter la gueule par des Lucisiens!

Même Cor s'esclaffa.

– Je suis le type le plus recherché du pays, fit Noctis, un sourire en coin. Je crois qu'ils me reconnaîtront même dans un costume de chocobo.

– Au moins, un costume de chocobo ferait un bel effet de surprise..., fit Gladio.

– L'empire serait effectivement très surpris d'être attaqué par un type en habit à plumes jaunes fluorescents…, répondit Ignis, un doigt sur le menton et le regard au loin, comme s'il s'agissait d'une réelle option.

Noctis rit une nouvelle fois, puis se retourna vers Cor. Lorsqu'il parla, ce fut avec une fierté solennelle :

– Merci, Cor. Ce sera un honneur de me battre en uniforme.

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La patience était une vertu que Noctis Lucis Caelum n'avait jamais connue. Il était déjà au point de rencontre, près du feu au centre du camp, à attendre que ses soldats se rassemblent pour le grand moment. S'il n'était pas en train de tirer nerveusement sur les chaînes dorées ornant son habit royal, il tournait en rond, incapable de s'arrêter de faire les cent pas, comme un lion en cage.

– Il est quelle heure?, demanda-t-il à Ignis.

Ce dernier soupira.

– Il est trente secondes de plus que la dernière fois que tu m'as posé la question, Noct.

– Donc? Il est quelle heure?, répéta-t-il d'un ton irrité.

– Noct, le temps ne passera pas plus vite si–

– PUTAIN IGGY! Quelle heure est-il, bordel?!

Ignis le regarda une seconde, impassible. Puis, d'un geste affreusement lent, il leva son poignet et regarda sa montre.

– Il est six heures et cinq minutes.

Noctis hocha la tête. Il se sentait un peu coupable d'être aussi explosif, mais l'attente était absolument insupportable. Ils s'étaient entendus pour se rassembler à six heures trente près du feu qui prônait au centre du camp, permettant aux soldats de prendre un moment pour eux avant la grande bataille. Noctis savait que tous utiliseraient ce temps pour passer leurs dernières minutes avec leurs familles. Certains feront leurs adieux, au cas où ils ne reviendraient pas. D'autres auraient certainement peur qu'un au revoir trop hâtif soit de mauvais augure et ils préféreront garder le silence. Mais tous diront leurs « je t'aime ». Juste pour être certains.

Noctis ne leur enlèverait jamais ce moment si précieux, mais la vérité était que l'attente était une torture épouvantable. Il était si nerveux qu'il se sentait l'estomac au bord des lèvres, un goût de bile amère et désagréable lui emplissant la bouche.

Il mourrait d'envie de demander l'heure à nouveau, mais il savait qu'à peine quelques minutes s'étaient écoulées depuis qu'il avait posé la question.

– Qu'est-ce que fout Prom?, demanda soudainement Gladio.

– Je ne sais pas, répondit Ignis. Il a seulement dit qu'il reviendrait rapidement.

Noctis se tourna vers eux. Il avait eu peu d'occasions de voir ses amis porter l'uniforme lucisien, mais il devait avouer qu'ils le portaient bien. Il se rappela la première fois qu'ils l'avaient enfilé, à la cérémonie soulignant leur entrée chez les gardes royaux. Ils avaient à peine 18 et 19 ans, mais Gladio était déjà massif comme un buffle et Ignis avait l'air d'avoir au moins cinq ans en plus. Noctis avait assisté à l'événement à la droite du roi Regis – la place désignée du prince – contenant à peine son excitation et ornant un sourire béant probablement ridicule par sa taille.

Il s'était bien sûr assuré, à l'opposé, de bien rire de leurs gueules toute la soirée qui avait suivie, prétendant qu'ils avaient eu l'air de deux imbéciles ayant volé les habits de leurs parents, parce que se moquer était plus ou moins la seule façon qu'ils avaient de communiquer entre eux. Ils avaient même fêté l'événement en s'enfilant des bières et des shooters de tequila jusqu'aux petites heures du matin – Noctis avait eu droit, en théorie, qu'à un seul verre parce qu'il était mineur et qu'Ignis était la pire des mères poule – mais le prince avait triché en sirotant directement de la bouteille à chaque fois que son conseiller – dont la vigilance descendait à mesure que son taux d'alcoolémie augmentait – avait le dos tourné, le tout sous le regard d'un Gladio hilare qui l'encourageait éhontément.

Et c'était vers cinq heures du matin, alors qu'ils étaient étendus sur le toit de l'un des bâtiments longeant le palais, observant le ciel qui devenait orangé et la ville qui s'éveillait tranquillement, que Noctis, à moitié endormi et la langue déliée par le liquide alcoolisé, leur avait avoué qu'en vérité, il était fier d'eux. Fier que ses amis d'enfance ait réussi le difficile entraînement les menant à devenir des gardes royaux et honoré qu'ils aient juré de protéger le roi et son fils.

Et si les minutes suivantes n'étaient plus que des souvenirs flous et délavés, Noctis se rappelait quand même qu'ils comportaient plusieurs accolades boiteuses et d'étranges déclarations d'amour fraternel, bredouillées par des mecs beaucoup trop soûls pour formuler la moindre phrase cohérente.

Putain. S'il avait su, à l'époque, jusqu'où ce satané serment les auraient menés, Noctis leur aurait interdit de s'enrôler. Cette promesse avait été une lourde condamnation qui les avaient forcés à risquer leur vie, à la mettre sur la fragile ligne entre le présent et l'absence, comme si elle n'était qu'un bien sans importance à côté de la sécurité du prince et du roi.

Ce serment les avaient forcés à se battre sans arrêt et supporter des blessures douloureuses en les traînant pendant des jours, des semaines, sans le moindre répit. À se lever tous les matins, courbaturés par le tapis inconfortable de la tente, sans savoir si toute une armée impériale les attendaient de l'autre côté de la toile pour les achever. À poser des actions qui étaient sans égard à leur propre vie, pour le bien-être de Noctis.

Et, dans moins d'une heure, ils allaient recommencer une fois de plus. Ils se préparaient à parier leur existence entière sur une stratégie militaire qui avait été planifiée en quatre-vingt-dix-minutes à peine, par un roi qui avait soudainement décidé d'opter pour une offensive de face plutôt qu'une infiltration secrète.

Pour la millième fois en quelques heures, Noctis se demanda s'il avait pris la bonne décision.

Il ne pouvait plus détacher son regard des deux hommes alors qu'ils discutaient calmement entre eux, inconscients du conflit interne que leur camarade subissait. Ils étaient plus que de simples amis d'enfance. Plus que des gardes royaux. Plus qu'un bouclier ou qu'un conseiller. Ils étaient ses frères.

Bon sang.

Lequel d'entre eux ne survivrait pas à la bataille?

Lequel devra-t-il enterrer?

Soudainement, Noctis fut incapable de respirer. Son coeur avait enflé à une vitesse alarmante et s'était enfoncé dans le fond de sa gorge. Un sentiment de panique le noya tout entier et il ne put plus rester en place. Il ressentit le besoin pressant de fuir, incapable de regarder ses amis qu'il emmenait peut être à leur mort.

Putain, fuck, putain.

– Je dois y aller, lança-t-il précipitamment.

Il tourna sur lui-même et marcha droit devant lui, se retenant pour ne pas courir à toutes jambes.

– Pendant que tu y es, peux-tu tenter de retrouver Prom?, demanda Gladio, ignorant l'urgence dans la voix de son camarade. Il est peut-être dans la tente du commandant...

Noctis fit volte-face sans réfléchir et se dirigea vers la grande tente, impatient de fuir. Ses pensées étaient à la fois figées et affolées dans son crâne, son coeur battant dans celui-ci si fort qu'il sembla noyer tout autre bruit autour de lui.

Il atteignit sa destination en moins d'une minute à peine. Il souleva la toile servant de porte et entra précipitamment, puis il figea, le souffle coupé, lorsqu'il vit Prompto seul au centre de la pièce.

Le tireur portait, lui aussi, l'uniforme de garde royal et il était absolument magnifique. La lampe à batteries qui était suspendue au-dessus de sa tête l'éclairait de façon splendide, ses cheveux dorés brillants comme une flamme et ses taches de rousseurs illuminées sur sa peau claire.

Pendant une seconde, l'esprit de Noctis se vida de toute angoisse, obnubilé par l'image devant lui. Puis, il prit conscience que Prompto était en train de déboutonner la veste de son uniforme et il fronça les sourcils.

– Qu'est-ce que tu fous?, lui demanda Noctis.

– Je l'enlève, répondit le tireur sans prendre le temps de le regarder.

– Mais pourquoi?

– J'ai changé d'avis, je ne me battrai pas en uniforme.

– Quoi?!

Le jeune roi resta immobile, ébahi, en voyant le blond retirer sa veste et la lancer négligemment sur la table.

– T'inquiète, fit le tireur d'une voix sobre en levant les mains pour s'attaquer au collet de son gilet. Je me battrai à tes côtés, comme je l'ai promis. Mais je ne peux pas le faire dans cet habit.

Noctis n'en crut pas ses oreilles. Il sortit d'un coup de sa paralysie pour traverser la pièce en trois grandes enjambées et agripper les mains de son garde avant que celui-ci ne puisse entreprendre le moindre mouvement. Le blond se figea, immobile sous la poigne solide du jeune roi, et fixa ce dernier de grands yeux ronds.

– Bordel Prom, c'est quoi ces conneries?!, s'exclama Noctis. Tu ne peux pas l'enlever!

Prompto fronça les sourcils et retira ses mains précipitamment. Puis, il repoussa Noctis d'un coup sec au sternum qui le fit reculer d'un pas.

– J'ai dit que je serai de la bataille!, lança-t-il. Il est où, le problème?!

– Le problème c'est que tu fais n'importe quoi! Pourquoi tu enlèves ton habit, putain?!

– Parce que je ne le mérite pas.

Il eut un silence abasourdi et Noctis le dévisagea pendant quelques secondes.

– Tu ne le mérites pas?, répéta-t-il, perplexe.

– Non, répondit le tireur en baissant la tête.

Ses mains retournèrent vers son collet, mais Noctis l'arrêta en les attrapant de nouveau. Prompto les retira d'un geste brusque, reculant d'un pas comme s'il avait été brûlé.

– Arrête, Noct!, ragea-t-il.

– Non, merde! C'est quoi ce bordel! Pourquoi dis-tu des conneries pareilles?!

Le regard du blond devint explosif, vibrant d'une colère noire, et le ton entre les deux hommes monta d'une traite.

– Tu sais très bien pourquoi je ne peux pas le porter, BORDEL!, hurla le blond.

– NON, JE NE SAIS PAS! ÉCLAIRE-MOI MERDE!

Le tireur releva alors son avant-bras droit d'un geste brusque, son poignet à quelques centimètres du visage du jeune roi.

– VOILÀ POURQUOI!, cria-t-il.

Voilà pourquoi. Le fameux code-barre qui marquait le poignet de Prompto.

Noctis le vit clairement pour la première fois et son sang se glaça instantanément dans ses veines. Il observa, interdit, les lignes droites et précises qui s'alignaient les unes aux côtés des autres et le code numérique aux caractères nets qui apparaissait en dessous.

Le clone numéro 05953234. La poitrine de Noctis se serra, se rappelant douloureusement que Prompto était le résultat d'une expérience niflhe, un être conçu en laboratoire en plein centre du territoire ennemi.

Il recula de quelques pas.

– Je… J'en ai rien à foutre de ce tatouage, marmonna-t-il. Tu restes un Lucisien.

– Non, je suis un putain de Nif!, répondit Prompto, une certaine panique dans la voix. Je suis un rat de labo, un clone fabriqué par l'empire! Je ne peux pas…

Sa voix se brisa et il se tut une seconde, faisant un geste vague vers la veste déposée sur la table.

– Un… Un Nif ne peut pas porter un uniforme lucisien, reprit-il d'un ton tremblant. Ce serait… un déshonneur.

– Ce sont des conneries, ça, Prom. Tu le sais très bien. Il n'y a pas un garde ou un Glaive qui mérite plus que toi que de porter ce vêtement.

Prompto échappa une brève expiration, entre rire et sarcasme, et leva les yeux au ciel.

– Je suis sérieux, insista Noctis. Tu as protégé le roi du Lucis jusqu'au bout. Tu as failli mourir pour lui. Tu es allé jusqu'à Gralea pour le soutenir, même s'il…

Il s'arrêta. Prompto posa sur lui un regard indéchiffrable.

– ... même s'il… s'il a été un vrai connard, termina-t-il en détournant les yeux.

Prompto abaissa la tête, se mordant les lèvres. L'air sous la tente était devenu lourd et le silence, tendu. Noctis ajouta, d'une voix réduite à un murmure :

– Tu…. Tu m'as sauvé la vie, Prom. Putain… Et tu crois que le garde qui a sauvé le roi du Lucis ne mériterait pas l'uniforme?

Les yeux de Prompto se fixèrent sur un point invisible sur le mur à sa droite, évitant ceux de Noctis. Puis, après quelques secondes, le tireur parla enfin de nouveau.

– Peu importe ce que je fais ou j'ai fait… je reste ce que je suis.

– Tu es mon meilleur ami–

– Non. Je reste un Nif.

– Prom–

– NOUS NE SOMMES PLUS AMIS NOCT, T'AS OUBLIÉ?!, cria soudainement le blond, tournant la tête vers lui pour lui lancer un regard bouillant.

Noctis resta muet, interdit.

– Tu l'as dit toi-même, bordel!, continua le tireur. On ne peut pas être amis! Toi, tu es le roi du Lucis et moi, je ne suis qu'un sale Nif! Ce sont tes paroles exactes!

– Je... Je t'ai déjà dit que je ne pensais pas ces mots!

– C'est de la foutaise!

– Si tu me laisserais t'expliquer, bordel de merde, tu comprendrais!

– Alors, explique-moi! Vas-y! J'ai bien hâte d'entendre ta putain de raison!

Noctis ouvrit la bouche, mais il s'arrêta avant que la moindre parole ne soit prononcée. Malgré les milliers de mots qui tournaient obsessivement dans son esprit, le regard de Prompto, coupant comme un poignard, était rivé sur le sien et l'empêchait de formuler une phrase cohérente.

– Je n'ai pas eu le choix…, marmonna-t-il finalement.

Prompto leva les yeux au ciel. Il rageait toujours.

– Attends!, reprit immédiatement Noctis. Je… Je n'avais pas le choix, parce que l'empire voulait s'en prendre à toi. Je voulais te protéger. T'éloigner de Gralea le plus possible…

– L'empire voulait s'en prendre à moi, répéta Prompto sur un ton qui indiquait clairement qu'il ne le croyait pas.

– C'est vrai, ok?! Tu étais leur cible!

– Ce sont des conneries, ça.

– Pourquoi ce serait des conneries?!

– La cible de l'empire était le putain de roi du Lucis, Noct. Ou peut-être bien – oui peut-être bien – qu'ils auraient tenté de mettre la main sur un Scientia ou un Amicitia... Mais un pauvre bâtard comme Prompto Argentum?

– Tu n'es pas–

– J'en ai plein le cul de tes histoires!

– Ce ne sont pas des histoires, merde! Puisque je te dis que c'est toi qu'ils visaient! Ils voulaient s'en prendre à toi parce qu'ils savaient que ça m'affecterait!

Prompto échappa un soupir colérique en levant les bras de frustration.

– Tu sais ce qui me fait le plus chier dans tout ça?! C'est que tu es incapable de me dire la vérité!

– Je te dis la vérité, merde, mais tu ne la crois pas!

– Alors la vérité, c'est que l'empire a décidé de me cibler sans raison, c'est ça?!

Noctis se tut.

– L'empire aurait décidé de cibler le petit Prompto, continua le blond, parce qu'il avait pigé son nom au hasard dans un grand chapeau magique?!

Noctis se pinça les lèvres, le regard perçant de Prompto l'irradiant comme une brûlure. Sa gorge se compressa affreusement et ses poumons se contractèrent comme si deux tonnes de béton les avaient remplis d'un coup.

Prompto avait raison, Noctis lui cachait la vérité.

Cette foutue vérité, que même Noctis n'acceptait pas.

Putain, pourquoi était-ce si difficile? Pourquoi la vérité semblait être une trahison plus grande que l'affreux mensonge que Noctis lui avait craché au visage, cette nuit là, à la ferme?

Tellement de choses le terrifiaient. Dans quelques minutes, il allait livrer bataille contre une armée plus nombreuse que la sienne, dans un effort désespéré pour reprendre une ville démolie. Il devrait affronter Ardyn et se battre contre ses hommes surentraînés qui avaient déjà manqué de le tuer une fois. La moindre erreur pourrait coûter la vie de ses amis, de ses soldats et condamnerait son peuple à vivre sous des tentes précaires indéfiniment.

Et pourtant, cette peur qu'il ressentait face à toutes ces tâches était tellement moins grande que cette d'avouer son amour pour Prompto.

Il savait qu'il ne devait pas en être ainsi. Mais il n'arrivait pas à contrôler ce qui se passait dans son coeur, dans ses tripes et dans sa poitrine, même si sa tête savait que c'était illogique.

Il y avait des moments, comme celui-ci, où Noctis se détestait.

Et à voir le regard que Prompto lui lançait à ce moment, vibrant de colère, il était possible que celui-ci le détestait tout autant. Il pouvait facilement le comprendre. Dans quelques minutes, Prompto allait, encore une fois, risquer sa vie pour son ami. Et en échange, ce dernier ne daignait même pas de lui offrir la simple vérité.

Putain, Noctis était vraiment un pauvre con.

Prompto claqua de la langue et le jeune roi se retrouva soudainement tiré de ses pensées et de retour sous le regard méprisant du blond. Il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.

– D'accord, j'ai compris, déclara Prompto, impatient, en faisant un geste frustré de la main. Laisse tomber, j'en ai plus rien à foutre de ce que tu penses de moi ou de tes raisons. Peut-être que tu ne voulais pas d'un Nif à tes côtés. Ou peut-être que tu as cru que je n'avais pas ce qu'il fallait pour survivre à la mission de Gralea. Ou peut-être… je ne sais pas.

Aux oreilles du jeune roi, ces mots semblèrent peser une tonne et chacun d'entre eux tomba dans sa poitrine comme des briques. Sa gorge devint si compressée par le noeud qui la coinçait qu'il ne réussit qu'à émettre un horrible son étranglé. Prompto ne le regarda pas lorsqu'il continua :

– Peu importe, je me battrai pour le Lucis. Mais hors de question que je le fasse dans cet habit.

Il attrapa le collet de son gilet et l'ouvrit d'un mouvement sec, la fermeture éclair glissant bruyamment dans le silence de la tente. Noctis abaissa la tête, le son provoquant un frisson incontrôlable le long de sa colonne vertébrale, comme si sa propre chaire s'était ouverte de haut en bas de la même façon que l'uniforme lucisien.

Noctis était vraiment un pauvre con.

Il lui sembla que peu importe ce qu'il faisait, il finissait toujours par dire la mauvaise chose et envenimer de nouveau sa relation avec Prompto. Combien de fois dans les dernières semaines les deux hommes s'étaient engueulés? Le souvenir pénible de leur querelle concernant Cindy lui revint en mémoire et il se rappela les promesses qu'il s'était fait, alors qu'il était étendu seul sous le ciel étoilé du désert.

Il s'était promis deux choses. D'abord, qu'il serait un ami fidèle pour Prompto. Et ensuite, qu'il tairait son secret jusqu'à la fin de sa vie.

Ce fut à ce moment précis, lorsque Prompto lança son gilet sur la table d'un geste colérique, convaincu erronément qu'il ne méritait pas un uniforme qui était pourtant le sien, que Noctis comprit qu'il était impossible de respecter ces deux résolutions à la fois. Qu'elles étaient en contradiction complète l'une avec l'autre, car il ne pouvait pas être un véritable ami en continuant de cacher ses sentiments à Prompto.

Noctis était vraiment un pauvre con, mais il pouvait faire mieux.

Et malgré l'insécurité qui s'affolait dans ses nerfs, qui le dévorait comme des centaines de termites rongeant le bois sous l'écorce de sa peau, il prit une décision.

Il inspira profondément. Puis, il parla :

– L'empire te ciblait…

Mais les mots se coincèrent à l'entrée de sa trachée, devenue trop étroite, et il tomba dans un silence paralysé qui dura plusieurs secondes.

– Quoi, fit Prompto sèchement.

Noctis se racla la gorge. Il avait envie de se taire, de ravaler ses paroles et de tout laisser tomber, mais il continua. Cette fois-ci, il ne reculerait pas comme il l'avait fait dans la voiture à Gralea.

Il répéta plus fortement :

– L'empire te ciblait, parce que Ardyn...

Un autre silence, lourd et suffoquant, emplit la tente, puis ses oreilles, ses poumons et son crâne. Cette fois-ci, Prompto attendit la suite silencieusement. Noctis ne le regardait pas, incapable de faire face à ces yeux perçants qu'il sentait fixés sur lui.

Il soupira, et enfin:

– ...parce que Ardyn a découvert que j'étais… amoureux de toi.

Et si le silence précédent était lourd, celui qui suivit fut absolument insupportable.

Pendant une seconde, une minute, il lui sembla que la terre s'était arrêtée de tourner. Le vent cessa de s'abattre sur les rabats de la tente; l'air devint une masse lourde et immobile; la lampe tut son bourdonnement monotone. Pendant un temps, le monde arrêta de fonctionner.

Et les larmes montèrent, montèrent, putain, si vite, que Noctis n'arriva plus à respirer. Le reste de ses mots sortit abruptement dans un difficile flot étranglé :

– Putain, je suis tellement désolé Prom, merde!

Il écrasa les deux paumes sur ses yeux tentant d'arrêter l'eau qui menaçait de s'y écouler à tout moment, décidé à ne pas pleurer. Son torse était si écrasé que son coeur forçait contre ses côtes et, les yeux toujours écrasés sous ses mains, il parla rapidement, incapable de s'arrêter, malgré l'air dans ses poumons qui avait du mal à se faufiler jusqu'à sa bouche :

– Je ne voulais pas, putain, je ne voulais pas que ça se produise, mais merde, je suis tombé amoureux de toi et je ne pouvais rien contrôler! J'ai essayé, putain de merde que j'ai essayé, de ne pas ressentir ça, de bloquer tout ça, mais je n'ai pas réussi. Je suis tellement amoureux de toi bordel que je n'arrive plus à prendre des décisions logiques, je suis tellement obsédé par l'idée de te protéger à tout prix que je fais des conneries comme te traiter de sale Nif simplement pour que tu refuses d'aller à Gralea! Parce que Ardyn t'y attendait, j'étais certain qu'il t'y attendrait, il voulait s'en prendre à toi pour me perturber, et putain que ça fonctionnait, putain que ça fonctionnait bordel, parce que je t'aime tellement, merde!

Il s'arrêta, à bout de souffle. Ses mains retombèrent mollement le long de son corps.

Voilà. La vérité était sortie, brute et honnête. Elle avait enfin quitté sa poitrine, où elle s'était engloutie tout entière, où elle s'était logée pour enfler un peu plus chaque jour et elle avait enfin prit son envol hors de lui, le libérant de cette masse qu'il croyait coincée là à tout jamais.

Et pourtant, il ne se sentait pas mieux.

Prompto était toujours muet, figé dans un silence ébahi, mais Noctis comprenait. Il n'attendait pas de réponse de toute façon.

Il renversa la tête vers l'arrière, reniflant bruyamment, et regarda une seconde les coutures de la toile au-dessus de sa tête. Il prit un moment pour retrouver un semblant de contrôle sur ses nerfs, mais ce fut d'une voix toujours tremblante qu'il continua :

– Écoute. Je sais que tout ça est... inattendu. J'aurais probablement dû te le dire il y a longtemps, mais j'en étais incapable.

Il abaissa la tête pour porter son regard sur le sol. Une autre profonde inspiration. Une longue expiration. Sa voix devint enfin plus stable, mais elle resta basse, lorsqu'il continua, sobrement :

– Je suis désolé, vraiment. J'étais honnête quand j'ai dit que tes origines ne changeaient quoi que ce soit. Je m'excuse de t'avoir laissé croire le contraire. Je m'excuse pour tout ça, Prom. Et pour t'avoir caché ce que… ce que je ressentais. Je te promets que je n'attends rien de toi et je suis conscient que ce n'est pas réciproque…

Il entendit sa voix craquer de nouveau et il prit un nouvel arrêt pour reprendre son souffle. Devant lui, Prompto était toujours silencieux, sous le choc. Il eut envie de regarder son visage, mais il n'était pas prêt à assumer ce qu'il y lirait et il était certain que s'il levait les yeux vers lui, il serait incapable de continuer.

Et il lui restait tant de choses à dire.

– Je comprendrais parfaitement si tu… si tu veux quitter maintenant, continua-t-il. Je sais que je n'ai pas été honnête avec toi et que je t'ai causé énormément de tort. Tu n'as pas à te sentir obligé de te battre pour un roi qui t'a caché la vérité. Rien ne t'oblige à participer aux combats d'aujourd'hui. Et tu as raison : tu as le droit de décider si tu veux porter l'uniforme lucisien, même si je crois toujours que tu le mérites plus que tout au monde.

Il releva brièvement la tête vers le plafond une dernière fois pour prendre une grande inspiration, puis il se retourna et marcha vers la porte, où s'arrêta, la main sur la toile. Derrière lui, Prompto échappa un son comme s'il allait dire quelque chose, mais Noctis lui n'en laissa pas l'occasion :

– Je t'attendrai au point de rassemblement jusqu'à six heures trente, comme prévu, fit-il d'une voix calme. Peu importe ta décision, je l'accepterai. Si tu es là, je serai honoré que tu te joignes à la bataille. Si tu n'es pas là, je comprendrai aussi. Tu resteras toujours mon meilleur ami, quoi que soit ton choix. Ta présence ou ton absence aux combats d'aujourd'hui ne changera jamais ce que je ressens pour toi...

Il déglutit difficilement.

–...parce que je t'aime, Prom.

Et il sortit sans regarder derrière lui.

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VOILÀ! Il aura fallu un peu de temps (l'équivalent de 126'000 PUTAIN DE MOTS pour être plus précise...) pour que Noctis daigne ENFIN avouer son amour à Prompto. J'avais hâte d'écrire cette scène et elle a été (sans surprise) un vrai défi! Je suis prête à parier que ce n'était pas exactement le scénario que vous aviez imaginé, mais mon cerveau, bah il est comme ça...

Maintenant, quelle sera la suite...? ;)

Comme je le disais plus haut (et à chaque chapitre), merci de me lire, merci de m'écrire, je vous aime!

Charlie xxx