t'es comme une étincelle et moi le bâton de dynamite. tout à changer, le jour où on a laissé tout ça exploser. on ne devrait pas jouer avec le feu, mais seigneur que t'es le meilleur des interdits.

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1998

Charlie transplana dans la maisonnette, qui servait d'office à l'infirmerie, en grimaçant.

Dans un réflexe, l'une de ses mains, vint recouvrir la longue plaie qui couvrait sur toute la longueur son bras. Nouvelle grimace. La manche de sa chemise avait été arrachée sous la force de la blessure qui était plutôt profonde.

Il était épuisé. Physiquement et mentalement.

Tous les dragonniers avaient reçu une alerte, en plein milieu de la nuit. C'était plutôt monnaie courante que ceux qui sont de garde soient dérangés : il ne fallait pas avoir une routine de sommeil facile, quand on pratiquait un tel métier. Par contre, il était plutôt rare qu'ils devaient tous intervenir.

Sygmir, un Magyar à Pointes, avait eu la mauvaise idée de vouloir attaquer Eitry, une femelle Vert gallois, en pleine gestation. Dans la fureur de la dragonne, un éboulement avait atterri dans l'enclos des dragonneaux. Et, évidemment, tous les autres dragons étaient devenus fébriles par l'action qui se menait.

Les dragonniers avaient réagi rapidement : Liam, Axel, Malik et lui s'étaient occupés de calmer le combat entre les deux créatures magiques, pendant que les autres s'étaient chargés d'apaiser les dragons anxieux et vérifié qu'aucun dragonneau n'avait été blessé par l'éboulement. Quand Eitry avait retrouvé son calme, Charlie s'était occupé de faire un bref examen de contrôle physique afin d'être certain qu'elle n'avait récolté aucune blessure et que sa gestation allait toujours bien. Quand il avait vérifié son ventre, la dragonne avait fait un mouvement de la patte pour se défendre, et l'avait blessé au bras. Il avait dû utiliser tout son sang-froid pour ne pas rechigner ou faire de mouvement brusque pour ne pas alerter la dragonne, déjà anxieuse, ce qui était émotionnellement plutôt complexe. La mâchoire serrée, alors qu'il perdait quand même du sang, Charlie avait terminé son inspection et avait pu transplaner, quand il avait été certain que la dragonne n'avait aucune blessure.

Hermione, qui s'affairait dans l'infirmerie afin d'aider à soigner les dragonniers, passait d'un à l'autre en amenant une bande de tissu pour panser une plaie, une potion pour cicatriser une lésion ou une bouteille de whisky pur feu afin d'essayer d'anesthésier la douleur ou nettoyer la blessures. Vu le peu de matériel de soins que disposait l'infirmerie de la Réserve, la jeune femme avait dû user de son imagination et elle s'était rapidement retrouvée essoufflée.

Sans aucun étonnement, l'alarme avait, également, réveillé Hermione. Quand elle avait vu le jeune homme s'habiller prestement – et se cogner dans pratiquement tous les meubles de la chambre – elle l'avait, aussitôt, imitée. Avant qu'il ouvre la bouche, elle lui avait coupé l'herbe sous les pieds en lui précisant qu'il manquerait vraiment d'intelligence, s'il pensait qu'elle retournerait se coucher sagement. Il n'avait pas eu la force – et le temps – d'argumenter. Et, il lui avait fait promettre de rester à l'infirmerie, lui disant que ce serait la meilleure façon de les aider, s'il arrivait quelque chose. Charlie s'en félicita devant l'efficacité de la jeune femme, alors qu'une trentaine de secondes plus tôt, il avait surtout espéré qu'elle n'avait pas eu l'idée stupide de ne pas l'écouter.

Dès qu'elle le vit apparaître, Hermione lâcha pratiquement la bandelette de tissu qu'elle avait dans les mains, le cœur battant à tout rompre. Par Merlin! C'était plus fort qu'elle. La jeune femme avait été tellement angoissée de ne pas le voir arriver. Elle s'était rongé les ongles, dès qu'il l'avait quittée pour aller rejoindre les autres. Comme si son corps n'aimait pas être séparé de lui. Ou, peut-être qu'elle (au complet) était anxieuse quand elle était séparée de lui. Elle ne savait pas, n'ayant pas voulu se pencher davantage sur la question.

La jeune femme toussota, se reprenant rapidement et adressant un sourire timide à Erwin. Elle rattrapa la bandelette et entreprit de refaire le bandage autour du mollet : le pauvre avait subi de nombreuses morsures des dragonneaux.

« Va le voir. » dit l'Allemand avec un fort accent. « Je vais le finir. Je crois bien que ce pauvre Charlie va tomber dans les pommes. »

Hermione hocha la tête. C'était vrai qu'il avait un air plutôt livide et, surtout, elle avait un réel besoin de s'assurer par elle-même qu'il allait bien. Elle souffla un «merci» à Erwin avant de rejoindre le roux et de l'amener, sans un mot, vers l'un des lits qui étaient disposés dans la pièce. Le jeune homme y prit place, se mordant la joue pour ne pas montrer à quel point tout mouvement lui faisait mal. Il eut un mouvement de recul quand elle s'approcha de son bras.

« Depuis quand tu t'es transformée en experte de blessures de dragons? »

« Depuis que j'ai passé un mois et demi, ici, et que j'ai lu une tonne de livres portant sur ce sujet. D'autres questions? »

Il secoua la tête et finit par se laisser faire. Cet homme était la personne la plus agaçante que la Terre ait portée et Hermione ne s'empêcha aucunement de pester contre lui. La jeune femme se positionna naturellement entre les jambes de Charlie pour pouvoir se rapprocher de lui et inspecter la plaie. Elle fut incapable de retenir une grimace devant la blessure, alors que son pouls tambourinait dans ses tempes. Elle caressa du bout des doigts les contours boursouflés de ce qui allait être la prochaine cicatrice de Charlie Weasley, ce qui le fit tressaillir.

« Ce dragon ne t'as pas manqué. » observa-t-elle.

« Dragonne. » reprit Charlie. « C'est Eitry, elle est en gestation. Et, c'est rien. Demain matin, il n'y aura presque plus rien. J'ai déjà vu pire. »

Il poussa un grognement sourd, quand Hermione posa une compresse d'eau chaude directement sur la blessure, alors que sa respiration s'accélérait, faisant frémir ses narines.

« Rien, hein? »

Aussitôt, le jeune homme acquiesça de la tête, ignorant volontairement le sarcasme d'Hermione, même si visiblement il souffrait. Elle secoua la tête devant l'entêtement du dragonnier. Elle lui jeta un coup d'œil avant de commencer à déboutonner sa chemise. Charlie la stoppa immédiatement de son bras valide, presque alarmé par son geste.

« Qu'est-ce que tu fais? »

« J'enlève ta chemise, est-ce qu'en plus, il faut que je te fasse un dessin? »

« Pourquoi? »

« T'es vraiment pas en position d'argumenter contre moi, veux-tu me laisser faire, trente secondes? »

« Juste trente, alors. »

« C'est une façon de parler, idiot. »

« Je sais, je sais. »

C'était toujours mieux son semblant d'ironie que ce qu'il tentait péniblement de ravaler : je n'aurais pas imaginé que la première fois que tu m'enlèverais ma chemise, ça soit pour cette raison. Il fit un geste pour l'aider à se débarrasser du vêtement.

« Griffe ou morsure? »

« Si elle m'avait mordu, je serais en plusieurs pièces détachées, ma belle. » dit-il en tressaillant.

« Au moins. »

La jeune femme poussa un soupir, se pinça l'arête de son nez et s'éloigna. Ou enfin, tenta de s'éloigner puisque Charlie avait refermé sa main autour de son poignet, comme s'il refusait qu'elle pense à le quitter, même pour deux secondes. Hermione se retourna de nouveau, lui faisant face et le fixa son regard dans le sien pendant qu'elle défaisait, avec patience, l'étreinte de ses doigts autour de son poignet.

« Je reviens. » elle avait chuchoté. « Continue à mettre la compresse d'eau sur la blessure. »

Charlie acquiesça. Le jeune homme avait l'impression que sa blessure le faisait divaguer. L'air frais le brûlait. Dès qu'il bougeait légèrement son épaule, il ressentait une forte douleur le prendre. Il n'avait qu'une seule envie, et c'était de dormir. Et bien franchement, il trouvait que tout cela était un peu plus endurable si Hermione était près de lui. Même blessé, il avait l'impression d'oublier que le monde continuait de tourner quand elle était là. Comme si, tout devenait bien plus supportable.

Par chance, elle revint au bout de quelques minutes avec tout un attirail dans les bras. La jeune femme reprit sa position près de lui et lui tendit un oreiller.

« Mords, t'aimeras pas du tout ce qui va suivre. »

Elle vida pratiquement une bouteille de whisky sur son bras afin de nettoyer la plaie ce qui provoqua un long hurlement de la part du jeune homme qu'il comprima dans l'oreiller. Hermione grimaça et après quelques secondes, lui en tendit une deuxième afin qu'il en prenne une gorgée. Ce qu'il fit, sans hésiter, buvant quelques goulées avant que la jeune femme lui enlève la bouteille des mains, avec un regard sévère. En d'autres circonstances, il aurait souri. Initialement pour la faire réagir, mais également parce qu'il avait mal, le dragonnier reprit la bouteille et but d'autres longues gorgées.

La jeune femme secoua la tête. Il agissait comme un véritable enfant.

Hermione prit un compte-goutte et entreprit de le remplir d'un liquide jaunâtre : de l'essence de Murlap, qui était plutôt efficace contre les griffes de dragons. La jeune femme se pencha légèrement vers le bras de Charlie et en mit plusieurs sur la plaie et dut bientôt remplir de nouveau l'instrument et recommença son manège. La respiration du jeune homme devint de plus en plus calme, au fil que le temps passait.

Puis, elle commença à recoudre la plaie avec un fil de demiguise et une aiguille qu'elle avait pris la peine de stériliser. L'infirmerie se vida lentement, Hermione s'interrompant dans son travail uniquement pour saluer les dragonniers qui partaient.

Charlie but une énième gorgée. Il avait presque bu la moitié de la bouteille. Elle secoua la tête et l'enleva, encore une fois, de la main du jeune homme qui n'eut pas un mouvement, cette fois-ci, pour la reprendre. La blessure finissait par se cicatriser et le fait qu'Hermione ait pensé à faire des points de suture allait presque ne laisser aucune trace permanente de l'incident. Charlie s'endormait, l'adrénaline ayant arrêté de faire son effet. Il avait enroulé son bras autour de sa taille, comme il le faisait quand ils dormaient. Il s'appuyait contre Hermione, qui avait déjà mal à la nuque à force d'être penchée, pour maintenir son équilibre. Après quelques minutes à être dans cette position, elle arrêta tout mouvement et prit son visage entre ses mains.

« Charlie, encore deux secondes s'il te plaît. » lui dit-elle doucement. « Ou couche-toi, sinon... »

« Hermione. » Sa voix était tellement hagarde qu'elle ne put s'empêcher de sourire. « T'es tellement belle, Hermione. Putain... »

Si l'adrénaline ne faisait plus son effet, le whisky, oui, de toute évidence.

Et même dans cet état, il réussissait à faire un petit effet chez la jeune femme, dont les joues devinrent rouge pivoine. La main de Charlie caressa sa taille, plus sensuellement et, avant qu'elle ait pu le temps de réagir, elle se faufila sous le chandail d'Hermione pour lui caresser le ventre. Sa respiration s'arrêta, sous le coup de la surprise. Bordel de merde...

Sa main vint repousser la sienne.

« Charlie... »

Sa voix avait davantage l'air de minauder que de s'opposer réellement à ce rapprochement, ce qui l'exaspéra plus que d'autre chose. Elle retourna la tête, quelques secondes, afin de vérifier qu'ils étaient bien seuls : la jeune femme aurait été morte de honte de se retrouver dans pareille situation devant quelqu'un d'autre. Il en profita pour l'attirer davantage vers lui, et se retrouva pratiquement assise sur lui.

La main de Charlie remonta dans son dos, alors que la respiration d'Hermione s'accélérait. Elle en avait presque oublié ce qu'elle faisait deux minutes plus tôt.

« Hermione, faut que je t'avoues quelque chose. » sa voix était pâteuse ce qui déclencha un petit rire nerveux de la jeune femme.

Sa main s'appuya davantage sur ses omoplates, rapprochant davantage sa bouche de la sienne.

« J'te trouve tellement belle, merde... C'est... »

« Merci, Charlie, tu peux me lâcher, maintenant? » Sa voix était presque devenue un chuchotement. La voix de la raison.

Par chance – ou malheureusement –, il ne la lâcha pas une seconde. Son cœur battait à tout rompre et elle crut pendant quelques secondes qu'elle allait défaillir.

Elle avait chaud. Putain, qu'elle avait chaud. Hermione ne savait même plus ce qu'elle disait, ne savait même pas si elle voulait vraiment qu'il la repousse. Ses neurones ne fonctionnaient plus. Il avait littéralement réduit à néant toutes pensées cohérentes de son cerveau. La seule chose à laquelle, elle réussissait à penser, c'était à cette bouche qu'elle avait envie de gouter et ses lèvres qu'elle avait envie de mordiller. Hermione voulait l'entendre grogner non pas parce qu'il avait mal, mais à cause d'elle.

Et, son absence de chandail n'arrangeait en rien la situation. Elle n'avait qu'une seule envie et c'était de frôler ses trapèzes de ses doigts – ou de ses lèvres. De caresser chaque cicatrice qui ornait son ventre. D'observer de plus près le tatouage d'une date en chiffre romain gravé sur ses abdominaux. Elle allait devenir folle.

Comment en étaient-ils arrivée là? Elle lui faisait des points de suture, il n'y a même pas cinq minutes. Il ne s'endormait pas, lui? Qu'est-ce qui s'était passé pour qu'ils en arrivent, là?

Elle devait reprendre ses esprits. Par Merlin. Godric. Rowena. Helga. Salazar. Nommez-les tous!

« Non-non, tu comprends pas... »

« Charlie... Tu as bu... »

« Pas tant que ça... » Son nez frôla le sien, ce qui envoya une onde de choc dans tout le corps d'Hermione. « T'as aucune idée à quel point, j'ai envie de t'embrasser, de toi, tout le temps, de... »

Elle n'en pouvait plus. Ce n'était pas possible.

Sans réfléchir, Hermione s'empara de la bouche du dragonnier fiévreusement. Ses doigts vinrent s'agripper à ses cheveux roux, les tirant légèrement, alors que Charlie ouvrit la bouche pour approfondir le baiser. Leurs dents s'entrechoquaient, alors que leur langue dansait ensemble. Le grognement étouffé du jeune homme déclencha un incendie dans son ventre et elle se retrouva assise à califourchon sur lui.

Il n'y avait rien de doux ou d'affectueux. C'était un besoin viscéral d'avoir l'autre le plus près possible. Dès qu'ils reprenaient leur souffle, leur bouche retournait aussitôt sur l'autre. Ses doigts s'enfonçaient dans le crâne de Charlie, effectuant en permanence une pression pour qu'il ne la quitte pas, alors que ses mains, à lui, se faisaient caressantes et arrachaient des gémissements à la jeune femme, qui le rendaient fou. Les hanches d'Hermione se creusèrent légèrement. Ils se rendaient cinglés. Et...

La bouteille de whisky tomba et se fracassa par terre, les faisant sursauter.

Ce qui ramena sur le plancher des vaches, Hermione, qui ne savait plus où se mettre. Elle s'extirpa des bras de Charlie et toussota. N'ayant aucune envie de le confronter, de parler ou de quoi que ce soit, Hermione prit la fuite et sortit de l'infirmerie avant qu'ils aient eu le temps d'échanger une quelconque parole.

Ils parleraient demain matin – ou dans quelques heures, vu l'aube qui commençait à se lever. Ou, ils ne parleraient jamais et oublieraient cet accident. Oui, c'était la meilleure option.

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Mais j'ai jamais voulu
D'une vie en pacage
J'aime mieux sourire à l'inconnu
Si l'inconnu a ton visage

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Le 21 août était arrivé trop vite.

Elle se sentait comme une enfant, qui veut rester le plus longtemps possible debout, un dimanche soir, afin que le lundi matin n'arrive jamais. Et pourtant, Hermione Granger n'avait jamais ressenti ce besoin-là : elle était l'enfant qui avait toujours hâte de retourner à l'école. Pas l'inverse. Paradoxalement, c'était presque ce qu'elle essayait de faire. La jeune femme prenait tout son temps afin de ramasser les chaises dispersées à l'arrière de la maisonnette de Charlie.

Presque tous les dragonniers s'étaient retrouvés chez lui afin de faire un feu à l'arrière et célébrer, ainsi, le départ d'Hermione. Le dernier était parti depuis une quinzaine de minutes, maintenant, et elle avait dit à Charlie qu'elle pouvait s'occuper de tout ranger. Il n'avait pas argumenté.

La jeune femme n'avait aucune envie de partir. Même si c'était la chose à faire. Même si dans une semaine, elle retournait à Poudlard. Hermione se tourna vers la maisonnette d'où émanait de la lumière et vit la silhouette de Charlie passer. Ça lui paraissait tellement étrange de s'imaginer, demain, au Terrier à cette heure et que lui, n'y serait pas. Il avait été tellement présent dans sa vie, depuis deux mois, qu'elle en avait presque oublié qu'en réalité, le dragonnier ne faisait pas partie de son monde.

Hermione poussa un soupir avant de terminer de ranger les chaises. Peut-être que c'était une bonne chose, en réalité, qu'elle retourne à sa «vie normale»?

Leur baiser n'avait pas vraiment changé quelque chose. Ils en avaient à peine parlé et s'entendaient mutuellement à faire comme si rien ne s'était produit. Ils avaient attribué la faute au whisky, à l'adrénaline et aux endorphines. Le seul changement que cela avait opéré était qu'ils avaient arrêté de dormir ensemble. Trop dangereux, s'étaient-ils dit, chacun de leur côté, sans le prononcer à voix haute. Ce qui était arrivé à l'infirmerie n'avait, en réalité, qu'attiser ce qu'ils se voilaient, déjà, la face : ils s'attiraient. C'était indéniable. Ça prenait tellement de place dans leur relation que s'en était presque devenu invivable.

Encore, ce soir, ils ne s'étaient pas assis, ensemble, séparés par le feu, ils étaient toutefois presque l'un en face de l'autre. La jeune femme avait passé la soirée à parler avec Clara, alors que lui discutait avec Erwin, le dragonnier avec lequel il s'entendait le mieux. Hermione n'avait pas cessé de le regarder, surtout quand la dragonnière s'était mise à lui poser des questions sur sa relation avec Charlie. Et elle était, à peu près certaine, que c'était la même chose de son côté, également. Elle en aurait mis sa main au feu.

La brune resserra la chemise, trop grande, qu'elle avait empruntée à Charlie. Les soirées du mois d'août étaient fraîches, davantage en Roumanie dont le climat était davantage tempéré. Elle entra dans la maison, en étouffant un bâillement. Elle amena les dernières bouteilles près de l'évier de la cuisine, le dragonnier était appuyé contre l'un des comptoirs et buvait un verre d'eau.

Elle ne connaissait pas grand-chose à la séduction, elle devait le reconnaître. Mais elle se doutait, assez, que Charlie était en train de la déshabiller du regard.

« Tout est rangé. » annonça-t-elle.

« Ok. »

La jeune femme souffla, tâchant de calmer son pauvre cœur qui repartait dans une course effrénée et se balança d'un pied à l'autre.

« Bon, bah... J'vais. » Elle se gratta la tête, geste de malaise qu'elle avait définitivement emprunté à tous les Weasley. « J'vais aller préparer ma valise. »

« Ton portoloin part à quelle heure, demain? »

« 10h30. »

« Ok. »

« Ok. »

Leur conversation – si on pouvait appeler ça, ainsi – ne rimait à rien. Et, pourtant, Hermione n'avait pas bougé d'un pouce. Elle eut une pensée pour sa mère, qui aurait probablement lâché un «Hermione, accouche, qu'on baptise!»*. Même si, la jeune femme n'était pas tout à fait certaine de savoir qu'est-ce qu'elle devait vraiment dire, dans pareille situation.

« Tu veux boire un dernier verre? » demanda Charlie, en ouvrant le réfrigérateur pour en retirer deux bouteilles de bières roumaines.

Elle acquiesça. Elle jouait avec le feu.

Il y avait quelque chose d'encore plus étrange, entre eux, qu'à l'habitude – depuis les deux dernières semaines, depuis ce baiser. Le ventre d'Hermione se tordit d'appréhension et ses muscles se raidirent. Il lui mit une bouteille dans les mains et elle le suivit vers le sofa. Par habitude, la jeune femme prit place à l'extrémité et sans réfléchir déposa ses jambes sur celles de Charlie, comme elle le faisait toujours. Réalisant son geste, la jeune femme les retira presque aussitôt, mais le dragonnier – et ancien attrapeur –, qui avait des réflexes plus sûrs, avait déjà attrapé ses chevilles pour les redéposer à leur place initiale. Il la regarda, fronçant les sourcils.

« Ça va? »

« Oui. Oui. C'est juste que... » Elle se racla la gorge. « Je croyais que... Tu sais avec qui s'est passé et... Bref, je me disais que c'était peut-être pas une bonne idée et... » Son baragouinement ne voulait pratiquement rien dire. « Tu ne crois pas? »

Il l'observa avec un sourire en coin et les joues d'Hermione rougirent. Elle se concentra à lire l'étiquette (illisible) de la bouteille, vaine tentative pour porter son attention ailleurs sur la main, qui n'avait toujours pas laissé sa cheville.

Pourtant, elle voyait très bien tout ce qu'il faisait. Et, la jeune femme comprit à peine pourquoi il avait déposé sa bouteille sur le plancher. Encore moins, quand il se mit à lui enlever ses bas de laine.

« Charlie... » Elle se sentit presque défaillir quand l'ongle de son pouce vint caresser l'arrière de sa cheville. « Qu'est-ce que tu... Qu'est-ce que tu fais? »

Faisait-il exprès de toujours la mettre aussi mal à l'aise? Est-ce qu'il savait que depuis des semaines, elle se sentait le corps comme une allumette que lui seul avait le pouvoir de partir en feu? Savait-il que son bas-ventre lui faisait mal, tellement elle espérait que sa main continue à la caresser, lentement, sur son mollet, l'arrière de son genou, l'intérieur de sa cuisse et pour finalement, terminer sa course ?

La jeune femme eut l'impression qu'il savait tout ça, à la manière qu'il la regardait depuis quelques minutes. Charlie Weasley, si maladroit à l'habitude avec elle, ne lui avait jamais aussi paru assuré. Et bien franchement, c'était une raison supplémentaire pour faire naître ce lac de feu, à l'intérieur de son ventre. Le corps d'Hermione s'était rapproché du sien, comme si elle était hypnotisée par ses yeux bleus, elle l'avait imité, déposant sa bouteille sur le sol.

« Faut que je t'avoue. » Il se racla la gorge. « Sérieusement, j'ai qu'une idée dans la tête depuis que je t'ai vu débarquer dans la cuisine avec ma chemise et, vraiment, c'est plutôt rare que je dis ça à quelqu'un, mais merde, tu me rends dingue... »

Elle ne se fit pas prier plus longtemps.

Ses lèvres étaient, déjà, sur les siennes. Le baiser n'était pas tendre, plutôt pressé, urgent. La main de Charlie farfouilla dans ses cheveux les tirant de manière à ce que son corps s'écrase sur le sien, alors que leurs dents, leur langue, leur bouche fouillaient celle de l'autre, avidement. Ce n'était que ce qu'ils attendaient depuis deux semaines.

Et, Hermione sentit qu'un feu de forêt venait de naître dans ses poumons, son ventre, son bas-ventre, ses veines, son cœur. Rien n'allait l'arrêter, là, maintenant. Ce n'était pas la faute au whisky, aux endorphines ou à l'adrénaline.

Quand, exactement, Charlie avait commencé à lui faire autant d'effet? Elle n'en avait aucune idée, mais malgré tout, c'était grisant comme sensation : désirer quelqu'un à ce point que ça fait mal. Elle avait désiré Ron, mais jamais à ce point. Est-ce que c'était mal d'avoir autant envie du frère de ce dernier, à ce point-là? Alors, si c'était mal, pourquoi c'était si bon, quand sa peau touchait la sienne?

La bouche du dragonnier descendit vers son cou, mordillant et embrassant sans aucune douceur sa peau, alors que ses mains parcouraient son ventre avec précipitation. Hermione étouffa un gémissement, la tête dans ses cheveux roux.

« Merlin, Hermione... »

Enfin, il embrassait cette nuque. Il en avait tellement fantasmé, tout l'été, de l'embrasser, d'enfouir son nez dans ses cheveux, de sentir la respiration de la brune devenir plus rapides sous son toucher. Merde.

Charlie la recula légèrement pour l'observer, leur respiration était erratique, alors qu'ils s'observaient un peu comme s'ils étaient drogués, l'un de l'autre. La vue de l'autre avec les pupilles dilatées par le désir, la bouche rougit par les baisers brusques échangés et les pommettes rouges amena un long frisson d'appréhension et de désir. Charlie fut incapable de résister et recommença à parsemer le cou de la brune de baisers.

« Si tu veux pas aller plus loin, ma belle, c'est le moment... Je... Je ne crois pas avoir assez de self-control pour pouvoir m'arrêter, sinon. »

Son chuchotement dans le cou doublé aux baisers fit fermer les yeux de la jeune femme. Elle tira sur les cheveux roux pour ramener son visage face au sien, ce qui arracha un grognement à Charlie. Hermione esquissa un sourire en coin qui fit faire des saltos au ventre du dragonnier. Elle voulait sa peau. C'était définitif. La jeune femme rapprocha son visage du sien, puis joueuse, faisant exprès elle frôla ses lèvres des siennes :

« Je pars demain, Charlie... C'est pas vraiment une bonne idée... »

« Juste une nuit, ça ne nous tuera pas. »

Et, ils scellèrent cette décision d'un énième baiser.

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Et puisque l'on devient
D'la poussière dans le temps
Demain, nous ne serons rien
Mais aujourd'hui, on est vivants

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La nuit avait été courte. Trop courte.

Charlie étouffa un grognement dans le cou de la jeune femme quand le réveille-matin de cette dernière se mit à sonner à 8h, bien précise. Il faisait autant de bruit qu'un tremblement de terre. Ou presque. Hermione se releva légèrement pour essayer de l'éteindre le plus rapidement possible.

« Il est quelle heure? » demanda Charlie avec une voix endormie.

« 8 heures. »

« Encore, cinq minutes. »

Il resserra sa prise autour d'elle afin qu'elle n'ait pas l'idée stupide de s'enfuir. Elle tenta de régler le cadran.

« Qu'est-ce que tu fais? »

« J'essaie de remettre le réveil. »

« Je te jure, si tu remets ce maudit bruit, je le mets en pâture à Solal. »

« Charlie, va bien falloir que je ne passe pas tout droit, mon portoloin est dans deux heures et demie. »

Il poussa un soupir et déposa distraitement un baiser sur son épaule nue.

« J'suis prêt à te payer un autre billet pour que tu me foutes patience avec ton réveil. »

Sa main remonta lentement vers sa poitrine qu'il en caressa la courbe.

« Et, c'est de ta faute. » Le commentaire de Charlie récolta un petit rire d'Hermione. « J'ai définitivement pas assez d'heures de sommeil parce que tu es une petite chose très insatiable. »

Hermione eut un petit sourire, alors qu'elle se cala de nouveau dans les bras de Charlie.

« Charlie Weasley, arrête ça tout de suite, sinon la petite chose insatiable va te faire encore des misères. »

Le jeune homme eut un sourire contre son épaule avant de recommencer tout de suite son manège sur la courbe de son sein qui déclencha un petit mouvement des hanches d'Hermione. Puis, il arrêta pour la serrer plus fort, satisfait de sa réaction.

« Tantôt. »

Elle esquissa un sourire, alors que ses yeux se refermaient.

« Tu me le jure pour le portoloin? »

« Oui. » dit-il en baillant, tout en frottant son nez contre son dos.

Ses yeux se fermaient tout seuls, elle serra sa main dans la sienne.

Ils avaient couchés ensemble, trois fois, cette nuit. Incapable de se rassasier l'un de l'autre. Il n'y avait rien d'étonnant, ou presque à cela : ils avaient passé l'été, entre autres choses, à fantasmer sur l'autre. Une fois qu'ils avaient commencé, c'était comme un feu d'artifice sur lequel on n'avait plus de contrôle.

Il n'y avait eu rien de doux, dans leur première fois, à l'image même de leur premier baiser. C'était la hâte et de l'empressement de découvrir l'autre, de combler ce besoin, d'éteindre ce feu qui les rongeait. Ça avait été court, imparfait. Une fois terminé, Hermione s'était dégagée de l'étreinte des bras de Charlie pour gagner sa chambre où elle avait commencé à préparer sa valise. Le jeune homme était venu la rejoindre, foutant le bordel, dans la planification de sa tâche. La deuxième fois avait été plus intéressante : ils jouaient avec l'autre, prolongeant les préliminaires, voyant jusqu'où ils pouvaient jouer avec l'élastique de leur désir. Et puis, la troisième avait été douce, comme un long fleuve tranquille, savourant simplement le contact de l'autre, comme un bonbon qu'on ne souhaite pas croquer pour tenter de profiter de sa saveur le plus longtemps possible.

Elle se réveilla plus tard, et il ne faisait aucun doute sur le fait qu'Hermione avait manqué son portoloin. Il était 11h30. La jeune femme serra les lèvres, mais ne dit rien : c'était elle, la fautive de ce changement à son horaire, elle avait voulu écouter Charlie. Charlie, qui dormait toujours à poings fermés. C'était tellement rare qu'elle se réveille avant lui! La jeune femme poussa un soupir, si elle s'écoutait, elle se blottirait de nouveau dans ses bras pour ne plus jamais repartir.

Et, ce n'était vraiment pas une bonne idée. Parce que a) elle avait besoin de ses ASPIC, que b) Charlie ne voudrait sûrement jamais d'une relation – il ne lui avait jamais parlé d'une ex-petite-amie et selon ce qu'elle connaissait de lui, jamais il n'avait amené qui que ce soit au Terrier, c) c'était le frère de Ron, son meilleur ami et ex-petit-ami et d) elle n'était pas amoureuse de lui. Même si elle n'était pas certaine à quel point les deux dernières raisons étaient recevable, elle commença à s'activer.

La jeune femme enfila un t-shirt et une paire de jeans, et ne prit aucunement la peine de ranger ses affaires à la main, comme elle le faisait habituellement, et ne fit qu'un coup de baguette pour que ses affaires, qui traînaient dans toute la maison, regagnent son sac. Le bruit avait réveillé Charlie qui l'observait faire, la bouche pincée. Sans un mot, il sortit du lit, attrapa ses vêtements qui jonchaient le sol et quitta la chambre.

En fait, ils ne s'adressèrent pas la parole, pas même une seule fois, jusqu'à ce qu'ils arrivent au terminal des portoloins. Charlie ne savait pas quoi dire, alors qu'Hermione était mal à l'aise. Le jeune homme lui avait racheté un billet – comme promis – qui partait dans cinq minutes, même s'il avait trouvé, au moins, dix bonnes raisons (selon lui) pour qu'Hermione reste encore une journée de plus. Elle l'avait laissé lui acheter son billet, même si elle avait eu envie de lui dire, au moins, huit fois, de laisser tomber, de la ramener dans sa maison pour qu'ils couchent une quatrième, une cinquième ou une sixième fois. Ils n'avaient rien dit.

Chacun se répétait que c'était l'entente. Une nuit. Point.

« Merci. » dit Hermione. « Pas pour le billet, enfin merci, aussi, pour ça... mais pour cet été. Vraiment. Merci pour tout. »

Merci n'était même pas un mot assez grand pour signifier à quel point elle lui était reconnaissante. Le jeune homme avait souri et il n'avait pas pu résister et l'avait serré dans ses bras, avant qu'elle s'en aille. Avant, qu'elle le quitte. Ça sonnait comme des adieux, alors qu'ils savaient très bien qu'ils se reverraient. Quand? Rien n'était certain. Charlie embrassa le dessus de la tête d'Hermione, alors que cette dernière avait serré ses bras autour de sa taille le plus fort possible.

Puis, il la lâcha quand une voix robotique annonça le départ imminent. Elle lui fit un petit geste de la main, d'au revoir.

Charlie resta là, au moins cinq minutes après que le portoloin soit parti. Comme s'il était certain qu'elle ne l'avait pas pris. Qu'elle était restée. Et, il dut se rendre à l'évidence qu'il allait devoir repartir chez lui, dans une maison atrocement vide.

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Puisque ton cœur est un poème
Qu'il rime sous mes doigts
Que tes cheveux s'emmêlent
En dansant sur ma voix

* accouche qu'on baptise est une expression typiquement québécoise, qui pour ceux qui ne connaissent pas, veut simplement dire de se dépêcher à dire le fond de sa pensée.

Note : les paroles entre les textes sont de la chanson DES ENFANTS EN CAVALE d'Alexandre Poulin que j'ai mise en média.