Chapitre 18.
Avec un soupir de fatigue, Elenor s'écroula dans la neige. Elle avait réussi à blesser Winfrey au visage, lui rajoutant une balafre et elle était aussi parvenu à le mordre à la jambe et au bras. Mais lui aussi n'y avait pas été de main morte et si la noiraude avait réussi à s'enfuir assez loin pour qu'il ne puisse pas la retrouver dans son état, c'était désormais elle qui n'avait plus aucune force.
Sa patte blessée ne la supportait plus et elle se laissa choir dans la neige fraîche sans aucune volonté de continuer sa route. Elenor aurait dû se douter que cela finirait ainsi. Elle n'était pas une guerrière à proprement parlé. Son père ne lui avait appris que quelques tours pour se défendre un minimum, rien de plus. Et elle ne parlait même pas de lorsqu'elle se transformait en louve. Son corps devenait tellement imposant que se battre avec sans aucune expérimentation était dès plus difficile, surtout contre une petite proie.
Elenor posa sa gueule sur la neige, enfouissant son museau dans la poudreuse blanche, clignant lentement des yeux. Sa fourrure la protégerait au moins du froid pendant un petit moment, c'était déjà ça. Les yeux à demi-clos, la noiraude regarda les flocons de neige se déposer sur sa truffe d'où s'échapper de la brume.
Moira avait-elle réussi à atteindre les ruines ? Avait-elle réussi à trouver l'entrée de la Vallée des Fleurs pour pouvoir atteindre Thserion et prévenir les siens ? Elenor laissa échapper un soupir. Elle l'espérait sincèrement. Peut-être qu'elle allait mourir des suites de ses blessures, mineures certes, mais profondes. Mais au moins, si Moira avait pu atteindre la vallée, la rose aurait sauvé sa vie, celles des chevaux et la noiraude avait une chance que l'on retrouve son corps pour avoir le droit à un retour à la terre digne de ce nom.
Un pique de douleur l'obligea à retenir un gémissement. Sa patte avant la faisait souffrir, mais ce n'était pas pire que ses côtes. Pour un simple homme, Winfrey avait une force incroyable et de quelques coups de pieds pour éviter qu'elle ne lui arrache le bras, il avait sans doute réussi à lui fêler, ou même briser, quelques côtes.
Elenor ferma les yeux. Elle ne savait pas exactement combien de temps sa fuite et son combat dans la forêt avait duré, mais ce qui était sûr, c'est qu'au moins une nuit entière était passé. La blessure à sa patte l'empêchait de courir correctement, certes, cependant, à un moment, la jeune femme avait pu se dissimuler dans les ombres de la nuit grâce à sa fourrure noire pour éviter de se faire surprendre par le chasseur. Ils avaient tout deux joués au chat et à la souris durant un bon moment.
Le froid l'a congelé sur place, elle n'avait même plus la force de bouger la moindre articulation. Elenor n'avait aucune difficulté à imaginer son corps imposant de louve géante qui gisait dans la neige, presque complètement recouvert. Elle avait beau avoir une capacité de guérison supérieure à la moyenne, son organisme mettait du temps à traiter chaque blessure et elles étaient peut-être profondes pour bénéficier de soin naturel correct.
Winfrey pouvait venir la tuer si cela lui faisait plaisir, il n'aurait aucun mal et à cet instant, la noiraude n'avait pas peur de mourir. Bien sûr, elle avait des regrets. Celui de ne pas avoir dit à son père et à quel point il comptait pour elle. De ne pas avoir dit à Moira à quel point elle était une femme exceptionnelle... Et Vesryn.
Un tremblement parcouru son corps à la pensée de ce nom, de cette personne. Elle essayait le moins possible de penser à lui, de peur que le poids de son absence à ses côtés soit bien trop lourd à porter. Mais il lui manquait plus qu'elle ne voulait l'admettre. Parfois, elle se demandait pourquoi son père avait quitté Thserion, sans essayer de faire changer d'avis son frère et n'avait pas fait venir sa femme dans la Vallée des Fleurs. Mais son père était un homme bon, soucieux du bien des autres. Lorsqu'il avait pris pour épouse la mère d'Elenor, cette dernière avait déjà une vie à Fendrel, et il n'avait pas voulu la forcer à abandonner tout ce qu'elle connaissait pour une autre société et la folie de l'oncle de la noiraude avait fortement peser dans la balance.
La réflexion faite, Elenor n'en voulait pas à son père d'avoir choisi cette vie. Même si elle aurait tant voulu passer plus de temps avec Vesryn. Lorsqu'elle pensait à Thserion, même brièvement, c'était à lui qu'elle pensait souvent. Le gentil, le doux Vesryn.
Le temps s'écoula sans qu'Elenor puisse savoir quelle heure il était, mais elle ne parvenait tout simplement pas à se relever. Peut-être que se laisser tomber comme ça dans la neige n'était pas une si bonne idée que cela. Et puis personne ne l'avait encore tué. Peut-être que Winfrey était vraiment trop mal en point pour venir finir le travail.
Subitement, le froid devint bien plus intense. Complètement frigorifiée, la jeune femme se recroquevilla sur elle-même, mais cela lui arracha un cri de douleur. Ses côtes la faisaient terriblement souffrir, comme chaque centimètre de son corps. Tout à coup, quelque chose de chaud et d'humide se presse contre sa joue et un glapissement inquiet se fit entendre. On lui souffla sur le visage, mais elle n'avait plus assez de force pour ouvrir ne serait-ce qu'une seule de ses paupières.
Sans qu'elle n'ai rien à faire, quelque chose se coucha contre elle et l'atmosphère commença peu à peu à se réchauffer. Un hurlement proche, vraiment très proche, résonna dans la forêt. Elenor avait l'impression que le hurlement provenait d'à côté d'elle. Quelque chose renifla son épaule avant de se poser dessus. La jeune femme fut parcourue d'un soubresaut de douleur et le glapissement recommença.
Puisant dans le peu de force qui lui restait, la noiraude tenta de soulever l'une de ses paupières qu'elle ne garda pas ouverte bien longtemps. Durant ces quelques secondes, Elenor put apercevoir une masse blanche couchée contre elle. Sa vision lui jouait des tours. Ce n'était pas de la neige et elle avait crut reconnaître de la fourrure. Mais ce n'était pas possible. Elle ne connaissait qu'une seule personne ayant une fourrure d'une telle couleur tellement elle était rare. Mais ce n'était pas possible. La personne était loin d'ici. Un autre hurlement résonna, et d'autres le suivirent.
« - Princesse... »
