Samedi 29 juin

Le silence installé entre eux, plus pesant que d'ordinaire, mettait mal à l'aise Izuku.

Ochaco, perdue dans ses pensées, ne semblait même pas voir le désarroi de son ami. Ils ne tarderaient pas à arriver chez Shôtô, et Izuku ne savait pas s'il préférait rester dans la voiture avec une compagnie dès plus impassible, ou s'il avait hâte d'arriver pour mettre fin à se supplice.

Le temps de ses réflexions, ils longeaient déjà le mur d'enceinte et atteignirent la grille d'entrée.

Les longs barreaux noirs en fer forgé étaient soutenus par des entrelacs magnifiques, très certainement réalisés à la main, par un artisan des plus qualifiés.

Ils restèrent bouche bée pendant quelques secondes avant qu'Ochaco ne prenne la parole :

– Eh bien, on sait qu'on n'est pas du même monde, mais rien que la grille nous le rappelle… On ne voit même pas leur maison !

– Je suppose que c'est le plus pratique pour éloigner les journalistes, commenta-t-il en pensant à Minna.

Il avança la voiture un peu plus près, et le lourd portail s'ouvrit.

Ils entamèrent l'allée de gravier, entouré d'arbres sur une cinquantaine de mètre, puis, ils arrivèrent devant une grande place fleurit, ou une fontaine coulait. Un jardin typique français, magnifique et entretenu aux poils.

Un peu perdu dans cette immensité, Izuku se gara non loin des marches, sans savoir s'il devait laisser les clefs sur le contact ou non.

– Laisse tomber, Shôtô nous dira si la voiture gêne, lança Ochaco en mettant fin à son débat intérieur.

Puis, sans l'attendre, elle sortit du véhicule et avança vers les marches, sans une once d'embarras. Parfois, et même souvent, il aurait aimé être comme elle, franc, dynamique et fort.

Il se dépêcha de sortir, se prit les pieds dans sa ceinture de sécurité et manqua de tomber. Se rattrapant de justesse, il jeta un coup d'œil rapide autour de lui, mais personne ne semblait l'avoir vu. La chaleur étouffante de l'été lui donna le tournis.

Ochaco, arrêtée sur l'escalier, se tourna vers lui :

– Tu ne viens pas ?

– Si, si ! J'arrive, s'empressa-t-il de répondre.

À peine son pied fut posé sur la marche que la porte d'entrée s'ouvrit sur Shôtô. Subitement, Aiko courut vers eux, et sauta dans les bras d'Ochaco. Après une réception difficile, la petite fille s'exclama, heureuse :

– Bonjour !

Dans un petit rire, Ochaco lui répondit à son tour tandis qu'Izuku lui fit un simple signe de tête.

– Bonjour, lança à son tour Shôtô, entrez, je vous prie.

Ils gravirent rapidement les marches et pénétrèrent dans la bâtisse. Le hall était immense, un escalier, tellement large qu'il aurait pu accueillir des dizaines de personnes, leur faisait face, et se coupait en deux pour atteindre le premier étage. Le parquet était si brillant qu'il reflétait les poutres apparentes, ainsi que les tableaux accrochés au mur.

Quelques vases et fleurs apportaient de la couleur, et les longues vitres inondaient la pièce de lumières.

L'endroit était magnifique, et laissa muets d'étonnement les deux amis.

Aiko les ramena sur terre en bondissant au sol, comme montée sur des ressorts, elle sautilla en leur montrant le chemin.

– Papa veut d'abord aller au salon, et après on ira dans la salle à manger pour manger ! Moi, j'veux aller dans ma chambre, mais papa dit non… Oh, c'est ma salle de jeu ! ajouta la petite fille en leur ouvrant une porte parmi la multitude déjà présente, et continua : Mais je joue pas que là, je veux aller au jardin ! J'ai un monstre licorne et des chevals, vous verrez !

Sans vraiment qu'ils aient eu le temps de voir, elle referma la porte, tout en continuant de commenter chaque chose.

Parfois, elle ne faisait pas du tout son âge, pensa Ochaco.

– Aiko, on dit des chevaux et tu parles trop vite, la sermonna doucement son père.

– Je commence presque à en avoir l'habitude, rit Ochaco.

Faisait fi de ce qu'on avait pu lui dire, Aiko poursuivit son monologue extravaguant. Oubliant quelques mots parfois, elle donna le sourire à son assemblée.

Après quelques minutes, que nota Izuku, ils s'engagèrent dans le salon.

Les mots se perdirent pendant que les nouveaux arrivants observèrent la pièce. Spacieuse, elle était tout de même plus petite que le hall. Une cheminée imposante prenait place au milieu, tandis que deux canapés carmin trônaient fièrement près d'elle. Des photos, portraits seuls ou en famille décorait un mur, tandis qu'un piano droit en occupait un autre. Une grande baie vitrée donnait sur une terrasse rehaussée, donnant un accès privilégié à une cour verte, remplie d'arbre. Les moulures et le bois donnaient un aspect plus que chaleureux à l'ensemble. Ils s'y sentirent bien immédiatement.

– Je me suis dit qu'on se sentirait mieux dans un endroit climatisé, néanmoins, nous pouvons profiter des rayons du soleil sans problème.

– Oh, je t'en prie, je meurs de chaud dans mon appartement puisque ma climatisation m'a lâché ! Pour une fois que je peux vraiment être au frais ! lança sans vergogne Ochaco.

Izuku se frotta la nuque et sourit, maladroit.

– C'est vrai que ce n'est pas déplaisant, il faudrait vraiment que j'en fasse installer une, compléta Izuku.

– Dans ce cas-là, je peux vous proposer quelque chose de frais à boire pour l'apéritif ? Une bière, un saké frais, quelque chose de plus européen peut-être ?

– Une bière, répondirent-ils en chœur.

Leur hôte sourit.

– Je reviens dans quelques instants, Aiko, ne saute pas sur les canapés.

La petite fille s'assit subitement, et ne bougea plus jusqu'à ce que son père quitte la pièce.

Cependant, dès qu'il eut refermé la porte, elle se leva de nouveau et courut jusqu'à la baie vitré.

– Venez vois mes chevals !

– Chevaux, la corrigèrent-ils en chœur, avant de se sourire mutuellement.

– Bon, on sort sur la terrasse, mais on ne s'éloigne pas trop sinon, ton papa va nous chercher, ajouta Ochaco.

La petite fille poussa la baie vitrée, et l'air chaud s'engouffra dans la pièce en quelques instants.

Le soleil était encore haut pour dix-huit heures passées, et la chaleur n'allait pas s'estomper aussi facilement.

Aiko les attira sur le coin gauche de la terrasse, et leur pointa un dégagement entre les arbres.

– Là ! C'est mon pré !

Il était difficile d'accès par un simple regard, cependant, une clôture était visible. L'herbe semblait sèche, quand il y en avait.

– Tes chevaux sont là-bas ?

– Oui, on peut aller voir !

– Désolé, mais il vaut mieux rester là, je te l'ai dit, ton papa nous chercherait sinon… lui expliqua Ochaco, d'ailleurs, il vaudrait mieux rentrer, il fait chaud et il ne devrait pas tarder.

Sur ces dires, elle ramena la jeune fille à l'intérieur suivi d'Izuku, qui prit soin de bien refermer les fenêtres.

Shôtô revint rapidement et ils entamèrent une discussion des plus instructives sur la fabrication des divers alcools. Dans sa famille, ils vouaient presque un culte au vin, ainsi qu'au whisky.

L'heure tourna sans qu'ils ne s'en rendent compte, jusqu'à ce qu'une domestique vienne chercher Aiko pour prendre son souper, et ensuite son bain.

– Je veux pas ! râla la petite fille.

– S'il te plaît, Aiko, sinon, je ne viendrais pas te lire d'histoire.

La remarque de son père eut l'effet escompté et la petite fille se leva.

– C'est promis, hein ? lança-t-elle tout de même du bas de la porte.

– Oui, c'est promis, sourit-il. Yuko, peux-tu dire à la gouvernante que nous allons arriver pour manger, également ? Je pense que la table de la terrasse, à côté de la cuisine, sera le meilleur endroit pour souper.

– Bien sûr, monsieur.

Le silence reprit ses droits une fois qu'elles furent parties.

– Tu connais le nom de tous tes domestiques ?

– Bien sûr, y compris des gardes. J'ai fait un certain tri après le décès de ma femme… Donc ils ne sont plus qu'une dizaine à notre service, en tout et pour tout.

Il se leva et déposa son verre vide sur la table basse.

– Je suppose que mon mode de vie doit vous paraître étrange, ajouta-t-il.

– Si c'est dans le sens « étranger » alors oui, répondit franchement Izuku.

Les regards rivés sur lui, il se sentit gêné, mais continua tout de même.

– Je viens d'une famille moyenne, alors, c'est vrai que je n'ai pas l'habitude de voir ça… Mais je ne jugerai en aucun cas si c'est bien ou mal. Après tout, toi aussi, tu dois trouver étrange notre façon de vivre, n'est-ce pas ?

Il y eut un moment de réflexion, qu'Uraraka observa, puis Shôtô reprit la parole :

– Je pense que je préfère le vôtre, au mien.

Les deux amis se regardèrent, interrogatifs.

– Pourquoi préfèrerais-tu le nôtre ? Tu as tout ce que l'on rêve d'avoir, répondit Ochaco.

– Vous rêvez vraiment d'avoir ma vie ?

– Non.

La réponse d'Izuku fut claire, presque tranchante.

– Navré, mais non, maintenant que j'y pense, continua-t-il, je trouve que tu es enfermé. Dans une prison dorée, mais tu restes quand même enfermé. Dans des carcans, des bienséances et autres choses que je n'aimerais pas avoir à vivre.

À son explication, Shôtô eut un sourire, légèrement triste, et se leva. Coupant court à la discussion, il leur demanda s'ils voulaient bien le suivre pour le diner, et n'attendit même pas leur réponse pour avancer.

D'un regard sévère, Ochaco fusilla Izuku avant de suivre son hôte. Il avait gaffé, et en beauté ! Parfois, il était incapable de ne pas mettre les pieds dans le plat. Véritablement gêné, il les suivit en essayant de se faire tout petit, ce qui ne fonctionna pas.