Chapitre 19.
Il faisait chaud. Beaucoup trop chaud. Ce contraste avec ce dont elle se souvenait été énorme. Elenor avait même l'impression de transpirer, pourtant, cela ne lui arrivait jamais, sauf lorsqu'elle travaillait à la ferme ou bien que la canicule était trop forte. La ferme... Elle revoyait sa maison et l'écurie brûler comme de la paille, elle sentait encore la chaleur des flammes parvenir à lui roussir les poils après avoir mis elle-même le feu. La noiraude sentit une larme commencer à rouler sur sa joue, pour rapidement disparaître, remplacée par une caresse des plus douce.
Le voyage qu'elle avait entrepris avec Moira et les chevaux lui revint en mémoire, ainsi que Winfrey. Une rage sourde se réveilla au creux de son estomac. Ce chasseur n'avait pas hésité une seule seconde à s'en prendre à des femmes endormis dans l'espoir de les ramener à Sélior et recevoir une paye ! Elle n'était pas une tueuse, mais la seule idée que cet homme puisse être encore en vie lui donner des envies de meurtre pour la prochaine fois qu'ils se retrouveraient face à face.
Soudainement, quelque chose de glacée se posa sur son ventre. Sous le coup de la surprise, Elenor sursauta en poussant un petit cri. Elle ouvrit les yeux, ces derniers étant tout de suite agressés par la luminosité ambiante. Avec un gémissement de douleur, la jeune femme se cacha les yeux à l'aide d'un de ses bras.
« - Je ne pensais pas que l'onguent lui ferait avoir cette réaction... Aller prévenir le roi, fit une voix que la noiraude ne connaissait pas. Ne bougez pas trop, votre Altesse, vos blessures ne sont pas encore totalement guéris.
- Où suis-je ? »
Elenor retira son bras et papillonna des yeux, ces derniers ne mirent pas longtemps à s'habituer à la lueur du jour et elle eu donc tout le loisir d'admirer les sculptures sur bois et les rideaux de soie qui recouvraient un grand lit à baldaquin. Une porte claqua. Tournant la tête dans la direction du bruit, Elenor croisa le regard ambré d'une femme souriante.
Instinctivement, la noiraude eu un mouvement de recul et elle voulu se redresser. Cependant, la femme lui posa une délicate main sur l'épaule pour la forcer à rester couchée et Elenor se calma presque immédiatement en distinguant les oreilles pointues de l'inconnue sous ses épais cheveux cuivrés. Thserion.
La stupidité de sa question la frappa avec force. On venait de l'appeler « Altesse », et même si elle n'appréciait pas ce titre, Elenor fut dans un certain sens heureuse de l'entendre. Cela voulait dire qu'on l'avait ramené à Thserion, en sécurité.
« - Vous... Comment... ?!
Votre amie est arrivée à temps, Princesse Elenor, répondit la femme en terminant d'étaler de l'onguent sur le ventre de la noiraude avant de le recouvrir de bandage. Évitez de trop bouger, vos côtes ne sont pas encore remises. Je vous conseille de vous reposer.
- Merci... souffla Elenor. »
Ce remerciement allait aussi bien à l'elfe qui s'occupait d'elle actuellement, qu'à Moira qui avait réussi à parvenir jusqu'à Thserion, qu'à Mère-Nature et eux elfes qui l'avaient sans nul doute retrouvé.
Pendant quelques minutes, la jeune femme essaya de lutter contre la fatigue, qui comme un contrecoup s'abattait de nouveau sur elle, mais Elenor voulait revoir son père, après tant d'années. Cependant, sa lutte ne dura pas bien longtemps et son corps alla contre elle, ses paupières se fermant toutes seules.
Lorsque la noiraude se réveilla, quelques heures plus tard, il faisait beaucoup plus sombre que lors de son premier retour à elle. Pendant plusieurs secondes, Elenor fixa le haut du lit à baldaquin dans lequel elle était allongée avant de commencer à se redresser. Au début, elle crut ne pas y parvenir. Ses bras étaient encore faibles, et le droit était toujours blessé, mais elle fit de son mieux.
Inspectant la pièce d'un coup d'œil circulaire, Elenor ne reconnut rien. Cela la conforta dans l'idée qu'elle se trouvait dans l'une des chambres du « palais » de Thserion. Enfin, palais était un grand nom, car la famille paternelle de la noiraude n'avait en partie jamais été trop orgueilleuse pour vivre dans un véritable palais. Ce « palais » était donc en réalité une maison plus grande que les autres, dans laquelle se trouvait une salle du trône et qui était reliée à de nombreux jardins extérieurs.
En voyant les grands rideaux tirés devant les fenêtres, la jeune femme compris pourquoi il faisait si sombre et finalement, ses yeux bleus tombèrent sur un fauteuil installé près du lit dans lequel elle avait dormi. Un homme y était assis et ses yeux clos, ainsi que le livre tombé au sol, lui permit de comprendre qu'il dormait. Bien qu'il ne portait pas son bandeau vert autour de sa tête, qui lui aurait permit de cacher ses oreilles effilées, Elenor reconnut aisément son père.
Lysanthir, plus communément connu sous le nom de Lys, chez les humains, n'avait pas changé depuis cinq ans que sa fille ne l'avait pas revu. Elenor reconnaissait sa mâchoire carrée, son nez droit, sa peau tannée et ses pommettes hautes. Comme tous ceux de leur peuple, Lysanthir Valnyar, roi des peuples elfes, était indéniablement beau. Sans dire un mot, Elenor l'observa dormir, submergée par la joie et une terrible envie de pleurer.
Dans la forêt, épuisée et blessée comme elle l'avait été, elle avait bien cru qu'elle ne reverrait jamais les êtres qui lui étaient cher. À contempler son père comme elle le faisait, la noiraude trouvait ça extraordinaire d'être encore en vie. Lysanthir dut sentir le poids de son regard sur lui dans son sommeil, car il remua légèrement, ouvrant lentement les yeux.
En voyant ceux ouvert de sa fille, d'un bleu clair identique à ceux de la femme qu'il avait aimé et épousé, l'elfe eut un grand sourire plein de soulagement alors qu'il se levait d'un bond pour venir au chevet de la noiraude. Avec délicatesse, comme si Elenor était une poupée pouvant se briser au moindre mouvement un peu trop brusque, il lui prit la main. La jeune femme ne pu pas se retenir plus longtemps et elle laissa couler ses larmes alors qu'un rire lui échapper.
« - Je ne vais pas me casser, papa, dit-elle, la voix nouée.
- Ma chérie, tu m'as tellement manqué, murmura Lysanthir avant de la prendre dans ses bras. »
Il le fit doucement, de peur de réveiller les douleurs de sa fille et d'empêcher le rétablissement de ses côtes, mais Elenor s'en fichait. Elle passa ses bras autour du cou de son père et le serra contre elle comme si sa vie en dépendait, alors qu'à Thserion, elle ne pouvait pas être plus en sécurité. En cinq ans, ils s'étaient énormément manqués. Après plusieurs minutes à se prendre dans les bras l'un de l'autre, dans une position peu confortable, il fallait le reconnaître, Lysanthir s'écarta avant de déposer un baisé sur les cheveux légèrement en bataille de sa fille.
« - Comment te sens-tu ? Tu n'as pas mal ? s'enquit le noiraud.
- Non, ça va pour le moment, la femme de tout à l'heure a bien fait son travail.
- C'est l'une des meilleures guérisseuses de la cité...
- Papa, comment va Moira ? Et les chevaux ? demanda Elenor en se redressant un peu plus avec l'aide de son père.
- Ils vont tous bien, répondit Lysanthir en s'installant sur le bord du lit. Moira nous a tout raconté, y compris votre voyage jusqu'ici. Taeral a été un peu réticent à l'accueillir dans la Vallée, comme c'est une humaine... Mais Moira ne c'est pas laissé intimidé.
- Je vois qu'il n'a pas changé... souffla la noiraude avec une certaine exaspération. Enfin, bref, comment m'avez-vous retrouvé ?
- Avec l'odeur de ton sang... Vesryn a été le premier à te retrouver et il a dû veiller sur toi pour ne pas que tu meurs de froid, comme tu avais repris ta forme normale. »
Le cœur d'Elenor s'emballa légèrement à l'évocation de Vesryn et du fait qu'il l'avait retrouvé en premier. Elle ne s'était donc pas trompée et ses yeux ne lui avait pas joués des tours, elle avait bel et bien vu une fourrure blanche près d'elle dans la forêt.
« - Je vais te laisser te reposer, déclara soudainement Lysanthir en commençant à se lever, mais Elenor lui attrapa la manche avant qu'il n'ai pu s'écarter. Que se passe-t-il ?
- Je... J'ai fait un cauchemar, il n'y a pas longtemps. Est-ce que tout se passe bien ici ?
- Oui, tout va bien, je t'assure, la rassura son père. Repose-toi encore, ma chérie, tu en as besoin et tu verras, si tu es capable de te lever demain, tout le monde sera heureux de te voir. »
La noiraude fixa quelques secondes son père, essayant de déceler un quelconque mensonge, mais les yeux vert foncé de ce dernier ne disaient rien, et seulement une joie profonde de la voir enfin de retour pouvait se lire à l'intérieur. Convaincue, Elenor lui relâcha la manche et accepta son aide pour se recoucher correctement. Le sommeil ne s'empara pas d'elle immédiatement après le départ de son père, mais lorsque ce fut le cas, la jeune femme dormi jusqu'au lendemain matin.
