Clarity paint me bright, like stars in the dark of night
And open up the sky, now meet me by the mountainside
Where there is a fire in my belly and beast in my mind
That keeps trying to tell me to strengthen my spine
All through this life, there comes a time to move a mountainside
the brevet, moving mountains
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Lundi, 23 juillet 2005
Son plus grand ennemi était son propre cerveau.
Par chance, sa chambre était devenue une attraction en soi.
Ses proches se relayaient à tous les instants pour venir la voir à un tel point qu'Hermione s'effondrait d'épuisement à la fin des journées. Ça avait, au moins, le mérite de tenir à distance ses ruminations face à ce qu'elle avait vécu ou, encore, sur les nombreux scénarios possibles.
Est-ce que je vais être capable de retravailler? Est-ce que je vais pouvoir avoir des enfants? Comment va-t-on pouvoir établir une relation amoureuse alors qu'on habite dans deux pays différents? Est-ce qu'il va toujours vouloir de moi si je ne peux pas avoir d'enfants? Est-ce que les gens ne vont pas trouver ça, un peu, bizarre?
Chassez le naturel et il reviendra au galop.
Elle avait beau chasser toutes ses peurs, elles ne revenaient la hanter que pour l'étouffer davantage.
Elle dormait beaucoup et, au moins, elle pouvait compter sur tous les membres de sa famille, ses parents, ses amis et sur Charlie pour la divertir de l'ennui des lits d'hôpitaux. Fixer un mur blanc n'avait rien d'amusant en soi et l'énervait plus que d'autre chose. Charlie profitait des occasions où elle avait de la visite pour quitter la chambre d'hôpital de la brune et ainsi, reprendre une hygiène de vie plus adéquate. Les infirmages avaient cessé de tenter de le mettre dehors après la fin des heures de visite : ça ne fonctionnait aucunement.
Son état de santé s'améliorait, aussi.
La médicomage qui était responsable de son dossier lui avait assuré que d'ici la fin de la semaine, la jeune femme obtiendrait son congé – avec bien sûr, un arrêt de travail d'au moins trois semaines. Elle avait pu se débarrasser de l'attelle qui supportait son bras ce matin même, durant sa visite de bilan, et la médicomage avait mentionné que l'infection qui s'était logée près du col de l'utérus s'était résorbée. Plusieurs rendez-vous de suivi avaient été annoncés afin de surveiller le développement des fonctions utérines ainsi qu'un suivi avec une psychomage afin de diminuer l'intensité du stress post-traumatique vécu afin qu'il ne développe pas un trouble de la santé mentale. Hermione réussissait, également, à se lever de son lit. Elle réussissait, même, à marcher une vingtaine de pas sans souffrir, ce qui était en soi, une victoire et un élément qui améliorait son moral. Au moins, elle pouvait sortir de cet affreux lit qui était sa prison personnelle.
La jeune femme avait détesté cette sensation de dépendre des autres. Elle détestait, également, être entre ces quatre murs. Hermione avait l'impression de n'avoir plus aucun contrôle sur sa vie et en plus de l'agacer, cela n'aidait en rien l'expansion de ses ruminations. Elle avait l'impression fugace que depuis la fameuse conversation qu'ils avaient eue, Charlie et elle, dans la nuit du dimanche, ils n'avaient eu aucun moment pour profiter l'un de l'autre. Le sentiment de plénitude qui l'avait envahi commençait à se dissiper et cela ne l'amenait aucunement à se détendre. Après tout, s'ils avaient eu ce type de relation pendant, aussi, longtemps, c'était par un manque de communication ainsi qu'un éloignement.
Il était définitivement temps qu'elle sorte de ce foutu hôpital.
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Épuisée par son avant-midi, la jeune femme avait sommeillé dès les dernières bouchées du sandwich au poulet infâme, que produisait la cantine de l'hôpital, ingérée. Charlie s'était assis dans une chaise à proximité du lit, profitant de quelques minutes de calme, décidé à aller au Terrier un peu plus tard. Il feuilletait distraitement la nouvelle édition du Chicaneur parue le matin même. Sa concentration diminuait au fil des jours qui passait : le manque de sommeil se faisait durement sentir, même pour lui qui était habitué à jongler avec des horaires plutôt difficiles à supporter. Le jeune homme passait rapidement les articles qui traitaient de leur peur pour les attaques qu'avait subies la communauté magique, récemment. Ce sujet alimentait, déjà, à lui seul, la majorité des conversations qu'il devait supporter... Il n'était pas nécessaire d'en faire sa lecture, en plus.
Quelques heures plus tôt, Luna et Fred étaient venus visiter la jeune femme à la suite de l'examen de routine de celle-ci. Lorsque le rouquin était entré dans la chambre, trente minutes après leur arrivée, le couple lui avait annoncé qu'ils retardaient, encore, leur mariage. Ils craignaient que d'autres événements atroces se produisent. C'était normal. Mais c'était épuisant moralement de retourner dans ce climat de peur qui avait infecté le monde magique. Même si la plupart des gens en parlaient de manière détournée, cette frayeur était sous-jacente à n'importe quelle conversation. Par chance, George était arrivé avec ses deux enfants, Roxanne et Jonah, qui avaient réussi à mettre de la vie entre les cinq adultes inquiets.
Harry cogna à la porte de la chambre, mettant fin au silence calme de la chambre. Il n'attendit pas un signe de la part de Charlie ou d'Hermione, qui dormait toujours, pour entrer dans la pièce, suivit de près par Ron. Les deux amis étaient venus visiter la médicomage, la veille, mais ils l'avaient retrouvée endormie, complètement épuisée de sa journée. Ils avaient pris la décision de revenir la voir, le lendemain. Charlie releva la tête légèrement pour les saluer avec un sourire, pendant que les deux aurors s'installaient sur les quelques chaises éparpillées autour du lit.
« Elle dort, encore? » demanda Ron, qui s'installait sur l'une des chaises libres de la chambre.
Son petit frère pouvait, vraiment, poser des questions évidentes.
« C'est que t'as le sens de l'observation, Ronnie. » ironisa Charlie en levant légèrement les yeux, exprimant ainsi une petite partie de son découragement pour cette question. Son frère eut un petit grognement. « Elle s'est rendormie après avoir mangé. Roxy et Jonah l'ont épuisé, ce matin, quand ils ont su qu'elle était de nouveau capable de marcher. »
« Ah. » Seule réponse que Ron trouva à répondre. « Tu crois que c'est mieux si on revenait plus tard? »
« Elle a vraiment hâte de vous voir. »
Les deux amis hochèrent de la tête.
Charlie s'était levé pour réveiller la jeune femme. Et, avant qu'il ait pu faire un geste, Harry demanda :
« Elle va bien? »
Le Survivant avait un besoin – égoïste, peut-être – de se protéger. Si Hermione n'était pas la même que celle qu'il avait connu, il voulait être préparé avant d'y être confronté. Charlie acquiesça avec un sourire.
La situation médicale était sans doute plus compliquée, mais valait mieux ne pas s'embarrasser dans les détails. L'espoir fait vivre. Non?
« La médicomage a dit ce matin qu'elle aurait probablement son congé avant la fin de la semaine. Elle reprend du mieux, mais elle n'a pas vraiment envie de parler de ce qui est arrivé... Ce qui est normal. Et elle dort beaucoup. Tout devient un gros effort physique pour elle, je crois. »
Voyant qu'ils étaient rassurés, le dragonnier réveilla doucement la jeune femme qui grommela quelque chose avant d'ouvrir les yeux en papillonnant, un peu étourdie.
Ron chuchota quelque chose à Harry comme quoi, s'ils avaient réveillé Hermione de la sorte, ils auraient eu droit à un silence boudeur pendant une journée complète. Le Survivant avait éclaté de rire en répondant qu'ils avaient rarement essayé de la réveiller de manière douce. Pendant leurs messes basses, la brune avait réussi à émerger de son sommeil et elle avait demandé à son petit-ami (ce qu'elle aimait pensé à Charlie de cette manière, même si le terme était selon elle, beaucoup trop insuffisant), s'il pouvait lui amener un verre d'eau, ce qu'il avait fait. Elle but deux gorgées sous les regards attentifs de ses amis. Le dragonnier était retourné s'asseoir sur sa chaise, tentant d'étirer ses jambes au maximum.
Rien faire pouvait être épuisant. Surtout dans le cas d'un dragonnier.
« Vous allez bien? » demanda Hermione, en faisant un sourire à ses amis.
« C'est plutôt à toi qu'on devrait poser cette question. » rétorqua Harry.
Ils avaient toujours été comme ça. Le bien-être des deux autres surpassait le leur. Ils avaient chacun leur vie, une famille dans le cas d'Harry et de Ron, mais c'était eux, avant tout. Ça avait toujours été ainsi depuis leur onze ans.
C'était leur trio contre le reste du monde.
Ils avaient accepté d'incorporer des personnes, au fil du temps, à leur amitié, mais ce n'était pas la même chose. Ses meilleurs amis étaient un véritable prolongement d'Hermione. Ils étaient, un peu, comme des triplets qu'on avait séparés à la naissance. C'était inexplicable.
« Vous avez l'air épuisés. » releva plutôt la jeune femme, en fronçant des sourcils. « Vous avez le même air que Charlie. »
« Toi aussi, tu as une tronche horrible, 'Mione. » déclara Ron, en souriant.
Une moue ironique se dessina sur le visage de la jeune femme. Tandis que Charlie grinça qu'il n'avait pas une mine horrible. Ce qui vit pouffer de rire le trio d'amis. Le dragonnier arborait des cernes épouvantables sous chacun de ses yeux : comme toutes les autres personnes dans la pièce.
« Tu nous as manqué. » avoua, enfin, Harry.
« Il fallait bien que je me réveille, qu'est-ce que vous auriez fait sans moi? » argua-t-elle, malicieuse, décidée à ne pas tomber dans l'émotion.
« On aurait eu la paix, ça je peux te le dire! » blagua Ron, suivant la lancée de son amie.
« La ferme, Ron, tu commençais à l'imiter tellement que tu t'ennuyais d'elle! » Le Survivant marqua une pause et observa la brune, alors que les oreilles de l'interpellé prenait une jolie teinte rouge. « Il n'arrêtait pas de me dire qu'il fallait que je mange ou que je dorme! Drago m'a même dit que si tu continuais comme ça, t'étais sur le point de venir me border. »
« Tu exagères! » rétorqua le rouquin en éclatant de rire. Il se tourna à son tour vers la jeune femme, le visage un peu plus grave. « Sérieusement. » Ron n'était pas doué avec les émotions. Il se gratta légèrement l'arrière de la tête, mal à l'aise. « Ne nous fais plus ja-mais aussi, peur. On a vraiment cru que c'était la fin. Encore plus qu'en deuxième année, quand t'étais paralysée. »
La tentative de conserver la conversation comique cessa, aussitôt.
Ron affichait un air désemparé, celui qu'elle devinait qu'il tentait de dissimuler depuis mercredi. Harry acquiesça à ses paroles, un air plus sérieux sur le visage.
Charlie décida de se lever de sa chaise pour quitter la pièce afin de leur laisser un peu d'intimité, il fit un petit signe de la tête aux trois amis, qu'aucun ne remarquèrent vraiment.
« Je… Oui. » Hermione hocha positivement de la tête, fébrilement, tentant de refouler les larmes qui pointaient au coin des yeux. « Je vais essayer. »
« N'essaie pas. » Ron grommelait, mais il s'était levé pour s'asseoir sur le lit près de la jeune femme. Cette dernière attrapa sa main. « Réussi. Ce n'est pas compliqué. »
La brune eu un petit éclat de rire, alors que des larmes tombaient sur ses joues.
« Ron! » s'exclama Harry, en s'assoyant de l'autre côté du lit que le rouquin avait réquisitionné. « Tu l'as fais pleurer. On s'était promis de ne pas la faire pleurer. »
« Bah… » ronchonna ce dernier, pendant qu'il prenait du bout des doigts une boîte de mouchoirs pour la tendre à Hermione. « Ce n'est pas ma faute si elle est aussi sensible. »
Toujours autant de délicatesse.
Hermione secoua la tête, par dépit, avant de renifler dans un mouchoir, puis de tenter de faire disparaître les larmes qui avaient coulées sur son visage. Elle avait l'impression qu'elle ne faisait que pleurer depuis son réveil.
La jeune femme se rappela les quelques jours qui avaient suivi son réveil, lors de sa deuxième année quand l'équipe des professeurs avaient réussi à réveiller les élèves qui avaient été paralysés par le basilic. Si des doutes avaient subsistés, à l'époque, sur l'amitié d'Harry et de Ron, ils avaient été complètement balayés. Le Survivant lui avait demandé de ne plus jamais leur faire ça et le rouquin lui avait tenu une longue tirade sur les conséquences de son absence dans leur quête. Il avait terminé son discours en tentant de la convaincre de faire un pacte de sang que plus jamais elle ne se mettrait en position de danger sans leur en parler, au préalable – bien sûr, avait-il insisté, c'était pour leur survie et non, parce qu'il s'était inquiété. Bien sûr.
« Tu es d'une élégance. » commenta le rouquin, en l'observant se moucher.
« Arrête de me faire pleurer, Ronald Weasley, et je vais entrer dans tes standards de beauté. » grommela-t-elle, pour la forme, alors qu'Harry faisait un signe à ce dernier pour appuyer ses derniers propos. « C'est compliqué tenter de rester en vie quand je vous ai comme meilleurs amis. » Un autre reniflement. « Une chance que je vous aimes. Parce que… »
« Nous aussi, on t'adore, 'Mione. » prononça le Survivant avec un sourire en coin. « Mais là, ce n'est pas de notre faute. »
« T'en es certain? » soupira la jeune femme. « Je suis sûre que vous êtes impliqués d'une manière ou d'une autre. La Terre exploserait à cause d'une météorite que vous réussirez à en être la cause. »
Les deux aurors s'observèrent. Ils n'étaient pas prêts à parler tout de suite de l'avancée du dossier d'Elias Lestranges. Pas tout de suite, en tout cas.
« Tu as vraiment une mauvaise estime de nous. » commenta Ron, en levant les yeux au ciel. Il sorti, tout de même un sac de bonbons de sa poche. « Je t'ai amené ça. Je voulais amener de la crème glacée, ta préférée, là… Aux biscuits noirs… »
« Aux oréos. » précisa Harry, avec un sourire. Comptez sur Ronald Weasley pour changer de sujet, en toute subtilité.
« Ouais, c'est ça. Aux oréos. » continua le rouquin, en se grattant de nouveau l'arrière de la tête. « Mais je maîtrise vraiment mal les sorts de stase et tout ça… Bref, j'avais peur que ça fonde dans mes pantalons. Alors, je t'ai amené des Jelly Beans. À la gomme… »
« Au chewing-gum. » compléta, une nouvelle fois, le Survivant.
Hermione prit le sac de friandises avec un sourire attendri sur le visage.
« Merci, Ron. » La jeune femme se réfugia, avec le plus d'adresse que son état physique le lui permettait, dans les bras de ce dernier. Puis, planta un baiser sur sa joue, ce qui le fit automatiquement rougir. Le rouquin n'avait jamais été à l'aise avec les accolades physiques. Puis, elle recula en le regardant de manière amusée. « Je suis presque étonnée que tu aies résisté à les manger. »
Il lui fit une grimace ironique.
« Et, je l'ai aidé! » mentionna le Survivant, qui voulait visiblement avoir l'attention de leur amie. « T'aurais dû le voir dans la boutique des moldus… J'ai regretté d'avoir oublié l'appareil-photo… »
La médicomage s'engouffra dans les bras d'Harry pour lui faire un câlin, à son tour, en éclatant de rire.
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Trois quarts d'heure plus tard et le sac de bonbons était terminé – les deux aurors avaient contribué à la disparition des friandises. Hermione leur avait parlé de son état de santé physique et elle avait effleuré les quelques peurs qui la rongeaient. Sans aucune surprise, la jeune femme leur avait parlé de Charlie. Et, elle les avait réprimandés sur leur idée im-bé-ci-le d'être allé le voir pour lui reprocher l'état dans lequel la médicomage s'était retrouvée, une semaine plus tôt, à la suite de leur baiser.
À chaque fois le sujet risquait de se poindre vers leurs découvertes, Ron et Harry relançaient un autre sujet. Ils préféraient attendre que le dragonnier soit présent, les deux sachant très bien que ce dernier était plutôt doué pour gérer les émotions d'Hermione. Et, connaître la véritable identité d'Elias allait, les deux aurors s'en doutaient, créer une montagne russe dans le cœur de leur amie.
Lorsque le rouquin passa la porte, les deux amis s'observèrent, en grimaçant légèrement, ce qui alerta leur amie.
« Pourquoi vous grimacez? » questionna, immédiatement, la brune, en fronçant les sourcils.
Ils poussèrent un soupir.
« Il faut qu'on te parle… » Harry remit en équilibre ses lunettes sur son nez. Puis, il se retourna vers le frère de son meilleur ami. Ron s'était levé du lit, mal à l'aise. « Enfin, qu'on vous parle. »
Ce dernier fronça les sourcils, mais il s'approcha tout de même et prit place sur l'une des chaises.
« Ça concerne Elias… » commença prudemment Ron.
Le visage d'Hermione se ferma, aussitôt. Avant de devenir carrément livide.
« Je suis désolée… » murmura la jeune femme.
Les trois hommes froncèrent les sourcils.
« Tu es désolée, pourquoi? » demanda le Survivant, en s'emparant de sa main, calant ses doigts entre les siens.
« J'aurais dû… » Hermione se mordilla la lèvre, puis replaça une boucle brune derrière son oreille. « C'était sous mon nez. Tout ce temps… J'aurais dû… J'aurais dû me douter qu'il y avait quelque chose. »
« Hermione, tu ne pouvais pas savoir. » déclara Charlie, mettant son mot dans la conversation. « Personne ne t'en veux de ne pas avoir vu que c'était un malade… Si, justement, tu t'es fait avoir, c'est qu'il jouait bien son jeu. »
« Charlie a raison. Tu ne peux pas tout savoir. » souligna Ron.
De nouvelles larmes commençaient à se créer aux coins des yeux de la jeune femme, alors que son visage se baissait, honteusement.
Le dragonnier eut une soudaine envie d'accrocher ses mains à celui-ci et le relever afin de tenter de la convaincre qu'elle n'avait rien à se reprocher dans cette histoire.
On s'inquiétait sans cesse de ses blessures physiques, mais on oubliait souvent celles qui se rattachaient à l'émotionnel. Hermione agissait, certes, à l'inverse de ce qu'elle avait fait sept ans plutôt : elle acceptait et tentait de profiter de l'aide qu'on lui proposait au lieu de s'enfuir dans un pays étranger avec un quasi-inconnu. Pourtant, ça ne voulait pas dire qu'elle allait mieux pour autant.
Les cauchemars, l'évitement, l'anxiété refaisaient surface. Les vulnérabilités d'Hermione étaient bien présentes. Plus que jamais.
Les doigts d'Harry caressèrent doucement l'épiderme de la main de son amie, tentant de la rassurer. Ça n'allait pas être facile. Non.
« Hermione… Je sais que c'est difficile… »
Le jeune homme avait chuchoté, comme si cela diminuait le poids de ce qu'ils devaient annoncer, lui et Ron.
Il jeta un regard, d'ailleurs, à ce dernier afin d'obtenir du support.
« On sait que… » commença le rouquin, hésitant sur la manière idéale pour poursuivre, hésitant.
« Vous ne savez rien. » coupa Hermione, en relevant la tête. « Vous n'étiez pas là. Vous ne savez pas. Vous ne pouvez, juste, pas imaginer. »
La brune n'était pas juste. Ils ne méritaient certainement pas ce reproche. Mais la jeune femme avait eu besoin de le nommer, de le dire. Ils ne pouvaient pas savoir. Ils pouvaient tenter de s'imaginer, mais ils n'avaient pas été à sa place.
Ce n'était pas eux qui avait été trahi de la pire des manières : elle s'était fait torturer par une personne en qui, elle avait assez confiance, pour partager une partie de son intimité. C'était cruel.
« Alors, dites ce que vous avez à dire. » déclara la médicomage. « Directement. Sans passer par un million de chemins. S'il vous plaît. »
Harry décida de prendre le rôle de porteur de mauvaises nouvelles. Ron n'en serait jamais capable, ou il le ferait de manière indélicate.
« Elias est… » Il hésita, un instant. « Le véritable nom d'Elias est Lestranges. »
Le souffle d'Hermione se coupa.
C'était impossible.
Charlie s'approcha de la jeune femme lorsqu'il vit la peau devenir encore plus blême qu'elle ne l'était, déjà – ce qu'il croyait physiologiquement impossible.
« Je… » La voix de la brune était pratiquement un gémissement de douleur. « C'est impossible. Non. Non. Harry. Harry, vous avez fait une erreur. C'est pas possible. » Elle sentait ses poumons se vider complètement d'oxygène.
Elle avait l'impression qu'elle était en train d'étouffer.
« C'est impossible. »
Hermione répétait ces trois petits mots, inlassablement, comme une comptine pour se convaincre que c'était, effectivement, impossible. Pourtant, malgré la répétition de ces mots, les visages d'Harry et de Ron ne changeaient pas. Elle n'entendait même plus la voix de Charlie, qui tentait de la ramener dans l'immédiat.
La médicomage avait l'impression d'être une simple observatrice de la scène. Son esprit tentait de chercher une explication rationnelle – parce qu'il devait bien en avoir une. Elle n'avait pas eu vraiment des rapports sexuels avec un quelconque membre de la famille de Bellatrix Lestranges, si? Elle n'avait pas vraiment pensé présenter à ses parents un potentiel ancien mangemort, si?
Elle avait envie de vomir. Hermione n'avait même pas conscience qu'elle pleurait ou qu'elle répétait les trois petits mots comme une litanie. Elle n'avait pas conscience, non plus, qu'Harry ou Ron tentaient de la calmer. Elle n'avait pas conscience de ses ongles plantés dans sa peau qui se grattaient à vif, comme pour tenter de se débarrasser de toute trace qu'Elias aurait pu laisser.
Ce fut Charlie, qui la ramena dans l'instant présent. Il était assis par-dessus ses jambes, sur son lit, et s'était emparé de ses poignets, l'immobilisant et l'empêchant de faire un autre geste.
« Hermione, regarde-moi. » Il chercha à attraper son regard, alors qu'elle revenait lentement à elle. « Regarde-moi. Hermione. » Le rouquin insistait. Alors, qu'elle, elle essayait de se débattre. « Non, arrête, Hermione. Hermione. »
Sa poigne se resserrait lui faisant mal, mais c'était exactement la sensation qu'elle recherchait. Se faire mal.
« Respire avec moi. Respire. » Ses yeux bleus épinglèrent enfin les siens. La jeune femme hocha positivement la tête, avant de suivre les indications de Charlie – enfin.
Après un moment – une éternité – selon toutes les personnes présentes dans la chambre, elle avait réussi à retrouver un semblant de calme. Précaire.
Le Survivant avait attendu patiemment qu'elle soit prête à attendre le reste et c'est seulement lorsqu'Hermione lui confirma qu'il pouvait continuer qu'il recommença à parler. Ainsi, Harry lui partagea toutes les informations qu'ils avaient pu recueillir dans les derniers jours : l'attachement d'Elias au groupuscule extrême sur lequel les aurors travaillaient d'arrache-pied depuis le meurtre de Wendall, la disparition d'une jeune fille se prénommant Phillys Henley et celle de Michaella Westfield. La médicomage ne l'interrompit pas.
Elle ne le fit pas, non plus, quand Ron lui fit part de l'hypothèse que les nés-moldus étaient visés par les attaques ou, encore, les endroits que les aurors soupçonnaient comme les quartiers généraux de l'organisation.
Hermione ne disait toujours rien. C'était beaucoup à digérer. Énormément.
Elle tenta de rationaliser, comme toujours. Elle tenta de retrouver son sang-froid – ou ce qui en restait.
« D'accord. » La médicomage avait, finalement, réussi à prononcer quelque chose. « Je ne peux pas, vraiment, vous aidez, je ne me rappelle de rien. »
« On ne te dit pas tout ça parce qu'on veut ton aide. » assura Harry. « On te dit tout ça pour que tu sois au courant. Parce que… »
« Parce qu'il y a des chances qu'ils reviennent achever ce qu'ils ont commencé? » compléta Charlie, finalement, dont la formulation s'apparentait davantage à une déclaration qu'à une question.
Les deux aurors hochèrent la tête. Un silence plomba la pièce.
« Il y avait seulement Elias. » déclara soudainement la brune, en fronçant les sourcils. « Personne d'autre ne m'a touché. En réalité, c'est… Il y avait quelqu'un d'autre et c'est… » Elle hésita, un instant, tâchant de ne pas se préoccuper des tremblements de sa poitrine face à la mémorisation de ces douloureux souvenirs. « Je crois que… Je crois que l'autre ne voulait pas qu'il achève son travail. Tout de suite. Et j'ai transplané… »
Personne n'essaya de lui couper la parole. Hermione abordait au compte-goutte ce qui s'était passé. Et, même si, personne ne voulait entendre ce qu'elle avait à dire, se doutant que ce serait douloureux à recevoir, chacun savait que c'était la chose à faire.
« Tu as transplané chez moi. » reprit Ron, après un moment. Sa voix était chargée d'émotion.
Elle hocha la tête. Peu surprise.
« J'essayais de me concentrer sur vous. » Son regard se voila, mais elle tenta de rester rationnelle. « Je pensais à vous pour tenter de diminuer la douleur. J'imagine que lorsque j'ai tenté de transplaner, j'étais en train de penser à toi. Ou à Céleste. Ou à Lavande. »
Il y avait peu de chance que c'était vers cette dernière que ses pensées se portaient.
Le cadet des Weasley s'approcha d'elle pour la prendre dans ses bras, tout en lui caressant les cheveux. Hermione s'accrocha au chandail du jeune homme.
« C'est… » Il était à court de mots. « Merlin. » Ron eut l'impression qu'un troupeau bloquait sa gorge. « Horrible. C'est horrible. Ce type mérite de mourir. Dans les plus atroces souffrances. »
La médicomage cacha son visage dans le chandail de Ron, reniflant légèrement. Ils restèrent en silence, ne sachant pas quoi ajouter d'autre. L'ancien gardien avait tout dit : Elias méritait seulement de mourir, selon eux.
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Les deux aurors étaient restés dans la chambre jusqu'à ce qu'Hermione affiche une meilleure mine. Lorsque la médicomage avait commencé à argumenter sur le fait qu'elle n'avait pas besoin qu'ils placent un auror près de sa chambre pour la protéger, les deux amis avaient compris qu'elle allait mieux.
Charlie, qui était de nature plutôt possessif, n'avait ressenti aucune jalousie face à la proximité d'Hermione avec ses deux meilleurs amis – plus particulièrement avec son frère. Il se doutait bien que ce dernier tenait énormément à elle et ils avaient un passé plutôt… Lourd. Ainsi, le dragonnier s'était gardé de commenter – et le cœur n'y était pas de toute évidence. Ce serait sans intérêt, de toute manière.
Harry et Ron l'avaient quitté en l'embrassant, chacun, sur le front et en lui demandant de prendre soin d'elle. Les deux frères avaient échangé un coup d'œil équivoque et le dragonnier les avait suivis dans le couloir, après avoir assuré à la brune qu'il reviendrait.
Quelques minutes plus tard, Charlie était revenu dans la pièce et s'était assis sur le lit de la jeune femme. Elle avait l'air épuisée autant physiquement que psychologiquement.
« Merci. » Ses doigts vinrent caresser la peau rugueuse de la main du rouquin. « Merci, pour tantôt. »
Elle avait des marques sur ses avant-bras, mais qui étaient beaucoup, beaucoup, moins profondes si le jeune homme ne l'avait pas arrêté. Ce dernier s'approcha d'elle et appuya son front contre le sien et la fixa pendant quelques secondes.
« T'as aucune idée à quel point j'ai juste envie de t'amener en Roumanie. »
« Charlie… »
« Non, Hermione. Si ce n'était que de moi, je ne te demanderais pas ta permission, je t'arracherais de ce lit et j'irai te planquer quelque part où personne ne peut te trouver. Ron m'a, d'ailleurs, fait promettre de veiller sur toi et… Les deux, on est plutôt d'accord sur le fait que ce serait une bonne idée. »
La médicomage ouvrit la bouche, un peu étonnée. Elle ne savait pas du tout comment réagir face à ce qu'il lui disait.
« Je suis prêt à faire n'importe quoi pour que tu sois en sécurité. Avec moi. Loin de ces malades. Je te jure, Hermione… S'il t'arrive quelque chose… Si quelqu'un ose toucher à un cheveu… »
Elle se mordit la lèvre. Charlie n'avait pas peur de se battre, il n'avait pas peur des hauteurs, il n'avait pas peur d'un dragon. Chaque jour, il flirtait avec la mort, dans son travail. Pourtant, il avait peur, pour elle.
Hermione ressentait à la fois une certaine colère face aux potentielles actions impulsives du dragonnier de l'amener (de force) en Roumanie pour la protéger et à la fois un amour, qu'elle était certaine, qui pouvait être inconditionnel envers lui.
Sa main quitta la sienne pour caresser doucement la courbe de la mâchoire volontaire de Charlie.
« Je comprends… Mais imagine. » Ses doigts s'immobilisèrent, un instant. « Imagine combien je me sentirais coupable d'avoir laissé ces psychopathes entrer dans la vie de toutes les personnes que j'aime et de ne pas être là pour les aider. »
« Ce n'est pas de ta faute. »
« Et, ce n'est pas de ta faute, non plus, ce qui est arrivé. » Son index atteignit la lèvre inférieure de Charlie. « Je ne suis pas une chose fragile. Je n'arrête pas de te le répéter depuis sept ans. »
Le jeune homme embrassa doucement le galbe de son doigt. Sa respiration se freina face à son mouvement. Elle avait l'impression que l'air n'était plus suffisant à sa survie, qu'elle devait embrasser cet homme qui se tenait devant elle. Cet homme qui avait l'air aussi fort qu'une montagne et qui lui montrait toute l'étendue de ses vulnérabilités, à la fois.
Sans plus réfléchir, Hermione posa ses lèvres sur les siennes, alors qu'il la serra si fort dans l'étau de ses bras, qu'il pouvait presque l'étouffer. Il lui faisait mal, mais elle ne s'en plaignait pas. Elle avait un besoin maladif de sentir le rouquin partout.
C'était facile d'oublier avec lui. Et seul le goût désespéré de leur étreinte lui donna le courage de le repousser, délicatement, quand ses mains relevèrent son chandail pour se faufiler vers ses omoplates laissant une traînée de fourmillements sur leur passage.
La brune dut prendre quelques secondes pour reprendre son souffle.
« Je t'aime, Charlie. » Sa voix était un chuchotement. « Je t'aimerais, même si tu m'amènes en Roumanie contre mon gré. Mais sache que je vais t'en vouloir longtemps, par exemple, si tu le fais. »
Il se recula et eut un petit sourire.
« Me ferais-tu du chantage émotif, par hasard? »
Hermione poussa un soupir, presque enfantin.
« Si c'est la seule chose qui t'empêche de faire quelque chose d'irréfléchi, oui. »
« Je ne te quitterai pas d'une semelle, si tu ne veux pas que je t'amène en Roumanie. »
Le sourire de la médicomage s'agrandit face à l'avertissement du dragonnier.
« Ça me va. Je n'ai pas envie que tu ne partes nulle part, de toute façon. »
Le dragonnier secoua la tête, un peu exaspéré par la manière qu'il la laissait l'embobiner.
La jeune femme ne se rappela pas vraiment comment elle avait réussi à s'endormir face à toute la tension ressentie, cependant elle se souvenait juste du mouvement circulaire des doigts de Charlie qui caressait ses cheveux et qu'elle espérait de toutes ses forces que tout irait mieux.
