Sirius culpabilisait d'avoir épié Remus et avoir créé de nouvelles cicatrices sur son corps et son visage qui n'avaient pas disparu malgré les potions. Le concierge avait raison, il était inconscient ! Le loup ne tarderait pas à revenir. Il blesserait encore Remus. Et si à cause de lui, il était désormais toujours aussi violent ? La cicatrice sur le visage de Remus était la preuve de sa cruauté. Elle était épaisse et profonde : tout le monde l'avait vu. Remus avait dit à leurs camarades qu'il était tombé dans des escaliers. Sirius avait avoué la vérité à James et Peter.
Peter et James ne lui en avaient pas voulu de sa mésaventure. Au contraire, ils s'étaient montrés inquiets pour eux deux. Le caractère de James demeurait impulsif mais il se bonifiait avec l'âge et il comprenait de plus en plus Sirius et sa manière de fonctionner. Remus lui avait immédiatement pardonné. Tout le monde lui pardonnait toujours ses erreurs. Sirius le remarquait : il avait beaucoup de chances. Il avait disputé Peter qui voulait seulement l'aider, avait blessé Rémus en le suivant, gâché la fête d'anniversaire de James, et ils ne lui en avaient pas voulu. Ses amis étaient des anges et lui un enfant égoïste.
Le simple fait de faire craquer une marche d'escaliers était une raison suffisante de le haïr chez lui. Cet amour inconditionnel de l'amitié était une force qui le rendait fébrile. Sil la perdait, il perdait tout. Seulement, il la perdrait, dès qu'ils apprendraient la vérité sur le début de leur amitié.
Le concierge avait raison : il devait être responsable de ses actes. Remus était son ami, il devait être responsable de lui. Se remettant à étudier les livres, Sirius négligea tout le reste. La seule chose qui comptait c'était de trouver la solution ! Il était obsédé. Il n'arrivait ni à manger, ni à travailler, ni à aller au sport. Ses notes dégringolaient. Il devait trouver !
Severus vit Sirius s'endormir sur sa table d'étude. S'épuiser pour préparer des farces, c'était vraiment bête ! Si Sirius mettait la moitié de son temps dans ses études plutôt que dans ses farces, il serait brillant. Les livres devant Sirius changèrent de couleur et l'attentif Severus le vit immédiatement. Ce n'était pas son problème !
Trois minutes plus tard, Severus avait cédé à sa curiosité. Il se rapprocha avec prudence. Il regarda les couvertures affichées des titres concernant la lycanthropie, les créatures magiques, les risques de contagion. Il tira lentement le cahier taché d'encre que tenait Sirius. Il étudia les informations notées. Visiblement, Sirius avait le devoir de la contamination magique avec l'habituelle question : pourquoi seuls les humains sont contaminés par la lycanthropie ? C'était un devoir compliqué pour un deuxième année. Les notes de Sirius étaient désordonnées. Il semblait croire que les loups-garous se blessaient, devenaient fous et finissaient par se tuer en étant en permanence isolée alors que ceux vivant librement n'avaient que peu de marques.
Severus le savait. On ne peut enfermer un loup-garou longtemps ou ce dernier meurt en s'arrachant lui-même la peau et en se dévorant. Un tel sujet était morbide.
Sirius semblait fan de loup-garou. Severus soupira. Les zombies, les vampires, les loups-garous, Sirius était un idiot adorant les BD ! Ce n'était surement que ça. Il ne pouvait pas croire qu'il puisse étudier : ce devait être pour un stupide jeu de rôle. Cela dit, si ce n'était que pour les BD, pourquoi le cachait-il ? Avait-il honte d'être fasciné par des créatures de magie noire ?
Severus passa ses doigts dans les cheveux de Sirius qui remua et se colla à lui, aimant les papouilles agréables. Laissant le garçon dormir, Severus se mit à corriger les notes du garçon, le gardant contre lui avec tendresse. Une illumination éclaira son esprit, il savait quoi offrir à Sirius pour le voir perdre son visage fatigué des derniers jours.
Sirius ouvrit les yeux. Il était seul. Ses affaires étaient ordonnées et correctement rangées devant lui. Lui qui aimait tout laisser en bazar ou avait plutôt la flemme de ranger. Il attrapa ses notes. Quelqu'un avait écrit des corrections.
« Les loups garous vivent en meute. Chaque groupe est constitué d'un alpha menant le groupe et de plusieurs autres membres. Ils peuvent s'accommoder d'une meute de loups, de panthères, de chiens, de singes et parfois même un membre avait été vu intégrer dans des groupes de licornes, d'ours ou chevaux sauvages. Intégré dans sa meute, le loup-garou se plie au ordre de l'alpha qui peut choisir de chasser, de piller, de jouer, de vagabonder. Des sorciers parviennent à contrôler une partie du loup en eux et s'amusent en tant que tels sans nier le danger que ça représente. »
Sirius grogna, il n'avait pas écrit ça ou est-ce qu'il devenait insomniaque ? Ce n'était même pas son écriture – qui était plutôt laide et illisible. Là l'écriture était belle et bien formée. Il lut un mot qui lui brisa le cœur : « Le changement est incurable. Tuer la bête tuera l'homme. Il faut apprendre à vivre avec. De nombreux potionnistes célèbres tentent en vain de trouver une formule. »
Une potion ? Est-ce qu'une potion pourrait aider Remus ? Sirius enfonça sa tête dans ses cheveux. Il était nul en potion ! Il regarda le livre posé devant lui. « Amina et Babajide. » Le livre n'était pas un manuel. Il s'agissait d'un livre pour enfant de contes africains comme les petits sorciers de Londres en avaient sur Merlin. Sirius récupéra le livre pour aller le ranger avec l'ensemble des autres livres. Il chercha l'étagère où se trouvait la collection des montagnes de la lune sans la trouver.
Le livre s'échappa de ses mains. S'ouvrant, il s'éclaira en une forêt magnifique. Deux enfants à la peaux noires regardaient autour d'eux en se tenant les mains. Ils se mirent à marcher en sur-place dans l'illustration où une grande lune blanche apparue.
Sirius se pencha, une voix douce dit alors contant l'histoire :
Il y a très longtemps de cela, dans une forêt lointaine où les grands arbres tortueux étaient partout, un peuple de chasseurs vint s'attaquer aux villages s'y trouvant et aux créatures y vivants. Leur chef voulait agrandir ses terres et détruire la forêt tortueuse. Ce grand chef avait un enfant : Babajide. Babajide avait le cœur tendre et l'esprit léger.
Une nuit de pleine lune où l'orage était fort, le grand chef rendit à la terre et au ciel les hommes et femmes du village recouvrant la terre d'un rouge sombre. La femme du grand chef l'arrêta en le voyant s'approcher des enfants, « tu vas mettre les dieux en colère, dit-elle ! » mais le grand chef refusait de l'entendre.
Le grand chef craignait la vengeance d'enfants qui grandirait. Sa femme répéta : essayer ou tuer un enfant, c'était se lancer une malédiction. Le Grand Chef rendit à la terre et au ciel chaque enfant. Amina a vu son père tomber, sa mère tomber, sa petite sœur tomber, comme des branches tortueuses d'arbre. Elle se met à courir, elle se sauve en direction de la forêt lointaine.
Le Grand Chef veut retrouver la petite fille. « Tu es fou ! » lui dit sa femme. Ses guerriers armés et lui prennent leur hachettes et partent en forêt. En plein cœur de la nuit, un monstre sort et se jette sur le Grand Chef. Babajide se place entre le protecteur de la forêt et son père. Il est mordu par le monstre. Les guerriers s'enfuient. Le père voit son fils se transformer en monstre.
« Tu n'es pas un monstre, tu es un loup. »
Le jour est venu. Amina regarde l'enfant face à elle . Babajide pleure. Ne pleure pas, lui dit-elle. « Je suis un monstre » réponds Babajide. « Les hommes sont les monstres. » répond Amina. « Mon père ne veut plus de moi. » Dit Babajide. « Moi, je veux de toi. » Répond Amina.
Amina veut le bonheur de Babajide. Amina prie fort les dieux. Elle leur demande pardon pour le père de Babajide. Elle supplie d'aider son ami. De reprendre le protecteur en lui. « Tu es une bonne fille, » lui dit la déesse de la lune. « Tu es une bonne enfant, » lui dit le dieu de l'orage. « Nous allons te soumettre à des épreuves … »
« Tu devras nous prier tous les soirs. Sois patiente et n'oublie jamais de le faire. Je t'offre mon cristal de lame, tu dois le dissimuler dans l'herbe et ne jamais venir le voir. Ne sois pas curieuse, sache attendre, Amina. »
« Si tu es patiente longtemps, ton amie ne sera plus jamais seule. Amina est patiente. Elle regarde son ami souffrir quand la lune est pleine mais elle ne retourne pas voir les dieux. Elle est si patiente qu'elle n'est plus une enfant. Amina est devenue une femme. Elle prie fort les dieux, elle appelle à l'aide, car le grand chef chasse le protecteur dans la foret. »
« Elle prie l'orage, elle prie la lune. Elle entend son cœur. Les dieux la mettent en garde, elle échange son cœur avec celui de la bête, elle ne pourra plus revenir en arrière. La lune et l'orage lui disent d'aller chercher la coupe et de la boire. »
« Tant que tu seras sous la forme de notre enfant, les crocs du protecteur ne pourront rien te faire. »
« Amina sent son cœur battre plus vite. Il bat de plus en plus vite et elle devient une louve blanche. Amina a sauté sur le grand Chef. Elle veille sur le protecteur. Le protecteur veille sur la forêt lointaine. Les mauvais hommes fuient. La lune et l'orage veillent sur leurs enfants. Le loup obéit à la louve. Tant que la louve veille, Babajide, tu ne seras pas un monstre. Tant que tu le protecteur vit, Amina, tu ne seras jamais seule. »
« Et dans la profonde forêt, Amina et Babajide vivent heureux. »
Sirius regarde l'illustration du loup blanc courant à côté d'un loup-garou noir ressemblant à un loup, peut-être un peu plus grand avec des yeux davantage humain. Est-ce que l'épouvantard de Remus était le fruit de son imagination ? Il reposa le livre à côté de lui. Ce conte d'Afrique ne pouvait l'aider. Amina …
L'école d'Afrique avait une spécialisée. Sirius savait parfaitement que Falco Aesalon les avait inspiré.
Il attrapa le livre « du parfait collectionneur de choco-grenouille. » Son doigt descendit jusqu'à la description n°56.
Falco Aesalon : premier exemple connu d'Animagus, pouvait se transformer en faucon
Les yeux du garçon s'agrandirent. « Tant que tu seras un loup, les crocs du monstre ne pourront rien te faire. »
Sirius regarde les mots gravés à la main sur le livre : « Pour Lily E, ton amie dévouée, Molly P. Sorcières et fières. » Il s'était trompé sur Lily : elle était géniale. Souriant de toutes dents, Sirius quitta la bibliothèque trop heureux pour remarque Severus et le sourire heureux qu'il affichait lui-même : il aimait la douleur de Sirius, mais uniquement quand elle était provoquée par lui.
Lily n'en croyait pas ses yeux. Elle regarda davantage à la table des garçons. James était bien en train de lire « l'histoire d'Amina et Babajide. » l'un des contes de la collection « des montages de la lune. » Elle avait un peu honte d'aimer ses livres qui étaient plutôt à destination des six à douze ans. Elle était contente de voir qu'elle n'était pas la seule à les aimer. Quand elle les avait offert à Severus, il avait reniflé en disant « c'est pour les enfants. »
Les histoires des montagnes de la lune étaient tellement romantiques. Toutes les histoires l'étaient. Échanger son cœur de femme avec un cœur de louve pour vivre avec son bien-aimé dans la forêt ! Tellement romantique. Qu'elle aimerait pouvoir retirer sa robe rouge pour en porter une verte.
