Disclaimer : Les personnages appartiennent bien évidemment à Masami Kurumada, sauf pour ceux qui ne sont pas à lui et qui sont à moi…

Rappel du rating : M

Note 1 : Bonsoir à toutes et à tous ! Et comme à chaque fois, encore et toujours, cent fois merci à vous de prendre le temps de lire ma fic, et ma plus sincère gratitude pour vos reviews, qui me procurent les encouragements dont je sais avoir besoin pour poursuivre l'écriture de cette histoire.

ShaSei : Oh, vraiment, un GRAND merci pour ton dernier commentaire ! Il me va droit au cœur, et me laisse penser que je n'ai peut-être pas complètement tort de continuer…

Note 2 : Pour celles et ceux d'entre vous que cela pourrait intéresser, j'ai publié hier - disons que c'était une sorte de spécial Saint Valentin - un petit One Shot décrivant la première nuit entre Ikki et Shaina … (évènement auquel je fais référence dans le chapitre 8 de ma fic). Si ça vous dit d'aller y jeter un œil...

Ceci étant dit... voici un nouveau chapitre de mon histoire, dont, je l'espère, vous apprécierez la lecture…

Il s'agit d'un chapitre un peu sombre... Désolée, j'essaierai de me rattraper une prochaine fois...

Je vous souhaite une bonne lecture...


"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."

Albert Camus


Chapitre 17

8 octobre 2001

Environs de Kaboul, Afghanistan, dans la nuit

Aleix serre la petite contre lui. Celle-ci s'accroche à son bras, la tête enfouie dans le creux de son épaule. Elle s'est enfin arrêté de pleurer, mais il a fallu un long moment pour la calmer. Et depuis, elle n'a pas prononcé un mot.

Il la berce doucement, en l'enveloppant de son cosmos, pour lui faire comprendre qu'elle n'a pas plus rien à craindre. Mais il sait que, quoi qu'il fasse, il ne pourra pas soulager sa peine, ni lui faire oublier l'horreur de ce qu'elle vient de vivre. Car il ne lui reste plus rien. Elle a tout perdu, à l'exception de cette poupée, recouverte de sang et de poussière, qu'elle tient dans sa main, et qu'elle serre de toutes ses forces.

Les bombes qui se sont abattues sur son village il y a quelques heures lui ont tout pris. Et le Capricorne ne peut effacer de sa mémoire l'image insoutenable de la petite fille, lorsqu'ils l'ont retrouvée au milieu des ruines.

Vjeko et lui venaient de traverser ce village, paisible et presque déjà entièrement endormi, à peine quelques minutes plus tôt. Et Aleix se souvient parfaitement de cette enfant, qu'ils avaient surprise en train de jouer devant sa maison, alors que ses parents la croyaient certainement déjà dans son lit. Il se rappelle qu'elle lui avait souri, sans paraître ni surprise ni effrayée par la présence de ces deux étrangers. Et Il avait répondu à son sourire, avant de poursuivre son chemin.

Alors, quand ils avaient senti la chaleur et la violence des bombes s'écraser sur le sol, Aleix avait tout de suite pensé à elle tandis qu'ils courraient déjà vers le village. Et il ne pourra jamais oublier ce qu'il a vu en arrivant là-bas.

La petite se tenait debout, au milieu des cendres et des flammes. Elle était droite sur ses jambes, le regard vide et froid fixé devant elle, sans la moindre larme, sans le moindre cri. Elle ne bougeait pas, elle ne tremblait pas. Elle serrait sa poupée dans sa main, sans prêter attention au sang qui s'écoulait de son bras et qui la tâchait peu à peu.

Le Capricorne avait cru perdre la raison face à l'image insupportable de cette petite, qui, il n'en avait pas le moindre doute, venait de perdre tous ceux qu'elle aimait, tous ceux qui comptaient pour elle.

L'un des missiles avait touché sa maison de plein fouet, et celle-ci avait volé en éclats. Il n'en restait plus rien, et il ne restait plus personne à l'intérieur. Il ne restait plus que des cadavres et des lambeaux de chair.

Vjeko s'était alors approché d'elle, pour tenter de lui parler, pour vérifier l'état de ses blessures, pour lui venir en aide. C'est alors qu'elle s'était écroulée sur le sol, et qu'elle s'était mise à pleurer. Aleix s'était précipité auprès d'eux, et il l'avait prise dans ses bras. Et il ne l'avait pas lâchée depuis.

Il n'avait donc pas été d'un grand soutien à son camarade pour secourir les autres rescapés du village. De toute façon, il n'y avait plus grand monde à protéger… Plusieurs autres maisons avaient été soufflées par les bombes, et de celles-ci aussi, il ne restait rien. Vjeko était toutefois parvenu à venir en aide aux habitants des foyers qui avaient été épargnés, et il les avait à présent tous mis à l'abri.

Et maintenant, le Phoenix est revenu à ses côtés. Il peut sentir son regard se poser sur lui et la petite, et il perçoit au travers de son cosmos qu'il ne sait pas quoi dire. D'ailleurs, il ne sait pas quoi dire lui non plus. Alors il se tait. Ils se taisent tous les deux.


Sud de l'Afghanistan

Hyoga évalue les dégâts engendrés par les explosions, et constate avec soulagement que personne ne semble avoir été blessé. Le missile qui a touché le hangar dont il inspecte les ruines n'a détruit que les armes et le matériel de transport qu'il abritait, et personne ne se trouvait ni à l'intérieur ni à proximité au moment de l'attaque.

Shiryu le rejoint rapidement, après avoir terminé de contrôler une zone située à trois cents mètres sur sa gauche.

« Il n'y a aucun blessé de ce côté-là. Je crois que les bombes n'ont visé que des zones de stockage d'armements et de matériel.

- C'est pareil ici, lui crie le Verseau. Et heureusement, à cette heure-ci, il n'y avait plus personnes dans les environs.

- Oui, il faut croire que les Américains savaient ce qu'ils faisaient…

- Probablement… Espérons qu'il en soit de même à Kaboul, bien que je craigne que ce ne soit malheureusement pas le cas…

- Je partage ton inquiétude. C'est pourquoi je te propose de retourner là-bas. Vjeko et Aleix auront peut-être besoin de nous, et je ne crois pas que nous ayons quoi que ce soit à faire de plus ici.

- Je suis tout à fait d'accord avec toi ! Allons-y ! »

Et les deux chevaliers d'Or repartent vers le Nord, en direction de la capitale, en implorant leur Déesse pour que l'on dénombre le moins de victimes possible.


Est de l'Afghanistan

Ikki pousse du pied un gros bloc de béton, qui gît au milieu des gravats et des morceaux de verre brisés. Il ne reste rien du baraquement dans lequel les combattants d'Al-Qaïda avaient l'habitude de trouver refuge pour la nuit. Les corps, calcinés et déchiquetés, se mêlent aux cendres et à la poussière, et il est difficile de déterminer avec précision le nombre de victimes.

Toutefois, étant donné l'heure à laquelle les missiles ont frappé le bâtiment, celui-ci n'était pas encore entièrement occupé, et il est donc probable que de nombreux combattants aient pu échapper à cette attaque. Mais il ne peut voir personne nulle part, et aucun bruit ne se dégage des ruines qu'il inspecte.

Shaina se met soudain à crier :

« Par ici, je crois qu'il y a un survivant ! »

Le chevalier du Lion se précipite auprès d'elle, et aperçoit une main bouger sous une plaque de béton. Il la dégage rapidement, et se penche pour vérifier l'état de santé de l'homme qui se trouvait en dessous.

« Non, trop tard. Il est mort. », constate-t-il sur un ton chirurgical.

Il balaie du regard la zone autour de lui, et poursuit, d'une voix toujours aussi froide :

« Je crois qu'ils sont tous morts ou partis. Nous n'avons plus rien à faire ici. »

Le Lion et l'Ophiuchus se dirigent alors vers leurs deux camarades, qui viennent eux-aussi de terminer leur inspection.

« Vous avez trouvé des rescapés ? interroge le Scorpion.

- Non. Il n'y a plus personne de vivant, répond Ikki. Et je ne peux personnellement que m'en réjouir, ajoute-t-il sèchement. Mais je pense que plusieurs combattants ont malheureusement dû réussir à prendre la fuite, car tous n'avaient pas encore rejoint leurs quartiers quand les frappes ont eu lieu.

- Tu parles ! Ils se sont enfuis comme des rats ! s'exclame le Sagittaire, en balayant l'air devant lui d'un mouvement de bras agacé. Nous devrions essayer de les rattraper, et nous débarrasser d'eux nous-mêmes !

- Ne me tente pas, Seiya ! Tu sais que j'en crève d'envie... Mais je ne crois pas que mon frère approuverait…

- Evidement qu'il ne serait pas d'accord ! proteste Jabu. Les ordres sont très clairs : nous devons nous focaliser sur la protection des victimes civiles collatérales. Et il semble que personne ne soit concerné ici. Donc nous ne devrions pas nous attarder davantage.

- Désolé Seiya, mais l'arachnide a raison. Nous n'avons plus rien à faire ici, ni dans les parages.

- Vous n'êtes vraiment que des gentils toutous, incapables de prendre des décisions tout seuls ! murmure le gardien du neuvième temple, presque pour lui-même.

- Pardon ?! Qu'est-ce que tu viens de dire ? s'énerve le Scorpion.

- Rien. Laisse tomber !

- Oh, mais non ! J'ai très bien compris ce que tu insinues. Je ne suis pas sourd ! Et qu'est-ce que tu as contre l'idée de respecter les ordres de notre Pope et de notre Déesse ? Cela te pose un problème ?

- Cela me pose un problème s'ils ne sont pas à la hauteur des évènements.

- Et c'est le cas ?

- Je ne sais pas… C'est à toi de me dire ce que tu en penses. Hein, Jabu, pour une fois, vas-y, exprime-toi, et fais preuve d'un peu d'intelligence, si tu en es capable !

- Je t'emmerde, Seiya ! Non, mais pour qui te prends-tu ?!

- Oh là, doucement vous deux ! essaie de temporiser Ikki. Vous n'allez pas nous déclencher un combat de mille jours pour ça, quand même !?

- Ne t'inquiète pas, ce ne serait pas aussi long… Je le mettrais en pièces en trois secondes, rétorque le Sagittaire avec un sourire malsain sur le visage.

- Bon, cette fois-ci, ferme-la, Seiya ! s'écrie Shaina en se dressant devant lui. Et Jabu, oublie-le cinq minutes, veux-tu. Tu vois bien qu'il n'a pas les idées claires.

- Ouais… Idées claires ou pas, il n'a pas à parler comme ça. Va falloir que tu te ressaisisses, Seiya ! Sérieusement !

- J'essaierai d'y penser ! » conclut l'intéressé, en s'éloignant en direction de la montagne sans se retourner.

Shaina s'apprête à le rattraper, mais Ikki la retient par le bras :

« Non, laisse-le tranquille. Il a besoin d'être seul. J'irai lui parler plus tard.

- Comme tu veux. Mais je ne sais pas s'il sera capable de t'écouter… ».

Shaina regarde Seiya disparaître dans la pénombre, et elle sent une douleur sourde se répandre dans sa poitrine. Elle arrive à percevoir la colère qui se dégage du cosmos du Sagittaire, et cette nuit, celle-ci lui semble différente. Elle lui paraît plus profonde, plus froide, plus noire.

Et plus dévastatrice, aussi.


Environs de Kaboul, peu avant le lever du jour

Vjeko est assis sur le sol, les avant-bras posés sur ses genoux, et il regarde Aleix. Il le regarde depuis des heures.

La petite fille qu'ils ont secourue vient de s'endormir contre lui, et le Capricorne ne semble malgré tout pas décidé à bouger. Et il a la nette impression qu'il ne le fera pas tant qu'elle ne sera pas réveillée.

Son ami a passé toute la nuit à essayer de la réconforter, par la chaleur de son cosmos et la protection de ses bras. Il ne s'est pas levé une seule fois, et il ne laisse toujours pas apparaître le moindre signe de fatigue ni d'engourdissement.

Ce qui n'est pas son cas… Le Phoenix n'en peut plus de rester assis sans rien faire, et ses jambes ankylosées lui font comprendre qu'il a besoin d'exercice.

« Tu ne crois pas que nous devrions l'emmener loin d'ici ? »

Aleix lève les yeux dans sa direction, et s'adresse à lui d'une voix douce et calme :

« Si, il le faudra. Il n'y a plus rien ici pour elle. Mais je voudrais lui laisser le temps de revenir à elle et de reprendre ses esprits.

- Et ensuite, que ferons-nous ?

- Nous devrions la conduire vers le Nord, dans l'un des villages qui accueillent les réfugiés qui fuient les Talibans depuis des mois. Comme nous l'avons fait avec tant d'autres familles précédemment.

- Oui, mais qui prendra soin d'elle une fois là-bas ?

- Je n'en sais rien », confesse le Capricorne, en caressant les cheveux de sa protégée.

« Tu penses qu'elle arrivera à oublier ?

- Je ne crois pas, Vjeko. Es-tu parvenu à oublier, toi ? »

Celui-ci ne répond pas. Mais Aleix sait que son ami n'a jamais pu effacer l'horreur de la guerre et les traumatismes qu'il a vécus chez lui, en Croatie. Même s'il ne lui en a jamais rien dit.

Il le sait, et surtout, il le sent. Au travers de son cosmos, qui semble toujours imprégné d'une part sombre et triste même après toutes ces années, et au travers de ses rêves. Car les nuits du Phoenix sont agitées de nombreux cauchemars. Il a pu s'en rendre compte maintenant qu'il en partage certaines avec lui…

Vjeko se lève subitement, et détend ses jambes engourdies en sautillant sur place.

« Je crois que nous avons de la visite ! »

A ces mots, Shiryu et Hyoga arrivent vers eux en courant. Ces derniers sont immédiatement stupéfaits en constatant la dévastation qui se dresse devant leurs yeux.

« Par Athéna, il ne reste rien ici ! Mais qu'est-ce que les Américains cherchaient à atteindre en visant ce village ? questionne aussitôt le Verseau.

- C'est une excellente question, Hyoga, rétorque le Capricorne, en chuchotant.

- Et qui est cette petite que tu tiens dans tes bras ?

- C'est la seule rescapée de sa famille, et l'un des rares survivants qui aient échappé à cette attaque. J'ai mis des heures à la calmer, et elle vient tout juste de s'endormir. Alors parle un peu moins fort, s'il te plaît.

- Evidemment, pardon. »

« Et toi, Shiryu ? Que penses-tu de tout cela ? poursuit le Catalan.

- Personnellement, je vois deux possibilités : soit ils ont fait une terrible erreur en attaquant ce village, soit ils voulaient tuer quelqu'un de particulier, qui vivait justement dans l'une de ces maisons. Mais dans les deux cas, rien ne justifie d'avoir ainsi visé un lieu n'abritant aucune infrastructure militaire, et où plusieurs familles commençaient leur nuit paisiblement.

- Alors, pourquoi l'ont-ils fait ? le coupe le Phoenix, sur un ton ulcéré.

- Je n'en sais rien. Et comme je viens de le dire, il s'agit peut-être d'une erreur de ciblage.

- Tu veux dire qu'une vingtaine de personnes seraient mortes ce soir, parce qu'un putain d'abruti aurait appuyé sur le mauvais bouton au mauvais moment ?

- Calme-toi, Vjeko, l'interrompt Shiryu, sur un ton qu'il veut apaisant. Et surveille un peu ton langage, s'il te plaît. Nous n'en savons rien, et cela n'a probablement pas de réelle importance finalement. Car savoir ne changera malheureusement rien à ce qui vient de se passer.

- Oui, mais ne crois-tu pas que ce qui s'est produit ici risque d'aiguiser la colère des Afghans contre les Américains ? suggère alors Aleix, avec de l'inquiétude dans la voix.

- Si, évidemment. Mais je ne pense pas que cela soit au cœur des préoccupations des Américains pour l'instant. Et quoi qu'il en soit, cela nous conforte dans l'idée que nous devons rester vigilants, et nous tenir prêts à venir en aide à la population afghane, dès que cela sera nécessaire.

- Donc si je comprends bien, nous sommes encore là pour un bon moment ! déduit Vjeko, en fronçant les sourcils.

- Je crains que ce ne soit effectivement le cas, mon jeune ami. »

Le Phoenix acquiesce par un mouvement de tête, et se tourne vers son coéquipier.

« Bon Aleix, le jour va bientôt se lever. Il serait peut-être temps de songer à partir.

- Mais où comptez-vous aller ? interroge Hyoga.

- Nous pensions accompagner la petite jusqu'à la vallée du Pandjchir, pour la mettre à l'abri dans l'un des villages protégés par les Moudjahidines de l'Alliance du Nord, précise le jeune Croate. Mais, nous ne savons malheureusement pas à qui la confier.

- J'aurais bien une petite idée, répond l'ancien Dragon.

- Ah oui ? le coupe le Capricorne. Peux-tu nous en dire davantage, s'il te plaît ?

- Bien entendu. Je pense à une femme en particulier, que j'ai rencontrée dans le village où vivait le Commandant Massoud.

- Une femme que tu as rencontrée ?! Toi, Shiryu ? Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ? s'étonne le Verseau.

- N'insinue pas des choses qui n'ont aucun sens, Hyoga. Et ce n'est pas le moment de faire de l'humour !

- Oui, bon ça va… Désolé de vouloir un peu réchauffer l'atmosphère, si je peux m'exprimer ainsi…

- Bon, je continue, si tu me le permets. »

Le Verseau approuve par un hochement de tête et croise les bras sur sa poitrine, avec un sourire toujours amusé sur les lèvres.

« Donc, je disais que je connaissais une femme à qui nous pourrions confier la fillette. Il s'agit de la mère du jeune Afghan que Hikari a sauvé le jour de l'attentat contre le Commandant Massoud. Je suis certain qu'elle acceptera de prendre soin d'elle.

- Comment peux-tu en être aussi sûr ?

- Parce que j'ai appris à la connaître, un peu, lors de ma mission là-bas.

- Ah, tu vois ! Je le savais ! Tu l'as connais donc très bien, cette personne ! » s'exclame Hyoga, avant de se raviser, et de s'éloigner pour ne pas subir les foudres de son camarade.

« Bon, là où mon cher et vieil ami n'a pas tort, c'est que je la connais effectivement suffisamment pour penser qu'elle pourrait parfaitement bien s'occuper de la petite. Et je peux me charger de l'accompagner là-bas et d'expliquer la situation, si vous le voulez.

- Entendu, mais je t'accompagne. Il est hors de question que je l'abandonne avant d'avoir la certitude que tout ira bien pour elle. Je pense aussi qu'elle s'est habituée à ma présence ces dernières heures, et j'ai la faiblesse de croire qu'elle se sentira plus en sécurité si je suis auprès d'elle.

- Je le pense aussi, Aleix. Et je serai ravi de faire le voyage avec toi.

- Alors, nous partirons dès qu'elle sera réveillée, si tu es d'accord.

- Je viens avec vous ! le coupe Vjeko, sur un ton catégorique.

- Non, toi, tu restes ici avec moi ! souffle le Verseau. Deux d'entre nous doivent demeurer à Kaboul, au cas où les Américains lancent de nouvelles frappes.

- Mais enfin, Hyoga, il est plus que probable que ce ne sera pas le cas. Ils ont certainement dû se rendre compte qu'ils avaient fait des victimes civiles, et ils vont vouloir calmer un peu les hostilités, au moins pour les prochaines quarante-huit heures.

- Vjeko, je suis désolé, mais je partage l'avis de Hyoga. Tu dois rester à Kaboul avec lui », insiste le chevalier de la Balance.

Le Phoenix hausse les épaules pour signifier son désaccord, et se tourne vers son coéquipier pour chercher un appui.

« Et toi, Aleix, tu ne dis rien ?

- Je crois que Hyoga et Shiryu ont raison. Nous devons rester par deux, et tu seras plus utile ici qu'en venant avec moi.

- Je vois. Alors, je crois que c'est réglé », finit par conclure le Croate, sans ajouter un mot.

…^…

Vjeko regarde le Capricorne s'éloigner, avec la petite Afghane dans les bras.

Cette dernière s'est réveillée à l'aube, et après de longues minutes d'observation, Shiryu a pu lui expliquer ce qu'ils comptaient faire. Elle a d'abord eu le réflexe de se blottir contre l'épaule de son protecteur, avant de se redresser pour donner son accord. Elle a alors disparu un court instant, pour revenir avec un bouquet de fleurs dans les mains. Elle l'a déposé devant les ruines de sa maison, et s'est dirigé vers Aleix, pour lui prendre la main. Ce dernier l'a ensuite hissée dans ses bras, afin de l'emmener loin d'ici.

Et maintenant, ils sont partis. Et le Phoenix est resté à Kaboul. Sans lui.

Vjeko a parfaitement conscience que le Capricorne ne fait que son devoir en escortant la petite rescapée vers le Nord. Et il sait aussi qu'il n'avait aucune raison de l'accompagner là-bas, et qu'il est bien plus utile à Kaboul. Mais, il ne peut malgré tout réfréner le sentiment d'angoisse qu'il sent grandir en lui.

Car il a bien remarqué que quelque chose troublait son compagnon. Il a eu le temps de le lire sur son visage, dans ses yeux, et dans son cosmos. Ce cosmos qu'il connaît si bien, et dont il craint de ne plus pouvoir supporter l'absence.


Est de l'Afghanistan

Ikki déploie son cosmos pour tenter de localiser son ami, mais celui-ci n'est pas facile à trouver. Et il semble même assez évident qu'il mette tout en œuvre pour garantir la solitude dont il a besoin. Mais l'ancien Phoenix est têtu, encore plus têtu que le Sagittaire…

Il intensifie encore son cosmos, et finit par percevoir l'aura de celui qu'il cherche, tout en haut de l'un des nombreux pics rocheux qui les entourent. Il le rejoint facilement en quelques minutes.

« Eh bien, tu sais que tu n'es pas facile à trouver !

- C'est parce que je ne veux pas que l'on me trouve.

- Ça, je l'avais deviné, figure-toi ! »

Ikki observe son camarade avec inquiétude. Il ne s'est pas encore donné la peine de se tourner dans sa direction, et fixe le paysage devant lui, sans la moindre expression sur son visage.

« Seiya, qu'est-ce qu'il y a ? Et épargne-moi tes sarcasmes ! »

Aucune réaction. Pas le moindre mouvement de lèvres, ni le moindre froncement de sourcils.

Le chevalier du Lion n'insiste pas. Il a fourni assez d'efforts pour venir jusqu'ici, et il décide donc d'attendre que son ami daigne prendre la parole. Et il doit attendre plusieurs minutes avant que ce dernier ne consente enfin à briser son silence :

« Tu te souviens de l'époque où seules la haine et la rage te nourrissaient ?

- Oui, je m'en souviens.

- Comment arrivais-tu à te supporter ?

- Que veux-tu dire par là ?

- Je voudrais savoir comment tu faisais pour accepter de vivre, de laisser l'air pénétrer tes poumons, de permettre à ton sang d'atteindre ton cœur. Comment faisais-tu, Ikki ?

- Je ne sais pas. Je me contentais de me maintenir en vie, pour atteindre le but que je m'étais fixé.

- Et tu n'as jamais eu envie d'y mettre fin, justement ?

- A quoi ? A ma vie ? Non, pas au début. Mais quand j'ai commencé à comprendre combien je m'étais trompé, j'y ai songé, parfois. Souvent. Mais tu sais que le destin m'a facilité la tâche plus d'une fois… »

Nouveau silence, plus bref cette fois-ci.

« Tu vois, je crois que malheureusement pour moi, je n'aurai pas cette chance.

- Mais qu'est-ce que tu racontes, à la fin ? Et où veux-tu en venir ? »

Seiya tourne enfin son regard pour le plonger dans celui d'Ikki, et ce qu'il peut y voir le terrifie.

« Je peux te demander un service ? ajoute le Sagittaire.

- Oui, bien entendu.

- Si un jour je t'implore de m'aider à mourir, peux-tu me promettre que tu le feras ?

- Ça ne va pas la tête ou quoi ?! Qu'est-ce qui te prend de me demander un truc pareil ?!

- Ikki, s'il te plaît. J'ai besoin de savoir que je pourrai compter sur toi.

- Mais enfin pourquoi ? Pourquoi me demanderais-tu une telle chose ?

- J'ai mes raisons, crois-moi.

- Eh bien, si tu veux que je songe, ne serait-ce qu'une seconde, à pouvoir accéder à ta requête, il va falloir que tu me les exposes.

- Je ne peux pas. Je n'en ai pas la force. Et je ne suis même pas sûr de vraiment les connaître, quand j'y pense…

- Bon, je ne comprends rien à ce que tu me racontes. Seiya, regarde-moi ! Et écoute-moi bien ! Je ne sais pas ce qui te passe par la tête en ce moment, mais tu dois y mettre un terme tout de suite ! Tu m'entends !? Mais enfin, as-tu oublié qui tu es ? »

« Non, je n'ai pas oublié, justement. Et je crois même que c'est ça le problème… » murmure le Sagittaire pour lui-même, avant de se lever, et d'adresser un sourire forcé à son ami.

« Allez, oublie tout ce que je viens de te dire. Je crois que les attaques de la nuit dernière m'ont fait perdre la tête. Mais j'ai l'impression que d'avoir parlé avec toi m'a déjà remis les idées en place.

- Je l'espère bien ! Mais, tu ne t'en tireras pas aussi facilement ! Je vais te garder à l'œil, sois en sûr !

- Oh, je ne me fais pas de souci pour ça. Je sais que tu as bien d'autres personnes vers qui diriger ton attention. Enfin, surtout une en particulier…

- Je te l'accorde… Mais cela ne m'empêchera pas de veiller sur toi.

- Je te remercie, Ikki. J'essaierai de faire en sorte que tu n'en aies pas besoin. Allez, rejoignons les autres, veux-tu. Tu as quelqu'un qui t'attend avec impatience, j'en suis sûr. »

Le Chevalier du Lion acquiesce d'un sourire chargé de sous-entendus, et commence la descente de la paroi rocheuse.

Seiya le suit, en tentant de concentrer ses pensées sur son ami. Sur lui, mais aussi sur tous les autres. Et sur elle, Saori, sa Déesse. Mais aujourd'hui, il a la douleur de constater que cela ne sert à rien. Cela ne lui procure aucun soulagement, aucun apaisement. Et cela le terrifie plus que tout.


Sanctuaire, Grèce

Kiki gravit les dernières marches qui le mènent au Palais du Pope, et pénètre à l'intérieur. Il a décidé de prendre le temps d'utiliser ses jambes pour une fois, pour faire un peu d'exercice, et par respect pour son supérieur, qui n'apprécie pas les arrivées intempestives dans son bureau.

Mais il est hors de question qu'il se rabaisse à frapper à la porte. Alors il annonce sa venue en s'adressant directement à l'esprit de son hôte. La moindre des choses pour un chevalier d'Or du Bélier…

« Salut Shun ! Je sais que je ne te dérange pas et que tu me permets d'entrer. Alors me voilà ! » s'écrie le Tibétain en refermant la porte.

Shun se lève de son fauteuil et s'approche de son jeune camarade pour le saluer.

« Bonjour Kiki ! Je suis heureux de te voir, et ta bonne humeur est la bienvenue ce matin, crois-moi.

- Je n'en doute pas. Je l'ai senti moi-aussi : la guerre en Afghanistan vient de commencer.

- Oui, effectivement, je le crains.

- Et as-tu eu des nouvelles ?

- Pas directement. Mais je sais que des missiles ont malheureusement frappé un village près de Kaboul, en tuant plusieurs innocents, et que Shiryu et Aleix sont actuellement en route vers le Nord pour mettre l'une des rescapées à l'abri.

- Sais-tu s'il y a eu d'autres victimes civiles ?

- Non, je ne crois pas. Les attaques menées dans le Sud et dans l'Est semblent avoir été beaucoup plus précises, et seuls des sites Talibans ou d'Al-Qaïda ont été touchés.

- Je vois. Et que comptes-tu faire à présent ?

- J'ai le sentiment que les Américains ne lanceront pas de nouvelles offensives avant plusieurs jours. Donc, j'aimerais rappeler tous nos chevaliers au Sanctuaire dès demain. Je pense que chacun appréciera de pouvoir venir se ressourcer ici, et je voudrais tous vous réunir pour faire le point, et discuter de notre stratégie.

- Cela me paraît être une bonne idée, et tombe à pic avec ce dont je suis venu te parler.

- Oui, pardon. Quel est l'objet de ta visite, Kiki ? Je t'écoute, je t'en prie.

- Je souhaite te faire part de mon inquiétude pour Jie-Hu.

- Que veux-tu dire ?

- Le petit ne va pas bien. Il se sent terriblement seul, et je crains qu'il ne perde un peu de lui-même dans son isolement.

- Vraiment ?

- Oui. J'en suis entièrement convaincu. Il a besoin de son maître, et surtout, il a besoin de son père. Pour mener à bien son entraînement, mais aussi pour être auprès de lui. Tout simplement. Tu sais, ce n'est pas facile pour lui de se préparer à devenir le chevalier d'Or du Cancer. Le quatrième temple est une maison compliquée, qui a depuis toujours renfermé des connexions qui échappent à beaucoup d'entre nous, sans dire qu'elles les effraient. Et nous ne pouvons pas laisser Jie-Hu s'aventurer tout seul dans ce monde-là.

- Je comprends. Et que préconises-tu ?

- Penses-tu que Shiryu pourrait ne pas repartir en Afghanistan, afin de poursuivre l'entraînement de son fils ici ?

- Tu crois vraiment que c'est ce qui serait le mieux pour le petit ?

- J'en suis absolument certain, insiste le Bélier.

- Alors, je demanderai à Shiryu de rester au Sanctuaire.

- Merci Shun. Merci infiniment.

- Tu n'as pas à me remercier. Le bien-être de nos apprentis est depuis toujours l'une de mes priorités. Donc, je ne pouvais qu'accéder à ta requête. Souhaites-tu t'entretenir avec moi sur un autre sujet ?

- Non, j'ai terminé, et je ne te dérangerai pas une seconde de plus. Bonne journée, Shun, et à plus tard !

- Attends, je t'accompagne.

- Ah, tu as quelque chose à faire ?

- Non. Mais j'ai quelqu'un à voir. »

Shun suit son jeune camarade jusqu'au bout du couloir, et le salue avant de le laisser s'éloigner. Sa sollicitude pour le fils de Shiryu le touche, et ne le surprend pas. Kiki est probablement le chevalier qui se préoccupe le plus des élèves du Sanctuaire, et il aime savoir qu'il peut compter sur lui pour les protéger à tout prix.

Il prend ensuite une profonde inspiration, et se dirige d'un pas décidé vers les appartements privés du Palais. Il a effectivement quelqu'un à voir. Et surtout, quelqu'un à qui il doit parler.


Est de l'Afghanistan

Shaina tend ses deux bras vers l'avant, et décale lentement sa jambe droite devant elle. Elle plie le genou, se penche légèrement au-dessus de celui-ci, et baisse sa main gauche à la hauteur de ses hanches. Elle ramène ensuite sa jambe gauche contre sa jambe droite, et reproduit encore une fois ces mouvements, toujours lentement. Très lentement. Elle se concentre sur sa respiration, et sur les bruits qu'elle peut entendre autour d'elle. Le frottement du vent dans les arbres, les battements des ailes des oiseaux, les chants des sauterelles dans les buissons.

Finalement, elle doit bien reconnaître qu'elle est ravie que Shiryu l'ait initiée au Tai-Chi, en particulier aujourd'hui. Elle en ressent déjà les bienfaits sur son corps et son esprit, n'en déplaise au Sagittaire... Encore lui. Mais pourquoi doit-il toujours s'inviter dans sa tête ?

Elle n'arrive pas à effacer de sa mémoire la rage qu'elle a pu percevoir en lui lorsqu'il les a quittés la nuit dernière. Cette fureur qu'elle a sentie toujours plus grande, alors que quelques heures plus tôt, quand il était avec elle, il semblait tellement calme.

Comment pouvait-il être aussi différent, exprimer tellement de sentiments contradictoires, en si peu de temps ? C'est comme s'il était coupé en deux, tiraillé entre deux états, déchiré entre la colère et la sérénité, entre la haine et l'amour, entre le dégoût et la compassion. Oui, elle est certaine que quelque chose cloche, que quelque chose ne tourne pas rond, et elle se fait le serment d'en identifier l'origine.

Car elle sait aujourd'hui, comme elle l'a toujours su, que Seiya est l'un des êtres les plus purs qui soit. Qu'il ne sert qu'une seule cause et qu'un seul but : celui de protéger leur Déesse et l'Humanité toute entière. Et elle ne parvient donc pas à comprendre pourquoi il se comporte de la sorte avec les autres. Avec ses amis.

Alors qu'avec elle… Avec elle, il est justement différent. Et cela aussi, elle ne le comprend pas.

Elle repense alors à leur escapade de la veille, au bord de la rivière. Quand ils se sont baignés tous les deux, et qu'il lui a parlé, comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Les mots qu'il a eus pour elle à cet instant résonnent encore dans sa tête, et elle aimerait pouvoir les garder auprès d'elle pour toujours. Et au-delà du bonheur, immense, qu'elle a ressenti en les écoutant sortir de sa bouche, elle a également vu, dans ses yeux et dans son cœur, qu'à ce moment-là, il semblait profondément heureux.

L'arrivée d'un cosmos bien-aimé lui fait ouvrir les yeux, qu'elle tenait fermés jusqu'alors. Et un large sourire illumine son visage lorsqu'elle voit apparaître le détenteur de ce cosmos à quelques mètres devant elle.

Elle passe une main dans ses cheveux, pour les remettre un peu en ordre, et part à sa rencontre. Il se dirige alors vers elle d'un pas sensiblement plus rapide, et il s'empare de sa bouche avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot. Il l'embrasse tendrement, délicatement, avant de se séparer d'elle pour lui déposer un baiser sur le front.

« Que me vaut un tel élan d'affection ? murmure la jeune femme.

- Je t'aime », répond-il simplement.

A cet instant, Shaina comprend une chose. Une chose qui s'avère aussitôt être pour elle une évidence. Oui, en plongeant ses yeux dans les siens, elle comprend qu'elle ne sera jamais plus heureuse que dans les bras de cet homme-là.

« Je t'aime aussi, Ikki ».

Et après avoir prononcé ces mots, qu'elle n'avait jusqu'alors prononcés qu'à un seul autre, toujours le même, elle pose son visage contre son épaule, et elle se met à pleurer.

Ikki caresse les cheveux de la femme qu'il aime et ferme les yeux. Il n'aurait jamais cru ressentir une telle chose un jour. Pas lui. Il était persuadé d'en être incapable. De ne pas en avoir le droit. Encore une preuve évidente que rien n'est jamais joué d'avance, et que le destin, même s'il semble le plus souvent difficile à tromper, peut parfois accepter de faire quelques petits détours.

Les deux amants restent ainsi plusieurs minutes, jusqu'à ce que Shaina relève finalement la tête. Ses yeux brillent encore des larmes qu'elle vient de laisser échapper, et Ikki essuie avec son pouce les quelques traces encore présentes sur ses joues. Il sourit avant de déposer un nouveau baiser sur ses lèvres.

« Je ne pensais pas te mettre dans un tel état… » soupire-t-il. « Excuse-moi. »

La jeune femme sourit à son tour, et passe une main sur ses yeux pour effacer les dernières marques de son laisser-aller.

« Si tu racontes ça à qui que ce soit, je te tue ! » proteste-t-elle doucement, en l'embrassant dans le cou.

Elle recule ensuite de quelques pas, comme pour s'assurer de ne plus perdre le contrôle d'elle-même, et s'adresse finalement à lui d'une voix redevenue parfaitement naturelle.

« Tu l'as retrouvé ? Tu as pu lui parler ?

- Oui.

- Et alors ?

- Alors, il ne va pas bien. Pas bien du tout.

- Et que comptes-tu faire ?

- J'irai en parler à Shun, dès que nous serons rentrés au Sanctuaire.

- Qui c'est qui veut rentrer au Sanctuaire ?!

- Ah ! Jabu !... Ça fait longtemps que tu es revenu ? questionne le chevalier du Lion, en fronçant les sourcils.

- Non, j'arrive à l'instant. Pourquoi, Ikki ? J'aurais pu vous déranger dans une situation gênante ?

- Ça, tu n'en sauras rien ! rétorque l'intéressé. Mais toi, as-tu appris quelque chose ?

- Oui. J'ai pu suivre les traces des soldats qui avaient réussi à fuir, et je sais où ils se sont réfugiés. Dans un autre camp, un peu plus à l'Est.

- Parfait. Nous déménagerons donc là-bas dès notre retour.

- Comment ça dès notre retour ? interroge le Scorpion.

- Oui, Shun est entré en contact avec moi tout à l'heure, et il nous demande de retourner en Grèce dès ce soir.

- Mais pourquoi ? le coupe Shaina, surprise par l'annonce de son amant.

- Parce qu'il souhaite nous réunir tous ensemble pour faire le point sur la situation, et organiser la suite des opérations. Et parce qu'il croit que nous avons tous mérité un peu de calme et de repos.

- Alors ça, il n'a pas tort ! se réjouit Jabu. Je serai ravi de retrouver la propreté du huitième temple !

- Et le joli sourire de Marine ! » ajoute Ikki, avec un clin d'œil pour son homologue doré, qui, pour une fois, semble bien vouloir se dérider un peu…


Sanctuaire

June se lève pour ouvrir la porte de son appartement, et a la surprise de voir Shun se tenir face à elle. Celui-ci lui adresse l'un de ses plus beaux sourires, l'un de ceux auxquels elle n'a jamais pu résister, et penche la tête légèrement sur le côté en réaction à son étonnement.

« Bonjour June ! Je ne te dérange pas, j'espère ?

- Non ! Bien sûr que non !

- Alors… Tu me laisses entrer ?

- Heu, oui ! Bien sûr que oui ! » balbutie la jeune femme, gênée de constater qu'elle bloque effectivement l'accès de son appartement à son visiteur.

Elle se dégage pour l'inviter plus clairement à entrer, et ne peut détacher ses yeux de lui lorsqu'il pénètre dans le salon. Elle sent un irrépressible sentiment de panique s'élever en elle, et elle doit faire un immense effort de concentration pour parvenir à reprendre ses esprits.

« Tu veux boire un café ? Je viens juste d'en préparer une pleine cafetière.

- Non merci. C'est gentil. Par contre, je voudrais bien un verre d'eau, s'il te plaît, demande-t-il en s'asseyant sur le canapé.

- Entendu, je t'apporte ça tout de suite. »

Shun regarde son amie se diriger vers la cuisine et ferme les yeux. Il ne doit pas oublier pourquoi il est ici. Pourquoi il est venu la voir aujourd'hui. Il doit tenir la promesse qu'il s'est faite. Il le lui doit, à elle.

« Et voilà, dit-elle en lui tendant ce qu'il a demandé.

- Merci ».

Le chevalier de la Vierge porte le verre à sa bouche, et en boit une gorgée avant de le reposer lentement sur la table. Ses longs cheveux verts passent alors devant son visage, et June ne peut voir ses yeux lorsqu'il commence à s'adresser à elle.

« Est-ce que tu es heureuse, June ?

- Pardon ? Pourquoi me poses-tu cette question ?

- Je te le dirai dans une minute. Mais avant, réponds-moi, s'il te plaît.

- Je crois que oui. Probablement. Enfin, je ne sais pas…

- Comment peux-tu ne pas savoir ?

- Parce que je ne suis pas certaine de bien saisir le sens que tu donnes au mot que tu emploies.

- Heureuse ? Mais le sens de ce mot me paraît pourtant relativement clair.

- Je n'en suis justement pas si sûre… Mais, si tu entends par là, l'idée selon laquelle je devrais me sentir bien chaque jour de vaquer aux tâches qui sont les miennes. Me sentir comblée par la mission qui m'a été confiée en tant que chevalier d'Athéna. Et me sentir remplie de joie lorsque notre Déesse m'enveloppe de son aura protectrice. Alors, je pense que oui, je peux dire que je suis heureuse.

- Non, ce n'est pas le sens que je donne au mot que je viens de prononcer. En tout cas, pas seulement. Non, June, ce que je te demande, c'est si toi, tu es heureuse. De par ce que tu es, ce que tu vis, et ce que tu partages avec les autres… Avec moi… »

Shun relève enfin la tête, et dégage les dernières mèches de cheveux qui masquaient encore ses yeux. Il plonge son regard dans celui de son amie, qui l'observe déjà fixement.

« Et si je te pose cette question, car je t'ai promis tout à l'heure que je te dirai pourquoi, c'est parce que moi, je le suis. Je suis profondément heureux, June. Je l'ai toujours été, même si la souffrance, la peine et la douleur essaient de me le faire oublier presque chaque jour. Et l'une des raisons pour lesquelles je le suis, et je sais que je le serai pour toujours, c'est parce que j'ai le bonheur de t'avoir dans ma vie. »

June n'est pas sûre de comprendre ce qu'elle vient d'entendre. En tout cas, elle n'arrive pas à y croire. Elle sent que son corps tout entier se met à trembler, et elle n'a pas la force de parler. Et pour l'instant, elle ne saurait de toute façon pas quoi dire.

« Ce que j'essaie de te dire… Assez difficilement, je te l'accorde, ajoute-t-il avec un sourire plein d'affection et de tendresse, c'est que tu es très importante pour moi. »

Shun commence à paniquer. Le scénario qu'il craignait est en train de se produire, et il sent qu'il ne va pas réussir à aller jusqu'au bout. Et les deux grands yeux bleus qu'il sent rivés dans les siens n'arrangent rien à la situation. Il prend une profonde inspiration, et redresse son buste bien droit sur le canapé.

« Oui, ce que je veux te dire, c'est que…

- Je suis très importante pour toi. Oui, ça, tu l'as déjà dit, Shun, le coupe subitement la jeune femme, d'une voix emplie de douceur. Toi aussi, tu es très important pour moi. Et comme je te l'ai dit tout à l'heure, je suis réellement comblée de travailler à tes côtés et de partager ton quotidien depuis tant d'années.

- Oui, mais attends, ce n'est pas ce que je veux te d…

- Non, Shun, c'est à toi de m'écouter maintenant, s'il te plaît. Ne te crois pas obligé d'avoir cette discussion avec moi. Car je suis sûre que c'est le cas.

- Mais non. Pourquoi me sentirai-je obligé de faire une chose aussi naturelle ?

- Enfin, ne fais pas semblant de ne pas comprendre ce dont je parle. Je sais que si tu essaies de me parler aujourd'hui, c'est à cause de ce que j'ai eu la faiblesse de te dire le jour de ton anniversaire. Le jour de l'attentat qui a blessé Hikari. Et je ne le veux pas, Shun. Je ne veux pas que tu crois me devoir quoi que ce soit. Car tu ne me dois rien. Rien du tout.

- Oh mais bien au contraire, June ! Je te dois tellement de choses ! Tu ne peux pas imaginer… Sans toi, je ne serais pas ici… Je n'aurais jamais pu obtenir l'armure d'Andromède, je n'aurais jamais pu retrouver mon frère, je n'aurais jamais pu protéger notre Déesse, je n'aurais jamais pu voir la joie sur le visage de mes frères d'armes une fois la victoire à portée de bras, et je ne serais jamais devenu l'homme que je suis aujourd'hui.

- Le crois-tu vraiment, Shun ?

- Oui, j'en ai la certitude.

- Mais justement, ne penses-tu pas que tu aurais été plus heureux, si tu n'avais pas eu à vivre tout ce que tu viens de décrire ? Car, tu n'aurais pas connu les combats, la souffrance, la mort, la peine. Tu n'aurais pas eu à te battre, ni à tuer, toi qui a cela en horreur. Et surtout, tu n'aurais pas connu Hadès… Donc, comment peux-tu être certain que tu n'aurais pas été plus heureux ?

- Non, June, tu te trompes. Car je sais que c'était mon destin. Comme celui de mon frère et de mes amis. Et je n'aurais jamais pu supporter de ne pas être auprès d'eux. Donc, si, je te dois beaucoup. Et la première chose que je te dois, c'est au moins la vérité.

- Mais quelle vérité ?

- La vérité sur mes sentiments… »

Shun prend une nouvelle fois une profonde inspiration, et reprend la parole aussitôt, convaincu qu'il doit en profiter avant de changer d'avis.

« Je t'aime, June. Je t'ai toujours aimé, depuis que j'ai sept ans. »

La jeune femme ne comprend pas ce qu'elle vient d'entendre. Elle sait qu'elle doit être en train de rêver. Il ne peut en être autrement. Mais les lèvres de Shun, qui se posent sur les siennes, lui font prendre conscience que ce n'est pas le cas.

Ses lèvres sont si fraiches, et son baiser est tellement doux, délicat, inattendu. Inespéré. Elle voudrait que le temps se fige, maintenant, pour l'éternité. Elle ne voudrait plus rien vivre d'autre, jamais. Elle voudrait pouvoir tout oublier après ça. Après ce baiser. Après son baiser.

Mais Shun détache ses lèvres des siennes, et elle comprend aussitôt qu'il est déjà trop tard.

« Cependant, je dois aussi te faire comprendre une chose, et c'est cela qui m'est le plus difficile.

- Quoi ? Quelle chose ?

- Tu dois comprendre que je ne peux pas t'aimer… Je n'en ai pas le droit, et j'en suis profondément désolé.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Pourquoi n'aurais-tu pas le droit de m'aimer ? L'amour n'est-il pas tout ce qui doit diriger le monde ?

- Si, bien entendu. Mais moi, je n'ai pas droit à cet amour-là. Tu comprends ? Je ne peux pas me le permettre. Car vivre la réalité de tels sentiments m'écarterait de mon devoir de Chevalier, et de représentant de notre Déesse.

- Non, je ne comprends pas, Shun. Enfin, es-tu aveugle à ce point pour ne pas voir que même Saori se laisse aller à cet amour interdit dont tu parles ? Ne vois-tu pas que Seiya et elle s'aiment depuis tant d'années, et que plus rien ne les empêche de vivre la réalité de leurs sentiments, justement ?

- Non, je ne suis pas aveugle, et bien sûr que je sais ce qu'ils partagent tous les deux. Mais je ne suis pas comme eux, et moi, je ne me sens pas capable d'une telle chose.

- Et pourquoi ?

- Parce que mon amour est trop grand ! Il balaierait tout dans mon esprit et dans mon cœur, et je n'aurais pas la force de l'en empêcher. Est-ce que tu comprends maintenant ?

- Je ne suis pas sûre, mais j'y parviendrai, Shun. Par respect pour toi, et pour ce que tu dis éprouver à mon égard.

- Alors, est-ce que l'on pourra continuer comme avant ? Car je ne supporterai pas de ne plus t'avoir à mes côtés.

- Bien entendu que cela ne changera rien. Il me faudra simplement un peu de temps, c'est tout. Juste un peu de temps ».

Shun sourit aux propos rassurants de la femme qui a toujours eu une si grande importance dans sa vie. Il sourit à l'idée de ne pas l'avoir perdue, malgré tout ce qu'il vient de dire. Et il sourit en pensant qu'il aura encore le bonheur de pouvoir profiter de son si joli sourire chaque jour.

June sourit à son tour, mais elle sent son cœur se déchirer dans sa poitrine. Bien sûr qu'elle continuera à vivre auprès de l'homme qu'elle aime plus que tout. Mais elle craint que, même si elle lui a certifié le contraire, elle ne soit malheureusement pas capable de continuer comme avant…


Quelque part sur la Mer Egée

Seiya fixe l'horizon devant lui. Le vent et la pluie fouettent son visage, mais il n'y prête pas attention. Il s'en moque même éperdument. De ça, comme de beaucoup d'autres choses. Il ne pense qu'à une seule chose. Une seule chose qu'il voudrait pourtant oublier…

« Mais qu'est-ce que tu fais là, sous la pluie ?! Viens donc te mettre à l'abri avec nous dans le bateau ! Nous devrions arriver au Sanctuaire d'ici une petite heure, donc autant se mettre au sec avant d'attraper une pneumonie. »

Aucune réaction.

« Seiya, tu m'entends ? insiste la jeune femme.

- Pardon Shaina, tu disais ?

- Je disais que tu devrais te mettre à l'abri. Tu vas attraper la mort sous cette pluie.

- Et alors ?

- Et alors quoi ? Viens avec moi, et ne discute pas.

- Non, attends !

- Qu'y-a-t-il ?

- Je sais ce que tout le monde pense de moi en ce moment.

- Que veux-tu dire par là ?

- Mais je n'y peux rien Shaina ! poursuit le Sagittaire, sans répondre à l'interrogation de son amie. Je n'arrive plus à maîtriser ni ma rage ni ma colère. Je ne comprends pas ce qui m'arrive, et cela me terrifie !

- Pourquoi me dis-tu cela à moi ? Pourquoi n'en parles-tu pas aux autres ?

- J'ai essayé de parler à Ikki. J'imagine qu'il t'a tout raconté en détails…

- Non, pas vraiment…

- Mais je ne suis pas certain qu'il ait compris ce que je voulais lui dire…

- Alors tu devrais lui parler encore. A lui, ou à un autre. Tu devrais parler à Shun !

- Non, je ne crois pas.

- Et pourquoi cela ?

- Je ne suis pas sûr de savoir. Mais je ne m'en sens pas capable… Par contre…

- Oui ?

- Je sais que je pourrai te parler. A toi.

- Alors n'hésite pas. Je serai là lorsque tu auras besoin de moi. Mais pour l'instant, viens te mettre à l'abri, s'il te plaît. En tout cas, moi, je retourne à l'intérieur ! »

Shaina fait volte-face, et part rejoindre Jabu et Ikki qui boivent un café au bar du ferry.

Mais elle sent son regard se poser sur son dos. Le regard de son Sagittaire. Et si elle n'est pas certaine de saisir le sens de ce regard, ni le sens de ses mots, elle sait qu'il a besoin d'aide. Et il semblerait même qu'il réclame son aide, à elle.

Et elle n'a pas l'intention de la lui refuser. Elle ne l'a jamais pu, et elle ne le pourra jamais.


A suivre…

Merci de m'avoir lue… j'espère que cela vous a plu…