Chapitre 18 – Et maintenant ?

En entrant dans la grande salle du palais Zora, je vis Impa, Alfine et le Prince Zora en pleine conversation autour d'une table remplie de documents et de plans. Curieusement, une jeune Piaf se trouvait avec eux. Prévenu de notre arrivée, le Prince se retourna vers nous.

- Princesse Zelda, heureuse de voir que vous vous en êtes mieux sorti que moi.

- Cela n'a pas été facile, mais il a finalement accepté de nous rejoindre.

- Tant mieux, on aura besoin de toute l'aide disponible pour cette mission. Mais je vous en prie, rejoignez-nous.

Approchant les autres, je m'aperçus avec horreur qu'un immense bleu ornait le visage du Prince. Je ne l'avais vraiment pas raté. Décidé à réparer ma faute, je me mis à genoux devant lui.

- Votre Altesse, ce que j'ai fait est impardonnable, et je m'en excuse profondément. Si vous souhaitez me punir pour ce que j'ai fait, qu'il en soit ainsi. J'accepterais le sort que vous me réservez.

- Je ne t'en veux pas pour ce que tu as fait Link. Nous étions tellement pressés que nous n'avons pas pensé à quel point ta situation avait été difficile durant tout ce temps. C'est à moi de m'excuser pour cela.

- Je ne puis cependant oublier pareil acte aussi ai-je désormais une dette envers vous, Prince.

- Je n'en attendais pas moins de toi Link. Tu ressembles beaucoup à ton grand-père.

Sauf qu'il n'avait jamais agressé un souverain, contrairement à moi. S'il était encore parmi nous, nul doute qu'avec mon père ils m'en auraient fait voir de toutes les couleurs. Père… Cette simple pensée m'emplit d'une profonde tristesse. Si je n'avais guère eu le temps de penser à lui durant mon exil, ce n'était en revanche plus le cas depuis mon arrivée au Domaine. Son absence me faisait souffrir énormément. Quant au fait de n'avoir pu ne serait-ce que lui offrir des funérailles me brisait le cœur. J'avais la sensation de l'avoir abandonné. Tout ceci me semblait si irréaliste, comme un horrible cauchemar. Mais tout était malheureusement bel et bien vrai.

- Link ? Êtes-vous avec nous ?

Reprenant brusquement mes esprits, je vis que tout le monde m'attendait pour continuer.

- Veuillez m'excuser votre Altesse, un moment d'égarement.

- Je vois… Bien, il est temps de faire le point sur la situation. Alfine, je vous laisse la parole.

- Merci. Petit rappel de la situation. Suite à ce qui s'est passé il y a un mois à la Citadelle, le roi Mahor Bosphoramus Hyrule a brusquement fermé les frontières. Par ailleurs et ce sans avertissement préalable, tous les ressortissants des autres peuples ont été arrêtés et expulsés du pays. En écoutant les témoignages des réfugiés, nous avons appris que la grande majorité des soldats loyaux à Hyrule ont également été remplacés par des mercenaires et autres criminels. Pour quelle raison ? On l'ignore. Grâce à certains de ces anciens soldats, nous avons pu découvrir que le roi a instauré un état d'urgence permanent, ainsi qu'un couvre-feu. Toute personne ne respectant pas les nouvelles règles est immédiatement arrêté.

Je restais stupéfait. Déesses, comment la situation avait-elle pu devenir aussi catastrophique en si peu de temps ? Hyrule était-elle condamnée à vivre des heures sombres ?

- Après notre mission de sauvetage, nous avons reçu une missive du Roi. Ce dernier nous considère désormais comme des ennemis, et demande aux autres peuples de se liguer contre nous.

Une guerre civile dans Hyrule ? Je ne pouvais tout simplement pas y croire. Jusqu'où la folie du roi mènerait-elle ce pays ? Et les autres peuples ? Les gorons, les piafs…avaient-ils… ?

- Mon Prince, commençais-je faiblement. Je vous remercie pour votre aide, mais je ne peux rester ici en sachant que vous êtes tous en danger par ma faute.

- Je comprends ton inquiétude Link, mais sache que nous aussi avons de l'influence. Par ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à nous rappeler ce qu'a fait ta famille pour nous Link.

- Auriez-vous… réussi à convaincre d'autres personnes à vous aider ?

Alors qu'elle était restée discrète durant tout ce temps, la jeune Piaf s'avança.

- Je ne me suis pas encore présentée je crois. Je m'appelle Médolie et je suis la fille du chef des Piafs. Mon arrière-grand-père Teba a combattu aux côtés du tien contre Vah'Medoh avant de devenir le chef du village. Nous sommes depuis redevables envers ta famille, et aujourd'hui, il est temps pour nous de vous rendre la pareille en apportant notre soutien.

- Par ailleurs, ajouta Impa, les Gorons ont annoncé que cette affaire ne les concernait pas et qu'ils resteraient neutres, ce qui est mieux que rien.

En apprenant que la majorité des peuples se rallaient aux Zoras ou délaissaient Mahor, je sentis l'espoir revenir en moi. Si le Roi se retrouvait seul, nous avions une chance. Tout dépendrait cependant du dernier peuple…

- Et les Gerudos ? Ont-elles aussi rejoint l'alliance ?

- Malheureusement, nous n'avons jamais eu de réponse. J'ignore si ce silence est intentionnel, mais cela nous inquiète tous. C'est pourquoi une délégation va être envoyée afin de rencontrer en personne la Reine Nahbora.

Rencontrer la Reine Nahbora ? On la disait assez autoritaire, et surtout peu encline à laisser des étrangers se mêler de ses affaires. Et en plus, seules les femmes ont le droit d'entrer dans la cité. Je plaignais d'avance les malheureuses qui seraient chargées d'une telle mission.

- Je compte par conséquent sur vous pour convaincre la reine de nous aider.

Avais-je bien entendu ? Le Prince venait bien de dire « vous » ?

- Euh… Par « vous » votre Altesse, vous vous adressiez à Alfine ?

Etais-ce mon imagination, où toute l'assemblée se retenait de rire devant ma soudaine gêne ?

- Oh excuse-moi Link, annonça Zelda. J'avais oublié de te dire que nous étions de la délégation avec Impa et Médolie.

Comment ça je faisais partie du groupe ? Jamais les Gerudos ne nous laisseraient entrer. Avant même que je puisse formuler la question, Médolie ajouta :

- Et ne t'inquiète pas pour l'interdiction d'entrer pour les Voïs, la princesse et moi avons une idée…

- Considère ça comme ta punition pour tout à l'heure, termina le Prince tout sourire.

A cette remarque, Impa et Médolie laissèrent échapper un ricanement, tandis que les autres me dévisageaient intensément. Une chose était cependant sûre pour moi. Quelle que soit l'idée géniale qu'ils avaient imaginée, elle n'allait certainement pas être de mon goût…